mardi 31 août 2021

Dessins de presse

 

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Lectures John Kennedy TOOLE-La conjuration des imbéciles


John Kennedy TOOLE

La conjuration des imbéciles

Traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso

(4ème de couverture)Ecrit au début des années soixante par un jeune inconnu qui devait se suicider en 1969, à l’âge de trente-deux ans, parce qu’il se croyait un écrivain raté, La conjuration des imbéciles n’a été éditée qu’en 1980. Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu’on goûte l’humour noir, c’est qu’aussitôt publié, le roman a connu un immense succès outre-atlantique et s’est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Une façon pour les Américains de démentir à retardement le pied de nez posthume que leur adressait l’écrivain, plaçant en exergue à son livre cette citation de Swift : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».

(Les personnages principaux :)
Ignatius Reily

(1ere phrase :)Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d’une tête.

(Dernière phrase :)Saisissant la natte dans une de ses grosses pattes, il la pressa chaleureusement contre sa moustache humide.

533 pages – Editions Robert Laffont 1981 pour la traduction française
Editions 10/18 

(Aide mémoire perso :)
Alors là grande classe : un livre
 parfait, du niveau de « Eurêka Street ».
Un livre hilarant, burlesque, poétique, désespéré, politique, mystérieux, romantique, crade, profondément original, bien écrit, bien traduit la plupart du temps, épais, dense. Bref à lire et à relire.

Voici donc la fabuleuse épopée d’Ignatius Reily, génie mégalomane de 28 ans en guerre avec la société : obèse, moustachu, fin lettré, il vit chez sa mère à la Nouvelle-Orléans, dont il n’est sorti qu’une fois pour se rendre à Baton-Rouge mais on n’est pas près de l’y reprendre, et travaille à son œuvre. Sa philosophie met en avant la théologie et la géométrie et s’inspire de l’œuvre du romain Boèce, apparemment un stoïque pour lequel toute volonté de succès est méprisable. Avec son anneau pylorique capricieux, son considérable surpoids, sa crasse, sa maladresse, sa mauvaise foi, son égoïsme et son combat anti-social, Ignatius est rejeté de toute part, mais il n’en a cure. Seule sa mère qui subvient à ses besoins, et Myrna Minkoff son amoureuse platonique rencontrée à l’université, entretiennent des relations avec lui. Jusqu’au jour où à la suite de complications financières, la mère d’Ignatius le contraint à aller chercher du travail. S’en suit une avalanche de catastrophes et de fiascos, aux pantalons Levy dans un premier temps, puis au Paradise Vendors de Mr Clyde (magnat de la Francfort), parsemés de combats politiques houleux tels que la croisade pour la fierté des Maures ou l’avènement de la paix universelle par la réservation de la carrière militaire aux seuls homosexuels. Ignatius profite de ses déboires pour alimenter son journal d’un jeune travailleur, très susceptible d’être adapté au cinéma et de clouer le bec à l’arrogante Myrna Minkoff. Toujours est-il que de déboires en cataclysmes, Ignatius se met dans de si sales draps que seule l’apparition in extremis de Myrna Minkoff permet de le sauver des infirmiers envoyés par sa mère pour l’interner : Ah l’amour…

Pour le burlesque et la galerie de personnages (Mr Jones, Lana Lee, Mr et Mrs Levy, Gonzalez, Mrs Trixie, Darlena, Mr Clyde, Mr Greene, etc…), on dirait du Pennac en plus profond, avec de la densité psychologique en dépit de figures parfaitement farfelues. Là-dessus Ignatius est un génie dont la culture et le vocabulaire sont vastes, et la peinture de l’Amérique des années 60 est à la fois originale et cruelle (l’obsession des « communisses », l’agent de police Mancuso désespérément à la recherche d’un suspect, les noirs et l’esclavage moderne, le « bouligne »…). Ignatius entretient une relation étonnante avec la télé et le cinéma : il se délecte du mauvais goût et de la vulgarité des programmes et ne les raterait pour rien au monde, tant il a plaisir à détester ce spectacle. De même, quand il est particulièrement satisfait d’un de ses écrits, il le qualifie de « commercial ». Une des qualités de ce livre et de ses personnages est ainsi de laisser de la place aux paradoxes et aux contradictions. C’est de là que vient l’épaisseur.
L’épaisseur peut-être aussi vient de ce que l’associabilité d’Ignatius est sans doute en partie celle de l’auteur, qui s’est suicidé à 32 ans quelques années après avoir écrit ce livre, se croyant apparemment un écrivain raté. Peut-être tout simplement qu’il avait tout mis dans un seul livre.

