vendredi 31 mars 2017

Billets-Comment le Portugal a gagné la lutte contre la drogue en ne la menant pas


Comment le Portugal a gagné la lutte contre la drogue en ne la menant pas

La politique concernant les drogues menée par le Portugal est une alternative crédible au tout répressif.

Depuis plus de 100 ans, les États-Unis cherchent à interdire la consommation de drogues. Les partisans de la prohibition affirment qu’en rendant illégales des substances comme le cannabis, la cocaïne et l’héroïne, l’État peut significativement réduire la criminalité liée à la drogue, combattre la toxicomanie et arrêter la propagation des maladies liées à la consommation de stupéfiants.

Cette politique n’a pas eu les effets escomptés. Michael Botticelli, directeur du Bureau de la politique nationale de contrôle des drogues, a déclaré que la guerre contre les drogues était constituée « d’échecs politiques et pratiques ».

Parmi les alternatives à la guerre contre la drogue, il existe l’option de la dépénalisation des drogues, c’est-à-dire l’assouplissement de l’application de la loi et sanctions pour les infractions liées à la drogue, et la légalisation de toutes les drogues.
Oui, toutes les drogues.

Le cobaye portugais
Ces options peuvent sembler contre-productives, mais les données racontent une autre histoire. En 2001, le Portugal a choqué le monde en votant la dépénalisation de toutes les drogues en réponse à un problème croissant d’héroïne.

Le trafic de drogue demeure illégal, mais les consommateurs de drogues sont considérés comme des malades plutôt que des criminels. Au lieu d’une arrestation et d’une incarcération immédiate, les personnes prises avec moins de 10 jours d’approvisionnement en drogues dures sont conduites devant un tribunal spécial d’experts légaux, de psychologues et de travailleurs sociaux. Le but est d’arriver à une solution qui s’occupe d’abord de la santé du patient, avec une petite amende occasionnelle ou un travail d’intérêt général.

Quinze ans plus tard, la catastrophe prédite par de nombreuses personnes est démentie par les données. La consommation de drogues parmi les jeunes de 15 à 24 ans a considérablement diminué et les décès dus à la drogue sont tombés de 80 en 2001 à 16 en 2012.

Avant 2001, près de 100 000 consommateurs de drogues étaient condamnés au Portugal. Dans les 10 premières années de l’adoption de la politique, ce nombre a été divisé par deux. Aujourd’hui, le Portugal possède l’un des taux de consommation de drogues les plus faibles de toute l’Europe.

Un taux de consommation de drogues très faible
Les gens quittent le marché des drogues et cherchent un traitement. Le nombre de personnes enregistrées en réhabilitation est passé de 6 000 en 1999 à plus de 24 000 en 2008. Le nombre de consommateurs d’héroïne qui se piquent est passé de 45% à 17%, ce qui est particulièrement important lorsque l’on parle de maladies liées à la drogue : ainsi, les toxicomanes ne représentent plus que 20% des cas de VIH dans le pays, une amélioration significative par rapport aux 56 précédents.

Ces résultats peuvent être expliqués par des considérations économiques de base. À mesure que les gens obtiennent de l’aide pour combattre leur addiction à la drogue, le nombre d’utilisateurs, c’est-à-dire la demande de drogue, diminue. Lorsque la demande baisse, les fournisseurs de drogue constatent que leur entreprise autrefois lucrative ne porte plus ses fruits. Ils sortent donc du marché.

Redirection des ressources
Cela expliquerait pourquoi une étude de 2010 dans le British Journal of Criminology a révélé qu’après la dépénalisation, le Portugal a observé une réduction significative de l’emprisonnement de prétendus trafiquants de drogue, de 14 000 en 2000 à 5 000 en 2010. En fait, la proportion de personnes incarcérées pour crimes commis sous l’influence de stupéfiants ou pour nourrir leur addiction a chuté de 41% en 1999 à 21% en 2008.
En réorientant les ressources précédemment allouées à l’arrestation et à la mise en prison de toxicomanes, le Portugal a non seulement réprimé son problème de drogue, mais il a créé une société plus saine. Alex Steven, président de la Société internationale d’étude de la politique pharmaceutique, a déclaré : « La principale leçon à tirer, c’est que la dépénalisation de la drogue ne conduit pas nécessairement à la catastrophe, Et elle libère des ressources pour offrir des réponses plus efficaces aux problèmes que la consommation de drogues engendre. »

Le résultat de la politique portugaise
Il y a quelque chose à apprendre du traitement de la consommation de drogues comme une maladie physique et mentale. Considérons les résultats de la politique portugaise par rapport à l’approche américaine. Alors que les taux d’utilisation, d’incarcération et de maladie au Portugal ont tous baissé, la consommation de drogues aux États-Unis est demeurée relativement inchangée depuis une dizaine d’années.

Chaque année, 1,5 million de personnes sont arrêtées et mises en examen pour des faits liés à la drogue, dont 80% pour simple possession. La moitié de toutes les incarcérations fédérales est reliée aux drogues.

Peu de gens pensent que l’usage de drogues n’est pas un problème. Sans aucun doute, sa consommation pose des problèmes pour la santé publique et détruit de nombreuses vies. Cependant, lorsqu’on examine l’efficacité des politiques en matière de drogues, le modèle américain n’est rien de moins qu’un échec total. Il est temps de regarder les alternatives. Comme l’illustre le cas portugais, les politiques dites «radicales» peuvent être parfaitement raisonnables.

Source contrepoints.org
Par Abigail R. Hall.
Un article de la Foundation for economic education



fee.org
Fondée en 1946 par Leonard E. Read, la Foundation for Economic Education (FEE), présidée par Lawrence W. Reed, est l'une des plus anciennes organisations de défense et de promotion des "principes" de la liberté aux États-Unis : le caractère sacré de la propriété privée, la liberté individuelle, la primauté du droit, le libre marché, et la supériorité morale du choix individuel et de la responsabilité sur la coercition.

jeudi 30 mars 2017

Billets-Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable


Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable

Une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

Ah ! les recasages ! C’est devenu une tradition dans une haute fonction publique qui ne manque pas une occasion de fustiger le populisme, le complotisme et la démagogie du petit peuple : à l’issue du quinquennat, on prend ses dividendes à la bourse de la vie administrative et on se recase dans des sinécures pour échapper au changement de majorité avec le même empressement que celui du rat qui quitte le navire en flammes. Et une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

On trouvera donc ici une nouvelle liste (partielle) des cadeaux aux cabinets ministériels.

La diplomatie française, lieu de recasage et de reclassement professionnel
Reuters a produit une liste intéressante des fromages diplomatiques attribués aux amis.
Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. (…) Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. (…)
Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.
Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

Félicitations à tous ces heureux bénéficiaires d’une nomination qu’il est difficile de ne pas voir comme politique. Elle rappelle combien la fonction publique est attachée à l’intérêt général.

