mardi 15 janvier 2019

lundi 14 janvier 2019

dimanche 13 janvier 2019

Dessins de presse


Dessins de presse

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Dessins de presse

Billets-Trois scénarios pour une dette publique insoutenable


Trois scénarios pour une dette publique insoutenable

L’État français doit beaucoup d’argent et en a peu pour rembourser. Le jour où la BCE durcira sa politique monétaire, la France risque d’être très vite en difficulté. Sauf si la Banque Centrale renonce pour toujours à relever ses taux.

La montagne est toujours là. À vrai dire, elle est encore plus haute qu’avant. Et comme elle est friable, composée non de roches et de terre mais de confiance, elle risque de provoquer des éboulis mortels. Surtout que le grillage posé il y a cinq ans pour la retenir risque d’être bientôt retiré.

Cette montagne, c’est notre bonne vieille dette publique, qui approche inexorablement des 100 % du PIB (96,2 % prévus à la fin de l’année par la loi de finances, 97 % selon les dernières prévisions de la Commission européenne). À vrai dire, on l’avait un peu oubliée ces dernières années. Notre cher président, qui s’est plaint d’avoir « manqué de bol » sur la courbe du chômage, ne saurait en dire autant sur les finances publiques. François Hollande a bénéficié d’une chance inespérée, venue du malheur des autres. A peine était-il arrivé à l’Elysée en mai 2012 que les taux d’intérêt se sont en effet envolés… Non pas sur la dette française, mais sur la dette italienne et espagnole (taux proche de 7 % en Italie, au-delà en Espagne). À tel point que la zone euro menaçait d’éclater. Fin juillet, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a calmé le jeu en déclarant que la BCE fera « ce qu’il faudra » pour préserver la monnaie unique. Alléluia ! En déversant des centaines de milliards sur les marchés pour acheter des obligations d’Etat, la BCE a fait baisser les taux d’intérêt qui sont même parfois devenus négatifs, anesthésiant les tensions sur la dette publique pour des années. Ce qui fait dire en toute candeur au candidat socialiste à l’élection présidentielle, Benoît Hamon, que « nous pouvons parfaitement vivre avec une dette à hauteur de 100 % du PIB. »

Sauf que ce temps béni pourrait bientôt s’achever. Aussi sûr que 2 et 2 font 4 ? Dans la zone euro, la croissance annuelle approche enfin les 2 %. Et en février, l’inflation a cogné la barre des 2 %, alors que l’objectif premier de la BCE est de maintenir la hausse annuelle des prix « en dessous de, mais proche de 2 % ». Il y a, bien sûr, plein d’arguments pour relativiser ces chiffres - l’activité manque de ressorts puissants, l’accélération des prix vient d’abord du renchérissement du pétrole, qui va bientôt « sortir de l’indice », etc. Mais la pression va s’accroître sur les banquiers centraux pour qu’ils précisent l’horizon du resserrement monétaire (quand vont-ils diminuer leurs achats de titres, quand vont-ils relever leurs taux d’intérêt ?). Pour au moins trois raisons : d’abord, banquiers et les assureurs gagnent moins d’argent quand les taux sont très bas ; ensuite, les épargnants veulent que leurs économies rapportent davantage ; enfin, les Allemands dont l’économie est au plein-emploi, aspirent à une politique monétaire moins accommodante pour limiter les risques d’emballement des prix ou de la spéculation.

Et si la Banque centrale européenne diminue ses achats de titres, retirant ainsi ce maillage qui empêche la montagne de laisser tomber des cailloux, si les taux d’intérêt remontent vraiment… alors la question de la dette va redevenir très vite centrale (comme elle n’a jamais cessé de l’être en Grèce). Signes de ce vent qui tourne : le FMI vient de publier un texte de doctrine sur la dette souveraine. Et les investisseurs demandent aux équipes de recherche des banques… des études sur la soutenabilité de la dette publique dans les différents pays de la zone euro. Or la France a ici un vrai souci. La Commission européenne l’a rappelé fin février au détour d’une phrase dans son très technique « paquet d’hiver du semestre européen » : « Les risques en termes de soutenabilité à moyen terme sont élevés. » L’agence de notation Moody’s estimait début mars que « La France a un poids de la dette très élevé », rappelant qu’elle affiche « depuis plusieurs dizaines d’années de mauvais antécédents en termes de réduction de la dette. » A l’exception du coup d’accordéon sur la trésorerie de l’Etat en 2006, sa dette publique n’a cessé de grimper depuis un demi-siècle - lentement, en temps ordinaire, et par sauts de cabri en temps de récession (+20 points de PIB entre 1992 et 1997, +30 points entre 2008 et 2014).

Face au risque d’une dette devenant insoutenable, on peut esquisser trois scénarios. Le premier serait une France qui change. En ces temps de campagne électorale, il n’est pas interdit de rêver à un nouveau président qui réussirait le tour de force de maîtriser les finances publiques tout en débridant la croissance, ce qui engendrerait des ressources nouvelles destinées en partie au service de la dette. Le deuxième serait une France qui bloque, par refus ou incapacité d’honorer sa dette. Benoît Hamon semble avoir songé à un gel (« Dire que l’on va s’en sortir sans moratoire (…), cela ne tient pas la route ») avant de l’écarter. La candidate du Front national, Marine Le Pen, assume ce choix en voulant rembourser des euros en francs imprimés par la Banque de France. Il est difficile alors de ne pas envisager un bain de sang financier.

Le troisième scénario, le plus probable, serait une France qui continuerait comme avant, mais en moins bien. Elle devrait verser des taux d’intérêt plus élevés à ses prêteurs, qui ne savent pas vraiment où placer leur argent. Cette charge croissante de la dette, payée aux deux tiers à des créanciers étrangers, aurait l’effet d’une saignée continue sur l’économie nationale : elle l’affaiblirait. À moins que… la BCE découvre tout bonnement qu’elle ne peut pas arrêter ses achats d’obligations sans déclencher une crise financière majeure. Elle continuerait alors indéfiniment d’acheter des titres publics, comme le fait désormais la Banque du Japon. Naguère, l’impression de billets pour financer les déficits publics menait immanquablement à la banqueroute et à la fuite devant la monnaie. Le vrai défi aujourd’hui est d’imaginer la version XXIe siècle de la crise des assignats, qui avait plombé la Révolution française.

Source institutmolinari.org

Par Jean-Marc Vittori

Billets-L’obscurantisme a un brillant avenir


L’obscurantisme a un brillant avenir

Le combat contre l’obscurantisme et le charlatanisme est assurément sans fin. Mais certains événements récents prennent une tournure inquiétante. En voici trois exemples.

1. La Commission européenne est sommée de se séparer de ses conseillers scientifiques.

Le 22 juillet 2014, neuf organisations de l’écologie politique ont demandé au nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, de supprimer le poste de conseiller scientifique en chef afin que la Commission « prenne ses conseils d’une variété de sources indépendantes et multidisciplinaires »… Les signataires comprennent notamment Greenpeace et la Fondation Sciences Citoyennes. Il est à craindre qu’une nouvelle étape soit franchie en Europe dans la désinformation en matière scientifique.

2. Des messages alarmants sur les dangers allégués des « ondes » s’infiltrent jusque dans les « conseils » donnés aux femmes enceintes, parfois assortis de publicités mensongères pour d’illusoires protections.