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lundi 30 août 2021

Recettes Tartes-Tarte aux mirabelles d’Eric Kayser


Tarte aux mirabelles d’Eric Kayser

Pour la pâte
Préparation : 10 mn
Temps de réfrigération de la pâte : 1 nuit
Pour 3 tartes
300 g de beurre ramolli
60 g de sucre en poudre
125 g de sucre glace
60 g de poudre d’amandes
5 g de sel
2 œufs entiers
500 g de farine

Pour la garniture
Préparation : 30 mn
Temps de cuisson : 35 mn
Pour 1 tarte rectangulaire de 20x30 cm
250 g de pâte sablée aux amandes
700 g de mirabelles
3 œufs entiers
245 g de sucre en poudre
80 g de poudre d’amandes
8 g de cannelle en poudre
10 cl de crème liquide
40 g de beurre fondu
30 g d’amandes effilées
Préparation de la pâte
1. Dans le bol d’un robot, malaxez le beurre en pommade. Mêlez le sucre en poudre, le sucre glace, la poudre d’amandes et le sel.
2. Incorporez les œufs un à un. Versez la farine et mélangez bien le tout.
3. Roulez la pâte en boule, enveloppez-la d’un film alimentaire et gardez-la au réfrigérateur une nuit.
Préparation de la garniture
4. Préchauffez le four à 160° C (th. 5-6).
5. Lavez et essuyez les mirabelles avec du papier absorbant puis dénoyautez-les.
6. Dans une jatte, fouettez les œufs avec le sucre en poudre. Ajoutez la poudre d’amandes, la cannelle et la crème liquide. Mélangez puis versez le beurre fondu. Mélangez à nouveau.
7. Foncez le moule avec la pâte sablée aux amandes. Répartissez les mirabelles dans le fond et versez l’appareil. Parsemez d’amandes effilées.
8. Enfournez pour 35 minutes.

Servez froid.

Conseil
Cette recette de pâte sablée vous permet de réaliser 3 tartes. Prélevez un tiers de la pâte pour faire votre tarte et filmez le reste en deux parts égales à réservez au congélateur pour une utilisation ultérieure.

Lorsque vous en avez besoin, placez la pâte congelée au réfrigérateur la veille pour la laisser décongeler en douceur. Sortez-la du réfrigérateur 15 minutes avant utilisation.

dimanche 29 août 2021

Recettes Conserves-Mirabelles à l’eau-de-vie


Mirabelles à l’eau-de-vie

Préparation :
 15 mn
Macération :
 3 mois
Conservation :
 12 mois
Pour 1 bocal de 1,5 litre
1 kg de mirabelles

1 bâton de cannelle

250 g de sucre en poudre

1 litre d’eau-de-vie blanche à 40°

1. Rincez, égouttez et séchez les mirabelles. Coupez les queues à moitié avec une paire de ciseaux. Mettez les fruits dans un bocal préalablement ébouillanté et séché. Ajoutez le bâton de cannelle. Versez le sucre puis l’eau-de-vie.
2. Fermez hermétiquement le bocal. Laissez macérer 24 heures à température ambiante. Secouez le bocal. Laissez reposer encore 24 heures. Remuez à nouveau.
3. Laissez ensuite macérer pendant 3 mois dans un endroit frais à l’abri de la lumière avant de consommer.



Recettes Conserves-Liqueur de cassis


Liqueur de cassis


Préparation :
 10 mn
Macération : 100 jours
Conservation :
 12 mois
Pour 1,5 litre
 1,5 kg de cassis
1 poignée de feuilles de cassis

1 litre d’eau-de-vie blanche à 40°

1 kg de sucre en poudre

½ bâton de cannelle
1 clou de girofle

1.
 Lavez et essuyez les feuilles de cassis. Rincez, épongez soigneusement et égrappez les cassis. Écrasez grossièrement les fruits avec une fourchette. Mettez-les dans un large bocal, préalablement ébouillanté et séché, avec le sucre, les feuilles de cassis, la cannelle et le clou de girofle.
2.
 Arrosez d’eau-de-vie. Fermez hermétiquement. Secouez doucement le bocal. Laissez macérer 40 jours au soleil.
3.
 Au bout de ce temps, filtrez les fruits à travers un linge. Mettez en bouteilles. Bouchez et attendez encore 60 jours avant de consommer.


samedi 28 août 2021

Recettes Tartes-Tarte à la rhubarbe d’Eric Kayser


Tarte à la rhubarbe d’Eric Kayser

Pour la pâte
Préparation : 10 mn
Temps de réfrigération de la pâte : 1 nuit
Pour 3 tartes
300 g de beurre ramolli
60 g de sucre en poudre
125 g de sucre glace
60 g de poudre d’amandes
5 g de sel
2 œufs entiers
500 g de farine

