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mardi 7 juillet 2026

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La voix

 


Arnaldur INDRIDASON 

La voix 

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY 

(4ème de couverture) 
Le Père Noël a été assassiné juste avant le goûter d’enfants organisé par l’hôtel de luxe envahi de touristes, alors s’il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C’est mal connaître le commissaire Erlendur. Déprimé par les interminables fêtes de fin d’année, il s’installe à l’hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Les visites de sa fille, toujours tentée par la drogue, ses mauvaises fréquentations, permettent au commissaire de progresser dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et surtout il y a cette jolie laborantine tellement troublante qu’ Erlendur lui raconte ses secrets.

Le Père Noël était portier et occupait une petite chambre dans les sous-sols depuis vingt ans, peu avant on lui avait signifié son renvoi. Mais il n’avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Les 45 tours enregistrés par le jeune garçon, cette voix venue d’un autre monde, ouvrent la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs, à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.
Un roman dense et fort qui émeut profondément.


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont plusieurs sont des best-sellers internationaux parmi lesquels La Cité des Jarres (prix Clé de verre du roman noir scandinave, prix Mystère de la critique 2006 et prix Cœur noir) et la Femme en vert (prix Clé de verre du roman noir scandinave 2003 et prix CWA Gold Dagger 2005, Grande-Bretagne).


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :) Elinborg les attendait à l’hôtel. 

(Dernière phrase :) Ô Père, de moi faites une petite flamme en cette brève existence…

330 pages – Editions Métailié 2007 


(Aide mémoire perso :) 
Dans un hôtel de luxe de Reykjavik, un portier faisait office de père Noël pour la période des fêtes de fin d’année est retrouvé assassiné à coups de couteau dans un cagibi qui lui servait de « chambre » depuis plusieurs années, dans la cave de l’établissement. Il est en outre dans une posture délicate, avec un préservatif sur lequel on relève des traces de salive. Il venait aussi d’être licencié. L’enquête, menée par l’inspecteur Erlendur, à la vie personnelle assez chaotique, fait vite apparaître que la victime est un ancien « enfant star » à la Shirley Temple, à savoir qu’il avait, étant jeune, une voix merveilleuse qui lui a permis de connaître une célébrité aussi grande que fugitive, à cause d’une mue précoce. Ses rapports avec un père tyrannique ont contribué à faire de sa vie un enfer et un échec total (cet aspect de l’action est mis en relief par une enquête parallèle sur un cas de violences à enfant, pour souligner que le problème est toujours actuel). On trouve également trace d’un rendez-vous qu’il a eu, la veille de son décès, avec un Anglais grand collectionneur de disques rares mais qui a aussi eu maille à partir avec la Justice pour des affaires de pédophilie. La suite de l’enquête fait apparaître nombre de turpitudes : mensonges grands et petits, secrets de famille, trafics en tous genres, chantages, jalousies, etc. Mais le secret de l’énigme est surtout le manque d’amour, l’indifférence à autrui et à son individualité, dans un monde cruel et cynique. Le livre met tout cela en relief mais sans négliger, bien au contraire, une analyse des mécanismes psychologiques qui en sont la cause et sont à base de traumatismes et de refoulement. Que faisons-nous de nos enfants, ne cesse de nous demander l’auteur, en déployant de multiples et subtiles variations sur ce thème. C’est dire qu’on dépasse de beaucoup, comme souvent maintenant, le roman policier au sens strict au profit d’un livre passionnant, enrichissant et émouvant, bien écrit. Félicitons aussi l’éditeur d’avoir respecté, après La Cité des Jarres et la Femme en vert, l’ordre de publication des aventures de l’inspecteur Erlendur en langue originale (c‘est si rare qu’on est obligé de le mentionner spécialement) : la cohérence du personnage apparaît ainsi à la fois graduellement et de façon fort convaincante. 

Lectures Arnaldur INDRIDASON-L’Homme du lac



Arnaldur INDRIDASON

L’Homme du lac

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture)
En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s’intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l’enquête vers les ambassades des pays de l’ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l’Est, pendant la guerre froide. Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l’absurdité d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment.


Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l’amour fidèle d’une crémière abandonnée, s’obstinera à remonter la piste de l’homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.


Indridasson nous raconte une magnifique histoire d’amour victime de la cruauté de l’histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante.


Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007) et la Femme en vert 2003, (Gold Dagger 2005 GB et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007).


(Les personnages principaux :)
Erlendur, Elinborg, Sigurdur Oli, Valgerdur, Sindri, Eva Lind, Hannes, Lothar Weiser, Thomas, Emil, Ilona.


(1ere phrase :)
Elle resta longtemps immobile à scruter les ossements comme s’ils n’avaient pas dû se trouver là.

(Dernière phrase :)
-Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru, murmura Erlendur, et ses mots s’envolèrent par-delà le lac, emportés par le vent du nord.

348 pages – Editions Métailié juin 2004


(Aide mémoire perso :) 

C’est l’été en Islande. Le jour est interminable et le soleil ne se couche jamais complètement, contrairement à l’hiver où il est carrément absent. Suite à un tremblement de terre, le niveau du lac de Kleifarvatn a baissé et un squelette gisant au fond depuis quelques décennies est découvert. À son pied est attaché un émetteur radio d’origine russe qui devrait dater des années 60.

Avec L’homme du lac, on découvre un Arnaldur Indridason qui maîtrise de plus en plus la mise en scène et l’intégration d’une histoire particulière dans un contexte social. Il s’est attaqué cette fois à la guerre froide, à l’état d’extrême tension en Allemagne de l’est suite à la révolte de Hongrie dans les années 50. À la paranoïa d’une part et à l’oppression de l’autre, que certains élèves Islandais – la plupart peu enclin à suivre un code de conduite extrême pour le parti communiste – ont subi malgré eux.


En remontant dans le passé, en racontant une époque absurde, révolue mais pourtant bien ancrée dans la mémoire de certains, Indridason nous entraîne vers la découverte d’une identité, celle d’un inconnu repêché dans un lac. Si au départ cette identité n’a aucune importance, elle devient peu à peu le centre du roman. Là réside tout le talent de l’auteur.


Après La Cité des jarres, La Femme en vert et La Voix, les sujets changent, mais le thème cher à l’auteur reste le même: entreprendre une enquête dans le passé pour déterrer un drame et surtout retrouver les origines d’un disparu pour qu’il puisse «dormir» en paix. Par le biais de l’enquête menée par le commissaire Erlendur – un homme taciturne et solitaire, le parfait exemple de l’antihéros avec ses problèmes familiaux, son passé lui-même complexe, sa fille et son fils qu’il apprend tranquillement à connaître – on découvre tranquillement toute une époque, celle de la guerre froide et de ses retombées en Islande, précisément auprès des étudiants partis en Allemagne de l’est. 

L’auteur semble utiliser le roman policier pour faire une critique de la société, de la difficulté qu’ont les Islandais à y vivre normalement, peut-être à cause de la dureté du climat. Notre intérêt ne cesse de croître pour ce récit complexe, ces personnages touchants. Une enquête menée lentement, qui réussit à nous habiter entièrement. On veut savoir, on veut découvrir, tout comme Erlendur, la nature exacte de cette mort inexpliquée. Pourtant, ces investigations ne se réaliseront pas sans une bonne dose de drame humain et son lot de souffrances, probablement la signature de l’auteur. 