Lorsqu’une femme déclare sa grossesse, elle reçoit un « pack » avec des produits de puériculture et un petit livret « happy baby ». Dans ce livret figure une mise en garde contre « les ondes électromagnétiques » (page 33) au même titre que le tabac ou l’alcool, ainsi qu’une publicité pour le « vêtement de grossesse anti-ondes Bellyarmor ».

Bien entendu, il n’y a pas de raison de faire peur aux femmes enceintes avec un danger inexistant ou, en tout cas, non avéré. Malheureusement, elles représentent une cible privilégiée des vendeurs de prétendues protections en tout genre qui s’appuient sur des sources farfelues ou aussi peu fiables que le rapport « bioinitiative 2013″.

3. Des gourous et guérisseurs vendent leurs recettes parfois dangereuses dans les écoles, voire les hôpitaux.

Ainsi, une magnétiseuse place des aimants qui « tuent les micro-organismes responsables des pathologies ». Elle prétend guérir « avec grand succès » sida, méningite, diabète, pneumonie, infertilité, etc., et elle désintègre sans peine les tumeurs cancéreuses.

D’autres dissolvent des maladies par téléphone en récitant une suite de mots, ou remplacent des vertèbres avec des outils invisibles.

Certains délivrent même des diplômes, comme le Californien Eric Pearl, ex-chiropraticien, qui jure avoir « activé » plus de 60 000 mains pour leur donner « de nouvelles fréquences » afin de « devenir des catalyseurs de guérisons ».

Imposer les mains et parler peut soulager une détresse psychologique mais il faut rester très prudent dans l’ouverture aux approches complémentaires.

Le divorce des élites politiques et, plus sournoisement, des faiseurs d’opinions que sont les journalistes, d’avec la connaissance scientifique est à la base d’une défiance des citoyens vis-à-vis de la science. Chacun a le droit de donner un avis à la condition expresse de ne pas avoir de compétence pour le faire. Ainsi, tout le monde peut avoir un avis sur le nucléaire sauf les physiciens qui, forcément, appartiennent au lobby nucléaire. Il en va ainsi pour les vaccins et les médecins, pour les OGM et les biologistes, ou pour le gaz de schiste et les professionnels des forages pétroliers.

La dimension scientifique et technique des décisions nécessitent de plus en plus de l’expertise. Sa dévaluation, voire sa disqualification, est un danger pour l’équilibre de notre société.

Une lueur d’espoir nous vient de l’étranger : la BBC a décidé de ne plus inviter de charlatans lors des débats scientifiques et de former ses journalistes à la démarche scientifique.

Mais en France, pays de Descartes, faut-il s’étonner que des décideurs et des instances officielles soient si déboussolés par la cacophonie ambiante qu’ils en perdent leur bon sens ? Ou pire, qu’ils y contribuent en favorisant l’intrusion des idéologies dans les agences de santé, de l’énergie (comme l’ADEME) imprégnée d’un parti-pris antinucléaire), ou dans des programmes de recherche sous couvert « d’ouverture à la société civile ».

L’obscurantisme fondé sur le discours de peur et le rejet de la science a encore en France un brillant avenir.

samedi 12 janvier 2019

Billets-L’horreur étatique


L’horreur étatique
Écrit par un auteur déçu de la gauche (mais critique aussi à l’égard de la droite), qui s’est aperçu progressivement et sans a priori de départ, après une lente maturation, que la crise avait peut-être une même et unique cause : l’État, cet ouvrage est celui d’une prise de conscience… peut-être celle qui s’assimile à ce que ressentent de plus en plus de Français.

Alain Le Bihan est un diplômé du supérieur en Sciences économiques ayant occupé diverses fonctions en entreprise et ailleurs, tout en ayant eu une activité militante jusqu’à la fin des années 1980.

Intrigué par cet usage perpétuel du mot crise depuis une quarantaine d’années, il a tenté d’en établir un diagnostic. Petit à petit a germé en lui l’idée que l’État était non pas le rempart contre cette crise, mais à l’inverse probablement bien plutôt l’une de ses causes essentielles.

Un État devenu pléthorique et hors de tout contrôle
Au-delà des chiffres nombreux et impressionnants sur l’importance de la place de l’État en France et le nombre de personnes qui travaillent directement ou indirectement pour lui ou en vivent, Alain Le Bihan s’intéresse à la véritable nébuleuse qui l’enveloppe.

Un État pléthorique que plus personne ne contrôle, d’autant que les politiques considèrent comme trop risquée la mise en œuvre de solutions véritables aux excès et démesures constatés, « le poids électoral que représentent les personnes dépendant de la puissance publique (étant) tel que tout faux pas serait fatal ». Or, la concurrence entre puissances économiques est telle, au niveau international, et les crises récentes si fortes, que les réformes fondamentales s’imposent d’évidence. Et la question de la définition de l’État, de ses rôles, ses missions, son organisation, sa place dans une perspective démocratique, se posent avec acuité. C’est ce que l’auteur choisit d’étudier, après avoir dans un premier temps analysé l’ensemble des problèmes qui se posent à lui actuellement.

Dans une première partie, l’auteur pose la question « Qu’est-ce que l’État ? » et tente d’y répondre en passant en revue différentes conceptions de l’État existant, au travers des réflexions historiques et philosophiques, même si de manière un peu rapide (mais il y revient en fin d’ouvrage, à travers de longues annexes retraçant la genèse de l’État).
Puis, il cherche à établir un diagnostic sur la crise de l’État et ses multiples causes, dans une perspective plus souverainiste que libérale, à partir de constats souvent intéressants mais qui auraient sans doute gagné à être un peu plus structurés, au départ, l’approche étant par moments un peu trop impulsive et foisonnante. Un point de vue qu’il défend toutefois avec vigueur, avant de justement présenter, cette fois de manière plus précise et chiffrée, les manifestations essentielles de la crise, rappelant au passage que, même s’il ne se dit pas défavorable apriori à la dépense publique, qu’il juge dans une certaine mesure « bénéfique », le niveau de dépenses publiques est aujourd’hui tel en France (au-delà de 50% du PIB) que nous sommes, par nature et sans que chacun en ait bien conscience, dans un système socialiste, l’un des derniers de la planète.

Comment en sommes-nous arrivés là ?
Dans une deuxième partie, les facteurs essentiels de la crise sont recherchés. « Comment en sommes-nous arrivés là ? » se demande l’auteur.

Plusieurs explications sont avancées : les prélèvements croissants sur la richesse, les effectifs croissants de la fonction publique, les déficits en hausse, de même que la dette, le tout sans que l’efficacité soit au rendez-vous, le chômage atteignant durablement des niveaux élevés, les entreprises en difficulté étant toujours plus nombreuses, l’Éducation Nationale se délitant, de même que la Justice, la sécurité ou la protection sociale.

Alain Le Bihan montre ainsi que « les fonctionnaires, occupant la majorité des postes dans l’exécutif et les assemblées élues, sont également désignés par le corps électoral pour assurer le contrôle de la structure permanente de l’État, dont ils sont eux-mêmes issus. Ils sont donc juge et parti (…) au point de constituer de fait un lobby puissant pouvant empêcher toute réforme de l’État n’allant pas dans le sens de leurs intérêts ». Sans oublier les syndicats, qui ont moins d’adhérents que jamais, mais « n’en ont plus besoin » au vu des financements publics dont ils bénéficient.