Pour la garniture
Préparation : 45 mn
Temps de cuisson : 50 mn
Pour 1 tarte rectangulaire de 20x30 cm
300 g de pâte sablée aux amandes
1 kg de rhubarbe
2 oranges
450 g de sucre en poudre
125 g de beurre ramolli
150 g de poudre d’amandes
20 g de farine
3 œufs entiers
2 cl de Grand Marnier
Sucre glace
Préparation de la pâte
1. Dans le bol d’un robot, malaxez le beurre en pommade. Mêlez le sucre en poudre, le sucre glace, la poudre d’amandes et le sel.
2. Incorporez les œufs un à un. Versez la farine et mélangez bien le tout.
3. Roulez la pâte en boule, enveloppez-la d’un film alimentaire et gardez-la au réfrigérateur une nuit.
Préparation de la garniture
4. Préchauffez le four à 160° C (th. 5-6).
5. Lavez, épluchez et coupez la rhubarbe en petits tronçons de 2 cm. Prélevez finement le zeste des oranges.
6. Faites bouillir 1 litre d’eau et ajoutez la rhubarbe avec 300 g de sucre en poudre. Attendez la reprise de l’ébullition. Laissez s’égoutter la rhubarbe dans une passoire pendant 30 minutes environ.
7. Dans une jatte, fouettez le beurre en pommade. Ajoutez 150 g de sucre, la poudre d’amande et la farine puis les œufs un à un. Mélangez jusqu’à l’obtention d’un mélange homogène. Incorporez les zestes d’orange et le Grand Marnier.
8. Foncez le moule avec la pâte sablée aux amandes. Tapissez-en le fond avec la rhubarbe. Versez la préparation dessus et enfournez 30 minutes.

Servez froid saupoudré de sucre glace.

Conseil
Cette recette de pâte sablée vous permet de réaliser 3 tartes. Prélevez un tiers de la pâte pour faire votre tarte et filmez le reste en deux parts égales à réservez au congélateur pour une utilisation ultérieure.

Lorsque vous en avez besoin, placez la pâte congelée au réfrigérateur la veille pour la laisser décongeler en douceur. Sortez-la du réfrigérateur 15 minutes avant utilisation.

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jeudi 26 août 2021

mardi 24 août 2021

Recettes de Saison Eté-Tarte légère aux nectarines


Tarte légère aux nectarines

Préparation : 15 mn
Cuisson : 25 mn
Pour 6 personnes
1 noisette de beurre
7 cuillerées à soupe de sucre en poudre
6 nectarines
4 œufs
10 cuillerées à soupe de crème fraîche liquide
6 cuillerées à soupe de poudre d’amandes
1 sachet de sucre vanillé
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Beurrez le moule à tarte et saupoudrez-le de 1 cuillerée à soupe de sucre.
3. Coupez les nectarines en quartiers d’environ 2 centimètres de large et disposez-les dans le fond du moule.
4. Fouettez les œufs avec le sucre. Ajoutez la crème, la poudre d’amandes et le sucre vanillé. Mélangez bien et versez sur les fruits.
5. Enfournez et laissez cuire environ 25 minutes. Le dessus doit être légèrement doré.
6. Servez tiède ou froid.

Vous pouvez remplacer les nectarines par des pêches ou de la mangue.

Recettes de Saison Été-Confiture de figues à la noisette


Confiture de figues à la noisette

Préparation : 20 mn
Macération : 1 h 30
Cuisson : 15 mn
Pour 1 pot de 375 g (ou plusieurs petits pots)
2 kg de figues
400 g de sucre cristal
50 g de noisettes en poudre
5 cuillerées à soupe de sirop de noisette
1. Coupez les figues en deux, prélevez leur pulpe à l’aide d’une cuillère et déposez-la dans un grand bol.
2. Ajoutez le sucre, le sirop et les noisettes en poudre. Mélangez et laissez macérer au frais pendant 1 h 30.
3. Versez la préparation dans un faitout et portez à ébullition.
4. Poursuivez ensuite la cuisson 10 minutes. Versez dans des petits pots, préalablement ébouillantés et séchés, et laissez refroidir. Conservez au frais.

Lectures Lawrence Durrell-Le quatuor d’Alexandrie



Lawrence Durrell

Le quatuor d’Alexandrie

Traduit de l’anglais par R. Giroux

(4ème de couverture)
La ville d’Alexandrie, que l’auteur connaît intimement et dont il restitue à chaque page la couleur, le rythme et le délire, sert de cadre à cette fabuleuse tétralogie. Alors que Justine, Balthazar et Mountolive se superposent – des événements identiques sur le plans politique, sentimental et sexuel sont racontés de différents point de vue par les héros avec une grande force évocatrice – Cléa est une suite qui fait avancer le roman dans le temps.
« La lecture de ce livre est une aventure qui marque, par sa forme, sa sonorité, sa couleur. Le récit ne progresse pas selon la démarche habituelle du roman, il miroite et ondule dans la trame flottante de cette manière sacrée si rarement invoquée par le romancier : la lumière. » Henry Miller

(1ere phrase :)
Justine - La mer est de nouveau trop grosse aujourd’hui, et des bouffées de vent tiède viennent désorienter les sens.
Balthazar – Tonalités du paysage : du brun au bronze, ciel abrupt, nuages bas, sol de perle aux ombres nacrées et aux reflets mauves.
Mountolive – En tant que jeune attaché d’ambassade promis à un brillant avenir, on l’avait envoyé en Egypte pour qu’il se perfectionnât en arabe, et il fut affecté à la Haute Commission comme scribe, pour ainsi dire, en attendant son premier poste officiel ; mais il se comportait déjà en jeune secrétaire de légation pleinement conscient de ses responsabilités futures.
Clea – Les orangers furent plus opulents que de coutume cette année-là.

