lundi 30 septembre 2019

Recettes Cheesecakes-Cheesecake “Le New York”

Cheesecake “Le New York”

Préparation : 30 mn
Cuisson : 75 mn
Repos : 12 heures
Pour 6 à 8 personnes
Pour la base :
100 g de biscuits sablés
40 g de beurre fondu
Pour la crème :
750 g de fromage frais type Saint-Moret ou Philadelphia
150 g de sucre
2 cuillerées à soupe de Maïzena
1 zeste de citron finement râpé
1 cuillerée à café d’extrait de vanille
3 œufs entiers
2 jaunes d’œufs
125 g de crème fraîche épaisse
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Découpez dans du papier sulfurisé deux bandes de 8 cm de large environ et garnissez-en les bords intérieurs du moule, en les collant au beurre : elles dépasseront de 3 cm environ.
3. Écrasez les biscuits, ajoutez le beurre fondu, répartissez le mélange dans le fond du moule et tassez bien. Enfournez pour 10 à 15 minutes.
4. Augmentez la température du four à 200 °C (th. 7).
5. Battez le fromage pendant 30 secondes à l’aide d’un mixeur ou d’un robot, pour bien le lisser. Ajoutez ensuite les ingrédients, un par un, en battant brièvement à chaque fois : le sucre, la farine, le zeste de citron, la vanille puis les œufs et les jaunes, un par un. Finissez par la crème fraîche, en battant juste assez pour l’incorporer.
6. Versez le tout dans le moule et enfournez. Au bout de 15 minutes, réduisez la température du four à 100 °C (th. 3) et laissez cuire 1 heure. Éteignez le four et laissez-y le cheesecake encore 1 heure, la porte ouverte.
7. Sortez du four puis laissez refroidir complètement avant de démouler et de placer au réfrigérateur. Patientez au moins 12 heures, une journée si possible, avant de servir : le gâteau n’en sera que plus savoureux.

Au pays du cream cheese, les cheesecakes sont comme ça… Heureusement, chez nous aussi on trouve de quoi en fabriquer d’aussi bons.



Recettes Desserts-Cake aux pralines roses


Cake aux pralines roses

Préparation : 15 mn
Cuisson : 40 mn
Pour 6 personnes
150 g de pralines roses
3 œufs
1 yaourt
10 cl de crème fraîche épaisse
150 g de sucre + 10 g pour le moule
180 g de farine
50 g de poudre d’amandes
1 sachet de levure chimique
15 g de beurre pour le moule
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6). Beurrez et sucrez le moule. Laissez-le ensuite au réfrigérateur le temps de réaliser la pâte.
2. Dans une jatte, incorporez le yaourt à la crème, puis ajoutez le sucre et les œufs. Mélangez jusqu’à obtention d’une préparation mousseuse.
3. Ajoutez la farine, la poudre d’amandes et la levure. Incorporez délicatement les pralines. Remplissez le moule et enfournez pour 40 minutes.

Conseil
Vous pouvez aussi utiliser des pralines concassées.

dimanche 29 septembre 2019

Recettes Géorgiennes-Pâtes aux noix et aux aubergines

Pâtes aux noix et aux aubergines

Préparation : 30 mn
Cuisson : 1 h

Pour 6 personnes
500 g de pâtes
12 noix fraîches
3 aubergines
1 citron
2 cuillerées à soupe d’huile d’olive
Sel et poivre

1. Préchauffez le four à 300°C (th. 10).
2. Lavez les aubergines, essuyez-les et placez-les dans un plat à feu. Glissez au four et faites cuire 1 heure.
3. Pendant ce temps, cassez les noix, retirez les cerneaux, pelez-les et concassez-les grossièrement. Pressez le citron.
4. Faites chauffer un faitout avec une grande quantité d’eau. Dès que l’eau bout, jetez une poignée de gros sel et ajoutez les pâtes. Laissez cuire à petits bouillons 10 minutes environ : elles doivent être croquantes (al dente).
5. Quand les aubergines n’offrent plus de résistance sous la pression du doigt, sortez-les et attendez qu’elles tiédissent.
6. Pelez les aubergines, écrasez la pulpe grossièrement, ajoutez les noix, versez l’huile et le jus du citron. Salez, poivrez, couvrez et réservez.
7. Egouttez les pâtes, versez la sauce aux noix dessus, mélangez et servez aussitôt.


Cette recette est une spécialité géorgienne. L’association de l’aubergine et des noix contribue à un bon équilibre alimentaire par l’apport en fibres, en vitamines, en minéraux et en oméga 3.




