vendredi 31 mars 2017

Billets-Comment le Portugal a gagné la lutte contre la drogue en ne la menant pas


Comment le Portugal a gagné la lutte contre la drogue en ne la menant pas

La politique concernant les drogues menée par le Portugal est une alternative crédible au tout répressif.

Depuis plus de 100 ans, les États-Unis cherchent à interdire la consommation de drogues. Les partisans de la prohibition affirment qu’en rendant illégales des substances comme le cannabis, la cocaïne et l’héroïne, l’État peut significativement réduire la criminalité liée à la drogue, combattre la toxicomanie et arrêter la propagation des maladies liées à la consommation de stupéfiants.

Cette politique n’a pas eu les effets escomptés. Michael Botticelli, directeur du Bureau de la politique nationale de contrôle des drogues, a déclaré que la guerre contre les drogues était constituée « d’échecs politiques et pratiques ».

Parmi les alternatives à la guerre contre la drogue, il existe l’option de la dépénalisation des drogues, c’est-à-dire l’assouplissement de l’application de la loi et sanctions pour les infractions liées à la drogue, et la légalisation de toutes les drogues.
Oui, toutes les drogues.

Le cobaye portugais
Ces options peuvent sembler contre-productives, mais les données racontent une autre histoire. En 2001, le Portugal a choqué le monde en votant la dépénalisation de toutes les drogues en réponse à un problème croissant d’héroïne.

Le trafic de drogue demeure illégal, mais les consommateurs de drogues sont considérés comme des malades plutôt que des criminels. Au lieu d’une arrestation et d’une incarcération immédiate, les personnes prises avec moins de 10 jours d’approvisionnement en drogues dures sont conduites devant un tribunal spécial d’experts légaux, de psychologues et de travailleurs sociaux. Le but est d’arriver à une solution qui s’occupe d’abord de la santé du patient, avec une petite amende occasionnelle ou un travail d’intérêt général.

Quinze ans plus tard, la catastrophe prédite par de nombreuses personnes est démentie par les données. La consommation de drogues parmi les jeunes de 15 à 24 ans a considérablement diminué et les décès dus à la drogue sont tombés de 80 en 2001 à 16 en 2012.

Avant 2001, près de 100 000 consommateurs de drogues étaient condamnés au Portugal. Dans les 10 premières années de l’adoption de la politique, ce nombre a été divisé par deux. Aujourd’hui, le Portugal possède l’un des taux de consommation de drogues les plus faibles de toute l’Europe.

Un taux de consommation de drogues très faible
Les gens quittent le marché des drogues et cherchent un traitement. Le nombre de personnes enregistrées en réhabilitation est passé de 6 000 en 1999 à plus de 24 000 en 2008. Le nombre de consommateurs d’héroïne qui se piquent est passé de 45% à 17%, ce qui est particulièrement important lorsque l’on parle de maladies liées à la drogue : ainsi, les toxicomanes ne représentent plus que 20% des cas de VIH dans le pays, une amélioration significative par rapport aux 56 précédents.

Ces résultats peuvent être expliqués par des considérations économiques de base. À mesure que les gens obtiennent de l’aide pour combattre leur addiction à la drogue, le nombre d’utilisateurs, c’est-à-dire la demande de drogue, diminue. Lorsque la demande baisse, les fournisseurs de drogue constatent que leur entreprise autrefois lucrative ne porte plus ses fruits. Ils sortent donc du marché.

Redirection des ressources
Cela expliquerait pourquoi une étude de 2010 dans le British Journal of Criminology a révélé qu’après la dépénalisation, le Portugal a observé une réduction significative de l’emprisonnement de prétendus trafiquants de drogue, de 14 000 en 2000 à 5 000 en 2010. En fait, la proportion de personnes incarcérées pour crimes commis sous l’influence de stupéfiants ou pour nourrir leur addiction a chuté de 41% en 1999 à 21% en 2008.
En réorientant les ressources précédemment allouées à l’arrestation et à la mise en prison de toxicomanes, le Portugal a non seulement réprimé son problème de drogue, mais il a créé une société plus saine. Alex Steven, président de la Société internationale d’étude de la politique pharmaceutique, a déclaré : « La principale leçon à tirer, c’est que la dépénalisation de la drogue ne conduit pas nécessairement à la catastrophe, Et elle libère des ressources pour offrir des réponses plus efficaces aux problèmes que la consommation de drogues engendre. »

Le résultat de la politique portugaise
Il y a quelque chose à apprendre du traitement de la consommation de drogues comme une maladie physique et mentale. Considérons les résultats de la politique portugaise par rapport à l’approche américaine. Alors que les taux d’utilisation, d’incarcération et de maladie au Portugal ont tous baissé, la consommation de drogues aux États-Unis est demeurée relativement inchangée depuis une dizaine d’années.

Chaque année, 1,5 million de personnes sont arrêtées et mises en examen pour des faits liés à la drogue, dont 80% pour simple possession. La moitié de toutes les incarcérations fédérales est reliée aux drogues.

Peu de gens pensent que l’usage de drogues n’est pas un problème. Sans aucun doute, sa consommation pose des problèmes pour la santé publique et détruit de nombreuses vies. Cependant, lorsqu’on examine l’efficacité des politiques en matière de drogues, le modèle américain n’est rien de moins qu’un échec total. Il est temps de regarder les alternatives. Comme l’illustre le cas portugais, les politiques dites «radicales» peuvent être parfaitement raisonnables.

Source contrepoints.org
Par Abigail R. Hall.
Un article de la Foundation for economic education



fee.org
Fondée en 1946 par Leonard E. Read, la Foundation for Economic Education (FEE), présidée par Lawrence W. Reed, est l'une des plus anciennes organisations de défense et de promotion des "principes" de la liberté aux États-Unis : le caractère sacré de la propriété privée, la liberté individuelle, la primauté du droit, le libre marché, et la supériorité morale du choix individuel et de la responsabilité sur la coercition.

jeudi 30 mars 2017

Billets-Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable


Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable

Une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

Ah ! les recasages ! C’est devenu une tradition dans une haute fonction publique qui ne manque pas une occasion de fustiger le populisme, le complotisme et la démagogie du petit peuple : à l’issue du quinquennat, on prend ses dividendes à la bourse de la vie administrative et on se recase dans des sinécures pour échapper au changement de majorité avec le même empressement que celui du rat qui quitte le navire en flammes. Et une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

On trouvera donc ici une nouvelle liste (partielle) des cadeaux aux cabinets ministériels.

La diplomatie française, lieu de recasage et de reclassement professionnel
Reuters a produit une liste intéressante des fromages diplomatiques attribués aux amis.
Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. (…) Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. (…)
Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.
Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

Félicitations à tous ces heureux bénéficiaires d’une nomination qu’il est difficile de ne pas voir comme politique. Elle rappelle combien la fonction publique est attachée à l’intérêt général.

