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mardi 7 février 2023

Photos-World Press Photo 2014

 World Press Photo 2014



World Press Photo 2014 John Stameyer/VII

 John Stanmeyer a remporté le World Press Photo 2014.

L'esthétique du désespoir.
Le prestigieux prix de photojournalisme décerné cette année à une image léchée et magnifiée comme celle d'une pub ? Pas si simple.
Quelle idée saugrenue, quel excès de substances illicites (le jury se réunit à Amsterdam, ne l'oublions pas) ont fait que cette année, c'est une image de pub qui a remporté le World Press Photo, le prix le plus prestigieux pour la photo de presse ? On imagine sans mal que ce fut là, la première réaction de beaucoup d'observateurs en découvrant l'image primée. Une image publicitaire jusqu'à la caricature : des silhouettes d'hommes, fines et élégantes, sur un fond de ciel bleu saturé à l'excès tendent leurs téléphones vers une lumière dans le ciel comme un raccourci vers la lumière. Le dernier Samsung ? Le prochain iPhone ? Etrange ! Manquent le slogan, le logo, le message.

On en vient donc à s'interroger sur le sens de cette image. Après une rapide vérification que les jurés travaillent bien pour des agences photos ou dans des rédactions et non pas dans des agences de pub ou à l'édition de réclames, nous voilà contraints de lire la légende qui l'accompagne. « Sur les rivages de Djibouti, des migrants venus d'Afrique tendent vers le ciel leurs téléphones portables dans l'espoir de capter un signal bon marché de la Somalie voisine pour pouvoir contacter leurs parents ou leurs amis restés sur place. Djibouti est un passage obligé pour les candidats à une vie meilleure au Moyen-Orient ou en Europe venant de Somalie, d'Erythrée ou d'Ethiopie. »

L'atterrissage est douloureux. Nous étions confortablement installés dans l'univers d'une image rassurante. Et tout à coup, le réel remonte à la surface, avec d'autant plus de violence que ce n'est pas ce que nous imaginions, pas vraiment ce que nous attendions. Et c'est là, sans doute, dans cette ambivalence, que réside la force de l'image signée John Stanmeyer de l'agence VII : elle nous donne à voir, à contretemps, avec douceur, sur le ton de la séduction, la souffrance, la misère, en se jouant de notre crédulité et non plus de notre sensibilité. Ces hommes qui fuient leur pays nous sont tout à coup familiers. Rendez vous compte ! Comme nous, ils ont des téléphones portables. Comme nous, ils appellent leur famille et, comme nous, ils cherchent le réseau le moins cher.


John Stameyer

Zone d'inconfort
Cette photo a été commandé par le National Geographic, journal américain, populaire et familial, qui soigne particulièrement les images qu'il publie. Dans le même sujet au cours duquel le photographe et le journaliste ont le projet, partant d'Ethiopie, de refaire le chemin emprunté par les hommes depuis les origines, on peut voir la photo du cadavre d'un homme mort dans sa tentative de traversée du désert.


Out of Eden © John Stanmeyer

Le jury du World Press a décidé de récompenser une image qui nécessite une légende pour être comprise. Ce n'est pas une première. On se souvient de la photo d'Anthony Suau de 2008 d'un policier américain, arme au poing, dans une maison dont les habitants avaient été expulsés en écho à la crise des subprimes ou celle de Pietro Masturzo, à peine lisible, de ces gens qui criaient sur les toits de Téhéran en 2009 leur opposition et leur indignation face au pouvoir qui leur avait volé le résultat des élections.. Nous n'avons pas oublié non plus la femme en 1997 qui criait sa douleur à l'hôpital d'Alger apprenant que toute sa famille avait été massacré à Benthala.


 World Press : Photo de l'année 2008 © Anthony Suau


World Press : Photo de l'année 2009 © Pietro Masturzo 


World Press : Photo de l'année 1997 © Hocine Zaourar/AFP Image Forum

Dans ces exemples où l'esthétique était très prégnante, la question se posait de savoir où nous étions, ce qui se passait ou ce qui était arrivé? Avec ces images, les photographes nous interrogent, nous obligent à aller vers l'information, à la chercher, à la comprendre. Ils ne se contentent pas juste de nous la délivrer et de nous conforter dans des représentations rassurantes qui parfois deviennent des clichés.
Ils envisagent leur métier avec cette double ambition de nous rendre le monde visible et de se jouer de la manière dont nous le percevons. Ils ont compris que cela ne suffit plus d'être au bon endroit au bon moment et de témoigner en mode binaire de ce que devient le monde. Ce ne sont pas forcément les images qui se vendent le mieux, ce sont celles qui nécessitent un accompagnement éditorial ambitieux et complexe. Il est juste que le World Press en récompensant leur travail, les place quelques instants, à leur tour, dans la lumière.

