vendredi 22 mai 2026

Billets-Augmenter les impôts : une erreur économique, budgétaire et morale

 


Augmenter les impôts : une erreur économique, budgétaire et morale

Les Français prennent peu à peu conscience de l’ampleur du désastre des finances publiques, du déficit et de la dette, même s’ils ne réalisent pas toujours ce que signifient les chiffres abstraits qui leur sont présentés. Dire que le déficit sera cette année entre 5,5% et 6% du PIB est moins parlant que dire que le budget de l’Etat a un déficit de l’ordre de 32%,  c‘est-à-dire que sur 100 euros de dépenses, 32 sont financés pat l’emprunt. Dire que la dette publique est d’environ 3 200 milliards d’euros ou 110% du PIB est moins parlant que réaliser que cela représente  plus de 46 000 euros par Français, bébés compris ! Et dire que le seul paiement des intérêts représente plus de 50  milliards d’euros est moins expressif que réaliser que c’est désormais le second et bientôt le premier poste budgétaire, qui dépassera donc l’éducation nationale.

Les Français savent que ça ne peut pas durer, alors que le dernier budget à l’équilibre remonte à 1974 : 50 années de déficit ininterrompu. Pour diminuer le déficit, il n’y a que deux solutions, réduire les dépenses ou augmenter les prélèvements obligatoires, impôts et cotisations sociales, ou faire les deux choses à la fois. La réalité est plus complexe, car la seconde solution n’en n’est pas une et conduirait à des catastrophes encore plus grandes. Il faut d’abord réaliser que nous ne sommes pas seuls au monde, mais dans une économie ouverte et, en Europe, dans un marché unique. Or, si les prélèvements obligatoires servent bien à financer les dépenses, ils n’en représentent pas moins une charge qui pèse sur notre compétitivité, ce qui pénalise croissance et emploi. Il se trouve que la France a le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé de l’union européenne : il était en 2022 selon l’Insee de 48% du PIB, contre 41% en moyenne dans l’UE à 27 pays. Pour le dire de manière plus explicite, les Français passent à peu près six mois de l’année à financer les budgets de l’Etat, des collectivités et de la sécurité sociale. Certes, on dira que cela finance les dépenses publiques d’éducation de santé ou de retraite. Mais sommes-nous certains qu’ayant les prélèvements les plus élevés, nous avons la meilleure éducation, le meilleur système de santé ou les meilleures retraites ? Et comment rester compétitif dans une économie ouverte si les charges des familles et des entreprises sont plus élevées qu’ailleurs ? Quant aux dépenses publiques, elle représentant 57% du PIB, la différence avec les prélèvements étant, pour l’essentiel, les déficits publics.

Une augmentation des prélèvements, des impôts ou des cotisations sociales, quels qu’ils soient, plomberait encore plus notre économie et menacerait croissance et emplois. Et puisque la question du pouvoir d’achat revient au premier plan, toute hausse des prélèvements réduirait le pouvoir d’achat en diminuant le revenu disponible. Il faut donc, dit-on, n’augmenter les taxes  que les très hauts revenus ou les « super-profits ». Mais qui sont les plus riches ? S’il s’agit des ménages et de l’impôt sur le revenu, faut-il rappeler que seuls moins de 45% des ménages le paient. Il est beaucoup question de justice fiscale, mais l’impôt sur le revenu, en raison de sa progressivité forte, est très concentré : les 10% les plus riches assurent à eux seuls 75% des recettes de l’impôt sur le revenu. Que ceux qui ont le plus de revenus paient plus que ceux qui gagnent moins est légitime, mais, en France, ‘l’impôt sur le revenu est déjà hyper-concentré sur les 10% ayant les revenus les plus élevés. Les taux actuels sont déjà très élevés et veut-on, comme cela était le cas en Angleterre pour les revenus de l’épargne, avant l’arrivée de Margaret Thatcher, avoir un taux de 98% ? Les impôts des plus riches  sont déjà à des niveaux confiscatoires ; cela n’est ni moral, ni équitable, ni judicieux sur le plan économique. D’ailleurs, on pourrait s’interroger sur la légitimité d’un impôt progressif ; la « flat tax » (l’impôt proportionnel) semble plus équitable : chacun est imposé au même taux et donc, bien entendu, les plus riches paient plus que les autres.

