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samedi 22 février 2020

Ma vie d’expat’ en … France

Ma vie d’expat’ en … France

Le témoignage d’Ernst, Néerlandais expatrié dans la Drôme avec sa femme : « Nous n’avons aucun regret. Si je dis « chez nous », je pense à mon village français et pas à mon pays d’origine. »


Drôme provençale by Isabelle Barrhuet–CC BY-NC-ND 2.0

Une petite présentation ?
Je m’appelle Ernest, né Ernst en 1948, donc retraité. Même métier que Laurent, ou presque : consultant informatique. Marié assez jeune, j’ai deux enfants, 7 petits-enfants. Ma femme est photographe naturaliste et « petite paysanne », toujours pleine de projets, de préférence dehors.

Pourquoi être parti ?
Aux Pays-Bas, depuis la fin de mes études, ma femme et moi avons vécu dans des villages de plus en plus petits. On pourrait penser : ambiance tranquille, mais en réalité, pour nous la pression de la densité de gens autour de nous était une des raisons principales pour émigrer. De plus, le paysage ici est tellement beau, chaque sortie pour faire des courses ou autre devoir est une petite fête : la montagne, la vue, les falaises, les pierres, (on ne dit pas sans raison « où la terre montre l’os ») et bien sûr aussi un soleil dans un ciel bleu.

Nous avons découvert un hameau, une commune de gens ouverts et accueillants et notre vie sociale est plus développée qu’aux Pays-Bas. Évidemment, il faut faire l’effort de parler la langue locale, même s’il y a d’autres nationalités présentes – on ne veut pas s’enfermer dans un ghetto.

La fiscalité n’a joué aucun rôle. La France et les Pays-Bas ont conclu un traité pour éviter les impôts doubles. Par conséquence, nos pensions venant de l’État néerlandais sont taxées aux Pays-Bas et mes revenus du fonds de retraite, ainsi que tout revenu français (par exemple – le loyer d’un gîte) sont taxés en France. Les deux pays calculent notre « revenu mondial » pour déterminer le tarif applicable. Impossible de savoir si je paye plus d’impôt dans la situation actuelle que si j’étais resté aux Pays Bas.

Pourquoi avoir choisi la France, pourquoi la Drôme ?
Dans les années 1990 nous sommes partis plusieurs fois en vacances dans les Antilles françaises : Martinique, Guadeloupe, et à un moment donné nous avions eu vraiment envie de nous y installer, mais le travail et notre compte bancaire ne l’ont pas permis. L’Extremadura, à l’intérieur de l’Espagne aussi avec une nature extraordinaire, était la favorite, mais la chaleur de l’été et la distance (2 jours en voiture) nous ont fait changer d’avis. Puis, la Drôme, un pays caléidoscopique, nous a séduits. À un seul jour d’autoroute ou de TGV de distance des parents, enfants et petits-enfants, c’est une région avec une nature très riche, assez sauvage, qui a répondu à tous nos besoins.


Drôme provençale by Pascal Vuylsteker–CC BY-SA 2.0

Avez-vous eu des doutes ? Comment les avez-vous gérés ?
Le souhait d’émigrer existait déjà longtemps, mais en tant que co-fondateur de l’entreprise où je travaillais, ce n’était pas possible de partir avant de l’avoir vendue. Un management buyout – un trio de nos jeunes consultants nous ont proposé de racheter la société – déclencha la possibilité de partir.

Nous avons commencé par louer un gîte de fin septembre à mi-décembre, pour faire l’expérience de la vie quotidienne hors été et vacances, travaillant à distance. Entretemps nous avons épluché les offres de maisons, d’abord sur internet. En avril suivant nous étions de retour pour un autre mois d’essai. Et à ce moment-là nous sommes tombés sur l’annonce d’une maison qui répondait à tous nos besoins, et même plus. Nous sommes partis à la recherche du Maire, qui n’a eu qu’une question : « C’est une maison secondaire ou pour vous installer ici ? – 8 mois ici, 4 mois au nord » avions-nous pensé. Une semaine plus tard, le compromis de vente était signé.

Début août nous sommes arrivés avec tout ce que nous voulions préserver de notre existence précédente : une grande remorque, même pas un camion : la maison nous était vendue à moitié meublée. Un an plus tard nous avons vendu notre maison aux Pays-Bas. Impossible d’entretenir deux maisons et inutile en plus, nous nous étions installés en France sans réserve.
Bilan
Presque cinq ans dans l’aventure, nous n’avons aucun regret. Oui, le français n’est pas facile, mais avec comme professeur une jolie femme qui vient quelques heures par semaine pour enseigner à un petit groupe d’étrangers, il y a un réel progrès, même si nous ne sommes pas encore aussi habiles que dans notre langue maternelle.

Après un apéro « bonjour-au revoir », organisé en commun avec l’ancienne propriétaire (qui est ensuite retournée dans son pays d’origine), ma femme a initié un petit groupe de tricoteuses sous condition qu’on n’y parle que le français. L’histoire du robot pour nettoyer les poules, qui, après interrogations des « vraies » Françaises, s’est révélé être plutôt pour nettoyer le pool (la piscine), fait encore rire.

En mars 2014, je suis tombé au milieu des élections communales et, quelques semaines plus tard, je me retrouvais au conseil municipal. À la troisième réunion le maire me donna le stylo pour écrire le compte rendu… J’ai fait de mon mieux et heureusement j’ai reçu beaucoup d’aide de plusieurs personnes. Ouf !


L’âne By: Annie Roi – CC BY 2.0

Joindre la chorale de la ville la plus proche était une autre étape qui m’a apporté beaucoup d’opportunités pour faire la connaissance de Françaises et Français et de leur mode de vie. Et naturellement, tout le monde a besoin d’un peu d’aide dans le domaine de l’ordi, ça vous rend vite populaire ! Entretemps, ma femme (se sentant encore un peu paysanne comme avant) a réintroduit des poules et un coq, un exemple suivi par quelques autres dans la combe. Un petit troupeau de brebis d’une race locale et encore un âne pour faire bonne mesure. Avec ça, c’en est fini des voyages, elle a pris racine.

Est-ce que vous vous sentez encore Néerlandais ?
Dans un sens oui, dans un sens non. Si je dis « chez nous », je pense à mon village français et pas, comme je l’observe chez quelques immigrés, à mon pays d’origine. Mon profil sur Google Actualités est celui de la France, avec en plus quelques mots clés pour suivre les grands titres des Pays Bas. Je ne regarde pas la télé, comme je ne la regardais pas avant de partir. Mais évidemment, avec des proches et quelques dizaines d’amis là-bas, ce n’est pas un pays comme un autre.

