lundi 30 octobre 2017

Infos santé-Enfants sous Ritaline


Enfants sous Ritaline
  
Un mal à quatre lettres s’étend dans notre société : le TDA-H, une épidémie récente qui fait l’objet d’interrogations, d’études et de commentaires nombreux. Le dernier en date que j’ai lu étant un article paru le mois dernier par Le Figaro Madame : « Nos enfants sont-ils devenus fous ? »

Ces enfants, diagnostiqués TDA-H (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité), « sont-ils des Town Sawyers d’aujourd’hui qui ne comblent pas les attentes de la société moderne à l’égard de ses enfants » se questionne Lauwrence H. Diller, pédiatre aux États-Unis.

Dans nos pays modernes, où se développe une forme d’intolérance à toute manifestation originale du caractère et des talents, les enfants doivent s’adapter à un seul et même modèle éducatif.

Mais qu’est-ce donc qu’un trouble du déficit de l’attention avec ou sans Hyperactivité ? Un Trouble du Développement (TED), comme l’autisme par exemple ?

Eh bien non, le TDA-H ne fait pas partie des TED, mais la prévalence mondiale du TDA-H parmi les enfants et les adolescents est de 5,29%. De récentes études montrent que 40 à 60% des patients TDA-H conservent des limitations dues à la maladie à l’âge adulte (avec risque de spirale d’échec et d’exclusion). Dans cette population, on observe une comorbidité élevée, avec entre autres des troubles de l’humeur, des troubles de la personnalité et des conduites addictives, ce qui complique le diagnostic et le traitement.

Reprenons la symptomatologie telle qu’elle est décrite dans le référentiel psychiatrique (le DSM- IV) :
1) Des symptômes de déficit d’attention : six des symptômes suivants d’inattention (ou plus) ont persisté pendant au moins 6 mois, à un degré qui est inadapté et ne correspond pas au niveau de développement de l’enfant :
  • souvent, ne parvient pas à prêter attention aux détails, ou fait des fautes d’étourderie dans les devoirs scolaires, le travail ou d’autres activités,
  • a souvent du mal à soutenir son attention au travail ou dans les jeux,
  • semble souvent ne pas écouter quand on lui parle personnellement,
  • souvent, ne se conforme pas aux consignes et ne parvient pas à mener à terme ses devoirs scolaires, ses tâches domestiques ou ses obligations professionnelles,
  • a souvent du mal à organiser ses travaux ou ses activités,
  • souvent, évite, a en aversion, ou fait à contrecœur les tâches qui nécessitent un effort mental soutenu,
  • perd souvent les objets nécessaires à son travail ou à ses activités,
  • souvent, se laisse facilement distraire par des stimuli externes,
  • a des oublis fréquents dans la vie quotidienne.

2) Et/ou des symptômes d’hyperactivité, d’impulsivité : six des symptômes suivants d’hyperactivité et d’impulsivité (ou plus) ont persisté pendant au moins 6 mois, à un degré qui est inadapté et ne correspond pas au niveau de développement de l’enfant :

Hypertactivité :
  • remue souvent les mains ou les pieds, ou se tortille sur son siège,
  • se lève souvent en classe ou dans d’autres situations où il est supposé rester assis,
  • souvent, court ou grimpe partout, dans des situations où cela est inapproprié (chez les adolescents ou les adultes, ce symptôme peut se limiter à un sentiment subjectif d’impatience motrice),
  • a souvent du mal à se tenir tranquille dans les jeux ou les activités de loisir,
  • est souvent « sur la brèche » ou agit souvent comme s’il était « monté sur ressorts »,
  • parle souvent trop.

Impulsivité :
  • laisse souvent échapper la réponse à une question qui n’est pas encore entièrement posée,
  • a souvent du mal à attendre son tour,
  • interrompt souvent les autres ou impose sa présence.

Les symptômes apparaissent par définition pendant l’enfance et posent problème dans différents domaines de la vie. Les enfants ont le plus souvent des problèmes d’apprentissage et de travail, davantage de problèmes sur le plan du fonctionnement relationnel, sexuel et social et présentent plus souvent un comportement antisocial.

