dimanche 28 août 2016

Recettes Crétoises-Flan de poires aux pistaches


Flan de poires aux pistaches

Préparation : 15 mn
Cuisson : 30 mn
Pour 6 personnes
3 belles poires comices
50 g de pistaches pelées
½ citron
200 g de farine
1 sachet de levure chimique
100 g de sucre
2 gros œufs
10 cl de lait
75 g de beurre
1. Préchauffez le four à 175°C (th. 5-6), en laissant au milieu.
Beurrez un plat rectangulaire allant au four. Pelez les poires et coupez-les directement en dés au-dessus du plat, arrosez-les du jus du demi-citron. Parsemez de pistaches.
2. Dans une jatte, mélangez la farine et la levure. Ajoutez le sucre, le lait. Faites fondre le beurre sans le cuire, versez-le dans la pâte. Battez les œufs en omelette, ajoutez-les à la pâte en mélangeant bien pour qu’elle fasse comme un ruban. Versez régulièrement sur les fruits, égalisez la surface, essuyez les bords du moule.
3. Mettez le plat au four et laissez cuire 30 minutes. Vérifiez la cuisson : la lame d’un couteau enfoncé au cœur du flan doit ressortir à peine sèche. Laissez refroidir et servez dans le plat de cuisson.

La doyenné-du-comice est une excellente poire d’automne et d’hiver. Dès la fin janvier, n’en achetez plus, même si l’aspect extérieur reste inchangé. Si vous voulez confectionner ce dessert en été, mélangez pêches et abricots. C’est d’autant plus délicieux que les pistaches donnent à ce gâteau un goût sympathique d’amandes.



Recettes Crétoises-Salade de pourpier à la menthe


Salade de pourpier à la menthe

Préparation : 15 mn
Cuisson : 15 mn
Pour 6 personnes
300 g de pourpier
6 pommes de terre nouvelles
2 belles tomates
1 gousse d’ail rose
6 branches de menthe fraîche
5 cuillerées à soupe d’huile d’olive vierge
1 cuillerée à soupe de vinaigre de vin
1 cuillerée à café de gros sel et du poivre
1. Équeutez et rincez le pourpier, égouttez-le, hachez-le grossièrement avec la menthe. Réservez dans un linge. Hachez l’ail finement. Rincez les tomates, essuyez-les et coupez-les en rondelles.
2. Mettez les pommes de terre à cuire dans de l’eau bouillante salée 15 minutes environ, selon leur grosseur. Pelez-les, coupez-les en rondelles moyennes.
3. Préparez une vinaigrette, ajoutez l’ail et assaisonnez-en le pourpier, les tomates et les pommes de terre. Mélangez bien et servez.

En Crète, le pourpier pousse à l’état sauvage. Il peut se prêter à toutes sortes de préparations. De très anciennes recettes proposent de le plonger quelques minutes dans de l’eau bouillante, de l’ajouter à un bouillon de volailles, de lier la préparation avec des jaunes d’œufs et de la crème, puis de passer le tout au travers d’une mousseline.
Les jeunes tiges et feuilles de pourpier se consomment en salade, et leur goût légèrement acidulé donne une petite touche originale.
Il peut également être cuit dans une soupe ou une omelette.

Des variétés à fleurs roses ou blanches sont cultivées pour l'ornement.
Le pourpier est riche en oméga 3 (0,2 à 0,38 g pour 100 g), vitamines A et C, calcium, fer, sodium, potassium et magnésium.
Cette plante est également riche en antioxydants et constitue un des éléments de base de l'alimentation crétoise. En effet, la Crète abrite un grand nombre de variétés de pourpiers.
Le pourpier est laxatif, diurétique et bénéfique en cas d’irritation des muqueuses.

Ses graines étaient un des constituants du diaprun solutif de la pharmacopée maritime occidentale au XVIIIe siècle.

Ma vie d’expat’ in London

Ma vie d’expat’ in London

Le témoignage de Nicolas : « Les plaintes, les grèves, les jérémiades, les arrangements politiques, les taxes à n’en plus comprendre l’utilité ; si c’est ça être Français, je préfère être un sujet de sa majesté. »


Une petite présentation ?
Je suis Nicolas, 42 ans, célibataire. Je suis né à Paris, et y ai vécu pendant 40 ans. Je peux me considérer comme un « vrai » Parisien puisque ma famille en est originaire depuis 4 générations.  J’ai déménagé à Londres il y a deux ans.

Que faites-vous comme métier dans ce pays ? Pouvez-vous raconter brièvement votre parcours professionnel ?      
Je suis photographe de profession. Je suis spécialisé dans la photographie culinaire, les cosmétiques et la joaillerie. J’ai été diplômé d’Icart Photo en 1995.

J’ai énormément voyagé : personnellement, mais aussi pour des catalogues, des agences de publicité ou des clients. Je fais le tour du monde une à deux fois par an.

Pourquoi être parti ?
Sur le plan humain, l’idée de quitter Paris me taraudait déjà depuis plusieurs années : l’agressivité latente, le pessimisme ambiant, l’incivilité des Parisiens ont fait que je ne reconnaissais plus « ma ville », celle dans laquelle j’ai toujours vécu. En fait j’avais la sensation que je n’y trouvais plus ma place car je suis de nature optimiste et je me sentais « tiré par le bas » par mes contemporains, qu’ils soient amis ou collègues.

Sur le plan financier, mes revenus avaient augmenté de 25% en 3 ans et en même temps, mes impôts de 300%.

J’ai alors commencé à regarder d’autres pays alentours (chose que je n’avais jamais faite auparavant) et je me suis rendu compte que j’étais surtaxé en France (47% de charges contre 12% en Grande-Bretagne).

Pourquoi ce pays ?
Je travaillais déjà en Grande-Bretagne épisodiquement, de nombreux amis vivent à Londres et je parle anglais couramment.

Je suis à 2h de Paris en Eurostar. J’ai rencontré un comptable ici à Londres qui m’a finalement décidé à partir de Paris.

Avez-vous eu des doutes ? Comment les avez-vous gérés ?
Quelques doutes au début, notamment sur le coût de la vie, l’intégration. Ces doutes ont été balayés dès les premières semaines car Londres est faite d’une multi-ethnicité tellement vaste que l’intégration est quasi immédiate.

Même si le coût de la vie quotidienne est 20% plus élevé qu’à Paris, la qualité de vie la dépasse de 200%.

Parlez-nous de votre quotidien : comment s’organise une journée, en quoi est-ce différent de la France, de ce que vous connaissiez ?
Tout d’abord, Londres est une ville dans laquelle on se sent en sécurité. Il y a des vols évidemment, mais on se sent « safe » au quotidien.

