samedi 2 mai 2026

vendredi 1 mai 2026

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Photos mythiques-Mère migrante, Nipomo, Californie

Mère migrante, Nipomo, Californie

Photos-Dorothea Lange (1936)


États-Unis, 1936, c’est la Grande Dépression. La photographe Dorothea Lange parcourt la campagne étasunienne pour le compte de la FSA (Farm Security Administration), un organisme du ministère de l’agriculture, chargé d’aider les fermiers les plus pauvres. Elle rencontre Florence Owens Thompson, 32 ans, qui a perdu son mari 4 ans plus tôt. Mère de six enfants, elle fait ce qu’elle peut pour tenter de les nourrir. La photographe s’approche et parle avec elle. Elle réalise 5 clichés, dont celui-ci.

La mère est soucieuse et presque résignée, mais elle tient son rôle protecteur central pour ses enfants. Les deux enfants qui tournent la tête expriment gène et tristesse. Ils concentrent notre regard sur le visage de leur mère. Son regard à elle n’est pas pour nous, il est absorbé ailleurs. Cette image, très simple et directe, appelle toute la compassion qu’on peut avoir pour des victimes de la pauvreté.


Il est intéressant de se pencher sur les circonstances qui ont permis à cette photo de voir le jour. La FSA a été créée en 1935, dans le cadre du New Deal, par le président Roosevelt. Cette agence est chargée de réformes et d’aides à l’agriculture (subventions, planification, coopératives, etc). Pour promouvoir son travail et faire passer ses réformes, elle met en place ce qu’on appellerait aujourd’hui, une « cellule de communication ». Une douzaine de photographes (dont Walker Evans) sont recrutés en fonction de leur engagement social et politique. Ils sont chargés de documenter, aussi objectivement que possible, les conditions de vie des agriculteurs du pays. Les photos -propriété de l’État- ont été mises gratuitement à disposition de ceux qui les publiaient, ce qui en a garanti une rapide et large diffusion. Les grandes qualités humaines de ces images ont fait le reste : elles ont profondément marqué les Américains de l’entre-deux-guerres.


Deux romans de John Steinbeck resituent admirablement les conditions de vie de cette époque : Les raisins de la colère, Des souris et des hommes. Tous les deux ont inspiré des films.


Dorothea Lange est née en 1895 à Hoboken (New Jersey). À l’instar de Robert Capa, elle tend à n’être connue du grand public que par une seule photo. Pourtant, c’est bien par ses photographies des conditions de vie des plus pauvres, qu’elle a été remarquée, puis recrutée par la FSA, en 1935.


Signalons pour la petite histoire, que Dorothea Lange a ultérieurement retouché son négatif. En bas à droite, se tenant au bâton, il y a un pouce qu’elle jugeait disgracieux et trivial pour cette image. À l’origine très clair, elle l’a noyé dans des tons foncés. Cela avait déclenché de vives polémiques.



Dorothea Lange

Photos mythiques-Exécution des onze Kurdes


Exécution des onze Kurdes

Photo : Jahangir Razmi (1979)

En août 1979, cette photo prise en Iran fait le tour du monde. Un peloton d'exécution composé de soldats de la République islamique fait feu sur une dizaine de Kurdes sans armes. Elle est d'abord publiée dans le grand quotidien iranien Ettela'at, puis, par l'intermédiaire de l'agence UPI, dans des centaines de publications du monde entier.

Quelques mois plus tard, elle remporte le prix Pulitzer. De manière anonyme. En effet, le journal Ettela'at juge plus prudent de ne pas dévoiler l'identité du photographe.

Au fil des ans, l'image devient un symbole de la violence du régime de Khomeyni, et le mystère demeure. De temps à autre, tel ou tel photographe iranien à l'étranger se targue d'avoir pris ce cliché, sans apporter de preuve décisive.

Dans son édition du 4 décembre 2006, le Wall Street Journal affirme avoir retrouvé le véritable auteur. Selon un long article de Joshua Prager, spécialiste des enquêtes au quotidien économique new-yorkais, il s'agirait de Jahangir Razmi, âgé aujourd'hui de 58 ans, vivant à Téhéran.

Il était en reportage dans le Kurdistan iranien en août 1979. Il a assisté à la mascarade de procès qui a abouti à l'exécution des onze Kurdes.

