vendredi 31 janvier 2020

Billets- La désobéissance civile


La désobéissance civile

Si l'expression " désobéissance civile " a connu depuis quelques décennies un large succès, il n'est pas certain que ses utilisateurs l'emploient toujours à bon escient. On peut même supposer que l'imprécision dans son usage explique en partie son succès : elle offre à de nombreux groupes contestataires la possibilité de désigner leurs pratiques par une expression qui, grâce aux campagnes de Gandhi et de King notamment, est perçue comme valorisante. Auraient-ils l'impression qu'en se référant ainsi implicitement à de prestigieux et respectables ancêtres, ils ouvrent un parapluie protecteur sur leurs propres pratiques ? Ce serait là une regrettable confusion entre deux aspects qu'il importe de distinguer : celui de la définition et celui de la justification de ce genre d'actions. Pour traiter sereinement de la définition de la désobéissance civile, il faut mettre de côté les jugements de valeur. La question de savoir si la désobéissance civile est parfois légitime, et si oui à quelles conditions.

  • Quatre fois civile
En quel sens la désobéissance est-elle " civile " ? Le mot peut être interprété de quatre manières différentes:

- " civil " renvoie d'abord à la notion de citoyen. Le mot souligne ainsi qu'il ne s'agit pas d'une rupture de citoyenneté, d'un acte insurrectionnel contre la communauté politique dont on fait partie. Il s'agit plutôt d'un acte de " civisme " au sens fort : une volonté d'oeuvrer à l'intérêt général, y compris en payant de sa personne. Cet acte de citoyens s'adresse à des citoyens : il fait appel à l'opinion publique, estimant qu'elle peut comprendre l'objet du conflit et intervenir pour sa solution. C'est pourquoi dans les sociétés non démocratiques, où l'" espace public " est peu développé, seules des formes tronquées de désobéissance civile sont possibles.

- " civil " peut aussi se comprendre comme l'opposé de " militaire ", selon une opposition linguistique qui reste pertinente dans la plupart des langues : on s'habille " en civil " quand on quitte un uniforme ; on dit " les civils " pour désigner les personnes qui ne sont pas militaires. Certes, la désobéissance civile peut être pratiquée par des militaires ; mais ils ne la pratiquent alors, précisément, que dans la mesure où ils renoncent à l'usage (ou à la menace d'usage) des armes. L'exemple typique d'une désobéissance civile des militaires, c'est le refus de tirer quand on en reçoit l'ordre (comme certains officiers russes à Prague en 1968). C'est donc l'aspect non-violent de la désobéissance civile qui est ainsi souligné.

- " civil " s'oppose également à " criminel ". Les " délits " dont il s'agit sont toujours de nature politique, même quand les instances judiciaires refusent de les traiter comme tels. On ne peut pas qualifier de " civile " une désobéissance à la loi visant à promouvoir des intérêts égoïstes.
- un sens du mot " civil " auquel Gandhi attachait une grande importance est celui qui évoque la politesse, la courtoisie . La " civilité " de la désobéissance se marque par le respect des personnes auxquelles on a affaire au coeur même d'une lutte contre des lois, des politiques ou des systèmes.

  • Désobéir, ou obéir autrement ?
Le mot " désobéissance " semble plus facile à définir. Par opposition à l'infraction (qui peut être non intentionnelle : on " se trouve " en infraction), le mot désigne l'accomplissement délibéré d'une action interdite par une loi ou un règlement en vigueur (ou le refus d'accomplir un acte auquel la loi oblige).

Mais qu'est-ce qu'une " loi en vigueur " ? Notre époque a vu se multiplier les différents niveaux de lois : on en appelle par exemple d'une loi nationale à des Conventions internationales, voire à la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Ou bien, dans les États fédéraux, d'une loi locale à la loi fédérale... Il arrive donc fréquemment que l'on justifie la désobéissance à une loi au nom de l'obéissance à une autre loi, estimée supérieure. Ce fut notamment le cas dans le Mouvement des droits civiques aux États-Unis : pour justifier ses violations des lois racistes de certains États du Sud, il s'appuyait sur les lois votées à Washington déclarant illégale la discrimination raciale. Ainsi la discrimination dans les mares routières avait-elle été interdite depuis longtemps par la loi fédérale lorsque commencèrent les " freedom rides ", ces voyages en bus dans les États racistes, au cours desquels les militants blancs et noirs utilisaient ensemble les installations des gares routières. Était-ce de la " désobéissance civile " ?

On en a beaucoup discuté aux États-Unis à l'époque. Certains estimaient que ces actions ne constituaient pas des transgressions de la loi, mais des manières de " faire appel " à la loi, en obligeant les tribunaux à trancher. Mais on peut aussi considérer la chose du point de vue de ceux qui prenaient le bus pour le sud : ils avaient beau savoir que leur acte n'était pas formellement une infraction et que leur droit serait reconnu tôt ou tard, ils étaient néanmoins confrontés dans l'immédiat à toutes les pénibles conséquences d'une infraction à une loi en vigueur : arrestations souvent brutales, amendes, emprisonnement...

On peut donc retenir, avec Burton Zwiebach, un critère plus pragmatique que juridique : " Pour déclarer qu'un acte est " désobéissant ", il importe peu de savoir que la règle sera probablement abrogée par l'autorité supérieure ou bien que l'on découvrira que l'autorité exigeant l'obéissance a agi en dehors des limites de son autorité. Du moment qu'une règle formellement valide ou une autorité publique formellement reconnue est désobéie par quelqu'un à l'intérieur des limites de sa juridiction apparente, l'acte est une désobéissance. "

Les différentes définitions qui ont été proposées de la désobéissance civile s'accordent généralement sur son caractère public (non secret), politique (non criminel), pacifique (non violent). Mais elles divergent sur la nécessité d'inclure ou non une référence aux motivations subjectives des acteurs et notamment à des motifs " de conscience ". C'est en fait le rapport de la désobéissance civile à une notion très voisine, celle d'" objection de conscience ", qui est ainsi posé.

  • Désobéissance civile et objection de conscience
L'expression " objection de conscience" apparaît pour la première fois, semble-t-il, en Angleterre vers la fin du XIXème siècle, à l'occasion d'un large débat d'opinion sur la vaccination obligatoire. Ce débat aboutit, en 1898, à une loi qui prévoit des exemptions pour ceux qui feraient état d'une " conscientious objection " à la vaccination de leurs enfants. L'expression fut reprise, et rarement vulgarisée, lors des débats ultérieurs sur le service militaire obligatoire. Aujourd'hui encore, on a tendance à réserver l'expression au domaine des obligations militaires, ce qui est une erreur historique et logique : il y a objection de conscience chaque fois qu'un individu refuse de se soumettre à une obligation légale pour des motifs de conscience, quelle que soit la nature de cette obligation.