Quelques fois par an je m’y rends pour faire le tour de la famille. Ce qui me frappe chaque fois, c’est la densité de la population, l’éternel manque de temps dont tout le monde semble souffrir, la bataille pour deux mètres de goudron sur les routes, le bombardement de publicité partout, jour et nuit. Une petite semaine me suffit pour me faire revenir vers ma petite vallée en sachant que j’ai fait le bon choix.

Donc, pas de retour ?
On se pose parfois des questions : et si je tombe sévèrement malade ? Si je perds ma femme ou qu’elle reste seule ? Difficile de s’imaginer des situations comme ça, même si on sait que tout cela est bien possible, même probable. Notre maison est, au contraire de la plupart des maisons d’ici, bien accessible en fauteuil roulant, nécessitant seulement quelques adaptions minimales. Hôpitaux, médecins sont plus loin que dans les régions de population dense, mais, ici comme aux Pays-Bas, on peut constater une tendance à la concentration et à la spécialisation médicale qui rend l’argument caduc.

Un souci est encore la communication avec le médecin dans une situation de crise ; mauvaise idée du conseil départemental drômois d’éliminer les interprètes dans les hôpitaux. Qu’est-ce qu’ils proposent : apprendre le français à la perfection sous peine de mort ?
Petit souci aussi concernant l’assurance maladie. Les Pays-Bas prennent une prime d’assurance de ma pension et l’envoient vers la France. Ainsi nous avons une carte vitale française. Ça marche, mais, il y a dix ans, le gouvernement néerlandais a changé les règles et quelques retraités vivant en Espagne ont été obligés de se rapatrier, malgré le fait que cela a augmenté la facture pour l’État.

Je suis donc conscient que les expats se trouvent à la marge pour les politiciens quand ils développent des nouvelles réglementations. Il y a déjà eu des cas où il a fallu l’intervention de la Cour Européenne à Luxembourg pour forcer l’État néerlandais à changer des règles qui discriminaient les émigrés néerlandais dans l’UE.

Il y a aussi la question de l’assurance maladie privée. Sans faire la comparaison (aux Pays-Bas ce n’est pas mieux), le système français est assez étonnant. Le principe de toute assurance est qu’on n’assure que les risques qu’on ne peut pas porter soi-même. Par contre, les assureurs offrent de vous rembourser des petites sommes pour les risques banals, mais pour les risques sérieux leurs caisses restent fermées. C’est une paperasserie énorme, qui en plus fait monter les prix des outils comme les lunettes, mais n’augmente pas l’accessibilité des services médicaux. J’ai cherché en vain une assurance qui rembourse les frais médicaux au-delà de X euro par année, le montant X à choisir en fonction de ses propres moyens. Espérons qu’un entrepreneur malin saisisse cette opportunité.

Le plus grand souci : sans transport public, nous dépendons fortement de notre voiture. Espérons que notre faculté à conduire reste intacte jusqu’au moment où les « voitures autonomes » arriveront.

Je ne sais pas si les gens des grandes villes le réalisent, mais internet a complètement changé la vie à la campagne : le manque de commerces spécialisés, de librairies, de cinémas, ou bien l’isolement : tout cela est largement résolu par les services du Bon Coin, d’ Amazon, de Netflix et de Skype. Acheter une pièce détachée depuis les États-Unis pour le PC du voisin ? Un livre spécifique ? Une info sur n’importe quel phénomène ? Une conférence avec les collègues dirigeant une association internationale ? Tout cela est possible, même si l’accès à internet n’est pour le moment pas très fiable. Mais dans quelques années, le syndicat mixte « Ardèche Drôme Numérique » nous installera la fibre optique jusqu’à la maison. Ce sera la clé de voûte de la vie moderne à la campagne.

Autre chose à ajouter ?
Le témoignage de Laurent, Français expatrié aux Pays-Bas, nous a bien amusés et étonnés, puis fait réfléchir. Nous partageons plusieurs de ses observations, même si nous avons voyagé dans l’autre sens. Une pareille sensation de libération chez Gilles en Al. Par contre, une voisine française, revenue pour sa retraite dans son village de naissance, se sent parfois observée comme nous nous sommes sentis observés quand nous vivions aux Pays-Bas. Comment comprendre ce paradoxe ?

Peut-être le statut d’expat’ donne une certaine liberté sociale, qui entraîne une tolérance des voisins et collègues dont ne jouit pas l’autochtone. Les gens des alentours acceptent qu’on soit un peu différent, un peu mal adapté, tandis que, dans son propre environnement, on sent le regard scrutant – imaginé ou pas – de l’autre.


Marsanne By: jean-louis Zimmermann – CC BY 2.0

Source contrepoints.org


Ma vie d’expat’ à Prague

Ma vie d’expat’ à Prague

Le témoignage de Michaël : « J’ai intégré des éléments d’autres cultures, dont je tire bien mieux avantage en vivant à l’étranger. »


Prague-Prague, panoramic view from Charles bridge east tower-Moyan Brenn(CC BY 2.0)

Une petite présentation ?
Je m’appelle Michaël, j’ai 40 ans, je suis célibataire sans enfants, je vis actuellement en couple à Prague avec ma petite amie, qui est Slovaque.
Je suis né à Nantes, ville dans laquelle j’ai grandi et étudié jusqu’à l’âge de 22 ans, avant d’aller à Paris pour y finir mes études et commencer à travailler.

Quel est votre métier, quel a été votre parcours professionnel ?
J’ai un diplôme universitaire en sciences de gestion, et un parcours professionnel constellé d’expériences de travail assez courtes principalement en contrôle de gestion sur la région parisienne tout d’abord ; puis à partir de 30 ans, plusieurs expériences d’expatriations dans différents pays, entrecoupées de retours en France, toujours dans le domaine de la finance opérationnelle et finance de projet.
Je suis resté deux ans et demi en Irlande, j’ai vécu un peu moins d’un an en Bavière, je vis actuellement en République Tchèque depuis plus d’un an.

Je n’ai qu’une seule expérience d’expatriation professionnelle au sens où cela s’entend habituellement, avec les avantages qui y sont liés, notamment une prime sur salaire conséquente et un aller-retour par mois en avion prévu au contrat.
Pour le reste, je suis parti de ma propre initiative en recherchant un travail et un logement une fois sur place, sur mes propres deniers.

Mes différents aller-retours entre la France et l’étranger ont été grandement facilités par le fait que je sois propriétaire d’un deux-pièces en région Parisienne que j’ai eu la bonne idée d’acquérir puis de rénover au tout début de ma carrière, et que je pouvais ensuite louer en meublé lors de mes séjours puis récupérer plus ou moins à temps lors de mes retours en France, ce qui a grandement facilité les choses sur le plan logistique. Ce serait très difficile à réaliser aujourd’hui tellement les prix ont augmenté.

Pourquoi être parti ?


Tous droits réservés.