 Source Télérama

samedi 6 août 2022

Photos-World Press Photo 2014

 World Press Photo 2014



World Press Photo 2014 John Stameyer/VII

 John Stanmeyer a remporté le World Press Photo 2014.

L'esthétique du désespoir.
Le prestigieux prix de photojournalisme décerné cette année à une image léchée et magnifiée comme celle d'une pub ? Pas si simple.
Quelle idée saugrenue, quel excès de substances illicites (le jury se réunit à Amsterdam, ne l'oublions pas) ont fait que cette année, c'est une image de pub qui a remporté le World Press Photo, le prix le plus prestigieux pour la photo de presse ? On imagine sans mal que ce fut là, la première réaction de beaucoup d'observateurs en découvrant l'image primée. Une image publicitaire jusqu'à la caricature : des silhouettes d'hommes, fines et élégantes, sur un fond de ciel bleu saturé à l'excès tendent leurs téléphones vers une lumière dans le ciel comme un raccourci vers la lumière. Le dernier Samsung ? Le prochain iPhone ? Etrange ! Manquent le slogan, le logo, le message.

On en vient donc à s'interroger sur le sens de cette image. Après une rapide vérification que les jurés travaillent bien pour des agences photos ou dans des rédactions et non pas dans des agences de pub ou à l'édition de réclames, nous voilà contraints de lire la légende qui l'accompagne. « Sur les rivages de Djibouti, des migrants venus d'Afrique tendent vers le ciel leurs téléphones portables dans l'espoir de capter un signal bon marché de la Somalie voisine pour pouvoir contacter leurs parents ou leurs amis restés sur place. Djibouti est un passage obligé pour les candidats à une vie meilleure au Moyen-Orient ou en Europe venant de Somalie, d'Erythrée ou d'Ethiopie. »

L'atterrissage est douloureux. Nous étions confortablement installés dans l'univers d'une image rassurante. Et tout à coup, le réel remonte à la surface, avec d'autant plus de violence que ce n'est pas ce que nous imaginions, pas vraiment ce que nous attendions. Et c'est là, sans doute, dans cette ambivalence, que réside la force de l'image signée John Stanmeyer de l'agence VII : elle nous donne à voir, à contretemps, avec douceur, sur le ton de la séduction, la souffrance, la misère, en se jouant de notre crédulité et non plus de notre sensibilité. Ces hommes qui fuient leur pays nous sont tout à coup familiers. Rendez vous compte ! Comme nous, ils ont des téléphones portables. Comme nous, ils appellent leur famille et, comme nous, ils cherchent le réseau le moins cher.


John Stameyer

Zone d'inconfort
Cette photo a été commandé par le National Geographic, journal américain, populaire et familial, qui soigne particulièrement les images qu'il publie. Dans le même sujet au cours duquel le photographe et le journaliste ont le projet, partant d'Ethiopie, de refaire le chemin emprunté par les hommes depuis les origines, on peut voir la photo du cadavre d'un homme mort dans sa tentative de traversée du désert.


Out of Eden © John Stanmeyer

Le jury du World Press a décidé de récompenser une image qui nécessite une légende pour être comprise. Ce n'est pas une première. On se souvient de la photo d'Anthony Suau de 2008 d'un policier américain, arme au poing, dans une maison dont les habitants avaient été expulsés en écho à la crise des subprimes ou celle de Pietro Masturzo, à peine lisible, de ces gens qui criaient sur les toits de Téhéran en 2009 leur opposition et leur indignation face au pouvoir qui leur avait volé le résultat des élections.. Nous n'avons pas oublié non plus la femme en 1997 qui criait sa douleur à l'hôpital d'Alger apprenant que toute sa famille avait été massacré à Benthala.