La conviction que tout être humain a le droit - ou même le devoir - d'obéir à sa conscience plutôt qu'à l'autorité politique en cas de conflit entre les deux est ancienne : d'Antigone aux martyrs chrétiens, plusieurs exemples dans l'Antiquité rappellent qu'il ne s'agit pas là d'une conquête de l'individualisme moderne. Mais cette conviction fonde le droit à l'objection de conscience, non à la désobéissance civile. Elle dit à un individu, pris dans un conflit entre deux lois, qu'il doit obéir à la loi supérieure à ses yeux, fût-ce au prix de sa liberté ou de sa vie. Mais elle ne lui dit rien quant aux moyens par lesquels pourrait être modifiée ou abolie la loi qu'il estime " mauvaise ". Il faudrait en effet entrer alors dans de tout autres considérations, notamment politiques, tactiques, stratégiques, celles précisément que la désobéissance civile va prendre en compte.

Pour Antigone, le choix est simple : obéir à Créon ou aux Dieux. En désobéissant à la loi de Créon qu'elle estime impie, elle ne se donne pas pour but de changer cette loi. Sans doute le souhaiterait-elle, mais elle n'en a pas le pouvoir. Elle reste enfermée dans le dilemme tragique - elle en mourra - précisément parce qu'il n'est pas en son pouvoir d'en modifier les termes. Chercher à se donner ce pouvoir, ce serait entrer dans une problématique de désobéissance civile.

Le mot " conscience " renvoie d'abord à quelque chose d'individuel. Même si des milliers de personnes adoptent, vis-à-vis d'une loi donnée, une même attitude d'objection de conscience, ce n'est jamais que la conjonction de milliers d'attitudes individuelles. Certes, cela peut créer une force et même favoriser une éventuelle modification de la loi, mais comme par surcroît. " Fais ce que dois, advienne que pourra " : ainsi se résume la préoccupation de l'objecteur.

Dans la désobéissance civile, en revanche, la considération des effets de l'acte est essentielle. Bien sûr, les acteurs entendent ne rien faire qui soit contraire à leur conscience individuelle - et, en ce sens, la désobéissance civile n'est jamais pur pragmatisme - mais ils visent à obtenir des résultats pour d'autres qu'eux-mêmes. Leur préoccupation première n'est pas de mettre leur conscience en paix résolvant ainsi le problème pour eux-mêmes - mais de modifier une loi ou une politique pour toute la cité. C'est d'ailleurs ce projet qui, dans une société démocratique, rend la légitimité d'une désobéissance civile beaucoup plus problématique que celle d'une objection de conscience.

Pour obtenir des résultats, il faut s'organiser, se donner des objectifs réalistes, analyser la situation, créer un rapport de forces. Les diverses actions de désobéissance civile mises en oeuvre dans la lutte du Larzac restent à cet égard exemplaires. Il ne suffisait pas aux paysans de savoir qu'ils avaient moralement raison de construire une bergerie sans permis ou de renvoyer leurs papiers militaires il fallait aussi que ces actions illégales contribuent à renforcer leurs positions sur le terrain et dans l'opinion publique.

La notion de " rapport de forces " est donc essentielle dans la désobéissance civile, alors qu'elle est totalement étrangère à l'objecteur de conscience. Très souvent, ce rapport de forces est créé par le nombre des " désobéissants " qui se coordonnent dans une action collective. Les simples moyens de répression peuvent être parfois paralysés. Un des objectifs fréquents des campagnes de désobéissance civile de Gandhi était de " remplir les prisons ". Les campagnes de refus concerté de l'impôt s'appuient sur la même analyse : un refuseur isolé, c'est une protestation morale. Dix mille refuseurs, c'est une menace de désorganisation des systèmes de perception, menace dont tout Gouvernement doit tenir compte.

Le critère du nombre n'est cependant pas absolu. Des objecteurs en grand nombre peuvent très bien n'exercer aucune pression : si la loi prévoit pour eux une exception, ils peuvent se tenir satisfaits. Ce qui leur importe en effet, ce n'est pas que la loi soit meilleure pour tous, mais qu'elle ne les contraigne pas, eux, à agir mal. Bien des sectes religieuses ont des objections de conscience de ce type... Inversement, un petit nombre de personnalités connues et respectées peuvent exercer une forte pression par une désobéissance civile. Ainsi, en 1998, en France, des artistes ont fait savoir qu'ils désobéiraient à une loi sur les expulsions d'étrangers en hébergeant chez eux des personnes expulsables.


  • Désobéissance directe et indirecte
Quand des personnes décident de commettre des actes considérés comme illégaux, c'est parce qu'à leurs yeux ces actes sont " légitimes " en fonction d'une autre loi (ou d'une loi d'un autre ordre : moral, religieux). Une telle décision exige de fortes motivations personnelles, lesquelles se fondent nécessairement, en dernière analyse, sur des convictions profondes d'ordre éthique, qui sont bien du même ordre que celles qui inspirent une " objection de conscience ". Mais si la mention de ces convictions ne doit pas entrer dans la définition même de la désobéissance civile, c'est parce qu'il n'y a pas de lien direct et immédiat entre les motivations éthiques et l'action choisie. Il y a toujours la médiation d'une analyse des possibles, d'une stratégie, d'une évaluation des conséquences. En somme, il y a calcul.

C'est pourquoi la désobéissance civile est très souvent indirecte : alors que la désobéissance civile directe consiste à enfreindre la loi que l'on veut voir modifier (exemple : pour les " freedom rides ", la loi de ségrégation dans les gares routières), celle qui est indirecte consiste à enfreindre une autre loi, choisie pour des raisons tactiques, mais que l'on ne conteste pas en elle-même. Ainsi, lorsque des citoyens et des élus du Finistère, en 1980, sont allés perturber la circulation ferroviaire en s'asseyant sur la voie ferrée pour obtenir que la SNCF rétablisse certains arrêts de trains, ils ne demandaient pas à la SNCF de modifier le règlement qui interdit l'entrave à la circulation des trains ! Leur acte collectif illégal visait à faire pression sur un autre point : la politique de desserte ferroviaire des petites localités. De même, ceux qui ont occupé des locaux diplomatiques (américains pendant la guerre du Vietnam, espagnols au moment d'exécutions d'opposants par Franco) ne protestaient pas contre la loi qui interdit qu'on occupe ce genre de locaux, mais contre la politique des pays concernés. Quoi qu'on puisse penser de l'efficacité et de la légitimité de ce genre d'actions, on ne peut manquer d'en percevoir la différence de nature avec la désobéissance d'Antigone.

