samedi 29 septembre 2018

Lectures Chuck PALAHNIUK-Entretien avec Chuck Palahnuik


Entretien avec Chuck Palahnuik L’écriture est un sport de combat

Propos recueillis par Maxence Grugier
Avec Haunted, étrangement traduit "A l'estomac" par les éditions Denoël, Chuck Palahniuk donne une leçon : Ne pas tenter l'aventure littéraire si l'on a pas les tripes. 

"A L'estomac" est un des vos romans qui a fait le plus de bruit depuis Fight Club. La nouvelles "Tripes", en particulier, est considérée par certains comme l'une des plus choquante que vous ayez écrite ? Quel est votre opinion à ce propos ?
Depuis Fight Club j'ai toujours minimisé l'effet dramatique de certaines situations en utilisant l'humour. C'est le cas, par exemple, dans les scène qui se passe dans les groupes de soutient des malades en phase terminale. Juxtaposer tragédie et comédie augmente le pouvoir des deux, et dans "Tripes", les gens rient beaucoup plus qu'ils ne sont dégoûtés. C'est le rire justement, qui leur donne la force de continuer dans l'horreur de l'histoire. Mais en fait, ils rient en réaction au stress - un stress provoqué par la proximité de l'horreur et de la mort.

Beaucoup de gens se sentent mal à l'aise face à cette liberté extrême, mais c'est pour cela que j'écris. Pour avoir la liberté de rire de tout, et de trouver ainsi un certain réconfort face à l'inévitable violence, la tristesse, la maladie et la mort qui hante nos vies. Les gens qui sont choqués à la lecture d'une histoire comme "Tripes" sont ceux qui n'ont jamais accepté la vérité de leur propre mort. Ces gens n'ont malheureusement jamais été véritablement vivant.

Est-ce l'histoire relativement paisible et, dirons nous, "normale" (excepté peut-être l'utilisation inusités de brosses à dents) de Journal Intime, votre précédent roman, qui vous a poussé à écrire A L'estomac et ses récits beaucoup plus sardoniques et horrifiques ?
Oui, c'est vrai, Journal Intime est un de mes livres qui a reçu le plus d'hommage de la part des critiques. Mais mes lecteurs plus jeunes s'attendaient à quelque chose de plus extrême, de plus cru. Et certains m'ont laissé tombé. Les lecteurs plus jeunes forment un public beaucoup plus sophistiqué et blasé. Pour eux passer le temps en lisant un livre exige que l'auteur invente les pires horreurs qu'il puisse imaginer. Les jeunes lecteurs veulent être vraiment choqués et scandalisés. Il ne faut surtout pas les ennuyer. Pour eux, j'ai écrit A L'estomac et leur ai offert certaines des histoires les plus atroces que je pouvais imaginer. Naturellement mes jeunes lecteurs l'ont aimée, mais les critiques, eux, l'ont détesté.

Seriez-vous d'accord si je vous disais que, parfois, vous pratiquez la littérature à coup de marteau, comme Nietzsche le faisait pour la philosophie ?
Si je le fais, ce n'est pas consciemment. En fait, il y a dix ans, mon unique but était de pratiquer l'écriture pour m'amuser et de faire revenir aux livres, les gens qui avaient abandonné la lecture. Aujourd'hui, j'aime tellement écrire que je produis presque un livre par an. Et des centaines de personnes m'ont dit qu'elles se sont remise à lire à cause de mes romans. Un jeune homme m'a récemment dit que le lui avait "enseigné à lire." Si nous voulons que les jeunes lisent, alors nous devons leur donner des livres passionnants, et drôles, et étonnants, assez toutefois, pour récompenser leur effort et le temps qu'ils passeront à les lire.

Dans Le festival de la couille, vous exposez les corps du travail de Chuck Palahniuk. Le livre est une manière de présenter la façon dont vous êtes connecté à la réalité en tant qu'auteur. Est-ce aussi le cas pour les histoires de A L'estomac ?
Exact. Dans ces essais, j'ai voulu démontrer comment toutes mes idées sont inspirées par des personnes réelles et des événements qu'ils ont vécu. Ma fiction est réellement journalistique, mais avec des noms de personnes changés. Le monde est rempli d'événements et d'histoires incroyables qui doivent être racontés et préservés. Tout ce que je fais n'est jamais qu'un enregistrement, dont j'organise ensuite la vérité, pour la présenter au public comme une fiction. Dans le cas de A L'estomac, j'ai quand-même du pousser ces fictions à leur extrêmes limites.
En effet, à la lecture de A L'estomac, on se dit qu'elles ont les mêmes sources d'inspiration, les faits divers, la réalité. Mais il reste ce côté extrême.

En 1955, l'auteur Shirley Jackson a écrit son histoire "La loterie". Les gens ont été outragés et ont protesté contre sa publication dans le New Yorker. Avec "Tripes", j'ai voulu voir si je pourrais écrire une histoire qui produirait ce genre de réaction aujourd'hui. Maintenant que plus de 100 personnes se sont évanouies aux lectures publiques de l'histoire, je pense que j'ai (bien) fait mon travail. Cette semaine, j'ai même eu deux nouveaux évanouissement durant une conférence que j'ai donné dans une université de Géorgie. J'aime cela, mais je suis sûr que je peux faire mieux dans une future histoire.

Dans tous vos romans vous décrivez des cultures marginales, et des comportements pathologiques en tout genre. D'où vous vient cet intérêt pour les marges ?
J'adore des cultures marginales et la manière audacieuse avec laquelle elles rejettent la société et ses valeurs traditionnelles. J'admire leur genre d'arrogance et de courage. Je passe mon temps à me documenter sur ce sujet. Je les applaudis vraiment. Ces marginaux sont mes héros.

Revenons à A l'estomac, est-ce une manière détournée, justement, de guérir les gens de l'envie de devenir écrivain ?
La plupart de mes livres commencent par une présentation où les gens se risquent de dire la vérité sur eux-mêmes -- un groupe de soutien, un groupe de 12 étapes, un enregistrement de suicide, ou l'atelier d'un auteur. Ce sont des endroits où les gens font leurs confessions et rejoignent ainsi la communauté. Ce sont les églises et les religions modernes. Chaque atelier d'écriture est un groupe de thérapie détourné, pour des personnes ayant besoin de raconter leurs histoires. C'est aussi le vrai secret de A L'estomac.

"Mr Whittier", un des principaux protagoniste de votre dernier roman, assène des vérités peu amènes sur l'écriture et la thérapie qu'elle représente. Est-il une autre incarnation de Chuck Palahniuk comme professeur, apprenant à ses élèves comment écrire et envisager l'écriture ?
Certaines personnes ont dit que Mr. Whittier -- un garçon de 13 ans dans le corps d'un vieil homme -- me représente. Et certains disent aussi que Mr. Whittier, avec ses expériences et son arrogance, représente le Président George W. Bush. Je laisserai chaque lecteur décider qui Mr. Whittier représente vraiment...

Comment vous est venu l'idée de composer dans le même livre d'une part des poèmes et d'autre part de nouvelles ?
C'est très simple. J'avais besoin d'un rythme, de quelque chose permettant de séparer les chapitres en cours de l'histoire général et des nouvelles. Chaque poésie me permet simplement de focaliser l'attention du lecteur sur un personnage particulier. Mieux, les poésies ajoutent une texture différente, une manière plus ample de raconter une histoire, ainsi même la mise en page est infectée et chaque page ne se ressemble pas.

Qu'en est-il de votre prochain roman ? Pouvez vous nous en dire quelque mots ?