Recettes Fruits-Streusel à la poire


Streusel à la poire

Préparation : 30 mn
Repos : 1 heure
Cuisson : 50 mn
Pour 8 personnes
Pour la pâte
220 g de farine
135 g de beurre mou
1 œuf
85 g de sucre glace
2 pincées de vanille
25 g d’amandes en poudre
1 pincée de sel
Pour la garniture
2 kg de poires passe-crassane
50 cl de lait
2 œufs + 1 jaune
125 g de farine
150 g de sucre en poudre
65 g de beurre
1 gousse de vanille
1 pincée de cannelle
1. Préparez la pâte : mélangez tous les ingrédients. Ramassez la pâte en boule. Placez 1 heure au réfrigérateur.
2. Préparez la crème : portez à ébullition le lait avec la gousse de vanille fendue, 15 g de beurre et 50 g de sucre en poudre. Dans un saladier, fouettez les œufs et le jaune avec 50 g de sucre et 50 g de farine. Délayez avec le lait bouillant. Faites cuire jusqu’à l’ébullition en fouettant.
3. Préparez le streusel : mélangez 50 g de beurre, 50 g de sucre, 75 g de farine et la cannelle.
4. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
5. Foncez un moule à tarte de la pâte. Faites cuire à blanc 15 minutes. Laissez tiédir. Étalez la crème.
6. Épluchez les poires. Coupez-les en quartiers, ôtez le cœur. Disposez-les sur la crème. Parsemez de streusel. Enfournez 30 minutes. Servez tiède ou froid.

Recettes Fruits-Fruits rafraîchis aux épices douces



Fruits rafraîchis aux épices douces

Préparation : 30 mn
Cuisson : 20 mn
Pour 6 personnes
1 petit ananas
6 poires conférence
12 kumquats
2 oranges non traitées
1 citron non traité
1 gousse de vanille
3 clous de girofle
1 bâton de cannelle
8 capsules de cardamome
100 g sucre en poudre roux
1. Epluchez l’ananas. Coupez-le en quartiers et retirez le cœur dur. Coupez la chair en morceaux. Pelez les poires, épépinez-les et coupez-les en lamelles. Citronnez-les. Rincez les kumquats, essuyez-les et coupez-les en rondelles. Eliminez les pépins. Prélevez le zeste d’une orange et celui du citron.
2. Dans une casserole, portez à ébullition 30 cl d’eau avec le sucre, le jus des 2 oranges et un filet de jus de citron. Ajoutez les zestes, la gousse de vanille fendue en deux et grattée, les clous de girofle, la cannelle et les capsules de cardamome écrasées et enfermées dans une boule à épices ou dans un nouet de mousseline.
3. Faites pocher l’ananas et les poires 10 minutes dans ce sirop, à couvert, sur feu doux. Ajoutez les kumquats. Poursuivez la cuisson 10 minutes sans couvrir. Servez les fruits tièdes ou froids, dans le sirop.

Servez avec une crème glacée au gingembre ou au lait d’amandes.



Recettes Fruits-Clafoutis aux mirabelles


Clafoutis aux mirabelles

Préparation : 30 mn
Cuisson : 50 mn
Pour 4 personnes
500 g de mirabelles
3 œufs
50 g de poudre d’amandes
100 g de sucre
100 g de farine
35 cl de lait
20 cl de crème liquide
2 tranches de pain d’épice
50 g de beurre
Sel
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Essuyez les mirabelles. Fendez-les (juste un peu afin qu’elles restent rondes) pour les dénoyauter.
3. Beurrez un plat à four. Faites fondre le reste de beurre dans une poêle. Mettez-y les mirabelles, poudrez-les de 2 cuillerées à soupe de sucre et faites caraméliser 5 minutes sur feu vif.
4. Dans un saladier, fouettez les œufs avec le reste de sucre, la poudre d’amandes, 1 pincée de sel et la farine. Diluez sans cesser de fouetter, avec le lait et la crème. Versez la préparation homogène dans le plat à four, répartissez les mirabelles caramélisées, enfournez pour 45 minutes environ.
5. Dans le même temps, faites un peu sécher dans le four le pain d’épice. Laissez refroidir, puis émiettez-le grossièrement.
6. Lorsque le clafoutis est cuit, sortez-le du four, laissez-le tiédir, puis parsemez-le de chapelure de pain d’épice. Servez tiède ou froid.

Recettes Fruits-Chasselas poêlé au romarin



Chasselas poêlé au romarin

Préparation : 15 mn
Cuisson : 10 mn
Pour 4 personnes
4 grappes de chasselas de Moissac
2 pommes
25 g de beurre
3 cuillerées à soupe de miel
20 g de gingembre frais
1 branche de romarin
1. Coupez les pommes en quatre, ôtez le cœur. Coupez-les en lamelles.
2. Egrainez le chasselas. Rincez les grains et séchez-les bien.
3. Chauffez le beurre dans une poêle. Faites-y dorer les lamelles de pommes 5 minutes.
4. Ajoutez le romarin et le raisin. Arrosez de miel. Faites cuire 3 minutes en remuant délicatement.
5. Ôtez le romarin. Servez chaud en accompagnement d’une volaille… ou d’une glace à la vanille.