(Dernière phrase :)
Justine – Tout ne dépend-il pas de l’interprétation que nous donnons du silence qui nous entoure ? Si bien que…
Balthazar – Il y a encore quelques lignes, et ensuite la formule affectueuse.
Mountolive – « A quoi, se demandait-il, Narouz pouvait-il bien rêver maintenant, avec son grand fouet enroulé sous son oreiller ? »
Clea – Et je sentis que tout l’Univers venait de me faire un clin d’œil !
1028 pages – Editions Buchet/Chastel Justine 1957, Balthazar 1959, Mountolive 1959, Cléa 1960 (1963 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)
Je me suis demandé si j’oserais rédiger une note sur Le Quatuor d’Alexandrie, une œuvre immense, une somme de quatre romans rédigés entre 1957 et 1960 et réunis en un seul volume. Après réflexion… pourquoi pas ? Après tout, qui a vraiment lu Le Quatuor d’Alexandrie jusqu’au bout ? Car à l’instar de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, tout le monde ou presque a déjà entendu parler de ce gros roman de 1000 pages, mais peu de gens l’ont lu, du moins au-delà des cinquante premières pages. Le Quatuor d’Alexandrie, une œuvre magistrale dont je résume les quatre romans.

Justine - Dans le roman d’ouverture du Quatuor, le narrateur, un Anglais qui répond au nom de Darley, se souvient d’Alexandrie et, se souvenant, cherche à comprendre ce qu’il a vécu, confrontant ses souvenirs avec le journal que lui a laissé Justine, sa maîtresse, mais aussi l’épouse de Nessim, lui-même père biologique de la fille de Melissa, sa compagne morte de la tuberculose. Le narrateur fait donc œuvre de mémoire, tranquillement installé sur une île grecque avec l’enfant de Melissa. Le point de vue est celui du narrateur qui, bien entendu, ne sait pas tout, mais néanmoins présente tous les personnages du roman : les frères Hosnani (Nessim et Narouz), leur mère Leilla, Balthasar, Pombal, Scobie, Pursewarden et bien d’autres. Le lecteur, lui, comprend que Darley est épris de Justine dont il craint le mari, Nessim.

Balthasar - Le deuxième roman du Quatuor s’ouvre sur la visite de Balthasar sur l’île de Darley. Ayant eu accès au manuscrit de ce dernier, Balthasar le commente abondamment dans les marges et lui révèle ainsi un tout autre point de vue sur les événements. C’est ainsi que l’on apprend que Darley s’est fait manipulé par Justine et Nessim, tous deux impliqués dans un complot copte allant à l’encontre des intérêts de l’Angleterre en Égypte. Ce deuxième roman offre donc un nouvel éclairage sur le récit, notamment sur la personnalité de Justine et sur certains éléments forts, comme la scène macabre des enfants se prostituant dans un lieu sordide de la ville.

Mountolive - Ce troisième roman est le plus classique des quatre du point de vue de sa narration car, contrairement aux autres, le récit est plutôt linéaire. Il raconte l’histoire de Mountolive, jadis amant de Leïla, mère de Nessim, qui devient ambassadeur d’Angleterre en Égypte. Dans ce récit, Darley devient un personnage secondaire tandis que la famille Hosnani (Leïla et ses deux fils : Nessim et Narouz) prend une importance nouvelle. C’est dans ce roman aussi que Durell présente en détail le personnage de Pursewarden, l’écrivain torturé qui vit une relation ambiguë avec sa sœur aveugle, Liza.

Cléa - Avec ce dernier roman, Durrell refait de Darley le narrateur qui revient à Alexandrie après quelques années d’absence. Darley conduit la fille de Melissa chez Nessim, son père biologique, et se met en ménage avec Cléa. Les Hosnani, en disgrâce depuis que le pouvoir a déjoué leur complot, sont assignés à résidence sur leur terre loin de la ville. Justine, aigrie, ne cherche qu’à quitter le pays. Cléa est le roman de la mélancolie, de la fin d’Alexandrie comme ville ouverte, cosmopolite. Darley retourne sur son île grecque mais, à la fin, il prend la décision de s’installer en France, là où a déjà émigré Cléa.

Le Quatuor d’Alexandrie est un de ces romans qui relate les événements d’une époque, certes révolue comme toutes les époques, mais aussi d’un espace - la ville cosmopolite d’Alexandrie avant la Deuxième guerre mondiale. En effet, après la guerre, la coexistence paisible des différentes communautés n’est plus : la souveraineté arabo-musulmane se fait partout présente, marginalisant - en grande partie grâce aux manœuvres des anciens colonisateurs, à savoir les Anglais - les communautés coptes, grecques, juives, puis européennes. Conclusion, à la fin du récit, Cléa, amie du narrateur, choisit d’émigrer en France, tout comme Durrell lui-même, d’ailleurs, qui y terminera sa vie.

