mercredi 17 octobre 2012

Recettes Desserts-Quatre-quarts aux pommes



Quatre-quarts aux pommes

Préparation : 10 min
Cuisson : 55 min
Pour 6 personnes
3 œufs
2 pommes
150 g de beurre ramolli
150 g de sucre en poudre
2 sachets de sucre vanillé
½ sachet de levure chimique
150 g de Maïzena
1. Préchauffez le four à 150 °C (th. 5).
2. Dans un saladier, cassez les œufs puis versez le beurre ramolli, le sucre blanc, le sucre vanillé, la levure et la Maïzena.
3. Mélangez le tout au batteur électrique jusqu’à obtenir une pâte mousseuse.
4. Beurrez le moule et versez-y la pâte.
5. Pelez, découpez 2 pommes en quartiers et enfoncez-les légèrement dans la pâte.
6. Enfournez pour 55 minutes environ.
Conseil
Pour encore plus de goût vanille, saupoudrez votre quatre-quarts de sucre vanillé. 


mardi 16 octobre 2012

Billets-Entretien avec Claude Hagège



Entretien avec Claude Hagège

Propos recueillis par Victoria Gairin
Dans "Contre la pensée unique" (Odile Jacob), Claude Hagège, professeur au Collège de France, pourfend l'anglais comme vecteur de pensée unique et en appelle au sursaut.

  • Vous affirmez que la propagation d'une langue engendre une pensée unique. Pourquoi ?
Claude Hagège : Attention, la propagation d'une langue en général - et ce fut le cas du latin pendant des siècles en Europe et au-delà - n'implique pas de danger d'homogénéisation de la pensée. Elle a, bien au contraire, favorisé sa multiplicité. Mon propos ne concerne pas n'importe quelle langue, mais l'anglais. L'anglais, dont la diffusion mondiale est accompagnée d'une certaine idéologie néolibérale, dont l'ensemble du monde est à la fois l'auteur et la victime. La propagation d'une langue n'est pas nécessairement négative. Elle peut servir les besoins ou les désirs d'une population, comme ce fut le cas des langues véhiculaires de vaste diffusion.

  • N'est-ce pas le cas de l'anglais, justement ?
Claude Hagège : Absolument. À ceci près que les contenus culturels véhiculés par la langue anglaise apportent avec eux une certaine conception du monde, à laquelle on n'est pas obligé d'adhérer. La musique pop, par exemple, ou bien le rock sont à mes yeux un instrument de très forte homogénéisation du monde et de stérilisation de la créativité.

  • N'est-ce pas un peu exagéré ?
Claude Hagège : Pas du tout. Il n'y a qu'à voir la tête de mes étudiants lorsque je leur traduis les chansons à la mode en ce moment ! Il est profondément déculturant d'adhérer à un mode de pensée sans pour autant nécessairement le comprendre.

  • Vos craintes ne sont donc pas spécifiquement liées à l'anglais... Et si des morceaux chinois déferlaient sur nos ondes dans quelques années ?
Claude Hagège : En effet, la pensée unique n'est pas attachée par essence à une langue en particulier. Le chinois est d'ailleurs en passe de devenir une langue à diffusion mondiale, avec ses 1 200 instituts Confucius à travers le monde. À l'avenant de leur montée en puissance économique et politique, les Chinois sont en train de faire tout ce qu'ils peuvent pour répandre leur langue et leur culture. Il s'agit ni plus ni moins d'une attitude d'affrontement contre l'anglais afin d'en offrir une alternative. Le chinois pourrait donc à son tour parfaitement diffuser des contenus qui finiraient par répandre une certaine forme de pensée unique.

  • Est-il idéaliste de croire en une superposition des cultures ?
Claude Hagège : C'est un vœu tout à fait méritoire. Mais en partie illusoire. Les cultures ne se greffent pas les unes aux autres ; elles s'affrontent. Et, au risque de vous décevoir, la coexistence pacifique n'est pas au programme. La Chine conçoit la diffusion de sa culture et de sa langue de manière offensive, et non pas comme un simple effort vers la sinisation du monde, en réponse à l'américanisation. Bien sûr, certains vous diront que l'affrontement des cultures est un enrichissement permanent. Lorsqu'on est adulte, peut-être. Mais les enfants ? Ont-ils les armes de la critique pour faire leurs propres choix ? Je suis contre l'idée d'imposer l'anglais comme langue unique enseignée à l'école primaire. Les enfants devraient, dès l'âge de 5 ans, se familiariser avec plusieurs langues à large diffusion, comme l'italien, l'allemand, le portugais ou l'espagnol. Les enfants de l'Allemagne nazie recevaient l'idéologie à l'école.

  • Justement, la culture soviétique a bien été imposée aux pays de l'ex-URSS...
Claude Hagège : Mais on ne leur imposait pas de parler russe ! C'était certes la langue de l'Union, mais le lituanien, le letton, le roumain, l'ukrainien, le biélorusse étaient-ils pour autant pourchassés ? Aucun effort n'a jamais été fait pour briser l'attachement des peuples à leur langue maternelle. Avec le rejet du communisme et du marxisme, le russe a été boudé quelque temps. Mais, après cette période de désaffection consécutive à la dislocation de l'Union soviétique, il reprend peu à peu sa valeur de langue régionale, qui le caractérisait déjà à l'époque des tsars. Si vous vous rendez aujourd'hui dans les républiques musulmanes d'Asie centrale, vous vous apercevrez que ce ne sont pas forcément des gens de 30 ou 40 ans qui parlent le russe. Les enfants l'apprennent aussi à l'école. De la même manière, en Estonie, on parle, bien sûr, l'estonien, mais le russe est bien plus important en termes de diffusion. Idem au Kazakhstan ou en Ukraine. Les langues nationales ont-elles pour autant disparu ? Elles sont encore très vivaces.

