mardi 31 décembre 2019

Billets-5 bonnes raisons de ne pas voter


5 bonnes raisons de ne pas voter

1. Voter, c’est accepter l’idée du scrutin
Spencer notait déjà que le jeu démocratique rend toute contestation impossible. L’électeur du vainqueur ne peut en vouloir qu’à lui-même, l’électeur du perdant aurait été d’accord si son candidat avait gagné, et l’abstentionniste a laissé les deux premiers décider à sa place et ne peut donc pas se plaindre.
En plaçant un bulletin dans l’urne, chaque votant augmente la légitimité des élus, qui se mesure au nombre de suffrages exprimés hors votes blancs et nuls. Et leur donne donc le sentiment de représenter le peuple, qu’ils n’hésitent pas à utiliser comme argument pour légitimer leurs dépenses pharaoniques qui font grandir leur ego et exploser les budgets municipaux.
Les candidats authentiquement libéraux sont rares ; ne perdez pas de temps à voter pour les autres.

2. Voter ne change rien
Les explications du scrutin foisonneront les jours suivant les résultats, et les habituels hommes politiques et commentateurs se feront devins en lisant l’état d’esprit des Français, la situation économique et l’âge du capitaine dans les chiffres du scrutin.
Pourtant, voter ne change rien, sinon l’identité des voleurs.
Chaque élection est une espèce de vente aux enchères anticipée de biens volés. – H.L. Mencken
Sauf exceptions, toute équipe municipale élue continuera à dépenser sans compter dans le seul but de gagner des voix pour les élections à venir. Vous paierez donc quoi qu’il en soit le mini-stade municipal et la tonte de la pelouse par un employé municipal proche du maire.

3. Vous avez bien mieux à faire
Quelle que soit la météo, seul ou en famille, on a toujours mieux à faire qu’aller voter. Par exemple, lire le Best-Of Contrepoints ou les livres de h16. D’autant plus qu’on pourrait réquisitionner le bon citoyen que vous êtes pour tenir les bureaux de vote ouverts pendant que d’autres se préparent à annuler des bulletins en les arrachant légèrement ou suivent en direct l’inversion de la courbe de la participation.
Vous serez bien plus utiles en vivant votre vie ou en parlant politique au bar PMU le plus proche de la mairie, et votre impact sera bien plus grand.


4. Ce n’est pas (encore) obligatoire
Pour obliger les plus récalcitrants à leur donner une légitimité, les hommes politiques songent sérieusement à rendre le vote obligatoire. Profitez tant qu’il ne l’est pas, et appréciez la possibilité de choisir, si rare en France, ce que vous ferez et ne ferez pas.
Le vote est l’illusion de l’influence donnée en échange de la perte des libertés. – F Karsten

5. Mieux vaut faire entendre sa voix que la donner
Observez le résultat de ce que l’État prend en charge et demandez-vous si vous préférez le lui confier ou en prendre la responsabilité. N’y a-t-il plus de pauvres depuis l’État-providence ? La croissance est-elle plus forte depuis que la dépense publique représente 57% du PIB ?
On vous demande de donner votre voix, de la mettre dans une urne… Les mots ne sont jamais anodins c’est un enterrement. – S. Eicher
Reprenez l’habitude de faire entendre votre voix, au lieu de la confier à des personnages empiriquement indignes de confiance. Si vous n’avez jamais donné votre accord pour que Monsieur le Maire et Monsieur le Président décident à votre place, ils n’ont pas à le faire. En dehors des droits inaliénables à la sûreté, la propriété privée et les libertés individuelles, la naissance ne confère pas plus de droits que de devoirs.
Si vous voulez vraiment faire un geste citoyen qui aura un impact, prenez votre plume, ou allez à la rencontre de vos voisins devant les bureaux de vote pour leur proposer des alternatives au collectivisme français ou leur conseiller des lectures intéressantes.
D’abord, libérez-vous des idées fausses. Étudiez l’économie. Puis allez convaincre les autres. – Ludwig von Mises.
L’Argus des Communes pourra aider les indécrottables du vote à choisir entre cigale et un peu moins cigale (car c’est toujours l’argent des autres, le vôtre, que le maire dépense).
Qui ne sont que les conditions rationnelles de l’épanouissement humain.


Source contrepoints.org (Par Baptiste Créteur)

lundi 30 décembre 2019

Billets-Aaron Swartz

Aaron Swartz


 Aaron Swartz s'est suicidé le 11 janvier 2013, à l'âge de 26 ans. © Sage Ross / flickr-cc

  • L'«hacktiviste» de génie Aaron Swartz se suicide avant son procès
Vendredi 11 janvier au soir, Aaron Swartz, jeune génie de l’Internet, est retrouvé mort, pendu à son domicile de Brooklyn. Il avait 26 ans, et devait comparaître devant la justice le 1er avril prochain. Il était accusé d’avoir volé des millions d’articles universitaires en accès payant. Militant de « l’Internet libre », il encourait jusqu’à 35 ans de prison et 1 million de dollars d’amende.

  • Hacker et militant extraordinaire 
Le monde de l’Internet s’est ému de la mort d’Aaaron Swartz, ce génie informatique connu pour avoir participé, à 14 ans, à l’élaboration de la norme RSS, cet outil qui permet aux internautes de s’abonner à des flux d’informations.
Co-fondateur du réseau social Reddit (très populaire aux États-unis), activiste du libre accès à Internet, il a été retrouvé mort vendredi 11 janvier par sa petite amie, chez lui, à Brooklyn. Dimanche, l’association de défense des droits dans le monde numérique, Electronic Frontier Foundation, écrivait « Adieu à Aaron Swartz, hacker et militant extraordinaire ».