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Femme en Vert


Arnaldur INDRIDASON 

La Femme en Vert 


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY

(4ème de couverture)
Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain.


Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d’Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l’hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions. L’enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant, qui met en scène, à la fin de la seconde guerre mondiale, une femme et ses deux enfants. Une femme victime d’un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout.


Voici à nouveau le commissaire Erlendur et ses adjoints Elinborg et Sigurdur Oil dans un récit au rythme et à l’écriture intenses et poignants, aux images fortes et aux personnages attachants et bien construits. La mémoire est comme toujours chez INDRIDASON le pivot de ce roman haletant, qui hante longtemps ses lecteurs.


Un INDRIDASON grand cru !


Pris Clé de Verre 2003 du roman noir scandinave et Prix CWA Gold Dragger 2005 (Grande-Bretagne).


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres ; plusieurs sont des best-sellers internationaux.

(Les personnages principaux :)Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind.

(1ere phrase :)
Il remarqua qu’il s’agissait d’un os humain dès qu’il l’enleva des mains de l’enfant qui le machouillait, assis par terre.


(Dernière phrase :)
Et, quelques minutes plus tard, elle ouvrit les yeux.

298 pages – Editions Métailié


(Aide mémoire perso :) 

Un jour d'anniversaire dans une banlieue de Reykjavik, une enfant suce un objet qui s'avère être un bout d'os humain. Dans ce quartier en pleine reconstruction, un corps a été enfoui environ soixante ans plutôt! Commence alors quatre histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres. Deux sont actuelles, le commissaire Erlendur mène cette enquête avec ses adjoints Elinborg, une des rares femmes de la police islandaise et Sigurdur Oli. Mais Erlendur en plus, doit veiller sur sa fille qui, droguée et enceinte, vient de l'appeler au secours? Mais l'enquête est là, est-elle nécessaire d'ailleurs?

Que s'est-il passé soixante ans avant dans ce qui n'était à l'époque que des résidences d'été ? Les témoins de l'époque sont rares, leurs mémoires sont un peu chancelantes. Les troupes anglaises et américaines ont stationné dans les environs, s'agit-il d'un des leurs?


Une femme sans nom raconte sa vie, ou plutôt son calvaire avec un mari à la violence extrême, elle est mère d'une petite fille handicapée. Nous les retrouverons tout au long de l'enquête quand sa vie deviendra un véritable cauchemar, avec deux enfants de plus et un mari de pire en pire.


Nous rencontrerons aussi Benjamin, riche commerçant : il était le propriétaire de cette maison. Sa sœur raconte à la police que sa fiancée a disparu juste avant son mariage. Quelles en sont les raisons, où est-elle partie? Les archéologues, chargés de sortir le corps de terre, prennent milles précautions, pendant près qu'une semaine, les policiers se posent la question, homme ou femme?


Erlandur, le commissaire est un homme solitaire, son fils le voit rarement et les visites de sa fille se terminent sous un flot de reproches. Pourquoi l'avoir appelé ce soir-là?


La femme, celle des années passées (la mère), épouse martyre, porte le poids de ses fautes. Fille mère d'une fillette handicapée, seule contre un monstre, après deux tentatives de fugues, elle s'est résignée. Ses enfants, Mikkelina et Simon aident leur mère de toutes leurs forces, seul Thomas qui ressemble à son père bénéficie de quelques bontés. Sa famille aura six mois de bonheur quand il sera emprisonné pour vol de vivre dans une base américaine, mais six mois, ce n'est pas long, l'enfer est de retour.


Le style de narration, avec ses nombreux retours en arrière est malgré tout facile à lire, car l'écriture est simple.


Extraits : 
"Au cours de ses rares sorties, Simon avait l'impression que son père était presque un être humain. Presque un père."  

lundi 6 juillet 2026

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Cité des Jarres

Arnaldur INDRIDASON

La Cité des Jarres


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture) 
Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L’inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un « truc bête et méchant » qui fait perdre son temps à la police… Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vielle de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la « Cité des Jarres », une abominable collection de bocaux renfermant des organes…

Arnaldur INDRIDASON est né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Arnaldur INDRIDASON a accompli un coup de maître avec son premier roman policier, déjà traduit en plus de vint langues


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :)Les mots avaient été écrits au crayon à papier sur une feuille déposée sur le cadavre.

(Dernière phrase :)
- Audur, répondit-il. Il me semble que ce serait une bonne idée de l’appeler Audur.


327 pages – Editions Métailié juin 2005


(Aide mémoire perso :) 

Pourquoi l'inspecteur Erlendur use-t-il sa mauvaise humeur à rechercher l'assassin d'un vieil homme dans l'ordinateur duquel on découvre des photos pornographiques immondes et, coincée sous un tiroir, la photo de la tombe d'une enfant de quatre ans ?

Pourquoi mettre toute son énergie à trouver qui a tué celui qui s'avère être un violeur ? Pourquoi faire exhumer avec quarante ans de retard le cadavre de cette enfant ? Comment résister à l'odeur des marais qui envahit tout un quartier de Reykjavik ?

A quoi sert cette collection de bocaux contenant des organes baptisée pudiquement la Cité des Jarres ? Pourquoi partout dans le monde la vie de flic est toujours une vie de chien mal nourri ? Erlendur le colérique s'obstine à tenter de trouver les réponses à toutes ces questions.


Ce livre écrit avec une grande économie de moyens transmet le douloureux sens de l'inéluctable qui sous-tend les vieilles sagas qu'au Moyen Age les Islandais se racontaient pendant les longues nuits d'hiver. Il reprend leur humour sardonique, l'acceptation froide des faits et de leurs conséquences lointaines. 

La Cité des Jarres a obtenu le prestigieux prix Clé de Verre du roman noir scandinave. Il figure en tête des listes des best-sellers en Allemagne et en Angleterre.  

mercredi 26 juillet 2023

Lectures Arnaldur INDRIDASON-Hiver arctique



Arnaldur INDRIDASON

Hiver arctique 

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY 

(4ème de couverture)  
Le corps d’un petit garçon était couché dans la neige lorsque la voiture d’Erlendur est arrivée au pied de l’immeuble de banlieue, en cette fin d’après-midi glaciale de Reykjavik. Il avait douze ans, rêvait de forêts, ses parents avaient divorcé et sa mère venait de Thaïlande, son grand frère avait du mal à accepter un pays aussi froid.

Le commissaire Erlendur et son équipe n’ont aucun indice et vont explorer tous les préjugés qu’éveille la présence croissante d’émigrés dans une société fermée. Erlendur est pressé de voir cette enquête aboutir, il néglige ses autres affaires, bouscule cette femme qui pleure au téléphone et manque de philosophie lorsque ses enfants s’obstinent à exiger de lui des explications sur sa vie qu’in n’a aucune envie de donner. La résolution surprenante de ce crime ne sortira pas Erlendur de son pessimisme sur ses contemporains.