D’autres nominations en opportunité
On remerciera Acteurs publics pour l’inventaire des nominations politiques sur le sol français.
En vrac, on notera donc :
  • la nomination d’un conseiller politique d’Annick Girardin à un poste d’inspection générale
  • la nomination d’une conseillère de Marisol Touraine dans un corps d’inspection (rappelons que le directeur de cabinet de la même ministre est passé à la Cour des Comptes)
  • la nomination d’une conseillère de Myriam El-Khomri dans le corps préfectoral
  • la nomination du directeur de cabinet de Jean-Jacques Urvoas comme directeur des affaires civiles du Sceau.

Encore ne s’agit-il là que de quelques nominations épisodiques parmi une foule d’autres recasages dont on mesure, une fois de plus, qu’ils accentuent la politisation de la haute fonction publique que le statut est supposé éviter…

Source contrepoints.org
Par Éric Verhaeghe.

Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien"
http://www.eric-verhaeghe.fr/


mercredi 29 mars 2017

Billets-La mort… à 27 ans  

La mort… à 27 ans


source: AP
Brian Jones (The Rolling Stones)
Né le 28 février 1942 – décédé le 3 juillet 1969
Age: 27 ans

Dans la nuit du 2 au 3 juillet 1969, peu après minuit, Brian Jones est retrouvé inconscient au fond de sa piscine à Cotchford Farm dans le Sussex, par Janet Lawson, une amie qu'il a invitée. Cette dernière prévient la petite amie suédoise de Brian qui est infirmière, Anna Wohlin. Celle-ci tente de le réanimer mais lorsque le médecin arrive, il est déclaré mort. L'autopsie révèlera que Brian Jones avait pris une certaine quantité d'amphétamine et d'alcool mais aussi que sa santé était particulièrement détériorée. Son foie et son cœur étaient hypertrophiés en raison de son usage massif d'alcool et de drogues. Le rapport d'autopsie conclut à une "mort par mésaventure" (death by misadventure).

Néanmoins, rapidement, de nombreuses rumeurs circulent autour des circonstances de sa mort. L'une des plus communes serait que la mort de Brian Jones serait consécutive à un meurtre. Certaines théories (sans fondement) impliquent même certains Rolling Stones, particulièrement Mick Jagger et Keith Richards dans le meurtre. Cependant, le meurtrier présumé qui est souvent cité serait Frank Thorogood, un entrepreneur chargé de la rénovation de la maison du musicien des Stones. Ce dernier aurait avoué sur son lit de mort en 1994, à Tom Keylock, un ami de Brian, qu'il avait tué le musicien

Les Rolling Stones rendront hommage à leur ancien guitariste deux jours après sa mort, à l'occasion d'un concert gratuit programmé de longue date dans Hyde Park, afin entre autres à l'origine, de présenter leur nouveau guitariste: Mick Taylor. Le 5 juillet 1969, devant 300 000 spectateurs, Mick Jagger lit des extraits d'Adonaïs de Percy Shelley en hommage à Brian Jones. S'ensuit un lâcher de papillons blancs. Le groupe démarre le concert avec une reprise d'une chanson de Johnny Winter: I'm Yours and I'm Hers qui était l'un des préférés de Jones.

Brian Jones est enterré le 10 juillet 1969 dans le cimetière de Cheltenham. Les seuls Rolling Stones présents sont Charlie Watts et Bill Wyman.

Brian Jones est entré dans le « 27 Club » regroupant les figures de la musique décédées à 27 ans.


photo: (inconnu)
Jimi Hendrix
Né le 27 novembre 1942 – décédé le 18 septembre 1970
Age: 27 ans

Le 18 septembre 1970, Hendrix est retrouvé mort au Samarkand Hotel (Londres). Les circonstances exactes de sa mort sont toujours l'objet de controverses, même si la thèse principale selon laquelle il serait mort étouffé par son vomi, consécutivement à un abus de barbituriques (Vesparax) lié à une prise d'alcool semble être la plus probable. Néanmoins, James Tappy Wright, son ancien assistant, affirme en 2009 qu'Hendrix aurait été assassiné par Michael Jeffery en lui faisant ingurgiter de force des pilules et de l'alcool.

Il est enterré à Seattle, sa ville natale, le 1er octobre 1970, en dépit de sa volonté d'être inhumé à Londres.

Il est entré dans le Club des 27 regroupant les figures de la musique décédées à vingt-sept ans.


photo: (inconnu)
Janis Joplin
Née le 19 janvier 1943 – décédée le 4 octobre 1970
Age: 27 ans

À l'automne 1970, elle enregistre l'album Pearl avec son nouveau Full Tilt Boogie Band et le producteur de Phil Ochs et des Doors, Paul A. Rothchild. Le lendemain même de l'enregistrement de Me and Bobby McGee - qu'elle n'aura jamais entendu - le 4 octobre 1970, Janis Joplin est découverte morte d'une surdose d'héroïne dans sa chambre d'hôtel, deux semaines après Hendrix (mort le 18 septembre), surdose probablement due à une héroïne trop pure. Ses derniers enregistrements complets sont Mercedes-Benz ainsi qu'un chant pour l'anniversaire de John Lennon le 9 octobre 1970 ; Lennon racontera plus tard, à l'animateur Dick Cavett, que l'enregistrement n'est arrivé chez lui à New York qu'après la mort de Janis.

Elle est incinérée au cimetière Westwood Village Memorial Park à Westwood, un quartier de Los Angeles, en Californie, et ses cendres sont dispersées du haut d'un avion dans l'océan Pacifique. Quinze jours plus tard, conformément à ses dernières volontés (elle avait laissé un chèque de 2 500 dollars à cet effet), une immense fête rassemble ses amis. Sur le faire-part, on pouvait lire « Drinks are on Pearl » (Les boissons sont offertes par Pearl).


photo: (inconnu)
Jim Morrison (The Doors)
Né le 8 décembre 1943 – décédé le 3 juillet 1971
Age: 27 ans

Le 5 juillet, cependant, une rumeur court à Los Angeles selon laquelle Jim Morrison serait mort. Rien de bien alarmant : au cours des années 1967-1968, il s'était rarement écoulé un mois sans que de telles rumeurs courent. Néanmoins dépêché à Paris le 6 juillet, le manager des Doors, Bill Siddons, ne peut que constater la mort du chanteur, décédé dans sa baignoire dans la nuit du 2 au 3 juillet. L'inhumation a lieu le 7 juillet, au cimetière du Père-Lachaise, où se trouve toujours la tombe de Morrison.

Les circonstances de la mort de Morrison ont donné lieu à de nombreuses spéculations, d'autant plus qu'à son arrivée, Bill Siddons n'a pas vu le corps de Jim Morrison mais le cercueil censé le contenir. Aucune autopsie ni examen n'a été pratiqué sur le cadavre, la cause officielle du décès étant une simple crise cardiaque. La vie d'excès menée par Morrison pendant six ans (il abusait de l'alcool, participait volontiers à des orgies et se vantait d'avoir pris deux cents fois de l'acide) accrédite cette version des faits. La version de la crise cardiaque dans son bain est la plus répandue, car c'est ainsi que la police l'a retrouvé.