Le journaliste américain souligne qu'en 1979 le photographe a fait les choses en règle.

"Il avait la permission d'un juge pour prendre ces photosIl a donné les négatifs aux autorités quand elles les lui ont demandés. Il n'a pas touché un centime avec ces clichés publiés à l'étranger. Aujourd'hui, ce n'est pas lui qui a cherché à me contacter, mais plutôt l'inverse."


Jahangir Razmi 

jeudi 30 avril 2026

Photos mythiques-La fille à la fleur

 


La fille à la fleur-Analyse d’une photo
Photo : Marc Riboud (1967) 

Voici une photographie de presse vue et revue. Une image-symbole, une icône des sixties, une évocation emblématique de la génération hippie. Une jeune fille fait face à une rangée de soldat en armes avec, comme seule défense, une fleur à la main. Bien sûr l’événement a son importance et, selon toute vraisemblance, la jeune fille a parfaitement conscience de la portée symbolique de son geste. Mais cela ne suffit pas à justifier la notoriété de l’image. Des actions spectaculaires jouées devant les objectifs des journalistes il s’en joue beaucoup et souvent, mais très peu atteignent une telle perfection. L’intérêt spécifique de ce document n’est donc pas tant à chercher du côté du geste que dans l’image. Reste à définir comment cette photographie crée du sens. Autrement dit, comment le photographe – et non la manifestante – crée le symbole.

La légende nous dit qu’il s’agit d’une photographie prise en octobre 1967 à Washington D.C. à l’occasion d’une manifestation contre la guerre du Viêt-Nam. Première question qui se pose à nous : où sont les manifestants ? Ce qui nous est donné à voir ici c’est uniquement une jeune fille. Une jeune fille isolée par le choix du cadrage et celui de la focale qui règle la netteté sur le premier plan et plonge l’arrière-plan dans le flou. C’est bien sûr un choix assumé : de la sorte cette jeune fille va symboliser, par un effet de synecdoque (une partie pour le tout), l’ensemble des manifestants. Elle est donc censée être à l’image des autres pacifistes et les personnifier à elle seule. Remarquons que sa chemise bariolée à fleurs évoque la mode hippie, comme sa coiffure coupée court – donc anticonformiste – et son geste de recueillement qui connote la piété, le calme, la paix. En face d’elle une rangée de soldats casqués, habillés à l’identique – au point de se confondre et de ne faire qu’un – fusils pointés en avant. On reconnaît bien sûr ici les forces de l’ordre dont la mission est de contenir la manifestation et prévenir tout débordement. Relevons d’ores et déjà que si la jeune fille offre le visage du calme et de la sérénité, eux semblent définitivement sur la défensive. Leur gestuelle est sans ambigüité : baïonnettes en avant, prêts à charger, attitude agressive et belliqueuse en parfaite adéquation avec leur fonction de soldat. Aussi avons-nous ici en présence deux entités qui se font face et qui, ont l’a compris, incarnent deux positions antagonistes : pour et contre la guerre. Le point de vue du photographe semble a priori neutre puisque celui-ci se trouve sur la ligne de front et non dans l’un ou l’autre camp. Pourtant, nous allons le voir, ce qui fait la force de cette image c’est précisément son discours et son point de vue orienté résultant d’une composition parfaitement maîtrisée.

Il est aisé de constater que cette photo est construite sur une opposition entre les signes situés à gauche et ceux situés à droite d’une verticale tracée au milieu de l’image. Opposition parfaite comme en témoignent les couples d’antithèses suivants : gauche/droite (passé/avenir), hommes/femme, pluriel/singulier, sombre/clair, horizontales/verticale, flou/net. Au-delà, et par extrapolation, on constate qu’à l’association homme-arme-guerre répond l’antithèse femme-fleur-paix. Qu’à la violence des uns répond la non-violence de l’autre. Qu’au symbole phallique des baïonnettes répond la virginité de la fleur. D’un côté l’homme actif, de l’autre la femme passive. Impérialisme et résistance. Mort et vie. On le voit, rien ici n’est laissé au hasard. Ajoutons que si la jeune fille a un visage, les soldats, nombreux, identiques et anonymes, n’en n’ont pour ainsi dire pas. D’ailleurs la plupart sont flous et celui qui se trouve en face de la manifestante, et qui aurait dû avoir son visage net et en gros plan, demeure hors cadre.