  • Alors, pourquoi le français devrait-il se sentir menacé ?
Claude Hagège : Parce que le russe, même à l'apogée de la puissance soviétique sous Brejnev, n'a jamais eu pour vocation de devenir une langue mondiale. Naturellement, il y a eu une tentative de diffusion de la culture et de la langue russes dans les démocraties populaires, et dans les États satellites - le "glacis de l'URSS" - on enseignait le russe à l'école. Mais, pour autant, on n'a jamais empêché d'apprendre le hongrois à Budapest ou le roumain à Bucarest ! Or, la vocation de l'anglais depuis la victoire de 1945 et jusqu'aux années 80, quand le monde a commencé à remettre en question la domination américaine, était planétaire.

  • Mais aujourd'hui, à l'heure où l'on annonce le déclin américain, à quoi bon s'inquiéter ?
Claude Hagège : En dépit du déclin évident, la force de résurgence reste extrêmement puissante. Regardez le monde dans lequel on vit : nos valeurs, nos comportements, le commerce... J'ai appris récemment que certaines entreprises françaises demandaient à leurs salariés de soumettre leurs requêtes administratives en anglais ! Autrement dit, la propagation ne relève plus des États-Unis eux-mêmes, mais des pays concernés, qui deviennent demandeurs et promoteurs de la pensée unique. Regardez Bruxelles et les institutions européennes : tout s'effectue en anglais. Et les écoles de commerce ? Il s'est passé en France le même phénomène que pour les grandes inventions. On a créé des besoins qui n'existaient pas par les instruments mêmes qui étaient destinés à les combler. La profession de manager ne correspond en rien à une réalité française.

  • N'êtes-vous pas un peu réactionnaire ?
Claude Hagège : C'est incroyable que le fait de promouvoir une identité nationale s'apparente à jouer le jeu des partis de droite ! La défense des identités nationales est une idée républicaine et parfaitement démocratique. Pensez à la Révolution. La langue française n'apparaît-elle pas dans la Déclaration des droits de l'homme comme porteuse de liberté ? C'est le contraire même de la réaction. Dans mon livre, je ne défends pas une langue imposée, mais plutôt la diversité des langues.

  • Diffuser les mots, est-ce nécessairement en partager l'idée ?
Claude Hagège : Je ne fais que reprendre l'idée de Carter ou de Brezinski : on ne doit pas sous-estimer la lutte idéologique. Ce que les Américains appellent soft power. Un pouvoir non plus fondé sur les armes, mais sur des contenus, dont les Américains se sont aperçus qu'ils étaient bien plus efficaces que l'affrontement physique. Lorsque vous diffusez les mots, vous diffusez les contenus qu'ils véhiculent. Ainsi, je n'emploie jamais les termes de "planning" ou de "timing", qui, même pour un Anglo-Saxon, ne signifient pas "programme". Il vaut mieux dire schedule. De la même façon, un "dancing" n'est pas plus un mot anglais que français pour désigner un endroit pour danser. Il désigne en effet une action, et non un lieu ! Le risque est de perdre les deux langues, sa langue maternelle et celle d'emprunt. Tout cela parce qu'une expression est à la mode. Pardon, je devrais dire "tendance", comme on dit maintenant... Ce mot qu'on croit français, mais qui vient de "tendancy". Même "mode" est démodé, vous imaginez !

  • Mais quel mot de notre lexique n'emprunte pas à d'autres langues ? N'est-ce pas l'essence même d'une langue d'évoluer ?
Claude Hagège : Vous avez raison. Le français est à 90 % latin. Évidemment, les langues vivent d'emprunts. Mais c'est un phénomène à évaluer en fonction d'un seuil. En deçà de 7 à 10 %, l'emprunt est vivant, alimente et enrichit. De 10 à 15 %, on est sur le chemin de l'indigestion. Au-delà de 25 %, on doit craindre une menace. À partir de 70 %, on parlera davantage de substitution.

  • L'invasion de l'anglais n'est peut-être qu'éphémère...
Claude Hagège : S'il s'agit d'expressions pour désigner certains comportements, oui. Les emprunts d'indices économiques pourraient parfaitement s'évaporer si ces valeurs disparaissaient. Mais, précisément, le néolibéralisme, avec son vocabulaire des affaires, du commerce et son obsession du rendement et de l'argent, s'installe pleinement dans l'histoire.

Repères

1955 : Entrée à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm.
1958 : Agrégation de lettres classiques.
Depuis 1966 : Enquêtes de terrain sur diverses langues des cinq continents.
1968-1972 : Diplômes d'arabe, de chinois, d'hébreu, de japonais, de russe aux Langues orientales.
1985 : L'homme de paroles (Fayard).
1987 : Le français et les siècles (Odile Jacob).
Depuis 1988 : Professeur au Collège de France.
1991 : Doctorat d'État en linguistique générale.
1992 : Le souffle de la langue " (Odile Jacob).
1996 : Le français, histoire d'un combat (Odile Jacob).
2000 : Halte à la mort des langues (Odile Jacob).
2006 : Combat pour le français. Au nom de la diversité des langues et des cultures (Odile Jacob).
2009 : Dictionnaire amoureux des langues (Plon/Odile Jacob).


Propos recueillis par Victoria Gairin (Le Point)

dimanche 14 octobre 2012

Billets-Secret bancaire



Secret bancaire

Dans les banques suisses, le silence est d'or.
Sacralisé en 1934, le secret bancaire a fait de la fédération helvétique un gigantesque coffre-fort (quasiment) inviolé depuis. Par ici les valises...

Tout commence par une descente de police, le 27 octobre 1932, dans un appartement loué, Hôtel de la Trémoille, par l'une des plus grandes banques suisses de l'époque, la Ban­que commerciale de Bâle (BCB). Les inspecteurs sont loin de se douter alors des répercussions de leur perquisition. Rien de moins qu'un scandale national, une crispation des relations diplomatiques franco-suisses et le vote d'une loi bétonnant pour des décennies ce monument national helvète qu'est le secret bancaire.
Excusez du peu. Ce jour-là, les inspecteurs tombent, il est vrai, sur une mine : des listes contenant les numéros de compte et les noms d'un bon millier de Français qui ont placé une part de leur fortune de l'autre côté des Alpes, en omettant de le signaler au fisc. Fatale négligence.