 World Press : Photo de l'année 2008 © Anthony Suau


World Press : Photo de l'année 2009 © Pietro Masturzo 


World Press : Photo de l'année 1997 © Hocine Zaourar/AFP Image Forum

Dans ces exemples où l'esthétique était très prégnante, la question se posait de savoir où nous étions, ce qui se passait ou ce qui était arrivé? Avec ces images, les photographes nous interrogent, nous obligent à aller vers l'information, à la chercher, à la comprendre. Ils ne se contentent pas juste de nous la délivrer et de nous conforter dans des représentations rassurantes qui parfois deviennent des clichés.
Ils envisagent leur métier avec cette double ambition de nous rendre le monde visible et de se jouer de la manière dont nous le percevons. Ils ont compris que cela ne suffit plus d'être au bon endroit au bon moment et de témoigner en mode binaire de ce que devient le monde. Ce ne sont pas forcément les images qui se vendent le mieux, ce sont celles qui nécessitent un accompagnement éditorial ambitieux et complexe. Il est juste que le World Press en récompensant leur travail, les place quelques instants, à leur tour, dans la lumière.

 Source Télérama

Photos-World Press Photo 2013

 World Press Photo 2013



World Press Photo 2013 ©Paul Hansen

 Paul Hansen a remporté le World Press Photo 2013.

Cette photo a été prise en Palestine, à Gaza, le 20 novembre dernier, par le Suédois Paul Hansen. Ces deux gosses, deux frères âgés de 2 et 3 ans ont été tués dans leur maison par un missile israélien.

On les emmène à la mosquée pour la cérémonie. Des funérailles musulmanes. On notera donc qu’il n’y a aucune femme dans ce cortège. La douleur et la colère sont ici exclusivement masculines. Cette image déborde d’émotions. Ses bords en craquent de toutes parts. L’étroitesse de la ruelle ne canalise pas la violence, elle la compresse et la rend explosive. Pas de doute, c’est une bonne image. Même si son auteur a vraiment eu la main lourde dans ses retouches sur Photoshop. Ses intentions sont claires. En saturant ses couleurs, il cherche à sortir son cliché de l’instantané, à le rendre comparable à une peinture. C’est plus noble. On n’est plus dans l’actualité fugace, qui passe — semble-t-il nous dire — mais dans le temps long de l’Histoire. Il a également blanchi les petits linceuls pour en rajouter dans le pathos, dans le symbole de la pureté et de l’innocence fauchée.

Cette image a plu. Enormément. Elle vient d’être couronnée par le prix international le plus prestigieux, le World Press 2013. Méritait-elle d’être consacrée comme l’image de l’année ? Doit-elle être l’exemple à suivre pour tous les photojournalistes qui souhaitent décrocher le Graal représenté par ce prix ? On ne le croit pas. Elle a bien sûr sa place dans les journaux. Comme une information atroce, insoutenable, à diffuser comme toutes les horreurs de cette planète. Mais sa faiblesse est précisément qu’elle ne cherche qu’à atteindre nos émotions de plein fouet. A nous tirer des larmes, pas à nous faire penser. La photo d’actualité peut faire beaucoup mieux. Le World Press l’a déjà prouvé.


Paul Hansen

Photos-World Press Photo 1997

 World Press Photo 1997



World Press Photo 1997 ©Hocine Zaourar

 Hocine Zaourar a remporté le World Press Photo 1997.

Hocine Zaourar est photographe de presse. Il vit à Alger. Il est né le 18 décembre 1952 à Birmandreis près d’Alger, en Algérie.
Originaire d'une famille modeste, il a découvert la photographie de manière autodidacte.

D’abord artiste photographe, il s’est ensuite orienté vers le photojournalisme à partir du milieu des années 1980. Il fut le correspondant algérien pour l’Agence Sipa Press entre 1987 et 1990 puis pour Reuteurs de 1990 à 1992 avant d’intégrer l’Agence France Presse durant la décennie noire, en 1993.
Il a couvert de nombreux conflits dont ceux du Rwanda, du Zaïre, de Gaza ou encore de Somalie.

Pour des raisons de sécurité, seul son prénom sera rendu public. Sa photographie "Massacre à Benthala" (23 septembre 1997) fera la une de plus de 700 quotidiens dans le monde entier sauf en Algérie. Quelques jours plus tard, Michel Guerrin, spécialiste de la photographie au Monde, choisit comme titre à son article "Une Madone en enfer" (article paru dans l'édition du 26.09.97). Dès lors, la polémique autour de "La Madone de Benthala" restera ouverte, jusqu'à aujourd'hui où il reste déplacé de parler de cette image en Algérie... ou en France.

