lundi 7 novembre 2016

Billets-Flexisécurité : la leçon danoise


Flexisécurité : la leçon danoise

Les bons résultats du chômage au Danemark, pays de la flexisécurité, les mauvais résultats en France, pays de toutes les rigidités, les réformes Schröder en Allemagne, mais aussi la récente instauration d’un salaire minimum, imposé par le SPD à Angela Merkel, attirent une nouvelle fois l’attention sur le marché du travail. À l’évidence, en France, contrairement à l’affirmation de François Mitterrand, on n’a pas tout essayé. La flexisécurité à la Danoise peut-elle être une piste de réflexion, parmi d’autres ? En tous cas, les résultats semblent au rendez-vous, avec un chômage plus de deux fois plus faible qu’en France.

  • Un taux de chômage de 5,3%
Alors que le chômage n’a jamais été aussi élevé en Europe, particulièrement en France, les chiffres danois ont de quoi étonner. Le taux de chômage ne cesse de se réduire. Fin février, il est tombé à 5,3% de la population active, moins de la moitié du taux français, en baisse de 0,6 points en un an. 140.600 chômeurs pour un pays de 5,6 millions d’habitants. C’est le chiffre le plus bas depuis août 2009, au début de la crise. Avant la crise, on observait même des tensions en raison d’une pénurie de main-d’œuvre. Les économistes, les politiques, mais aussi les syndicalistes attribuent ces bons résultats aux réformes entreprises : la flexisécurité en général et les réformes les plus récentes en particulier.
La flexisécurité, c’est bien évidemment un mélange de flexibilité et de sécurité. Flexibilité pour les entreprises, sécurité pour les salariés. L’idée centrale est que plus les entreprises ont de facilités à licencier, plus elles ont tendance à embaucher.

  • Flexibilité
Une entreprise en plein développement recherchera une main d’œuvre d’appoint. Si cette bonne conjoncture se confirme, elle intégrera cette main d’œuvre, qu’elle formera sans doute. Mais si le marché se retourne, l’entreprise devra réduire ses effectifs. Si les licenciements sont interdits ou coûteux, pour des raisons purement juridiques, cet ajustement de la main d’œuvre ne pourra se faire. Voilà un frein sérieux à l’embauche.
Aux incertitudes du marché s’ajoutent celles de la règlementation et de la politique économique : les entrepreneurs hésitent à s’engager dans le long terme. Or, l’embauche est un engagement, dans tous les sens du terme.
En France, les gouvernements successifs ont fait le choix de surprotéger l’emploi. Une fois obtenu, un emploi est une sorte de droit social à vie. Mais dans les entreprises où les effectifs ne sont plus en rapport avec les débouchés, le droit social est illusoire et c’est la précarité qui attend tôt ou tard les salariés. Le droit disparaît avec l’entreprise…

  • Sécurité
Le côté sécurité de la flexisécurité est caractérisé par une indemnisation assez forte du chômage. Mais cette indemnisation est soumise à de nombreuses conditions. Le chômeur ne peut rester passif. Il bénéficie de possibilités nombreuses de formation et de contrôles de sa disponibilité et de sa motivation afin d’éviter que le chômage ne s’installe dans la durée. Il y a non seulement obligation de formation, mais aussi menaces de sanctions financières en cas de non-respect des obligations.
Ces dispositions ont le mérite de donner au chômage sa vraie signification : c’est une mutation professionnelle, qui déplace les travailleurs des entreprises, des métiers et des secteurs en sureffectifs vers des entreprises, métiers et secteurs en expansion. Ce chômage est encore appelé « frictionnel » : il résulte des tensions, des « frictions » qui naissent nécessairement dans un marché du travail en mouvement. Il n’est pas destiné à durer longtemps : juste le temps de « sauter » d’une emploi à l’autre.

