samedi 1 juillet 2017

Lectures Chuck PALAHNIUK-A l’estomac


Chuck PALAHNIUK

A l’estomac

Traduit de l’américain par Bernard Blanc


(4ème de couverture)
En répondant à cette mystérieuse annonce, les vingt-trois protagonistes d’A l’estomac s’imaginaient couler des jours tranquilles dans un endroit de rêve.


Oui mais voilà, l’endroit en question, un théâtre délabré, est… terrifiant.
Isolés du monde, maltraités, privés petit à petit de toute ressource – chauffage, lumière et surtout nourriture -, nos écrivaillons s’affolent.
Convaincus qu’ils sont l’objet d’une mise en scène propre à nourrir le best-seller de l’année ou le scénario d’un réality-show à succès, tous se lancent dans une compétition acharnée pour survivre. A mesure que se dégradent les conditions de vie, leurs manigances pour sortir indemnes de ce lieu infernal se font plus cruelles, et leurs écrits, qui composent le livre, plus déviants.


Chuck Palahniuk est une des figures majeures de la littérature américaine contemporaine : l’univers noir et extrême de ses romans a fait de lui un auteur culte. Il vit dans l’Etat de Washington et se consacre à l’écriture. Après Choke et Le Festival de la couille, A l’estomac est le troisième ouvrage de Palahniuk publié chez Denoël.


(1ere phrase :)
Lorsque l’autobus s’arrête au coin de la rue où Camarade Maussade a accepté d’attendre, elle est là, avec des fringues achetées dans un surplus de l’armée, un gilet pare-balles - vert olive foncé – et un pantalon de camouflage trop grand pour elle, dont les revers laissent voir ses bottes d’infanterie.


(Dernière phrase :)
Et dès lors, en ce magnifique jour ensoleillé, le monde entier vous aimera.
536 pages – Editions Denoël & d’Ailleur 2005 (2006 pour la traduction française)


(Aide mémoire perso :)
Après le mémorable « Choke », ou comment gagner sa vie en vomissant dans les grands restaurants, et le déroutant « Fight Club », on pouvait croire que Chuck Palahniuk avait épuisé son stock de drôles d'atteintes au bon goût et à l'esthétiquement correct. Grave erreur, «À l'estomac », son livre le plus long et le plus ambitieux. À la fois recueil de nouvelles, de poésie et roman, ce texte met en scène un bataillon d'aspirants écrivains coincés dans un ancien théâtre par un mystérieux démiurge au visage de vieillard et aux moeurs d'enfant. Au programme : leçon sur les dangers des méthodes alternatives de masturbation, descentes d'organes, mutilations, cannibalisme, traité des joies de la clochardisation. Nos littérateurs trash peuvent trembler, non seulement Palahniuk va infiniment plus loin qu'eux, mais en plus il place toujours ses outrances du côté du rire. Mieux, leur somme forme une réflexion complexe sur la transformation de l'information en dramaturgie. Un livre où tout est permis mais où rien n'est gratuit.

Si la structure est curieuse, le contenu l'est encore plus. La trame générale atteint très vite des sommets d'horreur absurde. Comme chez Bret Easton Ellis, les personnages sont des icônes désincarnées dont les sentiments et les motivations sont soigneusement mises de côté – en attendant la nouvelle qui les mettra en scène. Chacun, à tour de rôle, un peu comme dans un groupe de parole, s'avance et raconte un épisode significatif de sa vie. Chaque nouvelle est une sorte de feu d'artifice horrifique permettant à Palahniuk d'explorer et de critiquer un aspect de la société américaine. Celle-ci est comme un cadavre maquillé et parfumé, dont l'auteur nous montre la réalité : les fluides qui suintent, les tissus qui pourrissent, les vers qui grouillent. Le corps est profané de toutes les façons possibles et imaginables : sexe sordide, mutilation, corruption, torture, cannibalisme : rien n'est épargné, et la crudité des détails, associés à leur précision maniaque (Palahniuk ferait un grand contributeur à Wikipedia), rend les scènes quasiment insoutenables.


Composé de 23 histoires d'horreur racontées par une bonne douzaine de personnages, A l'estomac (salement traduit de l'anglais Haunted) est un roman à part entière de Chuck Palahniuk , avec son lot de surprises (terrifiantes et écoeurantes ici), de coups de génie et de roublardise. Après « Fight Club », « Choke » et « Survivor », on sait ce que le label Palahniuk recouvre : une plongée dans un monde déjanté amusant et inquiétant, une approche ultradétaillée d'une pathologie souterraine à résonnance sociétale, une analyse au marteau de la société américaine, un style direct exposé à la 1ère personne en compte à rebours où le début rattrape la fin.


Les bizarreries, originalités, faits divers, anecdotes, et autres travers qui peuplent les nouvelles peuvent être directement transposées dans les scénarios. Assassins masseurs de pied, Boîtes à cauchemars, Clochards richissimes, ne sont que quelques-uns des éléments à extraire du livre. Au pire, vous aurez une vision au vitriol de la société américaine, et des cauchemars pour trois mois.

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