Mais les Français veulent bien accroitre la fiscalité sur les « super profits ». Cette expression n’a économiquement aucun sens. Les profits sont plus ou moins élevés suivant l’état de la concurrence, l’efficacité des entrepreneurs et l’importance de la demande. C’est le jeu normal de l’économie et si on trouve naturel de rémunérer le travail ou l’épargne, il est tout aussi normal de rémunérer les entrepreneurs et les actionnaires.  Surtaxer les profits réduit la motivation à entreprendre et à créer des richesses. C’est aussi oublier que les profits servent avant tout à investir, donc à créer de nouvelles productions et de nouveaux emplois. Rappelons que c’est un chancelier allemand social-démocrate-et non « ultra-libéral », Helmut Schmildt, qui a expliqué que « les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et que les investissements de demain font les emplois d’après-demain ».

Il n’est donc ni possible économiquement, ni équitable d’augmenter encore les impôts des plus riches ou des entreprises et, de toute façon, de nouvelles taxes sur les entreprises finissent toujours par se retrouver dans les prix et donc pénalisent à terme le consommateur. Mais une hausse des impôts est aussi une erreur sur le plan budgétaire. Nous sommes à un tel niveau de prélèvements que toute hausse réduirait l’incitation à travailler, entreprendre ou épargner : c’est la fameuse courbe de Laffer, que l’on semble oublier en France. Tout le monde comprend qu’un taux d’imposition de 100% rapporte zéro car personne ne travaille pour rien. Mais un taux de 90, 80, 70, etc. va décourager une parie des personnes concernées et réduit la base imposable et donc au-delà d’un certain seuil, depuis longtemps dépassé en France, la hausse du taux d’imposition réduit l’activité économique, donc la matière imposable et rapporte moins qu’un taux plus faible. Dans les très rares cas récents où il y a eu une baisse de l’impôt sur les sociétés ou sur les revenus de l’épargne, les recettes fiscales ont augmenté, car la matière imposable a augmenté.

Mais Laffer n’a rien inventé. On savait cela depuis longtemps. Au XIX° siècle les professeurs de finance publiques disaient déjà à leurs étudiants en droit « les hauts taux tuent les totaux » selon l’aphorisme emprunté à Barthélémy de Laffemas, ministre de Sully. Aujourd’hui on dit « l’impôt tue l’impôt » ! Mais on le savait déjà au XVIII° siècle et Voltaire, pourtant peu féru d’économie, remarquait déjà, dans sa « Diatribe à l’auteur des éphémérides » de 1775, que lorsque Turgot diminua de moitié les impôts sur la « marée fraiche », il y eut l’année suivante trois fois lus de charriots et donc bien plus de rentrées fiscales. «  Donc le vrai moyen d’enrichir le roi et l’état est de diminuer tous les impôts sur la consommation ; et le vrai moyen de tout perdre est de les augmenter. ». Si Voltaire l’avait compris, il y a deux siècles et demi, peut-être les hommes politiques d’aujourd’hui peuvent-ils le comprendre ?

Augmenter les impôts est donc une erreur économique, budgétaire et morale. Mais le problème de la dette reste intact. Il n’y a donc qu’une solution, que Turgot avait déjà recommandée à Louis XVI : diminuer les dépenses. On objectera que l‘éducation, la santé ou les retraites ont besoin d’argent ce qui est vrai. La seule façon de résoudre ce dilemme est donc de réduire le périmètre de l’Etat, car beaucoup de  « services publics » pourraient être assurés à moindre coût par le secteur privé, grâce à la concurrence. C’est la seule façon de réduire la dette, tout en permettant à chacun de bénéficier de services de qualité. Beaucoup de pays l’ont fait. Pourquoi pas nous ? Cela nécessite de dépasser les préjugés idéologiques.

Source : Contrepoints

Billets-Orwell avait raison

  


ORWELL AVAIT RAISON : LE MONDE QU’IL AVAIT PRÉDIT EST DÉJÀ LÀ.

