jeudi 30 mars 2017

Billets-Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable


Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable

Une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

Ah ! les recasages ! C’est devenu une tradition dans une haute fonction publique qui ne manque pas une occasion de fustiger le populisme, le complotisme et la démagogie du petit peuple : à l’issue du quinquennat, on prend ses dividendes à la bourse de la vie administrative et on se recase dans des sinécures pour échapper au changement de majorité avec le même empressement que celui du rat qui quitte le navire en flammes. Et une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

On trouvera donc ici une nouvelle liste (partielle) des cadeaux aux cabinets ministériels.

La diplomatie française, lieu de recasage et de reclassement professionnel
Reuters a produit une liste intéressante des fromages diplomatiques attribués aux amis.
Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. (…) Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. (…)
Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.
Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

Félicitations à tous ces heureux bénéficiaires d’une nomination qu’il est difficile de ne pas voir comme politique. Elle rappelle combien la fonction publique est attachée à l’intérêt général.

D’autres nominations en opportunité
On remerciera Acteurs publics pour l’inventaire des nominations politiques sur le sol français.
En vrac, on notera donc :
  • la nomination d’un conseiller politique d’Annick Girardin à un poste d’inspection générale
  • la nomination d’une conseillère de Marisol Touraine dans un corps d’inspection (rappelons que le directeur de cabinet de la même ministre est passé à la Cour des Comptes)
  • la nomination d’une conseillère de Myriam El-Khomri dans le corps préfectoral
  • la nomination du directeur de cabinet de Jean-Jacques Urvoas comme directeur des affaires civiles du Sceau.

Encore ne s’agit-il là que de quelques nominations épisodiques parmi une foule d’autres recasages dont on mesure, une fois de plus, qu’ils accentuent la politisation de la haute fonction publique que le statut est supposé éviter…

Source contrepoints.org
Par Éric Verhaeghe.

Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien"
http://www.eric-verhaeghe.fr/


mercredi 29 mars 2017

Dessins de presse


Dessins de presse

mardi 28 mars 2017

Billets-Les Français, spectateurs de leur propre naufrage


Les Français, spectateurs de leur propre naufrage
Malgré les rapports alarmants de la Cour des Comptes, l’État continue de mener grand train et de dépenser sans compter. Les subventions diverses, variées et dodues dont bénéficie annuellement la presse sont jugées inefficaces par la Cour des Comptes ? Qu’à cela ne tienne ! Les élus voteront tout de même le sauvetage de L’Humanité, ce journal qui s’en trouve aussi dépourvu que de lecteurs qui, jadis, pleura Staline. On s’en émeut aujourd’hui, certes ; mais peu s’offusquent du soutien apporté à Chavez malgré les souffrances qu’il cause au peuple vénézuélien.

Alors qu’ils justifient leurs méfaits par le soutien que leur apportent des électeurs (pourtant minoritaires), les élus sont incapables de comprendre que si les Français ne veulent plus acheter une presse qui se gargarise de ses reprises biaisées de dépêches AFP, les forcer à payer pour des journaux qu’ils ne lisent plus va contre leur volonté.

Il faudrait être bien naïf pour croire encore que les décisions des élus sont l’expression de la volonté du peuple. Quel citoyen approuve les banquets du RSI, les primes des ministères, l’achat d’une collection de bonsaïs par le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la « disparition » de nombreuses œuvres d’art à chaque changement de tête ? Si l’État se permet de dépenser autant, avec fierté plutôt qu’avec honte, c’est parce qu’il persévère dans l’erreur selon laquelle la dépense publique crée de la richesse. Sans attendre des élus qu’ils notent la faiblesse logique de leur raisonnement, on pourrait au moins espérer qu’ils constatent l’échec des politiques de relance par la dépense menées depuis des décennies. Chaque année depuis 40 ans, ils votent un budget en déficit, sans sourciller.

Les Français ne semblent pas sourciller non plus, sauf pour descendre dans la rue en signe de protestation contre les rares lois qui ne leur nuisent pas comme le mariage homosexuel. Ils ne font plus confiance aux partis au pouvoir, et ils ont bien raison ; mais de plus en plus d’entre eux placent de l’espoir dans un parti au programme ridicule et aux intentions plus que douteuses. Leur prochain président sera choisi entre diverses nuances de socialisme, du rouge au brun en passant par la pastèque (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur).

La presse (commodément subventionnée) se contente de relayer les mesures prises par des ministres incompétents, dont le seul mérite consiste à avoir convenablement servi le Parti. Il y aurait pourtant fort à en dire ; les priorités désopilantes de ceux qui nous dirigent se traduisent tantôt par des objectifs témérairement stupides (diviser par 2 nos émissions d’ici 2050), tantôt par des mesures liberticides à bras raccourcis (40% de femmes dans les conseils d’administration).

Ce qui caractérise le pays dans son ensemble, c’est le déni. Les contrats d’avenir ne nous sortirons pas plus de l’ornière que le retour au franc ; mettre la vie des Français en coupe réglée ne remplacera pas les coupes budgétaires nécessaires ; menacer et contraindre les entreprises ne favorisera ni l’investissement ni l’emploi. La France a besoin de réformes structurelles, que tous s’emploient à repousser autant que faire se peut, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il sera trop tard quand toutes les caisses seront vides, aussi bien celles de l’État que celles des Français (en dehors de celles des hommes politiques et de leurs proches, qui sont depuis longtemps à l’abri du besoin et échappent commodément à la prison).

Une fois que la situation sera perçue dans toute sa gravité, on pourra remplacer les incantations à la courbe du chômage par des mesures de bon sens, que nos voisins européens ont déjà engagé. Certes, l’Europe n’échappe pas aujourd’hui à la tendance mondiale au surpoids étatique, mais certains pays ont le mérite de s’en rendre compte et l’espoir que la catastrophe puisse être évitée.

On admet volontiers en Finlande que l’État ne peut pas créer la croissance, on substitue petit à petit le privé au public en Suède, et on envisage avec sérieux la sortie d’une Union Européenne trop couteuse au Royaume-Uni.

Mais en France, rien de tout cela. Face la crise d’un modèle économique et politique dépassé (qui ne fait que commencer), la France, nue, se drape d’illusions, barricadée dans sa forteresse idéologique qui a tout d’une prison. Surtout pour les citoyens, condamnés à accepter ce qu’on tente de faire passer pour l’expression de leur volonté et la poursuite de leur meilleur intérêt.

Un jour, peut-être, la situation changera ; à eux d’en décider, et d’agir en conséquence. En attendant, les Français sont spectateurs de leur propre naufrage.


Source contrepoints.org

lundi 27 mars 2017

Billets-Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie


Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie

Jérôme Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent.