Tout cela bien sûr participe de la symbolique. L’humain face à la machine de guerre.
L’individu face à l’armée. L’amour face à la guerre. Le courage face à la force. David face à Goliath. Et dans ces cas de figure, la sympathie de l’observateur va toujours au plus faible, ce que Marc Riboud n’ignorait certainement pas. Comment alors rêver meilleure célébration du flower power. Ce visage de jeune fille, c’est le visage de la jeunesse contestataire des années 60. Un visage qui vaut mille manifestants. Une image surtout qui vaut mille discours. Woodstock, Martin Luther King et Imagine tout à la fois. Une image-symbole en somme, mais une image engagée aussi. D’où son succès à n’en pas douter.



Marc Riboud

Photos-Pete Souza


L'après Ben Laden

C’est une autre image de Barack Obama qui a marqué de tout son poids le début du mois de mai : celle du président des Etats-Unis et de sa garde rapprochée suivant en direct, dans la « situation room » (salle de crise) de la Maison-Blanche, par écrans interposés, l’opération lancée contre la villa pakistanaise de Ben Laden. Cette photographie a fait le tour du monde, devenant rapidement « la plus vue de tous les temps sur Flickr », le très populaire site de partage d’images. En fait, le service de presse de la Maison-Blanche avait choisi de diffuser huit autres clichés réalisés, ce même 1er mai, par Pete Souza, photographe officiel des lieux. Ce photojournaliste de renon, né en 1954, qui a vingt ans de reportages en free-lance derrière lui (mais qui a aussi œuvré officiellement pour Reagan de 1983 à 1989), a tissé une relation de grande confiance avec Obama.

Souza a un accès illimité au Président. Pour preuve, même dans des moments aussi tendus, il peut se faire le témoin par l’image de tout ce qui se trame dans les coulisses du pouvoir américain. Y compris en plan serré, comme sur cette photo d’un Obama saisi quelques heures après l’assaut et préparant son allocution. 

Concentration du boxeur avant de monter sur le ring : comment, avec quels mots, dire au monde entier que des soldats d’élite de son pays, à sa demande, ont supprimé le leader d’al-Daida ? Une image d’autant plus saisissante que « l’autre », celle de la « situation room », le figeait dans une position de quasi-retrait. Cette fois, le cadrage est tout à lui et le montre les traits tirés, l’œil fatigué, humain. Sacrée journée…

Photos-Damir Sagolj

 


Damir Sagolj

La guerre, c’est le chaos, la mort, le sang. C’est aussi de longs moments d’attente, d’autres peu spectaculaires, parfois des instants plus légers. Mais, en photographie, un stéréotype domine : afficher l’horreur du conflit dans un cadre à la composition parfaitement maîtrisée, souvent nourri de références artistiques. Les emprunts à l’iconographie religieuse ne manquent pas. La lumière est sculptée comme dans un tableau en clair-obscur, les victimes innocentes prennent des visages de madones et fabriquent des icônes propres à personnifierun conflit qui semble lointain et irréel.

Comment raconter la guerre de la façon la plus juste possible sans tomber dans l’esthétisation ou le pathos facile ? Grande est la tentation de jeter dans le cadre un jouet abîmé ou une chaussure de tennis de pointure 24 qu’on aurait emportés avec soi. Histoire d’humaniser un paysage désolé et de rendre l’image attractive.

Le photojournaliste est responsable de son cadrage, mais aussi de la légende qui accompagne l’image. Il doit par exemple veiller à ce que des éléments importants pour la compréhension de l’événement mais absents du cadre figurent dans le texte qui l’accompagne.

Le Bosnien Damir Sagolj, 42 ans, est photographe à l’agence Reuters depuis 1997. Aujourd’hui basé à Bangkok, il est chef photo pour l’Asie du Sud-Est. Photojournaliste aguerri, il a été à maintes reprises récompensé, notamment par un World Press en 2012, pour une image réalisée en Corée du Nord : dans un décor urbain nocturne, gris et sinistre, à Pyongyang, la seule trace d’électricité est un portrait de l’ex-dictateur Kim Il-sung, affiché sur une façade.