Recettes Fruits-Poires au muscat et aux épices

Poires au muscat et aux épices

Préparation :
10 mn
Cuisson :
30 mn
Réfrigération :
2 heures

Pour 6 personnes 

75 cl de vin de muscat
100 g de sucre
2 bâtons de cannelle

2 clous de girofle

3 étoiles de badiane

6 poires conférences ou williams

1 citron 

1. Versez le vin dans une grande casserole ou une large cocotte. Ajoutez le sucre, la cannelle, les clous de girofle et la badiane. Portez à ébullition et laissez frémir à feu moyen pendant 5 minutes.
2. Pendant ce temps, pelez les poires en les gardant entières et conservez un peu de peau autour de la queue. Citronnez les poires au fur et à mesure que vous les avez pelées pour qu’elles ne noircissent pas.
3. Posez les poires tête-bêche dans le vin et laissez-les cuire 20 minutes en les retournant à mi-cuisson pour qu’elles soient bien enrobées de vin.
4. Lorsqu‘elles sont cuites, retirez-les du vin et disposez-les dans un plat creux. Laissez réduire le vin environ 5 minutes puis versez-le sur les poires.
5. Laissez refroidir puis réservez au moins 2 heures au réfrigérateur.




Recettes Fruits-Figues aux amandes


Figues aux amandes

Préparation : 10 min
Cuisson : 30 min
Pour 6 personnes
6 grosses figues ou 12 petites
125 g de poudre d’amandes
4 œufs
125 g de beurre mou + 20 g pour les moules
100 g de sucre glace
1 cuillerée à soupe de sucre en poudre
2 cuillerées à soupe de rhum
2 cuillerées à soupe d’amandes effilées
125 g de groseilles
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Beurrez 6 ramequins.
3. Rincez et essuyez les figues, fendez-les en croix et mettez-les dans les ramequins.
4. Dans le bol d’un robot, réunissez les œufs entiers, le beurre, le sucre glace, la poudre d’amandes et le rhum. Mixez jusqu’à ce que vous obteniez une crème lisse.
5. Répartissez-la sur les figues et parsemez d’amandes effilées.
6. Enfournez pour 25 minutes environ.
7. Pendant ce temps, faites bouillir 10 cl d’eau avec le sucre en poudre dans une petite casserole. Ajoutez les groseilles égrappées et laissez frémir 5 minutes. Filtrez ensuite ce sirop dans une passoire fine et laissez refroidir.
8. Servez les crèmes tièdes nappées d’un peu de sirop de groseilles.

Conseil
L’hiver, vous pouvez remplacer le sirop de groseilles par une cuillerée à café de pistaches concassées sur chaque ramequin.

Recettes Fruits-Poêlée de mirabelles


Poêlée de mirabelles

Préparation : 15 mn
Cuisson : 15 à 20 mn
Pour 4 personnes
800 g de mirabelles
80 g de sucre en poudre
5 cl d’eau
1 citron
½ gousse de vanille
1. Rincez les mirabelles à l’eau fraîche et séchez-les délicatement. Coupez-les en deux et retirez les noyaux.
2. Dans une grande poêle à revêtement antiadhésif, faites chauffer doucement le sucre avec l’eau, le jus de citron et la gousse de vanille fendue en deux dans sa longueur ; remuez jusqu’à ce que le sucre soit complètement dissous.
3. Ajoutez les mirabelles et secouez plusieurs fois la poêle par le manche pour bien enrober les fruits de sirop. Amenez doucement à petite ébullition, puis baissez le feu et faites cuire pendant 10 à 15 minutes en arrosant régulièrement les mirabelles avec le jus de cuisson.
4. Sortez délicatement les mirabelles de la poêle avec une écumoire, en les égouttant bien, et mettez-les dans une coupe ou répartissez-les dans des coupelles individuelles. Laissez la poêle sur le feu vif pendant 2 ou 3 minutes et faites réduire le jus de cuisson pour qu’il épaississe.
5. Grattez l’intérieur de la gousse de vanille au-dessus de la poêle pour récupérer les graines, puis jetez la gousse et versez le sirop sur les mirabelles. Laissez tiédir puis mettez au réfrigérateur jusqu’au moment de servir.

Conseil
La mirabelle, petite prune jaune à chair ferme, douce et parfumée, est produite principalement en Alsace et en Lorraine, de mi-août à septembre. Hors saison, utilisez des mirabelles surgelées.