Mon prochain livre s'appelle "Rant". C'est une biographie de Buster Casey. Elle sera composé d'entretiens avec des centaines de personnes qui ont connu un homme sauvage appelé "Rant". C'est une sorte de Tom Sawyer moderne, un hillbilly éclairé ou un crétin de la campagne, comme on veut, qui monte à la ville et se trouve impliqué dans la vie urbaine, son culte de la nuit, ses voitures, sa compétition menée avec la rage d'animaux sauvages. Mes éditeurs prévoient déjà (ou du moins, espèrent) un effet Fight Club. Au delà de ça, je finis un livre racontant l'histoire d'une actrice porno qui essaye de gagner le record du plus grand nombre de partenaires en une journée.

Lectures Chuck PALAHNIUK-Entretien avec Chuck Palahnuik



Entretien avec Chuck PalahnuikUne Amérique disséquée


Propos recueillis par Mathieu Menossi et traduits par Jonathan Journiac pour Evene.fr - Octobre 2006

“Les maladies mentales, la schizophrénie, c’est parce qu’il est impossible, si l’on est attentif au monde qui nous entoure, de ne pas devenir fou”. C’est de ce monde dont il est question dans le dernier roman de Chuck Palahniuk, ‘A l’estomac’.
Pour sa nouvelle expérience littéraire, Chuck a sélectionné 23 personnages, 23 destins qui s’entrelacent et rendent compte d’une humanité aux tendances autodestructrices.


Quel a été le point de départ de l’écriture de votre roman ‘A l’estomac’ ?
Je récolte en permanence les histoires des gens. Certaines des histoires que j’ai utilisées dans ‘A l’estomac’, je les gardais avec moi depuis vingt ans, cherchant un moyen de les préserver. J’ai simplement assemblé les vies de centaines de mes pairs.


Votre écriture est incisive, percutante, obsessionnelle parfois. Quelle relation entretenez-vous avec l’écriture ? Considérez-vous l’écriture comme un exutoire ? La thérapie par l’écriture ?
C’est en écrivant que je reste sain d’esprit. La voix qui est dans ma tête, cette petite voix que nous avons tous, qui se plaint et qui nous ronge, je dois la maintenir occupée avec une histoire inventée de toutes pièces ou elle me rend fou.


De quoi se nourrit l’univers de Chuck Palahniuk ?
Ce qui me motive, c’est d’organiser, préserver et contrôler. Je suis journaliste avant tout. Aux Etats-Unis, on devient romancier après une carrière académique ou dans le journalisme. Comme je viens d’une formation de reporter, je suis à l’affût d’histoires vraies et intéressantes que je m’efforce de ne pas faire oublier.


De l’horreur la plus sordide vous extirpez le burlesque le plus déjanté. Susciter le rire pour aller loin dans l’horreur, est-ce votre mode opératoire ?
C’est ainsi que je vis ! Après toute l’horreur qu’a connue ma vie familiale (meurtre, suicide, cancer, alcoolisme…) mes proches ont toujours trouvé un moyen de rire des événements les plus sombres.


Pensez-vous que l’on puisse rire de tout ?
Je n’écris jamais de scène comique dans laquelle une personne innocente ou un animal est attaqué. Tous mes personnages créent les problèmes qui les détruisent. C’est pour ça que ces histoires peuvent être drôles.


Vos personnages mettent leur vie de côté pour pouvoir écrire. Peut-on extrapoler et voir dans votre livre une réflexion sur le processus de création en général ? Comment être le propre créateur de sa vie au cœur d’un monde de plus en plus globalisant ?
Pour garder sa vie en main, il faut contrôler la quantité et les genres de messages auxquels on est exposé. Les médias de masse (films, radio, télévision, magazines, Internet…) envahissent notre esprit et nous contrôlent. Il faut s’éloigner de cette distraction et focaliser son attention sur son art et les gens qui nous entourent.


Le désir de reconnaissance, la célébrité sont-ils, selon vous, les nouveaux moteurs existentiels de notre monde “civilisé” ?
Je pense que le problème existentiel de notre époque est un combat permanent pour comprendre qui dit la “vérité”. Notre version de la réalité était autrefois contrôlée par très peu de gens (le roi, le pape, le prêtre, le président…) A présent, chacun a sa propre vision des choses et tous se battent pour imposer leur histoire comme l’unique réalité.


Sont-ils les instincts révélateurs d’une société déshumanisée en quête d’identification ?
Non. Les gens font ce qu’ils ont toujours fait : ils essaient de se lier, de dominer, de créer une communauté.


Mutilations, autodestructions, meurtres… Dans votre livre, la mort est souvent violente. Quel sentiment avez-vous à propos de cette ultime étape ?
Ca viendra bien assez tôt. Je ne peux que m’inquiéter d’aujourd’hui, de quoi seront faits demain et la semaine prochaine. La mort se gérera d’elle-même.


Pourquoi avoir choisi d’enfermer vos personnages dans un théâtre ?

Le but d’un théâtre est d’isoler les spectateurs, les séparer du monde extérieur pour mieux présenter une réalité différente : un opéra, un film, une pièce.


Dans ‘A l’estomac’, vous jonglez avec les genres. Le roman, la nouvelle, le poème. Pourquoi ce choix ?Pour varier les méthodes narratives et les différentes “textures” de l’information afin de donner au lecteur une expérience plus riche. Je l’ai également fait pour imiter la structure complexe d’un vaudeville dans lequel il y a différents types d’actes.


Etes-vous toujours membre de la Cacophony Society ? Pouvez-vous nous en dire plus sur cette organisation ?
La première règle concernant la ‘Cacophony Society’ est de ne pas parler de la ‘Cacophony Society’…


A quoi ressemblerait la société idéale de Chuck Palahniuk ?

Chacun aurait le loisir de pratiquer une forme d’expression personnelle qui permettrait de se divertir les uns les autres (et non d’engager des professionnels pour le faire). Cette forme de théâtre serait notre religion.


Comment imaginez-vous votre lectorat ?

Comme mon éditeur, Gerry. C’est la seule personne que j’imagine en train de lire mon travail. Si je peux choquer Gerry et le faire rire, j’ai réussi mon coup.


Vos projets à venir ?
Au printemps prochain, j’aurai un nouveau roman à promouvoir, ‘Rant’. C’est la fausse biographie orale d’un Tom Sawyer devenu jeune adulte qui participe à des courses de voitures destructrices, une sorte de sous-culture secrète appelée “la fête du crash”. Tard le soir, des Américains participent à ces jeux secrets, se chassent et se fuient mutuellement en tentant de provoquer des accidents mineurs. Au delà de ça, je prépare un nouveau roman pour 2008, travail sur les films “snuff” pornographiques. Un autre univers drôle, affreux et horrible à explorer…

Lectures Chuck PALAHNIUK-Choke


Chuck PALAHNIUK
Choke 
Traduit de l’américain par Freddy Michalski

(4ème de couverture)
Victor Mancini, obsédé sexuel et fils modèle, est ruiné par l’hospitalisation de sa mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Pour faire face à ses dépenses, il met au point un stratagème extravagant : faire mine de s’asphyxier avec la nourriture en dînant dans des restaurants chic et gagner la compassion d’une clientèle de luxe. Entre deux crises d’étouffement au caviar, Victor travaille comme figurant dans un parc à thème historique et participe à des séances de thérapie collective pour drogués du sexe incurables. Mais c’est au chevet de sa mère qu’il retrouve intacte la folie galopante qui a ravagé son enfance. Derrière le délire sénile de cette vieille dame indigne, parviendra-t-il à percer à jour l’hallucinant secret de ses origines ?