Dans cet impressionnant dernier roman, Indridason surprend en nous plongeant dans un monde à la Simenon. Il a reçu pour ce livre et pour la troisième fois le prix Clé de Verre du roman scandinave.


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, publiés dans 37 pays.  


(Les personnages principaux :) 
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind.

(1ere phrase :)
On parvenait à deviner son âge, mais il était plus difficile de se prononcer avec précision sur l’endroit du monde dont il était originaire.

(Dernière phrase :)
Ils fermaient les portes, les fenêtres, tiraient les rideaux en espérant que, bientôt, la vague de froid prendrait fin.


334 pages – Editions Métailié


(Aide mémoire perso :) 

Ça n'aura échappé à personne, le polar nordique a le vent en poupe. Mais si l'effet Millénium est passé par là, il n'en demeure pas moins que d'autres auteurs avaient déjà ouvert la voie, et favorisé ainsi la rencontre avec des pays et des cultures souvent méconnues. On pense bien sûr à Henning Mankell, Gunnar Staalesen, Jo Nesbo pour ne citer qu'eux. Sans oublier bien sûr Arnaldur Indridasson qui s'était fait connaître du grand public avec La Cité des jarres, et qui signe avec Hiver arctique, un superbe ouvrage.

Arnaldur Indridason, cousin islandais de Simenon. Dans une narration tout en demi-teinte, aussi sensible et mélancolique que celle de La Femme en ver, l'écrivain mal­mène son héros récurrent, le flic Erlendur, plus las et désemparé que jamais. Une nuit de janvier, de glace et d'angoisse comme il en existe là-bas, est découvert dans une cité de Reykjavík - terrains vagues, immeubles déglingués et misère à tous les étages – le corps d'un enfant d'une dizaine d'années. Signe particulier : il est métis, moitié thaï, moitié islandais. Dans ce minuscule pays, l'arrivée de migrants perturbe certains autochtones, fiers de leur « lignée pure » et convaincus de leur supériorité. Erlendur, le coeur gros, part sur la piste du crime raciste, croise d'autres violences, d'autres disparitions, qui le ramènent encore et encore vers ses propres fêlures, culpabilité en prime : son jeune frère mort dans une tempête alors qu'ils étaient gamins ; ses propres enfants perdus dans la défonce et la haine.


Erlendur, renfrogné, solitaire, s'enfonce dans un cafard noir mais ne se résigne pas. Il lutte contre les foudres hostiles et se bagarre contre son propre désarroi. Arnaldur Indridason, comme à son habitude – avec brio –, mêle les intrigues, le passé et le présent, retourne les situations les plus évidentes et raconte une Islande meurtrie et malgré tout magnifique, à la croisée des ténèbres et de la rédemption. 

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Femme en Vert


Arnaldur INDRIDASON 

La Femme en Vert 


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY

(4ème de couverture)
Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain.


Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d’Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l’hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions. L’enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant, qui met en scène, à la fin de la seconde guerre mondiale, une femme et ses deux enfants. Une femme victime d’un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout.


Voici à nouveau le commissaire Erlendur et ses adjoints Elinborg et Sigurdur Oil dans un récit au rythme et à l’écriture intenses et poignants, aux images fortes et aux personnages attachants et bien construits. La mémoire est comme toujours chez INDRIDASON le pivot de ce roman haletant, qui hante longtemps ses lecteurs.


Un INDRIDASON grand cru !


Pris Clé de Verre 2003 du roman noir scandinave et Prix CWA Gold Dragger 2005 (Grande-Bretagne).


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres ; plusieurs sont des best-sellers internationaux.

(Les personnages principaux :)Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind.

(1ere phrase :)
Il remarqua qu’il s’agissait d’un os humain dès qu’il l’enleva des mains de l’enfant qui le machouillait, assis par terre.


(Dernière phrase :)
Et, quelques minutes plus tard, elle ouvrit les yeux.

298 pages – Editions Métailié


(Aide mémoire perso :) 

Un jour d'anniversaire dans une banlieue de Reykjavik, une enfant suce un objet qui s'avère être un bout d'os humain. Dans ce quartier en pleine reconstruction, un corps a été enfoui environ soixante ans plutôt! Commence alors quatre histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres. Deux sont actuelles, le commissaire Erlendur mène cette enquête avec ses adjoints Elinborg, une des rares femmes de la police islandaise et Sigurdur Oli. Mais Erlendur en plus, doit veiller sur sa fille qui, droguée et enceinte, vient de l'appeler au secours? Mais l'enquête est là, est-elle nécessaire d'ailleurs?

Que s'est-il passé soixante ans avant dans ce qui n'était à l'époque que des résidences d'été ? Les témoins de l'époque sont rares, leurs mémoires sont un peu chancelantes. Les troupes anglaises et américaines ont stationné dans les environs, s'agit-il d'un des leurs?


Une femme sans nom raconte sa vie, ou plutôt son calvaire avec un mari à la violence extrême, elle est mère d'une petite fille handicapée. Nous les retrouverons tout au long de l'enquête quand sa vie deviendra un véritable cauchemar, avec deux enfants de plus et un mari de pire en pire.


Nous rencontrerons aussi Benjamin, riche commerçant : il était le propriétaire de cette maison. Sa sœur raconte à la police que sa fiancée a disparu juste avant son mariage. Quelles en sont les raisons, où est-elle partie? Les archéologues, chargés de sortir le corps de terre, prennent milles précautions, pendant près qu'une semaine, les policiers se posent la question, homme ou femme?


Erlandur, le commissaire est un homme solitaire, son fils le voit rarement et les visites de sa fille se terminent sous un flot de reproches. Pourquoi l'avoir appelé ce soir-là?


La femme, celle des années passées (la mère), épouse martyre, porte le poids de ses fautes. Fille mère d'une fillette handicapée, seule contre un monstre, après deux tentatives de fugues, elle s'est résignée. Ses enfants, Mikkelina et Simon aident leur mère de toutes leurs forces, seul Thomas qui ressemble à son père bénéficie de quelques bontés. Sa famille aura six mois de bonheur quand il sera emprisonné pour vol de vivre dans une base américaine, mais six mois, ce n'est pas long, l'enfer est de retour.


Le style de narration, avec ses nombreux retours en arrière est malgré tout facile à lire, car l'écriture est simple.


Extraits :

"Au cours de ses rares sorties, Simon avait l'impression que son père était presque un être humain. Presque un père." 

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Cité des Jarres

Arnaldur INDRIDASON

La Cité des Jarres


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture) 
Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L’inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un « truc bête et méchant » qui fait perdre son temps à la police… Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vielle de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la « Cité des Jarres », une abominable collection de bocaux renfermant des organes…

Arnaldur INDRIDASON est né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Arnaldur INDRIDASON a accompli un coup de maître avec son premier roman policier, déjà traduit en plus de vint langues


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :)Les mots avaient été écrits au crayon à papier sur une feuille déposée sur le cadavre.

(Dernière phrase :)
- Audur, répondit-il. Il me semble que ce serait une bonne idée de l’appeler Audur.