Les fondements de la crise de l’État, selon Alain Le Bihan, viennent donc de ce que « la pratique politique française s’appuie sur la certitude que tous les problèmes du pays, à commencer par les problèmes économiques, seront résolus pas l’action de l’État et que les fonctionnaires sont les mieux placés pour mener le combat ». Jusqu’à ce que le système tombe en faillite. « L’intervention permanente de l’État dans l’économie a faussé le jeu économique, tout est perturbé, les prix des biens et services, les salaires, les taux d’intérêt, la dimension des entreprises ».

Que faire ?
Dans une troisième partie, qui occupe plus de la moitié de l’ouvrage, l’auteur s’attache ensuite à établir des propositions en vue de réformer l’État, sauf à en arriver à une révolution… S’appuyant sur le triptyque « Liberté, Égalité, Fraternité » qui est au fondement de notre République, il étudie chacun d’eux pour montrer en quoi il y a eu dérive et ce qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre afin de tenter de corriger ces orientations. « En réalité, en étendant à l’infini son champ d’intervention, l’État a vidé de son contenu les conditions dans lesquelles les membres de la société vivent ensemble. Ce fil qui nous relie les uns aux autres (…) n’est qu’une suite de contraintes, de taxes, de normes, d’obligations de toute nature, inventées au fur et à mesure des nécessités technocratiques, de prélèvements de toute sorte et accessoirement de temps en temps d’aides diverses pour justifier l’ensemble », écrit-il.

Il commence ainsi par aborder le problème de la confusion entre égalité et égalitarisme. La première vise à s’opposer aux privilèges, comme le voulait la révolution française. Mais finalement, les privilèges accordés, par le biais de la mainmise de l’État sur la société, aboutit à la négation de ce principe. De  nombreux salariés du privé se sont appauvris ou se trouvent en situation de précarité, insiste l’auteur, quand dans le même temps des salariés du public, exerçant des activités comparables, à qualification égale, bénéficient de multiples avantages (salaires, retraites, couverture sociale, conditions de travail, taux d’imposition…). Sans aller jusqu’à proposer des mesures telles que la flat tax, par exemple, l’auteur n’en réclame pas moins une remise en cause de la progressivité, ainsi que la suppression de tous les textes favorisant les groupes de toutes sorte, entre autres, s’accompagnant d’une importante diminution du train de vie de l’État et des « dépense publiques indues ».

Quant à la fraternité, elle doit se limiter aux « services mis en œuvre pour atténuer les réelles difficultés de nos concitoyens (difficultés passagères, handicap, vieillesse) », et non à toutes les formes d’aides multiples (aides au logement, etc.) ou de discrimination positive qui ressemblent à de « vraies usines à gaz » plus très bien contrôlées, devenues une véritable « attraction des populations mondiales déshéritées » et n’ayant, en outre, pour effet que de fausser les prix du marché.

Pour ce qui concerne la liberté, il juge qu’elle « a reculé et recule dans des proportions inquiétantes », sous l’effet de la « dictature administrative » présentée auparavant et de la dictature de la majorité, qui s’impose à la minorité.

Il propose donc « une rupture dans l’État », qui passe par une refondation du pouvoir judiciaire, avec en particulier davantage de tribunaux et une élection de leurs représentants, un État resserré et recentré sur les fonctions régaliennes, qu’il précise (et sont un peu plus larges que celles auxquelles on pense habituellement), avec un gouvernement considérablement plus resserré, les autres fonctions assurées aujourd’hui étant sous-traitées, l’interdiction des déficits, une redéfinition du rôle des CCI, etc.
Le service public ne disparaitrait pas complètement, l’auteur faisant des propositions de réformes certes pas purement libérales mais très ambitieuses. Il serait cependant géré de manière radicalement différente, selon des principes généraux que l’auteur expose dans le détail (Éducation Nationale, Universités, Recherche, etc.).

Quant à la décentralisation, elle serait réorganisée à partir des communes, véritables artisans de la refondation de l’État, plutôt que des régions ou départements, qui disparaitraient, tandis que le contrôle de l’exécutif au niveau national serait mieux assuré, grâce à une redéfinition du rôle du Parlement et l’abolition de tas d’organismes, commissions, comités, autorités ou observatoires de toutes sortes (à commencer par le Conseil économique, social et environnemental), dont l’utilité réelle est douteuse (et le coût bien réel).

En définitive, l’auteur en appelle à une redéfinition complète du rôle de l’État, pour mettre fin à une véritable crise de régime, où l’État prétend tout faire, jusqu’à vouloir régenter, qui sait, notre bonheur, au risque de se transformer en dictature (administrative). Au lieu de cela, Alain Le Bihan en appelle à faire confiance à l’individu, généralement mieux à même de savoir ce qui est bon pour lui et résoudre les problèmes qu’il rencontre.

Un ouvrage de réflexion pertinent et pleinement d’actualité
En conclusion, un ouvrage pas inintéressant, qui part d’un diagnostic pour tenter de proposer des solutions. Une approche toutefois parfois un peu dispersée (avec une quantité de fautes d’orthographe et de fautes grammaticales qui m’a surpris et un peu gêné tant elles étaient nombreuses), mais sincère, qui a le mérite d’alerter sur l’ampleur du problème lié à la forte prééminence de l’État en France et apporter des pistes de réflexion pour tenter de réagir, même si pas toujours d’essence purement libérales mais se voulant plus pragmatiques et dont on peut dire qu’elles sont ambitieuses.

En échos, sans doute sous forme de clin d’œil, à un livre à sensation dont le titre était « l’horreur économique » (Viviane Forrester), qui entendait prendre « l’exact contre-pied de l’idéologie libérale qui prétend subordonner toute décision politique aux seuls impératifs de l’économie », un ouvrage qui établit une bonne synthèse de tous les problèmes qui apparaissent aujourd’hui au grand jour après tant d’années de léthargie. Un reflet de notre temps.

Écrit alors que François Hollande venait fraîchement de prendre ses fonctions, il n’en trouve, au bout de près de deux années de pouvoir de celui-ci, que d’autant plus de pertinence et de raison d’être, face à une situation qui ne s’est pas vraiment améliorée, c’est le moins qu’on puisse dire…

Alain Le Bihan, L’horreur étatique, éditions Tatamis, septembre 2012, 256 pages.

Source contrepoings.org

Billets-Pourquoi l’impôt doit être neutre


Pourquoi l’impôt doit être neutre

L’impôt n’a pas à être l’instrument de la bienveillance de l’État parce que l’État n’a pas vocation à être bienveillant mais juste.


L’État-providence nous dicte désormais ce qu’il faut manger, comment se soigner, quelle orthographe nous devons utiliser… Plus généralement, il veut modeler nos comportements en utilisant l’arme fatale de l’impôt qui prend aux uns pour donner aux autres et dont sont exonérés ceux qui obéissent aux injonctions de dépenses et d’attitudes tandis que sont pénalisés les récalcitrants. Une sorte de soviétisme doux en quelque sorte, d’autant plus facilement populaire que plus de la moitié des foyers échappe à l’impôt sur le revenu qu’elle impose aux autres de payer plus ou moins selon leur docilité aux diktats de la nouvelle nomenklatura.

Cette intrusion de l’État dans la vie des individus par le biais fiscal est due en particulier à la prétention de l’État moderne à vouloir faire le bien plutôt que de se limiter à veiller au bien commun. Celui-ci consiste à permettre aux hommes, tous différents, de vivre ensemble dans le respect de règles partagées et essentielles. Le bien est, lui, du ressort des particuliers. Il est la quête ultime de l’homme. Avec l’Un, le Vrai, le Beau… il fait partie des transcendantaux que l’homme recherche sans cesse sans jamais être sûr de les connaître ni de les avoir trouvés.