D’autres nominations en opportunité
On remerciera Acteurs publics pour l’inventaire des nominations politiques sur le sol français.
En vrac, on notera donc :
  • la nomination d’un conseiller politique d’Annick Girardin à un poste d’inspection générale
  • la nomination d’une conseillère de Marisol Touraine dans un corps d’inspection (rappelons que le directeur de cabinet de la même ministre est passé à la Cour des Comptes)
  • la nomination d’une conseillère de Myriam El-Khomri dans le corps préfectoral
  • la nomination du directeur de cabinet de Jean-Jacques Urvoas comme directeur des affaires civiles du Sceau.

Encore ne s’agit-il là que de quelques nominations épisodiques parmi une foule d’autres recasages dont on mesure, une fois de plus, qu’ils accentuent la politisation de la haute fonction publique que le statut est supposé éviter…

Source contrepoints.org
Par Éric Verhaeghe.

Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien"
http://www.eric-verhaeghe.fr/


mercredi 29 mars 2017

Dessins de presse


Dessins de presse

mardi 28 mars 2017

Billets-Les Français, spectateurs de leur propre naufrage


Les Français, spectateurs de leur propre naufrage
Malgré les rapports alarmants de la Cour des Comptes, l’État continue de mener grand train et de dépenser sans compter. Les subventions diverses, variées et dodues dont bénéficie annuellement la presse sont jugées inefficaces par la Cour des Comptes ? Qu’à cela ne tienne ! Les élus voteront tout de même le sauvetage de L’Humanité, ce journal qui s’en trouve aussi dépourvu que de lecteurs qui, jadis, pleura Staline. On s’en émeut aujourd’hui, certes ; mais peu s’offusquent du soutien apporté à Chavez malgré les souffrances qu’il cause au peuple vénézuélien.

Alors qu’ils justifient leurs méfaits par le soutien que leur apportent des électeurs (pourtant minoritaires), les élus sont incapables de comprendre que si les Français ne veulent plus acheter une presse qui se gargarise de ses reprises biaisées de dépêches AFP, les forcer à payer pour des journaux qu’ils ne lisent plus va contre leur volonté.

Il faudrait être bien naïf pour croire encore que les décisions des élus sont l’expression de la volonté du peuple. Quel citoyen approuve les banquets du RSI, les primes des ministères, l’achat d’une collection de bonsaïs par le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la « disparition » de nombreuses œuvres d’art à chaque changement de tête ? Si l’État se permet de dépenser autant, avec fierté plutôt qu’avec honte, c’est parce qu’il persévère dans l’erreur selon laquelle la dépense publique crée de la richesse. Sans attendre des élus qu’ils notent la faiblesse logique de leur raisonnement, on pourrait au moins espérer qu’ils constatent l’échec des politiques de relance par la dépense menées depuis des décennies. Chaque année depuis 40 ans, ils votent un budget en déficit, sans sourciller.

Les Français ne semblent pas sourciller non plus, sauf pour descendre dans la rue en signe de protestation contre les rares lois qui ne leur nuisent pas comme le mariage homosexuel. Ils ne font plus confiance aux partis au pouvoir, et ils ont bien raison ; mais de plus en plus d’entre eux placent de l’espoir dans un parti au programme ridicule et aux intentions plus que douteuses. Leur prochain président sera choisi entre diverses nuances de socialisme, du rouge au brun en passant par la pastèque (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur).

La presse (commodément subventionnée) se contente de relayer les mesures prises par des ministres incompétents, dont le seul mérite consiste à avoir convenablement servi le Parti. Il y aurait pourtant fort à en dire ; les priorités désopilantes de ceux qui nous dirigent se traduisent tantôt par des objectifs témérairement stupides (diviser par 2 nos émissions d’ici 2050), tantôt par des mesures liberticides à bras raccourcis (40% de femmes dans les conseils d’administration).

Ce qui caractérise le pays dans son ensemble, c’est le déni. Les contrats d’avenir ne nous sortirons pas plus de l’ornière que le retour au franc ; mettre la vie des Français en coupe réglée ne remplacera pas les coupes budgétaires nécessaires ; menacer et contraindre les entreprises ne favorisera ni l’investissement ni l’emploi. La France a besoin de réformes structurelles, que tous s’emploient à repousser autant que faire se peut, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il sera trop tard quand toutes les caisses seront vides, aussi bien celles de l’État que celles des Français (en dehors de celles des hommes politiques et de leurs proches, qui sont depuis longtemps à l’abri du besoin et échappent commodément à la prison).

Une fois que la situation sera perçue dans toute sa gravité, on pourra remplacer les incantations à la courbe du chômage par des mesures de bon sens, que nos voisins européens ont déjà engagé. Certes, l’Europe n’échappe pas aujourd’hui à la tendance mondiale au surpoids étatique, mais certains pays ont le mérite de s’en rendre compte et l’espoir que la catastrophe puisse être évitée.

On admet volontiers en Finlande que l’État ne peut pas créer la croissance, on substitue petit à petit le privé au public en Suède, et on envisage avec sérieux la sortie d’une Union Européenne trop couteuse au Royaume-Uni.

Mais en France, rien de tout cela. Face la crise d’un modèle économique et politique dépassé (qui ne fait que commencer), la France, nue, se drape d’illusions, barricadée dans sa forteresse idéologique qui a tout d’une prison. Surtout pour les citoyens, condamnés à accepter ce qu’on tente de faire passer pour l’expression de leur volonté et la poursuite de leur meilleur intérêt.

Un jour, peut-être, la situation changera ; à eux d’en décider, et d’agir en conséquence. En attendant, les Français sont spectateurs de leur propre naufrage.


Source contrepoints.org

lundi 27 mars 2017

Billets-Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie


Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie

Jérôme Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent.

Finalement, le procès de Jérôme Cahuzac a une vertu majeure : celle de mettre des mots et des aveux sur ce que tout le monde savait ou croyait savoir concernant le financement des partis politiques. On aurait bien tort d’en déduire un générique « Tous pourris », qui donne l’impression qu’une simple purge du personnel des partis suffirait à résoudre le problème. Bien au-delà de cette vision simpliste, c’est le destin même de nos démocraties qui s’éclaire, et c’est un coup de projecteur sur les mécanismes déterminant le gouvernement profond qui est donné.
Les phrases choc de Jérôme Cahuzac sur le financement des partis
Durant son procès, Cahuzac s’est donc livré à quelques aveux dont la presse a surtout retenu qu’ils impliquaient Michel Rocard. En particulier, il a replacé l’ouverture de ses comptes en Suisse dans le contexte général du financement des partis politiques par des entreprises. Celles-ci étaient (et sont probablement encore) plus ou moins priées de « payer l’impôt révolutionnaire » en échange d’une contrepartie publique (comme l’ouverture d’un supermarché sur le territoire d’une commune, par exemple).

Et en quoi consistait (et consiste encore) « l’impôt révolutionnaire » ? En un versement direct d’argent sur les comptes d’un parti politique, souvent par l’intermédiaire d’un tiers de confiance.
Épiphénomène ou système ?
Il serait dommageable de ne pas donner à ce témoignage la dimension systémique qu’il mérite. Dans le monde de bisounours qui nous est souvent présenté par les médias subventionnés, le citoyen lambda peut avoir le sentiment que les décisions sont prises selon des principes de rationalité politique ou économique, ou selon des affiliations idéologiques.

Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent. Le sujet unique du procès Cahuzac est là : dans l’industrialisation d’un système qui finit par dessiner la mécanique du gouvernement profond. Industrialisation du financement des partis, d’un côté, où une sorte d’économie parallèle se dégage, fondée sur une corruption et un trafic d’influence à la source de toutes les grandes décisions publiques. Industrialisation de cette corruption, avec des entreprises qui organisent l’influence qu’elles peuvent avoir sur les élus et les lois en « investissant » de façon prévisible afin d’obtenir la bonne prise de décision.
Moralisation ou industrialisation de la corruption ?
Ce système, Cahuzac l’a dit, existe de longue date. La loi de 1988 sur le financement des partis va faire mine d’y mettre un terme. En réalité, elle va accélérer son industrialisation. Brutalement, en effet, le financement du parti politique ne se décide plus au restaurant du coin, autour d’une bonne tête de veau arrosée d’un Gamay approximatif. Ce n’est plus l’affaire de l’élu local qui monte une combine dans son coin. Tout cela devient trop dangereux, et cette pratique est d’ailleurs lâchée en pâture à l’opinion.

La réglementation (comme toujours est-il tentant de dire) ne supprime pas les mauvaises pratiques : elle les élitise, élimine les petits et favorise les acteurs industriels. C’est ici qu’un Cahuzac devient essentiel. Il faut désormais échapper aux contrôles trop stricts et aux opérations trop visibles. Le compte en Suisse, ou dans tout pays garantissant le secret bancaire, devient inévitable. Il faut un homme-lige pour réaliser l’opération, puis aller retirer l’argent versé pour le réinjecter, en liquide, dans le système. Tout ceci suppose une organisation en bonne et due forme, avec des possibilités de versement à l’étranger et une maîtrise des flux financiers suffisante pour ne pas se faire démasquer. Et des hommes de confiance que le « système » tient et qui tiennent au « système ». Des Cahuzac donc.
Pourquoi Cahuzac plutôt qu’un autre ?
Pour faire le sale boulot, un Cahuzac est une pièce maîtresse, une sorte de gendre idéal. Il est médecin, et pour les laboratoires pharmaceutiques, il est donc un ami et un confident. Il maîtrise accessoirement à merveille le sens des décisions réglementaires que souhaitent les laboratoires pharmaceutiques. Il est ambitieux mais n’est pas énarque. ll a donc tout intérêt à pactiser avec le diable, car le diable peut accélérer sa carrière et lui ouvrir des portes inattendues. Il est, au fond, totalement dépendant de ses financeurs, de ses mécènes, et c’est la meilleure garantie que ces entreprises pharmaceutiques puissent avoir pour leur retour sur investissement.

On comprend mieux ici l’importance, pour le gouvernement profond, de toute cette cour, de toute cette technostructure qui usine les décisions publiques. Ces gens-là sont au confluent des deux mondes, ils en constituent en quelque sorte la couche poreuse. D’un côté, ils ont la technicité complexe indispensable au fonctionnement de la machine étatique et réglementaire. De l’autre, ils sont à l’écoute des intérêts qui s’expriment, et profitent à plein de leur industrialisation. Plus le groupe d’influence à la manœuvre est puissant, plus le technicien aux ordres est enthousiaste : les bénéfices qu’il peut attendre de son trafic d’influence n’en seront que plus élevés.
Gouvernement profond et syndication de la connivence
Parce qu’il repose sur l’intervention d’une technostructure poreuse, le gouvernement profond qui oriente les décisions publiques à son profit (par exemple, par l’intervention d’un Cahuzac, la décision de mettre sur le marché un médicament dangereux, mais remboursé par la fameuse et bienfaisante Sécurité sociale) pratique la syndication industrielle de la connivence. Pour gouverner discrètement mais efficacement, le gouvernement profond a besoin d’une caste qui fait écran et qui agit loyalement dans la défense de ses intérêts.

Pour s’assurer de cette loyauté, le gouvernement profond a besoin de l’organiser, de l’animer et de la nourrir. Cette animation s’appelle les cabinets ministériels pléthoriques, les clubs et les cercles d’influence, comme le Siècle, les thinks tanks, et toutes ces sortes de lieux où le grenouillage est recommandé pour faire une carrière. Jusqu’à l’engloutissement total du navire.

Source contrepoints.org
Photo By: thierry ehrmann – CC BY 2.0
Par Éric Verhaeghe.


Éric Verhaeghe
Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien" http://www.eric-verhaeghe.fr/


Billets-Faut-il une période de transition présidentielle en France ?


Faut-il une période de transition présidentielle en France ?

Aux États-Unis s’est ouverte la période de transition présidentielle. On s’interroge sur l’absence d’une telle latence démocratique en France.

Alors qu’aux États-Unis s’est ouverte une période bien spécifique, celle de la transition présidentielle, on s’interroge sur l’absence d’une telle latence démocratique en France. Censé permettre une passation des pouvoirs en douceur et livrer toutes les clés de l’action présidentielle à l’équipe élue, ce temps politique est moins anodin qu’il n’y paraît. La France pourrait songer à se doter d’un tel intervalle.

La période de transition présidentielle qui s’est ouverte aux États-Unis le 8 novembre dernier n’est pas anecdotique. Au soir de son élection, Donald Trump est devenu le President elect des États-Unis tandis que Barack Obama demeure pleinement Président des États-Unis. Il le restera jusqu’au 20 janvier prochain. À cette date, la main gauche apposée sur une bible, Donald Trump se prêtera à la cérémonie de prestation de serment sur les marches du Capitole à Washington DC et deviendra alors officiellement le 45ème Président des États-Unis.

D’ici là, pendant 73 jours, les équipes des deux Présidents s’attellent à tout mettre en œuvre pour permettre une passation des pouvoirs harmonieuse et efficace. Les États-Unis accordent une place importante à cette période qu’ils ont encadrée dès 1963, via le Presidential Transition Act, modifié à plusieurs reprises.
Une transition présidentielle qui permet une passation de pouvoir en bonne et due forme
En pratique, les équipes du Président Obama préparent depuis près d’un an cette transition. Elles ont établi un Conseil de coordination pour la transition présidentielle (composé de responsables de la sécurité nationale, du territoire et de l’économie), et ont permis l’installation des équipes de campagne des deux principaux candidats à quelques pas de la Maison Blanche. Elles livrent chaque jour des informations confidentielles au Président élu et lui transmettent les renseignements et les dossiers nécessaires à sa prise de fonction.
L’exécutif conduit les affaires du gouvernement de manière à favoriser une passation ordonnée des pouvoirs présidentiels. Il a même été rapporté que l’équipe du Président Obama a prévu d’organiser un exercice de simulation de crise afin de préparer l’équipe de Donald Trump à l’hypothèse d’une menace pour la sécurité nationale.
Une transition présidentielle utile au futur Président
Au cours de ces 11 semaines de transition, l’équipe présidentielle entrante va, quant à elle, pouvoir procéder à la nomination de plus de 4000 postes au sein des administrations centrales (Spoil system oblige), prendre la mesure de la tâche qui l’attend, élaborer des stratégies pour la mise en œuvre de son programme et préparer au mieux sa prise de fonction. Cette latence démocratique est donc une période de préparation intense.