Une Amérique schizophrène est la toile de fond de cette tragi-comédie brillante et féroce, où Palahniuk s’affirme au croisement de John Kennedy Toole et de Brest Easton Ellis.

Chuck Palahniuk vit à Portland, Oregon. Il est l’auteur de Fight-Club (1999), roman culte adapté au cinéma par David Fincher, et de Survivant (2001).

(1ere phrase :)
Si vous avez l’intention de lire ceci, n’en faites rien, ne vous donnez pas cette peine.

(Dernière phrase :)
Là où nous nous tenons, en cet instant précis, dans les ruines dans le noir, ce que nous bâtissons pourrait être n’importe quoi.

348 pages – Editions Denoël & d’Ailleur 2001 (2002 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)
Choke est la troisième arme de destruction massive lâchée en 2001 par cet ovni de la littérature américaine.

Révélé au monde entier par le succès du dérangeant fight club, Palahniuk excelle dans ce nouveau genre de roman qui fascine presque autant qu’il peut dégoûter.
Corrosif, lubrique, venimeux, provoquant, déjanté, les adjectifs ne manquent pas pour décrire le style de l’auteur qui nous dépeint la quête d’identité de son principal protagoniste: Victor Mancini.

Victor, est un médecin nymphomane qui cherche à découvrir ses origines au chevet de celle qu’il croit être sa mère mourante. Victor a pour passe-temps favori de faire semblant de s’étouffer dans des restaurants afin d’être “sauvé” par des bienfaiteurs généreux. Victor est convaincu par Paige Marschall, une jeune médecin débridée, qu’il est le nouveau christ. Victor a un meilleur ami, Denny, qui, obsédé par les pierres, commence à construire sans permis une immense bâtisse…

Choke est un voyage au cœur de la folie. Chaque personnage est guidé par sa propre névrose obsessionnelle jusqu’au narrateur lui-même qui plaque, un à un, ses tics d’expression.

L’habileté suprême du père Chuck nous conduit pourtant même à douter, au moment de refermer ce roman effrayant: Qui de ces « egos pensants » est vraiment fou ou clairvoyant?


Pour finir et en un mot, Choke est un livre d’une très grande originalité mais à déconseiller fortement aux âmes sensibles et puritaines.

Lectures Chuck PALAHNIUK-Berceuse


Chuck PALAHNIUK
Berceuse 
Traduit de l’américain par Freddy Michalski

(4ème de couverture)
Carl Streator est journaliste et mène une enquête sur le phénomène de la mort subite du nourrisson. Au cours de ses recherches, il fait la connaissance de John Nash, un ambulancier nécrophile, et se rend compte que les parents des victimes ont tous lu à leur enfant une certaine berceuse tirée d’un livre de poèmes dont il reste deux cents exemplaires dans tout le pays.

Au cours de ses investigations, Carl rencontre Helen Hoover Boyle, agent immobilier spécialiste de maisons hantées ; elle lui apprend que la berceuse est en réalité un sort maléfique tiré malencontreusement d’un livre de sorcellerie, le livre des Ombres , qui contient tous les enchantements, bons ou mauvais, accumulés au cours des siècles par les sorciers.

Carl et Helen, accompagnés d’un écolo radical et d’une mystique New Age, traversent les Etats-Unis à la recherche de tous les exemplaires existants, avec le secret espoir de trouver aussi le grimoire original du « livre des Ombres ».

Mais à quoi bon tenter de résumer un roman de Chuck Palahnuik ? Comme les autres Berceuse est une bombe à retardement, un livre rétroactif, un nouveau tour de magie d’un auteur qui est en train de créer, en toute discrétion, une des œuvres les plus originales et les plus radicales de la littérature américaine de ce début de siècle.

Chuck Palahnuik est diplômé de l’université de l’Orégon. Il vit aux environ de Portland entouré de ses chiens. Il est l’auteur de « Fight Club », roman culte récompensé en 1999 par « La Pacific Northwest Booksellers Association » et adapté au cinéma.
Berceuse est son quatrième roman à paraître dans la noire

(1ere phrase :)
Le problème de tout récit, c’est que vous le racontez après l’événement.

(Dernière phrase :)
Aujourd’hui, c’est ça, ma vie.

316 pages – Editions Gallimard – La Noire 2004 pour la traduction française

(Aide mémoire perso :)
De Chuck Palahniuk, on retient pour l’instant qu’il est l’auteur de Fight Club, ce roman de forcené schizo, cartonnant les violences d’une société américaine au bord de la rupture. C’est oublier ses autres romans : le non moins violent Survivant, le libidineux Choke, le faux calme Monstres invisibles… A cette impressionnante succession de romans remarquables s’ajoute le désormais fantastico-road movie Berceuse, traduit par Fred Michalski.

Chaque lecture de Palahniuk est une baffe esthétique, une leçon d’écriture magistrale. A l’instar de ces contemporains, il a dépassé le cap de la satire sociale pour mieux saisir nos faux-semblants, nos zones grises, les non-dits, les mirages. En cela, Palahniuk est certainement à l’heure actuelle l’écrivain qui saisit le mieux l’instant F, ce bref regard de folie que nous avons tous à un moment donné de notre vie, celui qui peut nous faire basculer, mais avec Palahniuk, ses personnages ont depuis longtemps sauté le pas. Chaque roman fait découvrir une facette du talent de cet écrivain. Il n’a pas un style, mais plusieurs qu’il adapte à son histoire et ses personnages. Des trucs narratifs précis qui en une phrase dénoncent, critiquent, morcellent ; des bouts de phrases qui déconstruisent complètement le récit mais jouent avec le lecteur, l’emportant dans un jeu hallucinant et hallucinatoire.
Avec Berceuse, l’écrivain américain poursuit sa déjà longue réflexion sur l’autodestruction de l’individu en société. Détournant les clichés classiques du serial killer, l’auteur nous emmène dans un road-movie ésotérique, une équipée sauvage à la recherche d’une berceuse dont la récitation provoque chez les nourrissons une mort subite. Dans ce roman, il n’y a pas une vie mais plusieurs qui s’entrecroisent, donnant l’impression d’une toile géante qui communique sans cesse. La rumeur traîne, s’amplifie et parasite nos sociétés d’extrême communication et dans ce contexte, les mots tuent aussi lorsqu’ils sont utilisés à notre corps défendant dans un geste de ras-le-bol.

Il y a plusieurs niveaux de lecture dans ce roman : soit on le lit de manière quasi-linéaire et se découvre sous nos yeux la trame classique d’un road-movie, soit on prend résolument les chemins de traverse – et là on comprend toute l’importance de ces petits « trucs narratifs » – et on plonge résolument dans une myriade d’histoires alternatives, servies par des personnages à l’apparence anodine mais qui se découvrent être de véritables squelettes cachés dans autant de placards.

Vous l’aurez donc compris, ce roman est monstrueux et son auteur, un monstre d’écrivain.

Lectures Chuck PALAHNIUK-Journal intime


Chuck PALAHNIUK
Journal intime
Traduit de l’américain par Freddy Michalski

(4ème de couverture)
Misty Wilmot est une femme frustrée : coincée sur une île défigurée par l’invasion touristique, elle travaille comme une esclave dans le grand hôtel du coin pour faire vivre sa famille. Son mari, Peter, un architecte qu’elle a rencontré des années plus tôt dans une école d’art, a tenté de se suicider et se retrouve dans le coma.