Gotha mondain
Comme un air de déjà-vu, la France est alors confrontée à de sérieuses difficultés économiques. Contraint à une cure d'austérité, le gouvernement de centre gauche du radical Edouard Herriot tolère mal l'évasion fiscale et cherche un dérivatif au mécontentement de l'opinion publique : la chasse aux fraudeurs fera l'affaire.
« L'ampleur de la fraude était
gigantesque, environ 2 milliards
d'actuels francs suisses. »
Sébastien Guex, historien
La descente de nos pandores n'est donc pas tout à fait le fruit du hasard, même si la saisie des listes de la BCB relève, elle, de la pêche miraculeuse. « L'ampleur de la fraude était gigantesque, raconte l'historien suisse Sébastien Guex, environ 2 milliards d'actuels francs suisses [1,7 milliard d'euros, NDLR]. » Et, surtout, ces listes réunissent « le gotha mondain de l'époque. »
Un inventaire à la Prévert de la classe dirigeante : d'anciens ministres, trois sénateurs, un député, une douzaine de généraux, des patrons de journaux, de prestigieux capitaines d'industrie et même... deux évêques. Rapidement l'affaire s'ébruite. Le 10 novem­bre, à l'Assemblée nationale, le député socialiste Fabien Albertin révèle une dizaine de noms soigneusement sélectionnés.
Effet garanti. La presse s'enflamme. Le gouvernement, lui, s'active. Il gèle les avoirs de la BCB en France, place deux de ses dirigeants en détention, exige l'envoi d'inspecteurs au siège de la banque à Bâle et présente une demande d'entraide judiciaire au Conseil fédéral suisse. De l'autre côté des Alpes, la réplique est contrastée. Sans équivoque du côté des autorités, qui rejettent la demande d'entraide. Plus hésitante à la BCB, qui envisage un temps de satisfaire aux exigences des Français en échange du déblocage de ses avoirs et de la libération de ses dirigeants. L'épisode fait frémir l'establishment financier helvète et provoque une fuite des capitaux dans l'autre sens.
Quoi, l'accueillante Suisse, refuge discret des fortunes d'Europe, ne serait pas aussi sûre qu'imaginé ? Les épais murs des banques de Genève ou de Berne pas suffisants pour protéger les précieux dépôts de l'inquisition d'un gouvernement étranger ? Insupportable. La valeur du secret bancaire tient à son étanchéité, une seule fuite et c'est toute la confiance qui s'évapore.


Histoire du secret bancaire
Le gouvernement suisse se charge lui-même d'écrire l'épilogue de l'histoire. Le 8 novembre 1934, il fait adopter une loi sur les banques, dont l'article 47 verrouille à double tour le secret bancaire. Il est désormais pénalement interdit à une banque suisse de divulguer la moindre information concernant l'un de ses clients sous peine d'amende ou d'emprisonnement. Plus fort encore, en cas d'infraction, les poursuites sont automatiques, même si la partie lésée n'a pas porté plainte. Le message à la riche clientèle étrangère est clair : à l'avenir, le secret bancaire helvète sera aussi inviolable que ses coffres.
Si l'ancrage légal du secret bancaire et son bétonnage remontent à 1934, son existence est, elle, plus ancienne. Certains auteurs la font même remonter au XVIIIe siècle. Il serait une conséquence directe de la révocation de l'édit de Nantes, en 1685. Par cet acte, Louis XIV provoque la fuite des protestants, dont une partie trouve refuge à Genève. Persécutés mais pragmatiques, les huguenots exilés acceptent de continuer à financer la dispendieuse monarchie française. Un comportement un rien schizophrène qui s'explique par une réciprocité d'intérêts.
Il ne saurait être dit que le roi de France
emprunte avec intérêt
à d'hérétiques protestants.
D'un côté, le roi a d'insatiables besoins financiers, de l'autre, les huguenots fortunés peuvent difficilement imaginer client plus solvable du fait de sa capacité à honorer ses dettes. Mais pour être parfaite, cette communauté d'intérêts ne pouvait qu'être discrète. Il ne saurait être dit que le roi de France emprunte avec intérêt à d'hérétiques protestants qu'il a lui-même chassés. Cette discrétion aurait été formalisée par le Grand Conseil genevois en 1713 dans un texte qui stipule que les créanciers doivent « tenir un registre de leur clientèle et de leurs opérations, mais il leur est interdit de divulguer ces informations à quiconque autre que le client concerné, sauf accord exprès du conseil de la ville ».
Sébastien Guex, qui écrit actuellement une histoire du secret bancaire suisse, livre, lui, une tout autre genèse. « On ne peut pas exactement dater la création du secret bancaire. L'expression elle-même n'apparaît qu'à la toute fin du XIXe siècle, explique ce professeur d'histoire à l'université de Lausanne. Le secret bancaire est en fait une pratique non codifiée qui se développe en Europe avec la révolution industrielle au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. A cette époque, les banques commencent à jouer un rôle important dans le financement des entreprises, dont elles connaissent souvent les moindres rouages pour s'assurer de leur solvabilité. Du fait de cette position dans la division du travail, secret des affaires et secret bancaire deviennent vite inséparables.
Plus le pays s'enrichit
de la fraude fiscale, plus la défense
du secret bancaire devient vitale.
A cette dimension économique va bientôt s'en ajouter une autre : la dimension fiscale. Elle naît au tournant du XXe siècle quand les Etats européens commencent à imposer les couches aisées de la population sur leurs revenus et les successions. Parallèlement, ils se dotent de services fiscaux modernes pour s'assurer de la bonne rentrée de l'impôt. La question des rapports entre banques et fisc devient alors centrale car l'accès aux données bancaires s'impose comme le principal moyen de lutte contre la fraude fiscale. C'est ce qui va donner toute son explosivité au secret bancaire. »
D'autant que si, au début du XXe siècle, les taux d'imposition sont faibles, ils augmentent crescendo partout en Europe au lendemain de la Première Guerre mondiale. En France, le taux marginal d'imposition sur le revenu passe ainsi de 4 % en 1914 à 94 % en 1924 sous le gouvernement Poincaré.
A l'époque, la Suisse comprend vite tout le bénéfice qu'elle peut tirer de cette hausse de la fiscalité en Europe en attirant les capitaux étrangers cherchant à fuir un fisc très gourmand. Elle a pour elle de nombreux atouts : sa stabilité politique, sa neutralité, une fiscalité faible et, surtout, une pratique du secret bancaire déjà bien ancrée dans ses usages. Alors ses banques ne se gênent pas et draguent sans relâche la clientèle fortunée. Avec succès. Les capitaux étrangers affluent et la petite Suisse devient entre les deux guerres une place financière internationale de premier plan. Avec cette conséquence : plus le pays s'enrichit de la fraude fiscale, plus la défense du secret bancaire devient vitale. La loi de 1934 s'inscrit dans cette évolution.