Une autre image, plus ancienne, de Damir Sagolj a fait débat. Elle montre un soldat américain en pleurs tenant dans ses bras une petite fille irakienne, le 29 mars 2003. La guerre en Irak a commencé quelques jours plus tôt. Le photographe est « embedded », c’est-à-dire embarqué avec les soldats américains, et sous leur contrôle, afin de suivre leur progression.


29 mars 2003, Irak, © Damir Sagolj , Reuters

Cette photo a été la plus publiée parmi toutes celles qu’il a réalisées en Irak. Ce sont les conditions de la prise de vue qui ont soulevé des questions. Elles sont racontées par Sagolj lui-même sur le blog de Reuters.

Ce jour-là, les marines sont de repos, ils ont monté leur campement quelque part au cœur de l’Irak, sur la route qui doit les mener à Bagdad. Le photographe se repose dans une tranchée, un pied cassé, quand une fusillade survient. Quinze minutes plus tard, les coups de feu cessent. Le photographe découvre autour de lui des cadavres près d’une voiture criblée de balles et des personnes criant à l’aide.

Selon Damir Sagolj, des tireurs irakiens, installés dans un camion militaire, poursuivaient une voiture de civils, les forçant à se diriger vers la petite base militaire américaine. Les marines ont réagi et ouvert le feu.

Peu de temps après, le photographe envoie son image à Reuters avec la légende suivante : « Richard Barnett, aide-soignant de la marine américaine, appartenant à la 1re division de la marine, porte un enfant irakien, en Irak central, le 29 mars 2003. » Il précise également les circonstances qui ont conduit au massacre, à savoir la poursuite des civils par des militaires locaux.

Mais ensuite l’image est diffusée par les médias sans que le photographe puisse réellement contrôler son utilisation et sa lecture. Ce que le lecteur de journaux et magazines voit, c’est une petite fille blottie contre l’homme qui, les yeux fermés, semble se recueillir, tout en la protégeant. Ce qu’il ne voit pas, c’est que l’armée américaine, celle-là même à laquelle appartient le médecin accablé, a tué lafamille de cette petite fille.

Pour Jean-François Leroy, directeur du festival de photojournalisme Visa pour l’image, à Perpignan, « le photographe, à aucun moment, n’a fait de cette photo de la propagande américaine. Pour moi, il a fait son boulot. Est-ce que les médias ont bien fait leur boulot ? Pas toujours ».

Un an après la prise de vue, Damir Sagolj racontait, dans un entretien au journal slovène Mladina, la dérive médiatique dans l’utilisation de son image. Et la difficulté à contrôler cette dérive. De nombreux journaux américains ont en effet publié le document coupé de son contexte, en insistant sur la tendresse, somme toute sincère, du médecin américain, pour en faire une illustration du « bon soldat américain ».

Damir Sagolj a même été contacté à l’époque par le magazine People, dont le tirage dépasse les 20 millions d’exemplaires chaque semaine aux Etats-Unis, pour savoir si le médecin avait lui-même des enfants. Mais People n’avait rien à faire de ce qui s’était passé ce jour-là.

Des histoires comme celle de cette image, le photojournalisme, de guerre notamment, en est rempli. Le photoreporter peut avoir les meilleures intentions du monde, si les médias en décident autrement, il peut, lui aussi, sortir son mouchoir pour pleurer son travail saccagé.

Photo  5 October 2011, © Damir Sagolj, “North Korea”, Pyongyang, North Korea, Reuters
Source arretsurlemonde.com


Damir Sagolj

Photos-Marc Riboud

 

Marc Riboud un photographe épris de liberté

Il est toujours parti. De son milieu, de son métier d'origine, du giron de son mentor Henri Cartier-Bresson, de l'agence Magnum, de son pays. Sa vie durant, Marc Riboud, n'a gardé qu'un seul point d'ancrage, la photographie. Son lien le plus tenace avec les siens, avec son temps, avec la vie. D'autant que la photo lui a permis, de se faire un prénom quand Jean, son aîné, accédait à la tête de la banque Schlumberger et que son autre frère, Antoine, transformait une petite entreprise nommée Danone en une puissante multinationale. Face à eux, Marc Riboud a su s'imposer dès les années 1950 comme l'une des figures les plus marquantes de cette photographie humaniste née après guerre et dont il est à 88 ans - depuis la mort de Willy Ronis - le doyen.

