jeudi 10 septembre 2026

Billets-Entretien avec Yann Moulier Boutang

 



Taxons toutes les transactions financières !


Propos recueillis par Vincent Remy (Télérama)


Impôt sur le revenu, TVA... Notre fiscalité est obsolète parce que le capitalisme a muté, affirme l'économiste Yann Moulier Boutang. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de la “pollinisation”. Explications.


Et si la gauche se trompait de combat en se focalisant sur l'impôt sur le revenu ? Et si les mutations du capitalisme rendaient cet impôt obsolète ? Normalien, philosophe, proche du penseur d'extrême gauche Toni Negri, Yann Moulier Boutang, qui a rejoint les Verts en 1999, est l'économiste français le plus hétérodoxe du moment. Dans L'Abeille et l'Economiste, paru l'an dernier, il développe une thèse audacieuse et féconde : en se tournant vers l'intelligence, l'immatériel, le numérique, le capitalisme a engendré une finance hypertrophiée. En plein débat sur la fiscalité, ce fédéraliste européen, « mondialiste écologiste », affirme donc que seule une taxe sur les transactions financières permettrait à l'Europe de mener une politique d'avenir, tout en protégeant ses citoyens de la pauvreté. De Rio de Janeiro, c'est évidemment sur Skype que cet admirateur de Lula a choisi de nous parler...


Que vous inspirent les derniers soubresauts de la crise que nous vivons depuis 2008 ?

Prenons l'exemple de la Grèce. En 2001, ce pays ayant rejoint la zone euro, une brillante économiste de la Goldman Sachs, formée à la London School, gratin du gratin, a proposé les services de sa banque au gouvernement grec pour qu'il trouve de quoi se financer sur les marchés. La banque a touché une commission ; ensuite elle a produit des chiffres truqués pour que la Grèce obtienne une bonne note auprès des agences de notation ; enfin, elle a pris ce qu'on appelle des « positions », c'est-à-dire a parié sur le fait que la Grèce se casserait la figure. Et quand ça a été le cas, la Goldman Sachs a gagné beaucoup d'argent...


Pourtant, vous refusez de faire le procès de la finance de marché. Vous dites même être son « avocat du diable »...

Dire « la finance, c'est pas bien, c'est immoral » n'avance à rien. Si l'on ajoute « c'est toujours les mêmes, des protestants ! » (ce qui est à la mode dans les pays catholiques), « des juifs ! » (à la mode dans les pays protestants), des « Occidentaux ! » (à la mode dans les pays arabes), on crée un populisme idiot. J'aimerais que l'on comprenne que ce n'est pas la finance en elle-même qui est scandaleuse, mais un certain nombre de pratiques que l'on peut combattre par des stratégies intelligentes.


En quoi la finance est-elle indispensable ?

Elle détermine le prix immédiat de la valeur du futur. C'est une opération fondamentale, sans laquelle les projets ne peuvent se faire. Sans la finance, seuls les gens qui ont déjà de l'argent pourraient faire quelque chose. Dès le XIVe siècle, elle a été le repère des économies en croissance, contre les économies stagnantes. Le problème est qu'en ayant créé une interdépendance généralisée la finance contemporaine a acquis une impunité vis-à-vis des Etats.


Pourquoi la sphère financière a-t-elle pris une telle ampleur ?

C'est le résultat d'une mutation économique. Pendant ce qu'on a appelé les Trente Glorieuses, les Etats-Unis et l'Europe ont connu une croissance jamais vue sur une si longue période de 5 % par an, ce qui signifiait un doublement de la richesse tous les quinze ans. L'Etat avait pénétré le capitalisme et y jouait un rôle central, par la planification industrielle. Mais on oublie que cette croissance s'est faite avec une énergie à bas coût et l'exploitation de la main-d'œuvre immigrée. En 1973, le coût du pétrole a brutalement remonté, et les migrants qu'on faisait venir ont commencé à coûter un peu plus cher. On a connu une décennie de stagnation économique et une violente instabilité monétaire.


Quelle a été la réponse du système à cette stagnation ?

Elle a été double. La mondialisation, tout d'abord, qui est passée par des délocalisations. Avec la chute du communisme, le capitalisme a reçu un coup de fouet en investissant dans les pays d'Europe centrale et en Chine. Les emplois industriels les moins qualifiés ont disparu en Occident, au bénéfice des ingénieurs, de la conception, des métiers qui créent la valeur ajoutée. La déréglementation, ensuite, sous l'influence des économistes néolibéraux, qui ont « inspiré » Thatcher et Reagan. Jusque dans les années 1970, les augmentations de salaire étaient régulières. A partir de 1980, ils ont dit : c'est terminé, épargnez de l'argent, et cet argent, vous le ferez travailler et cela vous rapportera plus que votre travail. Un nombre incalculable de gens se sont retrouvés dépendants des marchés financiers. En France, le nombre de détenteurs d'actions et d'obligations est passé de un million en 1978 à douze millions en 2007.


Vous refusez pourtant de condamner la mondialisation ?

Elle a sorti 400 millions de Chinois et 300 millions d'Indiens de la misère... Bien sûr, aujourd'hui, les Bourses sont inquiètes de l'endettement américain, mais pas seulement. Elles sont inquiètes parce que la valeur du futur n'est pas facile à déterminer. Le futur, ce sont les investissements écologiques. Mais que vaut le réchauffement climatique ? Combien va-t-il falloir investir ? Le rapport Stern a dit 1 % du PIB par an. Pour des pays qui font péniblement 2 % de croissance comme le nôtre, c'est colossal. L'Europe traîne une croissance anémiée, donc dispose de peu d'argent pour investir, car avec la crise financière de 2008 elle a chargé la barque de l'endettement. La Chine voit s'achever le cycle de la main-d'œuvre pas chère et inépuisable. Les marchés observent un monde de plus en plus instable : révolutions arabes, émeutes anglaises, révoltes en Espagne, en Grèce. Donc, la nervosité gagne...


D'autant que l'économie s'est extraordinairement financiarisée...