L’enjeu d’une telle transition présidentielle, longue et méthodique, est de permettre au Président élu de commencer efficacement son action dès son premier jour d’exercice du pouvoir. Elle lui permet de prendre le temps nécessaire afin de procéder aux bonnes nominations, de construire les conditions d’une unité politique nationale. Cela lui permet aussi d’améliorer le début du mandat de son équipe et, finalement, d’accroître l’efficacité du futur gouvernement. Ces avantages ne sont pas vains.

L’exemple de la transition réussie entres les équipes Bush et Obama fait, à ce titre, référence. Le fair-play politique avait alors parfaitement fonctionné. Obama avait ainsi pu signer, dès les deux premières semaines de son mandat, plusieurs décrets présidentiels. Ces premières actions lui avaient alors permis de lancer les réformes les plus essentielles de son action présidentielle.

Il est également possible de noter que dans de nombreuses grandes entreprises, la passation des fonctions entre deux CEO se déroule pendant plusieurs semaines. Le responsable entrant peut  ainsi bénéficier de tous les conseils de l’ancienne équipe et d’un temps certain afin d’organiser opérationnellement les grands axes de ses propres orientations. Cela limite aussi l’impact que certaines erreurs pourraient engendrer.
En France, la transition présidentielle n’existe pas
Cette période comprend donc des avantages réels. Pourtant, la plupart des passations de pouvoir au sein des démocraties occidentales se passent dans un laps de temps très bref et de manière beaucoup moins méthodique, notamment en France.

En France justement, la passation des pouvoirs est issue d’une pratique coutumière et se veut avant tout solennelle. Le président élu accède à ses nouvelles fonctions une dizaine de jours seulement après son élection. Il prend la mesure de sa charge une fois installé à l’Élysée, relativement seul face à ses nouvelles responsabilités.

Dans une démocratie solide, résiliente et apaisée, une transition des pouvoirs relativement longue ne devrait pas inquiéter. Bien sûr, la passation des pouvoirs constitue forcément un défi pour n’importe quel régime démocratique. Mais la stabilité politique pourrait paradoxalement sortir renforcée d’une période de représentation bicéphale du pouvoir, utilement et habilement organisée.

À l’heure du court-termisme, cette latence démocratique conduit à repenser la cadence de l’action politique. Elle lui impose un cycle de recul, de préparation, d’échange après des campagnes électorales souvent frénétiques et enclines aux excès. Elle lui permet de se montrer plus efficace au cours des premiers mois, essentiels, d’un gouvernement. Et si la France songeait à se doter d’un tel intervalle, dès 2017 ?


Source contrepoints.org
Photo Palais de l’Elysée by Nicolas Nova(CC BY-NC 2.0)
Par Benjamin Boscher.

Benjamin Boscher

Benjamin Boscher est un chroniqueur de "Trop Libre", site internet de la Fondation pour l’innovation politique. Diplômé de Panthéon-Assas, il est actuellement étudiant en affaires publiques à Sciences Po et à l’Essec.

vendredi 24 mars 2017

Dessins de presse


Dessins de presse

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Dessins de presse

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mardi 21 mars 2017

Infos santé: Sport et Santé-La marche


La marche

Marcher est vivement conseillé pour les seniors. Les fameuses « 30 minutes de marche active » semblent constituer la panacée pour profiter de tous les bénéfices de l’exercice. Qu’en est-il vraiment ? Comment optimiser votre programme ?

Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin du sport.