Je dois dire que le voyage en Australie effectué il y a dix ans m’a vraiment servi de tremplin, j’y ai beaucoup progressé en anglais car j’y ai croisé très peu de Français à l’époque. J’ai ensuite enchaîné avec mes deux ans et demi d’expérience Irlandaise, ce qui avec le recul s’est révélé être un vrai nouveau départ à l’anglo-saxonne : voyage à l’autre bout du monde pendant le « gap-year » et démarrage de la vie professionnelle ensuite.

À mon retour à Paris, je ne me suis pas réadapté à la mentalité professionnelle française et à son sérieux inaltérable, j’ai été aussi choqué par bien des aspects de la vie française qui me paraissaient tout a fait anodins auparavant. Par exemple les vigiles et la fouille des sacs dans les magasins : il n’y a pas de portiques antivols dans les magasins en Irlande, les caisses ne sont pas à côté de la sortie et les gens vont naturellement payer leurs achats.


Tous droits réservés.

Par ailleurs, mon niveau d’anglais a progressé bien au-delà de ce qui est attendu habituellement dans les entreprises françaises, même pour des managers de haut niveau, provoquant parfois des décalages assez comiques lors des entretiens d’embauches entre le piège classique de la question en anglais et la fluidité désormais quasi surnaturelle de ma réponse dans cette langue.

Enfin une succession rapide de plusieurs contrats d’intérim très courts et d’auto-entreprenariat à cette époque sans aucune chance de valoriser cette expérience irlandaise n’ont certes pas pesé lourd dans la balance au moment de réfléchir à un nouveau départ.

J’ai ensuite pensé viser l’Allemagne comme nouveau pays d’expatriation, et j’ai eu la grande chance de me voir proposer d’y travailler pour un grand groupe aéronautique européen. Mon niveau en allemand était assez faible mais il était parfaitement possible d’y travailler en utilisant l’anglais…

Puis à la suite de cela, des raisons beaucoup plus personnelles m’ont mené en à Prague en République Tchèque, un pays d’Europe centrale dont je ne connaissais rien, mais avec de nombreuses connections avec la France comme je l’ai appris ensuite.

Pourquoi ce pays ?
La qualité de vie est très bonne, bien que les salaires ici soient beaucoup plus faibles qu’en France  en moyenne, le niveau général des prix n’est évidemment pas le même.

On y trouve beaucoup de produits alimentaires français, de nombreux petits négociants en vin, et même des huîtres.

Vivre à Prague offre tous les avantages d’une capitale sur le plan culturel. Il existe également de très nombreuses possibilités concernant les loisirs sportifs en République Tchèque.

Le chômage n’existe pas ici (dernière statistique du taux de chômage à 4,5% de la population active), travailler est important et fait vraiment partie de la culture ; mais y trouver un emploi à peu près adapté à son expérience, sans parler le Tchèque, prend du temps.


Library of Stahov monastery- Moyan Brenn-(CC BY 2.0)

Avez-vous eu des doutes, et comment les avez-vous gérés ?
Je ne compte plus les profondes remises en question ou les périodes d’idéalisation totale de la douce France quand tout ne se passe pas si bien sur place. Mais à mon avis les choses ont bien changé en dix ans et si au départ il était difficile de se procurer des produits français à l’étranger alors que les Polonais eux par exemple, ont leurs propres épiceries en Irlande, il est de plus en plus facile de donner libre cours à ses envies les plus irrépressibles de brioche au beurre, de saucisson ou de vin et de fromages français, et tout particulièrement à Prague.

Quant au simple fait de chercher un travail, de vouloir progresser ou d’explorer de nouvelles voies professionnellement parlant, rien de tout cela n’est véritablement possible en France en ce moment, tant le pays me parait plongé dans le plus parfait immobilisme dans ce domaine, chacun étant soucieux de préserver sa place et son petit avantage.

Concernant le problème épineux du logement, j’ai appelé récemment un agent immobilier pour bien me persuader une fois de plus de la réalité ici, et je cite : les seules choses nécessaires pour louer un appartement à Prague sont un passeport et de l’argent. Le contrat de location, pour avoir loué un appartement lors de ma première année ici, tient en une page (dans une langue encore un peu incompréhensible pour moi !).

Enfin sur le plan personnel je fait certainement preuve de plus d’aguerrissement et d’organisation que lors de mes premiers voyages, et il est possible de gérer ses affaires en France très facilement (impôts), maintenant que presque tous les échanges sont dématérialisés.

Est-ce que vous vous sentez encore Français ?
C’est un vaste sujet, mais oui la France représente la culture de mon enfance et toute mon éducation, et malgré tous les défauts de son gouvernement j’y reste attaché.
Mais je ne me sens plus Français autant qu’avant, j’ai intégré des éléments d’autres cultures grâce aux langues, des valeurs différentes et d’autres façons de faire d’après mes expériences, autant de choses dont je ne souhaite plus me défaire désormais et dont je tire bien mieux avantage en vivant à l’étranger.

Je n’ai aucun regret d’être parti à l’aventure si souvent et d’avoir tenté des choses parfois sans succès, parfois au détriment d’un certain confort : on apprend beaucoup.
Je prends bien soin de continuer à pratiquer le français, une langue très appréciée à l’étranger et beaucoup plus apprise et parlée que ce que l’on croit et je retourne en France volontiers afin de visiter ma famille et voir la mer.



Source contrepoints.org

Ma vie d’expat en Corée du Sud

Ma vie d’expat en Corée du Sud

Le témoignage d’Ulysse, fraîchement expatrié : « Se réveiller le matin et se dire : je vis dans un nouveau pays à 10 000 km de chez moi, je réalise un de mes rêves. »


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Une petite présentation ?
Je m’appelle Ulysse, j’ai 24 ans, je suis né et j’ai grandi à Paris. Je suis parti habiter en Corée du Sud (Séoul) en octobre 2015.

Que faites-vous comme métier dans ce pays ? Pouvez-vous raconter brièvement votre parcours professionnel ?
Je suis chargé de projet en affaires scientifiques pour une entreprise coréenne leader dans le secteur des cosmétiques.

Après mon Bac scientifique, j’ai choisi de m’orienter vers une classe prépa BCPST (Biologie, Chimie, Physique, Sciences de la Terre) car j’avais une sensibilité pour la botanique et la nature. Cela m’a conduit après concours à entrer dans une grande école d’agronomie à Toulouse (ENSAT).

J’y ai étudié plus en détail les sciences de la vie et de l’ingénieur, en particulier la valorisation des plantes dans l’alimentaire et la santé/beauté, c’était passionnant. J’ai eu la chance d’effectuer une première mobilité à l’étranger de 7 mois (Érasmus en Grèce et stage en Italie). En stage de fin d’études, je me suis orienté vers le secteur R&D du leader des cosmétiques français par attrait pour le monde de la beauté et son savoir-faire très français. Cela m’ayant plu, j’ai effectué un master complémentaire d’un an en conception et management/marketing des cosmétiques à Lyon, en apprentissage dans la même entreprise sur un poste de coordination de projets, toujours en R&D.