 

1984 n’était pas une fiction, c’était une prophétie. Ce que George Orwell avait décrit avec une précision terrifiante est désormais notre réalité quotidienne. Surveillance de masse, manipulation de l’information, contrôle social… tout est là, sous nos yeux.

La technologie, censée nous libérer, s’est transformée en outil de surveillance permanent.

Les écrans nous regardent, les algorithmes nous pistent, les réseaux nous cataloguent. Orwell ne s’était pas trompé, il était simplement en avance.

 

LA SURVEILLANCE DE MASSE : LE BIG BROTHER EST PARMI NOUS.

Caméras de surveillance omniprésentes, reconnaissance faciale, géolocalisation en temps réel… Big Brother n’est plus un concept, c’est un système global.

Chaque déplacement, chaque interaction, chaque achat laisse une trace numérique. Un fil invisible relie chaque citoyen à une base de données qui enregistre tout.

La Chine a perfectionné ce modèle avec son "crédit social", mais l’Occident n’est pas en reste. En France, la reconnaissance faciale se déploie dans les gares, les aéroports, les centres commerciaux. Tout est scanné, tout est fiché.

Quand le contrôle devient invisible, la liberté devient une illusion.

Orwell avait raison : la surveillance n’est plus seulement physique, elle est numérique et totale.

 

LE CONTRÔLE DE L’INFORMATION : LE MINISTÈRE DE LA VÉRITÉ EST EN MARCHE.

La désinformation organisée, le rewriting de l’histoire en direct, les médias qui ne diffusent qu’une seule version… Cela ne vous rappelle rien ?

Aujourd’hui, l’information est filtrée, contrôlée, orientée. Ce qui ne cadre pas avec la ligne officielle est purement et simplement effacé.

Les réseaux sociaux censurent, les chaînes d’information sélectionnent, les algorithmes orientent le débat public. Les "fake news" sont traquées, mais uniquement celles qui dérangent le pouvoir en place.

Quand la vérité devient un outil politique, le mensonge devient une arme.

Orwell avait raison : contrôler l’information, c’est contrôler les esprits.


LA PENSÉE UNIQUE : LE DÉLIT D’OPINION EST RÉALITÉ.

"La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force." Ces slogans d’Orwell ne sont plus de la science-fiction.

Aujourd’hui, penser différemment, c’est s’exposer à l’exclusion sociale, à la censure, voire à des poursuites judiciaires. Les plateformes suppriment les comptes dissidents, les gouvernements légifèrent pour contrôler l’opinion publique.

Le langage lui-même est réformé, épuré, aseptisé. Les mots qui dérangent sont bannis, les concepts qui choquent sont effacés. Le "politiquement correct" est devenu la Novlangue.

Quand on contrôle les mots, on contrôle les idées.

Orwell avait raison : la pensée libre est devenue un acte de rébellion.

 

VERS UN CONTRÔLE TOTAL ?

Avec l’arrivée de l’euro numérique, des identités biométriques et des systèmes de traçabilité en temps réel, le contrôle total n’est plus un fantasme dystopique.

L’argent digital permettra de tracer chaque transaction, chaque achat, chaque déplacement. La surveillance biométrique identifiera chaque visage dans les rues, chaque mouvement dans les espaces publics.

Le contrôle sera total, sans échappatoire, sans anonymat. Orwell l’avait imaginé… nous l’avons construit.

Quand le pouvoir s’invite dans vos poches, dans vos maisons, dans vos pensées, la liberté n’est plus qu’un souvenir.

Orwell avait raison : nous avons échangé notre liberté contre un faux sentiment de sécurité.

 

LA QUESTION : PEUT-ON ENCORE STOPPER CETTE MACHINE ?

La surveillance de masse est-elle réversible ? Le contrôle de l’information peut-il être brisé ? La pensée libre peut-elle encore s’exprimer sans contrainte ?

Ou sommes-nous condamnés à vivre sous l’œil du Big Brother, dans un monde où tout est su, tout est contrôlé, tout est sanctionné ?

Orwell avait raison. La question, maintenant, c’est : aura-t-on le courage de se réveiller ?


La liberté ne se réclame pas, elle se prend.

1984 n’était pas un avertissement… c’était un mode d’emploi.