À l’origine de la promotion et de l’excellente image de la marche on trouve de nombreuses recherches médicales confrontées à une réflexion sociologique et politique. Dès les années 80, PAFFENBARGER indique que les tous premiers effets favorables de l’activité physique se manifestent à partir d’une dépense énergétique hebdomadaire de 500 à 1 000 kilocalories. Voilà qui correspond à une durée de 2 heures à 4 heures de marche par semaine. D’autres articles viendront confirmer cet ordre de grandeur. Notez d’emblée qu’à ce niveau d’activité les bienfaits sont significatifs mais restent modérés. Le risque d’infarctus, d’hypertension artérielle, d’excès de cholestérol et d’autres maladies dites de civilisation diminue légèrement. Ainsi, la probabilité de survenue de maladie cardiovasculaire est réduite de 15 à 30 % et celle du diabète de 6 %. Sachez aussi que les bénéfices continuent de croître jusqu’à 3 500 kilocalories hebdomadaires soit l’équivalent de 10 kilomètres de course par jour. Dans ces conditions le risque de crise cardiaque est divisé par 3.
  • Après la médecine, la sociologie et la politique
À la rubrique sociopolitique, il faut admettre que la marche est très facile à pratiquer, même sans tenue de sport, même pour aller travailler. De surcroit, les études montrent que son intérêt persiste si elle est réalisée de façon discontinue. Ainsi, les allers-retours à la photocopieuse conservent leur pertinence scientifique tout au long de la journée ! Mais l’INSERM indique encore de nombreux freins à la marche quotidienne : absence ou mauvais état des trottoirs, obscurité, sensation d’insécurité. De fait, elle est encore plus difficile à mettre en place à la campagne qu’à la ville. Contrairement à une idée reçue, les enquêtes mettent en évidence que vivre en zone rurale ne favorise pas l’activité physique. Au contraire, le porte à porte en voiture y est beaucoup plus systématique. Quant à faire la promotion d’autres activités sportives, les politiques sont moins enthousiastes. Lorsque l’intensité de l’effort augmente, l’équilibre « risque/bénéfice » devient plus précaire et un couteux bilan médical est parfois nécessaire. De plus, si ces démarches amènent toute la population à la piscine ou sur les terrains de tennis, les collectivités locales se verront rapidement reprocher leur manque d’infrastructures. Décidément, mieux vaut proposer à chacun de marcher dans la rue…
  • Le cœur est sollicité… mais pas assez
Il n’en reste pas moins vrai que la marche recèle bien des intérêts pour la santé. Elle répond presque en totalité à la définition du sport d’endurance : activité physique sollicitant le cœur à intensité moyenne grâce à l’utilisation d’une volumineuse masse musculaire notamment celle des membres inférieurs. En marche à pied, le niveau de travail cardiaque est plutôt faible mais nous trouverons des astuces pratiques pour y remédier ! Certaines études montrent qu’elle permet d’améliorer le pronostic vital… et même la VO2 max… chez des patients sortant des services de cardiologie. Cette constatation s’explique aisément grâce à la notion essentielle d’ « effet d’entraînement ». Vous progressez lorsque vous effectuez un peu plus d’exercice que d’habitude. En pratique, vous comprenez pourquoi la marche à pied est bénéfique pour la santé du sédentaire repenti et sans grande efficacité pour le coureur de fond assidu ! Bref, c’est mieux que rien et c’est indispensable pour commencer le sport progressivement ! Une bonne façon de compenser le manque d’intensité cardiovasculaire de la marche est de prolonger sa durée. En effet, les études corrèlent volontiers les bienfaits de l’activité physique à la dépense énergétique. Cette dernière est principalement liée à la distance parcourue et relativement indépendante de la vitesse. Puisque, le plus souvent, on court deux fois plus vite qu’on ne marche, 30 minutes de marche correspond à 15 minutes de footing. Ainsi, en pratique, il est vivement conseillé d’atteindre progressivement 1 à 1h30 de marche par jour pour profiter pleinement des bienfaits d’une activité d’endurance.
  • L’appareil locomoteur se renforce… mais pas assez !
Chaque pas impacte la structure osseuse, crée des microlésions qui sont à l’origine d’une réparation plus solide. Logiquement, les études montrent que la marche à pied est efficace pour lutter contre l’ostéoporose. D’autres mettent en évidence que la course est plus efficace. Même les femmes ménopausées profitent d’un peu de trottinement au sein de leur programme. Bien sûr, lors des déplacements à pieds, les muscles des jambes travaillent et même ceux du dos. S’ils sont faibles, ils se renforcent…  s’ils sont forts, ils ne progressent pas ! Le cartilage bénéficie de cette activité douce et fonctionnellement essentielle pour préserver son autonomie. Ainsi, la marche est efficace pour lutter contre l’arthrose. Une étude fait référence. Des patients victimes d’arthrose de genou sont répartis en 3 groupes. Le premier se repose, le second fait de la musculation, le troisième insiste sur la marche. Comme vous le devinez, c’est ce dernier qui présente le moins de douleur et la plus grande aptitude à bouger à la fin du protocole. La marche améliore l’équilibre spécifiquement lors de cette pratique mais reste de fait peu efficace pour se récupérer en cas d’incident de type glissade ou brusque irrégularité sur le sol. Là encore, nous allons vous proposer de booster cette activité pour la rendre plus efficace…
  • La marche avec options « cardiovasculaires » !
Pour accroître le travail du cœur, les instituts de prévention vous parlent de « marche active », c’est bien ! Mais, comme vous l’avez compris, la vitesse idéale dépend de vos aptitudes. Si initialement, il est recommandé de renouer avec le mouvement tout en restant « en aisance respiratoire », il est rapidement conseillé de percevoir un « très léger essoufflement ». Les plus aguerris recherchent alors une intensité telle qu’ils puissent « parler mais pas chanter ». Dès que vous avez retrouvé la forme, l’allure de marche efficace pour le cœur est incompatible avec la vie quotidienne. À cette cadence, vous risquez fort de bousculer tous ceux qui déambulent sur le trottoir ou d’arriver ruisselant au bureau. La marche active devient vite une pratique sportive à part entière nécessitant d’enfiler une tenue adaptée et de s’octroyer un peu de temps. Cependant, quelques astuces peuvent vous aider à vous rapprocher de ce niveau de sollicitation. Pour ne rien gâcher, elles contribuent aussi à votre renforcement musculaire !
  • La marche avec « options musculaires » !
N’hésitez pas à prendre un peu de poids…  transportez vos affaires avec un sac à dos. Voilà qui fait aussi travailler vos muscles longeant la colonne ! Dans le même esprit, ne ronchonnez plus lorsque vous ramenez quelques commissions à pied. Portez deux sacs de poids comparable et modéré  peut constituer un véritable exercice de musculation. Pour rendre cette pratique plus ludique et plus efficace, amusez-vous à faire quelques exercices. Pliez les coudes, montez les bras sur le côté, en avant et arrière, etc. Si vous croisez vos voisins, nul doute, vous allez les impressionner ! Discrètement, faites des pauses ou posez vos cabas de temps à autre comme si vous faisiez des séries de musculation.  Chargé ou non, pensez aux rues en pentes et aux escaliers, vos cuisses et votre cœur apprécient cette sollicitation. Lors de vos balades spécifiques, prenez des bâtons et optez pour la marche nordique. Ainsi, vous associez de façon très efficace renforcement musculaire et augmentation du travail cardiaque. Dans vos moments de disponibilité, la randonnée sur le relief et en terrain varié transforme la marche en une activité sportive beaucoup plus complète. Le cœur travaille longtemps et plus intensément en côte. Les muscles aussi sont mis à contribution plus vigoureusement, surtout si vous portez un sac à dos et si vous utilisez des bâtons. Votre système nerveux peaufine votre équilibre dans les descentes caillouteuses. Ainsi, ces grandes balades dominicales associées à une préparation  quotidienne à l’aide de bonnes séances de marche active peuvent constituer un vrai « programme santé forme » pour le sénior.
  • La marche vous pousse au maximum !
On peut reprocher à la marche usuelle son manque d’intensité pour garder le jeune sénior en forme. À l’inverse, la randonnée en côte amène parfois le sénior âgé au maximum de ses aptitudes cardiovasculaires.  Les constatations de terrain sont là pour le prouver. Je côtoie des retraités actifs et branchés qui aiment à utiliser un cardiofréquencemètre. Lorsqu’ils crapahutent vigoureusement sur le relief, ils approchent leur fréquence cardiaque maximum. De façon comparable, un test progressif de marche sur tapis roulant en pente, est souvent utilisé par les cardiologues pour mener à bien leur épreuve d’effort maximum chez les seniors. On parle de « protocole de BRUCE ». De fait, vous comprenez pourquoi ce type de bilan se révèle souvent nécessaire pour valider une simple aptitude à la randonnée chez un senior actif !


Source SantéSportMag

Infos santé : Sport et Santé-Fracture du scaphoïde


Fracture du scaphoïde

En chutant sur la main, vous pensez avoir été victime d’une entorse du poignet. Attention, c’est peut-être une fracture du scaphoïde ! En cas de négligence, de gros ennuis vous attendent !

Par le Docteur Stéphane CASCUA, médecin et traumatologue du sport.

« Toute entorse du poignet est une fracture du scaphoïde jusqu’à preuve du contraire » dit l’adage médical. En effet, ce petit os est situé à la base du pouce, à la jonction avec l’avant bras. Il peut se briser à l’occasion de traumatisme apparemment anodin. Lorsque vous tombez sur la main, il est pris en tenaille entre le poignet et les os de l’avant bras. Du fait de sa petite taille, la douleur et le gonflement se montrent souvent modérés. Voilà qui est trompeur !

  • Toujours penser à la fracture du scaphoïde
Votre médecin du sport recherche une douleur caractéristique. Il appuie sur le scaphoïde, entre les cordelettes tendineuses situées à l’arrière du pouce. Vous criez ! Aie, le doute s’installe. Il prescrit des radios. Parfois la fracture n’est pas visible. Au moindre doute, il faut immobiliser le poignet et refaire des clichés ou un scanner 10 jours plus tard. Au cours de cette période, les globules blancs vont nettoyer la zone cassée et le trait de fracture apparaîtra plus nettement. Pour gagner du temps, une IRM peut être indiquée. On constate parfois la présence massive d’eau dans le scaphoïde. C’est l’hématome et l’œdème de la fracture !