C'est son père qui lui a offert son premier appareil photo, en 1936. Un Vest-Pocket utilisé dans les tranchées de la Grande Guerre. Marc a alors 13 ans. « Je ne sais pas pourquoi c'est moi qui en ai hérité, se demande-t-il encore aujourd'hui. Peut-être parce que j'étais le plus timide de ses six enfants. Mon père était un banquier lyonnais atypique, anglophile quand l'anglophobie était de mise dans son milieu, souscrivant à l'emprunt Léon Blum alors que ses collègues s'effrayaient de l'arrivée au pouvoir du Front populaire. »


De ce père qui aurait rêvé de consacrer sa vie à l'écriture, Marc Riboud dit avoir gardé une passion pour la culture. Mais aussi ce sens moral qui l'a conduit à rejoindre le maquis du Vercors en 1943, où il est laissé pour mort après l'attaque des nazis en juillet de l'année suivante. La Libération le ramène à un quotidien qu'il exècre. Il intègre Centrale en 1945, en sort bon dernier trois ans plus tard. On le croise ensuite dans une usine où il s'endort sur ses machines. Un cabinet d'études l'embauche pour dessiner des plans qui se révèlent au final totalement inadaptés. Après huit jours de vacances, en cette année 1951, sa décision est prise : l'usine, le bureau, c'est terminé. Lui reste la photo. Son frère Jean, alors banquier à New York, appelle en désespoir de cause son ami Henri Cartier-Bresson pour s'occuper du « petit ».


« Henri a été un tyran bienvenu, reconnaît Riboud. Il me disait quoi penser, quoi dire, quoi lire, quoi voir, quoi faire et comment le faire. » Grâce à lui, il rejoint l'agence Magnum, qui parvient à placer dans Life Magazine sa désormais célèbre photo de Zazou, peintre de la tour Eiffel en équilibre au-dessus de Paris, son pinceau à la main. Un sens inné de la composition, des lignes claires, une grâce aérienne, beaucoup de malice... Le portrait de Zazou porte déjà la patte du jeune photographe.

L'influence du maître n'en est pas moins forte dans ces années-là. Comme dans cette série réalisée en Grande-Bretagne où le jeune photographe est envoyé en 1954 par Robert Capa - cofondateur de Magnum avec Henri Cartier-Bresson, David Seymour et George Rodger - « pour apprendre l'anglais et rencontrer des filles ». Ses photos de la foule de Liverpool rappellent celles du couronnement de George VI saisies en 1937 par Cartier-Bresson.

Marc Riboud traque aussi l'« instant décisif » si cher à ce dernier. Ce moment rare, court et précis qu'il faut savoir saisir au vol parce que la forme se combine au fond, concentrant ainsi l'essence d'une situation. Il surprend, par exemple, une bonne soeur se mirant dans un rétroviseur du côté de Notre-Dame de Paris... Certaines vues urbaines de Leeds, enfin, témoignent de la rigueur géométrique aux lignes coupantes érigée par son mentor en dogme absolu de la photographie.

Mais Riboud étouffe en Europe. « J'avais l'impression de me noyer dans le bouillon de culture dans lequel je baignais. Et j'avais envie de voyager, ce qui nous avait été interdit pendant la guerre. » Alors, en 1955, il met le cap sur la Chine, où il arrive deux ans plus tard, après être passé par la Turquie, l'Iran, l'Afghanistan et l'Inde.

Plus le photographe avance dans son périple, plus il se libère des préceptes de Cartier-Bresson, perfectionnant au fil des kilomètres cette écriture si particulière qui est la sienne. Ses lignes se font plus souples, plus sensuelles. Les accents surréalistes des débuts laissent place à une poésie du quotidien. Comme pour ce paon dédaigneux, rivalisant d'élégance avec deux habitantes de Jaipur (1956) qui ne lui prêtent pas un regard. Ses « instants décisifs » sont presque toujours drôles. « Henri vivait dans un monde imaginaire, souligne la photographe Martine Franck, l'épouse de ce dernier. Il cherchait la photo unique. Marc est plus dans la réalité. Il raconte une histoire.

La photo devient surtout pour lui une façon de communiquer avec les peuples qu'il rencontre, de transmettre son amour des autres, un sentiment de fraternité. Il est sensible à la marche des hommes et témoigne vite d'un vrai sens de l'Histoire. « Parfois même avec un déclic d'avance », poursuit Jean-Luc Monterosso, le directeur de la Maison européenne de la photographie à Paris, qui l'a plusieurs fois exposé. Il est ainsi le premier photographe occidental à pénétrer en Chine après l'avènement de Mao. Henri Cartier-Bresson avait laissé le pays en plein chaos en 1949. Riboud en montre les nouveaux héros, ouvriers et paysans. Et les enfants qu'il photographie ne sont finalement pas si différents de ceux croisés en Europe.


On le retrouve plus tard dans des pays en plein conflit. L'homme refuse cependant de monter au front pour photographier les horreurs d'une guerre qu'il a vue de trop près dans le Vercors. Mais jamais l'esprit de la Résistance ne le quitte. En 1962, il est aux premières loges de l'indépendance algérienne pour cueillir la joie éclatante des Algérois. Sept ans plus tard, lui, jadis qualifié de terroriste par les nazis et Vichy, s'en va à la rencontre des habitants du Nord-Vietnam, alors considérés comme l'incarnation du mal par les Américains. Pratiquement aucun photo­reporter ne s'y était aventuré avant lui. Et ses photos, loin de diaboliser l'ennemi, témoignent de la dignité et de la force tranquille du peuple vietnamien.

« Les images de Marc Riboud, beaucoup moins cérébrales que celles, virtuoses, d'Henri, sont en prise directe avec l'inconscient collectif, résume Jean-Luc Monterosso. Ce qui explique que plusieurs d'entre elles soient devenues des icônes. Le portrait de cette fille offrant une fleur à des soldats en armes à Washington (1967) symbolise le désir de paix de toute société. Zazou, qui danse du haut de la tour Eiffel au-dessus des abîmes, est une métaphore de la condition humaine. »


« J'écris ton nom, liberté », signait Paul Eluard. Au fond, Marc Riboud n'a pas fait autre chose de sa vie, de ses photographies. S'en allant exercer son art au bout du monde alors qu'il commençait à peine à se faire un nom, s'affranchissant des dogmes de Cartier-Bresson pour décorseter le photojournalisme des règles établies, quittant en 1979 l'aristocratique agence Magnum après en avoir été le président, épousant en premières noces - lui, le fils de bonne ­famille lyonnaise - une Afro-Amé­ricaine, témoignant du besoin d'indépendance des peuples du monde. « J'ai horreur de l'embourgeoisement », souffle-t-il en guise d'explication.

1973 Henri Cartier-Bresson et Martine Franck

1964 Paris Yves Saint Laurent

1955 Turquie

1979 Iran

1972 Israel

mercredi 29 avril 2026

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mardi 28 avril 2026

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lundi 27 avril 2026

Billets-Chine - Etats-Unis : Le bras de fer



Chine - Etats-Unis : Le bras de fer

Trump veut rejouer 1985. Mais la Chine s’y prépare depuis 5 ans.