Cependant, des témoins affirment avoir vu Morrison ce soir-là dans un bar parisien branché, le Rock 'n' Roll Circus. Selon cette version, Morrison aurait pris de l'héroïne et serait mort d'une surdose dans les toilettes du bar alors qu'il était venu chercher de l'héroïne pour Pamela Courson auprès de deux hommes travaillant pour Jean de Breteuil. Présentes sur place, et par crainte du scandale, la chanteuse Marianne Faithfull et la réalisatrice Agnès Varda auraient alors dégagé le corps et l'auraient ramené jusqu'à l'appartement que Morrison partageait avec Pamela Courson. D'après Sam Bernett, à l'époque gérant du Rock 'n' Roll Circus, les deux dealers qui avaient vendu l'héroïne à Morrison l'auraient emmené eux-mêmes dans son appartement rue Beautreillis après qu'un médecin, présent dans le bar, a constaté le décès, et l'y ont mis dans un bain.

Une troisième version, développée dans la biographie de Stephen Davis, explique que Jim a bu toute la journée du 2 juillet en compagnie de Alain Ronay. En fin de journée, le journaliste le laisse dans un café et prend le métro pour aller rejoindre la chanteuse Marianne Faithfull avec qui il doit dîner. Jim est ensuite aller dîner au restaurant avec sa compagne, Pamela Courson. De retour dans leur petit appartement de la rue Beautreillis très tard dans la nuit, ils dansent sur des disques de The Doors. Pamela prend de la cocaïne ramenée de Chine par Jean de Breteuil, ce qui sera responsable de la mort de Jim Morrison. Cette poudre, appelée China White dans le milieu, a été sniffée d'abord par Pamela, puis par Jim. Vers 3 heures du matin le couple s'endort et, deux heures plus tard, Jim se réveille, souffrant. Il décide de prendre un bain et se met à vomir des bouts d'ananas et l'alcool ingurgités la veille. Pam se réveille en sursaut pour lui porter secours mais se rendort aussitôt. Vers 6 heures, après avoir appelé Pamela, toujours endormie, Jim prononce sa dernière phrase : "Are you still there ?" ("Es-tu toujours là ?"), puis il meurt dans la baignoire. Deux heures plus tard, Pam se réveille précipitamment et constate que Jim n'est pas avec elle. Elle se rue vers la salle de bain, mais s'aperçoit que la porte est fermée à clé. Elle contacte son ami maudit, Jean de Breteuil, pour lui demander de l'aider à appeler la police car Pam ne parle pas français. Jean arrive chez elle une demi-heure plus tard, appelle les urgences, puis repart rapidement et quitte le sol français. Jim aurait été trouvé mort dans sa baignoire par les pompiers, avec des hématomes sur la peau. Pensant qu'il souffre d'une hémorragie interne, ils essayent de le ranimer, en vain. Le décès sera constaté environ 45 minutes plus tard, par le Dr Max Vassille, médecin légiste.


photo: (inconnu)
Kurt Cobain (Nirvana)
Né le 20 février 1967 – décédé le 5 avril 1994
Age: 27 ans

Le 8 avril 1994, un électricien nommé Gary Smith découvre le corps de Cobain dans la pièce située au-dessus du garage (souvent appelée « la véranda ») de sa maison du Lac Washington. Smith, arrivé dans la matinée pour effectuer des travaux de maintenance, avait aperçu le corps depuis l'extérieur. Ne voyant pas de signes apparents de violence sur le corps à part un peu de sang à l'oreille, il pense dans un premier temps que Cobain n'est qu'endormi avant de comprendre son erreur. Il découvre ensuite sous un pot de fleur un texte qu'il suppose être une lettre expliquant un suicide. Un fusil, acheté pour Cobain par son ami Dylan Carlson, est découvert à côté du corps. Le rapport de l'autopsie pratiquée par la suite conclut à un suicide d'une balle dans la tête. La date de la mort est estimée au 5 avril 1994.
Dans la lettre d'adieu présumée, qui s'adresse à « Boddah », l'ami imaginaire d'enfance de Cobain, celui-ci cite une phrase de la chanson Hey Hey, My My (Out of the Blue) de Neil Young : « It's better to burn out than to fade away » (« Mieux vaut brûler franchement que s'éteindre à petit feu »). Young en a été profondément marqué, et a écrit une partie de son album de 1994 Sleeps with Angels en mémoire de Cobain. Le 10 avril, une veillée accessible au public est organisée au parc d'attraction « Seattle Center » ; environ 7 000 personnes y assistent. Des messages pré-enregistrés de Krist Novoselic et Courtney Love y sont diffusés. Dans son intervention, Love lit des parties de la lettre d'adieu, en les commentant, reprochant à Cobain sa décision. Vers la fin de la veillée, elle y fait une apparition, distribuant des vêtements qui ont appartenu à Cobain à ceux qui restaient. Le corps de Kurt Cobain fut incinéré. Ses cendres furent divisées en trois parties : une partie fut stockée dans un temple bouddhiste à New York, une autre dispersée dans la rivière Wishkah (État de Washington) et le reste était revenue à Courtney Love.

Il est entré dans le « club des 27 », qui regroupe les figures de la musique décédées à 27 ans.


photo: (inconnu)
Amy Winehouse
Née le 14 septembre 1983 – décédée le 23 juillet 2011
Age: 27 ans

Le 23 juillet 2011, la chanteuse est retrouvée morte dans son appartement dans le quartier Camden Town à Londres. Du fait de sa mort à 27 ans, plusieurs médias estiment qu'elle rejoint le « club des 27 » (groupe d'artistes influents du rock et du blues morts à l'âge de 27 ans).

De nombreux artistes lui rendent un dernier salut et son major français du label AZ déclare que « dans deux siècles, on parlera encore d’elle ». Selon la presse britannique, elle se remettait mal de sa séparation avec Reg Traviss.

Ses obsèques se déroulent trois jours plus tard, le 26 juillet 2011 à Londres, dans la plus stricte intimité.

(« Le nombre de musiciens qui meurent à l’âge de 27 ans est vraiment remarquable à tous points de vue. Bien que les humains meurent régulièrement à tous âges, il y a un pic statistique pour les musiciens qui meurent à l’âge de 27 ans. »)
Charles R. Cross, biographe de Jimi Hendrix et Kurt Cobain
source: Wikipédia

Et s’il n’était question que de ces artistes… Mais ce n’est pas le cas. Divers sites Internet ont recensés les musiciens de rock et de blues de toutes époques qui sont décédés à l’âge de 27 ans et, si l’on se fie à la liste que l’on retrouve sur Wikipedia, ils sont au nombre de 39 (en excluant ceux que l’on retrouve ci-haut)! Tellement nombreux, donc, qu’on les répertorie dans un groupe appelé « 27 Club » ou « Forever 27 Club » ou encore « Club 27″.