Le changement, il est dès le matin : Londres est une ville où tout le monde se respecte, on se salue dans la rue, on se sourit, on se dit bonjour et au revoir… Et avec le cœur ! Je rentre de Miami et je peux vous affirmer que le service est ici d’une sincérité remarquable.

Au jour le jour, il est très facile de prendre un rendez-vous professionnel, de louer un appartement de payer sa TVA ou son téléphone.

Les gens sont à l’écoute et serviables. Les boutiques sont ouvertes 7 jours sur 7 et le caissier de chez Mark & Spencer (Monoprix local) vous fera une petite blague si vous lui souriez.

Un bilan aujourd’hui : que vous a apporté l’expatriation ?
Cette « douceur de vivre »  est fondamentale pour le bien-être et le moral au quotidien.
La société britannique, comme les sociétés anglo-saxonnes sont des sociétés de mérite. On ne jalouse pas l’autre, on l’envie ; les différences sont une force. Pour résumer, les gens sont GENTILS !

Sur un plan économique, si je fais le calcul toutes taxes confondues (charges, impôts, taxes diverses..) je paie le cinquième de ce que je paierais en France.

Est-ce que vous vous sentez encore Français ? Pourquoi ?
J’aime profondément ma langue maternelle, et à ce titre elle comporte beaucoup plus de subtilités, de concepts et d’abstractions, contrairement à l’anglais qui est une langue de commerce, simple, factuelle, beaucoup moins nuancée. En revanche, je ne sais pas si je me sens encore Français. J’avoue que je ne reconnais plus mon pays ni ceux qui nous gouvernent.

Les plaintes, les grèves, les jérémiades, les arrangements politiques, les taxes à n’en plus comprendre l’utilité ; si c’est ça être Français, je préfère être un sujet de Sa Majesté.

Autre chose à dire ?
Oui, si j’avais su, je serais parti plus tôt.
Et à la question : « mais il pleut plus à Londres qu’à Paris »  c’est faux : 650mm/an à Paris contre 588 à Londres. Mais surtout, ici, on s’en fout !

Photo : London By: August Brill – CC BY 2.0

Source contrepoints.org

Ma vie d’expat’ à Londres et Zurich

Ma vie d’expat’ à Londres et Zurich

Le témoignage de Lionel : « Je commence à réfléchir à ce que pourrait être mon emploi d’ici 5 ans. Notre aventure d’expatriés a encore de beaux jours devant elle ! »


Vue du lac des quatre cantons (Vierwaldstättersee ou lac de Lucerne) et de la montagne du Rigi. Tous droits réservés.

Une petite présentation ?
Je m’appelle Lionel, j’ai 43 ans, je suis marié à une Française, Laurence, nous avons 4 enfants âgés de 18 à 13 ans. Nous venons de la région Rhône-Alpes et nous avons vécu depuis notre mariage en 1997, à Londres, et maintenant depuis 6 ans à Zurich en Suisse alémanique.

Nos parents et nos frère et sœurs habitent encore tous en France, et nous sommes les seuls de notre famille à avoir fait le choix de l’expatriation. Nous nous rendons régulièrement en France pour les vacances et pour les réunions de famille, on fait aussi quelques virées shopping, du côté de Strasbourg, et on en profite pour voir des amis proches.

Tout ça pour dire qu’on vit une expatriation en douceur, en restant au contact de la France ; rien à voir avec d’autres qui sont à des heures d’avion de Paris et qui ne rentrent en France que tous les deux ans.
Pour terminer mon introduction, j’ajoute que nous n’avons pas vraiment l’âme de back-packers et que nous ne sommes pas partis sur un coup de tête en plaquant tout pour fuir une situation difficile… quoique la France sous le tandem de choc Chirac-Jospin en 1997 c’était peut-être déjà en soi une situation difficile !

Je précise aussi que dans chaque cas d’expatriation, j’avais le confort d’avoir un job à l’autre bout et donc l’assurance d’être payé à la fin du mois, ce qui permet d’enlever une bonne épine du pied. Notre témoignage dans cette chronique est donc l’histoire de deux expatriations pré-mâchées, un peu à l’eau de rose on dira même, et à des années lumières du conte de fée, où le héros débarque à l’étranger avec son sac à dos et finit millionnaire, encore que, ça peut toujours nous arriver à la prochaine… je ne suis absolument pas contre !

Quel est votre métier ?
Je suis diplômé d’une école d’ingénieur et ma formation de base est dans les réseaux télécom et les systèmes d’information. En sus j’ai un DESS d’administration des entreprises (IAE). Mon premier emploi a été chez France Télécom (en temps qu’apprenti dans le cadre de mon DESS) et j’ai eu la chance de travailler dans le secteur télécom jusqu’à ce que la bulle internet explose. Mon rôle était plutôt commercial que technique (malgré mon background d’ingénieur).

J’ai rejoint un cabinet de conseil au début des années 2000 et j’y ai fait mes classes pendant 7 ans, ensuite j’ai découvert le monde de la banque d’investissement (juste à temps avant que n’éclate la crise suivante, la grande crise financière). Mon arrivée dans la banque s’est faite par la petite porte, en tant que business analyst dans les systèmes d’information pour calculer le risque de crédit. En gros j’ai commencé à 35 ans le métier que j’aurai dû faire à 25 ans à ma sortie d’école d’ingénieur, et donc malheureusement pas en tant que le « loup de la City« , payé des mille et des cents pour programmer des algos de trading ou gérer des positions spéculatives sur le marché obligataire…

Oui… quelques regrets, c’est la faute du conseiller d’orientation qui a mal fait son boulot… De là, j’ai migré vers des rôles plus orientés business et vente et je suis maintenant responsable des ventes dans la gestion de fortune en Suisse. Mon parcours professionnel s’est pour l’instant entièrement déroulé dans des grands groupes internationaux, mais je ne désespère pas d’essayer les petites entreprises et éventuellement d’en créer une un jour (on y reviendra plus bas).

Pourquoi être parti ?
Nous sommes partis avec armes et bagages dans le cadre de mon service militaire effectué comme Coopérant du Service National en Entreprise (CSNE). L’idée était de profiter de cette formule de coopération pour éviter de perdre 10 mois à faire un service militaire « actif » et au lieu de ça d’abord acquérir une expérience professionnelle internationale, et ensuite découvrir un nouveau pays en ayant un minimum de support (c’est-à-dire un job garanti à l’arrivée dans le pays et une couverture médicale top, ce qui réduisait grandement les risques).