La polémique n'intimidera pas les membres du jury du Prix World Press qui consacreront cette image comme image de l'année 1997.


Hocine Zaourar 

vendredi 5 août 2022

Photos-World Press Photo 2011

 World Press Photo 2011


WORLD PRESS PHOTO DE L'ANNÉE 2011- Fatima al-Qaws console son fils Saïd (18 ans), blessé lors d'une manifestation à Sanaa, au Yémen © Samuel Aranda pour The New York Times

Le 55e World Press Photo a décerné son Ier prix au photographe espagnol Samuel Aranda pour un cliché réalisé au Yémen pendant les évènements du Printemps arabe.

L'image n'est pas sans évoquer la Pieta algérienne de Hocine primée en 1997. La souffrance des mères ou des enfants sont des thèmes récurrent dans le choix du jury. Si en 1955 le premier World Press récompense la chute cocasse d'un concurrent de course de moto cross, dès l'année suivante la tragédie humaine en devient le credo. Le prix sera donné à l'image d'une petite fille en larmes photographiée par Helmuth Pirath. Concours créé par le syndicat des photojournalistes néerlandais, il est aujourd'hui le plus prestigieux concours international de photojournalisme. 5247 photographes de 124 nationalités ont envoyé un dossier. La sélection finale s'est faite parmi 101 254 photos présentées de façon anonyme.


Samuel Aranda


2e prix Photos isolées ARTS & SPECTACLES - Un mannequin pose devant un atelier d'un tailleur pendant la Semaine de la Mode de Dakar, Sénégal © Vincent Boisot / Riva Press pour le Figaro Magazine

1er prix Reportages ARTS & SPECTACLES - Marika Bajur chante dans le restaurant Eurasia à Sotchi, cette ville balnéaire qui attire surtout les vacanciers russes © Rob Hornstra/ Institute for Artist Management

1er prix Reportage NATURE - Une des équipes de lutte anti-braconnage, garde jour et nuit un rhinocéros blanc du nord (parc d'Ol Pejeta, Kenya), où vivent quatre des huit derniers de cette espèce © Brent Stirton / Reportage by Getty Images pour National Geographic Magazine

1er prix Photos isolées SUJETS CONTEMPORAINS - Maria, prostituée et toxicomane, se repose entre deux clients dans la pièce qu'elle loue à Kryvyi Rih, Ukraine © Brent Stirton / Reportage by Getty Images pour Kyiv Post / The Sunday Times Magazine

1er prix Reportages SUJETS CONTEMPORAINS - Tahani (en rose), mariée à l'âge de six ans, et son ancienne camarade de classe Ghada, également une enfant mariée, posent près de chez elles avec leurs maris à Hajjah, au Yémen © Stephanie Sinclair / VII Photo Agency pour National Geographic Magazine

1er prix Reportages PROTAGONISTES DE FAITS DIVERS - Chieko Matsukawa montre le diplôme de sa fille, retrouvé dans les ruines de sa maison (Higashimatsushima, Japon) © Yasuyoshi Chiba / Agence France-Presse

jeudi 4 août 2022

Photos-World Press Photo 2008

World Press Photo 2008


©Anthony Suau

Le prix de la meilleure photo de presse de l’année 2008 fut décerné à Anthony Suau.

La scène, dramatisée par l’emploi du noir et blanc, se déroule à Cleveland, Ohio, alors qu’un policier patrouille arme au poing dans un logement de toute évidence abandonné par ses occupants ruinés, dans le scandale des prêts hypothécaires. L’absurdité de la scène mais aussi le poids de cette actualité, qui a entraîné le monde dans une crise économique douloureuse, ont certainement fait pencher le jury en faveur de cette photo.
Spécialiste du noir et blanc, à 52 ans Anthony Suau n’est pas un débutant. Photographe attitré de Time depuis 1991 et fournisseur d’une dizaine d’agences, il avait remporté le même prix en 1987 (manifestations en Corée du sud) et un prix Pullitzer en 1984 (famine en Ethiopie). Il détient la Médaille d’or Robert Capa pour son travail en Tchétchénie en 1995 et 1996.


Anthony Suau

Photos-World Press Photo 2009

 World Press Photo 2009


© Pietro Masturzo

Pietro Masturzo a remporté le World Press Photo 2009.