Pour plus de détails, je vous réfère à l’article de Wikipedia (en anglais) intitulé "27 Club", où vous retrouverez la liste de ces musiciens ainsi que différentes références s’attachant à analyser ce phénomène.

Dessins de presse


Dessins de presse

Billets-Assistants parlementaires : mettre fin à la précarité et au népotisme en s’inspirant de l’étranger


Assistants parlementaires : mettre fin à la précarité et au népotisme en s’inspirant de l’étranger

Ce dont nous avons besoin en France c’est, bien sûr, plus de transparence et de contrôle chez les députés mais aussi plus de moyens pour qu’ils mènent à bien leurs missions en toute indépendance : les députés allemands et britanniques disposent de budgets 2 fois supérieurs pour leur équipe. Les élus américains ont des budgets presque 10 fois plus élevés !

L’affaire Fillon a mis en lumière quelques aspects négatifs de la vie parlementaire, en particulier le manque de contrôle concernant l’argent dont dispose les députés. Aujourd’hui légal en France, il n’en est pas partout de même. En Allemagne, les élus ont interdiction de rémunérer les membres de leurs familles, ce qui est d’ailleurs une forme de discrimination. Toutefois, les vrais problèmes semblent se situer ailleurs, dans les moyens qui sont mis à disposition des députés pour travailler. Même s’ils font de plus en plus appel aux travaux des think tanks, les députés sont tributaires des informations délivrées par l’administration et par l’INSEE qui détient le monopole statistique. Ils ont besoin de personnel pour faire le travail de recherche nécessaire à la préparation des lois et autres amendements. N’oublions pas : c’est aux députés de vérifier le budget et de contrôler l’efficacité de la dépense publique. En ont-ils les moyens ? Pas vraiment.

En France, ce sont 9 000 euros/mois qui sont alloués à chaque député pour rémunérer son personnel. Cela représente environ 108 000 euros/an. Au Royaume-Uni, les membres de la Chambre des Communes disposent de plus 150 000 livres sterling/an, soit plus de 180 000 euros/an ! Presque le double du budget accordé aux députés français. Plus de 3 personnes travaillent en moyenne et à temps plein au service d’un député britannique. Rappelons que ces mêmes députés bénéficient aussi de l’aide du NAO (National Audit Office) qui est un organisme dont les missions sont plus importantes que celles de la Cour des Comptes car il doit contribuer à faire faire des économies concrètes d’argent public. Alors que la NAO veut à tout prix obtenir des résultats chiffrés quand la Cour des Comptes se contente de vérifier les comptes en formulant des recommandations... Le NAO présente ses Rapports au Parlement dans un contexte très médiatisé, son personnel n’a pas le statut de fonctionnaire et provient en très grande partie du secteur privé. Et le Parlement britannique suit les recommandations du NAO.

Les parlementaires britanniques disposent de budgets plus importants que les élus français et, en plus, ils sont mieux payés. Un député français gagne 7 100 euros/bruts par mois ou 5 500 euros nets. Le membre du Bundestag est à 9 081 euros/mois et celui britannique à 8 800 euros.
Les députés du Bundestag allemand bénéficient d’abord d’une enveloppe de 13 645 euros par mois qui doit couvrir l’indemnité (le salaire) du parlementaire ainsi que ses autres dépenses régulières (domicile à Berlin, frais de bureau, permanence en circonscription…). A cela s’ajoute le budget pour le personnel qui s’élève à 20 000 euros/mois ou 240 000 euros/an. C’est pratiquement 130 % de plus que la somme dont dispose un député français !

A la Chambre des Représentants, les élus américains ont encore plus de budget pour leur équipe. Ce sont environ 950 000 dollars (900 000 euros) qui leur sont attribués tous les ans et avec lesquels ils peuvent employer jusqu’à 18 personnes ! Le népotisme y est interdit et les dépenses sévèrement contrôlées.

Ce dont nous avons besoin en France c’est, bien sûr, plus de transparence et de contrôle chez les députés mais aussi plus de moyens pour qu’ils mènent à bien leurs missions en toute indépendance. N’oublions pas : ce sont eux les élus du peuple.

Députés français
108 000 euros/an
Députés allemands
240 000 euros/an
Députés britanniques
180 000 euros/an
Députés (élus) américains
900 000 euros/an
UK House of Commons, Bundestag, US House of Representatives

Budget personnel députés allemands, français, britanniques et américains


Source irefeurope.org

Billets-Trois scénarios pour une dette publique insoutenable


Trois scénarios pour une dette publique insoutenable

L’État français doit beaucoup d’argent et en a peu pour rembourser. Le jour où la BCE durcira sa politique monétaire, la France risque d’être très vite en difficulté. Sauf si la Banque Centrale renonce pour toujours à relever ses taux.

La montagne est toujours là. À vrai dire, elle est encore plus haute qu’avant. Et comme elle est friable, composée non de roches et de terre mais de confiance, elle risque de provoquer des éboulis mortels. Surtout que le grillage posé il y a cinq ans pour la retenir risque d’être bientôt retiré.

Cette montagne, c’est notre bonne vieille dette publique, qui approche inexorablement des 100 % du PIB (96,2 % prévus à la fin de l’année par la loi de finances, 97 % selon les dernières prévisions de la Commission européenne). À vrai dire, on l’avait un peu oubliée ces dernières années. Notre cher président, qui s’est plaint d’avoir « manqué de bol » sur la courbe du chômage, ne saurait en dire autant sur les finances publiques. François Hollande a bénéficié d’une chance inespérée, venue du malheur des autres. A peine était-il arrivé à l’Elysée en mai 2012 que les taux d’intérêt se sont en effet envolés… Non pas sur la dette française, mais sur la dette italienne et espagnole (taux proche de 7 % en Italie, au-delà en Espagne). À tel point que la zone euro menaçait d’éclater. Fin juillet, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a calmé le jeu en déclarant que la BCE fera « ce qu’il faudra » pour préserver la monnaie unique. Alléluia ! En déversant des centaines de milliards sur les marchés pour acheter des obligations d’Etat, la BCE a fait baisser les taux d’intérêt qui sont même parfois devenus négatifs, anesthésiant les tensions sur la dette publique pour des années. Ce qui fait dire en toute candeur au candidat socialiste à l’élection présidentielle, Benoît Hamon, que « nous pouvons parfaitement vivre avec une dette à hauteur de 100 % du PIB. »

Sauf que ce temps béni pourrait bientôt s’achever. Aussi sûr que 2 et 2 font 4 ? Dans la zone euro, la croissance annuelle approche enfin les 2 %. Et en février, l’inflation a cogné la barre des 2 %, alors que l’objectif premier de la BCE est de maintenir la hausse annuelle des prix « en dessous de, mais proche de 2 % ». Il y a, bien sûr, plein d’arguments pour relativiser ces chiffres - l’activité manque de ressorts puissants, l’accélération des prix vient d’abord du renchérissement du pétrole, qui va bientôt « sortir de l’indice », etc. Mais la pression va s’accroître sur les banquiers centraux pour qu’ils précisent l’horizon du resserrement monétaire (quand vont-ils diminuer leurs achats de titres, quand vont-ils relever leurs taux d’intérêt ?). Pour au moins trois raisons : d’abord, banquiers et les assureurs gagnent moins d’argent quand les taux sont très bas ; ensuite, les épargnants veulent que leurs économies rapportent davantage ; enfin, les Allemands dont l’économie est au plein-emploi, aspirent à une politique monétaire moins accommodante pour limiter les risques d’emballement des prix ou de la spéculation.