À la fin de mon apprentissage, je me suis dit qu’avec un niveau Bac+6, avec une double compétence scientifique et management, l’étranger me manquait. J’avais beaucoup entendu parler de la Corée et sa position de laboratoire d’innovation dans mon domaine, et l’Asie m’attirait car c’est un territoire lointain, inconnu et plein de challenges. Et un groupe local dont l’univers m’a fait rêver a tout particulièrement attiré mon attention.
Par chance et hasard, hors des voies conventionnelles, j’ai réseauté sur LinkedIn et trouvé une personne de cette entreprise avec laquelle j’ai discuté et qui, de mails en entretiens skype, m’y a fait entrer en novembre 2015.


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Pourquoi être parti ?
Je pense que plusieurs raisons peuvent expliquer mon départ.
Tout d’abord, il y a eu cette période de « French blues » (blues du retour) en rentrant de mes 7 mois à l’étranger en 2ème année d’école d’ingénieur. Cela touche tout Érasmus qui se respecte et disparaît avec le temps, mais avec moi ce sentiment est toujours resté en filigrane dans mon cœur : je devais repartir un jour. Avec un tel prénom, je devais être prédestiné à beaucoup voyager et c’est le cas : en weekend et en vacances, j’étais déjà toujours à droite et à gauche, alors au-delà du simple semestre d’études, l’expatriation me faisait rêver, pour sûr !

Une autre raison que j’ai retrouvée dans beaucoup de témoignages sur Contrepoints est également le fait que je ne me retrouve plus dans la France d’aujourd’hui et ses valeurs. J’aime mon pays et ma vie de Parisien, j’ai mes habitudes, des rues où je flâne avec plaisir, les cafés, les restaurants avec mes amis et ma famille dont je suis très proche… mais notre situation politico-sociale actuelle et les courants de pensée qui s’y sont développés ne m’y font plus sentir comme chez moi. Je ne m’y projette pas.

Enfin, je ne me voyais pas rester dans ma zone de confort, à chercher le CDI au plus vite pour m’établir quelque part, puis voir les années passer tranquillement de cette façon. Non, je voulais profiter d’être jeune et motivé pour m’offrir un nouveau challenge, car comme beaucoup le disent « c’est le meilleur âge pour le faire, sinon tu le regretteras ».
Quitte à en effet partir pour mieux revenir, je me suis dit que la vie est courte, le monde est grand et donc que je devais certainement tenter ma chance ailleurs

Pourquoi ce pays ?
Tout d’abord, d’un point de vue professionnel comme explicité ci-avant, l’Asie offre davantage d’opportunités, d’innovations et de challenge que la France dans mon domaine (et certainement dans d’autres).

Puis concrètement, plutôt méditerranéen de nature (j’adore voyager en Italie, en Turquie et en Grèce où j’ai des origines), je ne connaissais rien du tout à la Corée du Sud avant mon départ, à part les mots Samsung ou LG ; je ne connaissais même personne sur place, à part une connaissance locale de mon ancien stage. Entre la Chine et le Japon très célèbres, c’est un pays bien méconnu de tous.


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Mais s’installer en Asie, découvrir une nouvelle ville et un nouveau pays si différents et empreints d’exotisme, repartir de zéro, rencontrer de nouvelles personnes, construire sa propre vie, tout ceci était trop excitant et déjà mûrement réfléchi au moment du choix.
Je savais que cela allait m’apporter beaucoup sur le plan professionnel et personnel, une ouverture d’esprit et une aventure à l’autre bout du monde qu’il fallait saisir maintenant.

Avez-vous eu des doutes ? Comment les avez-vous gérés ?
Bien sûr ! Rien qu’en échangeant avec ma contact sur LinkedIn, je me suis dit « Ulysse, tu postules pour un groupe que tu ne connais pas dans un pays lointain dont tu n’as aucune idée, qu’es-tu en train de faire ?… ». Quand j’ai annoncé fièrement que j’étais pris pour un poste à l’étranger (projet dont je parlais régulièrement à tout le monde depuis 2 ans), ma famille et mes amis n’ont pas caché leur surprise à l’annonce que l’heureux pays qui m’accueillerait serait… la Corée du Sud !


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Certains m’ont dit « Pourquoi tu pars là-bas ? Tu ne connais pas ce pays et personne sur place », « Les conditions de travail sont très dures et la mentalité si différente, tu ne tiendras jamais ». Mais aussi beaucoup d’encouragements et de soutien de la part de mes amis qui m’ont dit que cela me correspondait parfaitement, et que c’était une belle occasion à ne pas manquer. En effet, j‘avais aussi des offres pour la France avec des postes intéressants, mais j’ai gardé le cap et j’ai accepté de partir. Quelle sensation au moment de l’acceptation du contrat… et dans l’avion sur la piste de décollage !

Parlez-nous de votre quotidien : comment s’organise une journée, en quoi est-ce différent de la France, de ce que vous connaissiez ?
Comme beaucoup d’autres lecteurs le confirmeront, la vie en Asie est si différente de la nôtre, mais si enrichissante. La Corée est un pays méconnu mais plein de richesses, de traditions et de secrets, à mon sens autant que la Chine ou le Japon. Séoul est une capitale « typiquement » asiatique (12 millions de Seoulites), aux boulevards bardés de néons et de boutiques de cosmétiques aux idoles de drama qui en font la pub, où déboulent jeunes Coréens sortant du travail et Coréennes apprêtées pour leur soirée, des ruelles traditionnelles où s’entassent les vieux marchés ‘street food’ et les restaurants, des somptueux palais millénaires aux quartiers étudiants branchés où l’on sort dans les bars jusqu’au bout de la nuit pour voir le lever de soleil sur les montagnes et la rivière Han. Une mégapole électrique, tentaculaire, pleine de vie, tournant à une vitesse folle dans cette puissante économie qui ne cesse de monter (on parle de K-wave).


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À mon arrivée, outre le jetlag, certaines choses n’ont pas été évidentes, notamment tout ce qui est banques, assurances, contrat de travail, taxes et impôts, obtenir mon visa et ma carte de résident… les Coréens ne parlent pas bien l’anglais et ne sont pas habitués à voir beaucoup d’étrangers venir travailler chez eux. Certaines de mes tribulations ont été un peu difficiles, mais maintenant je suis bien installé.