Réputation ternie
L'infaillibilité du secret bancaire suisse aurait pu devenir aussi éternelle que celle du pape pour les catholiques sans les soubresauts de l'Histoire. En entraînant le monde dans une deuxième guerre mondiale et en exterminant 6 millions de Juifs, Hitler en décida autrement.
A la sortie de la guerre, la Suisse est plus riche que jamais mais comme elle a trop ostensiblement collaboré sur le plan économique avec l'Allemagne nazie, sa réputation internationale est ternie. Elle se retrouve sous la double pression des Américains, qui ont gelé ses avoirs aux Etats-Unis, et de l'ensemble des Alliés, qui exigent la livraison sans contrepartie des avoirs allemands détenus sur son territoire.
La Suisse s'engage à examiner
“avec sympathie” la question des comptes
des victimes juives des nazis.
Inconfortable. D'autres auraient joué profil bas, pas elle. Sébastien Guex raconte qu'à peine débarqué aux Etats-Unis, en mars 1946, le chef de la délégation suisse chargée de négocier un accord global déclara sans rire : « C'est maintenant que nous entrons réellement en guerre. » On mène les combats qu'on peut... Ironie de l'Histoire, les Suisses vont pourtant réussir à gagner cette guerre en cédant sur l'accessoire pour mieux préserver l'essentiel : leur secret bancaire. Ils convainquent les Américains de débloquer leurs avoirs en échange de la rétrocession d'une partie des avoirs allemands déposés dans leurs banques. Surtout, ils obtiennent d'identifier eux-mêmes ces avoirs et de ne livrer aucun nom.
Dans une lettre annexée à cet accord, la Suisse s'engage également à examiner « avec sympathie » la question des comptes en déshérence des victimes juives des nazis que les héritiers tentent de récupérer. Une « sympathie » très limitée tant les banquiers suisses traînent des pieds pour retrouver ces fonds, certains n'hésitant pas, semble-t-il, à exiger desdits héritiers un impossible certificat de décès du titulaire du compte, mort à Auschwitz ou à Treblinka.
Cyniques ou inconscients (ou les deux), ils ne pensent qu'à gagner du temps dans l'espoir de ne pas perdre un argent qui ne leur appartient pas. On atteindra l'abject quand dans les années 1950 commence à se répandre l'idée que le secret bancaire n'a été instauré avant guerre que pour mieux protéger les Juifs de l'inquisition nazie. « Cette thèse est totalement erronée. C'est une réécriture de l'Histoire parfois encore utilisée aujour­d'hui, tant elle est utile au milieu bancaire », explique Sébastien Guex.


Peu d'entorses au règlement
La bombe à retardement des comptes en déshérence finira par exploser en 1995, lors du 50e anniversaire de la Shoah. Sous la pression des organisations juives, les Suisses devront renoncer par deux fois à leur précieux secret bancaire. Une première afin de permettre à une commission internationale (la commission Volcker) d'auditer une soixantaine de banques pour faire enfin toute la lumière sur ces comptes. Une seconde pour permettre à une commission d'historiens de clarifier le rôle de la Suisse pendant la Secon­de Guerre mondiale, en ayant accès à toutes les archives bancaires.
Publié en 1999, le rapport Volcker révélera que le nombre de comptes en déshérence s'élève à 53 886 pour un montant de l'ordre de 271 millions à 411 millions de francs suis­ses. En échange de l'abandon de toutes poursuites, les ban­ques helvétiques acceptent de payer 1,25 milliard de dollars pour solde de tout compte aux ayants droit. Le passif est épuré mais le passé fait toujours tache.
La fin du se­cret bancaire
serait-elle à ce point un drame
pour la riche Suisse ?
Sans l'arrogance de quelques banquiers, le secret bancaire aurait pu passer le XXe siècle sans encombre. Les banques suisses ont en effet longtemps profité de la passivité des gouvernements étrangers. Durant les décennies d'après-guerre, la forte croissance rendait la lutte contre la fraude fiscale moins nécessaire, sans compter que l'évasion fiscale était une pratique assez largement répandue dans les plus hautes sphères économiques et politiques.
Cette apathie n'empêche pas certains Etats de mener des attaques ponctuelles, mais elles restent isolées, en ordre dispersé et donc sans portée réelle. La crise financière de 2008 change radicalement la donne. De nombreux pays ont englouti des sommes astronomiques pour sauver leur système financier. Pour renflouer leurs caisses, les gouvernements décident de se lancer dans une chasse sans merci aux fraudeurs.
Face aux pressions conjuguées des Etats-Unis et des Etats membres de l'OCDE, la Suisse doit accepter d'importantes concessions qui reviennent à assouplir son secret bancaire sans toutefois le remettre en cause. Pourrait-il disparaître un jour ? Pas sûr, même si à l'intérieur du pays, la question n'est plus taboue. Et puis, la fin du se­cret bancaire serait-elle à ce point un drame pour la riche Suisse ? Un ancien parlementaire socialiste, l'économiste Rudolf Strahm, a estimé que sa disparition coûterait 1 à 2 % du produit intérieur brut (PIB) (2). Serait-ce si insupportable pour un pays dont les banques gèrent, selon Sébastien Guex, « près de 30 % de la fortune privée mondiale, soit un pactole de l'ordre de 2 500 milliards d'euros qui privent les Etats d'où sont issus ces fonds de quelque 40 à 50 milliards de ressources fiscales ? »