  • Pirate informatique
En 2008, le jeune informaticien met gratuitement à disposition (au lieu des quelques centimes par page téléchargée) des millions de documents judiciaires de la base de données de la Cour fédérale américaine. Le FBI se lance à la poursuite du jeune homme, qui avait réussi en moins de trois semaines à charger plus de 18 millions de pages, soit l'équivalent de 1,5 million de dollars. Mais le bureau d’investigation abandonne finalement sa charge contre lui.
En 2011, le hacker fonde l’association de lutte contre la censure « Demand Progress », et se bat avec acharnement contre les projets de lois anti-piratage SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect Intellectual Property Act). Il prône le libre partage des connaissances, et de l’information.

  • Fraude au MIT
Le 19 juillet 2011, Aaron Swartz est accusé d’avoir téléchargé 4,8 millions d’articles scientifiques et littéraires mis à disposition, pour les abonnés, par le service d’archivage JSTOR. Aaron a utilisé le réseau du campus de la prestigieuse école du Massachusetts Institute of Technology (MIT) pour récupérer les documents. Pendant deux jours, il laisse un ordinateur caché dans un placard de l’école.
D’abord poursuivi par JSTOR, l’organisation abandonne ensuite ses poursuites judiciaires contre lui lorsqu’il leur restitue les documents téléchargés, promettant de ne pas les diffuser. Mais le procureur du Massachusetts et le MIT maintiennent leurs poursuites.
Arrêté à Boston, il risquait 35 ans de prison et une amende d’un million de dollars. Il devait comparaître devant les tribunaux en avril prochain. David Segar, le directeur de « Demand Progress », avait déclaré que les poursuites « n’avaient pas de sens », ajoutant : « C'est comme essayer de mettre en prison quelqu'un qui aurait parcouru rapidement trop de livres dans une bibliothèque ».

  • Intimidation ou dépression ?
La Toile et les proches d’Aaron se sont insurgés contre la justice, accusant celle-ci d’avoir conduit au suicide de l’activiste. « La mort d’Aaron n’est pas seulement une tragédie personnelle. C’est le résultat d’un système judiciaire criminel qui pratique l’intimidation et les poursuites abusives. Les décisions prises par le bureau du procureur et le MIT ont contribué à sa mort », a écrit sa famille, sur le site web dédié à la mémoire du jeune informaticien.
Mais Aaron souffrait aussi de dépression, selon ses proches. Cory Doctorow, un ami du jeune homme, a écrit sur Boingboing.net : « Aujourd'hui, tout le monde se demande si Aaron ne s'est pas tué parce qu'il ne voulait pas aller en prison. Peut-être. Mais Aaron souffrait aussi de dépression depuis de nombreuses années ». Déjà en 2007, Aaron avait évoqué son incapacité de « ressentir la joie que chacun semble partager. Tout est teinté de tristesse ».

  • Hommage
Suite à son suicide, le hashtag « #pdftribute » sur Twitter a été créé par plusieurs universitaires, qui ont rendu gratuit l’accès à leurs travaux, afin de favoriser leur libre partage. Toujours sur Twitter, l'inventeur du World Wide Web, Tim Berners-Lee, a indiqué dans un tweet : « Aaron est mort. Vagabonds du monde, nous avons perdu un sage. Hackers pour le droit, nous sommes un de moins. Parents, vous avez perdu un enfant. Pleurons. »
Le groupe de hackers « Anonymous » a par ailleurs piraté le site du MIT pendant quelques heures, publiant un message de soutien à Aaron : « Ce drame met en lumière la disproportion des peines prévues par la législation américaine contre les crimes informatiques. Oui, les actions d'Aaron étaient sans aucun doute de l'activisme politique ; mais elles ont eu des conséquences tragiques ».
« Le monde est privé de 50 ans de tout ce que nous ne pouvons pas imaginer qu’Aaron aurait fait », conclut le site wired.com. Le jeune homme est enterré le mardi 15 janvier à Chicago.

Billets-Flexisécurité : la leçon danoise


Flexisécurité : la leçon danoise

Les bons résultats du chômage au Danemark, pays de la flexisécurité, les mauvais résultats en France, pays de toutes les rigidités, les réformes Schröder en Allemagne, mais aussi la récente instauration d’un salaire minimum, imposé par le SPD à Angela Merkel, attirent une nouvelle fois l’attention sur le marché du travail. À l’évidence, en France, contrairement à l’affirmation de François Mitterrand, on n’a pas tout essayé. La flexisécurité à la Danoise peut-elle être une piste de réflexion, parmi d’autres ? En tous cas, les résultats semblent au rendez-vous, avec un chômage plus de deux fois plus faible qu’en France.

  • Un taux de chômage de 5,3%
Alors que le chômage n’a jamais été aussi élevé en Europe, particulièrement en France, les chiffres danois ont de quoi étonner. Le taux de chômage ne cesse de se réduire. Fin février, il est tombé à 5,3% de la population active, moins de la moitié du taux français, en baisse de 0,6 points en un an. 140.600 chômeurs pour un pays de 5,6 millions d’habitants. C’est le chiffre le plus bas depuis août 2009, au début de la crise. Avant la crise, on observait même des tensions en raison d’une pénurie de main-d’œuvre. Les économistes, les politiques, mais aussi les syndicalistes attribuent ces bons résultats aux réformes entreprises : la flexisécurité en général et les réformes les plus récentes en particulier.
La flexisécurité, c’est bien évidemment un mélange de flexibilité et de sécurité. Flexibilité pour les entreprises, sécurité pour les salariés. L’idée centrale est que plus les entreprises ont de facilités à licencier, plus elles ont tendance à embaucher.