Quand l’État se trompe
Et lorsque l’État se substitue aux individus pour faire le bien, il peut se tromper à leur détriment, imposer un bien qui n’en est pas un. Ce ne peut donc être qu’avec d’infinies précautions, la main tremblante, que l’État peut s’engager dans cette voie hasardeuse du bien des autres. Lorsque la loi ne veut pas seulement sécuriser la propriété, mais la répartir, non seulement protéger la vie, mais faire le bonheur de tous, lorsqu’elle veut régir les rapports entre parents et enfants, supprimer la charité au profit de la seule justice… elle prend le risque qu’à défaut de propriété garantie, tous soient plus pauvres, qu’un bonheur obligé soit le malheur de beaucoup, que les enfants ne soient plus éduqués… Car le législateur ne saurait choisir la vie et le bonheur des individus, il ne peut être parent à la place des parents, il ne saurait faire prospérer la propriété aux lieu et place des propriétaires.

« Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, comme celui d’un père envers ses enfants, [serait] le plus grand despotisme qu’on puisse concevoir » prévenait déjà Emmanuel Kant en 1793.

L’impôt neutre, un impératif
C’est pourquoi l’impôt doit être neutre. L’impôt n’a pas à être l’instrument de la bienveillance de l’État parce que l’État n’a pas vocation à être bienveillant mais juste. À défaut, le risque est celui d’une violence illégitime, fondée sur aucune raison. Quand l’impôt est progressif, les limites de chaque tranche deviennent vite arbitraires. Et lorsque les impositions sont trop élevées, les niches se multiplient pour les rendre supportables comme autant de privilèges accordés injustement à certains au détriment de tous les autres.

Un impôt neutre est celui qui cherche à modifier le moins possible les situations de chacun tout en demandant aux citoyens de contribuer à la charge commune « à raison de leurs facultés », c’est-à-dire en proportion de leurs revenus ainsi que le proclame la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Des impôts neutres sont donc simples, proportionnellement égaux pour tous. Et parce qu’ils sont justes, ils sont efficaces. Une « flat tax » à 2% jusqu’ 8 000€ par part et 15% au-delà, accompagnée de la suppression de toutes les niches fiscales (hors le quotient familial et conjugal et les dons aux œuvres) rapporterait beaucoup plus que l’impôt sur le revenu actuel qui frappe certains revenus jusqu’à 64,5% !

Photo : Les collecteurs d’impôts credits Mazières (licence creative commons)
Source contrepoints.org

Billets-Anarchisme


Anarchisme

Définir l’anarchisme est une tâche des plus délicates. Nous avons affaire à un phénomène complexe dont les expressions historiques, tant au niveau de la pensée que de l’action, sont multiples. Malheureusement, la plupart des définitions, même celles élaborées par des commentateurs sympathisants, sont simplistes et n’arrivent pas à embrasser l’ensemble de ses caractéristiques.

Dans presque tous les ouvrages que j’ai lus sur le sujet, l’anarchisme est défini de façon négative, c’est-à-dire par ce à quoi il s’oppose. En se basant sur la racine grecque du mot (anarkhia, absence de chef), on présente l’anarchie comme « l’absence de gouvernement » et l’anarchisme comme « l’idée qu’une société peut et doit s’organiser sans gouvernement ». Le problème avec ses « définitions »… c’est qu’elles n’en sont tout simplement pas. Une définition, si je me base sur mon Larousse, est une « énonciation de ce qu’est une chose, de ses caractères essentiels, de ses qualités propres ». Si je dis qu’une pomme n’est pas un animal, personne n’osera dire que j’ai énoncé les caractères essentiels de ce phénomène !
Une définition adéquate de l’anarchisme ne doit pas se limiter à son aspect «critique» mais également en exposer le projet de société ainsi que les moyens de changement social. De plus, il est essentiel d’expliquer les bases philosophiques de l’anarchisme, en particulier sa conception de la liberté et de la nature humaine.

Voici donc ma définition personnelle de l’anarchisme. Comme vous le constaterez, elle comporte quatre parties, qui seront expliquées en détail dans le texte qui suit.
Anarchisme. n.m. Philosophie politique qui, à partir d’une définition tripartite de la liberté et d’une conception spécifique de la nature humaine, offre une critique radicale des liens de domination hiérarchiques, un projet de société antiautoritaire et une stratégie de changement social basé sur l’action directe.
  • La Liberté
Tout comme les libéraux, les anarchistes ont une conception « négative » de la liberté, c’est-à dire que la liberté est l’absence de contraintes. L’individu libre est celui qui n’est pas soumis à des contraintes extérieures à lui-même.

A cette conception négative s’ajoute une conception « positive » de la liberté. Tous les anarchistes considèrent que la liberté est également une potentialité, la possibilité pour l’individu de se réaliser et d’atteindre son plein potentiel.
Enfin, les anarchistes ont une conception « sociale » de la liberté, qui a pour conséquence de lier de façon indissociable la liberté et l’égalité. En effet, l’anarchisme postule que l’individu ne peut être totalement libre qu’au sein d’une société composée d’individus libres. Ainsi, pour Bakounine, « l’homme n’est réellement libre qu’autant que sa liberté, librement reconnue est représentée comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension à l’infini dans leur liberté. L’homme n’est vraiment libre que parmi d’autres hommes également libres ; et comme il n’est libre qu’à titre humain, l’esclavage d’un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l’humanité, est une négation de la liberté de tous. » (Catéchisme révolutionnaire)
  • Une critique de la société actuelle
Toutes les variantes de l’anarchisme ont en commun une critique des sociétés contemporaines qui se base sur des principes antiautoritaires découlant de leur conception de la liberté.

Les anarchistes contestent tous les rapports de domination hiérarchique, de quelque nature qu’ils soient (oppression de classe, de race, de sexe, d’orientation sexuelle, domination de la nature, etc.). La critique anarchiste s’étend à toutes les institutions oppressives, église, armée, police, etc., et en tout premier lieu l’Etat, qu’ils considèrent comme l’institution suprême de domination.

L’étendue de cette critique est d’ailleurs un des facteurs qui distingue l’anarchisme du marxisme. Comme l’a fait remarquer Henri Arvon, l’anarchisme conteste l’oppression autant que l’exploitation, l’autorité autant que la propriété et l’Etat autant que le capitalisme. Ceci explique pourquoi plusieurs écologistes, féministes, pacifistes, syndicalistes et militants pour les droits de la personne sont attirés par l’anarchisme.
  • Un projet de société libertaire
Est anarchiste toute idéologie dont le projet de société, appelé « anarchie », est déterminé par cette conception de la liberté. Ce projet varie selon les types d’anarchisme, mais la plupart prescrivent des structures de sociales non-hiérarchiques, radicalement démocratique et décentralisées.

Pour les individualistes, la société n’est pas un organisme mais une simple collection d’individus autonomes. Pour satisfaire son intérêt personnel, l’individu peut s’unir aux autres et s’associer, mais cette association ne reste qu’un moyen pour servir sa fin.

Les anarcho-syndicalistes sont les héritiers du collectivisme de Bakounine. Selon leur vision de la société anarchiste, les syndicats exproprient le capital et chaque groupe de travailleurs disposent de ses propres moyens de production. La répartition des produits et des services est alors l’objet d’une décision collective.