Dessins de presse


 Dessins de presse

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Billets-Le projet d'accord à 9 points entre les États-Unis et l'Iran


Projet d'accord entre les États-Unis et l'Iran

Le projet d'accord à 9 points entre les États-Unis et l'Iran a fuité. Mais le sujet qui a déclenché la guerre n'est dans aucun de ces 9 points.

Selon les allégations rapportées par Al Arabiya, le projet final d'accord entre les États-Unis et l'Iran est prêt. Au total, 9 points. À première vue, sur le papier, on dirait que la guerre est terminée : cessez-le-feu, non-agression mutuelle, levée des sanctions. Mais en lisant les points un par un, une bizarrerie apparaît. Regardons d'abord le projet lui-même, puis j'aborderai cette bizarrerie. Selon Al Arabiya, le projet contient les points suivants : 1. Cessez-le-feu total, immédiat et inconditionnel sur terre, en mer et dans les airs. 2. Ni l'une ni l'autre des parties ne ciblera aucune installation militaire, civile ou économique de l'autre. 3. Arrêt de toutes les opérations militaires, activités et guerre médiatique provocatrice. 4. Respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des pays, non-ingérence dans les affaires intérieures. 5. Garantie de la liberté de navigation dans le golfe Persique, le détroit d'Ormuz et la mer d'Arabie. 6. Création d'un comité commun pour superviser l'application de l'accord et résoudre les différends. 7. Début des négociations sur les questions non résolues dans un délai maximum de 7 jours. 8. Levée progressive des sanctions américaines à mesure que l'Iran respecte les conditions. 9. Les deux parties soulignent que l'accord est conforme au droit international et à la Charte des Nations unies. Maintenant, relisez ces neuf points du début à la fin. Il manque quelque chose. Le sujet dont on parle depuis le tout début de cette guerre, présenté comme le prétexte ouvert du conflit, n'est nulle part ici : le programme nucléaire iranien. Aucun des neuf points ne mentionne une seule fois le mot « nucléaire ». Alors, où est-il passé ? Au point 7. « Négociations sur les questions non résolues dans les 7 jours. » En d'autres termes, la véritable cause de la guerre n'est pas résolue ; elle est simplement reportée à une date ultérieure. Et il y a aussi le point 5 ; c'est là que se cache le vrai marchandage. Ormuz, c'est comme le robinet à pétrole du monde. Environ un cinquième du pétrole transporté par voie maritime passe par là. Le plus grand atout de l'Iran était sa capacité à fermer ce détroit. « Garantie de la liberté de navigation » signifie que l'Iran renonce à cet atout. Imaginons que l'accord soit signé tel quel. Voyons ce que chaque partie en retire. Regardez du côté de l'Iran : cessez-le-feu, assouplissement des sanctions, arrêt des attaques, accent sur sa souveraineté. En bref, un répit et un allègement économique. Regardez du côté des États-Unis : Ormuz est ouvert sur le papier, et l'Iran est assis à la table des négociations sans que les Américains aient à s'engager dans une guerre terrestre qu'ils ne pourraient pas gagner. Mais attention : aucune des deux parties n'obtient ce qu'elle voulait vraiment. L'Iran n'a pas pu graver de manière permanente son atout Ormuz en sa faveur. Les États-Unis n'ont pas pu mettre fin au programme nucléaire. Les deux sont reportés.




jeudi 21 mai 2026

Dessins de presse

 


Dessins de presse

mercredi 20 mai 2026

Billets-Comment les oligarques russes et ukrainiens drainent l'économie européenne

   


Comment les oligarques russes et ukrainiens, avec l'appui des États-Unis, drainent l'économie européenne

L'Europe traverse une période de turbulence économique sans précédent. À première vue, les sanctions imposées à la Russie à la suite de son invasion de l'Ukraine semblent être des mesures punitives visant à affaiblir l'économie russe. Cependant, une analyse plus approfondie révèle une dynamique plus complexe, où les oligarques russes et ukrainiens, avec l'accord tacite des États-Unis, jouent un rôle crucial dans l'épuisement économique de l'Europe.