Plus rien ne tourne rond dans la vie de Misty : pourquoi Peter, avant de vouloir en finir, s’est-il amusé à sceller certaines pièces des villas touristiques sur lesquelles il travaillait ? Comment expliquer les messages haineux qu’il a bombés sur les murs, annonçant la vengeance des habitants de l’île contre les envahisseurs extérieurs ? Pourquoi les autochtones se mettent-ils à la regarder bizarrement ?
Misty décide de mettre ses peurs noir sur blanc et d’écrire un journal intime. Mais attention, la folie guette…

Au fils du temps et de ses livres, les interrogations de Palahnuik se font plus complexes, plus intimes et plus profondes : ses récits deviennent de plus en plus inclassables ; ils louchent vers le fantastique, l’irréel et le paranormal. Mélange de Jung, Borges, Levine – l’auteur de Rosemary’s Baby – passé à la centrifugeuse Palahnuik, ce Journal intime est un cocktail détonant.

Chuck Palahnuik est diplômé de l’université de l’Orégon. Il vit aux environ de Portland entouré de ses chiens. Il est l’auteur de « Fight Club », roman culte récompensé en 1999 par « La Pacific Northwest Booksellers Association » et adapté au cinéma. Journal intime est son sixième roman. Il est également l’auteur d’un recueil d’articles, Le festival de la couille et autres histoires vraies, publié chez Denoël.

(1ere phrase :)
Aujourd’hui, un homme a appelé de Long Beach.

(Dernière phrase :)
Je fonde l’espoir que cette histoire la sauvera – cette petite – quel que puisse être son nom la prochaine fois.

335 pages – Editions Gallimard – La Noire 2005 pour la traduction française

(Aide mémoire perso :)
Misty vit dans l’île de Waytansea. Peintre, elle rencontre Peter à l’école des beaux arts. Tous deux rêvent de pouvoir vivre de leur art à New York lorsque le père de Peter meurt. Ils vont alors sur Waytansea pour assister à la crémation, régler les papiers et s’occuper de la mère de Peter, Grace. Quelques années plus tard Misty est serveuse dans le restaurant de l’hôtel de l’île, Peter est dans le coma après avoir tenté de se suicider, la famille à perdue gloire et fortune et l’île est devenue une gêole d’amertume et de rancœur.

Evidemment Misty ne peint plus. Elle travaille pour nourrir sa fille et sa belle-mère. Depuis quelques semaines les estivants reviennent dans leurs maisons pour les vacances. Maisons où Peter, chargé de quelques réparations, a cloisonné des parties des maisons et y a graffé des textes plein de haine envers sa femme, les vacanciers, les gens de l’île. Des messages d’apocalypse.

La trame de ce roman est incroyable (avec des airs de Rosemary’s Baby). Ecrit sous forme de journal intime que Misty écrirait à l’adresse de Peter pour le jour ou il se réveillerait, on suit avec elle jour après jour, les mutations de l’île, ses propres changements, le comportement étrangement manipulateur de sa belle-mère.


Chuck Palahniuk décrit l’enfermement, la dépression, l’alcoolisme, les questions de l’inspiration artistique dans la souffrance avec violence, mélancolie, sadisme. Une telle noirceur et tel défaitisme émane de ce livre qu’il faut être bien accroché avant de le lire. Lorsque je parle de ce livre, de son histoire, des personnages, du message qu’il véhicule, je ne peux qu’être positive et je suis un peu frustrée de constater que « journal intime » ne m’a pas transcendée comme il aurait du. Peut-être est-ce dû à l’écriture toujours un poil distancié, comme cherchant à se protéger de ses propres mots, à la nébuleuse fantasmagorique autour de Misty. On retrouve des thèmes très forts, présent dans « Fight Club », des thèmes qui ne peuvent laisser indifférent : la fatalité, la manipulation, la domination de la société de consommation, notre vie en plage publicitaire, la rébellion, l’adolescence désespérée, la violence des hommes entre eux.

Lectures Chuck PALAHNIUK-A l’estomac


Chuck PALAHNIUK

A l’estomac

Traduit de l’américain par Bernard Blanc


(4ème de couverture)
En répondant à cette mystérieuse annonce, les vingt-trois protagonistes d’A l’estomac s’imaginaient couler des jours tranquilles dans un endroit de rêve.


Oui mais voilà, l’endroit en question, un théâtre délabré, est… terrifiant.
Isolés du monde, maltraités, privés petit à petit de toute ressource – chauffage, lumière et surtout nourriture -, nos écrivaillons s’affolent.
Convaincus qu’ils sont l’objet d’une mise en scène propre à nourrir le best-seller de l’année ou le scénario d’un réality-show à succès, tous se lancent dans une compétition acharnée pour survivre. A mesure que se dégradent les conditions de vie, leurs manigances pour sortir indemnes de ce lieu infernal se font plus cruelles, et leurs écrits, qui composent le livre, plus déviants.


Chuck Palahniuk est une des figures majeures de la littérature américaine contemporaine : l’univers noir et extrême de ses romans a fait de lui un auteur culte. Il vit dans l’Etat de Washington et se consacre à l’écriture. Après Choke et Le Festival de la couille, A l’estomac est le troisième ouvrage de Palahniuk publié chez Denoël.


(1ere phrase :)
Lorsque l’autobus s’arrête au coin de la rue où Camarade Maussade a accepté d’attendre, elle est là, avec des fringues achetées dans un surplus de l’armée, un gilet pare-balles - vert olive foncé – et un pantalon de camouflage trop grand pour elle, dont les revers laissent voir ses bottes d’infanterie.


(Dernière phrase :)
Et dès lors, en ce magnifique jour ensoleillé, le monde entier vous aimera.
536 pages – Editions Denoël & d’Ailleur 2005 (2006 pour la traduction française)


(Aide mémoire perso :)
Après le mémorable « Choke », ou comment gagner sa vie en vomissant dans les grands restaurants, et le déroutant « Fight Club », on pouvait croire que Chuck Palahniuk avait épuisé son stock de drôles d'atteintes au bon goût et à l'esthétiquement correct. Grave erreur, «À l'estomac », son livre le plus long et le plus ambitieux. À la fois recueil de nouvelles, de poésie et roman, ce texte met en scène un bataillon d'aspirants écrivains coincés dans un ancien théâtre par un mystérieux démiurge au visage de vieillard et aux moeurs d'enfant. Au programme : leçon sur les dangers des méthodes alternatives de masturbation, descentes d'organes, mutilations, cannibalisme, traité des joies de la clochardisation. Nos littérateurs trash peuvent trembler, non seulement Palahniuk va infiniment plus loin qu'eux, mais en plus il place toujours ses outrances du côté du rire. Mieux, leur somme forme une réflexion complexe sur la transformation de l'information en dramaturgie. Un livre où tout est permis mais où rien n'est gratuit.

Si la structure est curieuse, le contenu l'est encore plus. La trame générale atteint très vite des sommets d'horreur absurde. Comme chez Bret Easton Ellis, les personnages sont des icônes désincarnées dont les sentiments et les motivations sont soigneusement mises de côté – en attendant la nouvelle qui les mettra en scène. Chacun, à tour de rôle, un peu comme dans un groupe de parole, s'avance et raconte un épisode significatif de sa vie. Chaque nouvelle est une sorte de feu d'artifice horrifique permettant à Palahniuk d'explorer et de critiquer un aspect de la société américaine. Celle-ci est comme un cadavre maquillé et parfumé, dont l'auteur nous montre la réalité : les fluides qui suintent, les tissus qui pourrissent, les vers qui grouillent. Le corps est profané de toutes les façons possibles et imaginables : sexe sordide, mutilation, corruption, torture, cannibalisme : rien n'est épargné, et la crudité des détails, associés à leur précision maniaque (Palahniuk ferait un grand contributeur à Wikipedia), rend les scènes quasiment insoutenables.