Mes journées de travail en semaine sont du même rythme qu’en France (alors que dans bien des conglomérats coréens on travaille jusqu’à 23h weekends inclus sous une très forte pression), et les missions très intéressantes car il y a de nouveaux consommateurs et de nouveaux modes de vie. Je m’y retrouve tout à fait en termes de compétences et de salaire.

Le principal ‘gap’ a été la culture bien sûr : s’incliner pour saluer, plus ou moins selon l’âge et la position hiérarchique de l’interlocuteur, arriver plus tôt que son chef au travail, ne jamais se vanter et toujours être modeste si l’on nous fait un compliment, se raser de près avant d’aller au travail, respecter certains codes et bien sûr outre communiquer en anglais… apprendre la langue, qui même si elle est basée sur un alphabet n’est pas facile !


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Les week-ends, épicurien comme en Europe, je pars souvent à Séoul déjeuner dans un nouvel endroit, me rendre à des expositions, aller prendre le thé dans un salon traditionnel, faire un karaoké ou sortir dans les bars. Je ne connaissais qu’une personne à mon arrivée et j’ai réussi à me faire maintenant plusieurs amis. En effet, malgré leur réserve et leur défiance de prime abord (et aussi la barrière très forte de la langue), les Coréens sont des personnes sincères et fiables avec lesquelles j’ai beaucoup de plaisir à sortir et à échanger. Enfin, la position centrale de Séoul en fait un hub de choix pour explorer l’Asie. J’ai déjà visité les Philippines et Shanghai ; Taiwan ou la Thaïlande sont sur ma checklist de futurs voyages.

Un bilan aujourd’hui : que vous a apporté l’expatriation ?
Cela ne fait que 5 mois, mais cela m’a beaucoup apporté d’un point de vue professionnel et personnel. Au niveau du travail, j’ai appris de nouvelles méthodes, manières de penser, de travailler en équipe, d’interagir et de communiquer, en comprenant le consommateur asiatique et ses besoins notamment pour adapter la stratégie de l’entreprise. Mon point de vue occidental permet de donner un avis un peu différent sur bien des sujets, et en contrepartie j’apprends beaucoup de mon équipe. Cela me confère un peu une double compétence ‘Orient/Occident’.

D’un point de vue personnel cela a dépassé mes attentes : s’immerger, explorer, connaître l’histoire du pays, prendre le temps car l’on n’est pas/plus un simple touriste, rencontrer des locaux, échanger et apprendre d’eux… ce n’est certes encore que le début mais je ne m’en lasse pas..


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Ma famille et mes amis me manquent c’est sûr, et je leur manque aussi. Parfois j’aimerais revenir un week-end à Paris, ou une dizaine de jours (surtout pour la nourriture aussi !)… mais je n’ai pas le mal du pays au point de vouloir revenir vivre en France. J’espère rester ici au moins 2 ans si ce n’est plus, avant de peut-être partir pour un autre pays, qui sait ? C’est aussi cette sensation qui est fabuleuse, de se réveiller le matin et se dire « Je vis dans un nouveau pays à 10000 km de chez moi, je réalise un de mes rêves ».

Est-ce que vous vous sentez encore Français ? Pourquoi ?
Évidemment. Avec ce genre d’expériences, on se dit qu’on peut devenir citoyen du monde, un peu Grec, un peu Coréen… j’aime prendre le meilleur de chaque endroit mais je reste très Français dans le fond. Tous mes amis coréens me le disent. Eux qui sont très pressés et occupés me voient prendre mon temps, aimer faire du shopping, leur parler des cafés de Paris, me plaindre d’un plat local trop épicé ou arriver en retard à un rendez-vous « bien habillé » mais avec une barbe de 3 jours… comme ils me disent : « You are so French ! »


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Autre chose à dire ?
Croire en ses rêves n’est pas valable que dans les contes de fées et les dessins animés. Je ne suis pas diplômé d’Harvard et pas millionnaire, mais un junior comme beaucoup de lecteurs, et j’ai pourtant réussi à accomplir ce départ à l’étranger juste en y croyant. Je ne pense pas qu’avec juste 5 mois de recul ce soit un exemple parfait, mais si on veut partir il faut le faire maintenant. Réseauter dans une optique de « painless networking » (ne pas sous-estimer LinkedIn) et se lancer, le jeu en vaut la chandelle !


Tous droits réservés.

Source contrepoints.org


Ma vie d’expat’ aux Pays-Bas

Ma vie d’expat’ aux Pays-Bas

Le témoignage de Laurent : « Une fois le projet enclenché, les doutes s’effacent devant l’excitation et… le manque de temps pour douter ! »


Moyan Brenn Amsterdam(CC BY 2.0)

Une petite présentation ?
Je m’appelle Laurent, j’ai 40 ans, je vis aux Pays-Bas, à Amsterdam. Je suis originaire du nord de la France.

Quel est votre métier ?
Je travaille comme développeur logiciel dans le domaine du web depuis 15 ans. J’ai d’abord déménagé du nord de la France pour commencer ma carrière à Paris où j’ai travaillé pour des entreprises franco-françaises et d’autres étrangères et internationales. J’ai ainsi pu au passage expérimenter, sans être à l’étranger, les différences de culture et d’approche dans la gestion d’entreprise et les relations entre collaborateurs : ça a été un élément qui m’a amené à penser à l’expatriation comme un moyen d’élargir une carrière professionnelle avec un plafond de verre assez bas en France. La culture d’entreprise française est très hiérarchisée, avec un mille-feuille assez impressionnant, et finalement assez peu tournée vers l’international (la relativement faible maîtrise de l’anglais expliquant sans doute ce manque d’ouverture).

Durant ma carrière j’ai aussi rencontré des expatriés d’autres pays européens, ce fut l’occasion d’en découvrir un peu plus sur ces pays que par le tourisme, et d’avoir un regard extérieur sur la vie en France. On peut déjà faire quelques comparaisons. Et dans l’autre sens faire des déplacements professionnels à l’étranger permet aussi d’appréhender mieux la réalité du terrain.

Pourquoi être parti ?
Une accumulation de signaux négatifs sur le futur de la France, des petites choses qui rendent le quotidien usant, et évidemment l’envie d’aller vérifier si l’herbe est effectivement plus verte de l’autre côté de la clôture. Et j’ai aussi eu l’exemple d’amis qui ont franchi le pas.

Au niveau des signaux négatifs il y a la question de la dette : évidemment beaucoup de pays ont un gros stock de dette aussi, mais ce qui est important c’est surtout la tendance et la capacité à faire passer des réformes difficiles. Un autre problème est que la société française est de plus en plus clivée et incapable de débattre rationnellement : des mouvements plus ou moins spontanés de protestation parfois violente se sont multipliés ces dernières années.