Finalement, le procès de Jérôme Cahuzac a une vertu majeure : celle de mettre des mots et des aveux sur ce que tout le monde savait ou croyait savoir concernant le financement des partis politiques. On aurait bien tort d’en déduire un générique « Tous pourris », qui donne l’impression qu’une simple purge du personnel des partis suffirait à résoudre le problème. Bien au-delà de cette vision simpliste, c’est le destin même de nos démocraties qui s’éclaire, et c’est un coup de projecteur sur les mécanismes déterminant le gouvernement profond qui est donné.
Les phrases choc de Jérôme Cahuzac sur le financement des partis
Durant son procès, Cahuzac s’est donc livré à quelques aveux dont la presse a surtout retenu qu’ils impliquaient Michel Rocard. En particulier, il a replacé l’ouverture de ses comptes en Suisse dans le contexte général du financement des partis politiques par des entreprises. Celles-ci étaient (et sont probablement encore) plus ou moins priées de « payer l’impôt révolutionnaire » en échange d’une contrepartie publique (comme l’ouverture d’un supermarché sur le territoire d’une commune, par exemple).

Et en quoi consistait (et consiste encore) « l’impôt révolutionnaire » ? En un versement direct d’argent sur les comptes d’un parti politique, souvent par l’intermédiaire d’un tiers de confiance.
Épiphénomène ou système ?
Il serait dommageable de ne pas donner à ce témoignage la dimension systémique qu’il mérite. Dans le monde de bisounours qui nous est souvent présenté par les médias subventionnés, le citoyen lambda peut avoir le sentiment que les décisions sont prises selon des principes de rationalité politique ou économique, ou selon des affiliations idéologiques.

Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent. Le sujet unique du procès Cahuzac est là : dans l’industrialisation d’un système qui finit par dessiner la mécanique du gouvernement profond. Industrialisation du financement des partis, d’un côté, où une sorte d’économie parallèle se dégage, fondée sur une corruption et un trafic d’influence à la source de toutes les grandes décisions publiques. Industrialisation de cette corruption, avec des entreprises qui organisent l’influence qu’elles peuvent avoir sur les élus et les lois en « investissant » de façon prévisible afin d’obtenir la bonne prise de décision.
Moralisation ou industrialisation de la corruption ?
Ce système, Cahuzac l’a dit, existe de longue date. La loi de 1988 sur le financement des partis va faire mine d’y mettre un terme. En réalité, elle va accélérer son industrialisation. Brutalement, en effet, le financement du parti politique ne se décide plus au restaurant du coin, autour d’une bonne tête de veau arrosée d’un Gamay approximatif. Ce n’est plus l’affaire de l’élu local qui monte une combine dans son coin. Tout cela devient trop dangereux, et cette pratique est d’ailleurs lâchée en pâture à l’opinion.

La réglementation (comme toujours est-il tentant de dire) ne supprime pas les mauvaises pratiques : elle les élitise, élimine les petits et favorise les acteurs industriels. C’est ici qu’un Cahuzac devient essentiel. Il faut désormais échapper aux contrôles trop stricts et aux opérations trop visibles. Le compte en Suisse, ou dans tout pays garantissant le secret bancaire, devient inévitable. Il faut un homme-lige pour réaliser l’opération, puis aller retirer l’argent versé pour le réinjecter, en liquide, dans le système. Tout ceci suppose une organisation en bonne et due forme, avec des possibilités de versement à l’étranger et une maîtrise des flux financiers suffisante pour ne pas se faire démasquer. Et des hommes de confiance que le « système » tient et qui tiennent au « système ». Des Cahuzac donc.
Pourquoi Cahuzac plutôt qu’un autre ?
Pour faire le sale boulot, un Cahuzac est une pièce maîtresse, une sorte de gendre idéal. Il est médecin, et pour les laboratoires pharmaceutiques, il est donc un ami et un confident. Il maîtrise accessoirement à merveille le sens des décisions réglementaires que souhaitent les laboratoires pharmaceutiques. Il est ambitieux mais n’est pas énarque. ll a donc tout intérêt à pactiser avec le diable, car le diable peut accélérer sa carrière et lui ouvrir des portes inattendues. Il est, au fond, totalement dépendant de ses financeurs, de ses mécènes, et c’est la meilleure garantie que ces entreprises pharmaceutiques puissent avoir pour leur retour sur investissement.

On comprend mieux ici l’importance, pour le gouvernement profond, de toute cette cour, de toute cette technostructure qui usine les décisions publiques. Ces gens-là sont au confluent des deux mondes, ils en constituent en quelque sorte la couche poreuse. D’un côté, ils ont la technicité complexe indispensable au fonctionnement de la machine étatique et réglementaire. De l’autre, ils sont à l’écoute des intérêts qui s’expriment, et profitent à plein de leur industrialisation. Plus le groupe d’influence à la manœuvre est puissant, plus le technicien aux ordres est enthousiaste : les bénéfices qu’il peut attendre de son trafic d’influence n’en seront que plus élevés.
Gouvernement profond et syndication de la connivence
Parce qu’il repose sur l’intervention d’une technostructure poreuse, le gouvernement profond qui oriente les décisions publiques à son profit (par exemple, par l’intervention d’un Cahuzac, la décision de mettre sur le marché un médicament dangereux, mais remboursé par la fameuse et bienfaisante Sécurité sociale) pratique la syndication industrielle de la connivence. Pour gouverner discrètement mais efficacement, le gouvernement profond a besoin d’une caste qui fait écran et qui agit loyalement dans la défense de ses intérêts.

Pour s’assurer de cette loyauté, le gouvernement profond a besoin de l’organiser, de l’animer et de la nourrir. Cette animation s’appelle les cabinets ministériels pléthoriques, les clubs et les cercles d’influence, comme le Siècle, les thinks tanks, et toutes ces sortes de lieux où le grenouillage est recommandé pour faire une carrière. Jusqu’à l’engloutissement total du navire.

Source contrepoints.org
Photo By: thierry ehrmann – CC BY 2.0
Par Éric Verhaeghe.


Éric Verhaeghe
Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien" http://www.eric-verhaeghe.fr/


Billets-Faut-il une période de transition présidentielle en France ?


Faut-il une période de transition présidentielle en France ?

Aux États-Unis s’est ouverte la période de transition présidentielle. On s’interroge sur l’absence d’une telle latence démocratique en France.

Alors qu’aux États-Unis s’est ouverte une période bien spécifique, celle de la transition présidentielle, on s’interroge sur l’absence d’une telle latence démocratique en France. Censé permettre une passation des pouvoirs en douceur et livrer toutes les clés de l’action présidentielle à l’équipe élue, ce temps politique est moins anodin qu’il n’y paraît. La France pourrait songer à se doter d’un tel intervalle.