Il y a surtout interdépendance de tout, tout est imbriqué, la dette grecque a fait la fortune de la BNP et de la Société Générale. L'endettement de l'Irlande a impliqué les banques anglaises jusqu'au cou. Alors, cette finance hypertrophiée, pourquoi ne peut-on s'en débarrasser, la jeter ? Parce qu'il y a un bébé dans l'eau du bain. Ce bébé, c'est la « pollinisation ». L'interdépendance mondiale est comparable à l'opération qu'effectuent les abeilles, qui ne se contentent pas de produire du miel et de la cire, mais fécondent la nature en transportant le pollen de fleur en fleur. Or, on a calculé que la pollinisation des abeilles représentait entre 790 fois et 1 000 fois la valeur de leur production en miel et cire. La vraie richesse produite dans la société est cette pollinisation, née d'Internet et des réseaux.


L'extension du domaine de la finance ne serait que le symptôme d'une nouvelle économie ?

Oui, à l'évidence. Les grandes banques étaient nées avec le capitalisme industriel, qui va de la machine à vapeur jusqu'à l'invention de l'électricité. Une autre finance est née des transformations profondes de l'économie, que j'appelle le capitalisme cognitif : alors que le système industriel reposait sur un ordre militaire – on vous paye tant par mois et vous obéissez aux ordres –, ce qui a de la valeur désormais, ce sont les opérations d'interaction complexe entre les gens, l'intelligence, la capacité à réagir, à créer des éléments de coopération et de confiance. L'économie d'innovation repose sur cette « pollinisation » humaine.


Comment l'évalue-t-on ?

Il s'est passé le mois dernier un événement qui restera dans les livres d'histoire : une entreprise d'informatique, Apple, avec 330 milliards de dollars, a dépassé la capitalisation boursière d'Exxon, première compagnie pétrolière mondiale. Apple l'a fait avec des ordinateurs, mais aussi avec le développement d'« éco-systèmes ». Ce qu'il y a dans l'univers Apple, ce sont des développeurs, des valeurs d'entreprise, de la marque, de l'organisation sociale, de la Californie...


Les entreprises qui innovent ne feraient que capter notre activité de pollinisation ?

Les premiers à avoir fait ça, c'est Google, puis les réseaux sociaux qui offrent un service gratuit à des gens et à leurs amis, et aux amis de leurs amis... Grâce aux traces qu'ils recueillent, ils sont en mesure de créer de nouveaux modèles économiques, qui pulvérisent en rentabilité les vieux modèles.


Comment évalue-t-on cette richesse ?

La Bourse le fait. Quand Microsoft a voulu racheter Facebook, cela a donné une évaluation de 15 milliards de dollars.


Quelle justesse accorder à cette évaluation ?

Apple vaut-il ses 330 milliards de dollars ? Dans l'évaluation d'une capitalisation boursière, il n'y a pas que les actifs matériels, il y a la compétence de la main-d'œuvre, les réseaux de clients, le futur de l'entreprise. Des choses pas toujours faciles à évaluer.


L'évaluation comptable ne serait donc pas suffisante ?

Lorsqu'une entreprise est évaluée par ses comptables à un million de dollars, et qu'elle est achetée deux millions, le sens commun veut que ce soit de la spéculation. Et si cette entreprise avait des actifs cachés, des « immatériels » qui n'apparaissent pas dans les livres de comptes ? Autrement dit, quand la finance « surévalue » une entreprise comme Apple, c'est qu'elle repère un potentiel d'innovation et de captation de nouveaux marchés. Et elle le fait en bousculant les règles : quand vous aviez en fonds propres un million, la finance classique proposait cinq en crédit. La finance de marché, depuis le milieu des années 1980, a dit : chiche, on fait trente-deux de crédit, et vous allez voir que ça va marcher. Elle a senti qu'il y avait du pollen dans l'air ! Elle a procuré les crédits qui ont développé les nouvelles technologies et la Chine.


Il y a tout de même des bulles spéculatives...

Les économistes traditionnels qui évoquent une grande crise systémique se trompent, parce que la base de l'économie a changé. Cette économie de pollinisation qui émerge est un continent nouveau, et nous ne le comprenons pas mieux que Christophe Colomb lorsqu'il a atteint l'Amérique. Bien sûr, je partage l'indignation éthique, politique, face à la cupidité des requins de la finance, mais je vois aussi qu'émerge un continent, et que ce continent, il faut s'en occuper.


Justement, que faut-il faire pour que le coût humain et social soit moins élevé, notamment en Occident ?

Je reconnais qu'on ne peut opposer à quelqu'un qui va tomber dans la misère en Occident le fait qu'il y ait moins de miséreux en Inde et en Chine. Le problème majeur, c'est l'attitude de nos Etats, qui ont laissé s'installer complaisamment depuis quarante ans un mode de gouvernance où l'on traite tout comme des actifs financiers, l'université, l'éducation, la recherche, la santé. Et qui ont laissé s'installer des degrés d'endettement importants sans oser affirmer qu'ils ne sont pas un problème si l'économie est porteuse de valeur. Avant même la crise de 2008, le rapport Pébereau disait : la dette de la France, c'est épouvantable, 14 000 euros par Français ! Si un Français vaut 100 000 euros, 14 000 euros à la naissance, effectivement ça fait beaucoup. Mais si la valeur d'un Français, c'est un million d'euros, c'est ridicule. Quel était en 1945 le taux d'endettement des Etats-Unis, puissance qui allait tirer pendant trente ans la croissance mondiale ? Entre 250 % et 300 % du PIB. Donc, il faut arrêter d'avoir ces réflexes stupides...


Pourquoi les Etats sont-ils paralysés par la question de l'endettement ?

Parce qu'ils sont entre les mains de financiers qui leur ouvrent ou leur ferment les portes du crédit ! D'où l'inaction de Nicolas Sarkozy depuis son discours de Toulon : qu'a-t-il fait contre la finance ? Pas grand-chose. Je ne dis pas que la gauche aurait fait beaucoup mieux. Il faudrait commencer par restaurer des disponibilités financières. Cela peut passer par une réforme de l'impôt sur le revenu comme le pense une partie de la gauche, avec le fameux bouquin de Thomas Piketty sur la révolution fiscale, « on va taxer davantage les riches », ou comme Warren Buffett l'a proposé...


