mardi 5 juin 2012

Infos santé : Sport et Santé-Tendinite d’Achille


Tendinite d’Achille

Vous vous entraînez assidument, vous courez beaucoup, vous préparez des compétitions,  cette blessure handicapante menace !  Voici les explications et les conseils pour l’éviter et la soigner.

Docteur Stéphane CASCUA, médecine et traumatologie du sport.

Le tendon d’Achille relie le muscle du mollet à l’os du talon, le calcanéum. Lorsque le muscle se raccourcit, il transmet la force et étend la cheville. A chacune de vos foulées, il est mis à contribution lors de la phase de propulsion. Il est encore plus sollicité au moment de l’amortissement. Dans ces conditions, le talon  s’écrase au sol et le muscle tire dans l’autre sens pour ralentir le mouvement. Le tendon est écartelé. Ce mécanisme de freinage est omniprésent en course et absent en vélo. Voilà qui explique pourquoi la tendinite d’Achille est fréquente chez les marathoniens et quasi inexistante chez les cyclistes.

  • Une tendinite d’Achille, c’est quoi ?
Cette cordelette malmenée lors du freinage de chaque foulée est constituée de fibres microscopiques en spirales. Lorsque les contraintes sont excessives, certaines se déchirent. Quand le temps de récupération entre les entraînements est insuffisant, ces petites lésions se rejoignent, perturbent la mécanique du tendon et deviennent douloureuses.  Les globules blancs arrivent pour évacuer les déchets. Cette première étape de l’inflammation se montre bénéfique et stimule la reconstruction tissulaire. Parfois, elle devient excessive et le processus s’emballe : nos cellules de nettoyage grignotent aussi les fibres saines.  Rapidement, une cicatrice se constitue. Le plus souvent, notamment en cas de repos complet, elle ressemble à un magma fragile. C’est à ce moment que la tendinite devient vraiment gênante. Les fibres orientées dans tous les sens n’assument pas les contraintes mécaniques et l’édifice se craquèle, un peu comme vos gerçures hivernales quand vous souriez. A ce stade, il n’existe plus d’inflammation.  Au contraire, la cicatrice n’évolue plus et reste cassante. Un traitement s’impose.

  • Comment savoir si c’est grave ?
Le rythme de la douleur tendineuse est associé à différents stades de gravité. Ils ont été décrits par un médecin nommé BLAZINA. Initialement, vous avez mal après votre séance de sport. L’inflammation s’enclenche à l’arrêt de l’effort pour nettoyer les déchets provenant des microfissures. Voilà qui stimule les processus de reconstruction. Quand les lésions sont plus avancées, de petites cicatrices anarchiques sont responsables d’adhérences entre le tendon et les tissus environnant.  Vous souffrez quand vous vous remettez en mouvement, le matin au saut du lit ou en début d’entraînement. Ce dérouillage se révèle plutôt bénéfique. Au stade suivant, vous avez mal tout au long de l’activité et même au repos. Chaque foulée détruit quelques  fibres tendineuses saines. Votre tendinite s’aggrave.

  • Quels médicaments contre la tendinite d’Achille ?
Le plus souvent les anti-inflammatoires ne sont pas utiles car l’inflammation nuisible est rare en cas de tendinite. De fait, dans le monde médical, ce mot a été remplacé par « tendinopathie »  car le suffixe «pathie» veut dire maladie alors que « ite » signifie inflammation. En pratique, on ne prescrit une cure d’anti-inflammatoire qu’au tout premier stade de la lésion lorsque les processus de nettoyage dépassent leur mission première et agresse les fibres saines. On peut réitérer ponctuellement si un entraînement ou des techniques rééducatives se sont révélées trop intense.  A l’inverse, on conseille des produits favorisant l’assouplissement des vieilles cicatrices. La silice joue un rôle clé en reliant les fibres entre elles et en restaurant une cohésion élastique à la structure. Elle peut être ingérée par la bouche ou appliquée localement puisque le tendon est vraiment juste sous la peau. La marque DISSOLVUROL propose les 2 options : des gouttes et un gel.

  • La kinésithérapie : un passage obligé
En phase d’irritation, la glace est un excellent anti-inflammatoire. Très vite, il faut guider la cicatrisation du tendon. Etirements et travail de freinage orientent les fibres dans l’axe des contraintes. Comme vous le constatez, ce sont aussi les mouvements qui ont blessé votre tendon ! Il s’agit véritablement d’un réentraînement tissulaire ! Mais celui-là a une vertu essentielle : il est progressif. Au stade de la grosse cicatrice anarchique, il faut casser le magma fibreux. Les ultra-sons y contribuent … un peu ! Les MTP ou «massages transversaux profonds» sont beaucoup plus efficaces. Ils réactivent aussi les processus de guérison en recréant des microlésions. Votre kinésithérapeute frotte perpendiculairement au tendon mis en tension. Les «ondes de choc» peuvent être considérées comme des super MTP. Ce gros pistolet frappe sur votre tendon 5 à 15 fois par seconde pendant 3 à 4 minutes. Ces 2 méthodes sont douloureuses mais c’est pour la bonne cause ! A l’issue étirements et travail de freinage progressifs réalignent les fibres. Si le laser chirurgical coupe les tissus, le laser médical assouplit les cicatrices. Il est indolore et peut-être utilisé en cas de tendinite d’Achille.