Il faut un temps d’adaptation pour vraiment apprécier cette image de l’Italien Pietro Masturzo, qui vient de remporter le plus prestigieux des prix de la photographie de presse. On y voit une femme sur un toit. Avec la légende, tout s’éclaire. Et elle s’impose…
  
Au premier abord, cette victoire est une surprise. Pourquoi cette image d'un paysage de ville, prise à la tombée du jour, remporte le premier prix, qui récompense habituellement une image prise dans le feu de l'action, au cœur d'une actualité brûlante ?

C’est seulement au bout de quelques secondes quand, sur son écran, on agrandit l'image et qu'apparaît la légende qui l'accompagne, que ce choix devient une évidence, et que l'image prend tout son sens.
C'est la photographie d'une femme sur un toit de Téhéran, le 24 juin, qui crie sa colère contre les résultats contestés de l'élection présidentielle iranienne, qui a vu la victoire de Mahmoud Ahmadinejad. Après les manifestations de la journée, des femmes et des hommes dans la ville montent sur les toits, sortent sur les balcons pour crier des slogans hostiles au régime ou à la gloire d'Allah qui se répondent en écho dans la nuit.
Le choix qu’a fait Pietro Masturzo de garder l'atmosphère de la ville nous donne à voir, à sentir la quiétude d'une nuit d'été dans la capitale iranienne déchirée par le courage d'une femme dans l'expression de sa révolte. Chaque recoin, chaque fenêtre nous dit la menace et la peur.

Rares sont les images qui nous laissent cette liberté de lecture, qui parlent à notre imaginaire sans rien nous dicter et qui finissent par s'imposer, loin des clichés trop vite vus et très vite oubliés.


Pietro Masturzo

Photos-World Press Photo 2010


World Press Photo 2010

©Jodi Bieder

La photographe Jodi Bieber remporte le prix de la « Photo de l’année 2010″ et du « Portrait » du World Press Photo avec son portrait d’une Afghane mutilée.

Cette jeune femme, Bibi Aisha dont le nez et les oreilles ont été coupés par les talibans a connu la mutilation pour avoir fuit la maison conjugale. Originaire de la province de Oruzgan en Afghanistan, cette jeune fille de 18 ans, battue par son mari qui était retournée chez ses parents a été rattrapée par des talibans qui lui « ont fait justice ». Abandonnée, elle a été secourue par des humanitaires et militaires américains. Recueillie dans un refuge pour femmes à Kaboul, elle a reçu des soins aux Etats-Unis et une opération de chirurgie reconstructive. Elle n’est pas retournée dans son pays.

Jodi Bieder avait déjà remporté 8 prix du World Press Photo dans différentes catégories et elle devient seulement le deuxième photographe d’Afrique du Sud à remporter le prix suprême. Elle est représentée par le Institute for Artist Management and Goodman Gallery.

Pour David Burnett, président du jury, photojournaliste et membre fondateur de Contact Press Images : «Ceci pourrait devenir le genre de photo dont, si quelqu’un dit tu sais, la photo de cette fille, tout le monde saura exactement de quelle photo on parle. Il n’y en a peut-être que dix sur une vie»


Jordie Bieder

mardi 14 juillet 2020

Photos-World Press Photo 1963


World Press Photo 1963


©Malcolm.W.Browne

 Malcolm.W.Browne a remporté le World Press Photo 1963.

Ce jour de l’été 1963 à Saigon, des moines bouddhistes avisent les correspondants de presse qu’un évènement grave va subvenir. Un seul viendra, Malcolm W Browne.

Sous ses yeux et devant son objectif, un moine s’assied au milieu d’un grand carrefour de Saïgon, 2 autres moines l’arrosent d’essence et l’enflamme.

Ce suicide par auto immolation visait à protester contre le régime dictatorial proaméricain du président vietnamien Ngô Dinh Diêm.

Le lendemain, cette photo sera sur le bureau du président John Fitzgerald Kennedy à Washington, qui appela l’ambassadeur US à Saigon, Henry Cabot Lodge pour lui dire
« Plus jamais çà ! »

Néanmoins, d'autres immolations publiques suivront et les mouvements d'opposition seront sévèrement réprimés par le pouvoir.

En novembre, un coup d'Etat renversera le gouvernement de Ngô Dinh Diêm qui sera fusillé. En 1964, les Etats-Unis décideront d'envoyer des troupes au Vietnam afin de s'opposer à l'avancée communiste.