  • Flexibilité
Une entreprise en plein développement recherchera une main d’œuvre d’appoint. Si cette bonne conjoncture se confirme, elle intégrera cette main d’œuvre, qu’elle formera sans doute. Mais si le marché se retourne, l’entreprise devra réduire ses effectifs. Si les licenciements sont interdits ou coûteux, pour des raisons purement juridiques, cet ajustement de la main d’œuvre ne pourra se faire. Voilà un frein sérieux à l’embauche.
Aux incertitudes du marché s’ajoutent celles de la règlementation et de la politique économique : les entrepreneurs hésitent à s’engager dans le long terme. Or, l’embauche est un engagement, dans tous les sens du terme.
En France, les gouvernements successifs ont fait le choix de surprotéger l’emploi. Une fois obtenu, un emploi est une sorte de droit social à vie. Mais dans les entreprises où les effectifs ne sont plus en rapport avec les débouchés, le droit social est illusoire et c’est la précarité qui attend tôt ou tard les salariés. Le droit disparaît avec l’entreprise…

  • Sécurité
Le côté sécurité de la flexisécurité est caractérisé par une indemnisation assez forte du chômage. Mais cette indemnisation est soumise à de nombreuses conditions. Le chômeur ne peut rester passif. Il bénéficie de possibilités nombreuses de formation et de contrôles de sa disponibilité et de sa motivation afin d’éviter que le chômage ne s’installe dans la durée. Il y a non seulement obligation de formation, mais aussi menaces de sanctions financières en cas de non-respect des obligations.
Ces dispositions ont le mérite de donner au chômage sa vraie signification : c’est une mutation professionnelle, qui déplace les travailleurs des entreprises, des métiers et des secteurs en sureffectifs vers des entreprises, métiers et secteurs en expansion. Ce chômage est encore appelé « frictionnel » : il résulte des tensions, des « frictions » qui naissent nécessairement dans un marché du travail en mouvement. Il n’est pas destiné à durer longtemps : juste le temps de « sauter » d’une emploi à l’autre.

  • Le conflit du vieux et du neuf
L’expérience danoise remonte à 1999, avec une très grande flexibilité sur le marché du travail et des politiques actives de l’emploi. Elle part de l‘idée suivant laquelle les emplois n’ont rien de statique ou de figé ; des milliers d’emplois sont détruits chaque jour et des milliers sont créés (en France pratiquement 10.000 par jour), ce qui fait que plusieurs millions de personnes chaque année perdent des emplois et rejoignent le chômage quand des millions d’autres font le chemin inverse. Dans ces conditions, la flexibilité facilite cette mobilité permanente et réduit le temps de chômage entre deux emplois.
C’est là une grande différence avec la France : l’accent est mis sur les emplois nouveaux et pas sur les combats d’arrière-garde, chers à Arnaud Montebourg, qui visent à conserver les emplois condamnés par l’évolution de la concurrence et des clients. Il y a toujours conflit entre le neuf et le vieux : mais il n’y a pas de croissance sans innovation. On regarde ainsi l’avenir et pas le passé.
Les Danois se sont donnés un code du travail simplifié et l’État fixe le moins de règles possibles ; rien à voir avec le maxi code à la française.

  • Le Danemark n’est pas un paradis libéral
C’est sans surprise que depuis la mise en place de la flexisécurité, le taux de chômage a diminué de moitié au Danemark. Il est même resté bas en dépit de la crise. Face à la crise, le gouvernement (de gauche) n’est pas revenu sur la flexisécurité. Tout au contraire, il en a durci quelques traits. Les jeunes de moins de trente ans, sans diplôme et disponibles, cessent de recevoir l’aide sociale, doivent suivre une formation et touchent seulement une allocation comparable à celle des étudiants. Depuis, les chômeurs trouvent plus rapidement du travail.
Pour autant, peut-on faire du Danemark un paradis libéral ? C’est un pays qui a les prélèvements obligatoires parmi les plus élevés, talonné il est vrai par la France. Il en va de même pour les dépenses publiques. Le pourcentage de ceux qui travaillent dans le secteur public est également très élevé. Le taux de syndicalisation aussi, mais il est vrai que ces syndicats ne se prennent pas pour des partis politiques ou pour les hérauts de la lutte des classes. Le consensus social y est plus fort qu’en France.

  • Et si on asseyait la liberté contractuelle ?
La leçon de la flexisécurité, c’est qu’un peu de liberté donne déjà de meilleurs résultats que les rigidités engendrées par des règles paralysantes. L’exemple allemand des réformes Schröder montre également que tout ce qui va dans le sens d’une plus grande mobilité, flexibilité, sur le marché du travail, associé à un droit du travail moins rigide, favorise l’emploi et la baisse du chômage. De ce point de vue, la décision récente du gouvernement allemand, suite à l’accord passé entre la CDU-CSU d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD, d’établir pour la première fois un salaire minimum en Allemagne est une mauvaise nouvelle pour l’emploi. Certes, les Allemands ont eu la sagesse de fixer un taux de 8,50 euros bruts de l’heure bien inférieur au taux français (9,53), mais il n’en reste pas moins que le SMIC est un prix bloqué, ce qui provoque des déséquilibres : un institut évalue à 900.000 le nombre d’emplois menacés par le SMIC allemand : un drôle de progrès social !
De toutes façons, en France on est loin de toute cette philosophie et des décisions comme celles de 2008 sur la modernisation du marché du travail sont loin d’être au niveau du problème. La récolte a été maigre : rupture conventionnelle du contrat (mais assorti de clauses trop lourdes), contrat de mission pour les cadres, allongement de la période d’essai. Tout cela n’est pas à la hauteur de la lutte contre un chômage de masse.
Bien que bienfaisante par certains côtés, la flexibilité elle-même serait-elle la panacée ? Une vraie réforme libérale consisterait à restaurer une authentique liberté contractuelle, avec libre contrat personnel, libre salaire, libre temps de travail et libres conditions de travail. Au pays de Colbert, ce serait une vraie révolution.