  • Trois mois de plâtre ! C’est justifié !
Chez l’Homme, le plus célèbre des bipèdes, le membre supérieur est très mobile et ne supporte pas le poids du corps. Ainsi en cas de fracture de la main, l’adage médical est d’affirmer que « la mobilité prédomine sur la solidité ». De fait, les durées d’immobilisation sont souvent courts… sauf pour le scaphoïde ! Pour permettre la consolidation totale de ce petit os, un plâtre prenant le poignet et le pouce doit être conservé 3 mois. Au cours de la première moitié du traitement, certains médecins proposent d’éviter les rotations de la main en bloquant également le coude. Ce délai d’immobilisation est amplement justifié ! Souvent, les vaisseaux nourrissant le scaphoïde sont déchirés par la fracture. Ce petit os incurvé a pour mission de serrer tous les osselets du poignet. Les contraintes mécaniques qui lui sont imposées peuvent provoquer un glissement des fragments. Aussi, le cal osseux a-t-il du mal à se constituer. Le scaphoïde assume d’importantes contraintes mécaniques. Trois mois, c’est le temps nécessaire pour refaire de l’os, que ce soit un grand fémur ou un petit scaphoïde. Une immobilisation rigoureuse et prolongée se révèle indispensable. Sinon, la zone cassée peut rester trop souple, c’est la “pseudarthrose”. Quelques fois, les morceaux se fixent en mauvaise position c’est le “cal vicieux”. Enfin, l’extrémité osseuse ne recevant pas suffisamment de sang peut mourir, c’est la “nécrose”. Les  petites fractures situées à l’extrémité du scaphoïde permettent parfois de limiter l’immobilisation à 6 semaines. Si les fragments osseux sont déplacés ou instables, une intervention chirurgicale permet de réunir les morceaux avec une vis.

  • Fracture du scaphoïde négligée, poignet rapidement handicapé
Petit mais costaud, le scaphoïde maintient en étaux tous les petits osselets du poignet.
En cas de fracture mal consolidée, l’architecture osseuse se disloque au moindre geste de la main. Les mouvements anarchiques de ces petites pièces osseuses ne tardent pas à user le cartilage qui les recouvre, c’est l’arthrose du poignet. L’articulation devient douloureuse et perd de sa souplesse. Le tennisman ne parvient plus à tenir sa raquette et le golfeur ne peut serrer son club. Le judoka souffre en saisissant un kimono. Les karatéka et boxeur ont mal en frappant. Pour le joueur de volley, de hand ou le gardien de but, attraper un ballon devient douloureux.  Même le joueur de champs n’ose plus tacler. Surtout, vous avez mal dans la vie quotidienne. Vous êtes à la peine pour porter, soulever, vous appuyer ou écrire. Alors ne négligez pas vos « entorses du poignet » !


  • Gardez la forme 
Heureusement, le poignet est bien immobilisé dans une résine parfaitement moulée. Ainsi, rapidement, vous êtes invité à renouer avec la course. Sur vélo d’appartement, posez les avant-bras sur le guidon. Une dizaine de jour plus tard, après accord de votre médecin, vous pouvez même tomber… et reprendre le foot dans le champ. Le plus souvent, les arbitres autorisent les matchs si on prend soins de recouvrir le plâtre par un peu de mousse. Il est également possible de faire de la musculation. Renforcez vos jambes et votre buste mais aussi vos membres supérieurs. Certains appareils comme le butter-fly ou le rowing n’imposent pas de prise manuelle mais juste des appuis sur les bras ou les avant bras. Pour réaliser une bonne gym à domicile, utilisez des élastiques et placez les poignées autour des poignets. Dans ces conditions, vous parvenez à vous soigner correctement, tout en gardant la forme !

  • Faites de la kinésithérapie, Reprenez votre sport !
Au sortir de la résine, votre poignet n’est pas fonctionnel ! Vous manipulez difficilement votre ballon, votre raquette ou votre club de golf. Au foot, conservez quelques semaines un petite attelle à velcro. De la rééducation s’impose pour retrouver de la mobilité, de la force et de la coordination. Votre kinésithérapeute vous assouplit en douceur et vous propose de nombreux exercices. Vous-même, bougez votre main dans un bain chaud, serrez une éponge. Peu à peu, gagnez en spécificité. Pédalez sur home-trainer en tenant le cintre. Dès que la prise est stable et que le freinage est aisé, reprenez les entraînements sur route. Attendez un peu pour les chemins caillouteux à VTT.  Travaillez avec un ballon en mousse ou sous gonflé. Utilisez une raquette légère, commencez par refaire les gestes techniques lentement, à vide. Poursuivez avec des balles molles. Le tennis de table peut constituer un intermédiaire ludique. Saisissez votre club, réconciliez vous avec votre grip. Débutez par le putting puis les approches, finissez avec les swings. Soyez progressif. Après l’ablation de la résine, comptez au moins un mois pour retrouver vos sensations et votre niveau. En pratique, c’est votre médecin et surtout votre poignet qui vous préciserons vos délais de reprise.

Source SantéSportMag

dimanche 19 mars 2017

Billets-Réserve parlementaire : scandale retentissant à l’Assemblée Nationale


Réserve parlementaire : scandale retentissant à l’Assemblée Nationale

Étienne Cheron, collaborateur du député Patrick Lebreton, a démissionné suite à des révélations sur la façon dont il monnayerait les subventions de la réserve parlementaire du député.

L’association Contribuables Associés, dont l’objet est la défense des contribuables, a dévoilé un nouveau scandale autour de la réserve parlementaire des députés cette semaine : Étienne Chéron, assistant parlementaire du député de la Réunion Patrick Lebreton, aurait fait payé à hauteur de 5% des subventions obtenues des associations qui demandaient à bénéficier d’une subvention sur la réserve parlementaire de son député. Selon la 1ère (France Télévisions en Outre Mer), le collaborateur parlementaire aurait démarché 700 associations pour leur proposer ses services rémunérés.

Comment le collaborateur parlementaire a été piégé
Contribuables Associés, en montant un faux dossier, a piégé et enregistré l’assistant parlementaire, avec des extraits choquants sur la façon dont vos impôts peuvent être utilisés : dans l’enregistrement diffusé par l’association, la voix présentée comme celle d’Étienne Chéron souligne en particulier l’absence complète de contrôle sur l’utilisation de cet argent, et encourage l’association à demander une subvention d’un montant plus élevé que prévu initialement. Par l’intermédiaire d’une société, EC Conseil, Étienne Chéron a même fait dresser un contrat, montré dans la vidéo de Contribuables Associés, dans lequel est précisé par écrit le rôle du « consultant » pour l’obtention de la subvention.

Pas de mention à ce stade de poursuites judiciaires qui pourtant sembleraient plus que justifiées. Selon le collaborateur parlementaire interrogé par France Ô, il n’essayait que « d’aider les associations à accéder à la réserve parlementaire ».