Ensuite une fois mon CSNE de 16 mois achevé et mon statut DOM acquis, la question est plutôt devenue : pourquoi ne pas revenir en France ? J’ai d’ailleurs décroché deux offres d’emploi à l’issue de mon CSNE et on a été à deux doigts de rentrer en France et de nous installer à Paris. Mais, au final, une offre reçue pour un job à Londres nous a fait changer d’avis, et plusieurs critères sont entrés en ligne de compte dans ce choix :

  • qualité de vie (Londres comparé à Paris : nous habitions une maison avec un petit jardin à 30 minutes porte-à-porte de mon bureau et il semblait difficile d’envisager mieux à Paris)
  • sentiment de ne pas avoir les mêmes ou moins d’opportunités de carrière (en Angleterre il ne faut pas avoir fait le job 25 ans pour être invité à un entretien d’embauche, mais plutôt être capable de montrer que vous pourrez faire le job parce que vous avez les compétences et une expérience appropriée)
  • peur de perdre l’avantage des langues étrangères pour nous mais aussi pour nos enfants (on avait déjà 1 enfant à l’époque)
Lorsqu’on a annoncé notre décision de rester à Londres à nos parents il y a eu comme un froid et pendant quelques semaines nous ne nous sommes pas parlé au téléphone.


La City. Tous droits réservés.

Notre processus de décision de nous « expatrier » d’Angleterre et d’émigrer vers la Suisse a, lui, été très différent : notre départ a clairement été motivé en premier lieu par des raisons économiques, mais pas seulement : il s’est aussi agi d’une question d’évolution professionnelle (carrière bouchée en Angleterre), mélangée à une crainte quant aux coûts futurs des études des enfants (collège privé et université), le tout teinté de raisons personnelles que ce soit par rapport au cadre de vie ou à la proximité de nos parents, vieillissants… Donc il n’y a pas de facteur unique et c’est la somme de chacun qui a fait qu’il est arrivé un moment où l’attraction de notre situation en Angleterre s’est dégradée brutalement face à ce qu’elle aurait été en France. Il fallait réagir, et la Suisse est apparue comme une alternative intéressante, même si cela impliquait de se remettre à l’allemand ! Ach, so…

Pourquoi ces pays ?
Pour l’Angleterre, je dirais bêtement : l’occasion a fait le larron, j’avais initialement rêvé d’un autre pays pour faire mon CSNE car tous les garçons avaient à l’époque comme rêve de décrocher le CSNE en Malaisie, en Australie ou à New York, mais la sélection a été rude et au final j’ai décroché deux offres, l’une à Londres et l’autre à Genève. Venant de Rhône-Alpes, Londres nous a paru plus exotique, et de plus le job proposé était plus attirant, donc on est partis pour Londres pour 16 mois, et on y est resté plus de 12 ans au final…

Le départ pour la Suisse a été plus médité et le fruit d’une certaine réflexion logique. Avec le temps, l’état de santé de nos parents devenant une question de plus en plus pertinente, on cherchait à se rapprocher d’eux, pour être là en cas de coup dur, et aussi pour que les enfants qui entraient dans la période où ils pouvaient interagir avec eux puissent les voir plus souvent.

En parallèle la crise de 2008 venait de frapper et la baisse des taux d’intérêt par la banque d’Angleterre a causé une dévaluation de la livre sterling contre l’euro ce qui fait qu’à Noël 2008 on a eu un choc quand on est venu passer nos vacances de Noël en France, nos livres sterling n’achetaient plus rien…  À partir de ce moment là, on s’est dit que c’était « grillé » pour le Royaume-Uni et qu’il fallait penser à changer de pays. Les conséquences de la crise avaient conduit à des restructurations et mes perspectives de carrière partaient dans une direction que je ne souhaitais pas, j’ai donc commencé à chercher un nouveau poste à l’externe et en interne.

Ma recherche externe m’a conduit à regarder du côté de l’Allemagne, avec des rôles dans le secteur de l’énergie. Mais comme je travaille pour une banque Suisse, l’idée s’est naturellement imposée de trouver un poste au siège en Suisse. Au début j’ai visé Genève. Cela répondait à nos principales problématiques : économie et monnaie fortes, et proximité avec nos parents. On savait en revanche que côté langues étrangères on allait perdre la pratique de l’anglais. Mais l’offre de rôles en interne n’était pas aussi bonne qu’espérée, donc après quelques mois de recherche infructueuse, je me suis orienté vers Zurich, avec un nouveau challenge linguistique à la clef.

Avez-vous eu des doutes ? Comment les avez-vous gérés ?
Nous avons eu peu de vrais doutes, ce sont plutôt des craintes face à des situations nouvelles. Je me souviens typiquement de deux moments qui resteront dans ma mémoire comme des moments de panique pure. La première fois c’était la veille de mon départ en Eurostar pour Londres, j’étais à Paris chez un copain qui m’avait accueilli dans son appart pour le week-end. J’étais seul pour la soirée et je me suis mis à penser à ce qui allait se passer le lendemain : j’allais débarquer dans une ville que je ne connaissais pas, avec deux sacs de voyage et je ne savais pas où j’allais dormir le soir. Bon, avec le recul c’était vraiment pas un problème et pour beaucoup de back-packers c’est l’essence même de la chose. Au final, c’était juste une question de savoir combien j’étais prêt à dépenser pour trouver un toit. Mais sur l’instant, on s’emballe vite et on commence à paniquer avec des scénarios catastrophe. Le lendemain tout s’est bien passé et j’ai trouvé un B&B à £30 la nuit où je suis resté une semaine avant de trouver un appart à louer.

La deuxième fois, c’était aussi lié à un problème de logement, et cette fois c’était plutôt l’abattement face à la difficulté de trouver un logement convenable à prix décent à Zurich dans lequel accueillir toute ma famille. Ma femme m’avait rejoint pour la journée depuis Londres pour visiter deux apparts/maisons que j’avais sélectionnés, parmi les moins pourris de ma short-list. Le soir après les visites je l’ai raccompagnée à l’aéroport pour son avion vers Londres, et j’ai fondu en larmes tellement j’étais désespéré de ne pas pouvoir trouver de solution, car évidemment aucune des deux visites ne convenait (trop petit, mal situé, etc.), et là je me suis dit qu’on n’y arriverait jamais et que je devrais continuer à faire des aller-retour toutes les semaines pour passer les week-ends à Londres avec eux et travailler la semaine à Zurich. Bon, au final quelques semaines plus tard, on a fini par trouver la perle rare et après quelques semaines, la famille s’est retrouvée réunie.

À chaque fois donc ça n’a jamais été quelque chose de complètement dramatique, avec le recul c’est même presque stupide de s’être laissé aller, mais au moment où le krach se produit, ce problème semble une montagne et cristallise en fait la somme des craintes, des angoisses et du stress liés à cette période de « transition ».