La période de transition présidentielle qui s’est ouverte aux États-Unis le 8 novembre dernier n’est pas anecdotique. Au soir de son élection, Donald Trump est devenu le President elect des États-Unis tandis que Barack Obama demeure pleinement Président des États-Unis. Il le restera jusqu’au 20 janvier prochain. À cette date, la main gauche apposée sur une bible, Donald Trump se prêtera à la cérémonie de prestation de serment sur les marches du Capitole à Washington DC et deviendra alors officiellement le 45ème Président des États-Unis.

D’ici là, pendant 73 jours, les équipes des deux Présidents s’attellent à tout mettre en œuvre pour permettre une passation des pouvoirs harmonieuse et efficace. Les États-Unis accordent une place importante à cette période qu’ils ont encadrée dès 1963, via le Presidential Transition Act, modifié à plusieurs reprises.
Une transition présidentielle qui permet une passation de pouvoir en bonne et due forme
En pratique, les équipes du Président Obama préparent depuis près d’un an cette transition. Elles ont établi un Conseil de coordination pour la transition présidentielle (composé de responsables de la sécurité nationale, du territoire et de l’économie), et ont permis l’installation des équipes de campagne des deux principaux candidats à quelques pas de la Maison Blanche. Elles livrent chaque jour des informations confidentielles au Président élu et lui transmettent les renseignements et les dossiers nécessaires à sa prise de fonction.
L’exécutif conduit les affaires du gouvernement de manière à favoriser une passation ordonnée des pouvoirs présidentiels. Il a même été rapporté que l’équipe du Président Obama a prévu d’organiser un exercice de simulation de crise afin de préparer l’équipe de Donald Trump à l’hypothèse d’une menace pour la sécurité nationale.
Une transition présidentielle utile au futur Président
Au cours de ces 11 semaines de transition, l’équipe présidentielle entrante va, quant à elle, pouvoir procéder à la nomination de plus de 4000 postes au sein des administrations centrales (Spoil system oblige), prendre la mesure de la tâche qui l’attend, élaborer des stratégies pour la mise en œuvre de son programme et préparer au mieux sa prise de fonction. Cette latence démocratique est donc une période de préparation intense.

L’enjeu d’une telle transition présidentielle, longue et méthodique, est de permettre au Président élu de commencer efficacement son action dès son premier jour d’exercice du pouvoir. Elle lui permet de prendre le temps nécessaire afin de procéder aux bonnes nominations, de construire les conditions d’une unité politique nationale. Cela lui permet aussi d’améliorer le début du mandat de son équipe et, finalement, d’accroître l’efficacité du futur gouvernement. Ces avantages ne sont pas vains.

L’exemple de la transition réussie entres les équipes Bush et Obama fait, à ce titre, référence. Le fair-play politique avait alors parfaitement fonctionné. Obama avait ainsi pu signer, dès les deux premières semaines de son mandat, plusieurs décrets présidentiels. Ces premières actions lui avaient alors permis de lancer les réformes les plus essentielles de son action présidentielle.

Il est également possible de noter que dans de nombreuses grandes entreprises, la passation des fonctions entre deux CEO se déroule pendant plusieurs semaines. Le responsable entrant peut  ainsi bénéficier de tous les conseils de l’ancienne équipe et d’un temps certain afin d’organiser opérationnellement les grands axes de ses propres orientations. Cela limite aussi l’impact que certaines erreurs pourraient engendrer.
En France, la transition présidentielle n’existe pas
Cette période comprend donc des avantages réels. Pourtant, la plupart des passations de pouvoir au sein des démocraties occidentales se passent dans un laps de temps très bref et de manière beaucoup moins méthodique, notamment en France.

En France justement, la passation des pouvoirs est issue d’une pratique coutumière et se veut avant tout solennelle. Le président élu accède à ses nouvelles fonctions une dizaine de jours seulement après son élection. Il prend la mesure de sa charge une fois installé à l’Élysée, relativement seul face à ses nouvelles responsabilités.

Dans une démocratie solide, résiliente et apaisée, une transition des pouvoirs relativement longue ne devrait pas inquiéter. Bien sûr, la passation des pouvoirs constitue forcément un défi pour n’importe quel régime démocratique. Mais la stabilité politique pourrait paradoxalement sortir renforcée d’une période de représentation bicéphale du pouvoir, utilement et habilement organisée.

À l’heure du court-termisme, cette latence démocratique conduit à repenser la cadence de l’action politique. Elle lui impose un cycle de recul, de préparation, d’échange après des campagnes électorales souvent frénétiques et enclines aux excès. Elle lui permet de se montrer plus efficace au cours des premiers mois, essentiels, d’un gouvernement. Et si la France songeait à se doter d’un tel intervalle, dès 2017 ?


Source contrepoints.org
Photo Palais de l’Elysée by Nicolas Nova(CC BY-NC 2.0)
Par Benjamin Boscher.

Benjamin Boscher

Benjamin Boscher est un chroniqueur de "Trop Libre", site internet de la Fondation pour l’innovation politique. Diplômé de Panthéon-Assas, il est actuellement étudiant en affaires publiques à Sciences Po et à l’Essec.

vendredi 24 mars 2017

Dessins de presse


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dimanche 19 mars 2017

Billets-Réserve parlementaire : scandale retentissant à l’Assemblée Nationale


Réserve parlementaire : scandale retentissant à l’Assemblée Nationale

Étienne Cheron, collaborateur du député Patrick Lebreton, a démissionné suite à des révélations sur la façon dont il monnayerait les subventions de la réserve parlementaire du député.

L’association Contribuables Associés, dont l’objet est la défense des contribuables, a dévoilé un nouveau scandale autour de la réserve parlementaire des députés cette semaine : Étienne Chéron, assistant parlementaire du député de la Réunion Patrick Lebreton, aurait fait payé à hauteur de 5% des subventions obtenues des associations qui demandaient à bénéficier d’une subvention sur la réserve parlementaire de son député. Selon la 1ère (France Télévisions en Outre Mer), le collaborateur parlementaire aurait démarché 700 associations pour leur proposer ses services rémunérés.

Comment le collaborateur parlementaire a été piégé
Contribuables Associés, en montant un faux dossier, a piégé et enregistré l’assistant parlementaire, avec des extraits choquants sur la façon dont vos impôts peuvent être utilisés : dans l’enregistrement diffusé par l’association, la voix présentée comme celle d’Étienne Chéron souligne en particulier l’absence complète de contrôle sur l’utilisation de cet argent, et encourage l’association à demander une subvention d’un montant plus élevé que prévu initialement. Par l’intermédiaire d’une société, EC Conseil, Étienne Chéron a même fait dresser un contrat, montré dans la vidéo de Contribuables Associés, dans lequel est précisé par écrit le rôle du « consultant » pour l’obtention de la subvention.