Source contrepoints.org

Billets-Mieux que la Constitution, la concurrence institutionnelle


Mieux que la Constitution, la concurrence institutionnelle

Face à la difficulté du constitutionnalisme à prévenir l’extension du domaine de l’État, l’introduction de la concurrence institutionnelle pourrait être un moyen efficace de protéger nos droits et nos libertés.

Montesquieu énonçait dans l’Esprit des lois que « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». Ce constat infaillible forge la tradition constitutionnaliste depuis le 18e siècle. Les Constitutions sont, selon les propos de Benjamin Constant, « des actes de défiance » vis-à-vis du pouvoir. « Car si on croyait que le pouvoir ne fera jamais d’empiétement, nous n’aurions pas besoin de constitutions » écrivait-il dans ses Principes de politique.

Les Constitutions sont en effet considérées comme les instruments juridiques privilégiés en vue de limiter l’expansion du pouvoir politique pour sauvegarder les libertés individuelles indispensables à l’épanouissement des sociétés humaines. Cependant de nombreux penseurs font remarquer que les Constitutions restent dans les faits de simples barrières de papier pour reprendre les dires du professeur Jean-Philippe Feldman.

L’échec du constitutionnalisme
Le Prix Nobel d’économie Friedrich Hayek introduit le premier tome de son ouvrage Droit, législation et liberté en constatant que « la première tentative en vue d’assurer la liberté individuelle par des Constitutions a manifestement échoué ». Il déplore que les gouvernements ont acquis légalement des pouvoirs que les premiers constitutionnalistes entendaient leur dénier. Certains diront peut-être, comme Pierre-Joseph Proudhon, que les premières constitutions étaient trop lacunaires en se concentrant beaucoup trop sur la répartition des pouvoirs et insuffisamment sur l’étendue de ceux-ci.

Ce jugement paraît cependant beaucoup trop sévère compte-tenu de la clarté des premiers textes constitutionnels qui, sans être évidemment parfaits, s’emploient à défendre avec vigueur et sans ambiguïté la liberté et la propriété. Il s’ensuit que le constitutionnalisme pèche plutôt par un excès de naïveté en plaçant ses espoirs dans l’idée que le monopole de la violence légale pourrait se discipliner en pratiquant des vertus auto-régulatrices. Réguler un monopole reste hélas une perspective illusoire.

Le seul outil existant pour réguler les incitations humaines, qu’elles soient politiques ou entrepreneuriales, demeure la menace constante de la rupture des relations en cas d’insatisfaction du rapport coûts-bénéfices des services rendus par un individu ou une collectivité. Autrement dit, seule la loi de la concurrence peut générer la discipline nécessaire à la préservation de la liberté.

Concurrence juridictionnelle :  la puissance dissuasive de l’exit
La concurrence institutionnelle, réglementaire et fiscale est toujours demeuré le frein le plus puissant à l’arbitraire des gouvernements. Ainsi qu’en témoignent les travaux de Roland Vaubel, une grande partie de la littérature académique impute principalement l’essor de l’Europe à partir de la Renaissance à la concurrence institutionnelle favorisée par le haut degré de fragmentation politique qui a longtemps caractérisé le vieux continent. Cette fragmentation incitait les souverains à se montrer plus ou moins respectueux des droits de leurs sujets sous peine de voir ses derniers « voter avec leurs pieds » (exit), c’est-à-dire affecter leurs industries et leurs capitaux dans des juridictions plus respectueuses de leurs droits, ce qui se traduisait alors par des pertes non négligeables pour les souverains oppressifs.

Des historiens comme Eric Jones n’hésitent d’ailleurs pas à utiliser la concurrence institutionnelle pour expliquer les différences de développement entre des régions comme l’Europe et l’Asie (plus particulièrement la Chine). Cette dernière a toujours connu des structures politiques très centralisées : il suffisait alors qu’un bureaucrate au sommet de la hiérarchie prenne une décision mal avisée pour anéantir le progrès de toute une civilisation.
Jones observe néanmoins que « les monarques européens n’ont jamais été aussi absolus qu’ils l’auraient souhaité. » Dans cette perspective, plus une juridiction est petite, moins l’exit est coûteux, ce qui freine davantage les incitations des gouvernements à interférer avec les droits et libertés des individus.

Le fédéralisme fonctionnel ou la fin du monopole territorial de l’État
Fidèles à cette tradition favorable à la concurrence institutionnelle pour réguler les incitations politiques, certains auteurs affiliés à l’école du Public Choice vont néanmoins essayer de perfectionner cette pensée. C’est notamment le cas de deux universitaires suisses : Bruno S. Frey et Reiner Eichenberger. Dans leur ouvrage The New Democratic Federalism for Europe : Functional, Overlapping and Competing Jurisdictions, ils admettent les bénéfices de l’exit tout en proposant une solution radicale pour rendre l’appropriation de la concurrence inter-gouvernementale moins coûteuse pour les citoyens : dé-territorialiser les services publics pour rendre le déplacement inutile afin de bénéficier d’un meilleur environnement institutionnel. Un Français devrait selon eux avoir le choix de contracter auprès de la police britannique tout en choisissant l’assurance-maladie suédoise et l’éducation nationale italienne.

L’objectif consiste là encore à stimuler l’émulation entre gouvernements et la compétitivité des politiques publiques pour favoriser l’innovation, la sauvegarde de la propriété et la production globale de richesses. Une idée subversive mais pas nouvelle pour autant. Friedrich Hayek défendait un processus similaire en matière monétaire dans son ouvrage Denationalization of money. Il prônait l’ouverture des systèmes monétaires nationaux à la concurrence des monnaies publiques étrangères pour inciter les producteurs de monnaie à être vertueux.