Et si la Banque centrale européenne diminue ses achats de titres, retirant ainsi ce maillage qui empêche la montagne de laisser tomber des cailloux, si les taux d’intérêt remontent vraiment… alors la question de la dette va redevenir très vite centrale (comme elle n’a jamais cessé de l’être en Grèce). Signes de ce vent qui tourne : le FMI vient de publier un texte de doctrine sur la dette souveraine. Et les investisseurs demandent aux équipes de recherche des banques… des études sur la soutenabilité de la dette publique dans les différents pays de la zone euro. Or la France a ici un vrai souci. La Commission européenne l’a rappelé fin février au détour d’une phrase dans son très technique « paquet d’hiver du semestre européen » : « Les risques en termes de soutenabilité à moyen terme sont élevés. » L’agence de notation Moody’s estimait début mars que « La France a un poids de la dette très élevé », rappelant qu’elle affiche « depuis plusieurs dizaines d’années de mauvais antécédents en termes de réduction de la dette. » A l’exception du coup d’accordéon sur la trésorerie de l’Etat en 2006, sa dette publique n’a cessé de grimper depuis un demi-siècle - lentement, en temps ordinaire, et par sauts de cabri en temps de récession (+20 points de PIB entre 1992 et 1997, +30 points entre 2008 et 2014).

Face au risque d’une dette devenant insoutenable, on peut esquisser trois scénarios. Le premier serait une France qui change. En ces temps de campagne électorale, il n’est pas interdit de rêver à un nouveau président qui réussirait le tour de force de maîtriser les finances publiques tout en débridant la croissance, ce qui engendrerait des ressources nouvelles destinées en partie au service de la dette. Le deuxième serait une France qui bloque, par refus ou incapacité d’honorer sa dette. Benoît Hamon semble avoir songé à un gel (« Dire que l’on va s’en sortir sans moratoire (…), cela ne tient pas la route ») avant de l’écarter. La candidate du Front national, Marine Le Pen, assume ce choix en voulant rembourser des euros en francs imprimés par la Banque de France. Il est difficile alors de ne pas envisager un bain de sang financier.

Le troisième scénario, le plus probable, serait une France qui continuerait comme avant, mais en moins bien. Elle devrait verser des taux d’intérêt plus élevés à ses prêteurs, qui ne savent pas vraiment où placer leur argent. Cette charge croissante de la dette, payée aux deux tiers à des créanciers étrangers, aurait l’effet d’une saignée continue sur l’économie nationale : elle l’affaiblirait. À moins que… la BCE découvre tout bonnement qu’elle ne peut pas arrêter ses achats d’obligations sans déclencher une crise financière majeure. Elle continuerait alors indéfiniment d’acheter des titres publics, comme le fait désormais la Banque du Japon. Naguère, l’impression de billets pour financer les déficits publics menait immanquablement à la banqueroute et à la fuite devant la monnaie. Le vrai défi aujourd’hui est d’imaginer la version XXIe siècle de la crise des assignats, qui avait plombé la Révolution française.

Source institutmolinari.org

Par Jean-Marc Vittori

mardi 28 mars 2017

Billets-La France a-t-elle besoin de plus d’autorité ?


La France a-t-elle besoin de plus d’autorité ?

L’autorité est le concept politique à la mode dans tous les partis. Faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Explications pour mieux comprendre.

Dans un contexte de craintes avivées par le terrorisme et l’accélération des migrations, la nécessité supposée d’un retour de l’autorité est devenue un thème central du discours politique en France. Sa progression est plus marquée chez les Républicains sont en première ligne, tandis que le Parti Socialiste suit le mouvement. Pour le Front National, l’analyse est différente car le parti d’extrême-droite a toujours placé cette notion au cœur de son programme politique. Si le goût pour l’autorité ne peut de ce fait guère progresser au sein du parti, la progression du FN dans les sondages confirme malgré tout la progression politique du thème. Seule la gauche non gouvernementale qui reste favorable au parlementarisme et à une VIème république semble a priori moins concernée.
Mais un tel retour de l’autorité est-il désirable ? Que pourrait-il apporter actuellement à la France ? Quels risques peut-il présenter ? Pour tenter d’y voir clair précisons les différentes significations du principe d’autorité et les implications politiques de chacune.
C’est quoi l’autorité ?
L’autorité a un sens un peu différent de celui du pouvoir qui suppose toujours la possibilité de contraindre. Lorsqu’elle n’est pas associée à cette faculté, l’autorité est symbolique ou morale. Cependant le renouveau actuel de l’attrait pour l’autorité ne peut être dissocié de l’exercice du pouvoir et c’est dans ce cadre que nous le présenterons pour la suite. L’autorité ainsi conçue peut alors être exercée au profit de celui qui la détient, au profit de celui qui la subit ou encore au profit des deux.

La domination du maître sur l’esclave est l’archétype d’une autorité exercée au profit de celui qui la détient. Non seulement le sort de l’esclave est dépourvu d’importance par lui-même mais son rôle dans la satisfaction du maître ne confère aucune dignité particulière à son travail. L’esclave est purement et simplement un moyen qui ne vaut que pour le résultat auquel il contribue et auquel tout autre moyen plus approprié pourrait au besoin se substituer. Cette importance du résultat en vu duquel l’autorité est conférée est telle que le sens moral de l’autorité semble ici faire défaut.
Une autorité parfois bénéfique
À l’opposé, lorsque l’autorité est exercée au profit de celui qui y est soumis elle doit lui permettre de mener la vie la meilleure possible quel que soit le sens donné à cette expression. L’autorité des parents sur leurs enfants est l’illustration par excellence d’une telle conception de l’autorité qui est alors une fonction ou une charge.

Enfin, le cas où le service d’un homme supérieur est censé donner son sens à l’existence d’un inférieur constitue une conception de l’autorité située entre les deux précédentes et où la faculté de commander est censée être aussi profitable à celui qui y est soumis qu’à celui qui l’exerce.