Et en France ?
En France, le secret bancaire est relatif et s'apparente plutôt au secret professionnel. Pas question que votre banquier clame le montant de vos comptes à tous les vents, vous pourriez l'attaquer en justice. En revanche, il est tenu de lever ce « secret » à la demande de certaines administrations (le fisc, les douanes, la Banque de France...) ou de la justice dans le cadre d'une procédure pénale. Ces limitations sont justifiées par la lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment de l'argent sale.


Source Télérama

samedi 13 octobre 2012

Recettes Desserts-Rochers vanille-coco



Rochers vanille-coco

Préparation : 10 min
Cuisson : 20 min
Pour environ 20 rochers
2 œufs
80 g de sucre en poudre
2 sachets de sucre vanillé
125 g de noix de coco râpé
1. Préchauffez le four à 200 °C (th. 6/7).
2. Cassez les œufs dans un saladier.
3. Ajoutez le sucre, le sucre vanillé et la noix de coco râpée
4. Mélangez le tout jusqu’à obtenir une pâte homogène.
5. A l’aide d’une petite cuillère formez des petits tas et disposez-les sur la plaque du four recouverte de papier sulfurisé (très bien aussi dans des petits ramequins).
6. Enfournez pour 20 minutes environ.
Conseil
Pour les plus gourmands, trempez les rochers dans le chocolat, après cuisson. 



Infos santé-Cancer et cannabis



Cancer et cannabis

Le cannabis pourrait faire son entrée dans l’arsenal des soins de support en cancérologie si les résultats d’une étude canadienne se confirment. L’un des composés de cette plante semble, en effet, redonner du goût et de l’odorat aux patients en chimiothérapie.

On l’appelle communément le THC, un acronyme plus facile à prononcer que le nom complet : delta-9-tetrahydrocannabinol.
C’est l’un des 60 principes actifs présents dans la plante de cannabis et les médecins le connaissent depuis longtemps. Il a été testé en cancérologie pour prévenir les vomissements, mais il n’a pas convaincu en tant qu’antiémétique.

Il a été aussi largement étudié par les centres antidouleur mais, aujourd’hui, il revient dans une nouvelle indication à l’occasion d’un essai clinique canadien.

Le THC a été évalué face à un placebo chez des patients en chimiothérapie, atteints de cancers avancés, et qui souffraient de troubles du goût et de l’odorat, des atteintes dites ‘chimiosensorielles’.

Le but de ce travail mené dans deux hôpitaux canadiens et publié dans la revue Annals of Oncology était de démontrer qu’avec le THC, les patients retrouvaient de l’appétit, augmentaient leur prise calorique et retrouvaient une certaine qualité de vie.

Les patients étaient soumis à un questionnaire pour évaluer, en 14 items, leurs troubles, comme leur perception de l’amer ou de l’aigre.

Une fois inclus dans l’étude ils recevaient soit du THC sous forme de dronabinol à 2,5mg par gélule, soit un placebo.
Les patients pouvaient prendre deux gélules par jour, une avant chaque repas, mais pouvaient monter jusqu’à huit gélules par jour.

Des 111 patients éligibles pour l’étude de phase 2, 21 ont été finalement évalués, 11 dans le groupe THC et 10 dans le groupe placebo.

L’analyse de cette enquête apporte plusieurs enseignements particulièrement intéressants, même si cet échantillon est très faible.

Globalement, le taux de plaintes pour troubles sensoriels n’a pas été différent entre les deux groupes.
Mais, en revanche, l’amélioration a été évidente dans le groupe THC quand on a évalué les progrès en matière d’odorat et de goût. «Mon goût a changé» ou «mon odorat a changé» étaient plus fréquemment constatés dans le groupe THC (36 %) que dans le groupe placebo (15%).

 La majorité des patients du groupe THC (73 %) ont globalement mieux apprécié la nourriture que le groupe placebo (30%). Plus de la moitié du groupe THC, 55 % ont trouvé que la nourriture avait meilleur goût alors que ce sentiment n’était reconnu que chez seulement un patient sur dix du groupe placebo.

Et la moitié des patients sous THC ont décrit la disparition de sensation d’odeurs déplaisantes qu’ils éprouvaient face à la nourriture au début de l’étude.

Pouvoir faire le tri entre les différents goûts et odeurs était redevenu possible chez 73 % du groupe traité alors que dans le groupe placebo, 60 % n’ont noté aucun changement et 20 ont ressenti une aggravation du phénomène.

Sept des onze patients THC ont déclaré avoir eu meilleur appétit, un état non rencontré dans le groupe placebo.

Mais ce qui semble très intéressant c’est que le groupe sous THC a accru sa consommation de protéines et son apport total de calories de façon non négligeable par rapport au groupe placebo. C’est surtout sur l’envie et la consommation de viande qu’ont porté les changements.
L’apport protéique permet de combler la fonte musculaire et aide à la restauration des défenses immunitaires.

Enfin, en termes de qualité de vie, le groupe THC a décrit une nette amélioration de la qualité de sommeil et de relaxation. Il n’y avait pas de différence, en revanche, dans la lutte contre les nausées.

