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mercredi 13 novembre 2024
13 Novembre 2015-Guerre et guerre
Guerre et guerre
Scène de panique dans les environs de la place de la République à Paris, le 13 novembre 2015 (AFP / Dominique Faget)
PARIS, 13 novembre 2015 – Tout commence par un coup de téléphone chez moi, ce vendredi soir, alors que je suis photographe de permanence à Paris. La rédactrice en chef photo de l’AFP m’annonce que des coups de feu auraient été tirés dans le dixième arrondissement de la capitale. Pour le moment, on ne sait rien de plus. C’est peut-être un attentat, mais cela peut aussi bien être un simple fait divers, un règlement de comptes.
Avec mon collègue Kenzo Tribouillard, nous sommes parmi les premiers photographes à arriver sur place. Dans les environs de la place de la République, la situation est très confuse. Les gens courent dans tous les sens mais on ne sait pas encore pourquoi. On parle de fusillade, mais je n’entends aucun tir. C’est une situation de peur aveugle, de panique face à un danger inconnu.
La terrasse du Café Bonne Bière peu après l'attaque, le 13 novembre (AFP / Anthony Dorfmann)
Tout à coup, je me retrouve poussé par la police dans un restaurant avec un groupe de passants place de la République. Je n’ai aucune envie d’entrer là, je veux rester dans la rue pour continuer à faire mon travail, mais je n’ai pas le choix! Les agents ont reçu l’ordre de mettre tout le monde en sécurité et ne veulent rien entendre. Je reste coincé une bonne demi-heure dans le sous-sol de ce restaurant, avant de réussir à négocier ma « libération ». Très tendus, les policiers me mettent en garde, essayent de me dissuader de sortir, mais ils me laissent finalement partir. Enfin de retour dans la rue, je prends quelques photos un peu floues des environs de la place de la République pour illustrer la panique qui reste à son comble. Passants et secouristes courent dans toutes les directions.
Les secours s'activent près de la place de la République (AFP / Dominique Faget)
Entretemps, j’ai obtenu par téléphone des renseignements plus précis sur ce qui est en train de se produire à Paris cette nuit-là. On sait désormais qu’une prise d’otages sanglante est en cours au Bataclan, très près de là où je me trouve. Un cordon de police bloque l’accès au lieu du drame, mais je me débrouille pour le franchir. Arrivé à proximité de la salle de concert, je choisis un emplacement où je peux à peu près voir ce qui se passe et je décide de ne plus le quitter. Si je change d’endroit, je risque de rater quelque chose ou de me faire éjecter du périmètre. Je reste donc planté là les cinq ou six heures suivantes, à photographier les rescapés et les victimes qui ont réussi à s’enfuir du Bataclan et qui, traumatisés, sont pris en charge par les secouristes et les forces de l’ordre.
Une blessée est prise en charge par les secours près du Bataclan (AFP / Dominique Faget)
Ces derniers jours, j’entends beaucoup parler de « scènes de guerre », de « situation de guerre », de « médecine de guerre ». Mais il faut tout de même relativiser. Ce vendredi 13 novembre, nous assistons à Paris à une série d’attentats terroristes, à des massacres aveugles, aux plus graves événements que la capitale française ait connus depuis la Libération. Mais ce n’est pas la guerre.
Des journalistes se mettent à l'abri près du Bataclan pendant la prise d'otages (AFP / Dominique Faget)
La guerre, comme celle que j’ai couverte au Liban, au Tchad, ou beaucoup plus récemment dans l’est de l’Ukraine, c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part. C’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi, sous les balles et les obus qui pleuvent sur des villes entières, et les cadavres joncher les trottoirs sans que personne n’ose les ramasser. La guerre, c’est quand on risque à chaque instant de se retrouver à la merci d’un tireur isolé, d’un fou, ou d’un de ces innombrables voyous armés qui sillonnent sans contrôle la plupart des zones de conflit du monde. C’est quand on ne peut pas compter sur la police pour assurer sa sécurité, quand des milliers de réfugiés se lancent sur les routes. La médecine de guerre, c’est quand on doit amputer à la hâte un membre qu’on aurait pu sauver dans des circonstances normales.
La police scientifique au travail sur l'une des terrasses attaquées (AFP / Kenzo Tribouillard)
Alors oui, dans un sens, c’est la guerre. La France est en guerre contre le terrorisme. Le groupe Etat islamique nous a déclaré la guerre. C’est une guerre au sens politique du terme, et sous le coup de l’émotion beaucoup de gens peuvent être tentés d’utiliser ce mot pour parler de la situation dans Paris ce 13 novembre.