Je dirais toutefois qu’il y a peut-être deux facteurs qui ont aggravé la situation par rapport à une situation similaire en France (par exemple un déménagement de Lyon à Paris) : la distance qui vous sépare de vos proches (on était seuls pour faire face, alors que si on avait été en France on aurait eu un réseau sur lequel s’appuyer) ; et le fait de se retrouver dans un pays étranger, sans nécessairement en connaitre les codes et pouvoir comprendre vraiment comment les choses se font.

S’ajoute à cela la difficulté de la maîtrise (ou non) de la langue, ce qui peut rendre la situation plus difficile encore. J’ai le souvenir particulier d’une conversation téléphonique avec un employé de la commune qui gère les raccordements électriques. J’ai appelé peu après avoir emménagé pour savoir comment se faisait le changement de nom pour l’abonnement et donner un relevé du compteur. Il m’a répondu en Suisse allemand, je n’ai rien compris et j’ai demandé de répéter et même d’épeler un mot, et sa réponse a été : « Quand on vient habiter en Suisse, on apprend la langue d’abord ».

En dehors des deux « aventures » relatées plus hauts, je dirais qu’il n’y a pas eu de doutes liés à notre expatriation à proprement parler. Il y a toujours une petite crainte dans un coin de la tête que nous ne fassions pas les choses correctement, parce que le pays est nouveau et/ou différent mais comme nous sommes restés en Europe, le système fonctionne généralement de la même manière en Angleterre, en Suisse et en France, donc il n’est pas si difficile de s’adapter.

La Suisse est particulière dans le sens où les gens (Suisses de souche) vous font vite comprendre ce que vous faites mal. L’été de notre arrivée nous avons fait une pendaison de crémaillère pour laquelle nous avons invité quelques amis du bureau ainsi que des contacts francophones que nous avions sur Zurich. La journée s’est bien passée, avec un barbecue et les enfants ont joué ensemble dans le jardin. Le soir on a regardé la finale de la coupe du monde de foot. Il faisait chaud, les fenêtres du salon étaient ouvertes. On faisait un peu de bruit à chaque action un peu chaude, bref on regardait une finale de coupe du monde quoi… À la fin du match nos invités sont partis et l’un de mes collègues, un Anglais marié à une Espagnole a été un peu bruyant avec son klaxon – normal, il avait gagné la coupe du monde ! Dans la semaine qui a suivi, nous avons vu débarquer notre cher voisin, qui nous a apporté une copie du règlement du lotissement où nous vivons et dans laquelle il avait surligné au stabilo jaune toutes les règles que nous avions enfreintes lors de cette petite fête. Une manière gentille et personnelle de nous souhaiter la bienvenue dans le quartier !

Notre déménagement en Suisse a par contre été vécu complètement différemment par nos enfants, principalement parce qu’ils se sont retrouvés du jour au lendemain projetés dans un environnement où ils ne connaissaient ni les règles ni les codes, et je pense qu’ils ont du avoir de gros doutes quant au bien-fondé de cette expérience. Bon cela dit, à 7-11 ans on ne réalise pas les choses de la même manière, et ils n’ont jamais vraiment formulé leurs craintes, mais la première année à l’école a été assez difficile et il leur a fallu beaucoup de temps pour se faire accepter, à commencer par apprendre les langues (allemand et suisse-allemand) afin de pouvoir suivre les cours et s’insérer dans la cour de récré et se faire des copains. Le système suisse est bien rodé pour l’intégration, les enfants qui arrivent comme ça de l’étranger et qui ne parlent pas l’allemand bénéficient de cours de soutien personnalisé pour apprendre la langue le plus vite possible. Au bout d’une année, l’intégration était presque réalisée et n’a été consommée pleinement que l’année suivante quand de nouveaux venus sont arrivés à l’école et sont devenus les nouveaux souffre-douleur. Ainsi va la vie…

Parlez-nous de votre quotidien : comment s’organise une journée, en quoi est-ce différent de la France, de ce que vous connaissiez ?
Le quotidien n’est pas forcément très différent de ce que serait notre vie en France. Métro/boulot/dodo mais à la sauce locale, à savoir que je prenais le métro à Londres pour aller au travail, et en Suisse je prends le bus. Après on vire dans le stéréotype, avec peut-être une différence notable en ce qui concerne les horaires de travail : mon expérience en tant que stagiaire à Paris était que la journée commençait vers 9h-9h30, avec une bonne pause pour le déjeuner et qu’on finissait facilement vers 19h30-20h. Le modèle anglais est plutôt nine-to-five avec une courte pause pour aller chercher un sandwich le midi. Le modèle suisse est différent, avec un début beaucoup plus tôt vers 7h-7h30, une pause déjeuner où vous vous organisez des semaines à l’avance pour fixer un RDV avec des collègues et maintenir/ développer votre réseau, et une fin de journée vers 17h-17h30. Évidemment il n’y a pas les 35 heures ni à Londres, ni à Zurich, mais je n’ai pas connu ce régime en France, donc je ne peux pas dire si ça me manque ou pas.

Pour les enfants en revanche la différence est relativement abrupte, car à l’école qui commençait à 8h25 en Angleterre, s’est substitué un régime où les cours commencent à 7h25, avec des sessions de 50 minutes et souvent un ou deux après-midis libres par semaine.

Sinon la différence fondamentale c’est évidemment l’emploi d’une langue étrangère dans le contexte quotidien du travail mais aussi des relations sociales, le soir, le week-end. L’adaptation s’est faite graduellement. D’abord on s’améliore à l’oral, en compréhension et en expression (éventuellement pour l’accent. Pour ça j’ai eu le déclic quand j’ai compris que, comme les enfants qui apprennent une langue, il faut essayer de reproduire le son, et le retenir, sans chercher à analyser comment écrire le mot), ensuite vient l’expression écrite. Le tout est grandement aidé par la lecture – au début les magazines gratuits genre 20 Minuten et Blick-am-Abend, puis après le web pour les infos – et la télé (ou à défaut les podcasts et la radio). Une fois que vous maîtrisez un minimum la langue, vous pouvez commencer à découvrir la culture et essayer de comprendre ce qui se passe au tour de vous et vous adapter.

Londres est une ville internationale dans le sens où il y a beaucoup de nationalités qui cohabitent, et toutes s’expriment en anglais. Mais j’ai vraiment fait la découverte de ce qu’international veut dire en Suisse, quand dans un même meeting vous avez des personnes qui s’expriment tantôt en allemand, tantôt en français et finalement en anglais, et quand vous quittez ce meeting, certains de vos collègues parlent italiens entre eux. Bon, mon cas est certainement particulier parce que je travaille pour une grande banque – il y a fort à parier que dans la petite boîte du coin, tout le monde parle le suisse allemand et peut-être parfois l’anglais.

