dimanche 11 janvier 2015

Billets-Charlie expliqué aux lecteurs étrangers


Charlie expliqué aux lecteurs étrangers

Hors de France, Charlie Hebdo reste un objet de presse assez mystérieux. Les rédactions du monde entier s'emploient à l'expliquer et à l'illustrer, avec plus ou moins de liberté.

Vu d'Espagne : une tradition française
Dans un éditorial titré "Liberté ou terreur", le quotidien espagnol La Vanguardia explique à ses lecteurs le symbole que représente Charlie Hebdo de l'autre côté des Pyrénées. "L'hebdomadaire attaqué s'inscrit dans la tradition de la presse satirique, très ancrée en Europe, mais particulièrement chez nos voisins français où elle jouit d'une diffusion très importante depuis la révolution. Charlie Hebdo a cultivé cette tradition sur un ton particulièrement insolent."

Avec "ses dessins hauts en couleurs", la revue se moquait de tout et de tous : "politique, religion, pouvoir, économie", précise la rédaction, "accumulant les ennemis sur le chemin".
"Mais dans la société française, souligne l'éditorial, on accepte cela avec patience et une dose - parfois massive - de stoïcisme, qui correspond bien à ce pays où la défense des libertés individuelles est assumée et considérée comme l'un des fondements de la démocratie."

Vu d'Inde : une certaine proximité
En Inde, de nombreux journalistes ont, au fil des ans, rencontré des membres de la rédaction de Charlie Hebdo à Paris, Delhi ou Bombay. Sur la page d'accueil des blogs du site de la chaîne de télévision New Delhi TV (NDTV), la journaliste française Hélène Ferrarini, qui a fait une partie de ses études dans une université de la capitale indienne, explique "pourquoi Charlie Hebdo est important pour la France".

Le site Scroll.in, dont l'un des correspondants est un ancien stagiaire de Charlie, fait également la part belle aux analyses et aux décryptages. Le dessinateur Hemant Morparia relate ses rencontres avec Wolinski lors de l'exposition de ses dessins organisée à Bombay en 2008, puis lors de leur exposition commune à La Rochelle. Morparia explique que "cet artiste avait vraiment une place spéciale en France (...) Je débattais avec Wolinski de l'intérêt d'être juste un provocateur. L'intention ou le fond n'étaient-ils pas importants ? Le lectorat du magazine était déjà acquis à sa cause : Charlie prêchait des convertis (vous voyez, même si on essaie, on n'échappe jamais à la religion)".

Vu de Chine : le B.a.-ba
Mais de quoi se moque-t-il ? A Hong Kong, le site du magazine Fenghuang Zhoukan, qui décrit sommairement le journal comme "plutôt à gauche, contre la dictature, l'Eglise et les institutions", souligne qu'il ne "craint pas la grossièreté". Il reprend quelques unes brocardant les islamistes, tout en rappelant qu'il s'en prenait aussi régulièrement à l'Eglise catholique.

"C'est peut-être ce mélange d'irrespect pour la politique et la religion qui a entraîné la colère de certains", dit pour sa part le portail d'information chinois Sina.com. "Si le magazine a moqué le président Hollande ou le pape, ce sont ses représentations de Mahomet à la une qui ont le plus retenu l'attention", affirme le portail, qui se garde pourtant d'illustrer son propos. A la place, ce sont les couvertures sur Michael Jackson, DSK, Hollande et le clown de McDonald qui sont présentées pour démontrer l'irrévérence de Charlie.

Vu des Etats-Unis : la liberté de rire
Le site américain Vox tente l'explication par une présentation de couvertures de Charlie Hebdo "en neuf dessins". Le pure player choisit celles qui ont le plus suscité la polémique, et en particulier celle de "Charia Hebdo" qui avait été suivie de l'incendie des locaux du journal en 2011. Beaucoup de ces couvertures s'en prenaient aux islamistes, souligne le site, mais "la cible principale du magazine, c'est la politique française". "Aucune personne, aussi vénérable qu'elle soit, n'est à l'abri de la satire du magazine", ni le pape ni Jésus…

"De même que les tours jumelles du World Trade Center étaient l'un des symboles de la culture américaine - pouvoir, richesse et ambition de Wall Street - le petit hebdomadaire caustique Charlie Hebdo est un symbole de la tradition satirique française", explique de son côté The New Yorker. "Le magazine a toujours célébré la liberté de rire de tout et de tout le monde. Il perpétue ainsi la tradition de Voltaire, qui raillait les guerres de religion et l'Inquisition et qui a écrit la tragédie controversée Le Fanatisme ou Mahomet [...] mais également le Traité sur la tolérance".

Charlie "est à la fois décrit comme de gauche et comme anarcho-libertaire : il pratique une satire désinvolte, sans ligne idéologique claire", poursuit le magazine américain.
Pour illustrer son propos, il cite les deux unes de Charlie du 26 septembre 2012, soit une semaine après la publication de la deuxième série de caricatures de Mahomet. Sur la première édition, qui arbore un bandeau "journal irresponsable", un homme des cavernes tient dans une main une torche allumée et dans l'autre, une calebasse remplie d'huile. Le titre : "L'invention de l'humour". Sur la deuxième édition, surtitrée "Fini de rire" la couverture est blanche et barrée du bandeau "Journal responsable". "Le message était clair, conclut The New Yorker : pour l'équipe de Charlie Hebdo, la satire est une proposition à prendre ou à laisser".

Source courrierinternational.com



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