Dans le quotidien, un gros ras-le-bol de la morosité ambiante en France : les Français sont inquiets pour le futur, pessimistes, méfiants et ça se ressent dans les relations de tous les jours. Et je m’inclus dans le lot car j’envisageais aussi le futur de façon pessimiste lorsque j’étais en France : c’est quelque chose dont on se rend encore plus compte une fois qu’on ne baigne plus dedans. Il y a aussi le problème de l’incivilité : c’est souvent anecdotique, comme se bousculer dans le métro, mais ça participe d’une atmosphère générale assez délétère.

Ensuite pour la qualité de vie : Paris est devenue une ville très chère pour se loger et le cadre s’est dégradé à vue d’œil ces dernières années (saleté, insécurité). Sans parler des fameux « mouvements sociaux d’une certaine catégorie de personnel » qui pourrissent rapidement la vie.

En tout cas pas pour raisons fiscales : dans mon cas, la différence n’est pas si énorme qu’elle puisse justifier à elle seule un départ.


La vue depuis mon balcon-Tous droits réservés

Pourquoi avoir choisi les Pays-Bas ?
C’est un pays plutôt bien situé : pas trop loin de la France, mais pas trop près non plus !

Blague à part, les Pays-Bas sont un pays relativement vertueux en termes de finances publiques et plutôt prospère économiquement avec un taux de chômage pas trop élevé. Donc en bref : un système politique, judiciaire et fiscal stable ; une société qui voit l’avenir avec confiance et remplie d’opportunités ; des relations sociales franches et détendues. C’est déjà un gros plus par rapport à la France !

Et il est possible pour un non néerlandophone de trouver un emploi et s’insérer dans la vie quotidienne facilement : les Pays-Bas ont fait de la pratique de l’anglais une priorité et pratiquement tout le monde parle anglais. Évidemment certains emplois nécessitent de parler néerlandais, mais il ne faut pas croire que tout est bouché si on ne parle pas la langue.

C’est aussi un pays de tolérance et où existe une culture du dialogue qui permet de désamorcer les conflits : il y a évidemment des problèmes comme partout, mais ici je n’ai jamais vu des mouvements de protestation aussi durs et importants qu’en France.

Mais quoiqu’il en soit, il ne faut pas y aller pour la météo !


Amsterdam ouest-Tous droits réservés

Avez-vous eu des doutes ? Comment les avez-vous gérés ?
Oui, je pense qu’il y a de quoi avoir des doutes, car il y a évidemment une part de risque dans ce genre de projet. Mais la plus grosse période de doute fut en fait avant de me lancer : une fois le projet enclenché, les doutes s’effacent devant l’excitation et… le manque de temps pour douter !

Pour gérer, j’ai trouvé intéressant d’avoir l’avis d’autres expatriés : j’avais la chance d’en avoir quelques-uns dans mon cercle de connaissances, mais étant donné que beaucoup de Français se sont déjà expatriés ou projettent de le faire, il est facile de trouver des forums de discussion, et des dossiers complets pays par pays. Il faut juste ne pas se laisser trop impressionner par les commentaires négatifs : un peu comme pour tout avis, ce sont souvent les personnes les plus critiques qui parlent le plus, les satisfaites prenant rarement le temps d’aller commenter.

Un bilan aujourd’hui : que vous a apporté l’expatriation ?
Beaucoup d’air ! Ça fait un peu cliché, mais il reste vrai que vivre et travailler à l’étranger donne une vision du monde différente et remet les choses en perspective. Le fait de parler une langue étrangère la majorité du temps change aussi un peu la façon de penser les choses. Et puis découvrir une nouvelle culture de l’intérieur est stimulant.

Le plus gros point positif est au niveau de la qualité de vie : un cadre de vie agréable, le fait appréciable de pouvoir presque tout faire en vélo, très populaire aux Pays-Bas, sans passer par la case transports en commun. Et plein de petites choses de la vie quotidienne qui font que l’humeur globale est bonne, il y a beaucoup moins de stress ambiant, un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle. Ici il est très courant et bien vu pour un homme ou une femme de travailler en 4/5ème ou 9/10ème pour s’occuper des enfants ou avoir une autre activité. Il y aurait beaucoup à dire sur la vie quotidienne : c’est certainement l’occasion d’écrire un autre article.


Non loin de la ville-tous droits réservés

Et au niveau professionnel je me retrouve beaucoup mieux dans une culture d’entreprise moins hiérarchique et davantage basée sur le consensus que la décision du chef.

Est-ce que vous vous sentez encore Français ?
Oui je me sens encore Français, et je pense que je me sentirai toujours Français même si je devais me faire naturaliser un jour. Mon attachement à la France doit sans doute venir du fait que c’est le pays où j’ai passé mon enfance, là où j’ai construit ma culture et puis le français restera ma langue maternelle.

En revanche, je me sens de moins en moins concerné par ce qui se passe en France au niveau politique et civique. Donc je dirais que je me sens en revanche de moins en moins citoyen français.

Autre chose à ajouter ?
Une question que doivent se poser les candidats à l’expatriation est celle du retour : est-ce une expatriation temporaire ou définitive ? Un retour prévu pour la retraite ? Car le retour peut être assez difficile, ce n’est pas juste « tout revient comme avant ».

Il existe un certain nombre d’embûches non négligeables pour l’expatrié qui souhaite revenir : d’abord l’administration, avec ses nombreux Cerfas, ne facilite pas les choses. Je pense particulièrement à la Sécu, mais aussi les petits soucis du quotidien lorsque l’on doit fournir des justificatifs d’imposition, fiches de salaires, etc. Et certaines conventions font qu’on ne coupe pas toujours complètement les ponts avec l’administration française.


Source contrepoints.org

Ma vie d’expat’ à Eindhoven aux Pays-Bas

Ma vie d’expat’ à Eindhoven aux Pays-Bas

Le témoignage de Thomas : « L’expatriation m’a permis de retrouver mon amour propre ».


Vestedatoren Eindhoven by: Maciek Lulko – CC BY 2.0

Une petite présentation ?
J’ai 35 ans, je vis et travaille à Eindhoven aux Pays-Bas. J’ai la particularité d’avoir trois nationalités : ma mère française a reçu la double nationalité en épousant mon père italien, qui s’est lui-même ensuite fait naturaliser belge. Je suis donc né d’un père italo/belge et d’une mère franco/italienne, sur le sol belge.

J’ai grandi à Mons, en Belgique, une ville médiévale située en bordure du Borinage, une zone au riche passé minier, puis métallurgique qui est aujourd’hui économiquement sinistrée. Après un court passage à Dublin où j’ai rencontré mon copain, nous nous sommes installés à Eindhoven où nous vivons depuis 5 ans.

Quel est votre parcours professionnel ?
Après l’équivalent belge d’un bac littéraire, j’ai étudié la communication puis les sciences politiques mais je n’ai pas validé mon diplôme. Je me suis lancé dans une carrière de commercial, pour ensuite me spécialiser dans le support technique, ce que je fais encore aujourd’hui dans une entreprise de télématique.