Je viens de résumer une œuvre qui, dans les faits, ne se résume pas, notamment en raison de l’absence de linéarité du récit, C’est d’ailleurs ce qui rend la lecture du Quatuor d’Alexandrie si difficile. Le style de Lawrence Durrell est foisonnant, assez déroutant parfois, mais le lecteur assidu s’y laisse vite envoûter car l’auteur nous entraîne là où il veut, maîtrisant à la perfection le destin de ses personnages. Dans ce récit en boucle, les personnages sont uniques et multiples, comme une marguerite dans un champ de marguerites, d’où leurs différents points de vue sur des événements vécus par chacun d’eux. Le Quatuor d’Alexandrie reconstitue une parcelle d’existence qui, comme la vie elle-même, ne peut être comprise qu’à partir d’un kaléidoscope, laissant apparaître du même coup la fragilité de toute vérité.

Le Quatuor d’Alexandrie est un roman d’une très grande beauté, tant du point de vue de son style que de son contenu. Un roman qui représente une occasion exceptionnelle de s’ouvrir au monde, de pénétrer une société révolue, de fréquenter des gens qu’on n’aura sans doute jamais l’occasion de fréquenter dans notre vie. En effet, seule la littérature nous permet de fréquenter des hommes et des femmes de toutes conditions, dans un axe spatio-temporel quasi infini. Et l’œuvre magistrale de Lawrence Durrell en est une magnifique illustration.

Lawrence Durrell (1912-1990) est né en Inde où il passe les onze premières années de sa vie avant d’être envoyé en Angleterre pour y poursuivre ses études. N’aimant pas le mode de vie britannique, il ne complète pas ses études universitaires et se consacre à la littérature. Après avoir publié sans succès quelques romans, il quitte l’Angleterre en 1935 et s’installe sur l’île grecque de Corfou, île qu’il quitte bientôt pour l’Égypte en raison de la montée du nazisme. Après la guerre, il se fixe à Chypre en tant qu’attaché de presse mais, à partir des années 1950, l’île est en proie à des troubles violents, ce qui l’oblige à émigrer en France. Il y restera jusqu’à son décès en 1990.

Lawrence Durrell a publié de nombreux romans et essais, son œuvre la plus remarquable demeure Le Quintette d’Avignon, une suite de cinq romans publiés entre 1974 et 1985.

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dimanche 22 août 2021

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samedi 21 août 2021

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vendredi 20 août 2021

Lectures Henry MILLER-Nexus 2 Vacances à l’étranger


Henry MILLER 

Nexus 2 - Vacances à l’étranger 

Traduit de l’Américain par Christian Séruzier 

(4ème de couverture) « N’importe qui peut aligner des mots les uns derrière les autres. La langue, celle de tous les jours, est comme une planche à laver. Ecrire, c’est autre chose. Cela ressemble à une cadence perpétuelle au bord extrême d’un gouffre. Jusqu’à ce jour, je n’avais encore jamais écrit une ligne. J’ai passé mon temps à frotter des vêtements, des vêtements sales. D’abord, je dois trouver qui je suis, d’où je viens, où je vais, pourquoi je suis ici. Il faut que je me transforme en orphelin, que je m’apprenne ma propre langue, que j’arrête de prendre des leçons de musique, et ainsi de suite. D’abord, je dois me débarrasser de tout ce bagage que j’ai accumulé… Je veux dire : de la littérature. » Conçue comme une conclusion à sa trilogie de « la crucifixion en rose » commencée avec « Sexus » (1949) et « Plexus » (1953), la publication de « Nexus » en (1960) devait, dans l’esprit de son auteur, être suivie d’un second volume. Pour une raison jamais explicitée, Miller abandonna en 1962 le projet de « Nexus 2 » au bas du cent douzième feuillet. Conservé par des proches, ce manuscrit refait surface aujourd’hui et fait enfin l’objet d’une publication grâce à cette traduction française. Cet inédit nous plonge dans le Montparnasse des Années folles, celui de Brassaï, Picasso, Chagall, Cocteau…, et dans une Europe insouciante et effervescente qui, pour un jeune couple pseudo-américain des plus libérés, constitue un extraordinaire champ d’expériences. 

(1ere phrase :) Ainsi donc, nous y voilà, me dis-je en descendant la passerelle au Havre, tremblant de poser le pied pour la première fois sur le sol de France ! 

(Dernière phrase :) J’en croyais à peine mes yeux. C’était écrit noir sur blanc : BATEAU APPAREILLE JEUDI. RETROUVE-MOI SUR LE QUAI ! 

140 pages – Editions Autrement Paris 2004 

(Aide mémoire perso :) 

On croyait que l'œuvre autobiographique d'Henry Miller s'achevait avec le départ du narrateur pour l'Europe, à la fin de Nexus. Mais cette seconde partie inédite, Nexus 2, prolonge ses voyages avec sa compagne, Mona. On y suit un couple nomade, avide d'expériences et de liberté. Leur séjour commence à Paris, dans le Montparnasse cosmopolite et embrasé d'une fièvre créatrice, parmi Brassaï, Cocteau, Aragon, Cendrars, Soutine. A Lyon, Vienne, Budapest et en Roumanie, dans l'Europe de l'entre-deux-guerres, ils multiplient les rencontres dans les cafés où ils aiment traîner. Miller abandonne Nexus 2 en 1962. La fin du récit, le souvenir érotique d'un ménage à trois à New York, est bouclée de manière un peu expéditive. Reste le génie de Miller.