  • Le martyr et le stratège
Il ne faut pas chercher à hiérarchiser objection de conscience et désobéissance civile. Elles ne se jugent pas en fonction des mêmes critères. Il est des circonstances où le critère d'efficacité n'est pas pertinent : l'objection de conscience peut alors rester le dernier témoignage d'une liberté écrasée. Ce fut le choix de Franz Jagerstatter, cet admirable paysan autrichien, qui ne put opposer à la machine hitlérienne que son refus obstiné de porter les armes à son service, et qui mourut décapité. Un esprit " tactique " lui aurait conseillé de se soumettre, faisant valoir qu'un soldat humain et non-violent pourrait " limiter le mal " au cours de certaines opérations. Il préféra le refus radical, jusqu'à l'échafaud. Mort totalement inutile selon les critères d'efficacité. Mais qui peut dire que son choix était " supérieur " ou " inférieur " à celui des hommes qui cherchèrent à assassiner Hitler, ou à celui des populations norvégiennes qui affaiblirent l'occupant par une stratégie concertée de désobéissance civile ?

Chaque situation appelle des choix différents. Personne n'a la garantie de faire toujours le bon choix. Mais analysons chacun pour ce qu'il est. Évitons notamment d'interpréter les actions de désobéissance civile en termes d'objection de conscience. Parler de " gestes prophétiques " ou de " courageux témoignages " à propos d'actes de désobéissance civile, c'est ramener au registre "moral" ce qui doit être jugé d'un point de vue politique.

Certaines objections de conscience, dans la mesure où elles ne se donnent pas d'objectifs politiques et ne risquent pas d'être contagieuses, peuvent être assez bien tolérées par les pouvoirs politiques, du moins par ceux qu'une idéologie totalitaire ne pousse pas à chercher le contrôle absolu sur les individus. C'est ainsi que, dans les pays démocratiques, certaines législations touchant des problèmes éthiques (avortement, entraînement au port d'armes) comportent des " clauses de conscience ". Il est alors possible de faire valoir légalement une objection de conscience. Ce fait illustre bien la distinction avec la désobéissance civile : l'idée même d'une reconnaissance légale de la désobéissance civile serait une contradiction dans les termes. Si la désobéissance civile est parfois légitime (ce qui est à discuter cas par cas, et de façon très restrictive dans les régimes démocratiques), elle ne saurait être légale au sens du droit positif.

  • En pratique, une distinction moins nette
Cette distinction à établir entre les notions de désobéissance civile et d'objection de conscience est évidemment moins nette dans la pratique : très souvent une objection de conscience évolue en désobéissance civile, notamment quand on réalise qu'il est peu satisfaisant, y compris d'un point de vue éthique, de s'en tenir à une démarche individualiste. De fait, si je suis vraiment convaincu (au nom d'une éthique qui est mienne mais que je pense universelle) que telle loi ou telle politique est "injuste" est-ce que j'agis moralement en cherchant seulement à dégager ma responsabilité personnelle ? Ne dois-je pas viser à modifier cette loi ou cette politique, même au prix de compromis, de retards, d'alliances avec des forces qui ont d'autres motivations éthiques ?

Inversement, la plupart des personnes qui se sont engagées dans une action collective de désobéissance civile sont disposées, en cas d'échec de leur campagne, à poursuivre au moins une objection individuelle, par principe moral, à la loi ou à la politique qu'elles n'ont pu changer. Distinctes en théorie, objection de conscience et désobéissance civile sont donc fréquemment associées en pratique, ce qui explique que la confusion persiste dans les esprits.

  • Essai de définition
Au terme de ces réflexions, il est possible de proposer une définition de la notion de désobéissance civile, ne serait-ce que pour la soumettre à une plus large discussion : la désobéissance civile est une forme d'action non-violente par laquelle des citoyens, ouvertement et délibérément, transgressent de manière concertée une (ou plusieurs) loi (décret, règlement, ordre émanant d'une autorité légale) en vigueur, dans le but d'exercer soit directement soit indirectement (par l'appel à l'opinion publique) une pression sur le législateur ou sur le pouvoir politique, pression visant soit la modification de la loi transgressée soit la modification d'une décision politique, soit même - très exceptionnellement - le renversement de ce pouvoir.

  • Danger pour la démocratie ?
Brûlante est la question de la légitimité de la désobéissance civile dans une démocratie. Dans un régime non démocratique, en effet, il n'y a guère à hésiter : non seulement la désobéissance civile est légitime, mais elle constitue souvent le seul moyen non-violent permettant de s'opposer à de tels régimes ou au moins d'en limiter la nocivité. Mais lorsque les lois sont votées par une majorité élue sans fraude et sans intimidation, lorsque les politiques sont définies par un Gouvernement émanant d'un suffrage universel, peut-on admettre que des citoyens - même avec les motivations éthiques les plus respectables qui soient - organisent des actions illégales en vue de modifier les lois et politiques qu'ils réprouvent ? Si tout le monde en faisait autant, où irait-on ?

A priori, il semble donc que la plus grande prudence s'impose avant de légitimer la désobéissance civile dans une démocratie. Ce ne pourra jamais être qu'à titre d'exception. D'après la plupart des auteurs de philosophie politique qui ont traité la question (notamment Hannah Arendt, John Rawls et Jürgen Habermas), de telles exceptions existent pourtant. Elles s'appuient sur deux constats :

- La démocratie, ce n'est pas seulement le respect du vote majoritaire : c'est aussi le respect de l'État de droit et de quelques principes fondamentaux. Car, contrairement à ce qu'affirmait une formule devenue célèbre, on n'a pas "... juridiquement tort " du seul fait que l'on est " politiquement minoritaire " ! Même une majorité régulièrement élue ne saurait légitimement adopter une disposition contraire à la Déclaration des droits de l'Homme, aux grands principes constitutionnels, aux conventions internationales signées par la France, etc. Certaines formes de désobéissance civile peuvent donc se justifier, contre la décision prise à un niveau, comme une sorte de procédure d'appel à un niveau supérieur de légalité.