327 pages – Editions Métailié juin 2005


(Aide mémoire perso :) 

Pourquoi l'inspecteur Erlendur use-t-il sa mauvaise humeur à rechercher l'assassin d'un vieil homme dans l'ordinateur duquel on découvre des photos pornographiques immondes et, coincée sous un tiroir, la photo de la tombe d'une enfant de quatre ans ?

Pourquoi mettre toute son énergie à trouver qui a tué celui qui s'avère être un violeur ? Pourquoi faire exhumer avec quarante ans de retard le cadavre de cette enfant ? Comment résister à l'odeur des marais qui envahit tout un quartier de Reykjavik ?

A quoi sert cette collection de bocaux contenant des organes baptisée pudiquement la Cité des Jarres ? Pourquoi partout dans le monde la vie de flic est toujours une vie de chien mal nourri ? Erlendur le colérique s'obstine à tenter de trouver les réponses à toutes ces questions.


Ce livre écrit avec une grande économie de moyens transmet le douloureux sens de l'inéluctable qui sous-tend les vieilles sagas qu'au Moyen Age les Islandais se racontaient pendant les longues nuits d'hiver. Il reprend leur humour sardonique, l'acceptation froide des faits et de leurs conséquences lointaines.


La Cité des Jarres a obtenu le prestigieux prix Clé de Verre du roman noir scandinave. Il figure en tête des listes des best-sellers en Allemagne et en Angleterre. 

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La voix


Arnaldur INDRIDASON 

La voix 

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY 

(4ème de couverture) 
Le Père Noël a été assassiné juste avant le goûter d’enfants organisé par l’hôtel de luxe envahi de touristes, alors s’il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C’est mal connaître le commissaire Erlendur. Déprimé par les interminables fêtes de fin d’année, il s’installe à l’hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Les visites de sa fille, toujours tentée par la drogue, ses mauvaises fréquentations, permettent au commissaire de progresser dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et surtout il y a cette jolie laborantine tellement troublante qu’ Erlendur lui raconte ses secrets.

Le Père Noël était portier et occupait une petite chambre dans les sous-sols depuis vingt ans, peu avant on lui avait signifié son renvoi. Mais il n’avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Les 45 tours enregistrés par le jeune garçon, cette voix venue d’un autre monde, ouvrent la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs, à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.
Un roman dense et fort qui émeut profondément.


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont plusieurs sont des best-sellers internationaux parmi lesquels La Cité des Jarres (prix Clé de verre du roman noir scandinave, prix Mystère de la critique 2006 et prix Cœur noir) et la Femme en vert (prix Clé de verre du roman noir scandinave 2003 et prix CWA Gold Dagger 2005, Grande-Bretagne).


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :) Elinborg les attendait à l’hôtel. 

(Dernière phrase :) Ô Père, de moi faites une petite flamme en cette brève existence…

330 pages – Editions Métailié 2007 


(Aide mémoire perso :) 

Dans un hôtel de luxe de Reykjavik, un portier faisait office de père Noël pour la période des fêtes de fin d’année est retrouvé assassiné à coups de couteau dans un cagibi qui lui servait de « chambre » depuis plusieurs années, dans la cave de l’établissement. Il est en outre dans une posture délicate, avec un préservatif sur lequel on relève des traces de salive. Il venait aussi d’être licencié. L’enquête, menée par l’inspecteur Erlendur, à la vie personnelle assez chaotique, fait vite apparaître que la victime est un ancien « enfant star » à la Shirley Temple, à savoir qu’il avait, étant jeune, une voix merveilleuse qui lui a permis de connaître une célébrité aussi grande que fugitive, à cause d’une mue précoce. Ses rapports avec un père tyrannique ont contribué à faire de sa vie un enfer et un échec total (cet aspect de l’action est mis en relief par une enquête parallèle sur un cas de violences à enfant, pour souligner que le problème est toujours actuel). On trouve également trace d’un rendez-vous qu’il a eu, la veille de son décès, avec un Anglais grand collectionneur de disques rares mais qui a aussi eu maille à partir avec la Justice pour des affaires de pédophilie. La suite de l’enquête fait apparaître nombre de turpitudes : mensonges grands et petits, secrets de famille, trafics en tous genres, chantages, jalousies, etc. Mais le secret de l’énigme est surtout le manque d’amour, l’indifférence à autrui et à son individualité, dans un monde cruel et cynique. Le livre met tout cela en relief mais sans négliger, bien au contraire, une analyse des mécanismes psychologiques qui en sont la cause et sont à base de traumatismes et de refoulement. Que faisons-nous de nos enfants, ne cesse de nous demander l’auteur, en déployant de multiples et subtiles variations sur ce thème. C’est dire qu’on dépasse de beaucoup, comme souvent maintenant, le roman policier au sens strict au profit d’un livre passionnant, enrichissant et émouvant, bien écrit. Félicitons aussi l’éditeur d’avoir respecté, après La Cité des Jarres et la Femme en vert, l’ordre de publication des aventures de l’inspecteur Erlendur en langue originale (c‘est si rare qu’on est obligé de le mentionner spécialement) : la cohérence du personnage apparaît ainsi à la fois graduellement et de façon fort convaincante. 

dimanche 23 juillet 2023

Lectures Arnaldur INDRIDASON-L’Homme du lac


Arnaldur INDRIDASON

L’Homme du lac

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture)
En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s’intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l’enquête vers les ambassades des pays de l’ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l’Est, pendant la guerre froide. Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l’absurdité d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment.


Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l’amour fidèle d’une crémière abandonnée, s’obstinera à remonter la piste de l’homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.


Indridasson nous raconte une magnifique histoire d’amour victime de la cruauté de l’histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante.


Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007) et la Femme en vert 2003, (Gold Dagger 2005 GB et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007).


(Les personnages principaux :)
Erlendur, Elinborg, Sigurdur Oli, Valgerdur, Sindri, Eva Lind, Hannes, Lothar Weiser, Thomas, Emil, Ilona.


(1ere phrase :)
Elle resta longtemps immobile à scruter les ossements comme s’ils n’avaient pas dû se trouver là.

(Dernière phrase :)
-Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru, murmura Erlendur, et ses mots s’envolèrent par-delà le lac, emportés par le vent du nord.

348 pages – Editions Métailié juin 2004


(Aide mémoire perso :) 

C’est l’été en Islande. Le jour est interminable et le soleil ne se couche jamais complètement, contrairement à l’hiver où il est carrément absent. Suite à un tremblement de terre, le niveau du lac de Kleifarvatn a baissé et un squelette gisant au fond depuis quelques décennies est découvert. À son pied est attaché un émetteur radio d’origine russe qui devrait dater des années 60.

Avec L’homme du lac, on découvre un Arnaldur Indridason qui maîtrise de plus en plus la mise en scène et l’intégration d’une histoire particulière dans un contexte social. Il s’est attaqué cette fois à la guerre froide, à l’état d’extrême tension en Allemagne de l’est suite à la révolte de Hongrie dans les années 50. À la paranoïa d’une part et à l’oppression de l’autre, que certains élèves Islandais – la plupart peu enclin à suivre un code de conduite extrême pour le parti communiste – ont subi malgré eux.