Une telle pensée en faveur d’une concurrence inter-gouvernementale sur un même territoire a notamment été promue par l’économiste franco-belge Gustave de Molinari au 19e siècle sous le vocable de « liberté de gouvernement », appelée également « panarchie ». Ce dernier a donné son nom a l’Institut économique Molinari qui, par la voix de sa directrice, Cécile Philippe, a défendu dans les médias français l’idée d’une concurrence juridique dé-territorialisée en Europe.

Étendre la logique de la concurrence institutionnelle au secteur privé
Le fédéralisme fonctionnel consiste à stimuler la concurrence inter-gouvernementale en brisant le lien entre services publics et territoire. Il doit permettre à des gouvernements étrangers d’étendre pacifiquement leurs marchés au-delà de leurs juridictions respectives sur une base volontaire. Une application plus cohérente de cette logique de concurrence consisterait alors à ouvrir ces marchés à des acteurs privés. Après tout, si on admet la bienveillance de la possibilité de choisir entre la police française et la police allemande sur un même territoire, pourquoi ne pas pouvoir choisir entre la police française, la police allemande et une agence de sécurité privée ?

L’idée que tous les services utiles à une communauté pourraient être délivrés par des mécanismes de marché a été formalisée par un certain nombre d’auteurs comme par exemple David Friedman et Murray Rothbard. Cette forme plus radicale de concurrence est déjà à l’œuvre dans des domaines pourtant considérés comme régaliens. C’est notamment le cas de la justice ou de la monnaie. Le droit français admet parfaitement la possibilité de stipuler ce qu’on appelle des « clauses compromissoires ». Ces clauses permettent à des parties contractantes de se mettre d’accord sur le recours à des arbitres en lieu et place des juridictions étatiques pour la résolution d’éventuels litiges.

En matière monétaire, l’irruption des crypto-monnaies affaiblit de facto le monopole des banques centrales. Bien sûr, ces formes de concurrence ne sont pas « libres » à proprement parler dans la mesure où les services gouvernementaux bénéficient toujours de privilèges exorbitants qui induisent toujours une certaine inégalité entre les acteurs publics et privés. Mais l’existence de cette concurrence, aussi primitive puisse-t-elle être, rend néanmoins beaucoup plus coûteux le fait, pour les États, de délivrer un service médiocre. En créant des échappatoires, elle accroît les opportunités pour les administrés et renforce la multiplicité des choix indispensable à la sauvegarde des incitations productives.


Source contrepoints.org

Billets-Génération Y : victime ou pleurnicharde ?


Génération Y : victime ou pleurnicharde ?

La génération Y doit-elle sortir de l’auto-apitoiement pour réussir ?

Coupons tout de suite court au suspense : les deux, je pense. Mais comme le débat sur les Millennials – l’autre nom de la génération Y – refait périodiquement surface et que je ne peux m’empêcher d’y participer, autant coucher sur la toile une petite série de réflexions sur le sujet.

Énervé par l’esprit Millenials
Il y a quelques semaines, j’ai répondu avec une pointe d’énervement à la publication, sur le profil Facebook d’une ancienne étudiante, d’un article du Huffington Post intitulé : « Pourquoi la génération Y est-elle en train de démissionner ? » Un texte par ailleurs parfaitement représentatif de la génération Y : intéressant au départ, mais peu fouillé, peu développé et donc extrêmement frustrant quand on ne se contente pas d’une analyse en surface.
Logique, donc, qu’il plaise à une millennial. Fait plus grave, mais là encore, rien d’étonnant vu la génération à laquelle appartient l’auteur du texte, son analyse est une resucée d’un fort intéressant texte publié par l’auteur américain Brett Easton Ellis sur le blog du magazine Vanity Fair.

Seul élément éventuellement intéressant : le texte semblait vaguement anglé sur le monde du travail. Sa conclusion, en revanche, était une de ces affligeantes affirmations si typiques de la génération Y, que je pourrais paraphraser ainsi : « le monde du travail il est méchant et il n’est pas adapté à ces personnalités merveilleuses, uniques et exceptionnelles que sont les millennials. Alors si ce méchant monde ne s’adapte pas, et bien les gentils millennials le déserteront. »

Réaction épidermique
Après une rapide lecture en diagonale du texte et des commentaires des millennials qui approuvaient avec enthousiasme sur la page de la demoiselle, j’ai donc posté un commentaire passablement énervé :
C’est la cent cinquantième resucée sur le thème « ouin ouin, on est malheureux mais c’est parce que le monde est méchant. » Rien de très neuf, rien de très intéressant, et rien qui n’explique à la génération Y comment se sortir les doigts du cul et arrêter de contempler son nombril. Mais c’est sans doute le vieux con en moi qui s’exprime…

Pas très malin, je l’admets. Ça doit être mon cynisme de « Gen X-er »
Cela dit, la question aura au moins lancé le débat. Et sa réponse donnait elle-même à réfléchir. J’en extrais la partie la plus importante :
Là où je ne suis pas d’accord avec toi, c’est que justement, les jeunes ne se sont jamais autant sorti les doigts du cul. Il n’y a jamais eu autant de startups, d’indépendants, de projets collaboratifs, d’activités complémentaires, de blogs, de nouvelles formations, que maintenant. Et dans tous les secteurs. Dans les postes plus « classiques » aussi, il y a des initiatives, des propositions pour faire évoluer l’entreprise. La motivation et la détermination sont bien présentes, ça m’étonne fortement que tu puisses avoir une vision inverse, toi qui travailles régulièrement avec des stagiaires ou à l’IHECS. Ce qui cloche, et ce que souligne l’article, c’est un décalage entre espérances et réalité. Ce décalage engendre une certaine frustration. C’est un constat, pas une revendication quelconque.

J’ai donc promis à Sarah une réponse circonstanciée, que je vais essayer d’articuler ici. Comme le sujet est vaste, il faudra sans doute plusieurs posts pour l’épuiser.