Recettes Fruits-Compotée de mirabelles


Compotée de mirabelles

Préparation : 20 mn
Cuisson : 20 mn
Réfrigération : 2 heures
Pour 6 personnes
1 kg de mirabelles
1 citron non traité
1 orange non traité
50 cl de vin blanc doux muscat de Riversaltes
50 g de sucre en poudre
1 gousse de vanille
1 bâton de cannelle (ou 1 cuillerée à café de cannelle en poudre)
5 grains de poivre
1. Lavez, essuyez et dénoyautez les mirabelles. Zestez la moitié du citron et de l’orange.
2. Dans une casserole, versez le vin, ajoutez le sucre, la gousse de vanille fendue dans la longueur, les zestes, la cannelle et les grains de poivre. Portez à ébullition puis baissez et laissez frémir 10 minutes.
3. Ajoutez les mirabelles et poursuivez la cuisson 10 minutes. Le jus doit être sirupeux.
4. Versez dans une coupe, laissez refroidir et réservez au réfrigérateur au moins 2 heures avant de servir.
5. Servez accompagné de glace à la vanille.

Recettes Fruits-Poêlée de chasselas


Poêlée de chasselas

Préparation : 15 mn
Cuisson : 10 mn
Pour 4 personnes
4 grappes de chasselas de Moissac
2 pommes
25 g de beurre
3 cuillerées à soupe de miel
20 g de gingembre frais
1 branche de romarin
1. Coupez les pommes en quatre, ôtez le cœur. Coupez-les en lamelles.
2. Égrainez le chasselas. Rincez les grains et séchez-les bien.
3. Chauffez le beurre dans une poêle. Faites-y dorer les lamelles de pommes 5 minutes.
4. Ajoutez le romarin et le raisin. Arrosez de miel. Faites cuire 3 minutes en remuant délicatement.
5. Ôtez le romarin. Servez chaud en accompagnement d’une volaille… ou d’une glace à la vanille.


vendredi 27 septembre 2019

Lectures-La tache Philip Roth


La tache Philip Roth
Traduit de l’américain par Josée Kamoun

(4ème de couverture)
A la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d’avoir tenu des propos racistes  envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l’innocenter.

Tandis que l’affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l’ancien doyen un passé inouï, celui d’un homme qui s’est littéralement réinventé, et un présent non moins ravageur : sa liaison avec la sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, et talonnée par un ex-mari vétéran du Vietnam obsédé par la vengeance et le meurtre.

Après Pastorale américaine et J’ai épousé un communiste, La tache, roman brutal et subtil, complète la trilogie de Philip Roth sur l’identité de l’individu dans les grands bouleversements de l’Amérique de l’après-guerre, où tout est équivoque et rien n’est sans mélange, car la tache « est en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, elle qui préexiste à la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. C’est pourquoi laver cette souillure n’est qu’une plaisanterie de barbare et le fantasme de pureté terrifiant ».

Le « Théâtre de Sabbath » à valu à Philip Roth en 1995 le National Book Award, qu’il avait déjà obtenu en 1960 pour son premier livre « Goodbye, Colombus ». Il a reçu à deux reprises le Nationel Book Critics Circle Award, en 1987 pour « La contrevie » et en 1992 pour « Patrimoine ». Ses romans « Opérations Shylock » et « La tache » ont été récompensés par le PEN Faulkner Award. « Pastorale américaine » a été couronné par le prix Pulitzer et, en France, a reçu le Prix du meilleur livre étranger. Tous les livres de Philip Roth sont traduits aux Editions Gallimard.

(1ere phrase :)
A l’été 1998, mon voisin, Coleman Silk, retraité depuis deux ans, après une carrière à l’université d’Athena où il avait enseigné les lettres classiques pendant une vingtaine d’années puis occupé le poste de doyen les seize années suivantes, m’a confié qu’à l’âge de soixante et onze ans il vivait une liaison avec une femme  de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre.

(Dernière phrase :)
Il est rare qu’en cette fin de siècle la vie offre une vision aussi pure et paisible que celle d’un homme solitaire, assis sur un seau, pêchant à travers quarante-cinq centimètres de glace, sur un lac qui roule indéfiniment ses eaux, au sommet d’une montagne arcadienne, en Amérique.

Avec La tache, qui débute en pleine affaire Lewinsky, Philip Roth dresse une satire féroce des mœurs américaines. Un roman ébouriffant.

Il n'y a que deux sortes de lecteurs de Philip Roth: ceux qui l'adorent et ceux qui ne l'ont pas lu. La Tache est un roman qui ravira les premiers et ouvrira aux seconds les portes de la littérature. Philip Roth confirme ce que l'on supposait: il est un écrivain hors norme, plus puissant, plus libre, plus proche de la vie à chacun de ses livres. Quel romancier est capable d'une telle vitalité? En dévorant La Tache, satire au vitriol des mœurs américaines, on songe à la légende que Philip Roth a laissé construire à son propre sujet depuis trente-cinq ans: il serait cauteleux, misanthrope, un rien dépressif et détesterait par-dessus tout ces curieux qui viennent lui parler de ce qu'il a mis tant d'années à écrire.