Finalement, les anarcho-communistes (ou communistes libertaires, ou communistes anarchistes) prévoient l’établissement de communautés (communes) autogérées où tous travailleraient selon leurs capacités et tous consommeraient selon leurs besoins. Ces communautés sont fédérées pour exécuter en coordination des projets les concernant.
  • La nature humaine
Les anarchistes ont aussi en commun une perception de la nature humaine qui justifie la viabilité d’une telle société libertaire.

Cette perception n’est toutefois pas la même chez tous les anarchistes. Par exemple, Kropotkine considérait que l’instinct de coopération d’aide mutuelle prédominait chez toutes les espèces animales et trouvait son incarnation parfaite chez l’humain. Mais la plupart des anarchistes ont plutôt développé une conception existentialiste de la nature humaine, estimant que les comportements humains s’adaptent aux structures et aux normes sociales.

Quoi qu’il en soit, tous sont parfois d’accord pour dire que l’humanité a la capacité de vivre et de se développer sans être soumise à des institutions hiérarchiques et répressives.
  • Une stratégie de changement
Enfin, les anarchistes ont en commun d’offrir une stratégie de changement révolutionnaire impliquant l’institution immédiate de l’anarchie. Ils s’opposent tous aux stratégies autoritaires (dictature du prolétariat) ainsi qu’à la formation de partis hiérarchisés, et sont généralement abstentionnistes lors des élections. Les anarchistes croient en la spontanéité révolutionnaire et préconisent l’action directe, qui peut prendre plusieurs formes.

C’est au sujet des stratégies de changement que les anarchistes sont le plus partagés. Par exemple, certains ont préconisé, principalement lors des deux dernières décennies du XIXe siècle , une forme de terrorisme appelée « propagande par le fait ». Mais après une vague d’attentats individuels qui n’ont mené qu’au rejet populaire de l’anarchisme et à un regain de répression, cette stratégie a été abandonnée par les anarchistes. Les anarcho-communistes insistent quant à eux sur l’action communautaire, sur la formation d’institutions libertaires sur une base locale qui pourront renverser et remplacer l’ordre capitaliste et étatique. Les anarcho-syndicalistes axent leur stratégie sur le syndicat, qui est conçu comme l’embryon de la société nouvelle ; ils préconisent des formes d’action directe comme le sabotage, le boycott, la grève partielle et la grève générale révolutionnaire. Les anarcho-pacifistes insistent quant à eux sur l’action directe non-violente et sur la désobéissance civile comme moyen de renverser l’ordre hiérarchique oppressif.
Bien que les anarchistes soient révolutionnaires et spontanéistes, il ne faut pas croire pour autant qu’ils rejettent les formes de lutte partielles et quotidiennes. Au contraire, des anarchistes comme Elisée Reclus considèrent qu’évolution et révolution font partie d’un même processus et que chaque action peut être efficace si elle est conforme aux principes anti-autoritaires. Les anarchistes considèrent également l’éducation comme étant un des principaux moyens d’accéder à la société libertaire.

Il est toutefois à noter qu’une minorité importante d’anarchistes n’est pas révolutionnaire. En effet, la plupart des individualistes anarchistes considèrent que les « rêves de grands soirs » sont eux-mêmes potentiellement répressifs et estiment que c’est à l’individu de se libérer en rejetant lui-même la société dominatrice. Pour beaucoup d’individualistes, être anarchistes signifie être « en dehors » et vivre selon ses propres principes, en refusant de collaborer aux institutions oppressives. Cette attitude, particulièrement répandue chez les individualistes français du début du siècle, a mené certains anarchistes (comme Georges Palante) vers une forme d’individualisme aristocratique, d’inspiration nietzschéenne.


Billets-L’effet domino

1ERE PUBLICATION LE 11 MAI 2017 


L’effet domino

Les allumettes qui s’enflamment ou le bruit mat des dominos qui tombent…

Quand je pense aux sujets qui préoccupent les Français : le chômage, la dette, la pauvreté, la violence, le logement, les impôts, le pouvoir d’achat, les retraites, les hôpitaux, l’immigration, le vivre-ensemble, les services publics, la protection sociale etc (la liste est sans fin hélas)… j’ai comme l’impression que les choses ne sont vraiment pas en train de s’arranger. Je peux me tromper évidemment, mais comme ça, à vue de nez, je sens qu’on va au devant de jours très sombres…

Il y a l’image des allumettes. Mais il y a aussi celle des dominos qui tombent les uns après les autres. Et c’est d’ailleurs avec la théorie des dominos qu’on voit qu’il y a en réalité deux catégories de gens :

Il y a deux catégories de gens…
  1. Il y a ceux qui, comme vous et moi, savent que si le premier domino est tombé, le 345e tombera forcément – nécessairement, mécaniquement – au bout d’un certain temps (calculable avec précision d’ailleurs) et qu’on peut donc prévoir, anticiper la catastrophe et s’organiser très tôt pour enrayer la chute et éviter de désastre…. A condition de ne pas tergiverser et de réagir à temps.

  1. Et ceux qui continuent à dire que ce n’est pas sûr ; que les deux choses ne sont pas forcément liées ; qu’il n’y a pas forcément de relation (mon Dieu les pauvres !) ; qu’il faut en discuter, consulter, faire un débat-citoyen … que le pire n’est pas toujours sûr… Que oui, bien sûr, des dominos sont en train de tomber mais qu’il faut rester optimiste, blabla bla etc… Ceux qui pensent comme ça sont majoritaires en France, et surtout dans les ministères et au plus haut niveau de l’Etat.

En fait ils nient carrément la notion même de relation de cause à effet !
• Ils peuvent augmenter les charges sur les entreprises, mais ça ne les affaiblira pas !
• Les entreprises peuvent fermer, mais ça ne mettra pas les salariés au chômage !
• Les salariés pourront s’inscrire à Pôle emploi, mais ça n’augmentera pas le chômage parce que le Président a dit qu’il allait inverser les courbes !
• Ils dépensent trop, mais ça n’accroit pas le déficit public !
• Ils peuvent augmenter la dette, mais elle ne leur explosera pas à la figure comme une bombe à retardement !
• Le Peuple gronde et descend dans la rue mais c’est le Peuple qui se trompe !
En fait ils nient tout simplement l’évidence : ils nient la réalité dans laquelle vous et moi vivons ! Eux sont au-dessus de ces contingences, ils sont hors-sol, sur le petit nuage de leur idéologie !

Quand ils me disent que le domino précédent ne fera pas tomber le domino suivant j’ai envie de me tirer (soit de ce pays, soit une balle) car je vois qu’ils ne font rien pour enrayer la chute des dominos. Allez je vous redonne la liste de tout ce qui va, parait-il, s’améliorer incessamment sous peu : le chômage, la dette, la pauvreté, la violence, le logement, les impôts, le pouvoir d’achat, les retraites, les hôpitaux, l’immigration, le vivre-ensemble, les services publics, la protection sociale…

Et ils ont le toupet de me demander de rester optimiste alors que j’entends le bruit mat des dominos qui continuent de tomber les uns après les autres. Impression tragique qui alimente ma détestation de nos prétendus “responsables” politiques. La chute des dominos de l’emploi est celle qui me bouleverse le plus en ce moment car nos dirigeants pensent qu’il vont pouvoir l’arrêter au 56e domino alors que c’est déjà trop tard : c’est dès qu’on a vu que le 3e domino tombait qu’il aurait fallu réagir et tout changer, de fond en comble, au lieu de mettre ici ou là trois petites rustines dérisoires … Je vous dis : tragique. Bon j’arrête, ça m’énerve trop.


Source switchie5.wordpress.com

Billets-Le bavardage bureaucratique de Macron

1ERE PUBLICATION LE 9 JUILLET 2017


Le bavardage bureaucratique de Macron

Là où Emmanuel Macron nous avait promis la réforme, il ne fait que ressortir les plus vieilles recettes bureaucratiques.

Lors de son discours soporifique devant le Congrès, Emmanuel Macron a fait quelques annonces populaires pour cacher la vacuité générale du propos. Oui, il faut supprimer la Cour de justice de la République et baisser le nombre d’élus car la France compte 577 députés et 331 sénateurs alors que d’autres pays en comptent beaucoup moins.

Aux États-Unis, il y a 435 députés et 100 sénateurs pour une population de 325 millions d’habitants contre 66 millions en France ; en Allemagne, 630 députés et 69 sénateurs pour une population de 80 millions d’habitants. Mais au Parlement britannique il y a 650 membres et 760 pairs pour une population qui équivaut à celle de la France.

Ce qui n’a pas empêché le pays de se réformer. Le président aurait pu proposer la fin des privilèges de nos élus, leur système de retraite et le cumul des pensions notamment, et leur offrir en contrepartie davantage de moyens pour travailler. Les élus allemands et britanniques disposent de 3 ou 4 fois plus d’argent pour constituer leur équipe.

Aux États-Unis, un élu reçoit un budget 10 fois supérieur à celui qu’un parlementaire français ! Si l’on veut un Parlement fort et efficace, il faut donner de vrais pouvoirs aux députés. Et ce n’est pas l’instauration d’une dose de proportionnelle qui changera la donne. Pourquoi ne pas instaurer un scrutin majoritaire à un seul tour comme au Royaume-Uni ?

Enfin, pourquoi faire du CESE la « chambre du futur » alors que les rapports et les articles sur son coût et son inutilité se comptent par dizaines ? S’il avait voulu penser le futur, il aurait déjà pu le faire et ça se saurait !

Le discours de politique générale du Premier ministre a été dans la continuité de celui du Président. Au lieu d’entendre l’annonce de vraies réformes pour le redressement de la France, on a eu droit à deux annonces aussi concrètes que démagogiques : la vaccination obligatoire et la hausse du prix du tabac (malgré les hausses répétées dans le passé, la consommation de cigarettes n’a pas diminué).

Où est passée la baisse des dépenses publiques dans un pays qui dépense tous les ans 135 milliards d’euros de plus que l’Allemagne ? Quid du nombre de fonctionnaires – et de leur statut – alors que nous en avons 1.6 million de plus que la moyenne des pays membres de l’OCDE et 3 millions de plus que l’Allemagne (rapporté à la population) ?

Dire que la Sécurité sociale fait partie de notre patrimoine est un aveu d’inaction et un blanc-seing à la dérive des coûts. Les Allemands, les Suisses et les Néerlandais ont préféré ouvrir leur système de santé à la concurrence et ne garder que les châteaux et les musées dans leur patrimoine… Sont-ils moins bien soignés que les Français ?

La plupart des pays ont supprimé le statut de fonctionnaires et baissé drastiquement leur nombre
Le constat sur l’école est juste. Mais ce n’est pas en diminuant le nombre d’élèves par classe et en rendant plus facile le bac que le niveau moyen des élèves s’élèvera pour rejoindre les scores des meilleurs pays étrangers.

Nous avons plutôt besoin d’instaurer une vraie autonomie des établissements avec une concurrence au sein du système scolaire, et d’encourager l’école privée comme c’est le cas dans d’autres pays dont les résultats sont à la mesure de leur audace en la matière.

Il faut libérer le monde de l’entreprise et faire une grande réforme fiscale !
Quid de la fameuse réforme du Code du travail ? Le flou du discours d’Édouard Philippe va inquiéter encore plus les entrepreneurs qui préfèrent des pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada ou bien d’autres où la liberté de licencier est réelle tout en sécurisant les employés… L’assurance chômage sera complètement étatisée au lieu d’instaurer la liberté de s’assurer.

De même, rien sur les 35 heures, et si peu sur les accords d’entreprise… Pour ce qui est de la politique fiscale, là où l’on espérait une vraie baisse des impôts, on a eu droit au report de plusieurs promesses (ISF, taxe d’habitation, taux d’impôt sur l’épargne…). Au sujet des retraites, nous restons toujours le seul pays riche et démocratique sans fonds de pension et avec la capitalisation seulement pour les… fonctionnaires.

Mais nous voilà rassurés, nous allons créer des commissions : grâce aux États Généraux de l’Alimentation, à la Conférence des Territoires ou bien aux États Généraux de l’Agriculture, la France sera sauvée. Faut-il donc vouloir « tout changer pour que rien ne change » ?


Source contrepoints.org
Par Nicolas Lecaussin.



  • Nicolas Lecaussin
    Directeur du développement de l’IREF, Nicolas Lecaussin est diplômé de Sciences-po Paris, ancien président de l’iFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques), fondateur de Entrepreneur Junior et auteur de plusieurs ouvrages sur le capitalisme, l’État et les politiques publiques. Dernier livre publié : "L’obsession antilibérale française".

Billets-Monsieur Macron, sortez du verbiage pour passer à l’action !

1ERE PUBLICATION LE 26 JUILLET 2017


Monsieur Macron, sortez du verbiage pour passer à l’action !

Le gouvernement Édouard Philippe semble s’enfermer dans la polémique plus que dans l’action. Peut-il s’en sortir et pousser les vraies réformes nécessaires ?

En sémantique, il y a certains détails qui tuent. Il en est du recadrage fait par Emmanuel Macron à ses ministres. Ce mercredi 26 juillet, en conseil des ministres, suite à la cacophonie de ces dernières semaines, il leur a demandé de « donner du sens » à leur action.

Certes, ce nouveau Président constitue une mine pour les linguistes ou les sémanticiens. On ne compte plus ses déclarations surréalistes, quand ce ne sont pas ses dérapages verbaux. Les recenser permet de se faire une idée précise sur le personnage. Mais analysons tout d’abord cette dernière prise de parole : « si on sait donner du sens, on évite les petites polémiques ». Derrière une apparence des plus banales, celle-ci trahit un contenu tout à fait révélateur.

Trouver du sens là où il fait défaut
Originellement, « donner du sens » signifie trouver de la logique à quelque chose qui n’en a pas.

  • Au premier degré, cette injonction revient donc à demander à ses ministres de dissimuler l’inconsistance ou l’incohérence de leur politique.

  • Au second degré, cette expression « donner du sens » est souvent entachée de supériorité. Il s’agit de rendre intelligible quelque chose qui n’est pas compris par autrui. Lorsque l’on veut « donner du sens », on se place bien évidemment au dessus, et on tente de convaincre moins averti que soi, dans un but bien déterminé, celui d’en obtenir un certain comportement.

C’est typiquement une expression utilisée par les managers en butte à l’incompréhension de leurs équipes. Il s’agit d’une sorte de fourre-tout, d’un syntagme figé relativement flou mais qui permet de qualifier à peu de frais une situation que l’on n’arrive plus à contrôler. Dans ce cas précis, il est évident que Macron ne demande pas à ses ministres de changer de politique, mais de la rendre acceptable par le peuple.