  • Semelles et talonnettes pour détendre votre tendon
Une talonnette permet de remonter le talon. Le tendon d’Achille se détend légèrement. Même si vous ne souffrez que d’un côté, il faut les placer dans les deux chaussures, sous les semelles de propreté, afin de ne pas vous retrouver bancal. Elles doivent être de hauteur modérée pour que le talon reste bien stabilisé par le contrefort. Trop haute, elles vous inclineraient vers l’avant et votre corps serait comme suspendu à vos tendons d’Achille ; le remède deviendrait nuisible ! Elles peuvent être amortissantes pour limiter l’impact mécanique des vibrations.  Les talonnettes de SORBOTHANE regroupent ces caractéristiques. Une paire de semelle réalisée par un podologue du sport est parfois utile. Elle corrige un pied creux, tendu comme un arc, qui tire sur votre tendon. Elle limite les tiraillements latéraux sur le tendon en cas de bascule du talon comme on la rencontre lors des pronations et supinations excessives.

  • Le sport fait parti du traitement !
Vous l’avez compris la rééducation contribue à assouplir les vieilles cicatrices et à réentraîner le tendon ! Il en est de même du sport ! Encore faut-il qu’il soit bien dosé : la sollicitation doit contribuer à l’adaptation tissulaire sans provoquer de lésion. La douleur est bonne conseillère. Elle est tolérable pendant quelques minutes à l’échauffement et une sensibilité est possible quelques heures après la séance. En aucun cas, elle ne doit persister et encore moins augmenter pendant l’exercice. Commencez par les activités peu sollicitantes pour votre tendon, laissez vous guider par vos sensations et augmentez peu à peu les contraintes. Avec la natation et l’aquajogging sans appui, votre tendon est au repos. Sur vélo, aucun freinage agressif que du travail en poussée. Même chose sur elliptique mais vous ajoutez le poids du corps. Avec le stepper talon dans le vide ou le vélo en danseuse, vous réintroduisez du freinage lent. En sautillant dans l’eau, le tendon est à nouveau sollicité de façon élastique mais Archimède vous aide et le mouvement est plus lent.  Diminuez peu à peu la profondeur ! Passez au trottinement. Ce peut-être un peu de tapis au sein de votre séance de cardiotraining en salle. Vous pouvez opter pour un footing de durée croissante avant votre entrainement de vélo. A moins que ce ne soit un petit jogging pour aller à la piscine.  Peu à peu, augmentez le temps de course, réduisez celui de l’activité complémentaire. Accélérez progressivement, introduisez du relief et des variations de vitesse puis du fractionné plus structuré. Sautez, bondissez sans douleur ! Vous êtes guéri !

  • Le repos n’est pas systématique : gérez vos douleurs
Douleurs après les entraînements : réduisez la durée et la vitesse de vos entraînements, pensez au vélo et à la natation. Tentez de mettre une petite talonnette, étirez-vous après les séances … un peu, pas trop. Cette stratégie pourrait s’avérer suffisante.
Douleurs cédant à l’échauffement. Vous pouvez continuer votre séance. Arrêtez si la douleur réapparait. Là encore, réduisez votre charge de travail. Pédalez et nagez pour compléter votre programme. Prenez rendez-vous avec  votre médecin pour initier un traitement et faire de la rééducation.
Douleurs persistantes à l’effort. Arrêtez de courir ! Afin de garder la forme, allez à la piscine et faites du vélo, évitez les gros braquets et ne vous mettez pas en danseuse. Consultez  rapidement votre médecin du sport.

  • Parfois, ce n’est pas une tendinite
Les douleurs à l’arrière de la cheville ne sont pas toujours des tendinites d’Achille. Quelques fois, il s’agit d’une grosse ampoule entre l’os et la peau provoquée par le frottement du contrefort. On parle de «bourse inflammée» ou «bursite». Tout particulièrement chez le coureur de fond, il faut rechercher une fracture de fatigue du calcanéum, l’os du talon.  De temps à autre, notamment chez le footballeur, l’os de la cheville, l’astragale, est pincé en arrière, entre le tibia et le calcanéum. On parle de «syndrome du carrefour postérieur».
Quelques fois, ce sont des tendinites atypiques au traitement bien différent. En cas de péri-tendinite les fibres sont indemnes mais la gaine entourant le tendon est irritée par les frictions contre la tige d’une chaussure montante. Cette lésion survient surtout chez les randonneurs ou les militaires. Vous pouvez aussi souffrir au niveau du point d’accrochage du tendon sur l’os du talon, on parle de tendinite d’insertion. Si cette lésion est associée à des douleurs de la colonne, il s’agit parfois d’un rhumatisme.  Si vous êtes bon vivant, votre tendinite peut être provoquée par des amas de cholestérol ou des cristaux d’acide urique qui fissurent les fibres.


Le diagnostic de «tendinite d’Achille»  n’est pas aussi facile qu’il n’y paraît. Il nécessite un examen rigoureux.  Pour le confirmer ou évaluer l’ «ampleur des dégâts» votre médecin peut vous prescrire une prise de sang ou des images : radio, échographie et parfois IRM.
 
 
Source SantéSportMag

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