Composé de 23 histoires d'horreur racontées par une bonne douzaine de personnages, A l'estomac (salement traduit de l'anglais Haunted) est un roman à part entière de Chuck Palahniuk , avec son lot de surprises (terrifiantes et écoeurantes ici), de coups de génie et de roublardise. Après « Fight Club », « Choke » et « Survivor », on sait ce que le label Palahniuk recouvre : une plongée dans un monde déjanté amusant et inquiétant, une approche ultradétaillée d'une pathologie souterraine à résonnance sociétale, une analyse au marteau de la société américaine, un style direct exposé à la 1ère personne en compte à rebours où le début rattrape la fin.


Les bizarreries, originalités, faits divers, anecdotes, et autres travers qui peuplent les nouvelles peuvent être directement transposées dans les scénarios. Assassins masseurs de pied, Boîtes à cauchemars, Clochards richissimes, ne sont que quelques-uns des éléments à extraire du livre. Au pire, vous aurez une vision au vitriol de la société américaine, et des cauchemars pour trois mois.

Lectures Chuck PALAHNIUK-Le Festival de la couille et autres histoires vraies


Chuck PALAHNIUK 
Le Festival de la couille et autres histoires vraies
Traduit de l’américain par Bernard Blanc

(4ème de couverture)
On connaît Chuck Palahniuk : ses héros illuminés, ses intrigues surréalistes, son exploration d’un monde à la marge. Ses livres sont le reflet d’une réalité peu ragoûtante qu’il étudie cliniquement. Un univers à la fois burlesque et macabre qui renvoie à son histoire personnelle, aux épreuves qu’il a traversées et à son goût pour les expériences incongrues.

Une partouze géante au fin fond de l’Ouest américain, un combat de moissonneuses-batteuses, une expédition en sous-marin nucléaire, un face-à-face improbable avec Marilyn Manson : autant d’évocations d’une Amérique déjantée dont Chuck Palahniuk s’est fait le chroniqueur.

Dans ce recueil d’histoires vraies où se mêlent subversion, tendresse, humour décapant et exhibitionnisme, il démontre combien la réalité peut dépasser l’imagination et dévoile ainsi l’envers du décor de ses romans. Car c’est aussi de littérature et du travail de l’écrivain qu’il s’agit. On ne ressort pas indemne de ce voyage au bout du bizarre et de tragique.

Chuck Palahniuk, quarante-deux ans vit à Portland dans l’Oregon. Il est notamment l’auteur de « Fight Club » 1999, roman culte adapté au cinéma par David Fincher, et de « Choke » (Denoël 2002).

(1ere phrase :)
Une jolie blonde repousse sur l’arrière son chapeau de cowboy.

(Dernière phrase :)
Dale Shackleford a fait appel de sa condamnation à mort.

298 pages – Editions Denoël & d’Ailleur 2005 pour la traduction française

(Aide mémoire perso :)
Premier recueil non-fiction de Palahniuk paru en français, "Le festival de la couille et autres histoires vraies" fait partie de ces livres qui hantent longtemps le lecteur.

Enfin débarrassé de la médiocre prestation de Freddy Michalsky aux manettes traductantes, le texte se distille comme un alcool délicieusement fruité sous la houlette de Bernard Blanc. Un changement bienvenue qui permettra aux nouveaux venus de découvrir un Palahniuk au meilleur de sa forme, là où les connaisseurs se contenteront d’apprécier ces tranches de vies douces amères, racontées tranquillement par un auteur décidément majeur.

Si le Festival de la couille ne concerne finalement qu’un seul texte [Testy Festy en anglais], le recueil lui-même s’intitule assez explicitement Stranger than fiction. traduit littéralement par "Plus étrange que la fiction", le titre a le mérite d’être clair : les histoires compilées ici sont des oeuvres journalistiques. Elles concernent donc des personnages, des situations et des contextes bien réels. Et si cette vérité si chère à l’objectivité est quelque peu malmenée par l’absurde, le tragique ou même l’héroïque, qui s’en plaindrait ?

A mi-chemin entre le récit autobiographique et le compte rendu d’actualité, "Le festival de la couille" n’a rien d’un brûlot nihiliste engagé, mais allie au contraire pudeur et sobriété, pour un résultat étonnamment tendre à l’égard du genre humain.

Terrible constat pour ceux qui pensaient tout connaître de leur ami Chuck. Le monsieur aime son prochain. Et il le prouve magistralement en évoquant quelques spécimen aussi barrés que lumineux, sans jugement ni catégorisation, sans moquerie ni exagération, avec intelligence et parfois même une sincère dose d’admiration.

De l’admiration, il faut pourtant gratter loin pour en trouver face à ce concours de stock-car-moissonneuse-batteuses, où des machines agricoles relookées façon Mad Max s’affrontent dans la boue, dans un immense hurlement de ferraille torturée, pilotées par des allumés fidèles à un idéal sportif parfaitement inaccessible au commun des mortels.

Du respect, il faut chercher longtemps pour en concevoir face aux tarés fracassés par la vie qui se foutent des peignées dans le cadre très structuré de la lutte gréco-romaine. Sport méconnu et méprisé, peu médiatique et donc pauvre, pratiqué pourtant dans les règles de l’art par des hommes et des femmes dont le courage et l’abnégation laissent pantois un lecteur incrédule.
Quant aux bâtisseurs de châteaux médiévaux, ils pourraient faire sourire. Mais pour peu qu’on découvre l’hallucinante somme d’efforts que leur construction représente, quand on comprend peu à peu que leurs propriétaires les ont bâtis de leurs mains, pierres après pierres, sacrifiant parfois leur vie de famille au profit d’une passion aussi payante que destructrice, on a bien du mal à ne pas avoir envie de leur offrir un verre en leur tapant sur l’épaule.

Ils sont tous comme ça, les personnages de Palahniuk. Allumés, grands-brûlés de l’existence, dingues et attachants. Tous avec leurs délires, leurs passions, leurs soucis. Tous à des milliers d’années lumières de nos vies, et pourtant si proches. Ce sont nos voisins, nos banquiers, nos facteurs, nos agents d’assurance, ils tournent dans leur monde en orbite désynchronisée, et nous ne pourrons jamais en voir les deux faces. C’est comme ça et c’est tant mieux. Palahniuk leur donne la parole, du plus humble au plus célèbre, avant de la prendre lui-même pour s’auto-ridiculiser et rendre à l’obsessionnel ce qui appartient à l’obsessionnel.

Notre monde est peut-être bien malade, mais on y trouve encore une sacré humanité.

Merci, Monsieur, de nous la rendre si lisible.

vendredi 28 septembre 2018

Billets-Poutou chez Ruquier : l’arrogance médiatique face à la gauche archaïque


Poutou chez Ruquier : l’arrogance médiatique face à la gauche archaïque

Les bobos-rieurs des médias peuvent se moquer autant qu’ils veulent de l’extrême-gauche archaïque, ils en sont la forme sociale-démocrate pseudo-modernisée et rajeunie, mais tout aussi dramatiquement dépensière, clientéliste, injuste et inefficace.

N’allez surtout pas vous imaginer que je soutiens la candidature présidentielle de Philippe Poutou ! Je le prends pour un rêveur idéologue. Je me souviens qu’en 2012, il avait beaucoup de succès auprès de mes enfants car son programme comportait l’abolition complète des notes à l’école ! Mais on se tromperait en le prenant pour un doux rêveur, car il n’a que les mots lutte, bagarre et révolution à la bouche pour faire advenir un changement social. Pour lui, c’est dans la rue que ça se passe, certainement pas dans les urnes. 