Pas de mention à ce stade de poursuites judiciaires qui pourtant sembleraient plus que justifiées. Selon le collaborateur parlementaire interrogé par France Ô, il n’essayait que « d’aider les associations à accéder à la réserve parlementaire ».

Etienne Chéron a démissionné de son poste quelques heures après la révélation du scandale par Contribuables Associés. « J’ai évidemment commis une très grave erreur de jugement, une faute » écrit-il dans une lettre envoyée au député. Selon le député dans un communiqué, « aucune association hexagonale n’a contractualisé avec lui ». Une affirmation étonnante au vu du contrat produit par Contribuables Associés et qui tient probablement au fait que le démarchage des associations par l’assistant parlementaire aurait commencé le 3 mars 2017, seulement une dizaine de jours avant la révélation de l’affaire.

Élisabeth Mbappé, la collaboratrice parlementaire du sénateur Michel Vergoz est également domiciliée à la même adresse que la société de conseil d’Étienne Chéron. Cela parce qu’elle est sa compagne selon le sénateur, sans que l’implication de celle-ci ou non ne soit claire à ce stade. Le sénateur a condamné la pratique avec force : « D’après les premières informations qui ont été rapportées, cela s’appelle de l’escroquerie, c’est déplorable, les bras m’en tombent »

Le scandale de l’existence même de la réserve parlementaire
La réserve parlementaire, c’est cette enveloppe de 130 000€ que chaque député peut utiliser dans l’opacité la plus totale pour subventionner ce qu’il souhaite. Une caisse noire que certains ont manifestement compris comment l’utiliser pour leur profit personnel. Un mécanisme d’un autre temps, qui nourrit de véritables business, dans l’opacité la plus complète.

Ce scandale souligne à quel point il est urgent de supprimer la réserve parlementaire ou, a minima, d’en renforcer très fortement les contrôles. Contribuables Associés a justement, dans la foulée de ces révélations, lancé une pétition pour demander la fin de ce système. Au coeur de la tourmente, le député Patrick Lebreton a indiqué qu’il était favorable à une refonte de la réserve parlementaire.

Le conseil en subventions, une pratique qui peut être légale
Cette affaire met aussi sous le feu des projecteurs la pratique, légale quand le consultant n’est pas aussi le décisionnaire, du conseil en subventions.

Dit autrement, la France donne tellement de subventions par tellement de canaux différents que des entreprises peuvent, le plus légalement du monde, exister pour aider les associations, particuliers ou entreprises à bénéficier de ces subventions dans le maquis incompréhensible des aides. Un système aberrant, qui pourrait être avantageusement remplacé par moins de subventions et un remboursement de ces montants aux Français avec une baisse de leurs impôts. Les politiques en auront-ils le courage ?

Source contrepoints.org
Par Alexis Vintray.


Alexis Vintray est rédacteur en chef de Contrepoints, journal d'information d'inspiration libérale. Diplômé d'HEC Paris et de la Sorbonne, il est lauréat de la Bourse Tocqueville 2010.

samedi 18 mars 2017

Billets-Pourquoi François Fillon peut encore gagner la présidentielle


Pourquoi François Fillon peut encore gagner la présidentielle
  
Mis en difficulté par une affaire judiciaire, le candidat de la droite parvient pour autant à se maintenir dans les sondages, aidé par une élection présidentielle aux rebondissements inédits.

Après plus d'un mois de scandale autour du supposé emploi fictif de sa femme — entre autres polémiques — François Fillon serait au pire des cas selon les derniers sondages publiés le troisième homme de la présidentielle à venir. Le seul enjeu pour se faire élire en mai prochain sera de se garantir une place au second tour, au sein duquel Marine Le Pen semble avoir sa place réservée. Face à la candidate FN, le front républicain s'imposera une nouvelle fois et son opposant quel qu'il soit l'emportera — dans des proportions certainement plus modestes que les 82% de Chirac en 2002, mais tout de même.

Cette présidentielle a comme particularité de ne donner absolument aucune place aux débats d'idées : le jeu en ce moment dans les médias n'est plus de savoir quel candidat est le plus propre, le plus crédible, mais plutôt lequel est le moins sale de tous, le moins compromis dans les affaires — le fait que Marine Le Pen et son entourage mis en examen caracolent toujours en tête des enquêtes d'opinion semble toutefois accorder du crédit à la thèse selon laquelle l'exemplarité ne serait plus une valeur que l'électorat classerait comme primordiale pour un futur chef d'Etat ... facteur plutôt favorable pour le candidat de la droite, certainement mis en examen dans les prochains jours.

François Fillon a encore des chances de s'imposer au premier tour tant la présidentielle semble dépendante des rebondissements qui l'animent. On ne peut absolument pas garantir à Macron sa place de second, on ne connaît pas vraiment son électorat et son aura dans les médias et les sondages ne l'empêcheront pas contracter peut être le syndrome Clinton, la candidate des médias sacrée présidente par les journalistes mais défaite dans les urnes.

Une part silencieuse des français qui se moque bien des affaires
Il faut de toute façon souligner le manque total de fiabilité des éditorialistes, commentateurs et observateurs qui depuis le début de la campagne se sont trompés sur tout, apparaissant totalement déconnectés des réalités du pays et l'état de l'opinion publique. Les sondages qui placent François Fillon en troisième homme tiennent-ils compte de la part silencieuse des français qui se moquent pas mal des affaires mais qui veulent un vrai tournant d'inspiration conservateur, protectionniste et très à droite? La base électorale de Fillon, autour des 20%, ne se reconnaît nulle-part ailleurs. Il n'y a pas de vases communicants à droite comme cela peut être le cas à gauche entre les candidatures de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon par exemple. Bien que désireuse d'un certain radicalisme, cette base dans son ensemble n'est pas culturellement (et économiquement !) prête à voter pour le Front national. Il ne faut plus à cette base que cinq points de pourcentage ou une baisse de dynamique du côté d'Emmanuel Macron pour s'assurer une place au second tour et gagner, profitant d'une fragmentation des candidatures au centre-gauche et à gauche.

Il faut également dire que l'électorat de droite est généralement sous-estimé : si les observateurs prédisaient à Sarkozy une cuisante défaite en 2012 face à François Hollande avec 60-40, le score au second tour a en réalité été bien plus serré.