Rue de Charonne, le 14 novembre (AFP / Loïc Venance)
Mais contrairement à ce qui se produit dans une vraie guerre, la police et les services de secours peuvent ici faire leur travail, établir des périmètres de sécurité, protéger les passants, soigner les blessés, évacuer les morts sans qu’ils restent à l’abandon des jours durant dans la rue. Même au cœur de cette nuit du 13 novembre, la plupart des bistrots et restaurants restent ouverts et, partout ailleurs dans la ville, la situation est normale. Deux jours après le drame, la vie a repris son cours. On assiste parfois à des scènes très dures, émouvantes, mais une fois que les attentats sont passés la situation ne présente plus aucun danger. Alors qu’une guerre, c’est tout autre chose. Pour ne parler que de nous, journalistes, ce sont les gilets pare-balles qui pèsent une tonne et les casques que nous devons porter dès que nous mettons le nez dehors, et la crainte permanente d’être pris pour cible.
Alors non, aussi tragiques que soient les attentats de Paris, je n’aime pas parler de guerre. La guerre, ce serait par exemple si de tels attentats se produisaient tous les jours pendant des semaines. C’est sans doute ce que souhaitent ceux qui ont causé cette tragédie. Mais ce n’est heureusement pas le cas.
Dominique Faget est un photographe de l’AFP basé à Paris. Cet article a été écrit avec Roland de Courson.
Source blogs.afp.com/makingof
13 Novembre 2015-Errance en noir et blanc dans Paris sous le choc
Errance en noir et blanc dans Paris sous le choc
(AFP / Valéry Hache)
PARIS, 20 novembre 2015 - Comme de nombreux photojournalistes, je suis venu en touriste à Paris ce 13 novembre pour visiter le salon Paris-Photo. Et comme de nombreux photojournalistes, je me retouve au milieu des attentats les plus sanglants qu'ait connu la France dans son histoire. Sauf que je n'ai pas apporté d'appareil photo…
En poste à Nice, je suis un inconditionnel de Paris-Photo, l'un des plus grands rendez-vous mondiaux de la photo d'art qui se déroule au Grand-Palais et où j'ai l'intention de me rendre le samedi. Je n'ai pas apporté mon lourd matériel pour ce qui s'annonce, au départ, comme un weekend de pures réjouissances. Les attentats ont lieu alors que je suis en train de dîner avec des collègues de l'AFP et RFI dans un restaurant du 9ème arrondissement. Nous ne tardons pas à comprendre qu'il se passe quelque chose de grave et tout le monde part. Et moi, sans appareil, je n'ai plus qu'à rentrer à mon hôtel.
(AFP / Valéry Hache)
Mais j'ai mon smartphone. Je m'en sers pratiquement tous les jours pour faire de la photographie de rue en noir et blanc sur la Côte d'Azur, en marge de mon activité "officielle" à l'AFP. Le lendemain, je me lève très tôt et je me dirige à pied vers les restaurants Le Carillon et Le Petit Cambodge, où une des fusillades a fait quinze morts.
(AFP / Valéry Hache)
Les rues sont pratiquement désertes, le silence est pesant, l'atmosphère la plus lugubre que j'aie vue de toute ma vie. Les lieux des attentats ne sont protégés par aucun cordon de police. Il y a du sang sur le trottoir, de la sciure de bois répandue par les pompiers, quelques gants chirurgicaux abandonnés, déjà quelques fleurs et chandelles déposées par des passants.
(AFP / Valéry Hache)
Je commence à prendre des photos avec mon iPhone exactement comme j'ai l'habitude de le faire, avec l'application Hipstamatic, mais dans une ambiance évidemment aux antipodes de mes lieux de prédilection que sont la plage de Nice, la promenade des Anglais ou le Festival de Cannes.
(AFP / Valéry Hache)
Je passe toute la matinée dans la rue. Comme tous les lieux publics, Paris-Photo ne réouvrira pas ce weekend, et je n'ai rien de mieux à faire que d'errer dans la capitale où la vie reprend tant bien que mal. Je croise un grand nombre de collègues photographes en plein travail. Vers midi, la batterie de mon portable est pratiquement à plat et je m'apprête à rentrer, quand tout à coup je croise ce cycliste qui remorque un piano à queue. Un peu plus loin, le pianiste s'arrêtera devant le Bataclan et interprétera la chanson Imagine de John Lennon, une scène étrange et belle qui sera immortalisée par les caméras du monde entier.