Les effets secondaires et les incidents ont été peu nombreux et aucun effet grave n’a été constaté.
Parmi les effets indésirables constatés dans le groupe THC,  il y avait des palpitations cardiaques, des troubles de l’équilibre, des vertiges, des membres lourds, et des douleurs abdominales.

Comme signalé plus haut, les effectifs de cette étude sont très faibles, 21 patients. Il faut donc ne pas tirer de conclusions définitives de ces résultats.

Mais on peut déjà constater que la prise de THC a eu des effets bénéfiques sur la prise alimentaire, la quantité de calories absorbées, l’augmentation de l’apport protéique.
C’est donc une piste très intéressante à explorer tant l’enjeu nutritionnel est important dans la prise en charge des patients atteints de formes avancées.

L’impact sur la qualité du sommeil et sur la relaxation mérite également d’être souligné.

Mais, en France, l’usage du dronabinol (Marinol®)  reste interdit sauf dans le cadre d’ATU, c’est-à-dire d’autorisations temporaires d’utilisation. Il s’agit d’autorisations délivrées au cas par cas et même au compte-gouttes.

Cela devrait compliquer la tâche des équipes qui souhaiteraient éventuellement se lancer dans une évaluation à grande échelle.

Référence de l’étude :

T. D. Brisbois et al. 
Delta-9-tetrahydrocannabinol may palliate altered chemosensory perception in cancer patients: results of 5 a randomized, double-blind, placebo-controlled pilot
trial
Annals of Oncology. doi:10.1093/annonc/mdq727



Source docteurjd.com (blog santé de jd flaysakier)

jeudi 11 octobre 2012

Infos santé-Indemnisations du Médiator


Indemnisations du Médiator

La mise en place d’un système d’indemnisation des personnes atteintes de valvulopathies associées à la prise de Médiator a conduit, pour l’instant, à peu d’indemnisations. Et ce n’est pas franchement étonnant.

La révélation par le Dr Irène Frachon des accidents liés à la prise de benfluorex, le Médiator, a mis en évidence en France les failles de nos divers verrous de sureté. Cette affaire a mis au jour également le manque d’indépendance de certains experts et les liens d’intérêts souvent trop proches entre experts et industriels de l’industrie pharmaceutique.
Mais elle a surtout conduit à une énorme bagarre de chiffres sur le nombre de victimes potentielles, décédées ou encore vivantes mais porteuses de lésions des valves cardiaques, des valvulopathies, sévères.
Des milliers de dossiers ont été ainsi envoyés vers l’ONIAM, l’organisme chargé de déterminer le montant d’éventuels dommages imputables au Mediator.
Et les premiers retours sont loin des espérances des personnes qui ont déposé des dossiers et loin des espérances de leurs avocats également.
Plus de 8 dossiers sur 10 ne passent pas le cap de la reconnaissance de préjudice.
Faut-il en être surpris ? Pas vraiment.
Les atteintes des valves cardiaques sont des pathologies fréquemment rencontrées dans la population à partir de la soixantaine. Fréquente également chez les diabétiques en surpoids.

Ces lésions peuvent être ‘silencieuses’ c’est-à-dire ne pas provoquer de symptômes, comme des essoufflements.
L’examen de choix est l’échographie et il y a des critères très précis, définis depuis peu, qui caractérisent la prise de Médiator :
(Épaississement linéaire valvulaire et sous valvulaire mitral ou sigmoïdien)
Mais force est de constater que dans les dossiers reçus ces critères sont exceptionnellement rencontrés et que l’imputabilité des lésions au Médiator est très difficile à faire.
Le retentissement fonctionnel est également souvent inexistant ou très faible et très en deçà du niveau retenu par la commission d’expertise.
Qu’en conclure ? Sûrement pas que les experts sont corrompus, car ils sont sept et il y a des magistrats et des médecins de spécialités diverses réunis. Il faudrait que le corrupteur soit très puissant !

Mais pas non plus que Servier a raison en minimisant les conséquences de l’action du Médiator.
Ce produit est de la même famille que certains dérivés d’amphétamines, comme l’Isoméride ou le Pondéral, dont on sait qu’ils ont causé des lésions cardiaques et pulmonaires par le passé.
Ce produit a vu sa prescription dériver de façon scandaleuse sans, d’ailleurs, que les médecins prescripteurs en faute administrative soient inquiétés.
Et des études épidémiologiques sérieuses et bien construites ont modélisé les conséquences de la prise du produit chez des personnes atteintes de valvulopathies sévères.
On estime à 1300 le nombre de décès imputables au Médiator de puis sa commercialisation.
La grande difficulté dans ce dossier c’est qu’on manque de marqueurs fiables et suffisamment indiscutables pour indiquer une imputabilité. Et les atteintes valvulaires légères peuvent n’avoir quasiment aucun retentissement sur la vie de tous les jours.
Les cas les plus sévères ont été opérés à une époque où le lien entre Médiator et valvulopathies n’était pas encore affirmé.
Il faut donc se garder de tout manichéisme et laisser travailler l’ONIAM. On verra, en fin d’examen de tous les dossiers, quelle peut être la part du Médiator dans l’apparition ou l’accentuation de lésions valvulaires.


Source docteurjd.com (blog santé de jd flaysakier)

lundi 8 octobre 2012

Recettes Tartes-Tarte rhubarbe, miel et chèvre



Tarte rhubarbe, miel et chèvre

Préparation : 30min
Cuisson : 1 heure 35
Pour 6 personnes
4 tiges de rhubarbe rouge
1 rouleau de pâte sablée
200 g de fromage de chèvre frais (Petit Billy ou Chavroux)
2 œufs
100 g de sucre
3 cuillerées à soupe de miel de thym
1 cuillerée à soupe de poudre d’amandes
1 citron
Sel
1. Préchauffez le four à 120 °C (th. 4).
2. Effilez la rhubarbe, puis coupez-la en tronçons de 2 cm. Rangez-la dans un plat à four, ajoutez le sucre, mélangez et faites confire 1 heure au four.
3. Sortez le plat du four et augmentez la chaleur à 180 °C (th. 6).
4. Lavez et essuyez le citron, râpez finement son zeste.
5. Dans un saladier, écrasez le fromage à la fourchette, puis fouettez-le au batteur électrique avec les œufs, la poudre d’amandes, 2 cuillerées à soupe de miel, le zeste de citron et une pincée de sel.
6. Déroulez la pâte et garnissez-en un moule à tarte en conservant le papier de cuisson. Étalez la garniture au fromage et répartissez dessus la rhubarbe confite. Faites cuire 35 minutes au four.
7. Dégustez la tarte tiède, nappé d’un filet de miel.