Au final, ce bain continuel dans des cultures/langues différentes est très enrichissant, même si du coup j’en arrive à ne plus savoir vraiment quelle est ma culture et à perdre un peu ma langue maternelle. Le problème pour nos enfants est encore plus grand : ils ont commencé par apprendre l’anglais à l’école, avec le français à la maison (seulement parlé). Depuis notre arrivée en Suisse, ils ont ajouté l’allemand (écrit et parlé) ainsi que le français à l’écrit, tout en continuant l’anglais, et avec le suisse allemand pour les discussions dans la cour d’école et l’échange de textos et autres « Whats app » avec les copains. Bref, pour l’instant ils parlent et écrivent plus au moins 3 langues mais n’en maitrisent aucune parfaitement. Mais je n’arrive pas à me convaincre que ce soit un réel problème…

Un bilan aujourd’hui : que vous a apporté l’expatriation? (et à l’entourage familial)
Les aspects positifs :
– une ouverture au monde, aux autres et aux cultures différentes
– une flexibilité d’esprit
– la maitrise des langues des pays dans lesquels j’ai vécu
– une autonomie plus grande (nous avons vécu sans soutien familial proche, on a appris à se débrouiller seuls et à faire appel à des amis plutôt qu’à notre famille, ce qui ne serait pas arrivé si on était resté à proximité de nos parents)

Les aspects négatifs :
– effacement de notre « culture » française au profit d’une culture plus internationale
– perte de certains amis avec lesquels la distance a mis fin à nos relations
– moins de contacts avec la famille


Big Ben-Tous droits réservés.

Du point de vue de l’éducation de mes enfants, je pense que notre expatriation leur donne des opportunités supplémentaires, ne serait-ce que dans la maitrise des langues étrangères (anglais, allemand, français courants avec le bon accent qui va bien dans chaque langue, enfin presque. Tout le monde dans la famille dit qu’ils parlent français avec un accent british). Nos deux aînés suivent le cursus « long » à savoir qu’ils vont passer leur maturité (équivalent bac) et cela devrait leur ouvrir les portes de l’université (ou des écoles polytechniques fédérales, eux au moins ils auront fait Polytechnique !..) Les deux plus jeunes semblent moins intéressés par les études et donc à l’issue du collège, ils s’orienteront probablement vers un apprentissage. La voie de l’apprentissage est la « voie royale » en Suisse, avec une majorité des élèves qui suit ce cursus mêlant à la fois expérience d’un emploi (4 jours/semaine) et continuation des études (1 jour/semaine), sans fermer la porte à la reprise d’études supérieures une fois l’apprentissage terminé, mais avec la certitude de trouver un emploi, dès la qualification en poche.

Est-ce que vous vous sentez encore Français ? Pourquoi ?
Oui ! Définitivement oui ! Même si nous avons quitté la France il y a bientôt 20 ans. La proximité de Londres ou de Zurich avec la France fait que nous avons conservé des liens étroits avec nos racines. Nous n’avons jamais manqué de fromages et/ou de vins ! Le test ultime c’est quand même de savoir quelle équipe soutenir lors du Tournoi des 6 Nations, et si effectivement il m’est arrivé de chanter le God Save The Queen, c’est pour les bleus et pour la France que je vibre dès que l’action s’emballe.

Cela dit, je nourris de l’inquiétude pour les projets de taxation à l’américaine, qui sortent des cartons de manière récurrente et qui viseraient à faire payer à tous les Français des impôts en France, qu’ils vivent ou non en France. Une telle mesure me paraît totalement idiote et m’amènerait à revoir ma position par rapport à ma nationalité effective, même si de cœur, je serai toujours Français !

La situation de mes enfants est plus complexe, car ils sont nés et ont passé leur enfance en Angleterre. Nous avons fait pour eux une demande de nationalité britannique, qu’ils ont obtenue. Cela nous semblait opportun d’une part, car ils ont baigné dans la culture anglo-saxonne tout petits bien que l’influence française ait été très présente. Un passeport britannique ouvre des portes, notamment dans les pays du Commonwealth, pour y travailler par exemple.


Tous droits réservés.

Depuis notre arrivée en Suisse, se pose la question de savoir s’il est important d’acquérir la nationalité helvétique. Je ne le crois pas nécessaire pour moi (sauf si la menace des impôts français pour les non-résidents se précise) car je suis né Français et je souhaite le rester, mais pour mes enfants, qui ont aussi grandi dans ce pays, je peux admettre qu’ils se sentent d’ici plus que de France, et dans ce sens acquérir la nationalité de notre pays d’accueil n’est pas une question anodine, car d’une certaine manière ils y sont attachés. Mais ce sera leur décision car ils seront en âge de décider pour eux-mêmes et ils en profiteront pour décider s’ils souhaitent conserver leurs nationalités britannique et française.

Autre chose à dire ?
Oui, l’aventure continue. Il reste encore plein de nouveaux pays à découvrir, en Europe et plus loin… Pour l’instant on se plaît en Suisse, nos enfants progressent dans leurs études et l’idée est de les laisser terminer en Suisse avant d’envisager un quelconque autre déménagement. En attendant je commence à réfléchir à ce que pourrait être mon emploi d’ici 5 ans et à prévoir la possibilité/l’obligation d’être mon propre patron afin d’être libre de localiser mon activité à ma guise, et peut-être dans un autre pays européen, comme l’Espagne ou le Portugal. Notre aventure d’expatriés a encore de beaux jours devant elle !

Source contrepoints.org


Ma vie d’expat’ à Londres

Ma vie d’expat’ à Londres

Le témoignage de Jacques : « Toujours Français, mais plus vraiment chez moi en France. Plus british que beaucoup d’Anglais, mais toujours un petit peu étranger. Expatrié. »

Lorsqu’un homme est fatigué de Londres, il est fatigué de vivre ; car il y a à Londres tout ce que la vie peut offrir.


Pablo Fernandez-(CC BY-NC-ND 2.0)

Une présentation ?
Un témoignage ? Exercice difficile, je n’ai pas l’habitude de parler de moi – il y a bien des sujets ô combien plus intéressants ! Jacques, Vendéen de coeur, si ce n’est d’origine. Célibataire, bien que partageant la vie d’une jeune demoiselle depuis dix ans déjà – on ne rajeunit pas.

Quel est votre métier ?
Actuaire. Peu connaissent, du moins en France ; c’est dommage, un métier qui gagne à être connu, bien que la définition de l’Académie française ne soit pas particulièrement entraînante : spécialiste des calculs appliqués aux questions d’assurances, de finances et aux prévisions sociales.