Problématiques millénaires. Il ne faut rien dévoiler de la stupéfiante machination que Coleman Silk, le héros de ce roman, met en place pour devenir quelqu'un d'autre, pour changer de vie, pour changer de peau. Cet universitaire respecté nous ressemble comme un frère. Excessif et mystérieux, prêt à tout pour démentir le destin, rebelle à l'ordre social, il butera pourtant sur l'irréductible bêtise de son époque: accusé par deux de ses étudiants d'avoir tenu des propos racistes, puis accusé de harcèlement sexuel sur la personne d'une charmante femme de ménage qui se définit elle-même comme une «petite salope toute gamine déjà», le respectable Coleman Silk doit démissionner. Brisé, il raconte alors sa vie à un écrivain maudit, un certain Nathan Zuckerman... Philip Roth acquiesce lorsqu'on lui demande si Zuckerman est bien son double littéraire: «C'est un artifice, je le reconnais, il est présent dans beaucoup de mes romans comme un élément indispensable pour faire accoucher les personnages principaux de leur part de vérité.» Autre artifice, l'alternance parfaitement maîtrisée du comique le plus déluré et de la tragédie la plus sombre. Philip Roth n'écrit pas des romans à thèse, et pourtant il invite à la réflexion en rendant furieusement contemporaines des problématiques millénaires. Changer de vie, est-ce trahir? Roth reconnaît bien volontiers que le premier romancier du monde fit de cette interrogation la trame du premier vrai roman de l'histoire de la littérature: Homère, dans « L'Iliade », ne raconte pas autre chose que cette tentative désespérée de déjouer la courbe du destin.

Et ce n'est évidemment pas par hasard que Coleman Silk enseigne la tragédie grecque à des étudiants américains gavés de feuilletons policiers et de films porno. Roth sème les allusions mythologiques tout au long du récit de la chute de cet homme prêt à défier les dieux pour s'accomplir malgré eux.

Mais ce n'est pas pour parler d'hier que Philip Roth lance le lecteur dans ce fulgurant labyrinthe. «Je sortais de Pastorale américaine, qui traite de la guerre du Vietnam, puis de J'ai épousé un communiste, qui parle du maccarthysme; je me suis demandé si j'étais capable d'écrire quelque chose de sensé sur une période qui n'était pas encore historique, sur la période que je vivais. Or nous étions en 1998...» Et 1998, aux Etats-Unis, n'est pas une année comme les autres. Voici comment Philip Roth la fait entrer dans l'Histoire: «En Amérique en général, ce fut l'été du marathon de la tartuferie: le spectre du terrorisme, qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure sur la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute; un président des Etats-Unis, quinquagénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de 21 ans folle de lui, batifolant dans le Bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l'Amérique, son plaisir le plus dangereux, le plus subversif historiquement: le vertige de l'indignation hypocrite.»

L'Amérique face à ses démons. C'est donc sur fond d'affaire Lewinsky que débute ce roman ébouriffant. «Monica Lewinsky a révélé davantage sur l'Amérique que quiconque depuis Dos Passos et son éblouissante trilogie U.S.A.», explique Roth sans plaisanter. La volonté de pureté et son terrible cortège d'ombres, voilà le cœur de ce livre drôle et impitoyable. Roth n'hésite pas à mettre l'Amérique face à ses démons. Ultime pirouette de la part de ce maître du roman noir, le rôle du procureur est tenu par... une Française! Delphine Roux est le double inversé de Coleman Silk: alors que ce dernier a osé la plus dangereuse des métamorphoses pour changer sa vie, la petite normalienne étriquée a remisé bien sagement son ambition dans le carcan que lui tendait la société et croit s'être affranchie du déterminisme parce qu'elle a traversé l'Atlantique. C'est elle qui fera régner sur les campus l'esprit de pureté, cet esprit assainissant qui prétend purger le monde de sa crasse. «Mais la crasse est innée, martèle Roth. Nous sommes la crasse. Nous ne sommes pas que cela, mais nous sommes aussi cela. Ces pulsions de pureté sont démentes, non?»


La Tache, c'est bien sûr la souillure humaine, ancrée en chacun de nous et qu'il nous revient de combattre si nous voulons prétendre à un semblant de liberté. C'est aussi cette trace blanchâtre laissée par le liquide présidentiel sur la robe d'une stagiaire voilà quatre ans et qui déclencha chez les Américains une exubérante volonté de purification. Le parallèle, symbolique, n'est que trop évident. Il fournit son meilleur roman à un Philip Roth goguenard et fier du bon tour qu'il vient de jouer à son pays.

Lectures-La conjuration des imbéciles John Kennedy TOOLE


La conjuration des imbéciles John Kennedy TOOLE 

Traduit de l’américain par Jean-Pierre Carasso

(4ème de couverture)
Ecrit au début des années soixante par un jeune inconnu qui devait se suicider en 1969, à l’âge de trente-deux ans, parce qu’il se croyait un écrivain raté, La conjuration des imbéciles n’a été éditée qu’en 1980. Le plus drôle dans cette histoire, pour peu qu’on goûte l’humour noir, c’est qu’aussitôt publié, le roman a connu un immense succès outre-atlantique et s’est vu couronné en 1981 par le prestigieux prix Pulitzer. Une façon pour les Américains de démentir à retardement le pied de nez posthume que leur adressait l’écrivain, plaçant en exergue à son livre cette citation de Swift : « Quand un vrai génie apparaît en ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».