- Aucun régime n'est parfaitement démocratique. On sait bien que certaines décisions, prises par des élus dans les formes apparemment légales, résultent en fait de jeux d'influences occultes qui n'ont rien à voir avec l'intérêt général : corruption, lobbies manipulateurs, décisions "technocratiques" (les experts profitant de la démission ou de l'incompétence des élus), etc. C'est dans ces failles de la démocratie que peut s'insérer une certaine justification de la désobéissance civile, notamment quand il s'agit de décisions aux effets graves et irréversibles. Des citoyens, par des actes de désobéissance civile, estiment de leur devoir de faire une sorte d'appel à l'opinion publique, sans attendre les prochaines élections. Loin d'être l'apologie anarchisante du " chacun sa loi ", une telle désobéissance civile est alors un moyen pédagogique, limité dans le temps et dans son objet, visant à susciter un débat public sur une question grave et urgente. Loin de contester la démocratie, elle vise à la défendre en la protégeant de ses propres dysfonctionnements.

jeudi 30 janvier 2020

Billets-Petites leçons de népotisme


Petites leçons de népotisme
Entré il y a bien longtemps dans la politique pour assouvir ce besoin de résoudre les problèmes des autres même quand ils n’en avaient pas, vous y êtes resté suffisamment longtemps pour en connaître tous les rouages, tous les coups fourrés et les manigances sordides. Ayant sacrifié votre vie à votre carrière, vos rejetons, de solides bons-à-rien glandouilleurs, doivent maintenant être casés rapidement ou risquer de devenir d’encombrants fardeaux. Ferez-vous l’erreur d’un népotisme trop visible ?
Pour éviter ce piège, voilà quelques conseils que vous devrez suivre impérativement pour éviter l’écueil de ce favoritisme risqué qui pourrait vous coûter cher médiatiquement.


Leçon n° 1
Le premier conseil est d’évidence mais il fait partie de ces banalités qui doivent être rappelées régulièrement : pour placer votre progéniture aux sommets, attendez tout de même qu’elle ait fini ses études. Si la valeur n’attend certes pas le nombre des années, pour certains postes, il faut tout de même avoir un diplôme ou au moins pouvoir prétendre avoir accompli un cycle d’études complet. On se souviendra des déboires d’un certain Jean Sarkozy lorsqu’il fut subitement propulsé à la tête de l’EPAD (établissement public en charge de l’aménagement du quartier La Défense) alors que son diplôme de droit n’était pas encore tout à fait acquis et qui avait légèrement fait rire dans les journaux, au point de forcer le pouvoir en place à ne pas valider l’option prise et renvoyer le cher enfant à ses études.

Leçon n° 2
Le second conseil sera plus subtil : si népotisme il y a, ne l’accompagnez pas d’une juteuse subvention qui finira par se voir dans les comptes de l’institution publique que vous pilotez ! Bien sûr, placer un fils ou une fille quelque part nécessite parfois un petit encouragement financier envers cette institution qui subira accueillera votre descendance mais la somme doit rester modeste. Et non, 400.000 euros n’est pas une somme modeste, monsieur Huchon, même s’il s’agit de votre fils et de votre belle-fille, et qu’un musée du Chili se trouvera ragaillardi par cette arrivée pratique d’argent du contribuable français (et francilien, en l’occurrence). Quelques discrètes enveloppes, quelques milliers d’euros et une bonne bouteille, ça passe encore, mais plusieurs centaines de milliers d’euros, non. La démesure peut vous perdre, éloignez-vous en !


Leçon n° 3
Le troisième conseil vous imposera la discipline de népotiser avec jugeote : si vous devez pistonner votre enfant, assurez-vous qu’il ne soit pas trop ostensiblement mauvais ou trop en décalage avec le niveau requis. Par exemple, Amin Khiari, le fils de la vice-présidente socialiste du Sénat, a été viré du Pôle Léonard de Vinci parce qu’il manquait cruellement de compétences, mais touchait tout de même 165.000 euros par an. Le pompon, bien sûr, fut lorsque sa délicieuse maman tenta de récupérer pour lui … la présidence de l’EPAD, celle-là même qui avait vu exploser Jean Sarkozy en vol quelques années plus tôt !
En tout cas, retenez que vos lardons devront avoir un niveau minimum sauf à se faire repérer. Et n’essayez pas l’EPAD, c’est mort de chez mort, vérolé autant par l’UMP que par le PS.

Leçon n° 4
Le quatrième conseil vous concernera plus directement : si vous tentez le népotisme, c’est bien parce que vos enfants, aussi peu capables soient-ils, comptent un peu pour vous. Dans ce cas, épargnez-les des querelles internes de votre parti, qui pourraient rejaillir à mauvais escient lorsque vous aurez enfin réussi à placer vos rejetons. Ceci vous évitera les sueurs froides qu’on devine sur l’échine courbée par le labeur d’un Jean-Yves le Drian auquel sera revenu la lourde tâche de déminer les bisbilles intestines dans les différentes ailes du Parti Socialiste, bisbilles ressorties à la suite de l’embauche de son fils Thomas en qualité de chargé de mission auprès du président du directoire de la SNI, une boutique de gestion de parc HLM…


Leçon n° 5
Enfin et surtout, quoi qu’il arrive, partez du principe qu’à l’heure d’internet, qu’en cette période où tout finit par se savoir, se twitter, se partager sur Facebook, votre népotisme ressortira à un moment ou un autre. Dans ce cas, et même si c’est évident, niez toute tentative de favoritisme, niez farouchement comme jadis certains ministres le firent, « les yeux dans les yeux » s’il le faut. N’admettez rien, et mieux, contrattaquez vertement en traitant vos adversaires de fachos ou d’extrémistes sans foi ni loi. Et c’est ainsi que même lorsque l’évidence crève les yeux, même lorsque l’ambassade de France elle-même corrobore l’information, vous pourrez largement éparpiller la critique et faire oublier votre coup de piston royal sous les tombereaux d’accusations ridicules que vous userez contre ceux qui nuisent à vos intérêts.
Si vous respectez bien ces différents conseils, et si, de façon générale, vous jouez discrètement et profil bas, vos enfants jouirons eux aussi des deniers de la République, des effets de réseau et des petits arrangements et autres renvois d’ascenseur que la vie politique vous aura aménagés au cours du temps. Vous m’objecterez à raison que ces conseils ne garantissent pas, même respectés, que vos manœuvres resteront discrètes ; bien sûr, il faudra toujours s’arranger avec les journalistes, et ce sera d’autant plus vrai que tous ne peuvent pas être subventionnés, et que tous ne sont pas de votre bord politique.
Mais rassurez-vous : la France est un tel fromage qu’un petit trou de plus pour vos enfants y passera probablement inaperçu !