En remontant dans le passé, en racontant une époque absurde, révolue mais pourtant bien ancrée dans la mémoire de certains, Indridason nous entraîne vers la découverte d’une identité, celle d’un inconnu repêché dans un lac. Si au départ cette identité n’a aucune importance, elle devient peu à peu le centre du roman. Là réside tout le talent de l’auteur.


Après La Cité des jarres, La Femme en vert et La Voix, les sujets changent, mais le thème cher à l’auteur reste le même: entreprendre une enquête dans le passé pour déterrer un drame et surtout retrouver les origines d’un disparu pour qu’il puisse «dormir» en paix. Par le biais de l’enquête menée par le commissaire Erlendur – un homme taciturne et solitaire, le parfait exemple de l’antihéros avec ses problèmes familiaux, son passé lui-même complexe, sa fille et son fils qu’il apprend tranquillement à connaître – on découvre tranquillement toute une époque, celle de la guerre froide et de ses retombées en Islande, précisément auprès des étudiants partis en Allemagne de l’est.

L’auteur semble utiliser le roman policier pour faire une critique de la société, de la difficulté qu’ont les Islandais à y vivre normalement, peut-être à cause de la dureté du climat. Notre intérêt ne cesse de croître pour ce récit complexe, ces personnages touchants. Une enquête menée lentement, qui réussit à nous habiter entièrement. On veut savoir, on veut découvrir, tout comme Erlendur, la nature exacte de cette mort inexpliquée. Pourtant, ces investigations ne se réaliseront pas sans une bonne dose de drame humain et son lot de souffrances, probablement la signature de l’auteur. 

vendredi 3 septembre 2021

Lectures Arnaldur INDRIDASON-L’Homme du lac



Arnaldur INDRIDASON

L’Homme du lac

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture)
En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s’intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l’enquête vers les ambassades des pays de l’ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l’Est, pendant la guerre froide. Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l’absurdité d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment.


Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l’amour fidèle d’une crémière abandonnée, s’obstinera à remonter la piste de l’homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.


Indridasson nous raconte une magnifique histoire d’amour victime de la cruauté de l’histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante.


Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007) et la Femme en vert 2003, (Gold Dagger 2005 GB et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007).


(Les personnages principaux :)
Erlendur, Elinborg, Sigurdur Oli, Valgerdur, Sindri, Eva Lind, Hannes, Lothar Weiser, Thomas, Emil, Ilona.


(1ere phrase :)
Elle resta longtemps immobile à scruter les ossements comme s’ils n’avaient pas dû se trouver là.

(Dernière phrase :)
-Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru, murmura Erlendur, et ses mots s’envolèrent par-delà le lac, emportés par le vent du nord.

348 pages – Editions Métailié juin 2004


(Aide mémoire perso :) 

C’est l’été en Islande. Le jour est interminable et le soleil ne se couche jamais complètement, contrairement à l’hiver où il est carrément absent. Suite à un tremblement de terre, le niveau du lac de Kleifarvatn a baissé et un squelette gisant au fond depuis quelques décennies est découvert. À son pied est attaché un émetteur radio d’origine russe qui devrait dater des années 60.

Avec L’homme du lac, on découvre un Arnaldur Indridason qui maîtrise de plus en plus la mise en scène et l’intégration d’une histoire particulière dans un contexte social. Il s’est attaqué cette fois à la guerre froide, à l’état d’extrême tension en Allemagne de l’est suite à la révolte de Hongrie dans les années 50. À la paranoïa d’une part et à l’oppression de l’autre, que certains élèves Islandais – la plupart peu enclin à suivre un code de conduite extrême pour le parti communiste – ont subi malgré eux.


En remontant dans le passé, en racontant une époque absurde, révolue mais pourtant bien ancrée dans la mémoire de certains, Indridason nous entraîne vers la découverte d’une identité, celle d’un inconnu repêché dans un lac. Si au départ cette identité n’a aucune importance, elle devient peu à peu le centre du roman. Là réside tout le talent de l’auteur.


Après La Cité des jarres, La Femme en vert et La Voix, les sujets changent, mais le thème cher à l’auteur reste le même: entreprendre une enquête dans le passé pour déterrer un drame et surtout retrouver les origines d’un disparu pour qu’il puisse «dormir» en paix. Par le biais de l’enquête menée par le commissaire Erlendur – un homme taciturne et solitaire, le parfait exemple de l’antihéros avec ses problèmes familiaux, son passé lui-même complexe, sa fille et son fils qu’il apprend tranquillement à connaître – on découvre tranquillement toute une époque, celle de la guerre froide et de ses retombées en Islande, précisément auprès des étudiants partis en Allemagne de l’est.


L’auteur semble utiliser le roman policier pour faire une critique de la société, de la difficulté qu’ont les Islandais à y vivre normalement, peut-être à cause de la dureté du climat. Notre intérêt ne cesse de croître pour ce récit complexe, ces personnages touchants. Une enquête menée lentement, qui réussit à nous habiter entièrement. On veut savoir, on veut découvrir, tout comme Erlendur, la nature exacte de cette mort inexpliquée. Pourtant, ces investigations ne se réaliseront pas sans une bonne dose de drame humain et son lot de souffrances, probablement la signature de l’auteur.

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La voix

 


Arnaldur INDRIDASON 

La voix 

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY 

(4ème de couverture) 
Le Père Noël a été assassiné juste avant le goûter d’enfants organisé par l’hôtel de luxe envahi de touristes, alors s’il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C’est mal connaître le commissaire Erlendur. Déprimé par les interminables fêtes de fin d’année, il s’installe à l’hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Les visites de sa fille, toujours tentée par la drogue, ses mauvaises fréquentations, permettent au commissaire de progresser dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et surtout il y a cette jolie laborantine tellement troublante qu’ Erlendur lui raconte ses secrets.

Le Père Noël était portier et occupait une petite chambre dans les sous-sols depuis vingt ans, peu avant on lui avait signifié son renvoi. Mais il n’avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Les 45 tours enregistrés par le jeune garçon, cette voix venue d’un autre monde, ouvrent la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs, à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.
Un roman dense et fort qui émeut profondément.


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont plusieurs sont des best-sellers internationaux parmi lesquels La Cité des Jarres (prix Clé de verre du roman noir scandinave, prix Mystère de la critique 2006 et prix Cœur noir) et la Femme en vert (prix Clé de verre du roman noir scandinave 2003 et prix CWA Gold Dagger 2005, Grande-Bretagne).


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :) Elinborg les attendait à l’hôtel. 