Etienne Chéron a démissionné de son poste quelques heures après la révélation du scandale par Contribuables Associés. « J’ai évidemment commis une très grave erreur de jugement, une faute » écrit-il dans une lettre envoyée au député. Selon le député dans un communiqué, « aucune association hexagonale n’a contractualisé avec lui ». Une affirmation étonnante au vu du contrat produit par Contribuables Associés et qui tient probablement au fait que le démarchage des associations par l’assistant parlementaire aurait commencé le 3 mars 2017, seulement une dizaine de jours avant la révélation de l’affaire.

Élisabeth Mbappé, la collaboratrice parlementaire du sénateur Michel Vergoz est également domiciliée à la même adresse que la société de conseil d’Étienne Chéron. Cela parce qu’elle est sa compagne selon le sénateur, sans que l’implication de celle-ci ou non ne soit claire à ce stade. Le sénateur a condamné la pratique avec force : « D’après les premières informations qui ont été rapportées, cela s’appelle de l’escroquerie, c’est déplorable, les bras m’en tombent »

Le scandale de l’existence même de la réserve parlementaire
La réserve parlementaire, c’est cette enveloppe de 130 000€ que chaque député peut utiliser dans l’opacité la plus totale pour subventionner ce qu’il souhaite. Une caisse noire que certains ont manifestement compris comment l’utiliser pour leur profit personnel. Un mécanisme d’un autre temps, qui nourrit de véritables business, dans l’opacité la plus complète.

Ce scandale souligne à quel point il est urgent de supprimer la réserve parlementaire ou, a minima, d’en renforcer très fortement les contrôles. Contribuables Associés a justement, dans la foulée de ces révélations, lancé une pétition pour demander la fin de ce système. Au coeur de la tourmente, le député Patrick Lebreton a indiqué qu’il était favorable à une refonte de la réserve parlementaire.

Le conseil en subventions, une pratique qui peut être légale
Cette affaire met aussi sous le feu des projecteurs la pratique, légale quand le consultant n’est pas aussi le décisionnaire, du conseil en subventions.

Dit autrement, la France donne tellement de subventions par tellement de canaux différents que des entreprises peuvent, le plus légalement du monde, exister pour aider les associations, particuliers ou entreprises à bénéficier de ces subventions dans le maquis incompréhensible des aides. Un système aberrant, qui pourrait être avantageusement remplacé par moins de subventions et un remboursement de ces montants aux Français avec une baisse de leurs impôts. Les politiques en auront-ils le courage ?

Source contrepoints.org
Par Alexis Vintray.


Alexis Vintray est rédacteur en chef de Contrepoints, journal d'information d'inspiration libérale. Diplômé d'HEC Paris et de la Sorbonne, il est lauréat de la Bourse Tocqueville 2010.

samedi 18 mars 2017

Billets-Pourquoi François Fillon peut encore gagner la présidentielle


Pourquoi François Fillon peut encore gagner la présidentielle
  
Mis en difficulté par une affaire judiciaire, le candidat de la droite parvient pour autant à se maintenir dans les sondages, aidé par une élection présidentielle aux rebondissements inédits.

Après plus d'un mois de scandale autour du supposé emploi fictif de sa femme — entre autres polémiques — François Fillon serait au pire des cas selon les derniers sondages publiés le troisième homme de la présidentielle à venir. Le seul enjeu pour se faire élire en mai prochain sera de se garantir une place au second tour, au sein duquel Marine Le Pen semble avoir sa place réservée. Face à la candidate FN, le front républicain s'imposera une nouvelle fois et son opposant quel qu'il soit l'emportera — dans des proportions certainement plus modestes que les 82% de Chirac en 2002, mais tout de même.

Cette présidentielle a comme particularité de ne donner absolument aucune place aux débats d'idées : le jeu en ce moment dans les médias n'est plus de savoir quel candidat est le plus propre, le plus crédible, mais plutôt lequel est le moins sale de tous, le moins compromis dans les affaires — le fait que Marine Le Pen et son entourage mis en examen caracolent toujours en tête des enquêtes d'opinion semble toutefois accorder du crédit à la thèse selon laquelle l'exemplarité ne serait plus une valeur que l'électorat classerait comme primordiale pour un futur chef d'Etat ... facteur plutôt favorable pour le candidat de la droite, certainement mis en examen dans les prochains jours.

François Fillon a encore des chances de s'imposer au premier tour tant la présidentielle semble dépendante des rebondissements qui l'animent. On ne peut absolument pas garantir à Macron sa place de second, on ne connaît pas vraiment son électorat et son aura dans les médias et les sondages ne l'empêcheront pas contracter peut être le syndrome Clinton, la candidate des médias sacrée présidente par les journalistes mais défaite dans les urnes.

Une part silencieuse des français qui se moque bien des affaires
Il faut de toute façon souligner le manque total de fiabilité des éditorialistes, commentateurs et observateurs qui depuis le début de la campagne se sont trompés sur tout, apparaissant totalement déconnectés des réalités du pays et l'état de l'opinion publique. Les sondages qui placent François Fillon en troisième homme tiennent-ils compte de la part silencieuse des français qui se moquent pas mal des affaires mais qui veulent un vrai tournant d'inspiration conservateur, protectionniste et très à droite? La base électorale de Fillon, autour des 20%, ne se reconnaît nulle-part ailleurs. Il n'y a pas de vases communicants à droite comme cela peut être le cas à gauche entre les candidatures de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon par exemple. Bien que désireuse d'un certain radicalisme, cette base dans son ensemble n'est pas culturellement (et économiquement !) prête à voter pour le Front national. Il ne faut plus à cette base que cinq points de pourcentage ou une baisse de dynamique du côté d'Emmanuel Macron pour s'assurer une place au second tour et gagner, profitant d'une fragmentation des candidatures au centre-gauche et à gauche.

Il faut également dire que l'électorat de droite est généralement sous-estimé : si les observateurs prédisaient à Sarkozy une cuisante défaite en 2012 face à François Hollande avec 60-40, le score au second tour a en réalité été bien plus serré.

Désamour fort pour le progressisme et envie d'un tournant radical-conservateur
La Manif pour tous puis la nomination par les sympathisants de droite de François Fillon à la primaire républicaine ont fait partie des événements qui témoignent d'un fort rejet de la part d'une partie non-négligeable de l'opinion de la gauche et du progressisme en général, désaffection auparavant minimisée ou mal appréhendée par les médias.

Si Fillon faisait mentir les observateurs en gagnait l'élection en mai prochain, comme cela semble tout à fait probable, la présidentielle 2017 entrerait dans l'histoire comme un scrutin hors-normes, remporté par le premier "rebelle"... de droite !


Source le100.fr

Billets-Le Brexit va nous renvoyer face à nos ports


Le Brexit va nous renvoyer face à nos ports

Les Anglais vont profiter du Brexit en matière portuaire pour attirer des flux venus du Commonwealth, les transformer sous-douane, avant de profiter des accords négociés avec l’Union pour inonder le marché unique.

Le Brexit c’est maintenant. Plus de six mois après, le choc est passé et l’on voit de ce côté de la Manche que les Anglais vont vraiment le faire. Nous, Européens, mais surtout Français, analysons ce que nous qualifions de catastrophe. Certes l’idée d’une perfide Albion venant chatouiller notre rapport de force avec l’Allemagne nous gênait, mais nous nous étions habitués.