Billets-Qui a assassiné Kadhafi ?

Nicolas Sarkozy recevant Mouammar Kadhafi à l'Elysée le 10 décembre 2007.AFP

Qui a assassiné Kadhafi ?

D’après le quotidien italien Il Corriere della Sera, le colonel Kadhafi aurait été tué par un agent secret français avec la complicité de Damas. Pourquoi ? Parce que le dictateur libyen menaçait de faire des révélations sur le financement de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007. Pour le régime syrien, il s’agissait de resserrer les liens avec la France.

Ce serait donc un “agent étranger”, et non les Brigades révolutionnaires libyennes, qui aurait tué Muammar Kadhafi d’une balle dans la tête le 20 octobre 2011, près de Syrte. Ce n’est pas la première fois que la version officielle de la mort du Colonel est mise en doute en Libye ou à l’étranger. Mais cette fois, c’est Mahmoud Jibril lui-même, ancien Premier ministre du gouvernement transitoire et aujourd’hui pressenti pour diriger le pays après les élections parlementaires du 7 juillet [son parti a obtenu la majorité], qui relance l’hypothèse d’un complot ourdi par des services secrets étrangers. “C’est un agent étranger infiltré dans les Brigades révolutionnaires qui a tué Kadhafi”, a déclaré ce dernier lors d’un entretien accordé à la chaîne de télévision égyptienne Dream TV, au Caire, où il participait à un débat sur le “printemps arabe”.

Un barbouze était donc présent au moment du lynchage de Kadhafi par les rebelles. Au sein des cercles diplomatiques occidentaux présents dans la capitale libyenne, la théorie officieuse la plus répandue est que, si des services étrangers sont effectivement impliqués, “alors il s’agit presque certainement des Français”. Et d’ajouter : “Le fait que Paris ait voulu éliminer le colonel Kadhafi est un secret de polichinelle.” Le raisonnement est bien connu : dès les premiers signes de soutien de l’OTAN à la révolution, en grande partie sous l’impulsion du gouvernement de Nicolas Sarkozy, Kadhafi a menacé de révéler les détails de ses liens avec l’ancien président de la République, à commencer par les millions de dollars versés pour financer sa campagne électorale en 2007. “Sarkozy avait toutes les raisons de faire taire le raïs au plus vite”, nous ont répété samedi 29 septembre des sources diplomatiques européennes à Tripoli. Une thèse renforcée par des révélations obtenues par le Corriere della Sera il y a quatre jours à Benghazi.

  • La trahison de Bachar El-Assad
Là-bas, Rami El-Obeidi, ancien responsable des relations avec les agences de renseignements étrangères pour le compte du Conseil national de transition jusqu’à mi-2011, nous a révélé comment l’OTAN avait pu localiser la cachette de Kadhafi après la libération de Tripoli par les révolutionnaires entre le 20 et le 23 août 2011. “À l’époque, on pensait qu’il s’était enfui dans le désert, en direction de la frontière sud de la Libye”, explique Obeidi. Mais en réalité, il s’était réfugié dans son fief de Syrte avec son fils, Mutassim, qui dirigeait les dernières troupes encore en état de combattre. Obeidi ajoute : “Là, le raïs a essayé de communiquer, grâce à son téléphone satellite Iridium, avec certains de ses fidèles qui avaient trouvé refuge auprès de Bachar El-Assad, en Syrie. Parmi eux, il y avait notamment son disciple chargé de la propagande télévisée, Youssef Shakir. Et c’est justement le chef d’État syrien qui a transmis le numéro de téléphone satellitaire de Kadhafi aux services secrets français.” La raison ? “En échange, Assad aurait obtenu de Paris la promesse de limiter les pressions internationales sur la Syrie en vue de faire cesser la répression contre le peuple en révolte.” Localiser le téléphone satellite et son propriétaire aurait ensuite été un jeu d’enfant pour les experts de l’OTAN. Si cette thèse venait à être confirmée, nous pourrions en déduire que ce fut la première étape vers la fin tragique du dictateur, quelques semaines plus tard.


 Bachar Al-Assad était invité au défilé du 14 juillet 2008!

Source Courrier International

dimanche 7 octobre 2012

Billets-Massacre des rhinocéros



Massacre des rhinocéros

Au Vietnam, la corne de rhinocéros se boit en cocktail
Les nouveaux yuppies, qui raffolent de ce produit, sont responsables d’un boom du braconnage en Afrique du Sud.

C’est la nouvelle mode au sein de la jeunesse dorée vietnamienne : dans les soirées branchées, les cocktails contiennent de plus en plus souvent de la poudre de corne de rhinocéros.
Dans cette communauté d’hédonistes soucieux de leur statut social, certains hommes sont ­persuadés que la corne de rhino peut améliorer leurs performances sexuelles. Apparemment, ils ignorent qu’à des milliers de kilomètres de là leur lubie pourrait entraîner la disparition d’un magnifique animal.

En Afrique du Sud, les braconniers ont tué en moyenne 14 rhinocéros par an entre 1990 et 2005. Depuis, ce chiffre a grimpé en flèche. En 2010, 333 rhinos ont été abattus, et 448 en 2011. Sur les huit premiers mois de 2012, 339 bêtes ont été sacrifiées pour leur corne, ce qui pourrait faire de cette année la plus meurtrière depuis qu’il existe des statistiques sur le sujet.