Lectures Henry MILLER-Nexus


Henry MILLER 

Nexus 

Traduit de l’Américain par Roger Giroux 

(4ème de couverture) Henry Miller, qui voulait être débarrassé des contingences matérielles pour devenir écrivain, à la chance de trouver en sa seconde épouse, Mona, une femme dévouée qui le supplie de rester au logis pendant qu’elle part en quête de l’argent nécessaire pour vivre. Ce pourrait être le paradis… mais il y a Stasia, l’amie hautement pittoresque de Mona. Miller se ronge d’énervement, il délire, il tourne comme un ours en cage dans Brooklyn. Dix, vingt personnages baroques traversent son univers. Nul n’est plus extravagant que Stasia ! Que faire ? Seule l’Europe, affirme Mona, convient à l’écrivain qu’il veut être. C’est sur le départ de l’auteur pour le vieux continent que s’achève Nexus, le troisième et dernier volume de la célèbre « Crucifixion en rose », qui comprend également Sexus et Plexus. Ce récit est assurément l’œuvre la plus importante du grand écrivain américain. 

(1ere phrase :) -Ouaf! Ouaf ouaf ! OUAF ! OUAF ! 

(Dernière phrase :) Allez, au revoir ! Vogue la galère ! 

414 pages – Editions Christian Bourgeois Paris 1996 

(Aide mémoire perso :) 

« L’hiver de la vie, comme quelqu’un aurait dû dire, commence à la naissance. Les années les plus dures sont de un à quatre-vingt-dix ans. Après, ça va tout seul. » Pour ce troisième et dernier volet de la Crucifixion, Miller traverse une période terrible d’abandon et de désespoir, avant de ressusciter dans l’euphorie du départ imminent pour Paris (où il vécut de 1930 à 1939, traversant semble t-il d’autres passages délicats : divorce d’avec Mona – June dans la vraie vie – en 1931 et clochardisation avant la publication du 1er Tropiques en 1934). Les choses commencent à se gâter lorsque Mona fait la rencontre de Stasia, une sauvageonne totalement barrée qui emménage avec eux. Il s’agit moins d’un ménage à trois (Stasia prétend toujours être vierge) que d’une concurrence exacerbée entre Miller et Stasia pour l’amour de Mona, qui bien sur les aime tous les deux autant. Miller est peu à peu exclu et pète les câbles dans la cave qu’ils occupent à Brooklyn, pendant que les filles courent le Village à la recherche de pigeons. Pour finir elles embarquent sans prévenir pour Paris, plongeant Miller dans un isolement et un désespoir accablants : une nouvelle fois, retour chez les parents. C’est à ce moment que Miller conçoit le projet d’écrire son histoire avec Mona, ce qui semble avoir occupé l’intégralité de son œuvre. Évidemment il y a toujours un ou deux anges gardiens qui traînent et qui lui permettent d’endurer son malheur jusqu’à ce que le retour de Mona le ressuscite. Elle revient seule, s’étant disputée avec Stasia (Jean Kronski dans la vraie vie, qui se serait en fait lancée dans une relation avec Anaïs Nin – Anaïs Nin qui conte dans son journal quelques épisodes fougueux en compagnie de Miller, mais à une période bien plus tardive…). Tout s’inverse alors et le bonheur éclabousse tout le dernier tiers du livre : Miller pond son roman, Mona trouve parmi ses pigeons un type désireux de le publier ainsi qu’un superbe appartement à Brooklyn, et avec l’argent du livre ils s’en vont pour Paris. Fin de l’accouchement au forceps d’un écrivain. Ni Plexus, ni Nexus ne retrouvent la fougue dévastatrice de Sexus, le plus factuel des trois. Miller a une tendance avérée aux divagations mystiques. En général il commence un chapitre par un récit factuel, avant de dériver vers des considérations abstraites ou des références culturelles (avec notamment pour grand héros de ce 3ème tome Knut Hamsum, prix Nobel de littérature et collabo notoire lors de la 2nde guerre mondiale). Mais les trois tomes sont d’une qualité littéraire époustouflante : outre la richesse sémantique prodigieuse et la multiplication de références brillantes, Miller n’a pas son pareil pour imager son propos avec des associations saugrenues et drôles, qui si on les regarde à froid en décomposant chaque élément sont tout à fait absurdes, mais qui percutent puissamment si l’on s’en tient à leur viscérale force poétique : « Et ainsi, comme un concerto de piano pour la main gauche, la journée glissait » ; « Isaac Poussière, né de la poussière et qui retourne à la poussière. De la poussière à la poussière. Ajoutez un codicille en faveur du bon vieux temps. » Il faut mentionner la passion de Miller pour tout ce qui est juif (ce qu’est Mona bien qu’elle s’en défende), en particulier le mysticisme, l’érudition et le goût de l’argutie. D’ailleurs tous les juifs qu’il croise le prennent pour l’un des leurs. Est-ce de l’antisémitisme refoulé ou un snobisme chic ? Un petit extrait de pur Miller pour finir, parmi les dernières lignes de la Crucifixion donc sans doute écrites vers 1959 à Big Sur : « N’était-elle pas ouverte à tous, cette terre bénie de la liberté (à l’exception bien sur des peaux rouges, des peaux noires et des ventres jaunes d’Asie). C’est dans ces dispositions d’esprit que mes Grosspapas et mes Grosmamas étaient venus. Le grand voyage vers la terre promise. Windjammers. Trois mois en mer, avec la dysenterie, le beri-beri, les poux, les morpions, la rage, la fièvre jaune, la malaria et autres délices de ce genre de croisières. Ils avaient trouvé la vie à leur goût, ici, en Amérique, mes ancêtres, bien que, dans leurs efforts pour garder l’âme chevillée au corps, ils aient succombé avant l’âge. (Mais leurs tombes sont encore en bon état). »