Pourquoi être parti ?
À 29 ans, j’étais très insatisfait, je ne me sentais à ma place nulle part, mon amour propre était proche de zéro et je sentais autour de moi une forte pression négative qui me tirait vers le bas.

Constater que les rares entrepreneurs du coin dépensent plus de ressources à réseauter avec des fonctionnaires qu’à innover, sentir l’atmosphère générale morose et résignée de ma région où les visages ne s’illuminaient plus qu’à l’odeur du houblon, de la graisse à frites ou à l’espoir d’un nouveau subside, voir des amis ayant réussi brillamment leurs études renoncer à leurs ambitions pour se « planquer dans un ministère », tout cela m’indiquait qu’avoir réussi mes études n’aurait finalement pas changé grand-chose en termes de satisfaction.

Le décès de mon père a été un déclic pour changer d’air. Je suis parti avec la ferme intention de ne jamais revenir.

Pourquoi ce pays ?
J’ai cherché un endroit dynamique, plus libéral et surtout avec une mentalité différente.

Malgré la crise et un anglais très approximatif, j’ai trouvé un travail dans un helpdesk à Dublin en moins de 2 semaines. La crise était bien présente, mais j’étais entouré de personnes à l’attitude positive et après quelques mois, j’étais devenu l’employé de référence sur un projet pour lequel j’ai très vite obtenu de la reconnaissance.

Les loyers prohibitifs, la mauvaise qualité du logement et la trop grande proportion d’expatriés qui arrivent et repartent sans arrêt  – ce qui rend difficile la création de liens – m’ont donné envie de chercher un endroit similaire dans l’esprit, mais plus confortable.

J’ai eu une opportunité à Eindhoven aux Pays-Bas, le hasard a voulu que ce soit à ce moment-là que mon histoire d’amour avec mon copain devienne sérieuse et nous avons déménagé ensemble.

Eindhoven est la cité où a été fondé Philips, qui y est toujours présent. On y trouve un pôle technologique tiré par l’Université Technique d’Eindhoven, la société ASML, ainsi que par le High Tech Campus et ses 8000 employés entièrement dévoués aux R&D.

Eindhoven est située au sud du pays, dans la partie historiquement catholique où les gens sont plus festifs et décontractés que leurs compatriotes plus au nord.


Le Blob et l’immeuble de Lichtoren – ancienne usine Philips by: Andrew Black – CC BY 2.0

Hormis la nourriture, la météo et la langue, qui sont loin d’être les plus grands atouts du pays, je n’ai trouvé que du positif : des habitants honnêtes et serviables, un niveau de sécurité très élevé qui rend possible une insouciance absolument providentielle. Des logements certes chers, mais d’une qualité de construction et d’un niveau d’entretien remarquable, un système de transports performant, du personnel souriant et agréable dans les commerces…

Une caractéristique très marquée dans la culture hollandaise est la franchise. Ce qui est considéré comme poli à peu près partout ailleurs est ici vu comme de l’hypocrisie ou de la malhonnêteté. Il est par exemple très facile de refuser une invitation sans avoir besoin d’inventer une excuse, ou de dire à quelqu’un qu’il vous dérange. Pareil au travail, vous pouvez dire très franchement à un directeur que vous désapprouvez une stratégie ou une décision, même si vous êtes tout en bas de l’échelle. Vos remarques ne seront pas nécessairement suivies, mais bien considérées. Idem dans l’autre sens, si vous prenez trop de gants pour dire à un employé qu’il a une grosse lacune ou a commis une faute, il va croire que ce n’est pas grave, les gens apprécieront que vous soyez franc et direct, ils sont globalement ouverts aux critiques et pas rancuniers. Évidemment, en contrepartie, un manager est plus souvent amené à expliquer ses choix à son équipe au risque d’être confronté à des problèmes d’insubordination. Le travail en équipe est très valorisé, l’autoritarisme beaucoup moins.

Les Hollandais accordent une grande importance à leur qualité de vie. Le travail à temps partiel est répandu et pas seulement pour les femmes. Ils sont très efficaces pour s’organiser de façon à faire peu d’heures supplémentaires et quand cela s’avère nécessaire, ils vont préférer rentrer chez eux pour passer du temps avec leurs enfants ou faire du sport et se remettre au boulot en télétravail dans la soirée.

Avez-vous eu des doutes, et comment les avez-vous gérés ?
Avant de partir, aucun, j’étais une tête brûlée, j’ai juste foncé.

Une fois sur place, ça commence toujours par une période où vous ne voyez que ce qu’il y a de mieux par rapport à l’endroit d’où vous venez, puis une période plus ou moins longue où, à l’inverse, votre attention n’est portée que sur ce qui vous manque. Tous les expatriés passent par là. Le tout est de se concentrer sur le positif et de se construire une vie sociale forte, mais ce n’est pas toujours facile. Notre vie de couple nous a beaucoup aidés pendant ces moments.

Les doutes qui restent aujourd’hui sont notre capacité à apprendre la langue convenablement pour vraiment nous intégrer. Quasiment tout le monde ayant un excellent niveau d’anglais et aimant le parler, nous avons très peu d’occasion de pratiquer la langue : après 5 ans, mon niveau de néerlandais est toujours très bas.

Il reste aussi des doutes sur le choix de l’endroit où nous passerons nos vieux jours.

Racontez-nous votre quotidien.
Nous vivons dans le centre-ville, à 10 minutes à vélo du High Tech Campus où je travaille. Tout est ici pensé pour le vélo, c’est très pratique. La dernière trouvaille est un système qui fait passer les feux de circulation plus rapidement au vert pour les vélos quand il pleut.


Bakfiets – Steven Vance – CC BY 2.0

Je travaille sur un open floor, j’ai autant de collègues expatriés que néerlandais, ce qui rend le quotidien enrichissant. Je ne fais presque jamais d’heures supplémentaires.

Je fréquente une salle de fitness plusieurs fois par semaine où je profite aussi du sauna, parfois même le matin avant de commencer ma journée de travail.

Les magasins étant ouverts le dimanche et les périodes de soldes n’étant pas réglementées, cela rend le shopping très agréable le week-end, même si les boutiques ferment à 17 heures (18 heures en semaine) !

Eindhoven est bien placée géographiquement, nous sommes à moins de 2 heures de route d’une dizaine de grandes villes : Amsterdam, Cologne, Bruxelles, Anvers, Rotterdam, La Haye, Utrecht, Aix-la-Chapelle…  et avec l’aéroport local, même Londres est finalement très proche.