Dans le cadre d’une démocratie comme la France, au moins dans les discours, il est principalement question d’une autorité exercée en faveur de ceux qui sont soumis à l’autorité politique : les citoyens. Ce type d’autorité peut lui-même se diviser en deux branches : l’autorité fonctionnelle et l’autorité naturelle (que la distinction entre les différentes types de légitimité au sens de Max Weber ne recouvre pas exactement).
Autorité fonctionnelle
L’autorité rationnelle ou fonctionnelle part du besoin réel ou supposé qu’une communauté d’hommes donnée a d’une autorité en son sein indépendamment des qualités comparatives de celui qui exerce l’autorité et de ceux qui devraient lui obéir. Si les aptitudes particulières de son détenteur ne peuvent bien entendu faire de mal, elles ne sont pas ce qui justifie en premier lieu le principe de l’autorité fonctionnelle. Cette conception peut être associée à la formule de Napoléon : « un mauvais général vaut mieux que deux bons »

Les sociétés libérales et démocratiques, parce qu’elles ont la liberté pour principe, sont logiquement plutôt rétives à reconnaître une autorité qui correspond à la faculté de commander. Elles ont néanmoins accepté l’idée que protéger cette liberté nécessitait la reconnaissance d’un minimum d’autorité. Elles ont pensé qu’il existait des cas où l’action de chacun en faveur de son intérêt personnel ne permettait pas de le préserver au mieux. Dans le cas d’une invasion étrangère l’intérêt personnel commande par exemple de fuir alors que l’obligation civique de participer à la défense commune permettra de préserver au mieux la vie et la propriété de chacun. Dans cette conception l’intérêt général est distinct de l’intérêt personnel mais continue d’en dériver. L’autorité n’est pas fondée sur le fait que chacun méconnaîtrait son intérêt mais sur la difficulté qui consisterait dans certains cas spécifiques à le faire exister au niveau de la société. Elle doit garantir la liberté de chacun et c’est ce qui permet d’en tracer les limites : Selon l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.».

La liberté étant par ailleurs ce qui fonde le besoin, réel ou imaginaire, de cette autorité, il a été aussi admis qu’elle devait être limitée et partagée. Le principe de séparation des pouvoirs est conçu pour limiter l’arbitraire et inciter chaque organe à remplir la tâche qui lui est assignée au service des citoyens et non à utiliser ses fonctions pour accroitre ses pouvoirs.

L’exercice de l’autorité est basé sur un processus de désignation formalisé qui permet d’éviter les conflits. L’acceptation sociale de l’autorité est basée sur l’acceptation de ces principes et non sur le charisme ou les qualités de celui qui l’exerce. Au contraire, l’adhésion charismatique risquerait de remettre en cause l’équilibre des pouvoirs et produire des abus. Le charisme est-il pour autant toujours un danger dans cette perspective républicaine dans laquelle l’État est traditionnellement conçu comme protecteur de la liberté ? L’expérience actuelle d’un président faible semble suggérer le contraire. Utilisée à bon escient, l’autorité naturelle peut faciliter les réformes permettant une réduction et un fonctionnement plus efficient de l’État comme sut le montrer Margaret Thatcher au Royaume-Uni.

Les défenseurs contemporains de l’autorité ont toutefois souvent d’autres visées en tête : ils sont plus sensibles à une autorité conçue comme naturelle.
Autorité naturelle
Caractéristiques essentielles de l’autorité naturelle
Le modèle de l’autorité naturelle est celle des parents sur leurs enfants.
L’autorité naturelle a pour fonction de renforcer la vertu de ceux qui la subissent. Elle implique d’orienter leurs choix de vie en dehors même des conséquences que ces choix pourraient avoir pour des tiers. Les parents se voient confier la garde de leurs enfants afin de leur enseigner les meilleures habitudes pour mener leur vie d’adulte. L’autorité fonctionnelle ne partait pas de l’idée que chacun ferait de mauvais choix de vie pour lui-même mais que, dans certains cas, lorsque chacun court indépendamment à son but, celui-ci aura moins de chance d’être atteint qu’en instituant une contrainte collective. L’autorité naturelle qui implique de mieux connaître l’intérêt d’un tiers que lui-même rend ainsi nécessaire une forme de supériorité de celui qui exerce l’autorité sur celui qui y est soumis. Toute inversion de l’autorité serait dès lors inconcevable et de l’aveu même des défenseurs de l’autorité naturelle un régime d’égalité et d’autonomie serait préférable à une inversion de l’autorité dans laquelle l’inférieur dirigerait le supérieur.

Arguments relatifs à l’autorité naturelle
Dans le cadre d’un État, l’autorité sert alors de guide pour mener les individus vers la meilleure vie possible. Les partisans de l’autorité ne perçoivent pas l’opposition entre disparition de la liberté et vertu. Après tout, limiter la liberté religieuse n’a jamais empêché la ferveur, bien au contraire ! Au contraire, la liberté est considérée avec suspicion puisque consistant dans le pouvoir de faire le bien comme de faire le mal, elle serait liée à une conception relativiste de la morale. Laissant penser que la valeur d’un mode de vie se trouve exclusivement en nous-mêmes et ne provient pas d’un principe supérieur, elle ruine l’idée que nous pourrions avoir des devoirs vis-à-vis de nous-mêmes. Prétendre protéger la sphère de l’individu face à l’immixtion du pouvoir n’est-ce pas adopter une conception relativiste de la morale et accepter que chacun fasse ce qui lui plaît ? À l’inverse, l’acceptation de principes absolus en morale ne devrait-elle pas être liée à un pouvoir lui-même absolu ?

Pourtant le pouvoir absolu est traditionnellement celui qui ne reconnait plus de normes, celui où, au nom de la nécessité, le prince est délié des lois. Par un curieux retournement, certains adeptes de l’autorité naturelle rejettent toute morale dans le domaine politique. Si nous retenons comme définition de la morale celle selon laquelle elle consiste à mener la meilleure vie indépendante possible et à ne pas nuire à autrui tout en participant au bien commun, nous observons que les partisans de l’autorité exceptent l’État des principes de justice afin de conduire strictement la vie de chacun selon les règles de la vertu tandis que les partisans de la liberté semblent avoir une conception relativiste des normes de la vie individuelle mais entendent strictement les principes de justice et n’en exceptent pas le pouvoir. De même, pour les deux groupes, le bien commun de la société n’a pas les mêmes implications. Alors qu’il consiste exclusivement pour les partisans de la liberté à faire de l’État le protecteur des objectifs privés des individus, il détermine aux yeux des défenseurs de l’autorité des obligations bien plus étendues.