Parler pour masquer son inaction
Faut-il le rappeler ? Si le gouvernement d’Édouard Philippe s’était vraiment attelé aux réformes de fond dont notre pays ne peut plus se passer, non seulement les ministres ne donneraient pas un spectacle aussi affligeant, mais il ne viendrait pas au Président Macron l’idée de leur demander de rendre leur action « sensée ». Si leur action l’était vraiment, ne serait-elle pas suffisamment explicite en elle-même ? Quoi de plus évident en effet qu’une réforme de fond ? Quoi de plus parlant qu’un changement radical de politique ? Quoi de plus convaincant qu’un programme politique volontariste et éclairé ?

Serait-il venu à l’esprit d’un Président d’expliciter les actions d’un gouvernement qui travaille d’arrache pied à sortir le pays du déclin économique ?  Margaret Thatcher ou Gerhard Schroeder avaient-ils besoin de paraphraser continuellement ce qu’ils entreprenaient ? Certainement pas ! Encore une fois, comme l’a maintes fois démontré Emmanuel Macron, à l’instar de son prédécesseur François Hollande (mais qu’ont-ils donc appris à l’ENA ?), le Verbe est là pour occuper le peuple et pour masquer le déficit d’ambition et d’efficacité. Car rien de ce que ce gouvernement a jusqu’à présent entrepris n’apparaît comme potentiellement efficace et compréhensible.

Substituer la forme au fond
Dans ce récent recadrage en conseil des ministres, nombreuses sont d’ailleurs les expressions malheureuses, qui dénotent cette absence de vision et ce désir de valoriser une succession de décisions prises à la petite semaine. Comment en effet justifier le fait que Emmanuel Macron demande à ses ministres d’« innover (en matière d’) arbitrages » ? Sincèrement, est-ce vraiment d’innovation dont le gouvernement a besoin ? Ne serait-il pas plutôt de courage ? Le Président privilégierait-il la créativité des décisions à leur pertinence ? Dans un pays écrasé par la dette et par un État ventripotent, en proie à une considérable chute de sa compétitivité, le Président espère t-il trouver une martingale insoupçonnée qui lui permettrait de redresser la situation sans générer le moindre effort ? Serait-il lui-même naïf à ce point ? Espérons pour lui que non. Sans doute cherche-t-il seulement à masquer son inaction, exactement comme l’a fait son prédécesseur.

Même le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a utilisé ces mêmes ficelles maladroites, ces expressions creuses et à la mode lorsqu’il a déclaré : « le Président nous a encouragés à réfléchir au fait que chacune de nos décisions soit dans une logique de sens ». Prise à la lettre, cette phrase suggère que jusqu’à ce jour, les ministres n’avaient rien fait de sensé. Et qu’il s’agit maintenant de trouver coûte que coûte une caution intelligible, un habillage acceptable à une succession de décisions qui n’ont en réalité aucune cohérence intrinsèque.

Le verbe comme outil prométhéen
Hélas, chez Emmanuel Macron, le Verbe est également un outil de pouvoir multiforme, qui semble accompagner un incommensurable désir de puissance. À croire que le réel n’est qu’une vision, et qu’il lui suffit de donner la sienne propre, quitte à distordre les faits, pour rendre cette réalité partagée par tous. Sinon, comment expliquer cet incroyable dérapage, lors du récent sommet du G20 : « On ne peut pas lutter contre le terrorisme sans action résolue contre le réchauffement climatique » ? Comment justifier une déclaration aussi ridicule, si ce n’est par une totale absence de retenue. De ce fait, comment ne pas avoir peur d’un Président capable d’autant de déraison ?

Chronique d’un échec annoncé si l’on en reste à la communication sans l’action
Les psychologues, les linguistes et les spécialistes du recrutement dans les entreprises le savent : les opérationnels utilisent un langage direct tourné vers l’action et les résultats tandis que les rêveurs abusent de concepts éthérés, alors que les technocrates ne connaissent qu’un métalangage aussi sophistiqué que déconnecté des faits. Or, que ce soit Emmanuel Macron, le porte parole du gouvernement Christophe Castaner ou la plupart des ministres du gouvernement Édouard Philippe, tous tiennent un discours qui s’apparente à celui des rêveurs et des technocrates, très éloigné de celui des entrepreneurs-réalisateurs.

Ainsi, peut-on dès à présent parier sans risque sur l’échec de ce gouvernement, car les reculades et atermoiements qui ont entaché ses premières semaines d’existence ne sont ni le fruit de la malchance ni celui d’un calendrier difficile. Il s’agit bel et bien d’une marque de fabrique que le langage tenu chaque jour ne cesse de confirmer. Cette même marque « structurelle » que celle du précédent gouvernement ! Face à une situation qui le dépasse, il ne reste à ce gouvernement de bric et de broc et sans vision qu’une seule parade : communiquer. Et chaque fois qu’il le fait, il dévoile malgré lui sa totale inadaptation à la situation présente.

Source contrepoints.org
Par Claude Robert.



  • Claude Robert
    eradiquons.fr
    Claude Robert est consultant international en organisation, et auteur du site satirique « Eradiquons le politiquement correct français »

Billets-Ce que révèle cette première semaine du nouveau gouvernement Macron

IL Y AVAIT LA AUSSI LES 1ER SIGNES...


Ce que révèle cette première semaine du nouveau gouvernement Macron

Hyper centralisation du pouvoir présidentiel, abus des techniques du marketing, un certain courage pour suggérer des mesures chez nos voisins européens, tels sont les enseignements de cette première semaine du gouvernement Macron-Philippe II.

À moins d’être dans l’intimité du nouveau Président, la meilleure façon pour deviner les intentions de celui-ci consiste à décoder les faits et gestes de son gouvernement. N’oublions jamais qu’en politique, ceux-ci sont bien plus révélateurs que les discours.

Cela s’avère d’ailleurs d’autant plus vrai lors des tous premiers jours d’un gouvernement, période dont on sait combien elle préfigure le bilan de celui-ci. Une équipe ambitieuse et courageuse imprimera dès le début son rythme de transformation du pays. À l’inverse, un gouvernement indécis ou sans véritable programme ne fera rien de particulier pendant cette période pourtant déterminante…

4 postures du nouveau gouvernement
Une semaine vient de s’écouler pour le tout nouveau gouvernement Macron-Philippe II. Que nous révèle-t-elle concrètement ? Elle nous révèle :

-une hyper centralisation du pouvoir présidentiel

-des postures de pure communication visant à assurer une image positive

-des propositions d’envergure mais à l’attention de nos voisins

-quelques réformes économiques qui ne sont en réalité que des artifices

Un président omnipotent
En soi, le contrôle de l’ensemble des ministères par la garde rapprochée du président n’est pas une mesure de nature à décupler la croissance, à diminuer le chômage et la pauvreté. Néanmoins, on peut toujours espérer qu’elle contribue à donner les coudées franches à l’exécutif, à la condition bien sûr que celui-ci ambitionne de réformer notre économie de fond en comble.

De telles réformes étant devenues urgentes, on ne pourrait que se réjouir de cette mainmise élyséenne, si justement ces dites réformes étaient effectivement annoncées. Or, il n’en est rien, et la lecture des évènements de la semaine nous laisse considérablement sur notre faim.

Par conséquent, ce renforcement du pouvoir présidentiel ne s’opère-t-il pas pour le simple bénéfice de l’intéressé ? N’est-il pas à rapprocher de ce besoin qu’a éprouvé E. Macron de choisir lui-même le photographe (un proche de son épouse), la position des ministres (lui-même et son Premier ministre au milieu et non pas au premier rang) et le lieu pour la photo officielle du nouveau gouvernement (22/06/17) ? Est-ce vraiment la fonction du président que de s’occuper de tout ? N’est-ce pas plutôt la preuve de l’incapacité à déléguer qui caractérise en général les managers inexpérimentés ?