Il y a plusieurs salles de concert en ville, un théâtre, pas mal de musées et beaucoup d’événements culturels sont organisés, tels que la Dutch Design Week ou le Glow et des festivals en tous genres. On n’a pas le temps de s’ennuyer.

Niveau sport, il y a l’équipe de foot locale, le PSV, qui a remporté cette année le championnat de première division pour la 23ème fois. Le deuxième sport national étant le patinage de vitesse et le troisième le hockey sur gazon.

La santé aux Pays-Bas : ça surprend mais ça marche !
L’Assurance santé est privée (minimum 70 euros par adulte et par mois), mais obligatoire et hyper réglementée.

Vous n’avez pas besoin de certificat médical pour un congé maladie. il suffit de prévenir, et en cas de doute votre employeur peut envoyer un médecin de contrôle, mais cela arrive rarement et au final j’observe moins d’abus qu’en France ou en Belgique avec les certificats de complaisance.

Les Hollandais ne vont chez le médecin que pour les problèmes sérieux. Quand j’ai vu mon médecin pour une grippe, sa réponse a été « Qu’attendez-vous de moi exactement ? Vous vous croyez spécial ? La moitié du pays est dans votre état ! » Sa prescription a été lit + paracétamol + patience. Et quand j’en ai parlé avec les collègues : « Mais enfin, tu n’as pas besoin de voir un médecin pour si peu à ton âge ! ». Si la fièvre dure plus de 4 jours il prescrira un bilan sanguin et des antibiotiques si et seulement si c’est bactérien.

Les Pays-Bas restent depuis plusieurs années le numéro un en Europe sur l’indice de satisfaction des patients. Ça m’a surpris parce que j’entends tous les expatriés s’en plaindre, mais je dois reconnaître que c’est bien mieux que ce j’ai pu observer en Irlande ou en Italie.

Pas un paradis fiscal
L’Impôt sur le revenu est progressif, fusionné avec la CSG, prélevé à la source, applicable dès le 1er euro et globalement plus élevé qu’en France.

Il existe un impôt sur le patrimoine de 1,2% au-dessus de 21 000 euros de patrimoine par personne après déduction du logement principal et de ce qui est investi dans le « bisou compatible ».

La TVA s’élève à 21%.

Pour la voiture, le carburant est cher. Il y a une vignette qui s’élève à plus de 1000 euros/an plus une taxe de mise en circulation de +/- 9% de la valeur du véhicule. On se réjouit que les autoroutes soient sans péage (ouf !) et qu’elles soient vraiment impeccablement entretenues au point que les feuilles mortes sont ramassées sur les bords des routes de campagne parce que c’est dangereux pour les vélos !

On paie donc plus d’impôts aux Pays-Bas qu’en France ?
En fait, non, au contraire. Malgré ces taux élevés, 36,3% du PIB passent entre les mains de l’État aux Pays-Bas contre 45,2% en France. Cela s’explique notamment par les nombreuses possibilités de déductions, mais surtout par moins de taxes annexes, moins d’impôts locaux, moins de droits de succession et un impôt des sociétés un tiers plus faible qu’en France.

Les Pays-Bas sont les champions d’Europe du logement social
Le HLM représente 34% du parc immobilier néerlandais. Il s’agit principalement de petites maisons très bien entretenues qui n’ont généralement pas du tout l’air de logements sociaux. 41% des Néerlandais sont éligibles pour en bénéficier. Du coup, il faut compter en moyenne 10 ans d’attente pour en obtenir un.

Seulement 7% des logements en location ne sont pas des HLM ! Le locataire y est très protégé, tout passe par un juge même en cas de non-paiement, de dégradation ou de problème comportemental, même en cas de vente du bien, même si le propriétaire souhaite récupérer le bien pour se loger lui-même. Si on veut investir dans l’immobilier ici, il vaut mieux viser les bureaux ou les chambres d’étudiant.


Vonderkwartier – Eindhoven – Pays-Bas by: Hans Porochelt – CC BY 2.0

Il est fiscalement très intéressant d’investir dans l’achat de son propre logement, les frais de transaction sont bas – moins de 10%, frais d’agence inclus – et 100% des intérêts du prêt hypothécaire sont déductibles, sans plafond. En outre, les banques ne demandent pas d’apport. Cette politique n’a absolument pas rendu le logement plus abordable, au contraire. Elle a juste fortement augmenté les prix et incité les Hollandais à se surendetter.

Un bilan aujourd’hui : que vous a apporté l’expatriation ?
Du développement personnel. L’éloignement m’a permis de m’émanciper, mais sur ce point précis, le résultat aurait pu être le même en restant dans le même pays.

L’expatriation en tant que telle m’a permis de retrouver mon amour propre, de me réaliser professionnellement, de m’enrichir culturellement et de m’entourer de personnes plus positives. Elle m’a aussi permis de rencontrer la personne que j’aime.

À côté de ça, améliorer ma connaissance de l’anglais m’a ouvert un gigantesque pan de la culture qui n’est pas traduit en français.

De quelle nationalité vous sentez-vous finalement le plus proche ?
Comme je l’ai dit, j’ai la particularité d’avoir trois nationalités : française, belge et italienne. Ce qui ne m’a apporté que des ennuis administratifs, comme d’avoir un moment été déclaré déserteur de l’armée italienne pour ne pas m’être dégagé à temps de mes obligations de service militaire.

Je ne me suis jamais senti Français, ni Belge, ni Italien.

J’ai beau avoir passé 29 ans en Belgique, aucun membre de ma famille n’est né belge, je n’ai jamais vécu en Italie et je n’en maîtrise la langue que moyennement et je n’ai finalement que peu d’attaches en France.

Je trouve ce concept de nationalité culturelle totalement artificiel et surfait et je n’identifie d’ailleurs aucun membre de mon entourage à travers le prisme de sa nationalité.

L’endroit où j’ai grandi m’a évidemment impacté, mais mes nationalités ne définissent en rien l’individu que je suis, ni aucun autre individu. Ce qui nous définit c’est ce qui nous a été transmis, ce que l’on a absorbé des personnes que nous avons rencontrées et du monde qui nous entoure et surtout ce que l’on a réalisé, indépendamment de nos passeports.

Autre chose à ajouter ?
À propos de l’éthique, les Hollandais sont souvent vus comme très progressistes ; or ce n’est pas nécessairement le cas. Ils sont plutôt adeptes du libre choix. En matière de valeurs, la mentalité est de respecter les choix de chacun car personne ici ne souhaiterait se voir imposer les valeurs de son voisin.

Il y a d’ailleurs ici ce qu’on appelle une « bible belt » et ça se passe très bien ; et je ne crois pas me tromper en affirmant qu’autant les couples gays mariés avec enfant que les chrétiens pratiquants très conservateurs sont plus respectés ici qu’ils ne le sont en France.


Source contrepoints.org