Cela s’explique si l’autorité du souverain et l’obéissance qui en découle n’est plus vue comme un moyen au service d’une fin morale mais assimilée à la vertu morale elle-même. L’autorité naturelle rejoint alors la conception mixte de l’autorité présentée en introduction. De même, la fusion de l’individu dans le groupe (la nation, la classe sociale ou une communauté religieuse), liée au rejet violent de ce qui est extérieur au groupe en question, peut être vue comme le principe moral par excellence, bien au-delà de l’obligation de participer au bien commun de la société dans laquelle on vit. Historiquement, ces deux phénomènes (culte du chef et culte xénophobe du groupe), sont d’ailleurs liés.

Au cours de cette analyse de l’autorité naturelle, nous avons quitté le terrain de la logique des arguments pour celui de la psychologie, nous avons vu des conceptions simplement autoritaires se muer en tendances totalitaires. Il est juste de reconnaître qu’une telle évolution n’a rien d’inéluctable mais il est tout aussi juste de mettre en garde contre elle.

Source contrepoints.org
Photo By: Ben Mortimer – CC BY 2.0
Par Hadrien Gournay.

Hadrien Gournay est analyste pour Contrepoints.


Billets-45% d’énarques à Bercy… c’est foutu


45% d’énarques à Bercy… c’est foutu

Le tableau ci-après compare le passé des hauts fonctionnaires de Bercy avec le passé de ceux du Treasury britannique.

Il reprend un tableau déjà présenté mais en éliminant les membres des cabinets des ministres car le pourcentage de personnes passées par le secteur privé y est plus représentatif de la société française que l’ensemble des membres de l’administration.
Notre administration n’a manifestement plus de racines dans ce qui compose 75 à 80% de l’économie française, l’entreprise, que le gouvernement de Manuel Valls veut réhabiliter.

Plus grave, non seulement nos hauts fonctionnaires ne connaissent plus l’entreprise autrement que par les livres, mais 45% d’entre eux sortent de l’ENA.
Une monoculture pour ne pas dire une dictature d’un groupe social puisqu’au-delà de 30%, on considère qu’un groupe contrôle complètement l’organe dans lequel il est implanté. Et la culture de l’ENA est-elle la bonne culture pour diriger l’économie d’un pays ?




Source contrepoints.org

Billets-Les Français, spectateurs de leur propre naufrage


Les Français, spectateurs de leur propre naufrage
Malgré les rapports alarmants de la Cour des Comptes, l’État continue de mener grand train et de dépenser sans compter. Les subventions diverses, variées et dodues dont bénéficie annuellement la presse sont jugées inefficaces par la Cour des Comptes ? Qu’à cela ne tienne ! Les élus voteront tout de même le sauvetage de L’Humanité, ce journal qui s’en trouve aussi dépourvu que de lecteurs qui, jadis, pleura Staline. On s’en émeut aujourd’hui, certes ; mais peu s’offusquent du soutien apporté à Chavez malgré les souffrances qu’il cause au peuple vénézuélien.

Alors qu’ils justifient leurs méfaits par le soutien que leur apportent des électeurs (pourtant minoritaires), les élus sont incapables de comprendre que si les Français ne veulent plus acheter une presse qui se gargarise de ses reprises biaisées de dépêches AFP, les forcer à payer pour des journaux qu’ils ne lisent plus va contre leur volonté.

Il faudrait être bien naïf pour croire encore que les décisions des élus sont l’expression de la volonté du peuple. Quel citoyen approuve les banquets du RSI, les primes des ministères, l’achat d’une collection de bonsaïs par le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la « disparition » de nombreuses œuvres d’art à chaque changement de tête ? Si l’État se permet de dépenser autant, avec fierté plutôt qu’avec honte, c’est parce qu’il persévère dans l’erreur selon laquelle la dépense publique crée de la richesse. Sans attendre des élus qu’ils notent la faiblesse logique de leur raisonnement, on pourrait au moins espérer qu’ils constatent l’échec des politiques de relance par la dépense menées depuis des décennies. Chaque année depuis 40 ans, ils votent un budget en déficit, sans sourciller.

Les Français ne semblent pas sourciller non plus, sauf pour descendre dans la rue en signe de protestation contre les rares lois qui ne leur nuisent pas comme le mariage homosexuel. Ils ne font plus confiance aux partis au pouvoir, et ils ont bien raison ; mais de plus en plus d’entre eux placent de l’espoir dans un parti au programme ridicule et aux intentions plus que douteuses. Leur prochain président sera choisi entre diverses nuances de socialisme, du rouge au brun en passant par la pastèque (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur).

La presse (commodément subventionnée) se contente de relayer les mesures prises par des ministres incompétents, dont le seul mérite consiste à avoir convenablement servi le Parti. Il y aurait pourtant fort à en dire ; les priorités désopilantes de ceux qui nous dirigent se traduisent tantôt par des objectifs témérairement stupides (diviser par 2 nos émissions d’ici 2050), tantôt par des mesures liberticides à bras raccourcis (40% de femmes dans les conseils d’administration).

Ce qui caractérise le pays dans son ensemble, c’est le déni. Les contrats d’avenir ne nous sortirons pas plus de l’ornière que le retour au franc ; mettre la vie des Français en coupe réglée ne remplacera pas les coupes budgétaires nécessaires ; menacer et contraindre les entreprises ne favorisera ni l’investissement ni l’emploi. La France a besoin de réformes structurelles, que tous s’emploient à repousser autant que faire se peut, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il sera trop tard quand toutes les caisses seront vides, aussi bien celles de l’État que celles des Français (en dehors de celles des hommes politiques et de leurs proches, qui sont depuis longtemps à l’abri du besoin et échappent commodément à la prison).

Une fois que la situation sera perçue dans toute sa gravité, on pourra remplacer les incantations à la courbe du chômage par des mesures de bon sens, que nos voisins européens ont déjà engagé. Certes, l’Europe n’échappe pas aujourd’hui à la tendance mondiale au surpoids étatique, mais certains pays ont le mérite de s’en rendre compte et l’espoir que la catastrophe puisse être évitée.

On admet volontiers en Finlande que l’État ne peut pas créer la croissance, on substitue petit à petit le privé au public en Suède, et on envisage avec sérieux la sortie d’une Union Européenne trop couteuse au Royaume-Uni.

Mais en France, rien de tout cela. Face la crise d’un modèle économique et politique dépassé (qui ne fait que commencer), la France, nue, se drape d’illusions, barricadée dans sa forteresse idéologique qui a tout d’une prison. Surtout pour les citoyens, condamnés à accepter ce qu’on tente de faire passer pour l’expression de leur volonté et la poursuite de leur meilleur intérêt.

Un jour, peut-être, la situation changera ; à eux d’en décider, et d’agir en conséquence. En attendant, les Français sont spectateurs de leur propre naufrage.