(Dernière phrase :) Ô Père, de moi faites une petite flamme en cette brève existence…

330 pages – Editions Métailié 2007 


(Aide mémoire perso :) 
Dans un hôtel de luxe de Reykjavik, un portier faisait office de père Noël pour la période des fêtes de fin d’année est retrouvé assassiné à coups de couteau dans un cagibi qui lui servait de « chambre » depuis plusieurs années, dans la cave de l’établissement. Il est en outre dans une posture délicate, avec un préservatif sur lequel on relève des traces de salive. Il venait aussi d’être licencié. L’enquête, menée par l’inspecteur Erlendur, à la vie personnelle assez chaotique, fait vite apparaître que la victime est un ancien « enfant star » à la Shirley Temple, à savoir qu’il avait, étant jeune, une voix merveilleuse qui lui a permis de connaître une célébrité aussi grande que fugitive, à cause d’une mue précoce. Ses rapports avec un père tyrannique ont contribué à faire de sa vie un enfer et un échec total (cet aspect de l’action est mis en relief par une enquête parallèle sur un cas de violences à enfant, pour souligner que le problème est toujours actuel). On trouve également trace d’un rendez-vous qu’il a eu, la veille de son décès, avec un Anglais grand collectionneur de disques rares mais qui a aussi eu maille à partir avec la Justice pour des affaires de pédophilie. La suite de l’enquête fait apparaître nombre de turpitudes : mensonges grands et petits, secrets de famille, trafics en tous genres, chantages, jalousies, etc. Mais le secret de l’énigme est surtout le manque d’amour, l’indifférence à autrui et à son individualité, dans un monde cruel et cynique. Le livre met tout cela en relief mais sans négliger, bien au contraire, une analyse des mécanismes psychologiques qui en sont la cause et sont à base de traumatismes et de refoulement. Que faisons-nous de nos enfants, ne cesse de nous demander l’auteur, en déployant de multiples et subtiles variations sur ce thème. C’est dire qu’on dépasse de beaucoup, comme souvent maintenant, le roman policier au sens strict au profit d’un livre passionnant, enrichissant et émouvant, bien écrit. Félicitons aussi l’éditeur d’avoir respecté, après La Cité des Jarres et la Femme en vert, l’ordre de publication des aventures de l’inspecteur Erlendur en langue originale (c‘est si rare qu’on est obligé de le mentionner spécialement) : la cohérence du personnage apparaît ainsi à la fois graduellement et de façon fort convaincante.

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Cité des Jarres

 

Arnaldur INDRIDASON

La Cité des Jarres


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture) 
Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L’inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un « truc bête et méchant » qui fait perdre son temps à la police… Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vielle de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la « Cité des Jarres », une abominable collection de bocaux renfermant des organes…

Arnaldur INDRIDASON est né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Arnaldur INDRIDASON a accompli un coup de maître avec son premier roman policier, déjà traduit en plus de vint langues


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :)Les mots avaient été écrits au crayon à papier sur une feuille déposée sur le cadavre.

(Dernière phrase :)
- Audur, répondit-il. Il me semble que ce serait une bonne idée de l’appeler Audur.


327 pages – Editions Métailié juin 2005


(Aide mémoire perso :) 

Pourquoi l'inspecteur Erlendur use-t-il sa mauvaise humeur à rechercher l'assassin d'un vieil homme dans l'ordinateur duquel on découvre des photos pornographiques immondes et, coincée sous un tiroir, la photo de la tombe d'une enfant de quatre ans ?

Pourquoi mettre toute son énergie à trouver qui a tué celui qui s'avère être un violeur ? Pourquoi faire exhumer avec quarante ans de retard le cadavre de cette enfant ? Comment résister à l'odeur des marais qui envahit tout un quartier de Reykjavik ?

A quoi sert cette collection de bocaux contenant des organes baptisée pudiquement la Cité des Jarres ? Pourquoi partout dans le monde la vie de flic est toujours une vie de chien mal nourri ? Erlendur le colérique s'obstine à tenter de trouver les réponses à toutes ces questions.


Ce livre écrit avec une grande économie de moyens transmet le douloureux sens de l'inéluctable qui sous-tend les vieilles sagas qu'au Moyen Age les Islandais se racontaient pendant les longues nuits d'hiver. Il reprend leur humour sardonique, l'acceptation froide des faits et de leurs conséquences lointaines.


La Cité des Jarres a obtenu le prestigieux prix Clé de Verre du roman noir scandinave. Il figure en tête des listes des best-sellers en Allemagne et en Angleterre.

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Femme en Vert


Arnaldur INDRIDASON 

La Femme en Vert 


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY

(4ème de couverture)
Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain.


Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d’Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l’hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions. L’enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant, qui met en scène, à la fin de la seconde guerre mondiale, une femme et ses deux enfants. Une femme victime d’un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout.


Voici à nouveau le commissaire Erlendur et ses adjoints Elinborg et Sigurdur Oil dans un récit au rythme et à l’écriture intenses et poignants, aux images fortes et aux personnages attachants et bien construits. La mémoire est comme toujours chez INDRIDASON le pivot de ce roman haletant, qui hante longtemps ses lecteurs.


Un INDRIDASON grand cru !


Pris Clé de Verre 2003 du roman noir scandinave et Prix CWA Gold Dragger 2005 (Grande-Bretagne).


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres ; plusieurs sont des best-sellers internationaux.

(Les personnages principaux :)Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind.

(1ere phrase :)
Il remarqua qu’il s’agissait d’un os humain dès qu’il l’enleva des mains de l’enfant qui le machouillait, assis par terre.


(Dernière phrase :)
Et, quelques minutes plus tard, elle ouvrit les yeux.
298 pages – Editions Métailié


(Aide mémoire perso :) 

Un jour d'anniversaire dans une banlieue de Reykjavik, une enfant suce un objet qui s'avère être un bout d'os humain. Dans ce quartier en pleine reconstruction, un corps a été enfoui environ soixante ans plutôt! Commence alors quatre histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres. Deux sont actuelles, le commissaire Erlendur mène cette enquête avec ses adjoints Elinborg, une des rares femmes de la police islandaise et Sigurdur Oli. Mais Erlendur en plus, doit veiller sur sa fille qui, droguée et enceinte, vient de l'appeler au secours? Mais l'enquête est là, est-elle nécessaire d'ailleurs?

Que s'est-il passé soixante ans avant dans ce qui n'était à l'époque que des résidences d'été ? Les témoins de l'époque sont rares, leurs mémoires sont un peu chancelantes. Les troupes anglaises et américaines ont stationné dans les environs, s'agit-il d'un des leurs?


Une femme sans nom raconte sa vie, ou plutôt son calvaire avec un mari à la violence extrême, elle est mère d'une petite fille handicapée. Nous les retrouverons tout au long de l'enquête quand sa vie deviendra un véritable cauchemar, avec deux enfants de plus et un mari de pire en pire.


Nous rencontrerons aussi Benjamin, riche commerçant : il était le propriétaire de cette maison. Sa sœur raconte à la police que sa fiancée a disparu juste avant son mariage. Quelles en sont les raisons, où est-elle partie? Les archéologues, chargés de sortir le corps de terre, prennent milles précautions, pendant près qu'une semaine, les policiers se posent la question, homme ou femme?


Erlandur, le commissaire est un homme solitaire, son fils le voit rarement et les visites de sa fille se terminent sous un flot de reproches. Pourquoi l'avoir appelé ce soir-là?


La femme, celle des années passées (la mère), épouse martyre, porte le poids de ses fautes. Fille mère d'une fillette handicapée, seule contre un monstre, après deux tentatives de fugues, elle s'est résignée. Ses enfants, Mikkelina et Simon aident leur mère de toutes leurs forces, seul Thomas qui ressemble à son père bénéficie de quelques bontés. Sa famille aura six mois de bonheur quand il sera emprisonné pour vol de vivre dans une base américaine, mais six mois, ce n'est pas long, l'enfer est de retour.