Aujourd’hui je suis londonien, londonien depuis un peu plus de cinq ans déjà. Les chiffres diffèrent, ne sont pas réellement connus : sommes nous 200 000 ? 300 000 Français à Londres ? Peu importe, la présence française est indéniable. Proximité de la métropole, proximité de Paris : pour certains, l’occasion d’être à l’étranger sans vraiment y être : après tout, Londres-Toulouse est souvent plus rapide que Paris-Toulouse !

Souvent, l’apprentissage de l’anglais est l’argument avancé : pour beaucoup de professions, techniques en particulier, l’anglais n’est plus vraiment une langue étrangère. Dans une certaine mesure, comme le français l’a été, comme le latin l’a été encore avant, l’anglais est désormais la langue de la science, de la communication, des affaires. Et y a-t-il réellement un moyen d’apprendre une langue autrement que de vivre dans le pays ?

Mais cela n’explique pas la présence de tant de Français expatriés ; d’autres raisons reviennent régulièrement, citons en vrac : la City, capitale financière du monde, offrant de nombreuses opportunités aux jeunes diplômés ; une certaine flexibilité du marché du travail ; une économie qui est repartie ; un optimisme ambiant. Laquelle de ces raisons m’a-t-elle attiré ? Eh bien peut-être toutes, peut-être aucune. Aujourd’hui encore je ne sais pas trop si j’ai choisi Londres, ou si Londres m’a choisi !

Pourquoi être parti ?
Je n’ai jamais voulu travailler en France. Lors de ma première réelle recherche d’emploi (je ne compte pas la fin des études en apprentissage), j’ai choisi avec soin les entreprises qui m’intéressaient, en ai retenu six : 5 à l’étranger, 1 en France… mais qui pouvait envoyer ses employés dans les filiales étrangères au bout de quelques mois. Et je suis parti.

Pourquoi l’Angleterre ?
Partir fut étonnamment facile. Le fait que ce soit l’Angleterre a beaucoup aidé : la perfide Albion n’a-t-elle pas été notre meilleur ennemi durant plus d’un demi-millénaire ? Terre d’accueil de nombreux réfugiés français au cours des siècles, nos histoires sont tellement entrelacées que le choc culturel n’est pas si grand. Même si le diable est dans les détails ! Nous n’avons pas vu les mêmes programmes étant enfants, nous n’avons pas lu les mêmes classiques, nous n’avons pas les mêmes supermarchés : ne sous-estimez pas le temps que j’ai passé en vain à essayer de trouver ma marque de lessive habituelle, celle que ma mère prenait et sa mère avant elle !

J’aime l’Angleterre, ses villes, ses comtés, ses traditions. J’aime les Anglais, la langue anglaise, l’humour anglais, à froid, ironique. Et, surtout, j’aime Londres. J’aime la City, en particulier. L’atmosphère, bruyante, tourbillonnante, agitée. Vivante. Si je devais résumer Londres en un mot, ce serait celui-ci : cette ville est vivante. Des grues, partout. Des gratte-ciel côtoient l’église du XVIIème, l’horrible édifice du XXème, le pub du XVIIIème, immuable. Les édifices disparaissent, de nouveaux apparaissent ; des compagnies se créent, grandissent, meurent. La tradition côtoie la nouveauté, l’accueille, l’embrasse, comme en témoignent les 300 ans de traditions de la Lloyd’s, hébergée au sein d’une usine, d’un « musée Pompidou ».


Mariano Mantel-(CC BY-NC 2.0)

D’un point de vue professionnel, la différence avec la France est frappante. Une structure plus horizontale, un certain pragmatisme, une flexibilité incomparablement supérieure, un bulletin de salaire ô combien simplifié – juste trois lignes, rien de plus : brut, impôt sur le revenu, cotisations sociales. C’est lorsque je discute avec mes amis de promotion que je réalise ma chance : je n’ai pas leur bureaucratie, leurs grilles ; mais j’ai eu l’opportunité de prendre la tête d’une équipe après seulement quatre ans d’expérience : le travail fourni a joué, bien plus que les cheveux gris (et heureusement ! Je n’aurai plus de cheveux bien avant qu’ils ne grisonnent…)

Avez-vous rencontré des difficultés ?
Certes, tout n’est pas rose. Je ne citerai pas le système de trains/transports (que je trouve en fait globalement bon, meilleur que le réseau parisien !), mais le système de santé. Le système de santé anglais m’insupporte : collectivisé, fonctionnarisé, relativement inefficient pour le peu que j’ai eu à l’utiliser. Des réformes timides ont été passées, nous avons désormais la possibilité de choisir notre médecin traitant (auparavant, on dépendait d’un cabinet selon le secteur géographique…). Mais on est loin d’un système libre. De manière globale, je préférais le fonctionnement français. Ceci dit, j’ai cru comprendre que dernièrement la France sabotait joyeusement son système de santé… Le passé est sans doute de mise !

Vous sentez-vous encore Français ? Pourquoi ?
C’est une question difficile. Assez personnelle ; bien que je pense que tous les expatriés se la posent à un moment donné.

J’ai eu pendant les premiers mois la très nette impression d’arriver à l’étranger lorsque l’avion se posait à Gatwick, ou que l’Eurostar avait passé le tunnel. Puis, un jour, je ne saurais dire quand, je rentrai de deux semaines de vacances. Le vol avait été long. En passant la douane, une pensée ma traversé : « Enfin rentré à la maison ! ». Sensation étrange.


Pub Old Bank of England-Alessandro Grussu(CC BY-NC-ND 2.0)

Quelques mois plus tard, dans l’Eurostar, encore, rêvassant en regardant par la fenêtre. Je vois défiler la campagne françsaise. Pour la première fois depuis que je suis né, une pensée fugace me traverse l’esprit : je suis à l’étranger. En France. C’est une sensation étrange. I am a Londoner. Pour la première fois depuis que je suis parti, ces mots prennent tout leur sens.

Ma décision est prise, depuis un moment maintenant. Elle l’était sans doute avant cette réalisation. Je ne rentrerai pas. Hier, j’ai commencé les démarches pour devenir sujet de Sa Majesté, Queen Elizabeth the Second.