(1ere phrase :)
Une casquette de chasse verte enserrait le sommet du ballon charnu d’une tête.

(Dernière phrase :)
Saisissant la natte dans une de ses grosses pattes, il la pressa chaleureusement contre sa moustache humide.

Alors là grande classe : un livre parfait, du niveau de « Eurêka Street ».
Un livre hilarant, burlesque, poétique, désespéré, politique, mystérieux, romantique, crade, profondément original, bien écrit, bien traduit la plupart du temps, épais, dense. Bref à lire et à relire.

Voici donc la fabuleuse épopée d’Ignatius Reily, génie mégalomane de 28 ans en guerre avec la société : obèse, moustachu, fin lettré, il vit chez sa mère à la Nouvelle-Orléans, dont il n’est sorti qu’une fois pour se rendre à Baton-Rouge mais on n’est pas près de l’y reprendre, et travaille à son œuvre. Sa philosophie met en avant la théologie et la géométrie et s’inspire de l’œuvre du romain Boèce, apparemment un stoïque pour lequel toute volonté de succès est méprisable. Avec son anneau pylorique capricieux, son considérable surpoids, sa crasse, sa maladresse, sa mauvaise foi, son égoïsme et son combat anti-social, Ignatius est rejeté de toute part, mais il n’en a cure. Seule sa mère qui subvient à ses besoins, et Myrna Minkoff son amoureuse platonique rencontrée à l’université, entretiennent des relations avec lui.

Jusqu’au jour où à la suite de complications financières, la mère d’Ignatius le contraint à aller chercher du travail. S’en suit une avalanche de catastrophes et de fiascos, aux pantalons Levy dans un premier temps, puis au Paradise Vendors de Mr Clyde (magnat de la Francfort), parsemés de combats politiques houleux tels que la croisade pour la fierté des Maures ou l’avènement de la paix universelle par la réservation de la carrière militaire aux seuls homosexuels. Ignatius profite de ses déboires pour alimenter son journal d’un jeune travailleur, très susceptible d’être adapté au cinéma et de clouer le bec à l’arrogante Myrna Minkoff. Toujours est-il que de déboires en cataclysmes, Ignatius se met dans de si sales draps que seule l’apparition in extremis de Myrna Minkoff permet de le sauver des infirmiers envoyés par sa mère pour l’interner : Ah l’amour…

Pour le burlesque et la galerie de personnages (Mr Jones, Lana Lee, Mr et Mrs Levy, Gonzalez, Mrs Trixie, Darlena, Mr Clyde, Mr Greene, etc…), on dirait du Pennac en plus profond, avec de la densité psychologique en dépit de figures parfaitement farfelues. Là-dessus Ignatius est un génie dont la culture et le vocabulaire sont vastes, et la peinture de l’Amérique des années 60 est à la fois originale et cruelle (l’obsession des « communisses », l’agent de police Mancuso désespérément à la recherche d’un suspect, les noirs et l’esclavage moderne, le « bouligne »…). Ignatius entretient une relation étonnante avec la télé et le cinéma : il se délecte du mauvais goût et de la vulgarité des programmes et ne les raterait pour rien au monde, tant il a plaisir à détester ce spectacle. De même, quand il est particulièrement satisfait d’un de ses écrits, il le qualifie de « commercial ». Une des qualités de ce livre et de ses personnages est ainsi de laisser de la place aux paradoxes et aux contradictions. C’est de là que vient l’épaisseur.


L’épaisseur peut-être aussi vient de ce que l’associabilité d’Ignatius est sans doute en partie celle de l’auteur, qui s’est suicidé à 32 ans quelques années après avoir écrit ce livre, se croyant apparemment un écrivain raté. Peut-être tout simplement qu’il avait tout mis dans un seul livre.

Lectures-L’obsession gaulliste, d’Éric Brunet


L’obsession gaulliste, d’Éric Brunet

L’obsession gaulliste de la droite la rend dépendante des idées de la gauche et de l’économiquement correct. Le rejet des riches et du libéralisme sont les preuves de cette soumission à un héritage encombrant.

Pourquoi le gaullisme est-il devenu la référence suprême de toutes les personnalités politiques ? De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par François Bayrou, tous, presque sans exception, se réclament du Général. Dans un brillant essai, Éric Brunet explique les dangers de cette vénération injustifiée et ses dangers pour la France.