... ainsi que nos seize riches...

Mais cette philosophie, dépassée, ne résoudra pas nos problèmes. Nos impôts restent assis sur une conception de l'économie qui date de David Ricardo, économiste du XIXe siècle, où la richesse est un produit et uniquement un produit. C'est la somme des valeurs ajoutées de ces produits qui définit le produit national brut et sur laquelle est calculée la TVA, impôt injuste puisqu'il touche proportionnellement davantage les pauvres. Mais ce qui compte aujourd'hui, ce n'est plus la production, mais la circulation, et notamment la distribution du crédit : alors qu'on évalue la richesse productive quotidienne à 150 milliards, il y a dans le même temps 1 500 milliards de transactions financières destinées à se protéger des variations des taux de change, et 3 700 milliards en échanges de produits dérivés...


Que faudrait-il faire ?

Taxer toutes les transactions financières ! Plutôt que de débattre d'un niveau d'impôt applicable à ces 150 milliards d'euros, on prélèverait 2 % sur toutes les transactions, du retrait par carte bancaire à l'achat d'actions – et pas uniquement sur les transactions entre pays, comme le proposait la taxe Tobin. Imaginez : 2 % sur les 3 700 milliards de produits dérivés qui font la fortune de la Bourse, de Soros, d'Exxon, des fonds de pension ! Non seulement vous résolvez le problème de la dette, mais vous permettez le fonctionnement normal de l'Etat en supprimant la TVA et l'impôt sur le revenu !


Vous supprimez du même coup la progressivité de l'impôt...

Dans une société démocratique, tout le monde doit contribuer, de façon proportionnelle. Vous savez très bien que, quand on exempte les pauvres d'impôt, les riches les traitent d'assistés, de mendiants. Deuxième avantage : vous dites aux banques, vous vous gavez sur les transactions financières, eh bien vous allez désormais jouer un rôle civique, et on ne vous accusera plus d'être des spéculateurs. Et on aura ainsi un vrai budget de la recherche, un vrai budget social, un vrai budget de l'éducation...


Ce système, je pense qu'on va y venir. Comme on va venir à la réforme de la protection sociale, qui brinquebale parce que le nombre de gens qui ont un emploi salarié diminue. La seule façon d'y remédier, c'est de considérer que tout le monde fait de la pollinisation, activité qui doit donner droit à un « revenu d'existence », pas très éloigné du smic.


Vous ne parlez pas de redistribution, mais de rétribution de la pollinisation...

Oui, il est important de déculpabiliser des gens qu'on a tendance à traiter de cigales, alors que ce sont des abeilles. Le « revenu d'existence » ne serait pas de l'argent pris dans la poche des fourmis qui travaillent et donné à des gens qui ne feraient rien entrer dans la fourmilière. Aujourd'hui, en France, le seul élément de pollinisation reconnu, c'est le statut des intermittents du spectacle. Au Brésil, Lula a donné mensuellement un revenu aux familles, sans autre condition qu'elles envoient les enfants à l'école, ce qui a sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté.


Votre système de taxation ne peut fonctionner à l'échelle d'un pays...

L'Europe a le premier marché du monde en termes de production, d'importations, d'exportations, de patrimoine, de tourisme... commençons par l'Europe ! Nous ne nous en sortirons qu'avec une vision fédérale. Dotons-nous enfin d'un vrai budget européen, donnons-nous la possibilité de faire du déficit pour lancer des plans d'équipement écologiques, par des emprunts, libellés en euro, monnaie qui bénéficie du triple A... Et mettons en place cette taxe sur les transactions, en diminuant progressivement le poids des impôts internes...


C'est un peu ce que viennent de proposer Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ?

On y vient, mais leur taxe serait perçue nationalement, et d'un niveau très faible, car ils refusent un Trésor européen. Pourtant, je ne trace pas des plans sur la comète ! La Banque centrale européenne a soutenu la livre sterling en achetant des obligations britanniques et en les prenant en pension durant la crise anglaise, qui a été la plus profonde et la plus grave – les émeutes en sont le reflet. Elle a assuré la liquidité des banques. Le message de Trichet était que l'Europe se donne les moyens institutionnels d'avoir une vraie banque centrale, avec les attributs d'un Trésor, et des obligations européennes, des eurobonds.


Mais Merkel n'en veut pas...

Merkel ne voulait pas du premier sauvetage des banques, lors du sommet de 2008. Elle a changé d'avis in extremis lorsqu'un de ses conseillers est venu lui souffler à l'oreille qu'une banque allemande s'effondrait... Elle a refait le coup à propos de la Grèce, elle y va à reculons, mais elle y va, car il n'y a pas d'autre solution. Soit l'Europe fait un saut fédéral, soit l'on se dirige vers un démantèlement de l'euro. Les marchés ont compris, ils font une analyse politique précise. Que disent-ils ? Faites-le, et tant que vous ne le faites pas, on se fera du fric sur votre dos...


Votre taxe, n'est-ce pas une utopie ?

Quand une utopie est reprise par des tas d'hommes politiques y compris des ministres de l'Economie et des Finances, j'ai tendance à penser qu'on est sorti du domaine de l'utopie, qui d'ailleurs est une chose noble car elle prépare les réalités de demain. Je pense au contraire qu'on est dans le futur immédiat que simplement beaucoup de gens ne voient pas émerger. La droite reste dans l'idée de bricoler la machine et de ne presque rien changer ; la gauche propose simplement de s'attaquer à la structure actuelle, bien sûr pas satisfaisante, de l'impôt sur le revenu. Mais quid de la TVA, et des ressources nécessaires à la révolution écologique et à l'amélioration de la protection sociale ?


Vous savez que renoncer à un prélèvement fiscal progressif, du point de vue des socialistes, ce n'est pas acceptable ?

Ça, c'est de l'idéologie. Les socialistes savent bien que si l'on veut maintenir et renforcer un haut niveau de protection sociale tout en continuant à exempter d'impôt sur le revenu la moitié des foyers fiscaux, il ne leur faudra pas seulement augmenter l'imposition des très riches... On a le droit d'être de gauche et dire que cette solution ne permettra pas à la fois de financer le revenu des plus pauvres et de mener des politiques ambitieuses.


Les Etats européens lourdement endettés peuvent-ils investir massivement sur la transition écologique ? 

Avec les dettes, le problème n'est jamais de savoir qui est le financier, mais si le financier vit avec vous. Prenons la dette japonaise : 200 % du PIB d'endettement. Aucune agence de notation n'a déclassé le Japon, parce que la dette du Japon est détenue à 95 % par les ménages japonais. Si un emprunt européen était fait à hauteur de la richesse de l'Europe, autour de 700 milliards d'euros, si l'affectation de cet emprunt était connue à l'avance, je ne doute pas que l'investissement populaire sera là. Car le seul endettement fondamental est celui des traites que nous avons tirées sur la Terre. Tous les autres peuvent se régler...  

mercredi 9 septembre 2026

Billets-La Méthode

  



Edgar Morin, La Méthode

 "Le problème n'est pas que vous n'ayez pas été éduqué. Le problème est que vous avez été éduqué juste assez pour croire ce qu'on vous a enseigné, mais pas assez pour remettre en cause tout ce qu'on vous a dit." 

Billets-La désobéissance civile

La désobéissance civile

Il y a quelques années, André Glücksmann prônait la désobéissance civile au sujet du scandale du sang contaminé, qui « n’aurait peut-être jamais existé si, quand il était encore temps, quelqu’un avait civilement désobéi. »

Il est certain que le sang contaminé n’est qu’un exemple parmi bien d’autres : le nuage de Tchernobyl, le distilbène, l’amiante, l’encéphalopathie spongiforme bovine, l’hormone de croissance, les hormones dans la nourriture des animaux, les produits chimiques dans l’agriculture, les centaines de médicaments retirés parce qu’ils avaient tué, alors qu’ils avaient été mis sur le marché après de « longues études sur leur innocuité absolue ». Aucun des véritables responsables de ces délits n’a été sanctionné, excepté, parfois, quelques rares boucs émissaires.
La liste les tueurs potentiels toujours en liberté s’allonge tous les jours mais la plupart des consommateurs de médicaments chimiques l’ignorent la plupart du temps, comme le dernier « petit » scandale de l’Avandia®, qui a été occulté ou presque par les médias alors qu’il pourrait être responsable de plus de 4 000 attaques cardiovasculaires et de 9 000 défaillances cardiaques annuellement aux États-Unis. Selon l'EMA, l'Avandia® ne devrait plus être vendu en Europe d'ici « quelques mois ». Pourquoi ces délais ?

En janvier 2010, l'Afssaps a enfin supprimé le Sibutral®, utilisé pour le traitement de l'obésité car il réduit l'appétit, mais génère de nombreux effets secondaires graves comme l’hypertension artérielle et même des décès en raison de l'absence d'un suivi cardiovasculaire. Ces effets indésirables étaient connus depuis longtemps, parfois dès la mise sur le marché, ou prévisibles à cause de sa parenté chimique avec d’autres médicaments aux effets indésirables graves avérés. L'Italie a retiré le Sibutral® de ses pharmacies il y a 8 ans.

Ces « petits » scandales n’ont pas autant mobilisé les médias que celui du Vioxx®, qui était utilisé par environ deux millions de patients dans le monde, il était retiré du marché, car on estimait alors qu’il était responsable d’environ 28 000 attaques cardiaques et décès depuis sa mise en vente en 1999. A présent, nous savons que le nombre d’accidents cardiaques, attaques ou décès, pourrait s’élever à près de 140 000, rien qu’aux États-Unis. Les décès concerneraient 30 à 40 % d’entre eux. Or, nous ne devons pas oublier que ce poison a été choisi en 2003 comme « médicament de l’année » par plus de 6 000 généralistes dans le cadre du Medec qui récompense le médicament le plus « performant » de l’année sur le plan de la santé.
Tout cela pourrait être imputé à des erreurs involontaires, donc pardonnables, si on n’avait pas appris que le laboratoire avait donné à ses visiteurs médicaux des renseignements mensongers. Les résultats d’un procès qui a eu lieu en 2000 ont bien prouvé la collusion de Merck et de la FDA qui connaissaient l’existence des attaques cardiaques, alors que le laboratoire poursuivait la publicité pour son produit le soir à la télévision. Mais en France, où les laboratoires ont continué à le vendre et les médecins à le prescrire, l'Afssaps a déclaré : « Le risque de complication cardiovasculaire reste cependant faible et n'apparaît qu'à long terme. » Jusqu’à combien de morts le risque reste-t-il « faible » ? Nous sommes habitués à ce genre de protection depuis le désastre de Tchernobyl.

En outre, les effets secondaires des médicaments sont souvent décelés avec de gros retards, et la liste initiale de ces effets étant rarement exhaustive, elle peut être remise en cause à tout moment, même des dizaines d’années plus tard. Ainsi, en mai 2006, un rapport édifiant signalait que le Distilbène dont le scandale est oublié depuis longtemps serait aussi à l’origine d’une véritable série de suicides. La justice a alors demandé une expertise scientifique, car « aucune recherche approfondie n’avait été lancée sur ce sujet ». Que faisait l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) à l’époque ?