Source contrepoints.org

Billets-La liberté n’est pas le problème, elle est la solution


La liberté n’est pas le problème, elle est la solution

Dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement américain se mettait à bâtir fébrilement un formidable dispositif sécuritaire. Formidable par les moyens budgétaires dont il est doté, formidable par sa capacité en hommes. Et formidablement intrusif et négateur des libertés constitutionnelles, à commencer par le droit au respect de la vie privée. Du Patriot Act (octobre 2001) à l’inflation exponentielle de la NSA (National Security Agency), il ne se trouve plus un seul citoyen américain dont la vie ne s’inscrive par bribes et en temps réel, fût-ce par Google ou Facebook interposés, dans la mémoire d’un Léviathan administratif omni-voyant que plus personne ne maîtrise.

De nombreux gouvernements européens se sont engagés dans la même voie, pourtant sans issue. Prétendre qu’on préviendra le terrorisme en fliquant tout le monde, tout le temps, est une illusion. Les associations américaines de défense des libertés attendent toujours qu’on leur fournisse une liste convaincante d’attentats soi-disant déjoués par ce monstre voyeur sur le sol américain. D’autant que les agences administratives en question ne peuvent pas réellement communiquer sur le sujet, pour des raisons, of course, de sécurité. Ainsi l’irréfutable de leur utilité est-il parfait.

Dans un registre différent, des voix s’élèvent pour exiger la fin de l’anonymat sur Internet. On explique que les prêcheurs de haine se servent de cet anonymat pour répandre leur prose et qu’il faut donc y mettre un terme. Il faut lire les comptes Twitter et Facebook de ces islamistes en pyjama, pour mesurer l’ampleur du phénomène, qui n’est pas contestable. Mais qui prétend que l’appel au meurtre relève de la liberté d’expression ? Même les pays, tels les États-Unis, qui se font de la liberté d’expression la vision la plus large – le free speech, premier amendement à la Constitution américaine – traitent l’appel au meurtre comme un délit. Les appels au meurtre, sur Internet ou ailleurs, doivent être impitoyablement réprimés. Ce qui est déjà possible en l’état actuel du droit et de la technique ; l’anonymat sur Internet n’étant que de façade. Si l’auteur de l’appel au meurtre réside en Europe, il est pleinement justiciable des tribunaux européens.


Pour le reste, chacun doit rester libre d’exprimer ses opinions, aussi odieuses soient-elles, sur Internet ou ailleurs. C’est la définition même de la liberté d’expression. Depuis des années, les lois se multiplient, en Europe et particulièrement en France, qui restreignent la liberté d’expression, au nom du devoir de mémoire, de la lutte contre le racisme et autres. Qui ne voit l’inefficacité absolue de ces lois à endiguer la haine et le terrorisme ? Qui ne voit qu’en limitant la liberté d’expression on met le doigt dans un engrenage qui nous conduit tout droit à la criminalisation du blasphème, donc à la négation de la liberté d’expression ? Surtout, qui ne voit la tragique ironie qu’il y aurait à brider, à brimer, finalement à briser la liberté d’expression au nom même de ceux qui sont morts pour elle ?

Méfions-nous encore des polémiques recuites et purement nominales sur la question de savoir si les musulmans doivent s’intégrer, s’assimiler ou autre. La plupart de ces musulmans sont nés en Europe ; les deux terroristes qui ont décimé Charlie-Hebdo étaient des Parisiens de souche, nés et éduqués en France : on ne fait pas plus français. L’idée même qu’il faille s’intégrer dans une culture a d’ailleurs un fumet collectiviste, castrateur et autoritaire qu’on peut ne pas trouver séduisant. D’autant que cela n’est pas nécessaire. Historiquement, c’est pour vivre en commun sans esprit tribal qu’on a rédigé des constitutions : on se met d’accord sur un certain nombre de valeurs, de règles et de libertés fondamentales, et pour le reste chacun fait à sa guise, y compris dans le domaine religieux. Quant au respect de ce socle, en revanche, on n’accommode pas, on ne cherche pas constamment à composer avec je ne sais quelle frange, secte ou minorité : on se montre, tout au contraire, intraitables. C’est la méthode américaine qui, il faut l’admettre, ne leur réussit pas trop mal. Le modèle français, dont on ne sait d’ailleurs plus trop bien à quoi il correspond, entre assimilation totale (en paroles) et multiculturalisme échevelé (dans les faits), est mort dans les bureaux de Charlie, le 7 janvier 2015.


Concrètement, ce constitutionnalisme en actes implique, par exemple, que tout musulman, sur le sol européen, a le droit de renoncer à l’islam, de se convertir, de se faire athée, et de récuser bruyamment toute référence à la norme islamique. Sur le sol européen, il convient d’accepter sans barguigner que le prophète ne l’est que pour les musulmans ; les autres ayant le droit inviolable et non négociable de considérer Mahomet (570-632) comme un personnage historique, de le figurer, de le caricaturer, de l’injurier si cela leur chante. Celui qui n’accepte pas le socle constitutionnel de notre vivre en commun devrait se donner un autre lieu de vie, plus conforme à ses aspirations, comme le soulignait avec netteté Nouredinne Smaïli, président de l’Éxécutif des musulmans de Belgique (Bel-RTL, 9 janvier).

Appliquons nos lois pénales, elles sont bien suffisantes. Réaffirmons nos libertés, traitons les terroristes avec l’intransigeance joyeuse et professionnelle qui s’impose, et nous gagnerons la partie. « Il n’existe aucune raison objective de nous montrer pessimistes », me soufflait il y a deux jours ma grand-mère, qui eut 17 ans en 1940. La liberté est belle, la liberté est notre civilisation ; elle sera notre salut.


Source contrepoints.org

Billets-Malheureux comme un Français


Malheureux comme un Français

S'ils adoptaient le mode de vie et la langue des Britanniques, les Français se sentiraient bien mieux dans leur peau, rapporte le Daily Telegraph.

Pendant des années, on nous a dit que les Français étaient mieux lotis que les Britanniques. On nous a fait croire qu'ils avaient un meilleur climat, une meilleure cuisine et un vin bon marché qui coulait à flot. Alors que les Britanniques passaient pour des puritains asexués enchaînés à leur bureau, les Français, pensions-nous, avaient allié leur joie de vivre* naturelle à ce qu'il y a de mieux dans le socialisme : une semaine de travail de 35 heures, des grèves pour réclamer davantage de jours de congé et des vacances d'été qui paraissaient plus longues que l'été lui-même. Certes, les Britanniques avaient peut-être un salaire moyen légèrement supérieur, mais les Français savaient s'amuser. Mais non !* Tout cela n'était que mensonges de l'Office de tourisme français et de voyageurs europhiles de la gauche britannique.