Par contre, si vous me demandez qui s’est conduit correctement et qui s’est vautré dans sa nullité ridicule et prétentieuse sur le plateau de l’émission On n’est pas couché (ONPC) de samedi dernier entre la puissance invitante, c’est-à-dire Ruquier & Co, et l’invité Philippe Poutou, à nouveau candidat pour le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de Besancenot, je vous réponds immédiatement : Poutou  + 1, ONPC – 1 000 !

La campagne commence sur le plateau de Laurent Ruquier
Il se trouve que les règles édictées par le CSA pour réguler le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle s’appliquent depuis le 1er février. La participation à l’émission de Ruquier en fait partie. C’est du reste ce que le présentateur explique en accueillant Philippe Poutou sur son plateau. Ce dernier confirme qu’il n’est pas mécontent de voir cette période arriver car étant crédité d’un petit 1 % des intentions de vote dans les meilleurs sondages, les journalistes se tournaient assez peu spontanément vers lui auparavant, rendant la récolte des parrainages (300 à ce jour) assez compliquée.

Les choses se présentent donc pour le mieux : Philippe Poutou a reçu des tonnes d’applaudissements en arrivant, tout le monde s’est extasié sur son beau T-shirt noir libellé « résister, c’est exister » qui tranchait nettement avec le costume-cravate du précédent invité Thierry Solère, et Laurent Ruquier l’assure qu’on va parler du contenu de sa candidature pendant 30 minutes chrono rien que pour lui. Yann Moix et Vanessa Burggraf sont justement là pour ça, et d’après Ruquier, ils ont étudié son programme à donf.

Vanessa Burggraf se plante
La charmante Vanessa se lance… et se plante immédiatement : « J’aimerais savoir comment on oblige un patron à interdire les licenciements. » Même Ruquier voit le problème et la reprend. La bonne question serait plutôt : « Comment interdit-on à un patron de licencier ? »

Vanessa est certainement charmante, blonde, rose et joufflue juste ce qu’il faut, mais elle est clairement complètement cruche, complètement incapable de comprendre ce qu’on lui dit et surtout complètement incapable de dire « Excusez-moi, je reformule » et de passer à la suite sans faire tout un cinéma invraisemblable.

Elle se plante à nouveau, se met à rire de ses bêtises, se frappe le front sur l’épaule de Yann Moix, secoue ses cheveux, rit de plus belle, se trouve désopilante de fraîcheur et de gaminerie, applaudissements, éclats de rires chez tout le monde. Sauf chez Poutou, passablement médusé par tant de niaiserie.
Ruquier s’esclaffe et en remet une couche en faisant remarquer que le temps de parole de l’invité est en train de fondre. La belle refait une, deux, trois tentatives, Nicolas Bedos s’en mêle – on apprend au passage que Vanessa a « été sympa avec son film », ce qui ne fait pas du tout copinage, non vraiment pas du tout bref, tout ceci dure 2 minutes et demi et c’est franchement longuet.

Ruquier s’esclaffe
Séquence dans la vidéo complète ci-dessous de 4′ 50″ à 7′ 15″ :


On croirait vraiment que la reine du bal de promo est en train de s’éclater comme une petite folle avec ses meilleurs potes de lycée. Eh bien, contrairement aux apparences, tout ceci se passe alors que nos Ruquier, Burggraf et Moix sont en train de travailler – oui, tra-va-iller – sur une chaîne du service public de télévision et donc de recevoir un salaire, coquet à coup sûr, et payé par nos impôts, dans le cadre des temps de parole des candidats présidentiels. Si vous pensez que la journaliste, reprenant rapidement ses esprits, s’est excusée, vous êtes très loin du compte, elle est extrêmement contente de ce stupide moment de célébrité qu’elle s’est offert.

Stupide moment de célébrité
Curieuse de savoir quel genre de personne super diplômée et super expérimentée le service public embauche de nos jours comme présentatrice pour parler avec les candidats à la présidentielle, j’ai été faire un petit tour sur la fiche Wikipédia de cette bobo-rieuse invétérée et je découvre qu’elle a 45 ans. Quelle terrible méprise, je lui donnais à peine 16 ans d’âge mental et comportemental ! Côté études, elle est diplômée en lettres et en communication politique et sociale. Je ne voudrais pas faire ma snob, mais la dame elle-même nous prouve par ses multiples rires et minauderies que c’est un bagage bien maigre pour parler intelligemment chômage et licenciements avec Philippe Poutou.
Lequel Philippe Poutou a fait montre d’une patience vraiment remarquable devant tant d’auto-satisfaction vaine de notre caste audio-visuelle. Devant beaucoup de mépris aussi :

Yann Moix  (se croyant super drôle) : « Mais enfin, tu parles peut-être au prochain Président de la République ! »

Laurent Ruquier (au bord du fou rire) : « D’habitude, ça fait pas rire les licenciements ! »

Profitant de quelques secondes d’accalmie dans la fiesta qui se déroule en face de lui mais sans lui, le candidat du NPA fait savoir benoîtement que lui, ouvrier chez Ford, a compris la question et qu’il aimerait bien pouvoir répondre.

Poutou déroule son programme
Et bim, c’est parti, on ne l’arrête plus ! Craignant sans doute quelque nouvelle dissipation bobo-journalistique, il déroule ses idées à toute vitesse.

Si le NPA présente un candidat aux élections, ce n’est pas pour gagner, mais pour faire passer l’idée que seules les luttes syndicales et sociales pourraient changer les choses. Pour faire passer l’idée qu’il faut frapper encore plus fort que pour la loi travail. Pour faire apparaître sur la scène politique autre chose que tous ces politicards cravatés et arrogants (rappelle-toi quand même l’appartement et le job de Lepaon, Philippe) :

« On n’est pas obligé d’avoir des sondages hyper haut, ou d’avoir une cravate, ou d’être super bien payé ou de piquer dans les caisses de l’État pour pouvoir être légitime à être candidat. »

En cinq ans tout a changé, tout s’est aggravé, il y a davantage de chômage, de pauvreté, de précarité. Et tout ceci alors que les grosses entreprises versent de plus en plus de dividendes. La solution du NPA, qui rejoint assez nettement celle des Hamon et Mélenchon, avec la bénédiction de Gérard Filoche, militant CGT comme Poutou : interdire les licenciements dans les grandes entreprises, assurer l’intégralité du salaire dans les petites, ramener le temps de travail à 32 heures et l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Faire payer les milliardaires
Levant les yeux au ciel et prenant son ton le plus professionnel, Vanessa lui demande si c’est l’État qui va payer les salaires des salariés licenciés. Ah non, répond Poutou, pas l’État, mais les milliardaires ! Et ça, ce n’est certainement pas Hamon et Mélenchon qui y parviendront, car le progrès social ne s’impose que d’une seule façon, par les luttes, par les combats syndicaux, par la rue, certainement pas par la course à la présidence.

Arrivée à ce moment de l’interview, la petite Vanessa, hyper-sévère, nous montre qu’elle est quand même au courant de deux trois trucs en économie en faisant remarquer que les milliardaires et les investisseurs risquent de quitter la France. Léger flottement chez Poutou, qui finit par dire que « bon, ben on les laisse partir et voilà ». Il apparaît que « Bon, ben voilà » est son argument massif. Et il embraye rapidement sur un autre sujet : les cadeaux aux patrons sous forme de baisse  de charges sociales. Tout ça, ce sont les vieilles recettes de lutte contre le chômage et ça ne marche pas, la preuve par Sarkozy et Hollande. À ce dernier mot, Vanessa ne trouve plus rien à dire.