Le traitement à long terme se constitue d’une molécule : le Méthylphenidate, faisant partie des psychostimulants et dont le nom commercial le plus connu est la Ritaline. Cette molécule permet d’éradiquer toute la symptomatologie visible.

Mais une étude effectuée par une équipe française, publiée en 2011, met en évidence l’intérêt du Neurofeedback pour permettre aux enfants un focus de l’attention sur une tâche. Qu’est-ce que le principe de fonctionnement du neurofeedback ?

Prenons l’image suivante : le cerveau est comparable au réseau routier. Deux centres importants permettent le traitement des informations arrivant et repartant aux muscles, viscères… : le cerveau et la moelle épinière. Le corps serait la carte de France, le cerveau Paris et le deuxième relais la moelle épinière = Lyon. Le réseau neuronal chez le bébé correspond au réseau national dès années 60. Puis en fonction du nombre de voitures qui empruntent ces routes, les chemins qu’utilisent les automobilistes pour relier des villes secondaires, le réseau se modifie. Des chemins deviennent des routes, elles sont goudronnées, le tracé est pensé au plus simple, ou avec un détour par un village qui doit être desservi. Les axes existants se renforcent, possèdent deux fois 2 voies, deviennent des nationales, puis des autoroutes…

Le cerveau évolue de la même manière. Il reçoit un tas d’information qu’il trie pour leur pertinence et apporte une réponse. Dans le même temps, il analyse la quantité/ l’intensité/la durée, lui permettant un ajustement : un feedback. Il peut ainsi se réguler grâce à sa neuroplasticité (sa capacité à se modifier comme le réseau routier). Notre cerveau se développe ou non selon les voies stimulées pour fonctionner plus rapidement et plus finement : il opère seul un rééquilibrage pour maintenir son homéostasie.

Le principe du Neurofeedback est simple : des électrodes permettent d’enregistrer le fonctionnement neuronal, les zones qui sont activées par une tâche, et notamment les réseaux dédiés à l’attention. Puis l’enfant peut visualiser sur l’écran son activité cérébrale. Ayant une information sur cette activité, il peut ensuite l’équilibrer.
Pourquoi utiliser un écran ? Pourquoi le cerveau de l’enfant ne peut-il le faire seul ? Reprenons notre image du réseau routier. Si nous prenons le trafic actuel et que nous revenions sur un réseau des années 60, celui-ci serait saturé, débordé et il lui faudrait trouver des solutions pour le désengorger. Pour le cerveau, c’est le même principe, un enfant reçoit des informations qu’il traite de manière égale (sans leur accorder une valeur) et son réseau neuronal n’est pas aussi performant que celui de l’adulte ; alors il va se trouver débordé et n’aura pas tous les moyens pour retrouver un équilibre de fonctionnement. En effet, le cerveau est en cours de maturation pendant la période de l’enfance et de l’adolescence, c’est-à-dire que le réseau neuronal se crée et se complexifie en rapport avec les stimulations reçues de l’environnement de l’enfant jusqu’à environ 20/25 ans.

Ce traitement m’amène à me poser plusieurs questions : comme cela nécessite un rééquilibrage cela signifie que le cerveau de l’enfant ne peut faire face à toutes les stimulations venant de l’extérieur. Alors nous pouvons nous demander si le TDA-H n’est pas une réponse à la sur-stimulation des cerveaux de nos enfants.

Nos enfants sont-ils fous ? Non, mais peut-être un des symptôme du dysfonctionnement de la Société, une souffrance bien plus globale et profonde que la Ritaline ne pourra pas juguler et cacher bien longtemps.


Sources :
  • Effectiveness of EEG Biofeedback as Compared with Methylphenidate in the Treatment of Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder: A Clinical Outcome Study. Mohammad Ali Nazari, Laurent Querne, Alain De Broca, Patrick Berquin.
  • Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux, 4ème édition.

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