Claudia Senik, professeur à l'Ecole d'économie de Paris, a publié dans le magazine The Local un article qui a fait l'effet d'une bombe [auprès du lectorat britannique]. Elle y explique que 1) les Français sont malheureux et que 2) le seul moyen pour eux de sortir de la morosité est de s'inspirer un peu plus des Britanniques. Ses conclusions reposent sur un sondage réalisé en 2011 par BVA et Gallup International, d'où il ressort que les Français sont le peuple le plus pessimiste du monde - plus sombre encore que les habitants de zones de guerre comme l'Irak et l'Afghanistan.

A l'époque du sondage, on avait réagi en attribuant les idées noires des Français à la situation économique. Mais Claudia Senik affirme que le problème est bien plus profond. Les Français, écrit-elle, sont malheureux car ils sont français et s'ils parlaient l'anglais, ils se sentiraient moins déprimés. Oh, comme j'aimerais rapporter ces propos au président François Hollande, le grand critique du mode de vie anglo-saxon ! Et comme j'aimerais surtout le dire à haute et intelligible voix mais dans un anglais approximatif, comme pour demander le chemin de la gare !

Péché d'orgueil
Pour Claudia Senik, trois facteurs sont à l'origine du pessimisme des Français. D'abord, leurs écoles sont trop bonnes : "En France, [...], la majorité des élèves ont l'habitude d'avoir de mauvaises notes", explique-t-elle. "Quand ils pensent à leur mérite ou à leur valeur, ils pensent à ces notes, qui sont généralement basses ou moyennes." A l'évidence, c'est un compliment à double sens, mais les élèves britanniques sont plus heureux car notre système d'enseignement est considérablement plus souple. Plusieurs décennies d'enseignement libéral centré sur les élèves (où les enfants sont récompensés pour leur simple présence) ont créé une génération de Britanniques qui ont l'habitude d'être félicités pour leur intelligence supérieure même s'ils n'ont rien dans la tête. L'ignorance est la clé du bonheur.

Ensuite, les Français n'ont pas accepté de perdre leur empire. Il fut un temps où la France contrôlait une grande partie du monde et où Paris attirait les plus grands peintres et musiciens. Certes, nous avons tous dû nous habituer à devenir le caniche des Etats-Unis ou le marché des articles chinois à bas prix. Mais la France a eu plus de mal à s'adapter au changement car son orgueil l'empêche de suivre le programme du XXIe siècle. "Il y a quelque chose au plus profond de l'idéologie des Français qui leur inspire de l'aversion pour la mondialisation des marchés", précise Claudia Senik. En revanche, la passion pour le secteur financier, les longues heures de travail et les licenciements faciles que les Français associent dédaigneusement aux Britanniques nous permettent de mieux exploiter la nature impitoyable de l'économie mondialisée. Dire "non"* au fondamentalisme du marché libre n'a pas rendu les Français plus heureux mais simplement plus pauvres et plus isolés. Un bon exemple est la proposition du président Hollande de taxer à 75% les revenus de plus de 1 million d'euros (taux qui a été piteusement ramené à 66%). Sur le fond, c'est une idée égalitaire plutôt bonne (faire payer les riches pour une crise qu'ils auraient provoquée), mais elle a encouragé une fuite de capitaux estimée à 53 milliards d'euros.


Coupés du monde
Enfin et surtout, Claudia Senik considère que le plus gros problème des Français est qu'ils ne parlent pas l'anglais. Elle écrit : "Pour être plus heureux, les Français devraient apprendre davantage les langues étrangères [...].
Etre heureux ne se réduit pas à parler une langue étrangère, mais c'est être capable de s'intégrer plus facilement dans notre univers mondialisé, ce qui est possible quand on parle l'anglais." Pour tous les élèves contraints de se coltiner de fastidieux manuels de français pour apprendre à dire "table" et "crayon", ces mots doivent être agréables à lire. Il en ressort que c'est moins aux Britanniques d'apprendre le français qu'aux Français d'apprendre l'anglais et de venir passer leurs vacances chez nous pour le pratiquer. Bref, c'est la montagne qui doit aller à Mahomet. Difficile en découvrant tout cela de ne pas se sentir incroyablement suffisant.

L'orgueil français qui se manifeste dans la distance du pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis ne l'a pas aidé à conserver une identité riche et puissante mais a contribué à le couper du reste du monde. Quant aux autres mesures du projet de l'UE, les efforts pour protéger des industries vieillissantes ou préserver un Etat-Providence ridiculement généreux ont pour effet non pas d'augmenter le bonheur, mais de rendre encore moins apte à s'adapter aux vents du changement. Vive la différence*, car elle est très salutaire aux Britanniques.

Source Courrier International

Billets-La tyrannie fiscale


La tyrannie fiscale

Pour bien voir le rôle désincitatif de la plupart des impôts, effectuons les deux comparaisons suivantes.
Comparons tout d’abord un « impôt de capitation » et un impôt proportionnel au revenu. Un impôt de capitation est un impôt dont le montant est fixe et identique pour tous les contribuables, quelles que soient leurs caractéristiques, que leurs revenus soient faibles ou importants. Imaginons donc qu’un État décide tout d’un coup d’imposer un impôt de ce type aux citoyens. Quelle peut être la réaction d’un contribuable à la création de cet impôt ? Celui-ci représente évidemment un prélèvement – obligatoire – sur ses ressources. Pour pouvoir le payer, il va nécessairement être obligé d’accroître ses efforts productifs et/ou de diminuer sa consommation de biens et services. Dans les deux cas, son niveau de satisfaction en est diminué puisqu’il doit renoncer à consommer certains biens et services ou renoncer à une partie de ses loisirs pour travailler davantage. Les choix faits par les différents membres d’une société seront très probablement différents, mais on peut penser qu’en moyenne il y aura à la fois une augmentation de la production et une diminution de la consommation.

Un impôt proportionnel au revenu a une tout autre conséquence.
Si on suppose, en effet, qu’un État crée tout d’un coup un impôt proportionnel sur le revenu, cela va modifier l’arbitrage fait par un individu entre le travail et le loisir puisque le rendement du travail en est diminué. Il y aura donc, normalement, une diminution des efforts productifs et donc du revenu, mais cela aura aussi une incidence sur l’épargne. En effet, épargner c’est renoncer à une consommation présente et donc à une satisfaction présente. On sera d’autant plus incité à accepter ce sacrifice que son rendement futur sera plus grand, mais si on sait qu’un impôt sur le revenu viendra réduire le rendement de l’épargne, l’incitation à épargner en sera diminuée. Il en résulte donc une moindre accumulation de capital et une moins forte croissance économique. L’impôt proportionnel sur le revenu diminue donc l’incitation à produire un revenu dans le présent et le futur.