“Perdre 500 bêtes par an au lieu de 12 ou 14 est une catastrophe”, affirme Tom Milliken, directeur des régions orientale et méridionale de l’Afrique pour le réseau Traffic, qui surveille le commerce des bêtes sauvages. “Depuis le début de ma carrière, c’est la première fois que je vois la corne de rhino atteindre de tels prix.”

Un rapport publié en août par Traffic, et auquel Tom Milliken a contribué, met en cause “une combinaison mortelle de lacunes institutionnelles, de professionnels du secteur de la faune sauvage corrompus [propriétaires de réserves, chasseurs professionnels et vétérinaires] et d’organisations criminelles asiatiques”. Ce document identifie quatre principaux groupes de consommateurs qui alimentent la demande.

“Certains croient que la corne de rhino facilite la détoxication du corps, en particulier après l’ingestion excessive d’alcool et d’aliments riches, explique le rapport. Des consommateurs fortunés ont donc pris l’habitude de verser de la poudre de corne de rhino dans une boisson, de l’eau ou de l’alcool, et de la consommer comme un remontant et un remède contre la gueule de bois.”

Un deuxième groupe de consommateurs croit à un autre mythe : la corne de rhino serait un traitement miracle contre le cancer. Des commerçants sans scrupule la vendent comme tel à des malades désespérés et souvent mourants.

Un cadeau aux élites.
Grâce à la surveillance de forums sur Internet, Tom Milliken et son équipe ont pu identifier un troisième groupe : les jeunes mères riches ou appartenant à la classe moyenne, qui se servent de la corne pour préparer un remède maison contre les fortes fièvres. “Si leur enfant tombe malade et que les autres médicaments s’avèrent inefficaces, elles en ont sous la main en cas d’urgence.” Enfin, d’autres personnes en font cadeau aux élites pour s’attirer leurs faveurs. La corne de rhinocéros peut être aussi utilisée comme monnaie pour acheter des produits de luxe et, par exemple, servir à payer partiellement une voiture.

Selon le rapport de Traffic, en Afrique du Sud les rhinos sont généralement abattus au fusil d’assaut AK-47, mais récemment on observe de plus en plus de morts dues à des tirs de fusils de gros calibre utilisés habituellement par les professionnels de la faune sauvage. Cela, ainsi que des indices de passages d’hélicoptères, pourrait indiquer l’émergence d’un marché alimenté par des agents du secteur corrompus.

Les cornes transitent ensuite par une série d’acheteurs intermédiaires, d’exportateurs et de coursiers. En moins de vingt-quatre heures, un coursier peut faire l’aller-retour entre le Vietnam et l’Afrique du Sud, le sac à dos rempli de cornes de rhinocéros au retour. L’Afrique du Sud a renforcé ses mesures de lutte contre le braconnage, notamment dans le parc national Kruger, et a procédé à 192 arrestations en 2012. Le gouvernement vietnamien, en revanche, est accusé de ne pas prendre cette crise au sérieux, en dépit des pressions exercées par la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (Cites).“A notre connaissance, il n’y a pas eu la moindre saisie depuis 2008, constate Tom Milliken. Le Vietnam est le seul pays au monde où les bols qui servent à broyer des cornes de rhino sont produits en masse. Je suis allé dans une usine qui en fabrique par dizaines de milliers. Si le gouvernement déclarait publiquement que ce commerce est inacceptable et véhicule une mauvaise image du Vietnam, cela permettrait de donner une nouvelle orientation au pays et d’améliorer l’application des lois. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Dans les hautes sphères, tout le monde se voile la face.”

 “Vachement customisé !” Dessin de Tiounine paru dans Kommersant, Moscou.

Source Courrier International

Billets-Monsieur le Président, écoutez les cris du peuple

Dessin de Glez, Burkina Faso.


Monsieur le Président, écoutez les cris du peuple

En 1936 comme en 1981, la France a eu besoin de la pression de la rue pour gouverner à gauche. Une leçon à retenir pour François Hollande, au moment où s’engage le débat parlementaire sur le pacte budgétaire. Dans son propre intérêt autant que dans celui de ses électeurs.
  
Quand on essaie de faire croire que des contraintes extérieures sont une fatalité, on se met soi-même dans une situation contraignante. C’est ce que viennent de rappeler obligeamment des milliers de manifestants à François Hollande, “leur” président socialiste.

La France s’apprête à ratifier le pacte budgétaire européen. Le gouvernement de gauche a donc besoin d’être pressé par la rue. Il a besoin de la mobilisation des citoyens et citoyennes pour atteindre des objectifs politiques qui seraient dénoncés comme utopiques ou irresponsables dans l’Union européenne, au nom des sempiternelles contraintes extérieures.

Aucun gouvernement français de gauche n’a encore pu mettre en œuvre son programme, ne serait-ce que partiellement, sans le soutien de manifestations, de grèves et d’autres formes d’intervention directe des intéressés.

On le sait depuis le gouvernement du Front populaire de 1936. Ce n’est que sous la pression massive des usines que celui-ci avait pu introduire les congés payés malgré l’opposition des patrons. Quand François Mitterrand est devenu président en 1981, il a eu besoin de l’aide active de la gauche unie pour abroger la peine de mort, baisser l’âge de la retraite et introduire d’autres réformes.

Dès que cette pression se relâche, le pouvoir commence, d’abord lentement puis de plus en plus vite, à se soumettre aux lois du marché. En protestant contre l’inscription des mesures d’austérité dans la loi, ces manifestations de gauche mettent en garde le président contre le pacte avec le diable qu’il s’apprête à signer avec le sang de ses propres électeurs.

Car le président se prive ainsi d’une partie du pouvoir institutionnel de défendre ses intérêts contre les “contraintes extérieures” du monde de la finance. Or si le président de gauche a besoin du peuple de gauche, il est moins sûr que celui-ci ait autant besoin de lui.

Source Courrier International