Malgré tout, je serai toujours Français. La France a une culture forte, quoique semblant être méprisée, oubliée, abîmée par la génération actuelle. Après tout, non seulement les plus grands auteurs ont écrit en langue française (les Hugo, Gide, évidemment, mais aussi les Dostoievski, Ionesco) mais nous avons conquis le monde ! Ou du moins la moitié, les Anglais ayant eu l’autre…

Toujours Français, mais plus vraiment chez moi en France. Plus British que beaucoup d’Anglais, mais toujours un petit peu étranger. Expatrié. Peut-être le seul point à retenir de ce texte beaucoup trop long : je ne regrette rien, j’aime la City, je ne compte pas rentrer en France ; je recommande cette expérience à tous. Mais, pour que ce soit une expérience réellement réussie, il faut la vivre pleinement, s’intégrer entièrement. Et, avant de franchir le pas, il faut avoir conscience de ce qu’expatrié veut dire. Partir, c’est mourir un peu.


Source contrepoints.org

Ma vie d’expat’ à Boston, USA

Ma vie d’expat’ à Boston, USA

Le témoignage de Benjamin : « La mentalité du diplôme, contrairement à la France, est peu présente. Seules l’expérience et vos capacités personnelles comptent. En France, je n’avais aucun avenir. »


Boston’s Waterfront by malone545(CC BY-NC-ND 2.0)

Une petite présentation ?
Je m’appelle Benjamin, j’ai 29 ans et je suis originaire de Lorraine, plus précisément de la région de Longwy (pandémonium socialiste situé en Meurthe-et-Moselle). Je suis marié à une Américaine et nous avons un fils de vingt-et-un mois. Nous sommes arrivés aux États-Unis fin janvier 2016. Après avoir vécu pendant un mois dans le Maryland (ma femme est originaire de la banlieue de Washington DC), nous nous sommes installés dans la région de Boston (Massachusetts). L’expatriation est très récente, raison pour laquelle je propose mon témoignage d’expatrié novice.

Que faites-vous comme métier dans ce pays ? Pouvez-vous raconter brièvement votre parcours professionnel ?
Je vais commencer début avril mon premier travail aux US en tant qu’Assistant Manager dans une banque américaine à Boston, dans le quartier de Downtown.

Mon parcours est assez atypique si je puis dire ! Après avoir obtenu une Licence d’Histoire, je me suis rendu compte que cela ne m’aurait mené à rien et j’ai rebondi en m’inscrivant dans un Master professionnel général à l’Université de Metz dans lequel je me suis spécialisé en Finance Internationale.

J’ai, par la suite, travaillé pendant six années au Luxembourg en Back et Middle-Office. Résident en France, je franchissais la frontière tous les jours. Au Luxembourg, je me suis mis exclusivement au service d’entreprises anglo-saxonnes dans lesquelles la mentalité du diplôme, contrairement à la France, est peu présente. Seules l’expérience et vos capacités personnelles comptent. J’ai retrouvé cette approche aux États-Unis. En France, je n’avais aucun avenir.

Pourquoi être parti ? Pourquoi ce pays ?
Je tiens à souligner que j’ai passé les trois premières années de ma vie au Maroc, puis toute mon enfance à Mayotte. Je dois avoir en moi ce qu’on appelle le « gène de l’aventure » ! Pourtant, les États-Unis constituent ma première expatriation en tant qu’adulte. La raison vient du fait que j’accordais plus d’importance aux stages plutôt que d’aller me perdre en Erasmus dans une fac d’Histoire à Stockholm.

J’ai quitté la France à un moment où l’atmosphère devenait totalement irrespirable. La stupidité étatiste n’est pas loin de son paroxysme et l’Union européenne s’avère être incapable de répondre aux défis posés par la mondialisation et la géopolitique, tout simplement. Attention ! Loin de moi l’idée d’affirmer que tout est rose aux États-Unis, bien au contraire ! Le populisme généré par Sanders et Trump montre que les Américains sont prêts à foncer dans le mur. Nonobstant cela, les Américains ne se sont pas encore satellisés autour de l’État pour qu’il résolve leurs problèmes.

Outre mon envie d’aller voir ailleurs, ma femme a éprouvé le besoin de rentrer après huit années passées en France. Entre temps, je me suis fait la main sur la culture américaine. Par exemple, je suis fan de Football Américain et je m’entends naturellement bien avec les anglophones.

C’est en toute logique que les États-Unis ont constitué une destination à la fois affective et naturelle. Nous avons même décidé de pousser l’aventure plus loin. Plutôt que de nous installer dans le Maryland où nous disposions de nos repères, nous avons choisi de tenter notre chance à Boston. Autrement, ce n’est pas drôle !

Si on excepte son penchant pour le socialisme (Sanders a failli remporter la primaire dans le Massachusetts), Boston est une ville qui a son charme. Elle est le berceau de la Révolution américaine. Un véritable melting-pot s’opère entre architecture américaine et architecture européenne. Un aperçu de ce mélange se trouve à Copley Square où cohabitent la « John Hancock Tower » et des bâtiments plus anciens comme la « Trinity Church ». Les routes ne sont pas rectilignes à l’inverse de la plupart des grandes villes américaines, autre résultat de l’héritage européen. Je trouve Boston beaucoup moins oppressante que New York, les gens ne se marchent pas dessus !

Pour apprécier la ville, il y a le « Freedom Trail » (chemin de la liberté). Les amoureux de la marche à pied peuvent s’en donner à coeur joie. Il s’agit d’un parcours tracé de quatre kilomètres qui s’étend du Boston Common (le plus ancien parc urbain des États-Unis daté du XVIIe siècle) au site de la bataille de Bunker Hill. Le parcours, qui a pour thème la révolution américaine, fait passer entre autres par le lieu du massacre de Boston ou encore par le Old South Meeting House (où fut amorcé le Tea Party).


Guilherme Nicholas_Acorn Street(CC BY 2.0)

Vous êtes marié à une Américaine. L’obtention du visa a-t-elle été une formalité ?
Oui et non, dans la mesure où vous devriez obtenir le Visa tout en subissant la lourdeur administrative qui va avec. Ce n’est jamais facile, bien qu’étant marié à une Américaine et ayant un enfant citoyen des États-Unis. La première partie de la démarche concerne la « petition», un formulaire dans lequel ma femme effectue une demande auprès du gouvernement fédéral pour me faire venir aux États-Unis. Nous avons dû inclure des preuves de notre relation (photos de nos deux familles, récit de notre relation, etc…).

Cette première partie s’achève lorsque l’administration américaine confirme que nous avons le droit de demander un visa. Cette première partie a duré un mois au lieux des cinq ou six habituels car mon épouse se trouvait en France et non aux États-Unis. L’administration est-elle plus rapide pour ses expatriés afin de les faire revenir plus rapidement pour qu’ils paient leurs impôts ? Mystère !