En 1959, Jean-François Revel publiait un pamphlet intitulé Le style du général dans lequel il dénonçait les dérives autoritaires de la Ve République débutante ainsi que les limites de l’admiration œcuménique dont faisait l’objet de Gaulle de la part de la droite française et d’une partie de la population. Bien entendu, sa critique ne concernait pas la période de la guerre et de l’Occupation. De Gaulle se voulait l’incarnation d’une « certaine idée de la France » — formule creuse reprise aujourd’hui à tout-va —, ainsi que le sauveur de toute une nation. Il a brillamment su profiter des moyens de communication de masse et a compris l’importance de l’appel direct à la population.

Il a aussi manié avec perfection les phrases vagues et énigmatiques, une sorte de langue de bois à l’usage des personnalités autoritaires. Toute cette panoplie de l’art de la communication a été mise au service d’une politique catastrophique sur le plan international et avec des lourdes conséquences sur le plan intérieur. À l’extérieur, il n’a pas saisi (comme l’avaient fait les Anglais dès 1945) les mouvements de libération nationale qui secouaient les pays colonisés.
De Gaulle contre l’Amérique
Son fameux « Je vous ai compris » n’est finalement qu’une phrase débouchant sur une guerre sanglante aux conséquences dramatiques tant pour les Pieds-Noirs que pour les Algériens. De même, le Général a complètement sous-estimé le totalitarisme communiste, son essor en Indochine, en préférant l’anti-américanisme et l’anti-atlantisme de circonstance.

Sur le plan interne, il a mis en place les dérives présidentielles de la Ve République avec sa Constitution qui fonctionne seulement quand elle est… « violée ». Le double exécutif – caractéristique française parmi les pays riches et démocratiques – fait du chef du gouvernement tantôt le valet du Président, tantôt son ennemi si par malheur il appartient à l’opposition. Ce qui fait du Président une personne intouchable, et de l’Assemblée une simple caisse de résonance qui n’a aucun mot à dire sur le budget de l’État par exemple.

Alors, comment se fait-il que le gaullisme soit devenu aujourd’hui la référence suprême de toutes les personnalités politiques ? De Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par François Bayrou, tous, sans exception, se réclament du Général. Sans oublier les intellectuels, de Zemmour à Natacha Polony. C’est la question que se pose le journaliste Éric Brunet dans son brillant essai intitulé L’obsession gaulliste (Albin Michel, 2016).
« Je suis Charles », semblent dire tous nos politiques.
L’alliance gaullo-communiste
D’abord, Éric Brunet rappelle les tares du gaullisme, ou plutôt du gaullo-communisme car tout est parti de la fameuse alliance entre de Gaulle et les communistes de la résistance, incarnés par le CNR (Conseil national de la résistance). Dès 1943, De Gaulle déclare : « On réfléchit sur les causes de la guerre qui sont à chercher au-delà d’Hitler, du côté de la crise de 1929, de la dépression et de la faillite du libéralisme. » Les communistes (les Soviétiques) ont vite compris qu’ils pouvaient faire du Général leur meilleur allié.

Ce fut donc l’entrée de cinq ministres communistes dans le premier gouvernement libre et les débuts de la mise en place de l’État-providence par deux mesures symboliques : la Sécurité sociale et le paritarisme, ainsi que la création de l’ENA. La première, pour donner des gages de financement aux syndicats communistes ; la seconde pour la mise en place d’une catégorie de hauts fonctionnaires qui assurera la pérennité de l’interventionnisme étatique en France.
Par la suite, la droite française deviendra de plus en plus gaulliste en privilégiant les mesures étatiques (Jacques Chirac en constitue un excellent exemple) en ayant peur de réformer. Cette obsession gaulliste la rend dépendante des idées de la gauche et de l’économiquement correct. Le rejet des riches et du libéralisme sont les preuves de cette soumission à un héritage encombrant.

Jamais la droite n’a eu le courage de tuer le père en assumant une vraie politique de droite. Elle a préféré le consensus mou et l’inaction. Sa crainte de réformer relève de la « non-assistance à France en danger », écrit avec raison Éric Brunet. Malheureusement, les références au gaullisme sont quotidiennes ces temps-ci. L’auteur craint une nouvelle période d’étatisme, certes tempéré, mais toujours destructeur.

  • Eric Brunet, L’obsession gaulliste, Albin Michel, 2016, 275 pages.

Source contrepoints.org
Par Nicolas Lecaussin.


Directeur du développement de l’IREF, Nicolas Lecaussin est diplômé de Sciences-po Paris, ancien président de l’iFRAP (Institut Français de Recherche sur les Administrations Publiques), fondateur de Entrepreneur Junior et auteur de plusieurs ouvrages sur le capitalisme, l’État et les politiques publiques. Dernier livre publié : "L’obsession antilibérale française".

Lectures-L’espoir a-t-il un avenir ?


L’espoir a-t-il un avenir ?
  
Une investigation philosophique de la notion d’espoir pour désamorcer le sentiment décliniste signée Monique Altan et Roger-Pol Droit.

