dimanche 19 février 2017

Billets-Arrêtez d’emmerder les Français


Arrêtez d’emmerder les Français

« Arrêtez d’emmerder les Français ! ». C’est la célèbre injonction que le Président Pompidou lança un jour, excédé par l’afflux de décrets à signer. Et les choses ne se sont pas améliorées depuis…
Ce sont 520.000 textes réglementaires qui sont en vigueur en l’an 2000, nous apprend Thierry Desjardins dans le livre qu’il édite cette année-là, reprenant en titre cette formule retentissante de notre ancien président, dénonçant l’excès incroyable de lois qui régissent notre pays, jusqu’à l’absurde. Lois très souvent « idiotes », comme l’indique le brillant journaliste en sous-titre de son ouvrage.

  • Retour sur « Le despotisme démocratique »
C’est le titre d’un extrait de De la démocratie en Amérique d’Alexis Tocqueville paru en 2009 aux éditions de l’Herne.
Le célèbre philosophe politique y dressait déjà un panorama visionnaire des dérives auxquelles la démocratie risquait de mener :
 « Il est évident que la plupart de nos princes ne veulent pas seulement diriger le peuple tout entier ; on dirait qu’ils se jugent responsables des actions et de la destinée individuelle de leurs sujets, qu’ils ont entrepris de conduire et d’éclairer chacun d’eux dans les différents actes de sa vie, et, au besoin, de le rendre heureux malgré lui-même. De leur côté, les particuliers envisagent de plus en plus le pouvoir social sous le même jour ; dans tous leurs besoins, ils l’appellent à leur aide, et ils attachent à tout moment sur lui leurs regards comme sur un précepteur ou sur un guide ».
 « Les citoyens tombent à chaque instant sous le contrôle de l’administration publique ; ils sont entraînés insensiblement, et comme à leur insu, à lui sacrifier tous les jours quelques nouvelles parties de leur indépendance individuelle, et ces mêmes hommes, qui de temps à autres renversent un trône et foulent aux pieds des rois, se plient de plus en plus, sans résistance, aux moindres volontés d’un commis (…) Ils auraient voulu être libres pour pouvoir se faire égaux, et, à mesure que l’égalité s’établissait davantage, à l’aide de la liberté, elle leur rendait la liberté plus difficile (…) L’État travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages, que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? (…) il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige (…) il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger ».

  • Le constat contemporain de Thierry Desjardins
Qu’en résulte-t-il en pratique, après désormais un certain temps de pratique officielle de la démocratie dans notre pays (je n’ose avancer de date et encore moins de définition) ?
L’État entend régenter de plus en plus nos vies, se comportant tel un moralisateur (dans le meilleur des cas), voire un directeur de conscience de chaque citoyen, « un totalitarisme soft en quelque sorte », nous dit l’hebdomadaire Valeurs actuelles qui, 9 ans après, se référant également à l’intéressant ouvrage de Mathieu Laine « La Grande Nurserie », montre à quel point les choses n’ont pas changé, mais bien plutôt encore empiré.
Ainsi, l’Etat n’assurerait plus ce pour quoi il était conçu depuis Athènes et Rome, à savoir se porter simplement garant de l’intérêt général (je reprends ici les idées de Thierry Desjardins, sans jugement de valeur, en particulier sur cette notion d’intérêt général dont je ne suis que trop conscient du caractère incertain…).
Un passage de l’ouvrage de Thierry Desjardins m’avait particulièrement impressionné, lorsque je l’ai lu : il portait sur les démarches administratives incroyables qu’il faut effectuer lorsqu’on veut simplement faire construire une maison ou même en modifier simplement certains éléments mineurs (depuis, j’ai eu l’occasion de l’observer en pratique autour de moi).
De quoi se poser la question (sous-titre de la page 85), « La France, dernier pays marxiste ? ».
Réglementation, vie quotidienne, commerce, entreprise, agriculture, municipalités, liberté d’expression, … Autant de domaines où la loi étend sa toile, restreignant chaque jour un peu plus les libertés  au détriment du bon sens, la déresponsabilisation des citoyens faisant son œuvre. Et avec toutes les limites que cela implique même si, officiellement, il s’agit de vouloir faire notre bonheur.
Un excellent essai, comme toujours de la part de Thierry Desjardins, très bien documenté et invitant à la réflexion. Un regard critique sur ce qui fonde notre vie au quotidien, comme nos libertés fondamentales si l’on n’y prend garde, en regardant un peu plus loin.

Une parfaite illustration de cette somme de « bonnes intentions » ou prétendues telles au départ et qui parviennent à vous pourrir la vie, la transformant parfois en enfer.

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