Un programme risible
Il y a bel et bien de quoi rire devant un tel programme qui a largement fait les preuves de sa totale dangerosité et de ses effets destructeurs à l’égard des plus faibles, aussi bien au Venezuela qu’en Grèce.

Mais nos amis de la bande à Ruquier ne s’esclaffaient pas seulement pour ça. Ils riaient surtout parce qu’ils se prennent pour les plus beaux et les plus intelligents, parce qu’ils pensent donner le ton de ce qu’il faut dire et penser, parce qu’ils s’imaginent que tout le monde est admiratif devant leur bel esprit, parce qu’ils se donnent le droit de faire et dire n’importe quoi sur une chaîne de télévision publique sous les applaudissements automatiques d’un public fort peu exigeant.
Je ne pense pas me tromper beaucoup en disant qu’aucun de nos amuseurs ne votera pour Le Pen ou pour Fillon. On sent qu’ils ne voteront pas non plus pour Philippe Poutou qui a été dûment relégué à ses archaïsmes. Les bobos rieurs de la gauche branchouille connaissent la vie, le monde, le jet-lag, ils cherchent du post-moderne, du post-futuriste, du « changement, mais mollement » – attention, ils sont dans le système et comptent y rester encore longtemps. Restent donc Mélenchon, Hamon et Macron, et plus probablement Macron.

Le vote Macron et le vote Poutou
Or ce qu’ils ne voient pas, c’est que le vote Macron, loin de trancher sur un Poutou, n’en est que la version lente. C’est la décadence façon Hollande, une décadence qui nous noie lentement mais sûrement. Michel Sapin vient même d’annoncer à quel point le programme économique de Macron était cohérent avec le quinquennat de Hollande – c’est-à-dire 6 millions de chômeurs, une dette qui frôle les 100 % du PIB et des dépenses publiques égales à 57 % du PIB ! Tandis que Poutou, Mélenchon et Hamon, nous noient d’un seul coup d’un seul à la manière du programme commun de la gauche de Mitterrand.

Les bobos-rieurs du PAF et des médias peuvent se moquer autant qu’ils veulent de l’extrême-gauche archaïque, ils en sont la forme sociale-démocrate pseudo-modernisée et rajeunie, mais tout aussi dramatiquement dépensière, clientéliste, injuste et inefficace. Toute la France continuera à mourir à petit feu comme elle l’a fait avec Hollande. Toute la France sauf eux qui, avec leur bonne conscience et leur arrogance, se sont réservés les meilleures places. Quand cette déliquescence aura épuisé toutes nos ressources, nous courrons tous le risque de voir « la rue » du lutteur rêveur dont ils se moquent prendre véritablement le dessus. Belle réussite en perspective pour nos bobos rieurs.


Source contrepoints.org
Par Nathalie MP.

leblogdenathaliemp.c...
Nathalie MP est née en 1962. Depuis début 2015, elle tient un blog dont les thèmes centraux sont : politique, libéralisme, catholicisme. Quelques digressions vers le ski et la montagne sont possibles.

Billets-Attirer les riches…


Attirer les riches…

En attendant que François Hollande, touché par la grâce divine, ne fasse faire un 180° à sa politique et comprenne que seuls les riches dépensent, emploient, paient et investissent, regardons ce que nos voisins ont mis ou mettent en place comme dispositifs pour attirer chez eux ceux sans qui rien n’est possible.


  • Le Portugal et son « Visa Gold »
A la course à l’investisseur, Portugal semble bien positionné avec l’adoption d’un «permis de résidence pour activité d’investissement», surnommé « visa Gold ». Ce permis est accordé aux étrangers investissant dans le pays selon l’une des trois possibilités suivantes:
  • avoir opéré un transfert de capitaux d’un million d’euros minimum
  • acheter des biens immobiliers d’une valeur d’au moins 500 000 euros
  • créer au moins 30 postes de travail.
L’investissement doit avoir une durée minimum de cinq ans. Il donne droit au regroupement familial.
Depuis le lancement en octobre 2012 du visa Gold par le gouvernement de centre droite de Pedro Passos Coelho, le Portugal a reçu 185 millions d’euros d’investissement. Sur les 294 titres de séjour accordés, 228 l’ont été à des ressortissants chinois, devant les Russes et les Brésiliens.
A côté du visa Gold, le Portugal a publié le 3 août 2012 une circulaire révisant la fiscalité en vigueur pour les retraités étrangers. Depuis le 1er janvier 2013, un retraité français, par exemple, peut bénéficier du statut spécial de « résident non habituel ». Cela lui permettra de se voir totalement exonérée d’impôt sur le revenu. Pour pouvoir profiter de ces avantages, il faut, condition aussi nécessaire auprès du fisc français pour être reconnu comme résident à l’étranger, y séjourner au minimum 183 jours par an. Il faut, de plus, ne pas y avoir résidé durant les cinq dernières années. Ce statut de résident non habituel s’applique pour une période de dix ans, renouvelable si vous retournez vivre ailleurs pendant cinq ans.


  • Le Maroc attire les retraités depuis longtemps
Au Maroc, les retraités bénéficient d’un abattement de 40% sur la part de leur retraite rapatriée sur place. Ils ont droit à une réduction d’impôt de 80% sur le solde.


  • Chypre cherche à se refaire attirante
A Chypre, il est possible d’échanger un investissement de 300 000 euros minimum dans un bien immobilier contre un permis de séjour permanent, à condition de disposer d’un casier judiciaire vierge. Si l’on souhaite acquérir la nationalité chypriote, l’investissement minimum exigé est de 500 000 euros.
En guise de compensation, les riches investisseurs non-résidents qui détenaient des dépôts avant le 15 mars 2013 et ont essuyé des pertes atteignant au moins 3 millions d’euros sont éligibles pour demander la nationalité (au lieu des 15 millions d’euros auparavant exigés). Ces mesures ont attiré, certes, des Russes mais aussi quelques Chinois.


  • L’Espagne essaie d’écouler ses actifs à risque
En Espagne, le Parlement a approuvé, le 19 septembre dernier, une loi concédant aux étrangers qui achètent un bien immobilier de plus de 500 000 euros, ou pour plus de 2 millions d’euros de dette publique, un permis de séjour provisoire pouvant devenir définitif si le bien n’est pas vendu dans un délai de cinq ans.


  • Même à Andorre, il y a du nouveau…
La Principauté d’Andorre, située entre la France et l’Espagne, permet de bénéficier d’un environnement fiscal et social très attractif. Les personnes vivant à Andorre sans y travailler bénéficient en effet d’une imposition sur les revenus de 0 %.
2013 a connu trois nouveautés pour la résidence fiscale à Andorre:
  • - Sur le plan sémantique, le statut des personnes vivant à Andorre sans y travailler n’est plus désigné par le terme de « résidence passive », mais par celui de « résidence sans permis de travail ».
  • - Ce statut de « résidence sans permis de travail » se décline désormais en trois catégories différentes :
    • - Résidence pour les personnes économiquement indépendantes (retraités, rentiers.)
    • - Résidence pour les personnes dont les sources de revenus sont internationales (hommes d’affaires aux activités internationales, investisseurs internationaux…)
    • - Résidence pour les personnalités reconnues (artistes, sportifs, chercheurs.)
  • - Enfin, pour bénéficier de ce statut d’exonéré fiscal, vous ne devrez plus, désormais, y vivre au minimum que 90 jours par an et non plus 183, comme auparavant.
Vivre en Andorre vous permet donc de bénéficier d’une fiscalité particulièrement attractive puisqu’à côté du statut de résidence sans permis de travail, dont nous avons vu qu’il vous assurait un IRPP à O%, les personnes qui opteraient pour le statut de résidence « avec » permis de travail sont quant à elles soumises à une imposition de seulement 10 %, le taux le plus faible d’Europe.
Néanmoins l’obtention de la résidence fiscale à Andorre nécessite de pouvoir démontrer disposer d’une certaine fortune personnelle et nécessite d’effectuer un apport à Andorre d’un montant de 400 000 euros minimum. Cet apport peut se faire soit sous la forme de l’achat d’un bien immobilier soit sous la forme d’investissements financiers. Une caution de 50 000 euros est en outre demandée, récupérable en cas de départ du pays.


  • Malte est prête à vous accueillir, même en dehors de vos vacances
A Malte, le gouvernement a lancé en novembre son «individual investor program». Il permet d’acquérir un passeport maltais (donc européen) sans condition de résidence, en échange d’une substantielle contribution au développement économique de l’île. Les « riches » étrangers devront investir 650 000 euros dans le fonds de développement national, ainsi que 25 000 euros par épouse et par enfant mineur, plus 55 000 euros par parent dépendant de plus de 55 ans et par enfant non marié de 18 à 25 ans.


  • Les Pays bas, jaloux de la Belgique?
Aux Pays-Bas, la coalition libérale-travailliste, dirigée par Mark Rutte, démarre un nouveau mécanisme destiné à attirer également les étrangers fortunés. A partir du 1er octobre, les étrangers non communautaires désireux de s’installer dans ce pays se verront octroyer automatiquement un permis de séjour, à la condition qu’ils apportent dans leurs bagages au moins 1,25 million d’euros et qu’ils investissent dans l’économie locale. Un an après leur arrivée, le Ministère des affaires économiques vérifiera la réalité de l’investissement local et autorisera ou non une prolongation du titre de séjour.


  • La Lettonie, terre d’accueil?
Depuis juillet 2010, la Lettonie octroie aux extra-Européens un permis de résidence valable cinq ans dès qu’ils investissent dans une entreprise, le secteur financier ou un bien immobilier. Ces étrangers peuvent ainsi circuler librement dans l’espace Schengen. De nombreux Russes ont afflué, les plus fortunés bâtissant de luxueuses résidences dans la ville côtière de Jurmala.


  • La Hongrie cherche à placer sa dette
La Hongrie demande un investissement de 250 000 euros au minimum dans le secteur énergétique hongrois et dans des obligations du gouvernement. Auxquels s’ajoutent des frais de dossier dépassant 150 000 euros, à en croire L’Agefi. Après huit à douze semaines, le candidat reçoit un passeport hongrois. Le programme est officiellement destiné à attirer des investisseurs non européens, même s’il reste ouvert aux ressortissants européens.


  • La Bulgarie privilégie l’économie réelle
En Bulgarie, une autorisation de résidence permanente peut être directement obtenue après un investissement de 500 000 euros dans des titres d’une société cotée à la Bourse bulgare ou de 3 millions d’euros dans une entreprise non cotée.


  • Le Royaume Uni, champion toutes catégories
Nous savions déjà que la Grande Bretagne attirait des milliers de jeunes diplômés en quête d’un emploi rémunéré à leur juste valeur, nous savions que la Grande Bretagne attirait de nombreux créateurs d’entreprises séduits par la simplification administrative et fiscale ainsi que par la considération que nos voisins portent aux créateurs d’emplois et de richesses, mais voici que nous apprenons que la Grande Bretagne attire aussi les « riches »!  Dans la bataille que se livrent les pays occidentaux pour attirer les investisseurs et les entrepreneurs, Londres marque des points. Les obtentions de visas d’entrepreneur et d’investisseur originaires des pays émergents, qui ont été aménagés en faveur des plus riches par le gouvernement de David Cameron, se multiplient. La barre des 1.000 personnes par an se voyant accorder chacun de ces sésames est en train d’être franchie.
Les Chinois, les Pakistanais, les Russes et les Américains sont attirés depuis plus d’un an par la vigueur retrouvée de l’économie ainsi que par un environnement entrepreneurial favorable outre-Manche. Les visas d’entrepreneurs sont accordés à ceux qui sont prêts à investir au moins 200.000 livres dans une entreprise. Les candidats à ce visa doivent détailler un « business plan ». Ensuite, il faut près 5 ans de présence pour obtenir la résidence permanente, sauf lorsque l’on a investi plus de 5 millions £ ou créé au moins 10 emplois, auxquels cas 3 ans suffisent. Enfin, il faut encore un an de résidence permanente (183 jours) pour devenir citoyen à part entière.


  • Bruxelles, comme il se doit, veut se mêler de ce qui ne la regarde pas…..
Si le principe de citoyenneté est, par essence, du ressort des Etats et en aucun cas de la Commission, celle-ci a réussi à faire voter par le Parlement européen une « résolution » lui demandant, en tant que gardienne des traités, de se pencher sur la façon dont les Etats « monnaient » des permis de résidence ou même des nationalités à des citoyens de pays tiers. Le prétexte à cette intrusion dans le peu de compétences nationales subsistant, fut Malte avec sa non-obligation de résidence (ce qui, au regard de l’environnement se comprend un petit peu…).
L’argutie juridique pour justifier la saisine de la Commission sur un sujet hors de sa compétence est que, si les Etats sont souverains, ils sont censés respecter les valeurs communes européennes, où la nationalité n’est pas donnée en fonction de la richesse de la personne. Cela n’a fait ni une ni deux, dès cette semaine, Viviane Reding, « Commissaire à la justice » a rappelé aux Etats membres qu’ils ne devaient donner la nationalité qu’à des personnes qui ont un lien réel avec leur territoire et qu’ils doivent le faire en pensant à l’engagement d’une coopération sincère entre les Etats membres. Cet intrusion , à demi-mots, de Bruxelles sur un terrain clairement défini comme de compétence nationale peut néanmoins avoir des conséquences graves. D’une part, elles renforce le discours des eurosceptiques qui dénoncent régulièrement la « dictature » d’une Commission formée de fonctionnaires, issue d’aucun scrutin démocratique. Or 2014 est une année électorale. D’autre part, l’intervention à minima de Reding peut être interprétée de diverses manières. La France, en naturalisant à tours de bras des milliers d’extra européens ne maîtrisant  ni la langue ni les usages, ne disposant pas de revenus ni moyens d’existence autonomes et générant un risque accru d’insécurité pense-t-elle « à l’engagement d’une coopération sincère entre les Etats membres »?


  • Et la France?
A part le régime fiscal hyper privilégié dont bénéficient les ressortissants qataris, la France ne dispose d’aucun dispositif particulier permettant d’attirer de riches investisseurs sur notre territoire. La politique socialiste consiste même plutôt à les décourager de venir et à chasser de France sont, Français ou non, qui s’y trouvent. Ce qui explique que les députés français au Parlement européen aient joué un rôle prépondérant dans l’adoption du texte appelant à la saisine de la Commission. Une partie du gouvernement, probablement consciente de la limite de la posture idéologique actuelle, se dit prête, dans le cadre d’une résolution européenne qui servirait de justification auprès de l’électorat de gauche, à « aligner » la position de la France sur une « position européenne négociée ». C’est à dire à adopter des mesures de souplesse qui seraient peu ou prou les mêmes pour tous les pays européens et qui seraient décidées à Bruxelles.
Une manière d’abandonner une part supplémentaire de la compétence des Etats pour « couvrir » politiquement des prises de position contraires à l’idéologie officielle.


Source contrepoints.org (Par Thibault Doidy de Kerguelen)