  • Le conflit du vieux et du neuf
L’expérience danoise remonte à 1999, avec une très grande flexibilité sur le marché du travail et des politiques actives de l’emploi. Elle part de l‘idée suivant laquelle les emplois n’ont rien de statique ou de figé ; des milliers d’emplois sont détruits chaque jour et des milliers sont créés (en France pratiquement 10.000 par jour), ce qui fait que plusieurs millions de personnes chaque année perdent des emplois et rejoignent le chômage quand des millions d’autres font le chemin inverse. Dans ces conditions, la flexibilité facilite cette mobilité permanente et réduit le temps de chômage entre deux emplois.
C’est là une grande différence avec la France : l’accent est mis sur les emplois nouveaux et pas sur les combats d’arrière-garde, chers à Arnaud Montebourg, qui visent à conserver les emplois condamnés par l’évolution de la concurrence et des clients. Il y a toujours conflit entre le neuf et le vieux : mais il n’y a pas de croissance sans innovation. On regarde ainsi l’avenir et pas le passé.
Les Danois se sont donnés un code du travail simplifié et l’État fixe le moins de règles possibles ; rien à voir avec le maxi code à la française.

  • Le Danemark n’est pas un paradis libéral
C’est sans surprise que depuis la mise en place de la flexisécurité, le taux de chômage a diminué de moitié au Danemark. Il est même resté bas en dépit de la crise. Face à la crise, le gouvernement (de gauche) n’est pas revenu sur la flexisécurité. Tout au contraire, il en a durci quelques traits. Les jeunes de moins de trente ans, sans diplôme et disponibles, cessent de recevoir l’aide sociale, doivent suivre une formation et touchent seulement une allocation comparable à celle des étudiants. Depuis, les chômeurs trouvent plus rapidement du travail.
Pour autant, peut-on faire du Danemark un paradis libéral ? C’est un pays qui a les prélèvements obligatoires parmi les plus élevés, talonné il est vrai par la France. Il en va de même pour les dépenses publiques. Le pourcentage de ceux qui travaillent dans le secteur public est également très élevé. Le taux de syndicalisation aussi, mais il est vrai que ces syndicats ne se prennent pas pour des partis politiques ou pour les hérauts de la lutte des classes. Le consensus social y est plus fort qu’en France.

  • Et si on asseyait la liberté contractuelle ?
La leçon de la flexisécurité, c’est qu’un peu de liberté donne déjà de meilleurs résultats que les rigidités engendrées par des règles paralysantes. L’exemple allemand des réformes Schröder montre également que tout ce qui va dans le sens d’une plus grande mobilité, flexibilité, sur le marché du travail, associé à un droit du travail moins rigide, favorise l’emploi et la baisse du chômage. De ce point de vue, la décision récente du gouvernement allemand, suite à l’accord passé entre la CDU-CSU d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates du SPD, d’établir pour la première fois un salaire minimum en Allemagne est une mauvaise nouvelle pour l’emploi. Certes, les Allemands ont eu la sagesse de fixer un taux de 8,50 euros bruts de l’heure bien inférieur au taux français (9,53), mais il n’en reste pas moins que le SMIC est un prix bloqué, ce qui provoque des déséquilibres : un institut évalue à 900.000 le nombre d’emplois menacés par le SMIC allemand : un drôle de progrès social !
De toutes façons, en France on est loin de toute cette philosophie et des décisions comme celles de 2008 sur la modernisation du marché du travail sont loin d’être au niveau du problème. La récolte a été maigre : rupture conventionnelle du contrat (mais assorti de clauses trop lourdes), contrat de mission pour les cadres, allongement de la période d’essai. Tout cela n’est pas à la hauteur de la lutte contre un chômage de masse.
Bien que bienfaisante par certains côtés, la flexibilité elle-même serait-elle la panacée ? Une vraie réforme libérale consisterait à restaurer une authentique liberté contractuelle, avec libre contrat personnel, libre salaire, libre temps de travail et libres conditions de travail. Au pays de Colbert, ce serait une vraie révolution.


Source contrepoints.org

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire