Dessins de presse
Un monde qui brûle ses livres pour nourrir des robots
Lorsqu'une commande surprenante de 1 000 livres anciens arrive sur le bureau d'un libraire spécialisé, l'incompréhension est totale. L'acheteur mystérieux ne s'intéresse ni à la valeur des ouvrages, ni à leur rareté, ni même à leur contenu : il veut juste du papier, en quantité industrielle. Flairant une affaire suspecte, le libraire s'associe aux journalistes du média 404 Media et glisse en secret un petit balise Apple AirTag dans l'un des cartons. Mais personne ne savait encore que ce simple traceur GPS allait mettre au jour l'un des secrets les plus sombres de la technologie moderne.
J’ai regardé Weeds, une série américaine qui compte huit saisons, et je dois dire qu’elle ne ressemble pas vraiment aux séries traditionnelles. Son point de départ est déjà suffisamment original pour intriguer : une mère de famille, devenue veuve, décide de vendre de la marijuana pour conserver son niveau de vie et élever ses deux fils.
Mais très rapidement, l’histoire dépasse largement ce simple point de départ.
Nancy Botwin vit dans une banlieue résidentielle californienne où tout semble parfait. Les maisons sont belles, les jardins bien entretenus et les habitants donnent l'impression de mener une vie tranquille et confortable.
Mais lorsque son mari meurt brutalement, Nancy se retrouve seule avec ses deux fils et des difficultés financières. Plutôt que de changer radicalement son mode de vie, elle prend une décision étonnante : elle se lance dans la vente de marijuana.
Au début, son activité reste relativement discrète. Mais, saison après saison, Nancy va pénétrer de plus en plus profondément dans le monde du trafic de drogue. La mère de famille apparemment ordinaire devient progressivement une femme capable de prendre des risques considérables.
Et c’est là que la série devient particulièrement intéressante : jusqu’où peut-on aller lorsqu’on commence à franchir certaines limites ?
J’ai beaucoup apprécié le mélange des genres. Weeds est une comédie, mais elle peut également devenir sombre, violente et parfois dramatique.
La série possède surtout un humour assez particulier, souvent cynique. Elle se moque beaucoup de la société américaine, de ses banlieues résidentielles et de cette obsession de l'apparence et de la réussite.
Tout le monde semble vouloir donner l'image d'une vie parfaite. Pourtant, derrière les portes des belles maisons, les secrets, les problèmes et les contradictions sont nombreux.
Le personnage de Nancy est également l'un des grands intérêts de la série. Elle n'est jamais complètement sympathique, mais elle n'est pas non plus une simple « méchante ». Elle peut être courageuse, intelligente et déterminée, tout en étant parfois égoïste et manipulatrice.
C'est un personnage qui évolue énormément et qui peut autant susciter l'admiration que l'agacement.
Autour de Nancy, on découvre une galerie de personnages souvent étonnants.
Ses deux fils grandissent dans un univers totalement instable et leur évolution devient l'un des éléments importants de la série. Le beau-frère de Nancy apporte quant à lui une grande partie de l'humour, tandis que certains voisins sont absolument insupportables… mais souvent très drôles.
C'est sans doute l'une des grandes forces de Weeds : même les personnages secondaires ont leur importance et contribuent à l'univers très particulier de la série.
Comme beaucoup de séries qui durent plusieurs années, Weeds connaît quelques périodes plus inégales.
J'ai personnellement trouvé que les premières saisons étaient particulièrement réussies. Elles reposent davantage sur la satire de la banlieue américaine et sur les situations absurdes dans lesquelles Nancy se retrouve.
Par la suite, l'histoire devient beaucoup plus ambitieuse et parfois franchement invraisemblable. La série change de direction et prend une dimension plus sombre et plus dangereuse.
Ce choix pourra plaire à certains spectateurs et en dérouter d'autres. Personnellement, j'ai parfois eu l'impression que les scénaristes allaient un peu trop loin. Certaines situations deviennent tellement extraordinaires qu'il devient difficile de croire que Nancy puisse continuer à s'en sortir.
Mais c'est aussi ce qui fait le charme de la série : on ne sait jamais vraiment jusqu'où elle va oser aller.
Au fond, Weeds raconte l'histoire d'une femme qui veut simplement protéger sa famille et conserver son mode de vie. Mais, à force de compromis et de décisions de plus en plus risquées, elle finit par devenir elle-même une personne très différente.
La série pose alors une question assez intéressante : est-ce que Nancy devient une criminelle parce qu'elle n'avait pas le choix, ou découvre-t-elle progressivement qu'elle aime le pouvoir et le danger ?
C'est cette ambiguïté qui rend son personnage aussi fascinant.
J'ai passé un bon moment devant Weeds. La série est originale, souvent drôle et parfois complètement déjantée. Elle possède un ton bien à elle et ne cherche jamais à ressembler aux autres séries américaines.
Elle n'est pas parfaite, et certaines saisons sont selon moi moins réussies que d'autres, mais l'ensemble reste très divertissant.
Si vous aimez les séries avec de l'humour noir, des personnages atypiques et des histoires qui prennent des directions inattendues, Weeds mérite vraiment d'être découverte.
Une série originale, insolente et souvent très drôle, qui commence comme une satire de la banlieue américaine et devient progressivement une aventure de plus en plus folle.
Glucksmann
Un brin de sémiologie, suite : Glucksmann, le semeur sans semence
Un homme en costume sombre marche dans un champ moissonné, sous un ciel bas. Derrière lui, une éolienne blanche se dresse comme une croix sans Christ, ou comme le dernier totem d’une religion qui a petit-remplacé le salut par le kilowatt. Raphaël Glucksmann ne regarde pas l’objectif. Il regarde ailleurs, un ailleurs suffisamment vague pour contenir à la fois l’avenir belliqueux, l’Europe corrompue et le prochain communiqué hystérisé. Pas de bottes, pas de veste de chasse, pas même ce jean que les élus mettent quand ils veulent « aller au contact ». Non : le veston de ville, légèrement ouvert, qui laisse apercevoir la doublure comme on laisse apercevoir une conviction. L’intellectuel n’a pas besoin de se déguiser en paysan, il traverse le réel. Le champ n’est pas un lieu de travail, c’est un décor. Les chaumes dorés font office de tapis rouge agricole. On n’y cultive plus le blé, on y cultive l’allégorie. C’est ici que le cliché devient un contre-type. Face à Glucksmann, il faut convoquer la Semeuse d’Oscar Roty -celle des pièces, des timbres, de la République qui avance en semant. Elle aussi marche dans un champ. Mais elle marche pour le champ. Le bras levé, le grain qui s’envole, le bonnet phrygien pris dans le vent, le soleil levant dans le dos : elle est le geste même de la promesse. Elle ne traverse pas une terre déjà vidée, elle la féconde. Elle est femme, populaire, allégorique, légèrement décoiffée par l’Histoire. Lui est homme, urbain, nommé, légèrement déboutonné par la communication. Elle sème ce qui n’existe pas encore. Il marche dans ce qui a déjà été récolté. Le vent, chez la Semeuse, gonfle la robe et emporte la semence. Chez Glucksmann, le vent a été délégué à la machine : il tourne là-haut, propre, blanc, vertical, pendant que l’homme, en bas, avance entre les chaumes comme un commentaire. Le champ, d’ailleurs, est vide, ras, sans haie, sans arbre, sans oiseau visible. Une monoculture intensive qui a déjà rendu l’âme au mois d’août. La « révolution écologique » s’annonce au milieu d’un paysage qui ressemble à une nature morte. L’éolienne, elle, a pris la place du soleil. Verticale, blanche, solitaire. Chez Roty, l’astre se lève derrière la semeuse comme une garantie cosmique. Ici, l’astre a été remplacé par une pale. Le progrès n’est plus solaire, il est rotatif. On n’attend plus la germination, on attend le facteur de charge. Glucksmann n’est plus que la figurine que l’on place au premier plan pour donner l’échelle et pour donner un visage. La machine est propre, lisse, presque angélique. Elle ne pue pas, elle ne fume pas, elle ne vote pas. Elle tourne, ou du moins elle en a l’air. C’est la version contemporaine de la cathédrale : on y monte, on en redescend extasié, et l’on proclame les « cent jours de la révolution écologique ». Cent jours. Comme Bonaparte, mais avec moins de courage et plus de PowerPoint. Le ciel, lui, refuse de jouer le jeu de l’optimisme. Il est gris, chargé, un peu menaçant. Parfait. Un ciel bleu aurait été vulgaire et aurait trop ressemblé à celui de la Semeuse. Ici, le climat fait office de directeur artistique : il confirme que les temps sont graves, que l’Histoire pèse, que Hölderlin n’avait pas tout à fait tort. Le danger est dans les nuages, le salut est dans la pale. Et puis il y a la marche. Ce n’est pas une marche vers quelqu’un. C’est une marche à travers. La Semeuse avance en ouvrant le futur. Glucksmann avance en citant le passé des images. Le corps est dégingandé, les bras sont ballants et c’est là que le parallèle devient cruel : elle a les mains pleines de grain, lui a les mains vides. L’ombre portée le suit, fidèle, comme un attaché de presse. Ce que l’image dit, avec une ironie dont elle n’est peut-être pas tout à fait consciente, c’est la marche de l’épouvantail et la mutation flottante du symbole républicain. Un homme seul dans une étendue trop vaste, une machine trop grande, un ciel trop bas.