Désamour fort pour le progressisme et envie d'un tournant radical-conservateur
La Manif pour tous puis la nomination par les sympathisants de droite de François Fillon à la primaire républicaine ont fait partie des événements qui témoignent d'un fort rejet de la part d'une partie non-négligeable de l'opinion de la gauche et du progressisme en général, désaffection auparavant minimisée ou mal appréhendée par les médias.

Si Fillon faisait mentir les observateurs en gagnait l'élection en mai prochain, comme cela semble tout à fait probable, la présidentielle 2017 entrerait dans l'histoire comme un scrutin hors-normes, remporté par le premier "rebelle"... de droite !


Source le100.fr

Billets-Le Brexit va nous renvoyer face à nos ports


Le Brexit va nous renvoyer face à nos ports

Les Anglais vont profiter du Brexit en matière portuaire pour attirer des flux venus du Commonwealth, les transformer sous-douane, avant de profiter des accords négociés avec l’Union pour inonder le marché unique.

Le Brexit c’est maintenant. Plus de six mois après, le choc est passé et l’on voit de ce côté de la Manche que les Anglais vont vraiment le faire. Nous, Européens, mais surtout Français, analysons ce que nous qualifions de catastrophe. Certes l’idée d’une perfide Albion venant chatouiller notre rapport de force avec l’Allemagne nous gênait, mais nous nous étions habitués.

Aujourd’hui, nous analysons et nous spéculons sur le devenir de l’île et pour être francs, nous la voyons déjà couler sans son ancrage au continent. Sans l’Union européenne, la place financière londonienne n’a pas d’avenir, les négociations d’accords commerciaux vont prendre des années et paralyser le pays, les barrières douanières vont enfermer le pays, les capitaux vont fuir (tout comme les Écossais, nos vieux alliés de circonstance), le chômage va grimper (comme en France), la récession va mettre à mal le pays et peut-être même que la peste bubonique fera son retour (nous venger d’Azincourt).

Pourtant, alors que nous pérorons et ergotons, l’Angleterre gagne le tournoi des six nations et travaille déjà au post-Brexit. Certes les Anglais sont des « boutiquiers » comme disait Napoléon, mais c’est là leur force et l’agilité de leur empire sur les affaires. Point de politique colbertiste, point de noblesse dans les relations commerciales ; simplement des forces dynamiques qui cherchent des solutions pour en faire commerce.

L’ouverture maritime, une question-clé
L’exemple des ports est très révélateur de cet état de fait. Antoine Fremont, directeur de recherche à l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux, constate que sur la façade nord européenne qui concentre les principaux ports européens, « La question de la marginalisation du Havre est posée ». La logistique en France, c’est 10 % du PIB et les ports sont les principaux points d’entrées et sorties des flux.
Marseille est le premier port de la Méditerranée, Rouen, le premier port céréalier d’Europe et Le Havre est le premier port à conteneur du pays. Mais, alors que les ports français progressent nominalement en matière de flux depuis une décennie, en proportion, ils perdent des parts de marché au profit des ports du Nord. Des ports du Nord, héritiers de la Ligue hanséatique, cette autre communauté de boutiquiers.

Les candidats à la présidentielle semblent faire peu de cas de l’économie maritime et de son potentiel. La mer, dans les programmes, reste le symbole des énergies renouvelables, et la pêche est la seule industrie qu’on lui prête. Le colbertisme délaisse ses ports alors même que Le Havre fête ses 500 ans et réclame des investissements en infrastructure.

Les atouts et les défis de Felixstowe
Il est à noter que dans la course aux conteneurs que se livrent les ports de l’Europe du Nord, Felixstowe, principale porte maritime anglaise, n’est pas vraiment mieux loti. Pourtant les Anglais sont déjà en train de mettre en place des possibilités que leur offre le Brexit pour développer leurs ports et faire mieux que rester dans la course.

Traditionnellement, on dit que la compétitivité d’un port tient tout d’abord de sa géographie. Singapour, Panama, Tanger en sont les meilleurs exemples. Ensuite, le marché, à la fois d’import et d’export est un impératif qui a été décliné avec le principe de hub qui est une interface entre deux marchés distincts. Ainsi, Le Havre, port naturel du bassin parisien bénéficie du premier marché européen.

Viennent ensuite l’infrastructure et la performance qui y est liée. On note ainsi une course au gigantisme avec des tirants d’eau de plus en plus importants et des cadences de manutentions à la hausse. Les autres facteurs traditionnels de compétitivité sont la fiabilité du service, la stabilité politique et sociale, la sûreté et la bonne gouvernance des ports et des services vers le marché qu’on appelle hinterland.

Ce que les Anglais ont noté c’est que les points précités, le port de Felixstowe, comme le port du Havre les possède ; ce ne sont donc que des prérequis. La logistique évolue et ce n’est plus le port qui décide de l’orientation des flux. Ces derniers se font de porte à porte et peu importe au chargeur quel est le port de passage, tant que la marchandise arrive à destination en temps, en quantité et en qualité demandés. Ainsi l’importance doit être donnée au service réactif, agile et de porte-à-porte. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on doit absolument se débarrasser des flux qui transitent. Il faut les capter avec des services logistiques, de la transformation et de la valeur ajoutée ; c’est-à-dire enchâsser le port dans un environnement propice au commerce.

Développer des places d’affaires… et des ports francs
Enchâsser les activités portuaires dans un environnement d’affaires propice à l’attractivité des flux, c’est ce que compte faire l’Angleterre post-Brexit. Les armateurs ne sont plus les clients des ports. Leurs navires font escale là où il y a du flux. Et il y a du flux là où les transitaires et les chargeurs le font passer, là où ils sont implantés, là où ils ont leurs habitudes. Pour attirer ces flux, on ne parle plus de ports, mais de complexes industrialo-portuaires. On développe des places d’affaire avec des possibilités financières, des accords douaniers, des accords de libre-échange, des infrastructures physiques et informatiques, des outils marketing et des formations.

Le Havre n’est pas en reste avec la Soget ou l’IPER qui sont des fleurons mondiaux, mais les Anglais vont aller plus loin pour profiter du Brexit. Et l’Angleterre n’a pas attendu que Theresa May envoie sa lettre à l’Union. Dès après le vote, un travail de fond a été mené par des parlementaires anglais afin de trouver des solutions de repositionnement du pays dans le commerce international. Parmi ces solutions, les ports francs, ceux-là même qui ont fait les belles heures de Marseille, Bordeaux, et Lorient, et continuent d’alimenter la quasi-totalité des plus grands ports du monde ont retenu l’attention du gouvernement.