Lectures Henry MILLER-Plexus


Henry MILLER 

Plexus 

Traduit de l’Américain par Elisabeth Guertic 

(4ème de couverture) Plexus est le deuxième volet de la célèbre autobiographie d’Henry Miller : « La crucifixion en rose », comprenant également Sexus et Nexus. Miller y raconte ses années d’enfance dans un quartier pittoresque de New York, ses aventures de jeune homme que torture que torture le démon de l’écriture et qui, afin de le satisfaire, finit par briser une à une les chaînes qui le rivent à la vie quotidienne de ses compatriotes, son combat difficile pour devenir un artiste. Il connaît la misère, les rebuffades, les vexations de toutes sorte, l’orgueil solitaire de celui qui croit en son génie et parviendra à le faire triompher. Dans cette lutte, sa nouvelle compagne, Mona, pousse le dévouement au-delà des limites communes. Les aventures que vit Henry Miller, les personnages qu’il rencontre, innombrables et curieux, les réflexions que lui inspirent les uns et les autres composent un récit d’une liberté, d’un naturel, d’un humour et d’une audace inouïs. 

(1ere phrase :) Dans sa robe persane collante, avec un turban assorti, elle était ravissante. 

(Dernière phrase :) L’arbre de la vie est maintenu vivant non par les larmes mais par la certitude que la liberté est réelle et éternelle. 

670 pages – Editions Christian Bourgeois Paris 1996 

(Aide mémoire perso :) 

« Et si l’on me demandait : As-tu joui de ton séjour sur terre ?, je répondrais : « Ma vie n’a été qu’une longue crucifixion en rose. » La suite des aventures du monstre Miller est nettement moins jubilatoire que la crucifixion 1ère époque, ne serait-ce qu’en raison de l’absence complète d’épisodes obscènes, le sexe se résumant à de furtives allusions quand c’était une des matières prépondérantes du bien nommé Sexus. Sans doute le décalage de 13 années entre la rédaction des deux tomes n’y est pas pour rien. Plexus relate les difficultés matérielles du couple Mona / Val, elle travaillant (c’est-à-dire faisant la serveuse ou l’entraîneuse et recevant des subsides de ses admirateurs par des procédés sur lesquels Miller préfère ne pas trop se pencher), lui bullant à de rares exceptions pour se concentrer sur l’écriture ou l’attente de l’écriture. Toujours au gré des rencontres et des opportunités, Mona et Val se font marchands de petits poèmes, vendeurs ambulants de bonbons, tenanciers d’un speakeasy éphémère à leur domicile. Val finit en vendeur d’encyclopédie au porte à porte, non sans avoir préalablement refusé des offres mirobolantes dans la publicité ou certaines publications. Ils sont contraints à certains moments de retourner vivre chacun chez leurs parents, ceux de Miller se montrant légitimement soucieux d’avoir chez eux leur grand fils de 34 ans, deux fois marié et père d’une petite fille. Cette Crucifixion en rose est avant tout une leçon de persévérance pour les artistes en herbe dont le talent tarde à être reconnu. Du moins non c’est avant tout un beau morceau de littérature. Les allers-retours chronologiques sont un peu systématiques (Miller tombe sur un type dans la rue et l’on sait qu’on va en prendre pour 15 pages du récit de leurs frasques communes à l’adolescence) mais permettent aussi une respiration agréable. Sur le plan intellectuel, Miller fait feu de tout bois et multiplie les références, en particulier à ses quatre cavaliers de l’apocalypse que sont Nietzsche l’iconoclaste, Dostoïevski le grand inquisiteur (c’est chic d’avoir un écrivain russe pour mentor, si l’on pense au culte de Mc Liam Wilson pour Tolstoï), Elie Faure le magicien et Oswald Spengler (auteur du Déclin de l’occident) le bâtisseur de schémas. Il invoque également nombre de figures plus obscures mais prometteuses comme John Brown (idéaliste révolutionnaire américain précurseur de la lutte contre l’esclavage), Gilles de Rais (compagnon de Jeanne d’Arc et par ailleurs meurtrier violeur en très grande série) et une multitude d’autres. Sa culture absolument encyclopédique semble confirmer la supposition de Miller selon laquelle 2 à 3 heures de lecture quotidiennes tout au long de sa vie devraient permettre de mourir en ayant lu toutes les choses importantes. À noter enfin quelques passages franchement ennuyeux, en particulier les récits de rêves et la fin ésotérique consacrée à l’apologie d’Oswald Spengler, qui fait suite aux visions prophétiques d’un certain Claude : on se croirait dans Hermann Hesse, quelle horreur (il est d’ailleurs cité fort à propos par Miller) !