Aujourd’hui, nous analysons et nous spéculons sur le devenir de l’île et pour être francs, nous la voyons déjà couler sans son ancrage au continent. Sans l’Union européenne, la place financière londonienne n’a pas d’avenir, les négociations d’accords commerciaux vont prendre des années et paralyser le pays, les barrières douanières vont enfermer le pays, les capitaux vont fuir (tout comme les Écossais, nos vieux alliés de circonstance), le chômage va grimper (comme en France), la récession va mettre à mal le pays et peut-être même que la peste bubonique fera son retour (nous venger d’Azincourt).

Pourtant, alors que nous pérorons et ergotons, l’Angleterre gagne le tournoi des six nations et travaille déjà au post-Brexit. Certes les Anglais sont des « boutiquiers » comme disait Napoléon, mais c’est là leur force et l’agilité de leur empire sur les affaires. Point de politique colbertiste, point de noblesse dans les relations commerciales ; simplement des forces dynamiques qui cherchent des solutions pour en faire commerce.

L’ouverture maritime, une question-clé
L’exemple des ports est très révélateur de cet état de fait. Antoine Fremont, directeur de recherche à l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux, constate que sur la façade nord européenne qui concentre les principaux ports européens, « La question de la marginalisation du Havre est posée ». La logistique en France, c’est 10 % du PIB et les ports sont les principaux points d’entrées et sorties des flux.
Marseille est le premier port de la Méditerranée, Rouen, le premier port céréalier d’Europe et Le Havre est le premier port à conteneur du pays. Mais, alors que les ports français progressent nominalement en matière de flux depuis une décennie, en proportion, ils perdent des parts de marché au profit des ports du Nord. Des ports du Nord, héritiers de la Ligue hanséatique, cette autre communauté de boutiquiers.

Les candidats à la présidentielle semblent faire peu de cas de l’économie maritime et de son potentiel. La mer, dans les programmes, reste le symbole des énergies renouvelables, et la pêche est la seule industrie qu’on lui prête. Le colbertisme délaisse ses ports alors même que Le Havre fête ses 500 ans et réclame des investissements en infrastructure.

Les atouts et les défis de Felixstowe
Il est à noter que dans la course aux conteneurs que se livrent les ports de l’Europe du Nord, Felixstowe, principale porte maritime anglaise, n’est pas vraiment mieux loti. Pourtant les Anglais sont déjà en train de mettre en place des possibilités que leur offre le Brexit pour développer leurs ports et faire mieux que rester dans la course.

Traditionnellement, on dit que la compétitivité d’un port tient tout d’abord de sa géographie. Singapour, Panama, Tanger en sont les meilleurs exemples. Ensuite, le marché, à la fois d’import et d’export est un impératif qui a été décliné avec le principe de hub qui est une interface entre deux marchés distincts. Ainsi, Le Havre, port naturel du bassin parisien bénéficie du premier marché européen.

Viennent ensuite l’infrastructure et la performance qui y est liée. On note ainsi une course au gigantisme avec des tirants d’eau de plus en plus importants et des cadences de manutentions à la hausse. Les autres facteurs traditionnels de compétitivité sont la fiabilité du service, la stabilité politique et sociale, la sûreté et la bonne gouvernance des ports et des services vers le marché qu’on appelle hinterland.

Ce que les Anglais ont noté c’est que les points précités, le port de Felixstowe, comme le port du Havre les possède ; ce ne sont donc que des prérequis. La logistique évolue et ce n’est plus le port qui décide de l’orientation des flux. Ces derniers se font de porte à porte et peu importe au chargeur quel est le port de passage, tant que la marchandise arrive à destination en temps, en quantité et en qualité demandés. Ainsi l’importance doit être donnée au service réactif, agile et de porte-à-porte. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on doit absolument se débarrasser des flux qui transitent. Il faut les capter avec des services logistiques, de la transformation et de la valeur ajoutée ; c’est-à-dire enchâsser le port dans un environnement propice au commerce.

Développer des places d’affaires… et des ports francs
Enchâsser les activités portuaires dans un environnement d’affaires propice à l’attractivité des flux, c’est ce que compte faire l’Angleterre post-Brexit. Les armateurs ne sont plus les clients des ports. Leurs navires font escale là où il y a du flux. Et il y a du flux là où les transitaires et les chargeurs le font passer, là où ils sont implantés, là où ils ont leurs habitudes. Pour attirer ces flux, on ne parle plus de ports, mais de complexes industrialo-portuaires. On développe des places d’affaire avec des possibilités financières, des accords douaniers, des accords de libre-échange, des infrastructures physiques et informatiques, des outils marketing et des formations.

Le Havre n’est pas en reste avec la Soget ou l’IPER qui sont des fleurons mondiaux, mais les Anglais vont aller plus loin pour profiter du Brexit. Et l’Angleterre n’a pas attendu que Theresa May envoie sa lettre à l’Union. Dès après le vote, un travail de fond a été mené par des parlementaires anglais afin de trouver des solutions de repositionnement du pays dans le commerce international. Parmi ces solutions, les ports francs, ceux-là même qui ont fait les belles heures de Marseille, Bordeaux, et Lorient, et continuent d’alimenter la quasi-totalité des plus grands ports du monde ont retenu l’attention du gouvernement.

Les Anglais vont donc profiter d’un statut de port franc qui est quasi banni de l’Union européenne pour attirer des flux venus du Commonwealth, les transformer sous-douane, avant de profiter des accords négociés avec l’Union, trop affolée de laisser partir le Royaume, pour inonder le marché unique. Cette stratégie devrait assurer à Felixstowe et aux autres ports, des flux, des emplois, de la croissance, et finalement tout l’inverse de ce que nous prédisons en regardant de l’autre côté de la Manche.

La brume nous empêche de voir qu’on s’active de l’autre côté, mais surtout, il nous faut réaliser que la mondialisation est une mondialisation de boutiquier. Notre colbertisme, teinté d’une méfiance des valeurs de l’argent, a du mal à y trouver sa place. Cet héritage de notre vieux fond catholique en délicatesse avec le commerce ne voit de la noblesse qu’au travers des vaisseaux et ports de guerre, donc des armateurs et des infrastructures. Nos ports sont d’ailleurs dirigés par des ingénieurs des ponts, pas des commerçants comme dans la Hanse.
Or le commerce international peut se cristalliser autour d’infrastructures majeures si des forces dynamiques sont libres de venir s’accrocher autour du catalyseur. L’enchâssement d’une zone franche portuaire n’est possible qu’au sein d’un écosystème dynamique comme le montrent les exemples de Tanger-Med, de Shenzhen ou de Dubaï. Mais c’est ce type d’infrastructure qui crée un cluster pérenne car il permet de faire du commerce et donc créer des emplois. À l’inverse créer des infrastructures pour attirer des flux c’est créer un port dans le désert des Tartares… et ce ne sont pas les Anglais qui feraient ça.

Source contrepoints.org
Par Alexandre Lavissière.

Alexandre Lavissière, Enseignant-chercheur en management, Laboratoire Métis, École de Management de Normandie
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.


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