Le second exemple consiste à comparer deux systèmes d’assurance-maladie et il est assez semblable au précédent. Dans le système français actuel dit de la 
« Sécurité sociale » – qu’il serait plus exact d’appeler « Sécurité individuelle socialisée » –, les cotisations d’assurance sont proportionnelles au revenu. Comme précédemment, il y a donc une destruction des incitations productives (incitation à travailler, à innover, à entreprendre, à épargner ou à investir) et cette destruction des incitations productives est évidemment d’autant plus marquée que les taux des cotisations sont plus élevés. Cette situation résulte du fait que le système de Sécurité sociale constitue un monopole public et que l’État a décidé ce mode de financement particulier et obligatoire. Il en irait tout autrement dans un système d’assurance privée. Les cotisations ne seraient pas proportionnelles au revenu, mais aux risques. Dans ce cas, comme dans le cas de l’impôt de capitation, l’assuré (volontaire) serait incité à faire des efforts productifs pour pouvoir payer son assurance et il serait d’autant plus incité à agir ainsi qu’il souhaiterait bénéficier d’une couverture plus étendue. C’est lui, au demeurant, qui choisirait le type d’assurance qu’il désirerait et le moyen de la financer.

mardi 28 janvier 2020

samedi 25 janvier 2020

Billets-La résistance civile


La résistance civile

La résistance civile est un type d'action politique s'appuyant sur l'emploi de méthodes non-violentes. Le terme est à un large degré synonyme d'autres comme « action non-violente », « résistance non-violente » et « pouvoir populaire » (people power). Il recouvre un éventail d'activités appelant à une mobilisation large et soutenue dans le but d'interpeller un pouvoir, une force, une politique ou un régime particuliers, d'où le terme « résistance ». Le qualificatif « civil » réfère dans ce contexte à ce qui touche les citoyens ou la société, signifiant par là que les objectifs d'un mouvement sont « civils » en ce qu'ils sont largement partagés au sein de la société. « Civil » dénote en outre que l'action en question est de nature non militaire ou non-violente.

La résistance civile, dont on trouve de nombreux précurseurs historiques, a été utilisée dans de nombreuses luttes des temps modernes; par exemple, contre le colonialisme, les occupations étrangères, les coups d'État, les régimes dictatoriaux, les malversations électorales, la corruption, la discrimination raciale, religieuse ou sexuelle. On y a recours non seulement contre le pouvoir tyrannique, mais également contre des gouvernements élus démocratiquement, en rapport avec des enjeux comme le maintien de l'ordre constitutionnel, la préservation de l'autonomie régionale au sein d'un pays, la défense des droits des minorités, la protection de l'environnement et l'opposition à certaines guerres et interventions militaires.


La résistance civile fait intervenir plusieurs mécanismes de changement. Elle ne se limite pas à plaider auprès de l'adversaire. Elle peut exercer des pressions et faire usage de coercition, notamment par la hausse des coûts associés au maintien par l'adversaire d'une politique contestée, par l'affaiblissement de sa capacité même d'appliquer cette politique, voire par l'assèchement total de ses sources de légitimité et de pouvoir, que ce soit au plan intérieur ou international. Un objectif de bien des campagnes de résistance civile sera de susciter des dissensions et les défections au sein du régime de l'adversaire et de ses bases d’appui. On trouve une grande variété de formes d'actions possibles, dont manifestations, pétitions, grèves, opérations escargot et boycotts; sit-in, occupations et mise sur pied d'institutions gouvernementales parallèles. Les campagnes de résistance civile exigent une stratégie, c'est-à-dire l’effort de projection et de direction des mouvements et des éléments de la campagne.

On ne suppose aucunement que le pouvoir de l'adversaire visé par la résistance civile évitera lui-même le recours à la violence. La résistance civile a de fait été utilisée dans bien des cas où l'adversaire était disposé à faire usage de violence. On ne suppose pas non plus l'absence de toute forme d'entente ou de coopération entre des forces de résistance civile et certains gouvernements ou entités capables de force violente. Les raisons qui poussent un mouvement à éviter la violence sont souvent liées au contexte plutôt qu'à un principe éthique absolu : elles sont parfois issues des traditions politiques de la société, de son expérience de la guerre et de la violence, de considérations légales, d'un désir de mettre en évidence la violence de l'adversaire dans un contexte dénué de provocation, ou encore d'un calcul que la résistance civile sera mieux en mesure que les moyens violents de réussir dans une situation particulière.

Le terme « résistance civile » a fréquemment été utilisé en lien avec certains types de campagnes non-violentes. Gandhi l'a utilisé à plusieurs occasions. Pourquoi utiliser le terme résistance civile, plutôt que l'un de ses nombreux quasi-synonymes?


La résistance civile est un type du phénomène global plus large de « l'action non-violente ». Plusieurs voient « l'action non-violente » comme le concept plus général qui englobe une gamme célèbre d'activités de toutes sortes. Au nombre des autres quasi-synonymes de la résistance civile mentionnons la « résistance passive », la « résistance citoyenne », la « désobéissance civile » et le « satyagraha ». Chacun de ces termes renvoie à ses propres usages et connotations. Toutefois, « résistance civile » est le terme général le plus approprié à des luttes qui sont « civiles » au sens où elles revêtent une qualité civique, liée aux intérêts et aux aspirations de la société dans son ensemble. Dans certains cas, l'action menée ne consiste pas d'abord en une forme de désobéissance, mais en une forme de soutien aux normes de la société contre un usurpateur, tandis que le principe général d'éviter le recours à la violence n'est pas doctrinaire.

La définition de tous ces termes laisse plusieurs questions sans réponses. Le problème le plus évident est que certaines campagnes en apparence non-violentes peuvent ne pas être perçues comme telles une fois le contexte pris en compte. En Irlande du Nord en mai 1974, la majorité protestante a organisé une impressionnante grève générale de quatorze jours, tandis que le but poursuivi et l'impact de cette action non-violente furent de causer la chute d'un pouvoir exécutif partagé visant à pacifier les troubles qui secouaient la province.  Pour d'autres exemples de grèves en soi non-violentes, mais qui comportent des risques de conséquences violentes, on peut penser à une grève du personnel hospitalier qui priverait les patients des services essentiels, ou à un débrayage sans préavis des contrôleurs aériens qui mettrait en péril les avions toujours en vol. De telles possibilités évoquent ce principe qu’une définition de termes abstraits, si utile pour saisir l'essentiel de concepts précis, comporte toujours des problèmes en périphérie. 

jeudi 23 janvier 2020

Recettes, Recettes Confiseries-Loukoums à la rose


Loukoums à la rose

Préparation : 20 mn
Cuisson : 20 mn
Repos : 24 heures
Conservation : 10 jours dans une boîte hermétique à l’abri de l’humidité 
Pour 500 g de loukoums environ
450 g de sucre en poudre
25 g de gélatine en feuilles
4 ou 5 gouttes de colorant alimentaire rouge
6 gouttes d’eau de rose
2 cuillerées à soupe de sucre glace
2 cuillerées à soupe de fécule de maïs 
1. Faites ramollir la gélatine 5 minutes dans un bol d’eau froide. Versez 2 dl d’eau dans une casserole, ajoutez le sucre en poudre. Faites chauffer jusqu’à ce que le sirop atteigne la température de 115 °C.
2. Hors du feu, ajoutez la gélatine. Mélangez bien, ajoutez le colorant. Remettez sur le feu. Dès que la température atteint 107 °C, retirez la casserole du feu et plongez-la dans un récipient rempli d’eau froide. Incorporez l’eau de rose, mélangez bien.
3. Tapissez un moule carré de feuilles de papier sulfurisé, versez le sirop refroidi. Placez le moule au réfrigérateur 24 heures.
4. Tamisez ensemble le sucre glace et la fécule de maïs sur le plan de travail. Démoulez le contenu du moule, retirez le papier et découpez la préparation en carrés avec un couteau. Passez-les au fur à mesure dans le mélange de sucre glace et de fécule. Tapotez les loukoums pour retirer l’excédent de sucre avant de les servir.

Variantes 
Préparez le sirop en suivant la même recette. Colorez-le avec du colorants vert. Ajoutez au dernier moment des pistaches concassées. Vous pouvez aussi utiliser des amandes, des noisettes mondées ou des pignons. Variez l’arôme en remplaçant l’eau de rose par de l’extrait de vanille, de citron, de fraise ou de menthe.

C’est au cours du XIXe siècle que nous est venu le goût pour ces moelleuses friandises originaires du Moyen-Orient, où on les savourait tout en écoutant des poèmes et des chants.


Recettes, Recettes Confiseries-Truffes au 2 chocolats


Truffes au 2 chocolats

Préparation : 40 mn
Cuisson : 5 mn
Réfrigération : 2 heures
Pour 45 truffes environ
160 g de chocolat noir
240 g de chocolat blanc
25 cl de crème fraîche liquide
5 g de poivres mélangés concassés
1 cuillerée à café de paprika
2 cuillerées à soupe de cacao en poudre
2 cuillerées à soupe de noix de coco râpée
2 cuillerées à soupe de graines de sésame
1 cuillerée à soupe de rhum
1. Râpez séparément les 2 chocolats.
2. Dans une petite casserole, faites bouillir la moitié de la crème avec les épices.
3. Hors du feu, laissez infuser 5 min, puis filtrez.
4. Versez-la encore chaude sur le chocolat noir, remuez bien.
5. Versez cette ganache dans un bol.
6. Dans une autre petite casserole, faites bouillir le reste de crème, puis hors du feu, incorporez le chocolat blanc en mélangeant bien.
7. Séparez cette ganache dans 2 bols.
8. Dans le premier, ajoutez le rhum.
9. Couvrez les 3 bols et placez-les au moins 2 h au frais.
10. Passé ce temps, formez de petites boules à l’aide de 2 cuillères à café.
11. Roulez les truffes noires dans le cacao, les blanches nature dans la noix de coco, et celles au rhum dans les graines de sésame.


Vous pouvez enfermer un fruit à l’eau-de-vie égoutté à l’intérieur de chaque truffe. Si vous ne servez pas les truffes aussitôt, mettez-les au réfrigérateur et sortez-les 20 minutes avant de les déguster.


Recettes, Recettes Confiseries-Truffes au chocolat


Truffes au chocolat
Préparation : 25 mn
Cuisson : 5 mn
Repos : 12 heures
Conservation : 8 jours au réfrigérateur dans une boîte hermétique
Pour 30 truffes environ
250 g de chocolat à cuire
100 g de crème fraîche épaisse
100 g de cacao amer en poudre
1. Versez la crème fraîche dans une casserole à fond épais. Faites-la bouillir 1 minute, en remuant à l’aide d’un fouet. Hors du feu, ajoutez le chocolat cassé en morceaux.
2. Mélangez bien à l’aide d’un fouet jusqu’à ce que la crème soit lisse et homogène. Laissez tiédir, couvrez la crème et placez la casserole 12 heures au réfrigérateur.
3. Le lendemain, tamisez une couche épaisse de cacao au-dessus d’une assiette creuse. A l’aide d’une petite cuillère prélevez un peu de pâte à truffes, formez des boules de la grosseur d’une noix. Roulez la pâte dans le cacao jusqu’à ce que vous obteniez une boule ronde et bien enrobée de cacao. Répétez cette opération jusqu’à épuisement de la pâte.
4. Ôtez l’excédent de cacao, en secouant légèrement les truffes dans un tamis. Rangez-les au fur et à mesure dans des caissettes en papier.


Vous pouvez enfermer un fruit à l’eau-de-vie égoutté à l’intérieur de chaque truffe. Si vous ne servez pas les truffes aussitôt, mettez-les au réfrigérateur et sortez-les 20 minutes avant de les déguster.


Recettes, Recettes Confiseries-Guimauve


GuimauveGuimauve

Préparation : 25 mn 
Cuisson : 7 mn 
Repos : 3 heures 
Conservation : 10 jours dans une boîte hermétique à l’abri de l’humidité 
Pour 10 cubes environ 
70 g de pulpe de framboises 
50 g de miel 
240 g de sucre 
15 g de gélatine 
100 g de blancs d’œufs 
1 g de colorant rouge 
Sucre glace 
Fécule 
1. Faites ramollir la gélatine 5 minutes dans un bol d’eau froide. 
2. Dans une casserole, faites cuire la pulpe de framboises avec le miel, le sucre et 4 cl d’eau jusqu’à ce que le sirop atteigne 114 °C (utilisez un thermomètre à sucre). Hors du feu incorporez la gélatine pressée entre vos mains. 
3. Dans le même temps, montez les blancs d’œufs au batteur à petite vitesse. Incorporez doucement le sucre cuit. Augmentez la vitesse du batteur et continuez à battre jusqu’à ce que le mélange atteigne 40 °C. Ajoutez le colorant puis versez la guimauve dans un plat préalablement saupoudré d’un mélange composé à parts égales de sucre glace et de fécule. 
4. Laissez la guimauve refroidir complètement à température ambiante pendant 3 heures avant de la démouler et de la détailler en cubes (ou autre forme). Roulez les dés dans un mélange sucre glace et fécule pour éviter qu’ils ne collent.