Source contrepoints.org

Billets-Pourquoi la France va faire faillite, de Simone Wapler


Pourquoi la France va faire faillite, de Simone Wapler

À l’heure de l’euphorie sur les marchés financiers, et en ce début d’année 2017, peut-on penser que l’économie française est sortie d’affaire, que « ça va mieux » ? Retour sur un ouvrage de Simone Wapler qui n’a malheureusement pas perdu de son actualité et de sa pertinence un peu plus de quatre ans après…
  
Voici un livre bien inquiétant, et en même temps on ne peut plus avisé.
Pourtant, un peu plus de quatre ans après sa sortie, on pourrait penser que l’auteur s’est trompée, puisque la France ne semble pas, en apparence, avoir (encore) fait faillite.
Pour autant, peut-on en conclure que la situation est meilleure, que les réformes espérées ont eu lieu, que les principaux indicateurs se sont redressés durablement et sont au beau fixe ? Pas du tout, loin de là. Simone Wapler, d’ailleurs, persiste et signe dans ses analyses et nous alerte régulièrement sur les dangers de la léthargie persistante actuelle.

Un excès de pessimisme ?

Répondant par avance à ceux qui la qualifieraient de pessimiste, l’auteur utilise l’image suivante :

« Supposez que vous soyez un géographe observant le cours d’une rivière, enregistrant la topographie des lieux, mesurant le bruit ambiant et que vous déclariez  « attention danger, chutes droit devant ». Si vos auditeurs vous taxaient de pessimisme, vous trouveriez cela absurde »,

précisant que cette observation n’a rien de pessimiste ou d’optimiste, puisqu’elle se base sur des observations rationnelles. De la même manière, une observation fine de tous les indicateurs économiques, comme dans le présent ouvrage, conduit à des conclusions aussi sombres mais réalistes.
Vers une hausse des taux d’intérêt
Ainsi que l’on pouvait déjà le lire dans Ricardo reviens ! ils sont restés keynésiens de Jean-Marc Daniel, Simone Wapler commence ainsi par nous expliquer comment l’excès d’épargne qui prévalait jusque-là et permettait de financer nos dettes va se tarir sous l’effet de la fin du salarié low cost qui se profile en Asie. Il s’en suivra une hausse des taux d’intérêt, qui accélérera notre faillite. Le schéma est le suivant :

Jusque-là, les pays pauvres produisaient à bas coût ce que les pays riches achetaient à crédit.

Eux épargnaient et finançaient ainsi ce que nous leur achetions à crédit.

Désormais, les Chinois vont davantage consommer et auront donc moins d’argent à nous prêter. D’où la hausse inéluctable des taux d’intérêt, prévisible dans un horizon proche (et tout ce que cela entraîne).
Le risque croissant d’une crise de solvabilité
Face aux dettes colossales qui nous submergent, plusieurs États européens surendettés avalent d’ores et déjà des potions amères (Espagne, Italie, Irlande, Portugal…) ou d’autres (comme la Grèce) sont secourus (y compris par le concours d’une France qui n’en a plus les moyens), tandis que la crise semble s’être, selon la juste expression de l’auteur, « comme le nuage de Tchernobyl, arrêtée à nos frontières ».

Et c’est ainsi que les gouvernements français recourent à l’impôt, sans véritablement s’attaquer sérieusement au train de vie public, qui nous enfonce dans le gouffre.
Or, c’est non pas une crise de liquidité qui nous mine, mais de solvabilité.

Les mauvaises solutions sont donc mises en oeuvre actuellement, nous montre Simone Wapler.

Ainsi, rien que début 2012 (rappelons que l’ouvrage date de cette année-là), ce sont 1 000 milliards d’euros supplémentaires ne correspondant à aucune création de richesse réelle qui ont été créés artificiellement, dans l’espoir de sauver le financement de l’économie européenne via les banques commerciales, sans en mesurer pleinement les conséquences.
Ce qui s’ajoute, pour la France, aux près de 800 millions d’euros qu’il faut chaque jour parvenir à emprunter rien que pour assurer le remboursement des emprunts passés arrivés à échéance (une machine infernale).
Une présentation pédagogique des ressorts de la faillite étatique
Dans le but de nous expliquer le plus clairement et simplement possible ce qui échappe au plus grand nombre par méconnaissance de la science économique, Simone Wapler nous propose ainsi une présentation très pédagogique des grands agrégats de l’État et des mécanismes de la monnaie et de la finance. Qui permet d’y voir plus clair et de mieux comprendre ce qui se cache derrière les chiffres et les arguments des politiques et pourquoi nous ne nous rendons pas compte que la France va faire faillite.

Constat, certes, peu joyeux et qui peut paraître pessimiste, comme nous l’avons vu, mais qui correspond hélas tout à fait à la réalité, et à une réalité probablement inéluctable.

Trente années de montée de l’État-Providence, de surendettement et de conversion des banques en bailleurs de fonds de l’État, avec toutes les déconvenues et les risques que cela représente et les renvois d’ascenseur respectifs, au détriment des entreprises, épargnants et contribuables. Une « machine devenue folle », comme le dit et le montre Simone Wapler.
Et surtout, un constat édifiant sur l’incapacité des médias ou grandes institutions financières à nous informer correctement, comme nous le révèle l’auteur avec force humour et de multiples exemples précis (et à la fois simples à comprendre, grâce à son sens de la pédagogie).
La France au bord du gouffre
Avec beaucoup de bon sens et des exemples à portée de tous, l’auteur nous explique pourquoi la France va bel et bien faire faillite, dans un contexte où la croissance est redevenue modérée, la croissance forte des Trente Glorieuses étant l’exception, selon la norme historique (rappel utile).

Un essai honnête, concret, efficace, et souvent drôle, grâce au style de l’auteur, malgré la gravité du sujet.

Sauf que…
Lorsqu’on en arrive au chapitre 8 (« Que va-t-il se passer exactement ? »), on n’a plus du tout envie de rire, ni même de sourire. Ce que nous annonce l’auteur est véritablement effrayant, cataclysmique… Bien pire encore que ce que connaît actuellement la Grèce… Une atmosphère de fin du monde.

L’auteur nous donne d’ailleurs, le plus sérieusement du monde, des conseils, dans les chapitres suivants, sur la manière de préparer notre kit de survie… C’est dire ! De quoi ne plus en dormir la nuit.

Mais, pour finir sur une note optimiste, souhaitons que 2017 sera l’occasion d’un premier véritable tournant dans nos orientations politiques habituelles. Même timide. Que la prise de conscience débouche enfin sur de premiers actes véritablement concrets et significatifs. Qu’il ne soit tout simplement pas trop tard…


  • Simone Wapler, Pourquoi la France va faire faillite et ce que vous devez faire pour vous en sortir, Éditions Ixelles, mai 2012, 256 pages.

Source contrepoints.org


Johan Rivalland, ancien élève de l’École Normale Supérieure de Cachan et titulaire d’un DEA en Sciences de la décision et microéconomie, est actuellement professeur de Marketing et responsable de suivi professionnel en BTS Management des Unités Commerciales à Paris. Il intervient également à l’IUT Paris-Descartes, où il assure des TD en Histoire de la Pensée Économique.