En 1985, le Japon était la 2e plus grande économie mondiale. Avec son taux de croissance de l’époque, il aurait pu devenir aujourd’hui la plus puissante base de production au monde. Ce ne fut pas le cas. L’Accord du Plaza a tout changé. Aujourd’hui, c’est la Chine qui est dans la même position. Au sommet des chaînes de production. Elle a déjà dépassé les États-Unis dans de nombreux domaines. Trump a rouvert le livre de 1985. Mais cette fois, il a en face de lui une Chine qui a bien lu. Je vous explique… La domination productive de la Chine Les chiffres sont clairs. La Chine réalise aujourd’hui environ un tiers de la production mondiale. La part des États-Unis est de 16 %. La Chine produit plus du double de ce que produit les États-Unis. Dans la production d’énergie, la Chine est environ deux fois en avance sur les États-Unis. Leader mondial en infrastructure 5G. Leader mondial en production robotique. En intelligence artificielle, elle se rapproche chaque jour un peu plus des États-Unis. La domination des marchés européens et américains s’est beaucoup affaiblie à cause de la Chine. Ce que les États-Unis ont fait ces derniers mois Trump le voit. Il fait ses coups les uns après les autres. Tarifs sur les produits chinois approchant les 60 %. Contrôles à l’exportation sur les semi-conducteurs. Interdiction de la vente en Chine des puces avancées de Nvidia. Tarif sur les panneaux solaires chinois. Restrictions à l’exportation envers les entreprises de biotechnologie chinoises. Menace de tarifs à 100 % sur les pays BRICS. En plus, pression sur le Venezuela, Cuba, le Pakistan. Un coup indirect aux partenaires stratégiques de la Chine. Les cibles sont en grande partie centrées sur la Chine. C’est le coup « Arrêter la Chine maintenant » de Trump. Le point le plus faible de la Chine, c’est le secteur immobilier. Evergrande s’est effondré. Country Garden s’effondre. Les gouvernements locaux ont des dettes cachées de trillions de dollars. Le consommateur chinois ne peut pas épargner, il ne dépense pas. Le marché intérieur se rétrécit. Les États-Unis ont une carte en main pour serrer la vis à la Chine. Cette carte, c’est d’approfondir la crise immobilière. La Chine n’est pas un pays qui attend un Accord du Plaza. La Chine a fait six coups stratégiques ces dernières années. 1. Vente d’obligations américaines. En 2013, elle en avait pour 1,3 trillion de dollars. Aujourd’hui, cela est tombé à environ 690 milliards de dollars. 2. La Banque centrale chinoise augmente constamment ses réserves d’or. 3. En 2024, la Chine a dépassé les États-Unis avec environ 1,03 trillion de dollars de dépenses en R&D. L’argent va à l’intelligence artificielle, à la technologie robotique, à la production de puces. 4. Système de paiement alternatif. Les BRICS se sont élargis, CIPS a grandi. 5. La Chine construit un réseau commercial terrestre qui traverse l’Eurasie de bout en bout. Chemins de fer, ports, autoroutes, pipelines. Europe, Afrique, Asie centrale, Moyen-Orient. Connexions terrestres avec tous. Cela réduit la dépendance aux routes maritimes contrôlées par la marine américaine. 6. Investissements en Afrique. La Chine a investi dans l’infrastructure de 49 pays africains. Celui qui construit l’infrastructure pose les règles. La Chine prépare déjà sa porte de sortie. Le plus intéressant, c’est ceci. L’équipe autour de Trump connaît très bien ce jeu. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent. Il a travaillé des années aux côtés de George Soros. En 1992, il a participé à la guerre monétaire où Soros a fait chuter la livre sterling en Angleterre. L’un des plus expérimentés au monde en guerres monétaires. Le possible président de la Fed, Kevin Warsh. Il a servi au Conseil des gouverneurs de la Fed pendant la crise de 2008. Il a été directement impliqué dans les décisions sur Bear Stearns et Lehman. L’homme qui gère les crises de l’intérieur. Cette équipe ne s’est pas rassemblée par hasard. Trump a pris à ses côtés les noms qui mettront en place le jeu de 1985. Les deux camps avancent coup pour coup En 1985, l’Accord du Plaza a été signé en une nuit. Le Japon est entré dans 30 ans de stagnation. Aujourd’hui, pas de Plaza. Pas d’accord. Il y a des coups unilatéraux. Trump applique des tarifs. La Chine achète de l’or. Trump interdit les puces. La Chine investit 1 trillion de dollars en R&D. Trump serre les alliés. La Chine élargit les BRICS. Les deux camps attendent le coup de l’autre. Il ne s’agit pas de qui est le plus fort. Mais de qui est le plus malin. Où mène la fin de ce combat Il y a deux résultats possibles. Le premier : La Chine ne résiste pas à la pression. Résultat : 30 ans de stagnation. Le centre de l’Asie redevient les États-Unis. Le dollar règne encore 30 ans. Le second : La Chine résiste à la pression. Le yuan devient candidat à monnaie de réserve. L’or redevient la norme globale. Point final Trump veut rejouer 1985. La Chine s’y prépare depuis 5 ans. Les deux équipes ont lu le livre des guerres monétaires. Les deux équipes voient la fin du jeu. Ceci est mon analyse personnelle.