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samedi 28 février 2026

Photos-Don McCullin

 



Don McCullin

Photographe né en 1935 en Angleterre. Il débute la photographie comme assistant en 1956 durant son service dans la RAF.


A partir de 1961, il commence une carrière de photographe. A partir de 1966 il travaille pour le Sunday Post (jusqu’en 1984).

Il photographie la misère en Irlande, la construction du mur de Berlin en 1961, La guerre civile à Chypre (World Press Photo Award en 1964), le Salvador, le Vietnam durant 10 ans, le conflit Israelo-palestinien, les famines (Biafra, Inde, Bangladesh), et plus récemment les ravages du sida en Afrique. Il sera multiplement récompensé pour ses reportages, entrant dans les cercles les plus reconnus de photographes de presse.

McCullin fait partie des "grands reporters", qui ont parcouru le monde, qui ont traversé les conflits des années 60, 70 et 80, les conséquences de la guerre froide et d’une globalisation qui ne dit pas encore son nom.

Ils l’ont fait avec la même brutalité que les événements qu’ils ont couverts. McCullin a la rage de dénoncer, de montrer la sale gueule des conflits internationaux, de faire remonter le collatéral en première page des journaux, de donner chair aux conflits abstraits pour l’occident.

“Pendant 20 ans, je n’ai jamais refusé une invitation à me rendre à une guerre ou à assister à une révolution. Pourquoi ? Je peux sentir la raison mais je ne peux pas l’exprimer" Il fait malheureusement partie de cette génération qui va faire monter les enchères du sensationnel à son corps défendant, à la sueur de son front et au péril, parfois, de sa vie. Si ses images de la guerre du Vietnam ont eu un grand impact sur l’opinion publique et ont contribué à l’arrêt d’un conflit absurde, elles ont aussi fait entrer dans l’inconscient collectif le corps étendus couverts de linceuls, les femmes en pleurs couchées sur le cadavre de leur enfant, le visage couvert de sang des soldats exténués. Et, par une exposition répétée, à en amoindrir l’impact sur nos consciences. La légende veut que son appareil Nikon arrête une balle en 1968, qu’il soit grièvement blessé au Salvador. Elle veut aussi que le gouvernement britannique lui ai refusé sa carte de presse pour couvrir la guerre de Malouines, en raison du trop grand impact visuel de ses images.

Cette génération de producteurs d’images fortes va découvrir la banalisation de la violence et le sensationnalisme, en même temps qu’elle va se coltiner le paradoxe du photographe de reportage : vivre de ce qu’on dénonce.

Chaque photographe a sa stratégie pour faire face aux insolubles questions morales que posent son métier. McCullin, comme une poignée d’autres, semble l’avoir réglé à la testostérone, par la proximité avec le conflit, l’engagement éphémère, mais physique, immédiat et total, avec les sujets qu’il photographie.

"La compassion et le remords au Biafra, n’ont jamais cessé de me poursuivre. On s’imagine naïvement que l’intégrité suffit à se justifier en toute situation. Mais face à des humains qui meurent, soudain ce n’est plus assez : si on n’est d’aucun secours, alors on n’a rien à faire là - et en quoi étais-je donc utile au peuple biafrais ? [...]" Extrait du journal Le monde du 6/04/07.

Ses photographies de la pauvreté en Angleterre (1978), sont la quintessence de la photographie sociale engagée. Images contrastées, directes, en noir et blanc, réquisitoire matraqué sur une réalité proche et invisible.

Depuis les années 90’, McCulin a progressivement laissé tomber la couverture de l’actualité mondiale pour photographier la campagne anglaise, en noir et blanc, des paysages sombres mais enfin apaisés, que les conflits sanglants on marqués, mais dont on ne photographie plus que les traces mystérieuses, présentes mais indéchiffrables.

Il aura mis longtemps pour arriver au trop plein de violence et de douleur, il passe visiblement le reste de sa vie à se demander pourquoi.

(une biographie est sortie aux Éditions Deplire : "Unreasonable Behaviour - Risques et Périls")


Paysage d'hiver du Somerset, Grande-Bretagne (1987)

Une mère épuisée et son enfant, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Famille entourant une femme qui vient de mourir du choléra, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Jeune albinos souffrant de malnutrition, Biafra (1969)

Mère de vingt-quatre ans avec son enfant, Biafra (1968)

Soldat américain commotionné attendant son transport à l'arrière, Hué, Vietnam (1968)

Miliciens chrétiens chantant devant le corps d'une jeune Palestinienne, bataille de Karantina, Beyrouth, Liban (1976)

Charges des soldats britaniques sur des jeunes gens qui leur lancent des pierres, Londonderry, Irlande du Nord (1970)

Repas du soir, Bradford, Grande-Bretagne (1978)

Clochard irlandais, East-End, Londres Grande-Bretagne (1968-69)

Première équipe de jour Aciérie d'Hartlepool, Grande-Bretagne (1963)

samedi 25 novembre 2023

Photos-Don McCullin


Don McCullin

Référence pour des générations de photographes, Don McCullin commente trois de ses clichés, sur les trois sujets obsessionnels de sa vie : la guerre, la misère et la région anglaise du Somerset.

Le photographe britannique Don McCullin est né sous le signe de la guerre. Gamin, il joue au petit soldat avec son frère dans les ruines de Londres bombardé par les nazis. Un petit dur, qui en grandissant s'acoquine avec les mauvais garçons de son quartier. Mais le voyou a un coup de chance. Par un concours de circonstances, une de ses ­photos d'un gang du voisinage est publiée en 1959 dans The Observer, un hebdo du dimanche. A 24 ans, il réalise qu'il gagne beaucoup mieux sa vie avec ses images qu'avec les petits boulots de plongeur en wagon-restaurant ou de coursier, effectués dès l'adolescence, après la mort de son père. Bagarreur qui cherche la bagarre, pendant trente ans, Don McCullin couvre la violence du monde, ses famines, ses conflits civils ou militaires – Chypre, Biafra, ­Salvador, Vietnam, Cambodge, Irlande du Nord, Liban, Afghanistan... Originaire d'une famille extrêmement pauvre, il con­sacre des reportages à ce qu'il appelle « l'autre guerre », celle de la misère sociale en Angleterre, avec ses éclopés, ses affamés, ses SDF, ceux qui souffrent.

C'est dans la tradition historique chère à Robert Capa qu'il photographie : au coeur de l'action, au plus près de ses sujets, et toujours en noir et blanc. Formé à l'école de la rue, il révèle un sens inné de la composition. Le jeune McCullin partait à la guerre pour l'aventure et pour éprouver son courage. Avant de la haïr, la trouver hideuse, et d'en « pulvériser » les mythes avec son objectif. Ses photos aux ­lumières sombres ne parlent que de la souffrance absurde que les hommes s'infligent. Quel que soit le camp, la guerre dans ses clichés est toujours « une défaite », dit très justement l'écrivain Jean Hatzfeld.

Salarié pendant dix-huit ans du prestigieux Sunday Times, Don McCullin en claque la porte en 1984, lors de sa reprise par Rupert Murdoch. La nouvelle ligne éditoriale le dégoûte : « C'était fini, les bébés mourant de faim dans le tiers-monde, place au barbecue dominical des hommes d'affaires en vue... ». Il se retire et photographie alors les paysages de sa région, le Somerset (dans l'Angleterre du Sud-Ouest). La marche du monde continue de le révolter. L'an passé, à 77 ans, il repart, appareil en bandoulière, du côté des rebelles en Syrie.

Véritable légende pour les jeunes générations, le « voyou de la photographie », selon ses propres termes, élevé en 1993 au grade de commandeur de l'Empire britannique par la reine, commente trois de ses images. Les trois sujets obsessionnels de sa vie.

 Le Somerset


Paysage d'hiver (Angleterre, 1991).

« Ici, dans le Somerset, il y a de forts champs magnétiques, des lignes de force qui viennent de Glastonbury et qui remontent vers le Yorkshire. Beaucoup d'énergie, d'histoires, c'est ce qui m'incite à faire ces paysages, l'énergie. Ça me permet de chasser les images des guerres. Au loin, on aperçoit une sorte de colline un peu tonique, les restes d'un temple romain. Dans mon enfance, pas de temple romain, une cour avec des poules et des rats ! Je n'ai pas oublié mes racines, je sais très bien d'où je viens. Mon travail m'a apporté une certaine reconnaissance, mais il faut être prudent avec ces choses-là. Je suis fier de ma vie, mais pas particulièrement de mes photos de guerre : elles reflètent le malheur qui arrive aux autres. Et nous, photojournalistes, avons essayé mais nous n'avons pas changé grand-chose. »

 La Guerre


Soldat américain commotionné attendant son transport à l’arrière (offensive du Têt, Huê, Sud-Vietnam, février 1968).

« Au retour de la bataille de Huê, en 1968, même si cela peut paraître difficile à croire, je n’ai pas sélectionné cette image. Elle ne figurait pas dans le choix final pour le Sunday Times Magazine pour lequel je travaillais. Et maintenant, elle dépasse en notoriété tout ce que j’ai fait là-bas.

On ne sait jamais comment les gens vont interpréter votre travail. C’est dans l’œil de celui qui regarde. Je ne pensais pas que ce soldat prendrait tant d’importance. C’est aujourd’hui une sorte d’image symbolique, universelle, le soldat traumatisé. Naturellement, c’est bien, mais je n’ai pas risqué ma vie pour rapporter cette image.

Je suis resté au moins une douzaine de jours avec les marines durant la bataille. Vers la fin, je suis passé par hasard dans cette enceinte où se trouvait un homme qui avait l’air d’avoir mille ans. J’avais un peu de temps et donc je me suis accroupi et je l’ai photographié. Je ne travaillais pas au moteur et je n’ai pris que cinq vues. Quand on regarde la planche-contact, elles sont quasi identiques. Juste après, je me suis remis en route, et un obus de mortier a explosé dans le coin. Je ne sais pas s’il a tué cet homme. Je n’ai jamais su ce qu’il était devenu. Dans une guerre, on ne s’arrête pas, on continue et on tente de survivre. »

 L'autre guerre


Consett (County Durham, Angleterre, 1974).

« Cette photographie a été prise dans la ville de Consett, comté de Durham, dans la région du Northumberland, au nord de l’Angleterre, au cours d’un reportage sur les aciéries. C’était une partie incroyablement moche de l’Angleterre, d’une véritable laideur industrielle. Ce couple s’apprête à traverser les voies de chemin de fer pour aller d’un quartier à l’autre. Ce qui m’avait beaucoup plu, c’est la cheminée d’usine dans le fond avec sa fumée à l’horizontale et les chaussures de la jeune femme. Lui, il était ouvrier. On voit que ce sont des gens très pauvres, dont la vie est dure, sans espoir d’avenir meilleur. J’ai grandi parmi des gens comme ce couple, des gens qui leur ressemblaient, qui vivaient comme eux, le milieu pauvre typique. Personne ne peut m’expliquer ce qu’est la pauvreté car je l’ai vécue, et je sais comment me comporter avec elle. Je n’ai pas de problème pour déclencher car, d’une certaine manière, je me sens le droit d’être là.

Pour un portrait comme celui-là, je m’assure que vous puissiez voir leurs yeux. Si je suis assez près, vous pourrez alors ressentir ce qu’ils pensent, et voir la clarté de leurs yeux. Leurs yeux vont parler pour eux. Ce sera leur voix. »

© Don McCullin (Contact Press Images) 
Source Télérama.fr 

Photos-Don McCullin

 



Don McCullin

Photographe né en 1935 en Angleterre. Il débute la photographie comme assistant en 1956 durant son service dans la RAF.


A partir de 1961, il commence une carrière de photographe. A partir de 1966 il travaille pour le Sunday Post (jusqu’en 1984).

Il photographie la misère en Irlande, la construction du mur de Berlin en 1961, La guerre civile à Chypre (World Press Photo Award en 1964), le Salvador, le Vietnam durant 10 ans, le conflit Israelo-palestinien, les famines (Biafra, Inde, Bangladesh), et plus récemment les ravages du sida en Afrique. Il sera multiplement récompensé pour ses reportages, entrant dans les cercles les plus reconnus de photographes de presse.

McCullin fait partie des "grands reporters", qui ont parcouru le monde, qui ont traversé les conflits des années 60, 70 et 80, les conséquences de la guerre froide et d’une globalisation qui ne dit pas encore son nom.

Ils l’ont fait avec la même brutalité que les événements qu’ils ont couverts. McCullin a la rage de dénoncer, de montrer la sale gueule des conflits internationaux, de faire remonter le collatéral en première page des journaux, de donner chair aux conflits abstraits pour l’occident.

“Pendant 20 ans, je n’ai jamais refusé une invitation à me rendre à une guerre ou à assister à une révolution. Pourquoi ? Je peux sentir la raison mais je ne peux pas l’exprimer" Il fait malheureusement partie de cette génération qui va faire monter les enchères du sensationnel à son corps défendant, à la sueur de son front et au péril, parfois, de sa vie. Si ses images de la guerre du Vietnam ont eu un grand impact sur l’opinion publique et ont contribué à l’arrêt d’un conflit absurde, elles ont aussi fait entrer dans l’inconscient collectif le corps étendus couverts de linceuls, les femmes en pleurs couchées sur le cadavre de leur enfant, le visage couvert de sang des soldats exténués. Et, par une exposition répétée, à en amoindrir l’impact sur nos consciences. La légende veut que son appareil Nikon arrête une balle en 1968, qu’il soit grièvement blessé au Salvador. Elle veut aussi que le gouvernement britannique lui ai refusé sa carte de presse pour couvrir la guerre de Malouines, en raison du trop grand impact visuel de ses images.

Cette génération de producteurs d’images fortes va découvrir la banalisation de la violence et le sensationnalisme, en même temps qu’elle va se coltiner le paradoxe du photographe de reportage : vivre de ce qu’on dénonce.

Chaque photographe a sa stratégie pour faire face aux insolubles questions morales que posent son métier. McCullin, comme une poignée d’autres, semble l’avoir réglé à la testostérone, par la proximité avec le conflit, l’engagement éphémère, mais physique, immédiat et total, avec les sujets qu’il photographie.

"La compassion et le remords au Biafra, n’ont jamais cessé de me poursuivre. On s’imagine naïvement que l’intégrité suffit à se justifier en toute situation. Mais face à des humains qui meurent, soudain ce n’est plus assez : si on n’est d’aucun secours, alors on n’a rien à faire là - et en quoi étais-je donc utile au peuple biafrais ? [...]" Extrait du journal Le monde du 6/04/07.

Ses photographies de la pauvreté en Angleterre (1978), sont la quintessence de la photographie sociale engagée. Images contrastées, directes, en noir et blanc, réquisitoire matraqué sur une réalité proche et invisible.

Depuis les années 90’, McCulin a progressivement laissé tomber la couverture de l’actualité mondiale pour photographier la campagne anglaise, en noir et blanc, des paysages sombres mais enfin apaisés, que les conflits sanglants on marqués, mais dont on ne photographie plus que les traces mystérieuses, présentes mais indéchiffrables.

Il aura mis longtemps pour arriver au trop plein de violence et de douleur, il passe visiblement le reste de sa vie à se demander pourquoi.

(une biographie est sortie aux Éditions Deplire : "Unreasonable Behaviour - Risques et Périls")


Paysage d'hiver du Somerset, Grande-Bretagne (1987)

Une mère épuisée et son enfant, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Famille entourant une femme qui vient de mourir du choléra, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Jeune albinos souffrant de malnutrition, Biafra (1969)

Mère de vingt-quatre ans avec son enfant, Biafra (1968)

Soldat américain commotionné attendant son transport à l'arrière, Hué, Vietnam (1968)

Miliciens chrétiens chantant devant le corps d'une jeune Palestinienne, bataille de Karantina, Beyrouth, Liban (1976)

Charges des soldats britaniques sur des jeunes gens qui leur lancent des pierres, Londonderry, Irlande du Nord (1970)

Repas du soir, Bradford, Grande-Bretagne (1978)

Clochard irlandais, East-End, Londres Grande-Bretagne (1968-69)

Première équipe de jour Aciérie d'Hartlepool, Grande-Bretagne (1963)

vendredi 30 septembre 2016

Photos-Don McCullin



Don McCullin

Photographe né en 1935 en Angleterre. Il débute la photographie comme assistant en 1956 durant son service dans la RAF.


A partir de 1961, il commence une carrière de photographe. A partir de 1966 il travaille pour le Sunday Post (jusqu’en 1984).

Il photographie la misère en Irlande, la construction du mur de Berlin en 1961, La guerre civile à Chypre (World Press Photo Award en 1964), le Salvador, le Vietnam durant 10 ans, le conflit Israelo-palestinien, les famines (Biafra, Inde, Bangladesh), et plus récemment les ravages du sida en Afrique. Il sera multiplement récompensé pour ses reportages, entrant dans les cercles les plus reconnus de photographes de presse.

McCullin fait partie des "grands reporters", qui ont parcouru le monde, qui ont traversé les conflits des années 60, 70 et 80, les conséquences de la guerre froide et d’une globalisation qui ne dit pas encore son nom.

Ils l’ont fait avec la même brutalité que les événements qu’ils ont couverts. McCullin a la rage de dénoncer, de montrer la sale gueule des conflits internationaux, de faire remonter le collatéral en première page des journaux, de donner chair aux conflits abstraits pour l’occident.

“Pendant 20 ans, je n’ai jamais refusé une invitation à me rendre à une guerre ou à assister à une révolution. Pourquoi ? Je peux sentir la raison mais je ne peux pas l’exprimer" Il fait malheureusement partie de cette génération qui va faire monter les enchères du sensationnel à son corps défendant, à la sueur de son front et au péril, parfois, de sa vie. Si ses images de la guerre du Vietnam ont eu un grand impact sur l’opinion publique et ont contribué à l’arrêt d’un conflit absurde, elles ont aussi fait entrer dans l’inconscient collectif le corps étendus couverts de linceuls, les femmes en pleurs couchées sur le cadavre de leur enfant, le visage couvert de sang des soldats exténués. Et, par une exposition répétée, à en amoindrir l’impact sur nos consciences. La légende veut que son appareil Nikon arrête une balle en 1968, qu’il soit grièvement blessé au Salvador. Elle veut aussi que le gouvernement britannique lui ai refusé sa carte de presse pour couvrir la guerre de Malouines, en raison du trop grand impact visuel de ses images.

Cette génération de producteurs d’images fortes va découvrir la banalisation de la violence et le sensationnalisme, en même temps qu’elle va se coltiner le paradoxe du photographe de reportage : vivre de ce qu’on dénonce.

Chaque photographe a sa stratégie pour faire face aux insolubles questions morales que posent son métier. McCullin, comme une poignée d’autres, semble l’avoir réglé à la testostérone, par la proximité avec le conflit, l’engagement éphémère, mais physique, immédiat et total, avec les sujets qu’il photographie.

"La compassion et le remords au Biafra, n’ont jamais cessé de me poursuivre. On s’imagine naïvement que l’intégrité suffit à se justifier en toute situation. Mais face à des humains qui meurent, soudain ce n’est plus assez : si on n’est d’aucun secours, alors on n’a rien à faire là - et en quoi étais-je donc utile au peuple biafrais ? [...]" Extrait du journal Le monde du 6/04/07.

Ses photographies de la pauvreté en Angleterre (1978), sont la quintessence de la photographie sociale engagée. Images contrastées, directes, en noir et blanc, réquisitoire matraqué sur une réalité proche et invisible.

Depuis les années 90’, McCulin a progressivement laissé tomber la couverture de l’actualité mondiale pour photographier la campagne anglaise, en noir et blanc, des paysages sombres mais enfin apaisés, que les conflits sanglants on marqués, mais dont on ne photographie plus que les traces mystérieuses, présentes mais indéchiffrables.

Il aura mis longtemps pour arriver au trop plein de violence et de douleur, il passe visiblement le reste de sa vie à se demander pourquoi.

(une biographie est sortie aux Éditions Deplire : "Unreasonable Behaviour - Risques et Périls")


Paysage d'hiver du Somerset, Grande-Bretagne (1987)

Une mère épuisée et son enfant, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Famille entourant une femme qui vient de mourir du choléra, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Jeune albinos souffrant de malnutrition, Biafra (1969)

Mère de vingt-quatre ans avec son enfant, Biafra (1968)

Soldat américain commotionné attendant son transport à l'arrière, Hué, Vietnam (1968)

Miliciens chrétiens chantant devant le corps d'une jeune Palestinienne, bataille de Karantina, Beyrouth, Liban (1976)

Charges des soldats britaniques sur des jeunes gens qui leur lancent des pierres, Londonderry, Irlande du Nord (1970)

Repas du soir, Bradford, Grande-Bretagne (1978)

Clochard irlandais, East-End, Londres Grande-Bretagne (1968-69)

Première équipe de jour Aciérie d'Hartlepool, Grande-Bretagne (1963)

Photos-Don McCullin


Don McCullin

Référence pour des générations de photographes, Don McCullin commente trois de ses clichés, sur les trois sujets obsessionnels de sa vie : la guerre, la misère et la région anglaise du Somerset.

Le photographe britannique Don McCullin est né sous le signe de la guerre. Gamin, il joue au petit soldat avec son frère dans les ruines de Londres bombardé par les nazis. Un petit dur, qui en grandissant s'acoquine avec les mauvais garçons de son quartier. Mais le voyou a un coup de chance. Par un concours de circonstances, une de ses ­photos d'un gang du voisinage est publiée en 1959 dans The Observer, un hebdo du dimanche. A 24 ans, il réalise qu'il gagne beaucoup mieux sa vie avec ses images qu'avec les petits boulots de plongeur en wagon-restaurant ou de coursier, effectués dès l'adolescence, après la mort de son père. Bagarreur qui cherche la bagarre, pendant trente ans, Don McCullin couvre la violence du monde, ses famines, ses conflits civils ou militaires – Chypre, Biafra, ­Salvador, Vietnam, Cambodge, Irlande du Nord, Liban, Afghanistan... Originaire d'une famille extrêmement pauvre, il con­sacre des reportages à ce qu'il appelle « l'autre guerre », celle de la misère sociale en Angleterre, avec ses éclopés, ses affamés, ses SDF, ceux qui souffrent.
C'est dans la tradition historique chère à Robert Capa qu'il photographie : au coeur de l'action, au plus près de ses sujets, et toujours en noir et blanc. Formé à l'école de la rue, il révèle un sens inné de la composition. Le jeune McCullin partait à la guerre pour l'aventure et pour éprouver son courage. Avant de la haïr, la trouver hideuse, et d'en « pulvériser » les mythes avec son objectif. Ses photos aux ­lumières sombres ne parlent que de la souffrance absurde que les hommes s'infligent. Quel que soit le camp, la guerre dans ses clichés est toujours « une défaite », dit très justement l'écrivain Jean Hatzfeld.

Salarié pendant dix-huit ans du prestigieux Sunday Times, Don McCullin en claque la porte en 1984, lors de sa reprise par Rupert Murdoch. La nouvelle ligne éditoriale le dégoûte : « C'était fini, les bébés mourant de faim dans le tiers-monde, place au barbecue dominical des hommes d'affaires en vue... ». Il se retire et photographie alors les paysages de sa région, le Somerset (dans l'Angleterre du Sud-Ouest). La marche du monde continue de le révolter. L'an passé, à 77 ans, il repart, appareil en bandoulière, du côté des rebelles en Syrie.
Véritable légende pour les jeunes générations, le « voyou de la photographie », selon ses propres termes, élevé en 1993 au grade de commandeur de l'Empire britannique par la reine, commente trois de ses images. Les trois sujets obsessionnels de sa vie.

 Le Somerset


Paysage d'hiver (Angleterre, 1991).
« Ici, dans le Somerset, il y a de forts champs magnétiques, des lignes de force qui viennent de Glastonbury et qui remontent vers le Yorkshire. Beaucoup d'énergie, d'histoires, c'est ce qui m'incite à faire ces paysages, l'énergie. Ça me permet de chasser les images des guerres. Au loin, on aperçoit une sorte de colline un peu tonique, les restes d'un temple romain. Dans mon enfance, pas de temple romain, une cour avec des poules et des rats ! Je n'ai pas oublié mes racines, je sais très bien d'où je viens. Mon travail m'a apporté une certaine reconnaissance, mais il faut être prudent avec ces choses-là. Je suis fier de ma vie, mais pas particulièrement de mes photos de guerre : elles reflètent le malheur qui arrive aux autres. Et nous, photojournalistes, avons essayé mais nous n'avons pas changé grand-chose. »

 La Guerre


Soldat américain commotionné attendant son transport à l’arrière (offensive du Têt, Huê, Sud-Vietnam, février 1968).
« Au retour de la bataille de Huê, en 1968, même si cela peut paraître difficile à croire, je n’ai pas sélectionné cette image. Elle ne figurait pas dans le choix final pour le Sunday Times Magazine pour lequel je travaillais. Et maintenant, elle dépasse en notoriété tout ce que j’ai fait là-bas.
On ne sait jamais comment les gens vont interpréter votre travail. C’est dans l’œil de celui qui regarde. Je ne pensais pas que ce soldat prendrait tant d’importance. C’est aujourd’hui une sorte d’image symbolique, universelle, le soldat traumatisé. Naturellement, c’est bien, mais je n’ai pas risqué ma vie pour rapporter cette image.
Je suis resté au moins une douzaine de jours avec les marines durant la bataille. Vers la fin, je suis passé par hasard dans cette enceinte où se trouvait un homme qui avait l’air d’avoir mille ans. J’avais un peu de temps et donc je me suis accroupi et je l’ai photographié. Je ne travaillais pas au moteur et je n’ai pris que cinq vues. Quand on regarde la planche-contact, elles sont quasi identiques. Juste après, je me suis remis en route, et un obus de mortier a explosé dans le coin. Je ne sais pas s’il a tué cet homme. Je n’ai jamais su ce qu’il était devenu. Dans une guerre, on ne s’arrête pas, on continue et on tente de survivre. »

 L'autre guerre


Consett (County Durham, Angleterre, 1974).
« Cette photographie a été prise dans la ville de Consett, comté de Durham, dans la région du Northumberland, au nord de l’Angleterre, au cours d’un reportage sur les aciéries. C’était une partie incroyablement moche de l’Angleterre, d’une véritable laideur industrielle. Ce couple s’apprête à traverser les voies de chemin de fer pour aller d’un quartier à l’autre. Ce qui m’avait beaucoup plu, c’est la cheminée d’usine dans le fond avec sa fumée à l’horizontale et les chaussures de la jeune femme. Lui, il était ouvrier. On voit que ce sont des gens très pauvres, dont la vie est dure, sans espoir d’avenir meilleur. J’ai grandi parmi des gens comme ce couple, des gens qui leur ressemblaient, qui vivaient comme eux, le milieu pauvre typique. Personne ne peut m’expliquer ce qu’est la pauvreté car je l’ai vécue, et je sais comment me comporter avec elle. Je n’ai pas de problème pour déclencher car, d’une certaine manière, je me sens le droit d’être là.
Pour un portrait comme celui-là, je m’assure que vous puissiez voir leurs yeux. Si je suis assez près, vous pourrez alors ressentir ce qu’ils pensent, et voir la clarté de leurs yeux. Leurs yeux vont parler pour eux. Ce sera leur voix. »

© Don McCullin (Contact Press Images)
Source Télérama.fr