Je vous propose de commencer par l’essence de la riposte de Sarah : « les millennials se sortent les doigts du cul, c’est juste que la réalité n’est pas à hauteur de leurs espérances ».

Nous élargirons ensuite la réflexion, car, malgré le côté très « frontal » de ma réaction, j’ai une tendresse infinie pour la génération Y, que je trouve émouvante et touchante. Ça me fait au moins un point commun avec Brett Easton Ellis.


Génération « chochotte »
Brett Easton Ellis a surnommé les millennials la generation Wuss (génération « chochotte » dans la langue de Voltaire, si tant est que Voltaire ait jamais employé ce terme).

Je préfère generation whine  (to whine = se plaindre), un terme de mon cru qui permet un joli jeu de mots basé sur la prononciation anglo-saxonne de Y. Dans l’article que je citais en introduction, l’auteur américain a magnifiquement défini tout ce qui cloche dans cette génération, et la genèse de ses problèmes :
My huge generalities touch on their over-sensitivity, their insistence that they are right despite the overwhelming proof that suggests they are not, their lack of placing things within context, the overreacting, the passive-aggressive positivity, and, of course, all of this exacerbated by the meds they’ve been fed since childhood by over-protective “helicopter” parents mapping their every move.

These are late-end Baby Boomers and Generation X parents who were now rebelling against their own rebelliousness because of the love they felt that they never got from their selfish narcissistic Boomer parents and  who end up smothering their kids, inducing a kind of inadequate preparation in how to deal with the hardships of life and the real way the world works: people won’t like you, that person may not love you back, kids are really cruel, work sucks, it’s hard to be good at something, life is made up of failure and disappointment, you’re not talented, people suffer, people grow old, people die.

And Generation Wuss responds by collapsing into sentimentality and creating victim narratives rather than acknowledging the realities of the world and grappling with them and processing them and then moving on, better prepared to navigate an often hostile or indifferent world that doesn’t care if you exist.

Une entreprise systématique de déstructuration
Ce constat trouve par ailleurs écho dans un petit livre fort amusant publié en 2016 par Mark Manson, et que je suis en train de dévorer :  The subtle art of not giving a fuck. Manson y élargit l’idée de Brett Easton Ellis. Pour lui, ce ne sont pas les parents qui sont la cause de toute cela, mais tout un mouvement sociétal piloté, ô surprise, par les grands-parents de la génération Y, les baby-boomers.
Nourris à la philosophie soixante-huitarde et encouragés par le climat économique des Trente Glorieuses, les politiciens issus de cette génération ont produit, explique Manson, une culture particulièrement néfaste qui a abouti à convaincre chacun (et pas juste les millennials, même s’ils sont les plus atteints) qu’ils sont tous exceptionnels, sans exception.

Dans le système éducatif, cette attitude s’est traduite par un abaissement généralisé du niveau d’exigence et un abandon des critères de comparaison entre élèves, seule solution pour convaincre l’ensemble des apprenants, même les moins bien équipés, qu’ils sont aussi capables et exceptionnels que tous les autres.


L’illusion de la célébrité à portée de main
Parallèlement, le consumérisme effréné et le développement parallèle des réseaux sociaux et de la télé-réalité a permis de créer et de répandre l’illusion que la célébrité était à portée de main de chacun, sans grands efforts à fournir.
L’ascension vers la «gloire» de Kim Kardashian et de Nabila, toutes deux particulièrement aptes à la création et à la gestion de leur image, en est un bel exemple. Celle de Youtubeurs célèbres, partis de rien pour finir par gagner – fort bien – leur vie à l’aide de leurs vidéos procède du même concept.

Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : j’adore Cyprien, Gui-Home et tous les autres, et j’admire le travail et la persévérance dont ils ont dû faire preuve pour arriver là où ils sont.

Et c’est bien là que le bât blesse, d’ailleurs : les success stories, celles des YouTubeurs comme des startupers les plus à la mode, masquent complètement la réalité, qui est que la plupart ont dû leur célébrité à cette bonne vieille combinaison de travail et de chance qui rappelle la grâce efficace de Saint Augustin (oui, je sais, les références littéraires dépotent un peu, mais en même temps sur mon blog, j’écris ce que je veux).


Pourquoi Michaël Dias a tort
L’analyse de Manson a le mérite à la fois d’expliquer la position peu enviable de la génération Y et de permettre une réfutation intelligente des thèses de Michaël Dias et de mon étudiante.

Non, le monde de l’entreprise ne doit pas s’adapter à la génération Y. Il doit s’adapter, c’est certain, mais avant de réfléchir à la génération Y, il ferait bien de sortir de l’influence des modèles sociétaux 19e siècle dans lesquels il est encore englué quoi qu’on en dise : infantilisation des travailleurs, dictature du présentéisme, accent sur les moyens et non les résultats, déresponsabilisation, noyautage par des syndicats plus préoccupés de leur agenda politique que du bien-être des travailleurs, et cetera, et cetera.

Et non, la solution pour la génération Y n’est pas de « sortir de l’entreprise traditionnelle pour créer des startups ». Aucune de ces deux pistes ne constitue une solution au mal-être actuel de la génération Y, pour une bonne raison : elle ne résout pas le dilemme existentiel des Millennials. Ce dilemme est issu à mon sens des trois composantes suivantes :
  • mal éduqués à gérer les revers et les échecs, les Millennials perdent leurs moyens dès que quelque chose leur résiste ;
  • convaincus par le système de leur propre exceptionalisme, les Millennials n’ont pas appris à identifier leurs forces et leurs faiblesses, et à se concentrer sur les endroits où ils sont forts ;
  • élevés dans une culture qui fait depuis longtemps la part belle aux reprises, aux remakes et au partage de créations existantes sur les réseaux sociaux, les Millennials n’ont pas été éduqués à créer.