L’ouvrage de Monique Atlan et de Roger-Pol Droit est un Ovni dans l’actualité littéraire, au sens premier du terme. Leur objet d’étude, l’espoir, est un « papillon difficile à épingler » parce qu’il est un sentiment si communément partagé qu’il en devient comme trop évident, et par suite difficilement identifiable, nécessitant une mise au clair. Par ailleurs, en abordant le problème politique du pessimisme du point de vue de l’espoir, indépendamment de tout positionnement idéologique, les deux auteurs survolent les essais politiques. Ces derniers foisonnent à proportion que se développe le sentiment décliniste, comme pour remédier au vide de projection en proposant les uns et les autres des projets prétendument galvaniseurs. Il s’agit plus profondément d’une investigation philosophique de la notion d’espoir elle-même pour désamorcer au fondement même le sentiment décliniste, qui surgit d’une crise de notre rapport au temps. De cette manière, ils rétablissent les conditions pour redessiner une ligne d’horizon commune, sans jamais la dessiner effectivement.

L’espoir éclipsé
L’espoir est un phénomène proprement humain, et à ce titre, il est infiniment complexe, mêlant sentiments et raison. Il n’est pas réductible à l’attente passive et crédule en des jours meilleurs. Au contraire, l’espoir se nourrit de la réflexion sur le temps, à la fois sur le passé comme « champ d’expériences » vécues, et sur l’avenir comme « horizon d’attentes ». En ce sens, la notion de progrès joue un rôle déterminant dans la construction de l’espoir comme sentiment. Il est un horizon collectif qui se cultive. Comme l’a bien formulé Étienne Klein, « l’idée de progrès a une anagramme qui la résume en partie : le degré d’espoir ».

Notre période est traversée par une crise de l’espoir, qui provient en partie d’un manque de recul sur celui-ci, menant à deux excès : l’abandon de l’espoir, ou au contraire l’enfermement dans une crédulité naïve. Selon la formule de Bergson, « l’homme ne peut pas exercer sa faculté de penser sans se représenter un avenir incertain, qui éveille sa crainte et son espérance ». Or l’espoir est intimement lié au jugement que nous portons sur l’avenir, comme l’a si bien montré Descartes dans Les passions de l’âme. L’espoir bascule vite dans la crainte, voire même dans le désespoir, lorsque nous nous représentons la probabilité que nos désirs se réalisent comme faible.

Dans cette perspective, l’abandon de l’espoir est un refuge contre la déception des attentes non abouties. François Hartog, dans son livre Régimes d’historicité, présentisme et expériences du temps, montre bien cette éclipse de l’espoir dans des sociétés traversées par l’incertitude, la valorisation de l’instant présent seul à notre portée, conduisant in fine à une apathie politique par manque de projection, ou par la mort de l’idéalisme : en somme, un cercle vicieux de dépolitisation des sociétés. En devenant un tabou, l’espoir est abandonné aux religions, lesquelles offrent un horizon d’attente au-delà du politique. L’enjeu est donc de refonder l’espoir collectif comme sentiment au cœur de la politique, dans la vie d’ici-bas. Car « si l’espoir politique est grippé, l’espoir individuel, lui, résiste en secret ». Telle est l’image de l’éclipse : « ce qui est éclipsé n’est pas anéanti mais seulement voilé »

Une archéologie de l’espoir, contre l’optimisme crédule
L’investigation philosophique menée par Monique Atlan et Roger-Pol Droit est d’abord une investigation historique, du fait même que l’espoir est « un drôle de papillon difficile à épingler ». Il n’est pas possible de le figer conceptuellement, au moyen d’une réflexion abstraite de l’expérience. La tâche consiste à dresser un vaste panorama du rapport des sociétés au temps, pour montrer que toutes n’ont pas cultivé de la même manière l’espoir comme sentiment : qu’apprend-t-on dans le mythe de Pandore sur l’espoir ? Que nous enseigne Platon ? Épicure ? Qu’est-ce que la foi chrétienne offre comme perspective ? Quelle a pu être l’influence des Grandes découvertes sur notre rapport au temps ? En quoi la Révolution française a-t-elle fait basculer radicalement l’espoir dans la sphère politique ? Pourquoi en sommes-nous arrivés à ce degré de nihilisme, à cette méfiance envers l’avenir ?

Cette mise à distance doit permettre de saisir que la perte d’espoir n’est pas une fatalité, mais elle est la conséquence d’un abandon philosophique, et du refuge dans le « présentisme » ou dans son excès inverse, l’optimisme crédule et passif. L’ouvrage se situe dans la continuité des travaux d’Ernst Bloch sur l’Utopie : il s’agit de se rendre d’abord maître de l’espoir pour en faire le socle d’un projet collectif. La force de l’ouvrage consiste à ne rien proposer de concret, mais seulement à préconiser plus de recul sur les ressorts d’un sentiment au fondement même de la politique.


Source contrepoints.org