Le style de narration, avec ses nombreux retours en arrière est malgré tout facile à lire, car l'écriture est simple.


Extraits :
"Au cours de ses rares sorties, Simon avait l'impression que son père était presque un être humain. Presque un père."

vendredi 27 mars 2020

Lectures Arnaldur INDRIDASON-Hiver arctique





Arnaldur INDRIDASON


Hiver arctique 

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY 

(4ème de couverture)  
Le corps d’un petit garçon était couché dans la neige lorsque la voiture d’Erlendur est arrivée au pied de l’immeuble de banlieue, en cette fin d’après-midi glaciale de Reykjavik. Il avait douze ans, rêvait de forêts, ses parents avaient divorcé et sa mère venait de Thaïlande, son grand frère avait du mal à accepter un pays aussi froid.

Le commissaire Erlendur et son équipe n’ont aucun indice et vont explorer tous les préjugés qu’éveille la présence croissante d’émigrés dans une société fermée. Erlendur est pressé de voir cette enquête aboutir, il néglige ses autres affaires, bouscule cette femme qui pleure au téléphone et manque de philosophie lorsque ses enfants s’obstinent à exiger de lui des explications sur sa vie qu’in n’a aucune envie de donner. La résolution surprenante de ce crime ne sortira pas Erlendur de son pessimisme sur ses contemporains.


Dans cet impressionnant dernier roman, Indridason surprend en nous plongeant dans un monde à la Simenon. Il a reçu pour ce livre et pour la troisième fois le prix Clé de Verre du roman scandinave.


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, publiés dans 37 pays.  


(Les personnages principaux :) 
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind.

(1ere phrase :)
On parvenait à deviner son âge, mais il était plus difficile de se prononcer avec précision sur l’endroit du monde dont il était originaire.
(Dernière phrase :)
Ils fermaient les portes, les fenêtres, tiraient les rideaux en espérant que, bientôt, la vague de froid prendrait fin.


334 pages – Editions Métailié


(Aide mémoire perso :) 

Ça n'aura échappé à personne, le polar nordique a le vent en poupe. Mais si l'effet Millénium est passé par là, il n'en demeure pas moins que d'autres auteurs avaient déjà ouvert la voie, et favorisé ainsi la rencontre avec des pays et des cultures souvent méconnues. On pense bien sûr à Henning Mankell, Gunnar Staalesen, Jo Nesbo pour ne citer qu'eux. Sans oublier bien sûr Arnaldur Indridasson qui s'était fait connaître du grand public avec La Cité des jarres, et qui signe avec Hiver arctique, un superbe ouvrage.

Arnaldur Indridason, cousin islandais de Simenon. Dans une narration tout en demi-teinte, aussi sensible et mélancolique que celle de La Femme en ver, l'écrivain mal­mène son héros récurrent, le flic Erlendur, plus las et désemparé que jamais. Une nuit de janvier, de glace et d'angoisse comme il en existe là-bas, est découvert dans une cité de Reykjavík - terrains vagues, immeubles déglingués et misère à tous les étages – le corps d'un enfant d'une dizaine d'années. Signe particulier : il est métis, moitié thaï, moitié islandais. Dans ce minuscule pays, l'arrivée de migrants perturbe certains autochtones, fiers de leur « lignée pure » et convaincus de leur supériorité. Erlendur, le coeur gros, part sur la piste du crime raciste, croise d'autres violences, d'autres disparitions, qui le ramènent encore et encore vers ses propres fêlures, culpabilité en prime : son jeune frère mort dans une tempête alors qu'ils étaient gamins ; ses propres enfants perdus dans la défonce et la haine.


Erlendur, renfrogné, solitaire, s'enfonce dans un cafard noir mais ne se résigne pas. Il lutte contre les foudres hostiles et se bagarre contre son propre désarroi. Arnaldur Indridason, comme à son habitude – avec brio –, mêle les intrigues, le passé et le présent, retourne les situations les plus évidentes et raconte une Islande meurtrie et malgré tout magnifique, à la croisée des ténèbres et de la rédemption.

Lectures Arnaldur INDRIDASON-L’Homme du lac



Arnaldur INDRIDASON

L’Homme du lac
Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture)
En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s’intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l’enquête vers les ambassades des pays de l’ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l’Est, pendant la guerre froide. Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l’absurdité d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment.


Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l’amour fidèle d’une crémière abandonnée, s’obstinera à remonter la piste de l’homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.


Indridasson nous raconte une magnifique histoire d’amour victime de la cruauté de l’histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante.


Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007) et la Femme en vert 2003, (Gold Dagger 2005 GB et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007).


(Les personnages principaux :)
Erlendur, Elinborg, Sigurdur Oli, Valgerdur, Sindri, Eva Lind, Hannes, Lothar Weiser, Thomas, Emil, Ilona.


(1ere phrase :)
Elle resta longtemps immobile à scruter les ossements comme s’ils n’avaient pas dû se trouver là.
(Dernière phrase :)
-Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru, murmura Erlendur, et ses mots s’envolèrent par-delà le lac, emportés par le vent du nord.
348 pages – Editions Métailié juin 2004


(Aide mémoire perso :) 

C’est l’été en Islande. Le jour est interminable et le soleil ne se couche jamais complètement, contrairement à l’hiver où il est carrément absent. Suite à un tremblement de terre, le niveau du lac de Kleifarvatn a baissé et un squelette gisant au fond depuis quelques décennies est découvert. À son pied est attaché un émetteur radio d’origine russe qui devrait dater des années 60.

Avec L’homme du lac, on découvre un Arnaldur Indridason qui maîtrise de plus en plus la mise en scène et l’intégration d’une histoire particulière dans un contexte social. Il s’est attaqué cette fois à la guerre froide, à l’état d’extrême tension en Allemagne de l’est suite à la révolte de Hongrie dans les années 50. À la paranoïa d’une part et à l’oppression de l’autre, que certains élèves Islandais – la plupart peu enclin à suivre un code de conduite extrême pour le parti communiste – ont subi malgré eux.


En remontant dans le passé, en racontant une époque absurde, révolue mais pourtant bien ancrée dans la mémoire de certains, Indridason nous entraîne vers la découverte d’une identité, celle d’un inconnu repêché dans un lac. Si au départ cette identité n’a aucune importance, elle devient peu à peu le centre du roman. Là réside tout le talent de l’auteur.


Après La Cité des jarres, La Femme en vert et La Voix, les sujets changent, mais le thème cher à l’auteur reste le même: entreprendre une enquête dans le passé pour déterrer un drame et surtout retrouver les origines d’un disparu pour qu’il puisse «dormir» en paix. Par le biais de l’enquête menée par le commissaire Erlendur – un homme taciturne et solitaire, le parfait exemple de l’antihéros avec ses problèmes familiaux, son passé lui-même complexe, sa fille et son fils qu’il apprend tranquillement à connaître – on découvre tranquillement toute une époque, celle de la guerre froide et de ses retombées en Islande, précisément auprès des étudiants partis en Allemagne de l’est.