(AFP / Valéry Hache)
Quand je poste ma photo de pianiste à vélo sur Twitter, elle a tout de suite un succès monstre, avec plusieurs milliers de retweets en quelques heures. Comme je commence vite à recevoir des messages de gens qui veulent me l'acheter, je propose à l'AFP de la publier. Mais au milieu de la quantité gigantesque de photos «conventionnelles», souvent très fortes, que produisent tous mes collègues sur le terrain après les attentats, mon unique cliché en noir et blanc pris au smartphone d'un cycliste remorquant un piano à queue risque de paraître totalement farfelu… Nous préférons finalement attendre quelques jours et publier une série entière de photos Hipstamatic - celle que vous avez sous les yeux.
(AFP / Valéry Hache)
C'est vrai que mes images sont complètement décalées par rapport à un événement aussi dramatique que les attentats. Mais elles ne sont pas pour autant choquantes. Elles ne montrent rien de sanglant, ni de sensationnel. Mais leur format carré, le noir et blanc, et les filtres Hispatamatic que j'emploie habituellement restituent bien, je crois, la douleur et le désarroi des Parisiens sonnés par cette nuit de cauchemar.
Valéry Hache est un photographe de l'AFP basé à Nice. Suivez-le sur Twitter (@ValeryHache) et sur Instagram. Ce texte a été écrit avec Roland de Courson (@rdecourson) à Paris.
(AFP / Valéry Hache)
8 reactions
- 1 From Dreamer75 - 20/11/2015, 18:27
A ce jour, j'ai du mal à croire à une telle Barbarie.
De ma vie d'Homme, je n'ai encore trouvé de limite(s) à la cruauté des hommes.
Depuis, le samedi 14/11/2015, jour où j'ai appris la nouvelle, je ressens une immense angoisse, non pour moi mais pour les familles des victimes Innocentes qui n'ont rien demandé d'autre que de profiter d'un moment de joie soit dans des restaurants soit dans une salle de spectacles.
Est-ce grave que de vouloir profiter de la Vie ?
- 2 From Stephane Rousson - 20/11/2015, 18:58
Superbes photos, la dernière montre bien que nos vieux en ont vu d'autres et que la vie continue malgré ces atrocités . bravo Valery
- 3 From DEDOU15 - 21/11/2015, 08:12
Le reportage photographique en noir et blanc fait ressortir l'état actuel de la société française en 2015.
- 4 From Tazpaulo - 21/11/2015, 12:35
Comme par le passé et dans l'actualité du jour oui les deux vieux symbolises sur fond de la tour Eiffel la liberté !!! Quand dans le conflit de 1940-1945, où n'écoutant que leurs courages les Parisiens sont descendus libérés leurs ville. Oui c'est d'un autre temps, une autre guerre, des autres atrocités qui sont restées gravées dans les murs et les mémoires des "vieux de Paris" qui à l'époque étaient tous des jeunes.... Aujourd'hui au nom de la liberté d'expression, du droit de vivre, de respirer de penser autrement. Ces "terroristes", "barbares" ou tout autres noms duquel ont peut les qualifier.
N'acceptent pas le mot LIBERTE DE VIVRE ils ont fauchés des vies !!! Des gens comme vous et moi, des personnes anonymes. Paris et le monde où tant de gens souffrent les mêmes douleurs, soignent leurs blessés et leurs blessures, resteront et seront toujours dans un état de choc !!! Oui un autre jour s'est levé et oui cela ne sera plus jamais comment avant !!! N'oublions jamais la devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE !!! 3 mots qui portent ici tous leurs sens !!! Espérons, prions, mais n'ayons pas peur !!! Même si nous sommes à l'aube d'un nouveau type de "guerre". Derrière l'obscurité renaît la lumière. Souvenons-nous !!!
Et n'oublions Jamais
VIVE la FRANCE, LE MONDE LIBRE meurtris par ces atrocités.
- 5 From GARIN-MICHAUD Annie - 21/11/2015, 18:57
Bonsoir Monsieur,
Je trouve votre reportage plein de sensibilité et de beauté, même s'il a été réalisé avec un tél portable.
J'adore la photo du pianiste et son vélo, je trouve cela tellement inattendu ! Je suis pianiste et saxophoniste et j'aimerais la mettre sur mon profil Facebook (avec votre lien, bien sûr) est-ce que je peux ?
Bravo encore et merci pour ce que vous faites !
Amitiés,
Annie
- 6 From Freetime - 21/11/2015, 22:39
Belles photos, sortant du contexte lourd du direct et des images chocs,éclairant certaines scènes d'une pensée effroyablement profonde pour toutes les victimes, pour les familles, les rescapés.
- 7 From Virginie - 22/11/2015, 14:24
Bonjour
Je découvre ces photos et je ne crois pas qu'elles soient décalées. Pas du tout même. Je crois qu'elles reflètent l'ambiance du moment pour ceux qui ont découvert l'évènement après.
Je devais travailler ce samedi matin là. Dans une bibliothèque universitaire. La veille, je m'étais couchée, avais lu et avais déjà éteint TV et ordi depuis longtemps. Mon fils m'a laissé un mot que j'ai découvert le matin. Je suis quand même allée à la fac, en plein centre de Paris mais tout était fermé.Il était 8h30. Je suis alors allée vers Belleville. Et l'atmosphère était étrange. Pas grand monde dans les rues de Belleville ce matin, et pas plus vers 11h30 quand j'en suis repartie. L'atmosphère des photos rend bien ce que pour ma part j'ai ressenti : un constat qui nous laisse sans voix, et des pensées qui vagabondent. Une sorte d'errance. Bref tout ceci pour vous dire merci.
Virginie
- 8 From Chorus - 23/11/2015, 11:19
Bonjour,
Qui se soucie de savoir si un prix Goncourt a été écrit avec un Bic ou un Dupont ? Une photo, comme un livre, raconte une histoire. Elle touche ou ne touche pas. Le reste importe peu.
Il est une chose que je voudrais rajouter, comme une confidence, ou comme un aveu, peut-être même comme une confession.
Ces attentas m'ont véritablement bouleversé, bien que je travaille aujourd'hui en Afrique, à 6000 km de Paris.
Mais cela n'a rien d'extraordinaire.
Ce qui l'est plus, c'est que quelques jours avant 220 personnes sont mortes en plein vol et que cela ne m'a pas ému.
Alors qui suis-je, qui sommes-nous réellement, pour fondre en larmes ici, face à ce que nous appelons "nos" morts et pour ne pas verser une larme lorsque d'autres humains ("leurs morts" ?) subissent les mêmes atrocités ?
La tristesse qui ne me quitte pas depuis ce jour est aussi due au regard sans complaisance que je porte désormais sur moi.
Source blogs.afp.com/makingof
mardi 12 novembre 2024
samedi 13 novembre 2021
13 Novembre 2015-Guerre et guerre
Guerre et guerre
Scène de panique dans les environs de la place de la République à Paris, le 13 novembre 2015 (AFP / Dominique Faget)
PARIS, 13 novembre 2015 – Tout commence par un coup de téléphone chez moi, ce vendredi soir, alors que je suis photographe de permanence à Paris. La rédactrice en chef photo de l’AFP m’annonce que des coups de feu auraient été tirés dans le dixième arrondissement de la capitale. Pour le moment, on ne sait rien de plus. C’est peut-être un attentat, mais cela peut aussi bien être un simple fait divers, un règlement de comptes.
Avec mon collègue Kenzo Tribouillard, nous sommes parmi les premiers photographes à arriver sur place. Dans les environs de la place de la République, la situation est très confuse. Les gens courent dans tous les sens mais on ne sait pas encore pourquoi. On parle de fusillade, mais je n’entends aucun tir. C’est une situation de peur aveugle, de panique face à un danger inconnu.
La terrasse du Café Bonne Bière peu après l'attaque, le 13 novembre (AFP / Anthony Dorfmann)
Tout à coup, je me retrouve poussé par la police dans un restaurant avec un groupe de passants place de la République. Je n’ai aucune envie d’entrer là, je veux rester dans la rue pour continuer à faire mon travail, mais je n’ai pas le choix! Les agents ont reçu l’ordre de mettre tout le monde en sécurité et ne veulent rien entendre. Je reste coincé une bonne demi-heure dans le sous-sol de ce restaurant, avant de réussir à négocier ma « libération ». Très tendus, les policiers me mettent en garde, essayent de me dissuader de sortir, mais ils me laissent finalement partir. Enfin de retour dans la rue, je prends quelques photos un peu floues des environs de la place de la République pour illustrer la panique qui reste à son comble. Passants et secouristes courent dans toutes les directions.
Les secours s'activent près de la place de la République (AFP / Dominique Faget)
Entretemps, j’ai obtenu par téléphone des renseignements plus précis sur ce qui est en train de se produire à Paris cette nuit-là. On sait désormais qu’une prise d’otages sanglante est en cours au Bataclan, très près de là où je me trouve. Un cordon de police bloque l’accès au lieu du drame, mais je me débrouille pour le franchir. Arrivé à proximité de la salle de concert, je choisis un emplacement où je peux à peu près voir ce qui se passe et je décide de ne plus le quitter. Si je change d’endroit, je risque de rater quelque chose ou de me faire éjecter du périmètre. Je reste donc planté là les cinq ou six heures suivantes, à photographier les rescapés et les victimes qui ont réussi à s’enfuir du Bataclan et qui, traumatisés, sont pris en charge par les secouristes et les forces de l’ordre.
Une blessée est prise en charge par les secours près du Bataclan (AFP / Dominique Faget)
Ces derniers jours, j’entends beaucoup parler de « scènes de guerre », de « situation de guerre », de « médecine de guerre ». Mais il faut tout de même relativiser. Ce vendredi 13 novembre, nous assistons à Paris à une série d’attentats terroristes, à des massacres aveugles, aux plus graves événements que la capitale française ait connus depuis la Libération. Mais ce n’est pas la guerre.
Des journalistes se mettent à l'abri près du Bataclan pendant la prise d'otages (AFP / Dominique Faget)
La guerre, comme celle que j’ai couverte au Liban, au Tchad, ou beaucoup plus récemment dans l’est de l’Ukraine, c’est vivre dans une peur quotidienne de la mort, avoir sans cesse l’impression d’être en sursis, n’être en sécurité nulle part. C’est voir chaque jour des gens tomber autour de soi, sous les balles et les obus qui pleuvent sur des villes entières, et les cadavres joncher les trottoirs sans que personne n’ose les ramasser. La guerre, c’est quand on risque à chaque instant de se retrouver à la merci d’un tireur isolé, d’un fou, ou d’un de ces innombrables voyous armés qui sillonnent sans contrôle la plupart des zones de conflit du monde. C’est quand on ne peut pas compter sur la police pour assurer sa sécurité, quand des milliers de réfugiés se lancent sur les routes. La médecine de guerre, c’est quand on doit amputer à la hâte un membre qu’on aurait pu sauver dans des circonstances normales.
La police scientifique au travail sur l'une des terrasses attaquées (AFP / Kenzo Tribouillard)
Alors oui, dans un sens, c’est la guerre. La France est en guerre contre le terrorisme. Le groupe Etat islamique nous a déclaré la guerre. C’est une guerre au sens politique du terme, et sous le coup de l’émotion beaucoup de gens peuvent être tentés d’utiliser ce mot pour parler de la situation dans Paris ce 13 novembre.
Rue de Charonne, le 14 novembre (AFP / Loïc Venance)
Mais contrairement à ce qui se produit dans une vraie guerre, la police et les services de secours peuvent ici faire leur travail, établir des périmètres de sécurité, protéger les passants, soigner les blessés, évacuer les morts sans qu’ils restent à l’abandon des jours durant dans la rue. Même au cœur de cette nuit du 13 novembre, la plupart des bistrots et restaurants restent ouverts et, partout ailleurs dans la ville, la situation est normale. Deux jours après le drame, la vie a repris son cours. On assiste parfois à des scènes très dures, émouvantes, mais une fois que les attentats sont passés la situation ne présente plus aucun danger. Alors qu’une guerre, c’est tout autre chose. Pour ne parler que de nous, journalistes, ce sont les gilets pare-balles qui pèsent une tonne et les casques que nous devons porter dès que nous mettons le nez dehors, et la crainte permanente d’être pris pour cible.
Alors non, aussi tragiques que soient les attentats de Paris, je n’aime pas parler de guerre. La guerre, ce serait par exemple si de tels attentats se produisaient tous les jours pendant des semaines. C’est sans doute ce que souhaitent ceux qui ont causé cette tragédie. Mais ce n’est heureusement pas le cas.
Dominique Faget est un photographe de l’AFP basé à Paris. Cet article a été écrit avec Roland de Courson.
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