Répondre au mal-être de la Génération Y implique donc de trouver une solution à ces trois problèmes. La bonne nouvelle est que c’est loin d’être impossible. Mais cela implique deux choses : que la génération X (la mienne) puisse exprimer des critiques bienveillantes et constructives (et non complaisantes et/ou stériles).

Et que la Generation Y sorte du mutisme causé par l’échec pour écouter ses aînés et utiliser leurs critiques pour avancer. Considérons cet article comme un petit effort dans cette direction.

Alors, Sarah, challenge accepted ?


Source contrepoints.org
Par Frédéric Wauters.


  • Frédéric Wauters
    exab.be
    Journaliste indépendant, il s'est spécialisé dans les questions de patrimoine.

Billets-45% d’énarques à Bercy… c’est foutu


45% d’énarques à Bercy… c’est foutu

Le tableau ci-après compare le passé des hauts fonctionnaires de Bercy avec le passé de ceux du Treasury britannique.

Il reprend un tableau déjà présenté mais en éliminant les membres des cabinets des ministres car le pourcentage de personnes passées par le secteur privé y est plus représentatif de la société française que l’ensemble des membres de l’administration.
Notre administration n’a manifestement plus de racines dans ce qui compose 75 à 80% de l’économie française, l’entreprise, que le gouvernement de Manuel Valls veut réhabiliter.

Plus grave, non seulement nos hauts fonctionnaires ne connaissent plus l’entreprise autrement que par les livres, mais 45% d’entre eux sortent de l’ENA.
Une monoculture pour ne pas dire une dictature d’un groupe social puisqu’au-delà de 30%, on considère qu’un groupe contrôle complètement l’organe dans lequel il est implanté. Et la culture de l’ENA est-elle la bonne culture pour diriger l’économie d’un pays ?




Source contrepoints.org

Billets-Comment ils vont enterrer le RIC


Comment ils vont enterrer le RIC

Le débat sur le RIC (référendum d’initiative citoyenne) mérite d’être lancé. Mais un véritable RIC n’en sortira pas.

Les chances du référendum d’initiative citoyenne (RIC), la principale revendication des Gilets jaunes non encore satisfaite, ne sont pas nulles.

La Constitution le prévoit : « Tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à la formation de la loi »Emmanuel Macron l’a annoncé dans son discours inaugural le 14 mai 2017 : « Les citoyens auront voix au chapitre ». Le Premier ministre l’a déclaré récemment : « Je ne vois pas comment on peut être contre son principe. Le référendum peut être un bon instrument, un bon sujet de débat ».

72 % des Français le soutiennent, car ils savent que le RIC n’a rien à voir avec un référendum lancé par le gouvernement, qui ressemble à un plébiscite, et auquel les électeurs répondent Nonsur la question posée mais en fonction de leur opinion sur celui qui la pose. De nombreux dirigeants politiques y sont favorables : Marine Le PenJean-Luc MélenchonBenoit HamonFrançois BayrouSégolène Royal. Une seule exception notoire : Laurent Wauquiez. Et pourtant le RIC figurait déjà au programme électoral du RPR en 1993, et Laurent Wauquiez a soutenu en 2008 une sorte de RIC, un RIC partagé entre le peuple et les parlementaires, que Nicolas Sarkozy a fait inscrire dans la Constitution.

LE RIC EN EUROPE
Neuf pays européens le pratiquent avec succès : la Suisse, l’Italie, l’Allemagne, la Croatie, la Hongrie, la Slovaquie, la Slovénie, et deux États baltes. Les Suisses se déclarent à 80 % satisfaits de son fonctionnement. Aux élections américaines du 4 novembre 2018, 155 référendums ont été organisés dans 36 États, à la satisfaction générale.

Le RIC prouve qu’un pays est réellement démocratique, selon la définition de Montesquieu : il permet que le pouvoir (du peuple souverain) arrête le pouvoir (de ceux qui veulent l’exercer en son nom).
Depuis 1789, notre pays a connu 17 révolutions, qui entretiennent l’idée dans le monde entier qu’il est peu gouvernable. Avec le RIC les contestations populaires seraient moins probables car il supprimerait le fossé creusé entre les citoyens et un pouvoir assis sur une majorité parlementaire qui ne le contrôle pas, elle-même sous les ordres d’une administration trop puissante.

Le RIC partagé de Nicolas Sarkozy n’a pas été pratiqué et n’a aucune chance de l’être : l’initiative en revient à 185 parlementaires ; il faut la signature de 4,5 millions de citoyens pour l’organiser ; si les chambres l’« examinent », le référendum n’a pas lieu ; les sujets qu’il peut traiter sont limités.
Les raisons de son succès dans les pays où il réussit le mieux sont les suivantes :

  • Il concerne tous les niveaux d’administration : nation, provinces ou régions, départements, communes, communautés de communes.

  • Son objet doit être l’abrogation d’une loi votée, ou la proposition d’une loi nouvelle, ou la révocation d’un élu assortie obligatoirement de son remplacement (c’est ainsi qu’Arnold Schwarzenegger est devenu gouverneur de Californie), ou une décision relevant de l’exécutif.

  • La décision du peuple doit être souveraine, et ne peut être remise en question par une Assemblée ou un quelconque Conseil constitutionnel. Quand le référendum a été voté, son application doit être rapide.

  • L’objet du référendum ne doit pas être limité. Toutes les décisions relevant de la compétence d’une assemblée ou d’un pouvoir exécutif doivent pouvoir être soumises au référendum.

  • Pour que le débat qui précède le vote soit aussi clair que possible, un contre-projet (de citoyens ou d’une assemblée, ou d’un pouvoir exécutif) doit pouvoir être présenté au vote des électeurs.