Malcolm W. Browne

Photos-World Press Photo 1997

World Press Photo 1997


World Press Photo 1997 ©Hocine Zaourar

 Hocine Zaourar a remporté le World Press Photo 1997.

Hocine Zaourar est photographe de presse. Il vit à Alger. Il est né le 18 décembre 1952 à Birmandreis près d’Alger, en Algérie.
Originaire d'une famille modeste, il a découvert la photographie de manière autodidacte.

D’abord artiste photographe, il s’est ensuite orienté vers le photojournalisme à partir du milieu des années 1980. Il fut le correspondant algérien pour l’Agence Sipa Press entre 1987 et 1990 puis pour Reuteurs de 1990 à 1992 avant d’intégrer l’Agence France Presse durant la décennie noire, en 1993.
Il a couvert de nombreux conflits dont ceux du Rwanda, du Zaïre, de Gaza ou encore de Somalie.

Pour des raisons de sécurité, seul son prénom sera rendu public. Sa photographie "Massacre à Benthala" (23 septembre 1997) fera la une de plus de 700 quotidiens dans le monde entier sauf en Algérie. Quelques jours plus tard, Michel Guerrin, spécialiste de la photographie au Monde, choisit comme titre à son article "Une Madone en enfer" (article paru dans l'édition du 26.09.97). Dès lors, la polémique autour de "La Madone de Benthala" restera ouverte, jusqu'à aujourd'hui où il reste déplacé de parler de cette image en Algérie... ou en France.

La polémique n'intimidera pas les membres du jury du Prix World Press qui consacreront cette image comme image de l'année 1997.


Hocine Zaourar 

Photos-World Press Photo 2009

World Press Photo 2009

© Pietro Masturzo

Pietro Masturzo a remporté le World Press Photo 2009.

Il faut un temps d’adaptation pour vraiment apprécier cette image de l’Italien Pietro Masturzo, qui vient de remporter le plus prestigieux des prix de la photographie de presse. On y voit une femme sur un toit. Avec la légende, tout s’éclaire. Et elle s’impose…
  
Au premier abord, cette victoire est une surprise. Pourquoi cette image d'un paysage de ville, prise à la tombée du jour, remporte le premier prix, qui récompense habituellement une image prise dans le feu de l'action, au cœur d'une actualité brûlante ?

C’est seulement au bout de quelques secondes quand, sur son écran, on agrandit l'image et qu'apparaît la légende qui l'accompagne, que ce choix devient une évidence, et que l'image prend tout son sens.
C'est la photographie d'une femme sur un toit de Téhéran, le 24 juin, qui crie sa colère contre les résultats contestés de l'élection présidentielle iranienne, qui a vu la victoire de Mahmoud Ahmadinejad. Après les manifestations de la journée, des femmes et des hommes dans la ville montent sur les toits, sortent sur les balcons pour crier des slogans hostiles au régime ou à la gloire d'Allah qui se répondent en écho dans la nuit.
Le choix qu’a fait Pietro Masturzo de garder l'atmosphere de la ville nous donne à voir, à sentir la quiétude d'une nuit d'été dans la capitale iranienne déchirée par le courage d'une femme dans l'expression de sa révolte. Chaque recoin, chaque fenêtre nous dit la menace et la peur.

Rares sont les images qui nous laissent cette liberté de lecture, qui parlent à notre imaginaire sans rien nous dicter et qui finissent par s'imposer, loin des clichés trop vite vus et très vite oubliés.


Pietro Masturzo

Photos-World Press Photo 2008


World Press Photo 2008


©Anthony Suau

Le prix de la meilleure photo de presse de l’année 2008 fut décerné à Anthony Suau.

La scène, dramatisée par l’emploi du noir et blanc, se déroule à Cleveland, Ohio, alors qu’un policier patrouille arme au poing dans un logement de toute évidence abandonné par ses occupants ruinés, dans le scandale des prêts hypothécaires. L’absurdité de la scène mais aussi le poids de cette actualité, qui a entraîné le monde dans une crise économique douloureuse, ont certainement fait pencher le jury en faveur de cette photo.
Spécialiste du noir et blanc, à 52 ans Anthony Suau n’est pas un débutant. Photographe attitré de Time depuis 1991 et fournisseur d’une dizaine d’agences, il avait remporté le même prix en 1987 (manifestations en Corée du sud) et un prix Pullitzer en 1984 (famine en Ethiopie). Il détient la Médaille d’or Robert Capa pour son travail en Tchétchénie en 1995 et 1996.