Lectures Henry MILLER-Sexus


Henry MILLER 

Sexus 

Traduit de l’Américain par Georges Belmont 

(4ème de couverture) Interdit pendant des années, Sexus est l’audacieux premier volet de « la crucifixion en rose », comprenant aussi Plexus et Nexus, où Henry Miller entreprend le récit complet de sa vie tumultueuse, riche d’expériences intérieures et d’aventures. Sexus est l’histoire du grand amour qui, à travers l’inoubliable Mara-Mona, agit comme un révélateur sur Miller, mais aussi l’analyse lucide de la formidable crise qui le secoua et le fit se muer en lui-même. Certains passages très crus, d’une sexualité exacerbée, associent provocation et témoignage : ils sont, dans cette œuvre ardente, riche, puissante, une partie de la vérité dont Miller a fait l’objet de sa vie créatrice. Une franchise absolue, une crudité totale… un « Peau-Rouge » déchaîné dans les rues chaudes. Michel Mohrt. 

(1ere phrase :) Ce doit être un jeudi soir que je la rencontrai pour la première fois – au dancing. 

(Dernière phrase :) Ouaf ouaf !... Ouaf ! Ouaf ! Ouaf, ouaf, ouaf ! 

667 pages – Editions Christian Bourgeois Paris 1996 

(Aide mémoire perso :) 

Premier tome de la Crucifixion en rose, l’autobiographie épaisse de Henry Miller, Sexus relate la période allant de la rencontre de Mara jusqu’au mariage avec Mona (la même personne rebaptisée en cours de route) avec quelques sauts en avant ou en arrière dans le temps, au gré des rencontres. Toute l’existence de Miller semble se dérouler au gré des rencontres, en suivant les envies qui viennent sans jamais laisser s’interposer la moindre limite morale. À cette époque (1924), Miller a 33 ans, un poste enviable de DRH à la compagnie cosmodémonique des télégraphes et met peu à peu au clou son fantasme d’écriture. Il hait sa femme Maude avec application, semble ignorer sa petite fille (ou refuse d’en parler par pudeur ?), pochetronne et baisouille au gré des rencontres. Un soir au dancing il tombe sur Mara, une entraîneuse, et tombe raide amoureux. Mystérieuse mythomane comme lui toujours à court d’argent, elle semble pouvoir faire contrepoids à son inconséquence par une folie encore plus radicale. Miller divorce, ce qui sonne le démarrage d’une vie sexuelle d’une intensité totalement inédite avec Maude, sans que cela remette une seconde en question l’amour viscéral qu’il porte à Mara (devenue Mona alors que lui devient Val). Ils emménagent ensemble à Brooklyn dans une location hors de prix en empruntant tout ce qu’ils peuvent et se marient. L’épisode finit en légère dérive mentale à la fin de la journée du mariage. Ici on a clairement affaire à un monstre : de littérature, d’égoïsme, de franchise, de liberté, de frime et de luxure. Le genre qui peut pas croiser une femme désirable sans l’emmancher et qui procure (ou croît procurer) 14 orgasmes à toutes celles qu’il honore de son pénis des plus réactifs. Le style est phénoménal, jubilatoire, avec des cascades d’images percutantes et incroyablement originales. Il n’a pas son pareil pour provoquer des triques violentes dans le métro, dont l’ingrédient excitant est clairement la transgression. Rien ne le fait reculer : baiser la femme d’un copain, son ex-épouse effondrée, la voisine adolescente, une Irlandaise moche en retour de cuite. Miller ne se sent tenu à aucun engagement vis-à-vis de qui que ce soit, fusse Mona. Il n’éprouve aucune culpabilité pour son absence de tristesse le jour où elle tente de se suicider au moment où il était en pleine fornication avec Maude, n’a aucune intention de payer les pensions alimentaires (alors même qu’il demande à payer double au tribunal). Il ne prétend pas à la vertu, ni à aucune fiabilité, et ce sans malignité (sauf exception ludique). Cet individualisme radical choque encore le lecteur, alors que le récit date de 1939 et relate des faits de 1924, si du moins le lecteur, pourtant prévenu, a la crédulité de croire sur parole les vantardises de l’auteur. Miller est enfin un monstre de bavardage qui dure plaisamment et brillamment cinq pages, multipliant les anecdotes à l’énergie, là où l’écrivain moyen semblerait s’appesantir au bout d’un paragraphe. Quelques longueurs psychédéliques auraient pu être élaguées, mais au plus une centaine de pages sur les quelques 650 de ce premier tome. Reste à tenir le rythme sur le millier qui suit.