  • Le nombre de signatures nécessaires pour rendre le référendum obligatoire doit être limité : de l’ordre de 1 % du corps électoral (soit environ 500 000 pour la France), comme en Italie, en Suisse (il est même de 0,5 % dans ce pays pour certains referendums). Le traité de Lisbonne prévoit que la signature de 0,3 % des citoyens européens est suffisante pour présenter un projet.

  • Les délais prévus pour la collecte des signatures doivent être suffisants (18 mois en Suisse), et les délais de la campagne assez longs pour que le débat ait lieu, mais pas trop longs, par exemple deux ans. Ces délais permettent aux électeurs de recevoir une documentation précise et objective, commentée par la presse, sur les choix qui leur sont proposés.

  • Le projet doit pouvoir être rédigé en termes juridiques ou non. Les Suisses parlent de « projets rédigés » et de « projets conçus en termes généraux ». Dans ce deuxième cas, une assemblée peut en préciser les termes.

  • Le vote doit pouvoir être recueilli sous forme électronique, et les arguments disponibles sur Internet. La loi organique concernant l’application du RIC partagé de 2008 le prévoit : « le soutien est recueilli sous forme électronique ».

  • Les dates des votes sont regroupées : en Suisse, quatre dimanches par an ; aux États-Unis, le deuxième mardi de novembre tous les deux ans, plus éventuellement une autre date chaque année.

Ces conditions nécessaires au succès devraient être inscrites dans une loi constitutionnelle. Ce progrès démocratique apporterait alors une paix sociale durable, une baisse des dépenses publiques, des impôts et de la dette – car le RIC freine les élans dépensiers des élus – et donc une plus grande prospérité au pays. La Suisse a un taux de dépenses publiques inférieur de 30 %, et un niveau de vie nettement supérieur, à ceux de l’Autriche, un pays très comparable qui ne connaît pas le RIC.

ENTERREMENT DE PREMIÈRE CLASSE À PRÉVOIR
Pourquoi craindre alors qu’il soit enterré dans notre pays ?

Parce qu’il remet en question les pouvoirs des administrations et des élus.
L’opposition ne sera pas directe. Un hommage sera rendu au caractère démocratique du projet, mais diverses objections y seront faites, pour justifier des « filtres » :

  • « Le risque d’un engouement démagogique » : retour possible de la peine de mort, de la torture pour les terroristes, ou de l’impôt sur la fortune.  Si ce risque existe, l’expérience montre que les peuples sont moins sensibles à la démagogie qu’on ne le croit : les Italiens ont refusé l’échelle mobile des salaires et ont fermé deux ministères ; les Américains ont refusé le contrôle des loyers, des impôts sur les riches pour financer des écoles ; les Suisses ont refusé des congés supplémentaires, un salaire minimum, la baisse de l’âge de la retraite, un impôt sur les riches, etc. L’objection d’un risque démagogique naît d’un mépris du peuple, qui connaîtrait moins bien que les « élites » ce qui lui convient.

  • « Les Français ne sont pas des Suisses ». C’est incontestable. Les Suisses ne sont pas autant que les Français envieux de leurs riches. Ils ne sont pas soumis depuis leur plus tendre enfance à une intense propagande égalitariste et anti-patrons. Leur formation professionnelle et économique est meilleure que la française. Sont-ce des raisons suffisantes pour renoncer aux avantages du RIC ? Les Français seraient-ils incapables de comprendre qu’un dispositif qui marche à l’étranger peut un jour aussi marcher chez eux, après avoir été acclimaté, notamment en commençant avec des référendums locaux portant sur des sujets proches des citoyens ?

  • « Les lobbies seront trop influents » ? Ils le sont pourtant moins auprès des électeurs qu’auprès des élus.

Attendons-nous donc à une réaction de défense de la classe politique et administrative. Édouard Philippe a déclaré qu’il était pour le principe du RIC mais « pas sur n’importe quel sujet et dans n’importe quelle condition ». Tous les sujets ne seront pas acceptés. La révocation des élus ne le sera sans doute pas (les élus en sont trop inquiets). Le contrôle de constitutionnalité sera rendu obligatoire, comme si la souveraineté du peuple passait après celle d’un Conseil. Pourtant en Suisse le Contrôle constitutionnel n’existe pas et les RIC changent les Constitutions (fédérale, cantonale ou locale). Pour les Américains il n’y a pas de sujet tabou.

Attendons-nous à l’application d’un principe bien connu : la politique est l’art d’empêcher les gens de s’occuper de ce qui les concerne. Le débat sur le RIC mérite d’être lancé. Mais un véritable RIC n’en sortira pas.


Source contrepoints.org
Par Par Alain Mathieu.

Alain Mathieu est un militant libéral français ancien président de Contribuables Associés (2005-2013). Contribuables Associés est la première association non subventionnée de France avec plus de 350 000 membres.

dimanche 29 décembre 2019

Arts: Land art-Heather Jansch

Heather Jansch

 

Heather Jansch est sculpteur, passionnée par les chevaux.


Elle élevait des Irish cob dans sa propre ferme du Pays de Galles avant de s'installer dans le Devon (sud-ouest de l'Angleterre). 

Ce contact, un sens aigu de l'observation et de l'anatomie, associés à une excellente formation artistique aux beaux-arts de Londres, un goût pour la nature concourent à l'expression d'un talent à peu près unique.

C'est à partir de bois flottés qu'elle réalise ses œuvres le plus souvent grandeur nature.


Il s'agit de  branches, de troncs morts qui suivent un parcours naturel de leur forêt à l'océan, au détour de rivières et de courants, et qui viennent, profitant de la marée, s'échouer sur les plages.

Ces sculptures expressives, en mouvement nés à partir des matériaux que la nature lui donne et qui s'inscrivent dans le paysage relèvent de la définition du Land Art.