Une fois le dossier accepté, la deuxième partie, beaucoup plus longue, démarre. Nous avons sollicité un visa d’époux (spouse visa) afin que je sois en mesure de travailler aux États-Unis. Pour les visas de ce type, le futur immigré doit trouver un sponsor ayant une preuve de revenu aux États-Unis au dessus d’un certain seuil. En général, le conjoint américain est le sponsor. Comme les revenus de ma femme n’étaient pas imposables aux States, nous avons demandé à une de ses amies de le faire. Finalement, une fois cette paperasse acceptée, j’ai du prendre un rendez-vous auprès de l’ambassade américaine à Paris afin d’achever les formalités administratives.

Avant cela, on m’a prié de me rendre dans un centre médical parisien reconnu par les autorités américaines pour une prise de sang (pour vérifier que je n’ai pas contracté la syphilis) ainsi qu’une radio des poumons (pour la tuberculose). Enfin, avant le rendez-vous à l’ambassade, la visite médicale est obligatoire, non chez mon généraliste, mais chez un médecin agréé par l’ambassade (service malaxage des testicules inclus).
Une fois le visa en poche, il m’a suffit de le présenter aux services de l’immigration à mon arrivée. Leur tampon a fait office de Green Card temporaire. Le précieux sésame vert est arrivé par la poste un mois plus tard. J’ai également requis un numéro de sécurité sociale lors de mes démarches ; elle est la condition sine qua non pour accéder au marché du travail, en plus du visa adéquat ou de la green card.

Dans mon cas, l’avantage du « spouse visa » est que je n’ai (presque) rien eu à faire. C’est ma femme qui s’est occupée de la gestion des taches administratives. Ça tombe bien car comme pour Thomas Thévenoud, je souffre de phobie administrative avérée.

Avez-vous eu des doutes ? Comment les avez-vous gérés ?
Si trouver un logement ou m’exprimer en Anglais ne m’a relativement posé aucun problème, mon principal doute s’est porté sur l’emploi. Quand vous avez une famille et un emploi stable (ma femme et moi étions tous les deux embauchés en CDI au Luxembourg), il n’est guère facile de tout plaquer pour faire son baluchon, notamment avec un enfant à charge. Mais pour aller au bout de ses rêves, il faut savoir prendre des risques ! Si nous n’étions pas partis maintenant, nous n’aurions certainement jamais réalisé notre projet.

Nous avons été hébergés pendant un mois et demi chez ma mère, puis pendant quelques semaines chez mes beaux-parents (au passage, je remercie tout ce petit monde d’avoir fait preuve de charité privée en nous accueillant). Il m’est déjà arrivé de regarder mon fils d’un air désolé parce qu’il n’avait pas de chez lui à proprement parler. Pour faire face à cette incertitude liée à l’emploi, il suffit de s’accrocher et de ne pas perdre les pédales, croire en ses capacités et saisir sa chance dès qu’une opportunité se présente. Nous sommes également un couple solidaire, donc cela a aidé également. Ma femme et sa positive-attitude à l’Américaine m’ont aidé à surmonter mes doutes. Bien que cette transition n’ait pas été facile, nous avons vécu de notre épargne personnelle pendant deux mois et non des allocations. Le libéral que je suis en tient une certaine fierté !

Enfin, le facteur chance a joué. Mon épouse s’est vu offrir un emploi deux semaines après notre arrivée. Quant à moi, la réponse positive est tombée au bout de six semaines.

Comme disait Oscar Wilde, « il vaut mieux avoir des remords que des regrets ». On ne vit qu’une fois.


Wally Gobetz_Boston Freedom Trail_Old State House(CC BY-NC-ND 2.0)

Parlez-nous de votre quotidien : quelles différences avec la France vous ont le plus marqué ?
Des différences assez classiques si je puis dire dont certaines s’avèreraient suffisantes pour que notre Filoche national fasse une attaque.

Quel bonheur de pouvoir faire ses courses ou se balader dans un centre commercial le dimanche ! Les « pharmacy/essentials », qui font office de pharmacie et de supermarché, sont souvent ouvertes 24h/24. La deuxième différence classique notoire est le système des pourboires. Dans les restaurants, vous payez l’addition plus 20% de celle-ci pour le service (réparti entre serveur, barman, cuisine et plonge). C’est un système que j’affectionne, bien qu’il puisse paraître désarçonnant au premier abord. Le serveur s’avère être votre allié car vous êtes son premier fournisseur de ressource. Le pourboire s’applique également dans d’autres situations. Néanmoins, en cas de doute, nous requérons l’aide de mon beau-père.

La messe chrétienne du dimanche fait parti des mœurs aux États-Unis. Il n’est pas rare de trouver plus d’une église dans un village, en fonction du type de service religieux délivré (et selon la branche religieuse). L’Église fait office de repère social (pas l’unique), et bien souvent les gens se retrouvent après la messe pendant ce qu’on appelle le « coffee hour », une sorte de troisième mi-temps chrétienne sans alcool. Chaque église dispose de son propre code. Des femmes peuvent diriger la messe (elle sont pasteur ou ministre du culte), d’autres acceptent de marier les homosexuels, etc… Bien que non-croyant, j’ai déjà assisté à des messes et croyez-moi, il y a de l’animation ! Nous sommes bien loin des curés made in France.

Je terminerai cette liste un peu succincte par le logement. La plupart des appartements ont l’air conditionné et le gros électro-ménager est déjà mis à disposition du locataire. Et avec de la chance, l’immeuble aura même sa propre salle de fitness.

Ah ! et pour l’anecdote, certaines stations services du Massachusetts ont encore des pompistes qui font le plein et qui lavent les vitres des voitures.

Est-ce que vous vous sentez encore Français ? Pourquoi ?
Après deux mois d’expatriation seulement, je ne pense avoir eu assez de temps pour m’aliéner ma propre culture, bien que j’ai pu intégrer certains éléments de la culture américaine par le biais de ma femme et de son entourage. Je ne fais pas de l’obtention de la citoyenneté américaine le Graal Ultime. Je souhaite rester le Français intégré à la famille américaine. J’ai la chance de vivre avec une Américaine, de connaître sa famille et ses amis et donc de me familiariser avec l’ « American Way of Life » plus rapidement. J’hésite encore à contacter des associations françaises. Le communautarisme, c’est vraiment très peu pour moi.

Autre chose à dire ?
Pour celles et ceux qui travaillent dans la finance et qui chercheraient à embellir leur CV aux États-Unis, il faut savoir que Boston est l’un des principaux centres financiers américains, bien que la ville soit moins développée dans ce domaine que sa grande rivale New York. La Finance s’y est développée depuis les années 70 et on retrouve des grands noms connus de la finance, tels que JP Morgan, State Street ou PWC, pour ne citer qu’eux.


Michael Linden_Washington statue_Boston Public Garden(CC BY-NC 2.0)


Source contrepoints.org