Les Anglais vont donc profiter d’un statut de port franc qui est quasi banni de l’Union européenne pour attirer des flux venus du Commonwealth, les transformer sous-douane, avant de profiter des accords négociés avec l’Union, trop affolée de laisser partir le Royaume, pour inonder le marché unique. Cette stratégie devrait assurer à Felixstowe et aux autres ports, des flux, des emplois, de la croissance, et finalement tout l’inverse de ce que nous prédisons en regardant de l’autre côté de la Manche.

La brume nous empêche de voir qu’on s’active de l’autre côté, mais surtout, il nous faut réaliser que la mondialisation est une mondialisation de boutiquier. Notre colbertisme, teinté d’une méfiance des valeurs de l’argent, a du mal à y trouver sa place. Cet héritage de notre vieux fond catholique en délicatesse avec le commerce ne voit de la noblesse qu’au travers des vaisseaux et ports de guerre, donc des armateurs et des infrastructures. Nos ports sont d’ailleurs dirigés par des ingénieurs des ponts, pas des commerçants comme dans la Hanse.
Or le commerce international peut se cristalliser autour d’infrastructures majeures si des forces dynamiques sont libres de venir s’accrocher autour du catalyseur. L’enchâssement d’une zone franche portuaire n’est possible qu’au sein d’un écosystème dynamique comme le montrent les exemples de Tanger-Med, de Shenzhen ou de Dubaï. Mais c’est ce type d’infrastructure qui crée un cluster pérenne car il permet de faire du commerce et donc créer des emplois. À l’inverse créer des infrastructures pour attirer des flux c’est créer un port dans le désert des Tartares… et ce ne sont pas les Anglais qui feraient ça.

Source contrepoints.org
Par Alexandre Lavissière.

Alexandre Lavissière, Enseignant-chercheur en management, Laboratoire Métis, École de Management de Normandie
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.


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vendredi 17 mars 2017

Lectures Gérald Bronner Etienne Géhin-L’inquiétant principe de précaution

Gérald Bronner Etienne Géhin
L’inquiétant principe de précaution
(4ème de couverture) Le principe de précaution et la façon dont nos contemporains entendent s’en servir est l’un des faits idéologiques majeurs de ce début de millénaire. Il est sur toutes les lèvres et l’on prétend l’appliquer sans cesse, à la lettre et à propos de tout…
Cet essai, en se fondant sur de nombreux exemples (OMG, antennes-relais…), propose de mettre à nu les mécanismes intellectuels et les faits historiques qui ont conduit à faire imprudemment entrer dans le droit le principe de précaution. Il s’oppose à la pensée dominante qui croit voir dans ce nouvel impératif constitutionnel l’expression du bon sens, alors que son application maximaliste inspire des décisions et des actions déraisonnables. Préjudiciable à l’intérêt général, cette situation implique profondément nos démocraties telles qu’elles s’organisent et les rapports désormais conflictuels que l’opinion publique entretient avec la connaissance et ses médiateurs. Une telle idéologie, pas très éloignée d’une nouvelle forme de populisme, a un nom : le précautionnisme.


Professeur de sociologie à l’Université de Strasbourg et membre de l’Institut Universitaire de France, Gérald Bronner est l’auteur de plusieurs livres sur les croyances collectives et les conséquences sociales des erreurs de raisonnement, dont L’empire des croyances (PUF, 2003) et L’empire de l’erreur (PUF, 2007). Maître de conférences en sociologie à l’Université Nancy 2, Etienne Gébin est l’auteur de La société : un monde incertain. Essai sur les institutions et l’idéologie politique (Hermann, 2006).


(1ere phrase :) Les nombreux auteurs qui croient devoir nous éclairer sur la signification et la modernité juridiques et morales du principe de précaution qu’ils défendent commencent souvent par expliquer que cette nouvelle norme constitutionnelle n’a rien à voir avec la prudence ordinaire ni avec celle que la philosophie antique tenait pour une très éminente vertu.
(Dernière phrase :) L’histoire a montré depuis longtemps qu’on trouvait facilement des légions de politiciens, mais, parmi eux, assez peu d’hommes d’Etat.
182 pages – Editions Presses Universitaires de France 2010


(Aide mémoire perso :)Voici un livre indispensable sur un sujet à la mode, où il devenait difficile de s’y retrouver. Le principe de précaution est systématiquement invoqué, à propos de la grippe A, des cendres du volcan islandais, des ondes électromagnétiques, des OGM, mais aussi de la plus banale des décisions de la vie quotidienne, où la simple prévention se réfère maintenant à un « principe de précaution » auquel il devient difficile de s’opposer.


La conclusion des auteurs, tous les deux sociologues, est précise et argumentée. Ce qu’ils appellent le « précautionnisme » est une nouvelle forme de populisme « qui flatte les intuitions trompeuses que l’esprit humain peut nourrir à propos des situations de risque et d’incertitude ».


Le principe de précaution discuté dans l’ouvrage est bien entendu celui de la Charte de l’environnement, inscrit dans la Constitution française en 2005, à propos de situations où « la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement ».


Dans un premier chapitre, les auteurs démontrent qu’il ne s’agit pas d’un simple principe de prévention. La clause d’incertitude alliée à la possibilité d’un recours judicaire, introduite par la révision constitutionnelle, fait le lit d’une coûteuse recherche du « risque zéro », risque zéro que la science ne pourra jamais garantir. Ainsi, toute analyse du rapport risque / bénéfice, toute prise en compte du « risque à ne pas faire » se retrouve exclue, favorisant de fait la non-décision, le statu quo.
Le deuxième chapitre met en rapport le fonctionnement de l’esprit humain et la mise en œuvre du principe de précaution. Nous le savons, notre intuition nous trompe. Or, affirment les auteurs, « l’idéologie de précaution mobilise, précisément, les idées que M. Tout-le-Monde peut se faire du hasard et des probabilités » pour conduire à des décisions intuitivement fondées, mais collectivement irrationnelles. Les différents biais cognitifs de l’esprit humain sont analysés en détail, et largement illustrés par des résultats d’expériences en psychologie sociale. Ainsi, nous avons tendance à surestimer les faibles probabilités (et aussi, par ailleurs, sous-estimer les fortes probabilités), et cette disposition se trouve amplifiée quand ces faibles probabilités sont associées à un risque. Dans ce cas, il n’est pas rare que, pour éviter une situation perçue comme dangereuse, nous mettions en œuvre des stratégies déraisonnablement coûteuses au regard du risque réel. C’est cette tendance que le principe de précaution met en scène pour conduire, comme l’illustrent les auteurs à propos de certaines récentes affaires de santé publique, à des décisions où l’intérêt général a été sacrifié au nom d’une « éthique de conviction » (ne jamais transiger, ici sur le risque zéro, peu importe le coût, peu importe si d’autres valeurs en pâtissent) opposée à une « éthique de responsabilité » (qui compare coût et bénéfices de différentes options).