Actuellement, c’est le Médiator® qui est sur la sellette, mais il n’est que la partie visible de l’iceberg car l’omerta, cette loi du silence imposée par une mafia, concerne également la vaccination contre l’hépatite B dont on refuse d’admettre les milliers de victimes, celle contre le papillomavirus, qui a pris comme cobayes des milliers de jeunes filles, ou l’autisme généré par certains vaccins mais qui n’intéresse guère nos députés. Sans compter la « grippette » porcine qui représente un scandale international mais n’a pas fini de faire parler d’elle car les accidents vaccinaux (et non grippaux) se manifesteront peu à peu et pendant longtemps.
Qui est ou sera responsable des accidents ? Personne évidemment. Parfois, certains fabricants sont mis en examen, mais ils s’en tirent toujours à leur grand avantage et, surtout, aucun des responsables de la santé publique qui laissent faire sans jamais intervenir n’a été inquiété, ni les ministres de la Santé, ni les organismes chargés d’évaluer les risques sanitaires présentés par les médicaments, alors qu’ils sont tous grandement complices de la désinformation et des mensonges propagés par les fabricants et les médias.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que le grand public va enfin cesser d’écouter les nombreux experts, juge et partie, qui sont à la solde d’une industrie aussi aveugle que criminelle et sortira de son autisme avant que de nouvelles catastrophes ne se manifestent, comme c’est devenu une habitude dans notre pays et même dans le monde.

Tous ces scandales ont de nombreux points communs et une même origine : l’appât du gain au détriment de la santé. Cependant, après chaque scandale, d’éminents « spécialistes » nantis de l’absolution générale nous expliquent avec des trémolos dans la voix que les décisions incriminées étaient justifiées par les « données actuelles de la science », d’autant qu’à présent, à la notion de « responsable mais pas coupable » s’est ajoutée celle de « coupable mais pas condamnable ».

Au fil des ans, dans tous les pays, les catastrophes sanitaires connaissent les mêmes phases de déroulement. L’industrie nous abreuve d’informations venant de scientifiques corrompus qui produisent des contre-expertises truquées et, alors que les rapports de maladies et de décès se multiplient, nos gouvernants persistent à se référer aux expertises sécurisantes, à nier toute relation entre le produit et ses effets délétères, et interdisent aux scientifiques contestataires de s’exprimer en public, n’hésitant pas à discréditer leurs travaux.

De toute manière, tant que les rares responsables condamnés ne le seront qu’à des amendes, si importantes soient-elles, ils récidiveront car le risque est loin d’égaler le bénéfice. Le seul moyen de les empêcher de nuire est de les emprisonner avec des condamnés de droit commun, comme toute personne ayant commis un crime.
Dans son "Carnet d’un biologiste", Jean Rostand constatait : « Je croyais qu’un savant était un homme qui cherche la vérité, alors que c’est souvent un homme qui vise une place ». Il est certain que tout scientifique consciencieux se pose des questions d’éthique à chaque moment, mais le consensus scientifique privilégie plutôt les recherches qui ne le perturbent pas trop, alors que le propre de la science devrait être de pouvoir sans cesse remettre en question des idées reçues. De la sorte, si notre société est loin d’être informée, les scientifiques eux-mêmes ne le sont pas de manière systématique. D’abord parce qu’ils ignorent souvent ce qui ne relève pas de leur strict domaine d’investigation, ensuite parce qu’ils n’ont pas toujours, dans ce même domaine, une vision univoque de la réalité.

Si une grande partie des scientifiques et des professionnels de santé a perdu toute conscience c’est parce que notre époque est celle de la compétition et de la surconsommation dans laquelle le profit règne à tous les niveaux, et qu’ils se sentent à l’abri de toute critique grâce au lavage de cerveau infligé à la population générale.

Il ne faut donc pas compter sur eux pour faire changer les choses, seuls les consommateurs peuvent agir. Or, dans son ouvrage "Le Meilleur des mondes", écrit en 1932, Aldous Huxley prédisait l'avènement d'une dictature scientifique dont les sujets en viendraient à abandonner l'idée même de révolution. Visionnaire de génie, il décrivait une dictature parfaite qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s'évader et un système de dépendance où les esclaves, anesthésiés par la consommation et les divertissements, ne se poseraient aucune question et « aimeraient leur servitude ».
En 1961, lors d’une conférence donnée à Santa Barbara, en Californie, au sujet du contrôle du comportement humain, Aldous Huxley confirmait ses propos et anticipait : « Il existera, dans la prochaine génération, une méthode pharmacologique pour que les gens chérissent leur servitude et génèrent, pour ainsi dire sans plaintes, une sorte de camp de concentration pour des sociétés entières, alors que les peuples verront leur liberté confisquée, mais s’en réjouiront plutôt, car ils seront dépouillés de tout désir de révolte par la propagande et le lavage de cerveau prodigué par des méthodes pharmaceutiques. Et cela sera la révolution finale. »

Ne sommes-nous pas, aujourd’hui, dans ce « meilleur des mondes », où les informations frisent la propagande et le lavage de cerveau, où nos « gouvernants » s’érigent en maîtres à penser et ne supportent guère la contestation, et où le « bon peuple » est ravi de ne plus avoir à réfléchir puisque d’autres, évidemment « plus savants », le font pour lui.

Les citoyens ignorent encore que les grandes écoles et les Académies nous enseignent le savoir, mais pas la connaissance qui est un don rare et inné et encore moins le simple bon sens, qui semble disparaître peu à peu au cours du parcours universitaire pour laisser la place au même enseignement stéréotypé dans toutes les disciplines.

La religion et la politique sont considérées comme les deux principaux foyers d’endoctrinement, mais on peut leur ajouter la médecine moderne, qui n’est plus ni un art ni une science, comme elle le fut longtemps, mais une véritable religion car la confiance accordée de nos jours au corps médical relève plus du domaine de la foi et parfois même du fanatisme. On ne réfléchit plus, on « croit ». On écoute les diktats des « experts », la plupart du temps autoproclames, sans faire la moindre réserve quant à leur validité, oubliant souvent combien ceux-ci ont pu être démentis et ont même été au centre de certains scandales au cours des dernières années.
De surcroît, tous les pouvoirs utilisent la peur pour mieux dominer, et ceux qui font profession de « savoir » pratiquent savamment cette stratégie parfaitement efficace qui permet d’obtenir la dépendance des citoyens. Comme le disait Machiavel : « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ».