L’auteur semble utiliser le roman policier pour faire une critique de la société, de la difficulté qu’ont les Islandais à y vivre normalement, peut-être à cause de la dureté du climat. Notre intérêt ne cesse de croître pour ce récit complexe, ces personnages touchants. Une enquête menée lentement, qui réussit à nous habiter entièrement. On veut savoir, on veut découvrir, tout comme Erlendur, la nature exacte de cette mort inexpliquée. Pourtant, ces investigations ne se réaliseront pas sans une bonne dose de drame humain et son lot de souffrances, probablement la signature de l’auteur.

Lectures Arnaldur INDRIDASON La rivière noire



Arnaldur INDRIDASON


La rivière noire

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY

(4ème de couverture)
Dans un appartement à proximité du centre-ville, un jeune homme gît, mort, dans un bain de sang. Pas le moindre signe d’effraction ou de lutte, aucune arme du crime, rien que cette entaille en travers de la gorge de la victime, entaille que le légiste qualifie de douce, presque féminine. Dans la poche de sa veste, des cachets de Rohypnol, la drogue du viol… Il semblerait que Runolfur ait agressé une femme et que celle-ci se soit ensuite vengée.
Un châle pourpre trouvé sous le lit dégage un parfum puissant et inhabituel d’épices, qui va mettre Elinborg, l’adjointe d’Erlendur et cuisinière émérite, sur la piste d’une jeune femme. Mais celle-ci ne se souvient de rien, et bien qu’elle soit persuadée d’avoir commis ce meurtre rien ne permet vraiment de le prouver. Des indices orientent les inspecteurs vers d’autres sévices soigneusement tenus secrets.

En l’absence du commissaire Erlendur, parti en vacances, toute l’équipe va s’employer à comprendre le fonctionnement de la violence sexuelle, de la souffrance devant des injustices qui ne seront jamais entièrement réparées, et découvrir la rivière noire qui coule au fond de chacun.

Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961. Diplômé en histoire, il est journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs couronnés de nombreux prix prestigieux, publiés dans 37 pays.

(Les personnages principaux :)
Elinborg et Sigurdur Oil, Nina, Konrad, Valdimar.

(1ere phrase :)
Il enfila un jeans noir, une chemise blanche et une veste confortable, mit ses chaussures les plus élégantes, achetées trois ans plus tôt, et réfléchit aux lieux de distraction que l’une de ces femmes avait évoqués.
(Dernière phrase :)
ELinborg vit le battant se refermer derrière eux et s’endormit enfin, animée d’une unique certitude : cette porte était close à jamais.
299 pages – Editions Métailié 2008 (2011 pour la traduction française)

(Aide mémoire perso :)
Pas d’Erlendur Sveinsson dans ce volume, ce qui signifie qu’on n’en saura pas plus sur les obsessions du placide commissaire islandais ni sur l’évolution de ses chaotiques relations avec ses enfants. La chose étant posée, on a donc affaire à un roman plus recentré sur l’intrigue policière à proprement parler mais comme Indridason s’intéresse au premier chef, à ses personnages, on va en savoir un peu plus sur Elinborg, la collègue du héros récurrent absent de cette rivière noire, notamment sur ses propres sources de malaise et sur sa psychologie de femme bien sous toutes les coutures. Apparemment…

Le roman s’ouvre sur les protagonistes, victimes ou acteurs présumés, du crime. Un jeune trentenaire sort dans la nuit de Reykjavik. Il se rend dans un bar plutôt branché et apprécié par les noceurs de la capitale. Chasseur comme tant de célibataires de là-bas ou d’ici, il repère celle sur qui il entend jeté son dévolu pour une soirée dont l’issue semble évidente. Las, Runolfur, le séducteur en question, est retrouvé chez lui mort. On lui a tranché la gorge d’un geste sûr et il s’est vidé de son sang. Elinborg, dépêchée sur les lieux, constate qu’il n’y a aucune trace de lutte mais que le jeune homme possède du Rohypnol, la drogue du viol. La victime se serait-elle vengée de son bourreau ? Cela fait certes peu mais en fouillant plus minutieusement le domicile de Runolfur, l’enquêtrice met la main sur un châle dont certaines odeurs ne lui sont pas inconnues. En effet, l’étole dégage le parfum du tandoori et, amatrice de cuisine indienne, Elinborg va alors creuser dans cette direction.

S’intéressant, comme dans tout roman procédural, à la personnalité du défunt, la policière va se rendre dans le village d’où il était originaire, interroger sa mère, femme au caractère rigide et limite indifférente face à la mort horrible de son fils unique, rencontrer ceux qui l’ont connu dans sa jeunesse puis, à Reykjavik cette fois, parler avec son employeur, les différentes clientes -Runolfur travaillait pour une entreprise de télécom et intervenait chez les particuliers pour installer ou dépanner leurs lignes- avec qui il a eu des contacts, chercher auprès de son unique ami des clés lui permettant d’ouvrir les portes de la vérité…

Indridason s’était, volontairement ou pas, engagé dans une entreprise bien compliquée en se privant de son personnage principal pour ce septième tome traduit en français. Il risquait de décevoir ceux qui le lisent depuis longtemps en amputant son œuvre d’un de ses importants aspects romanesques tant le parcours de son héros ponctuait chacune des enquêtes qu’il devait mener à bien. Pourtant, agréable surprise, l’Islandais gagne son pari de façon plus qu’honorable et prouve ainsi que l’intérêt de ce qu’il construit ne se résume pas à ce commissaire taiseux et légèrement handicapé du point de vue affectif. En focalisant la rivière noire sur Elingborg, non seulement il oriente notre lecture sous un angle féminin mais nous permet d’appréhender plus encore ce caractère pétri d’humanité sincère dont il fait montre à l’égard de tous les protagonistes de ses romans.

En effet, Indridason, qui est bien loin des bons sentiments puérils ou d’un manichéisme qui tendrait à une simplification à l’extrême des choses, interroge cette part de nous-même qu’on essaie de taire tant elle nous effraie ou évoque cette insondable solitude qu’on ressent face aux événements qui nous échappent. Comment ne pas comprendre le désir de vengeance de ces femmes violées qui, non seulement ont subi l’horreur, mais doivent affronter un avenir où, immanquablement, le sentiment de culpabilité les étreindra ?

Elinborg, quant à elle, doit pourtant, au milieu de toute cette détresse, s’acquitter de la tâche pour laquelle elle est dévolue, quitte à délaisser sa propre famille et ne pas voir qu’au sein d’un foyer qu’elle percevait comme un refuge et dont elle était si fière, les choses, là aussi, bougent et qu’elle ne saisit pas tout à fait la nature de ces changements. Bien sûr, les préoccupations de cette héroïne provisoire peuvent paraître étonnamment banales et ses centres d’intérêt – la cuisine- un peu plats et aux antipodes du personnage déjanté qu’on aime parfois trouver dans un roman noir mais il n’en demeure pas moins qu’Indridason, par une écriture moins lente qu’à l’habitude, notamment grâce à des dialogues souvent bien percutants et un sens du récit à l’intrigue qui rebondit autour de beaux personnages meurtris, a composé un volume de très bon niveau.