Ceci est encore renforcé par d’autres biais cognitifs, telle notre inclination à prêter une plus grande attention à une perte qu’à un gain de valeur équivalente, notre difficulté à appréhender des problèmes multifactoriels, qui nous conduisent à nous focaliser sur un aspect particulier (par exemple, le seul risque, aussi faible soit-il, faisant nous abstenir de toute action) : « incertitude, c’est clairement la fiction du pire qui domine les débats ».


Analysant en détail le jugement du tribunal de Tulle condamnant le gestionnaire du réseau de transport d’électricité à verser plus de 300 000 € à une famille d’éleveurs en réparation du préjudice subi, selon le juge, par la présence à proximité d’une ligne à très haute tension, les auteurs montrent que la judiciarisation voulue par le principe de précaution conduit à inverser la charge de la preuve : la justice n’a plus à démontrer la responsabilité des faits incriminés, et c’est, à l’inverse, à l’accusé – ici le gestionnaire de réseau – de faire la preuve de son innocence. Or, en science, par définition, on ne peut jamais rien affirmer avec une certitude absolue. La science établit des théories jusqu’à ce que d’autres expérimentations viennent les affiner ou les corriger. De cette réserve « certains croient pouvoir inférer que c’est l’incertitude qui domine les débats et que, dans ces conditions, le principe de précaution doit s’appliquer ».


Une autre dimension, morale celle-ci, sous-jacente au précautionnisme est mise en évidence : celle, naïve, d’une nature équilibrée et bienveillante. La contrarier, c’est encourir ses foudres et provoquer des déséquilibres forcément nuisibles. La « négligence de la taille de l’échantillon », qui ne nous fait voir que ses succès sans considérer l’énorme quantité de ses insuccès, est un des biais cognitifs à l’origine de cette croyance. Conséquence logique, un certain « finalisme » se développe et voit dans les phénomènes biologiques à l’œuvre une sorte de « réenchantement du monde » : « si la nature fait si bien les choses, l’homme aurait intérêt à ne pas chercher à la modifier ».


Poursuivant ce fil, le chapitre 3 analyse les soubassements idéologiques du précautionnisme, à la fois manifestation de ce que les auteurs nomment « un fort sentiment antiprométhéen », et un moyen de combattre un système socio-économique. En référence au mythe de Prométhée (qui déroba le feu aux dieux pour le donner aux hommes afin que ces derniers puissent se protéger des dangers de la nature et développer leur civilisation), le précautionnisme (antiprométhéen) se méfie des actions de l’Homme sur la Nature (les campagnes anti-OGM fournissent une abondante illustration de cette rhétorique). L’homme, en se prenant pour Dieu, joue aux apprentis sorciers. Comment un tel sentiment a-t-il pu se développer jusqu’à en devenir une sorte de lieu commun lors, justement, que les progrès de la science ont permis des avancées décisives (vaccination, médecine, agriculture) permettant de vivre à la fois bien plus longtemps et dans de meilleures conditions que si l’on ne vivait que sous la seule aile protectrice de Dame Nature ? Si de tout temps des dangers avaient bien été perçus quant aux conséquences de l’action de l’Homme sur le monde, ce n’est vraiment qu’avec la Première Guerre Mondiale, puis avec les programmes d’épuration sociale ou raciale mis en œuvre par les régimes totalitaires, avec l’apogée qu’a été la Seconde Guerre Mondiale et la mise en œuvre d’un génocide systématique et « scientifique », que s’opère ce changement d’attitude : « à force de progrès scientifiques, les hommes ont la possibilité de mettre eux-mêmes un terme à leur histoire ». Seveso, Three Miles Island, Bhopal, Tchernobyl, AZF, vache folle… l’industrie serait mortifère, et nous serions en « danger de progrès ». Et c’est toute une société qu’il faut alors remettre en cause, au nom de ce constat.


Venant en résonance avec ce sentiment, les auteurs soulignent le rôle clé des thèses de la sociologie relativiste, critiquant la science sous un autre angle, celui de son objectivité et de sa vérité : « les sciences, celles de la Nature en tout cas, souffrent aujourd’hui d’être discréditées par les conséquences désastreuses de certaines de leurs applications, et dévalorisées dans l’esprit de ceux, de plus en plus nombreux, qui croient que le récit de l’astrologue n’a pas moins de valeur que celui de l’astronome ». Mais, comme le rappellent les auteurs, ce qui est compréhensible n’est pas forcément juste, pertinent ou raisonnable.


Le dernier chapitre se focalise sur ce qui donne toute la dynamique à cet « inquiétant principe de précaution » : les interactions avec les médias.


Premier constat, « le thème conspirationniste qui accompagne souvent le désaveu de l’expert » dans l’idéologie précautionniste se retrouve amplifié au travers des différents médias. Comment les prodigieux développements des moyens d’information (Internet en particulier) profitent-ils aux croyances, au détriment de la connaissance ?


Là encore, une analyse fondée sur des biais cognitifs bien établis nous livre quelques explications. À une époque où les grands systèmes idéologiques perdent du terrain, les individus ont tendance à se composer eux-mêmes leurs propres « systèmes de négociation », largement influencés par le « biais de confirmation » qui tend à pérenniser les croyances en ne nous faisant retenir que ce qui va dans le sens de la croyance. Les croyances proposent des solutions qui « épousent les pentes naturelles de l’esprit », là où l’investigation méthodique implique un coût d’investissement cognitif prohibitif. Se livrant à des analyses statistiques, les auteurs montrent que, sur quelques sujets objets de croyance ou de controverses (astrologie, Saint-Suaire, Crop Circle, Aspartame cancérigène, télépathie, lignes THT, OGM, etc.), Internet, mais aussi plus généralement tous les médias, font la part plus que belle à la croyance, rendant l’accès à l’information scientifique encore plus difficile. Parmi les explications identifiées, la motivation des « croyants » et le temps qu’ils sont prêts à investir figurent en bonne place. Mais la recherche du sensationnel, pour les grands médias, est un autre facteur explicatif (recherche motivée en partie par le fait qu’il faut livrer une information inédite pour être remarqué).


De ce point de vue, la connaissance scientifique est un bien mauvais produit médiatique, alors que la peur et l’inquiétude sont pratiquement assurées de toucher la cible médiatique : une information inédite qui implique chacun d’entre nous, énoncée sous forme de certitudes. C’est ainsi que les médias en arrivent à créer, involontairement ou non, des controverses artificielles en mettant à égalité des « experts proclamés indépendants » et la communauté scientifique, opposant des avis tranchés, simples, définitifs et souvent alarmistes, à une argumentation plus subtile, toujours empreinte de doute.