Anthony Suau

Photos-World Press Photo 2010


World Press Photo 2010

©Jodi Bieder

La photographe Jodi Bieber remporte le prix de la « Photo de l’année 2010″ et du « Portrait » du World Press Photo avec son portrait d’une Afghane mutilée.

Cette jeune femme, Bibi Aisha dont le nez et les oreilles ont été coupés par les talibans a connu la mutilation pour avoir fuit la maison conjugale. Originaire de la province de Oruzgan en Afghanistan, cette jeune fille de 18 ans, battue par son mari qui était retournée chez ses parents a été rattrapée par des talibans qui lui « ont fait justice ». Abandonnée, elle a été secourue par des humanitaires et militaires américains. Recueillie dans un refuge pour femmes à Kaboul, elle a reçu des soins aux Etats-Unis et une opération de chirurgie reconstructive. Elle n’est pas retournée dans son pays.

Jodi Bieder avait déjà remporté 8 prix du World Press Photo dans différentes catégories et elle devient seulement le deuxième photographe d’Afrique du Sud à remporter le prix suprême. Elle est représentée par le Institute for Artist Management and Goodman Gallery.

Pour David Burnett, président du jury, photojournaliste et membre fondateur de Contact Press Images : «Ceci pourrait devenir le genre de photo dont, si quelqu’un dit tu sais, la photo de cette fille, tout le monde saura exactement de quelle photo on parle. Il n’y en a peut-être que dix sur une vie»



Jordie Bieder

Photos-World Press Photo 2011

World Press Photo 2011

WORLD PRESS PHOTO DE L'ANNÉE 2011- Fatima al-Qaws console son fils Saïd (18 ans), blessé lors d'une manifestation à Sanaa, au Yémen © Samuel Aranda pour The New York Times

Le 55e World Press Photo a décerné son Ier prix au photographe espagnol Samuel Aranda pour un cliché réalisé au Yémen pendant les évènements du Printemps arabe.

L'image n'est pas sans évoquer la Pieta algérienne de Hocine primée en 1997. La souffrance des mères ou des enfants sont des thèmes récurrent dans le choix du jury. Si en 1955 le premier World Press récompense la chute cocasse d'un concurrent de course de moto cross, dès l'année suivante la tragédie humaine en devient le credo. Le prix sera donné à l'image d'une petite fille en larmes photographiée par Helmuth Pirath. Concours créé par le syndicat des photojournalistes néerlandais, il est aujourd'hui le plus prestigieux concours international de photojournalisme. 5247 photographes de 124 nationalités ont envoyé un dossier. La sélection finale s'est faite parmi 101 254 photos présentées de façon anonyme.


Samuel Aranda


2e prix Photos isolées ARTS & SPECTACLES - Un mannequin pose devant un atelier d'un tailleur pendant la Semaine de la Mode de Dakar, Sénégal © Vincent Boisot / Riva Press pour le Figaro Magazine

1er prix Reportages ARTS & SPECTACLES - Marika Bajur chante dans le restaurant Eurasia à Sotchi, cette ville balnéaire qui attire surtout les vacanciers russes © Rob Hornstra/ Institute for Artist Management

1er prix Reportage NATURE - Une des équipes de lutte anti-braconnage, garde jour et nuit un rhinocéros blanc du nord (parc d'Ol Pejeta, Kenya), où vivent quatre des huit derniers de cette espèce © Brent Stirton / Reportage by Getty Images pour National Geographic Magazine

1er prix Photos isolées SUJETS CONTEMPORAINS - Maria, prostituée et toxicomane, se repose entre deux clients dans la pièce qu'elle loue à Kryvyi Rih, Ukraine © Brent Stirton / Reportage by Getty Images pour Kyiv Post / The Sunday Times Magazine

1er prix Reportages SUJETS CONTEMPORAINS - Tahani (en rose), mariée à l'âge de six ans, et son ancienne camarade de classe Ghada, également une enfant mariée, posent près de chez elles avec leurs maris à Hajjah, au Yémen © Stephanie Sinclair / VII Photo Agency pour National Geographic Magazine

1er prix Reportages PROTAGONISTES DE FAITS DIVERS - Chieko Matsukawa montre le diplôme de sa fille, retrouvé dans les ruines de sa maison (Higashimatsushima, Japon) © Yasuyoshi Chiba / Agence France-Presse