La communication comme vision politique
Surfant sur la dynamique qui est la sienne, jouant sur la confusion créée autour de la « société civile », E. Macron ne s’est pas privé cette semaine d’emprunter des termes au monde de l’entreprise. Il considère ses ministres comme des « managers », et évoque les méthodes de « team building » en ce qui concerne le séminaire gouvernemental à venir (Figaro 22/06/17).

Hélas, ces anglicismes feront peut-être rêver les personnes âgées ou la « France périphérique » mais certainement pas ceux qui travaillent dans des grands groupes ou des PME dynamiques.

Pour ces derniers, il y a longtemps que ce jargon est devenu au mieux banal, au pire synonyme d’artifices derrière lesquels bien souvent s’abritent un management déficient. Ce n’est pas tellement de « team building » dont la France a un besoin de toute urgence, mais de réformes économiques ! Lorsqu’une usine est en feu, faut-il commencer par former les pompiers de la caserne concernée à bien collaborer ensemble ?

De la comm’ et encore de la comm’
En réalité, tout cela n’est que de la communication et du marketing parfaitement « chartés », en cohérence astucieuse avec l’image de E. Macron, cette image de dynamisme et de renouveau sur laquelle le candidat a capitalisé sans limite pendant la campagne.

Mais à vouloir singer des pratiques managériales qui sont passées de mode, E. Macron nous rappelle combien il est un énarque, un ancien inspecteur des finances, et un ancien du gouvernement Hollande ! Quelqu’un à des années-lumière des méthodes utilisées actuellement par les entreprises les plus agiles et les plus efficaces…

Idem pour cette fameuse photo du gouvernement, qui symboliquement, redistribue le pouvoir de façon horizontale parmi les ministres. Il s’agit d’une technique archi-connue dans les entreprises.

Techniques d’entreprises
Sauf qu’une « photo de famille » qui brise les codes (dixit Europe 1, 22/06/17) ne remplacera jamais un aplanissement des circuits de décision et un « renversement de la pyramide ». Il y a longtemps que les entreprises sont passées à l’acte dans ce domaine, et ne se satisfont plus d’une astuce de « premier communiquant ».

Il en est de même lorsque B. Le Maire déclare (Figaro, 22/06/17) que l’industrie française peut rattraper l’Allemagne grâce au numérique. Faire croire de telles choses est tout de même crapuleux car :

-la France (pourtant à l’origine du révolutionnaire Minitel) est quasiment absente de la plupart des secteurs de la nouvelle économie

-la révolution numérique a commencé dans les années 80. C’est un peu tard maintenant pour y songer

-le numérique, c’est quelque part la dématérialisation par opposition à l’industrie faite d’usines et de machines de plus en plus robotisées. Envisager la ré-industrialisation de notre pays par le biais de l’immatériel est plus que douteux…
En réalité, de tels propos ne sont pas sérieux car ils ne sont pas réfléchis. Il trahissent encore une fois le souci de plaire, en se payant de mots pour valoriser un gouvernement qui n’a pas réellement d’ambitions. Si celui-ci avait un vrai projet industriel, il ne s’abriterait pas derrière de tels poncifs éculés.

Il évoquerait plutôt les problématiques de R/D, l’Université, le capital risque, le droit du travail, la réforme syndicale, la baisse des charges, etc… Il est triste de voir que ce gouvernement qui n’a qu’une semaine d’existence fait déjà penser à un gouvernement de communicants !

Des propositions audacieuses mais pour nos voisins
Lorsque B. Le Maire déclare en matière de fiscalité : « nous voulons avancer très vite sur les convergences de l’Allemagne et de la France… » (Figaro, 22/06/17), il ne parle pas des efforts que devra consentir en premier lieu le gouvernement français.

En effet, la pression fiscale allemande étant nettement inférieure à celle de l’Hexagone, on se doute très vite que ce genre de proposition n’est pas crédible, ou ne portera que sur des détails anecdotiques.

Un gouvernement conscient de ses propres handicaps commencerait par évoquer un plan drastique d’économies sur son propre fonctionnement avant de vouloir mouiller un pays voisin qui, rappelons-le, entretient deux fois moins de fonctionnaires, impose nettement moins ses entreprises et ses citoyens, pour des prestations de services publics qui supportent largement la comparaison (et un taux de chômage à faire rêver).

Faire porter les efforts sur autrui
Lors du sommet européen vendredi dernier, la proposition faite par E. Macron (et refusée par plusieurs pays) consistant à limiter les acquisitions d’entreprises européennes par la Chine, était typiquement de la même nature.

Il s’agissait ni plus ni moins de faire porter les efforts à autrui afin d’éviter de payer le coût d’une mauvaise compétitivité économique française et d’entreprendre les réformes douloureuses pour y remédier. Au passage, cette mesure en dit long sur le soit disant libéralisme du président, et sur son penchant interventionniste dés lors qu’il s’agit de capital (son ancien métier)…

Des réformes qui n’en sont surtout pas
Il faut relire ce qu’a déclaré hier E. Philippe concernant le déficit : « on regardera s’il faut jouer, d’ici la fin de 2017, sur une réduction de dépenses et à quel niveau » (Ouest France 23/06/17). Comme s’il n’était pas sûr de l’urgence d’économiser illico sur le train de vie de l’État, E. Philippe attend le résultat d’un audit sur la situation laissée par le gouvernement précédent !

Cet aveu du Premier ministre est lourd de sens. Il est clair que le gouvernement Macron ne considère pas le poids de la dette et le poids de l’État comme un problème majeur ! Par conséquent, les objectifs qu’il va s’assigner seront du domaine de la cosmétique.

Cet irréalisme se retrouve exactement dans les propos tenus avant-hier par le ministre de l’Économie B. Le Maire (Figaro, 22/06/17) lorsqu’il explique que « les charges sont trop élevées » et que « la hausse de la CSG va aider à financer cette baisse des charges » (sic).

Degré zéro de la fiscalité
Financer la réduction des charges par la hausse d’une taxe est typiquement le degré zéro de la réforme fiscale. Il ne s’agit que d’un artifice budgétaire, une sorte de jeu d’écriture à somme nulle, l’État (socialiste en l’occurrence) n’envisageant clairement pas d’économiser sur son niveau de vie !

La décision de vendre les participations de celui-ci, que confirme B. Le Maire dans cette même interview, est d’ailleurs la signature typique des gouvernements velléitaires. Ne se sentant pas le courage de tailler dans le train de vie de l‘État, train de vie dont on connaît pourtant les débordements, le gouvernement se rabat sur la vente de ce que l’on appelle communément les « bijoux de famille ».

Hyper centralisation du pouvoir présidentiel, abus des techniques du marketing, un certain courage pour suggérer des mesures chez nos voisins européens mais aucun pour planifier la moindre réforme pénible intra-muros, tels sont les enseignements de cette première semaine du gouvernement Macron-Philippe II, semaine dont on peut toujours espérer qu’elle ne sera pas aussi représentative de ce qui va suivre qu’elle  n’est généralement censée l’être.

En attendant, hélas, force est de constater que ce que trame ce gouvernement (et surtout, ce qu’il ne trame pas) ressemble tristement à ce que préparait le gouvernement socialiste précédent…


Source contrepoints.org
Par Claude Robert.


  • Claude Robert est consultant international en organisation, et auteur du site satirique « Eradiquons le politiquement correct français »