En conclusion, on l’aura compris, le livre de Gérald Bronner et d’Étienne Géhin devrait figurer en bonne place dans la bibliothèque de tout honnête homme, intéressé par l’analyse de récentes controverses technico-politiques. Il nous met en garde contre l’épanouissement d’une nouvelle forme de populisme, forme d’autant plus perverse que les victimes de ses effets sont souvent « invisibles » (la victime – prétendue ou réelle – d’un effet secondaire d’une vaccination peut faire l’objet d’un reportage émouvant, alors que toutes celles atteintes d’une grave affection du fait d’une absence de politique de santé publique adaptée auront du mal à attirer l’attention des caméras). Et nous ne pouvons que faire nôtres les inquiétudes des auteurs, quand ils soulignent les dangers d’une généralisation « des dispositifs de démocratie participative, qu’ils portent le nom de consultation citoyenne ou d’audition publique, qui ne peuvent avoir d’autre effet que d’amplifier l’expression de ce populisme précautionniste ».




mercredi 15 mars 2017

Billets-Il vaut mieux être curieux qu’intelligent


Il vaut mieux être curieux qu’intelligent

L’inventeur du QI, Alfred Binet, n’a pas inventé le QI dans l’objectif de mesurer l’intelligence. Il cherchait à identifier les élèves ayant des difficultés avec le système éducatif français pour qu’ils puissent retrouver le chemin de l’apprentissage et du succès, d’abord scolaire.

L’idée que l’apprentissage ne se fait pas de la même façon pour tous n’est plus à démontrer.

Il y a un génie en chacun de nous. Mais si on juge un poisson à sa capacité à grimper aux arbres, il vivra toute sa vie pensant qu’il est idiot. – Albert Einstein

Aujourd’hui, alors que l’éducation et la formation se font (ou au moins se conçoivent) tout au long de la vie, de nouveaux moyens de formation apparaissent (notamment les MOOC), permettant à terme à chacun de trouver la meilleure méthode pour apprendre. Quelques étudiants brillants mais vivant dans des pays sous-développés ont par exemple pu être identifiés via Internet où ils suivaient des cours en ligne et soutenus par plusieurs universités prestigieuses.

L’intelligence ne se mesure pas de façon unique, et l’apprentissage ne se fait pas de façon unique. On comprend mieux les dommages causés par le manque de liberté éducative ; les parents de surdoués le savent bien, un rythme ou une méthode inadaptés peuvent conduire un « haut potentiel » au décrochage.

Mais le « haut potentiel », l’intelligence et le talent peuvent devenir eux-mêmes des handicaps. Quand on les conçoit comme innés, quantités fixes, caractéristiques inhérentes de l’individu, il y a de fortes chances qu’on le convainque qu’il est par nature doué. Et le mal est fait.

Le mal, c’est pour l’individu d’adopter cette vision déterministe de l’intelligence, de l’apprentissage et du succès. Il cherchera alors à briller, prouver son intelligence, et se remettra difficilement à la découverte de ses lacunes et échecs. Le mal, c’est de conduire l’individu à penser que ses résultats ne sont pas le produit de son effort.
Les parents sont, certes, de bonne foi ; ils cherchent à rassurer leur progéniture sur ses capacités et parfois s’en émerveillent, ou s’inquiètent de n’avoir su élever qu’un « élève moyen », lent ou souffrant de difficultés de compréhension. Les instituteurs et professeurs ne sont pas en reste ; leurs appréciations orales et écrites peuvent condamner les enfants à considérer leurs capacités impressionnantes ou limitées comme une quantité fixe.

Cet « esprit fixe » (fixed mindset) qui conduit à considérer l’intelligence et le talent comme des quantités fixes conduit selon Carole Dweck (auteur de Mindset) à chercher à avoir l’air intelligent, et développerait une tendance à éviter les défis, abandonner rapidement dans l’adversité, considérer l’effort comme vain, ignorer les critiques et se sentir menacé par les succès des autres.

Si vous êtes le plus intelligent dans la salle, trouvez une autre salle. – Michael Bell
Un « esprit de croissance » (growth mindset) génère un désir d’apprendre, donc une tendance à embrasser les défis, persévérer dans l’adversité, voir l’effort comme voie vers la maîtrise, apprendre des critiques et voir dans le succès des autres une source d’inspiration.

Pour Carole Dweck, nous nous situerions tous quelque part entre esprit fixe et esprit de croissance, mais notre position sur cet axe n’est pas figée. C’est un état d’esprit, qui a d’immenses conséquences sur notre parcours – et, in fine, notre succès.
En valorisant dès le plus jeune âge l’effort des enfants plutôt que leur talent inné, on leur fait don d’une vision d’eux-mêmes et du monde favorisant l’apprentissage et le travail. Ils ont la responsabilité de leur succès.

Dans le cas contraire, nombre d’enfants à potentiel inexploité feront tout pour éviter d’exploiter ce potentiel ; ils préfèreront souvent être médiocres sans effort et sans risque de connaître leurs vraies limites, celles qu’ils peuvent atteindre en travaillant dur. Leur apprentissage sera plus difficile, sauf dans les matières pour lesquelles ils penseront être « doués ».

Et, tout au long de la vie, cette vision suit chacun d’entre nous. Quelle peut être la plus grande ambition d’un « élève moyen » ? Ne vaut-il pas mieux éviter d’être un « bourreau de travail » quand on peut vivre confortablement de ses facilités ?
La culture revêt alors une importance capitale. Quand on sait l’importance de l’effort et le nombre de défis à relever pour entreprendre avec succès, et quand on connaît l’importance de la persévérance pour réussir après plusieurs échecs, on comprend qu’une vision déterministe du talent et de l’intelligence nuit grandement à la création d’entreprise. Ou, plus simplement, à l’acquisition d’une maîtrise permettant d’être compétent et innovant.

Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. – Winston Churchill

Rendez service à vos enfants, collègues, amis : valorisez leurs efforts plutôt que leurs capacités. Même s’ils sont déjà prisonniers d’une vision ou leur talent est inné, et sont plus facilement flattés par la reconnaissance de leur génie que de leur travail, il n’est jamais trop tard pour changer d’état d’esprit. Aidez-les à apprendre de leurs échecs, reprochez-leur leur ignorance plutôt que leur bêtise.

Et rendez-vous service : comprenez que vous n’échouez pas, vous apprenez.
J’ai raté plus de 9 000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matches. Pas moins de 26 fois, mon équipe m’a fait confiance pour tenter un panier qui nous amènerait la victoire, et je l’ai raté. J’ai échoué dans ma vie, encore et encore. Et c’est pour ça que je réussis. – Michael Jordan


Source contrepoints.org