Cet instrument de manipulation, qui permet d’abolir tout sens critique et d’exploiter la crédulité des populations en les maintenant dans l’ignorance des faits essentiels de l’existence, a toujours été utilisé, mais à présent il opère sur une plus grande échelle grâce aux multiples moyens de diffusion. Les religions nous ont appris à croire aux dogmes sans chercher à les comprendre. Nous persistons à appliquer cette règle bien établie en écoutant les injonctions de despotes, non plus religieux certes, mais tout aussi tyranniques. Et le dogmatisme médical actuel pourrait être comparé aux pratiques de l’Inquisition qui brûlait tout ce qui dépassait son entendement ou pouvait mettre en péril l’hégémonie de l’Église catholique.

Le meilleur exemple et le plus récent est celui de la « pandémie » d’hystérie générée par la peur, savamment orchestrée, du modeste virus H1N1. Fort heureusement, nombreux sont ceux qui ont refusé d’être entraînés par cette folie collective, mais certains n’ont pas eu cette indépendance d’esprit que chacun d’entre nous devrait posséder et qui fait tellement défaut au commun des mortels.

Alors que la majorité des populations mondiales a résisté aux menaces gouvernementales et médiatiques, des centaines de milliers de gens se sont tout de même précipités sur les centres de vaccinations, tendant le bras vers l’aiguille vénérée comme s’il s’agissait du Saint-Sacrement, sans se poser aucune question sur la sainteté du rite, se fiant seulement aux grands prêtres de la religion des vaccins qui voulaient les protéger des atteintes du diable, en l’occurrence le virus de la grippe. Les rites et les dogmes perdurent, seuls les dieux que l’on adore et le diable que l’on redoute ont changé de visage.

Évidemment personne n’a dit que le diable était fabriqué de toute pièce par des pontifes à la solde de l’industrie qui nous menaçaient depuis plusieurs années d’une « pandémie » grippale, sans bien savoir laquelle. Il est surprenant de voir que dans notre pays où Voltaire et Diderot ont théoriquement détrôné la superstition et le fanatisme, la sagesse n’est guère de mise et les lavages de cerveaux qui vont bon train chez nous causent des dégâts irréparables.

Comme l’avait remarqué le Dr Gustave Le Bon dans son ouvrage "Les opinions et les croyances" : « L’immense majorité des hommes ne possède guère que des opinions collectives. Les plus indépendants eux-mêmes professent généralement celles des groupes sociaux auxquels ils appartiennent. » À ses yeux, l'homme descend de plusieurs degrés sur l'échelle de la civilisation et devient un barbare dès qu'il fait partie d'une foule organisée. Il se laisse impressionner par des mots, des images qui n’auraient aucun impact sur chacun des individus isolés, mais en foule, il commet des actes contraires à ses intérêts les plus évidents et à ses habitudes les plus connues. Combien d’entre nous ont vraiment des opinions personnelles sur ces sujets et, dans ces cas, combien osent les exprimer ?

Et le Dr Le Bon ajoutait : « L'individu en foule est un grain de sable au milieu d'autres grains de sable que le vent soulève à son gré. » Nous sommes comme ces grains de sable soulevés au gré des courants d’« informations » qui tourbillonnent autour de nous et balaient nos idées personnelles.

Or dans "De la désobéissance et autres essais", paru en 1982, le psychanalyste humaniste Erich Fromm nous prévenait : « L’homme qui ne peut qu’obéir est un esclave [...]. L’obéissance pourrait très bien être la cause de la fin de l’histoire humaine ». Nombreux sont ceux qui pensent de cette manière et s’inquiètent de l’obéissance passive de nos contemporains bien-pensants.

Mais pour être libre, il faut être informé, et la véritable information ne circule, à vrai dire, que dans certains magazines à tirage limité, et sur Internet où elle est noyée dans un fourre-tout parfois inextricable. Aussi, devons-nous apprendre à devenir responsable, à ne pas céder à la crainte du jugement des autres, à la peur habilement distillée par des pouvoirs qui refusent de prévoir comment et pourquoi leurs brillantes inventions actuelles deviendront les calamités de demain, car la simple logique leur échappe.

Quant aux technocrates, à l’instar des cartels de l’industrie, ils ne raisonnent qu’à court terme et refusent de prendre en compte les effets pernicieux engendrés par leurs décisions actuelles, mais qui n’apparaîtront qu’à long terme. Tous ces profiteurs semblent oublier leurs descendants qui risquent de payer très cher cette inconséquence et ce manque de conscience.

Pourtant, comme le disait Sénèque au IVe siècle avant J.C. : « La sagesse ne demande pas beaucoup d’instruction », et il faut espérer que le bon sens n’a pas totalement déserté la planète, bien que, parfois, il soit légitime de se poser la question.

Heureusement une partie de la population commence à prendre conscience que tous ceux qui détiennent un pouvoir en profitent impunément et que la plupart des hommes politiques sont, de gré ou de force, les otages des compagnies industrielles qui pourraient influencer leurs carrières.

Toutefois, la majorité, non seulement des Français mais aussi des populations mondiales, est ravie de ne pas être informée et ne cherche surtout pas à l’être. Cela lui poserait de nombreux problèmes, l’obligerait à réfléchir alors qu’elle n’en a pas la moindre envie, et installerait chez elle des états d’âme, des peurs, des culpabilités et, surtout, risquerait de provoquer la remise en question de tout un système de vie et de pensée.

Comme l’explique Noam Chomsky, philosophe radical de réputation internationale et professeur pendant plus de cinquante ans au MIT (Massachussets Institute of Technology) : « Les médias ne représentent qu'une toute petite partie de la vaste machine de propagande. Il existe un système d'endoctrinement et de contrôle beaucoup plus vaste, dont les médias ne sont qu'un rouage : l'école, l'intelligentsia, toute une panoplie d'institutions qui cherchent à influencer et à contrôler les opinions et les comportements, et dans une large mesure à maintenir les gens dans l'ignorance. »

Pour sa part, Georges Bernanos avait, lui aussi, prévu ce qui nous attend si nous acceptons l’esclavage qu’on cherche à nous imposer. « Je pense depuis longtemps que si un jour les méthodes de destruction de plus en plus efficaces finissent par rayer notre espèce de la planète, ce ne sera pas la cruauté qui sera la cause de notre extinction, et moins encore, bien entendu, l’indignation qu’éveille la cruauté, ni même les représailles et la vengeance qu’elle s’attire, mais la docilité, l’absence de responsabilité de l’homme moderne, son acceptation vile et servile du moindre décret public. Les horreurs auxquelles nous avons assisté, les horreurs encore plus abominables auxquelles nous allons maintenant assister, ne signalent pas que les rebelles, les insubordonnés, les réfractaires sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais plutôt qu’il y a de plus en plus d’hommes obéissants et dociles ». Bernanos avait un don de prophéties car, à cette époque, la situation était loin d’être aussi préoccupante que de nos jours.

Devant la puissance financière des fabricants de médicaments, pesticides, herbicides, OGM et autres poisons, et la persistance méprisante de leur mainmise sur l’économie et la politique de santé, nous risquons d’être contraints à développer la désobéissance qui est une arme que n’apprécient ni les laboratoires ni les gouvernements qui les cautionnent. Dans notre lutte contre Goliath, le refus d’obéir aux ordres peut être la seule arme efficace.

Toutefois, comme l’avait aussi constaté Gandhi, il est plus facile de croire ce qu’on nous affirme officiellement, de source « sûre », que de s’aventurer dans l’indépendance intellectuelle. En fait, le conformisme et l’inertie ont de tout temps été les plus sérieux obstacles à l’évolution de l’humanité.

Ils sont nombreux à prôner une certaine désobéissance civique si elle peut contribuer à sauver la Terre et ses habitants. Déjà, au milieu du XIXe siècle, David Henry Thoreau, enseignant, philosophe, poète américain et écologiste avant l’heure prônait la résistance individuelle à un gouvernement qu’il jugeait injuste, qui tolérait l’esclavagisme et menait une guerre de conquête au Mexique, contre tous les droits individuels et contre toute morale. Il est considéré comme à l'origine du concept contemporain de non-violence. Dans son essai "La Désobéissance civile", Thoreau affirmait ses positions politiques et idéologiques et proposait une philosophie de résistance non violente qui influença des figures politiques, spirituelles ou littéraires telles que Léon Tolstoï, Gandhi et Martin Luther King.

Olivier Clerc, écrivain et philosophe, s’est servi de la « métaphore de la grenouille » pour démontrer la situation actuelle. « Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille. Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède. La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager. La température continue à grimper. L'eau est maintenant chaude.

C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant. L’eau est cette fois vraiment chaude. La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait rien. La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir. Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite. Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte ».

Olivier Clerc compare l’humanité actuelle à cette grenouille. Il est exact que les prédateurs ne manquent pas, mais les victimes sont consentantes, soit par ignorance, soit par négligence. Et il pose la question : « Sommes-nous déjà à moitié cuits ? », puis il conseille : « Alors si vous n'êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits, donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard. »
Seule une petite minorité de personnes dont la conscience est bien éveillée est capable de donner le coup de patte salutaire. D’autres, bien que partisans de ce changement d’un monde qui n’est plus supportable, pratiquent la politique de l’autruche car ils estiment qu’il est déjà trop tard, que de toute façon, ils sont trop peu nombreux pour avoir un impact quelconque, et qu’il faudrait une majorité de gens impliqués dans ce processus pour faire pencher la balance.

Ils ignorent sans doute que toutes les révolutions sont nées de petits groupes de citoyens déterminés, ce qui est logique, puisque selon la physique quantique nous sommes tous reliés. 

Nous n’avons ainsi plus beaucoup de choix : ou bien nous pratiquons la désobéissance civile ou bien nous rejoignons les esclaves qui chérissent leurs bourreaux, annoncés par Aldous Huxley. 

Billets-Début d'une vague que rien ne pourra arrêter

 

Les entrepreneurs sont en train de disrupter les politiques. C'est le début d'une vague que rien ne pourra arrêter. Nous avons fait l'erreur de confier autant de responsabilités à des gens n'ayant rien accompli de leur vie et dont la seule compétence est de se faire élire. La légitimité du vote ne doit plus être suffisante. Elle doit venir de la capacité à régler des problèmes et d'en avoir fait la preuve : c'est la définition des entrepreneurs à succès.
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Billets-Augmenter les impôts : une erreur économique, budgétaire et morale

  


Augmenter les impôts : une erreur économique, budgétaire et morale

Les Français prennent peu à peu conscience de l’ampleur du désastre des finances publiques, du déficit et de la dette, même s’ils ne réalisent pas toujours ce que signifient les chiffres abstraits qui leur sont présentés. Dire que le déficit sera cette année entre 5,5% et 6% du PIB est moins parlant que dire que le budget de l’Etat a un déficit de l’ordre de 32%,  c‘est-à-dire que sur 100 euros de dépenses, 32 sont financés pat l’emprunt. Dire que la dette publique est d’environ 3 200 milliards d’euros ou 110% du PIB est moins parlant que réaliser que cela représente  plus de 46 000 euros par Français, bébés compris ! Et dire que le seul paiement des intérêts représente plus de 50  milliards d’euros est moins expressif que réaliser que c’est désormais le second et bientôt le premier poste budgétaire, qui dépassera donc l’éducation nationale.

Les Français savent que ça ne peut pas durer, alors que le dernier budget à l’équilibre remonte à 1974 : 50 années de déficit ininterrompu. Pour diminuer le déficit, il n’y a que deux solutions, réduire les dépenses ou augmenter les prélèvements obligatoires, impôts et cotisations sociales, ou faire les deux choses à la fois. La réalité est plus complexe, car la seconde solution n’en n’est pas une et conduirait à des catastrophes encore plus grandes. Il faut d’abord réaliser que nous ne sommes pas seuls au monde, mais dans une économie ouverte et, en Europe, dans un marché unique. Or, si les prélèvements obligatoires servent bien à financer les dépenses, ils n’en représentent pas moins une charge qui pèse sur notre compétitivité, ce qui pénalise croissance et emploi. Il se trouve que la France a le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de l’union européenne : il était en 2022 selon l’Insee de 48% du PIB, contre 41% en moyenne dans l’UE à 27 pays. Pour le dire de manière plus explicite, les Français passent à peu près six mois de l’année à financer les budgets de l’Etat, des collectivités et de la sécurité sociale. Certes, on dira que cela finance les dépenses publiques d’éducation de santé ou de retraite. Mais sommes-nous certains qu’ayant les prélèvements les plus élevés, nous avons la meilleure éducation, le meilleur système de santé ou les meilleures retraites ? Et comment rester compétitif dans une économie ouverte si les charges des familles et des entreprises sont plus élevées qu’ailleurs ? Quant aux dépenses publiques, elle représentant 57% du PIB, la différence avec les prélèvements étant, pour l’essentiel, les déficits publics.

Une augmentation des prélèvements, des impôts ou des cotisations sociales, quels qu’ils soient, plomberait encore plus notre économie et menacerait croissance et emplois. Et puisque la question du pouvoir d’achat revient au premier plan, toute hausse des prélèvements réduirait le pouvoir d’achat en diminuant le revenu disponible. Il faut donc, dit-on, n’augmenter les taxes  que les très hauts revenus ou les « super-profits ». Mais qui sont les plus riches ? S’il s’agit des ménages et de l’impôt sur le revenu, faut-il rappeler que seuls moins de 45% des ménages le paient. Il est beaucoup question de justice fiscale, mais l’impôt sur le revenu, en raison de sa progressivité forte, est très concentré : les 10% les plus riches assurent à eux seuls 75% des recettes de l’impôt sur le revenu. Que ceux qui ont le plus de revenus paient plus que ceux qui gagnent moins est légitime, mais, en France, ‘l’impôt sur le revenu est déjà hyper-concentré sur les 10% ayant les revenus les plus élevés. Les taux actuels sont déjà très élevés et veut-on, comme cela était le cas en Angleterre pour les revenus de l’épargne, avant l’arrivée de Margaret Thatcher, avoir un taux de 98% ? Les impôts des plus riches  sont déjà à des niveaux confiscatoires ; cela n’est ni moral, ni équitable, ni judicieux sur le plan économique. D’ailleurs, on pourrait s’interroger sur la légitimité d’un impôt progressif ; la « flat tax » (l’impôt proportionnel) semble plus équitable : chacun est imposé au même taux et donc, bien entendu, les plus riches paient plus que les autres.

Mais les Français veulent bien accroitre la fiscalité sur les « super profits ». Cette expression n’a économiquement aucun sens. Les profits sont plus ou moins élevés suivant l’état de la concurrence, l’efficacité des entrepreneurs et l’importance de la demande. C’est le jeu normal de l’économie et si on trouve naturel de rémunérer le travail ou l’épargne, il est tout aussi normal de rémunérer les entrepreneurs et les actionnaires.  Surtaxer les profits réduit la motivation à entreprendre et à créer des richesses. C’est aussi oublier que les profits servent avant tout à investir, donc à créer de nouvelles productions et de nouveaux emplois. Rappelons que c’est un chancelier allemand social-démocrate-et non « ultra-libéral », Helmut Schmildt, qui a expliqué que « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et que les investissements de demain font les emplois d’après-demain ».

Il n’est donc ni possible économiquement, ni équitable d’augmenter encore les impôts des plus riches ou des entreprises et, de toute façon, de nouvelles taxes sur les entreprises finissent toujours par se retrouver dans les prix et donc pénalisent à terme le consommateur. Mais une hausse des impôts est aussi une erreur sur le plan budgétaire. Nous sommes à un tel niveau de prélèvements que toute hausse réduirait l’incitation à travailler, entreprendre ou épargner : c’est la fameuse courbe de Laffer, que l’on semble oublier en France. Tout le monde comprend qu’un taux d’imposition de 100% rapporte zéro car personne ne travaille pour rien. Mais un taux de 90, 80, 70, etc. va décourager une parie des personnes concernées et réduit la base imposable et donc au-delà d’un certain seuil, depuis longtemps dépassé en France, la hausse du taux d’imposition réduit l’activité économique, donc la matière imposable et rapporte moins qu’un taux plus faible. Dans les très rares cas récents où il y a eu une baisse de l’impôt sur les sociétés ou sur les revenus de l’épargne, les recettes fiscales ont augmenté, car la matière imposable a augmenté.

Mais Laffer n’a rien inventé. On savait cela depuis longtemps. Au XIX° siècle les professeurs de finance publiques disaient déjà à leurs étudiants en droit « les hauts taux tuent les totaux » selon l’aphorisme emprunté à Barthélémy de Laffemas, ministre de Sully. Aujourd’hui on dit « l’impôt tue l’impôt » ! Mais on le savait déjà au XVIII° siècle et Voltaire, pourtant peu féru d’économie, remarquait déjà, dans sa « Diatribe à l’auteur des éphémérides » de 1775, que lorsque Turgot diminua de moitié les impôts sur la « marée fraiche », il y eut l’année suivante trois fois lus de charriots et donc bien plus de rentrées fiscales. «  Donc le vrai moyen d’enrichir le roi et l’état est de diminuer tous les impôts sur la consommation ; et le vrai moyen de tout perdre est de les augmenter. ». Si Voltaire l’avait compris, il y a deux siècles et demi, peut-être les hommes politiques d’aujourd’hui peuvent-ils le comprendre ?

Augmenter les impôts est donc une erreur économique, budgétaire et morale. Mais le problème de la dette reste intact. Il n’y a donc qu’une solution, que Turgot avait déjà recommandée à Louis XVI : diminuer les dépenses. On objectera que l‘éducation, la santé ou les retraites ont besoin d’argent ce qui est vrai. La seule façon de résoudre ce dilemme est donc de réduire le périmètre de l’Etat, car beaucoup de  « services publics » pourraient être assurés à moindre coût par le secteur privé, grâce à la concurrence. C’est la seule façon de réduire la dette, tout en permettant à chacun de bénéficier de services de qualité. Beaucoup de pays l’ont fait. Pourquoi pas nous ? Cela nécessite de dépasser les préjugés idéologiques.

Source : Contrepoints