1. Les sanctions : un double tranchant pour l'Europe

Les sanctions économiques imposées à la Russie ont été présentées comme une réponse nécessaire à l'agression militaire. Pourtant, ces sanctions ont eu des effets secondaires graves sur les économies européennes. La dépendance de l'Europe à l'égard des ressources énergétiques russes, en particulier le gaz naturel, a rendu ces sanctions particulièrement coûteuses pour les pays européens. Les oligarques russes, bien que théoriquement visés par ces mesures, continuent de prospérer grâce à des réseaux financiers sophistiqués et à des relations avec d'autres puissances économiques mondiales.

2. Les oligarques ukrainiens : des profiteurs de guerre

Parallèlement, certains oligarques ukrainiens ont su tirer profit de la situation. Alors que la guerre ravage leur pays, certains d'entre eux se sont enrichis grâce à des contrats lucratifs de reconstruction et des aides internationales massives, souvent mal gérées. Cette accumulation de richesse s'accompagne parfois d'une influence accrue sur la scène politique ukrainienne, mais aussi d'une capacité à exporter leurs capitaux vers l'Europe, contribuant à l'instabilité économique sur le continent.

3. Le rôle ambigu des États-Unis

Les États-Unis, tout en se présentant comme les défenseurs de la liberté et de la démocratie en soutenant l'Ukraine, ont en réalité un intérêt stratégique à maintenir l'Europe dans une position de dépendance. En encourageant indirectement la fuite des capitaux des oligarques russes et ukrainiens vers l'Europe, les États-Unis affaiblissent les économies européennes tout en renforçant leur propre hégémonie. Le renforcement des liens énergétiques entre l'Europe et les États-Unis, avec l'augmentation des exportations de gaz naturel liquéfié américain vers l'Europe, en est un exemple frappant.

4. Une Europe à la croisée des chemins

Face à ces dynamiques, l'Europe se trouve à un carrefour crucial. La guerre en Ukraine, loin d'être un simple conflit régional, est devenue un instrument de redistribution des richesses et des influences. Si les Européens ne prennent pas conscience de ces manœuvres, ils risquent de voir leur continent plongé dans une crise économique profonde, avec des conséquences à long terme sur la stabilité et la prospérité.

Conclusion

Les oligarques russes et ukrainiens, avec l'appui tacite des États-Unis, jouent un rôle central dans l'affaiblissement économique de l'Europe. Cette situation met en lumière la nécessité pour l'Europe de repenser ses stratégies économiques et énergétiques, de renforcer son indépendance et de se méfier des alliances qui, sous couvert de solidarité, pourraient en réalité contribuer à son déclin.

Billets-Entretien avec Azzedine Alaïa


Entretien avec Azzedine Alaïa

“J’ai appris la mode avec les femmes”
Le palais Galliera rouvre ses portes et en profite pour consacrer une superbe exposition à Azzedine Alaïa. A 73 ans, il reste l'artisan d'une couture à taille humaine.


Azzedine Alaïa photographié par Jean-Paul Goude en 1985, avec son mannequin fétiche, Farida Khelfa. © Jean-Paul Goude

Le couturier préféré des femmes. Le dernier des géants. Les éloges ne manquent pas quand on évoque Azzedine Alaïa. Ses vêtements magnifient les courbes féminines, celles d’Arletty, puis de Grace Jones, de Rihanna ou de Michelle Obama. Lui seul est capable de transformer quarante mètres d’une bande de tissu élastique en la plus sculpturale des robes. Son nom reste indissociable des années 80, quand Paris était une fête et qu’une nouvelle génération, osant les tenues moulantes et échancrées, dansait au Palace jusqu’à l’aube.
A 73 ans, Azzedine Alaïa continue de faire briller dans le monde entier une élégance parisienne simple et impertinente. Il défend aussi une économie à taille humaine, partageant chaque midi sa table avec l'équipe de sa maison de couture. C'est dans sa cuisine qu'il reçoit les artistes et designers qu'il aime, et quelques rares journalistes. Car ce créateur, formidablement drôle, et même farceur à l'occasion, reste discret et réservé. Pour sa réouverture, le palais Galliera, musée de la mode de la Ville de Paris, lui consacre une superbe exposition. Le natif de Tunis revient sur son parcours en quelques savoureuses histoires.

  • Tout commence par votre grand-mère ?
Elle est sans doute la personne la plus importante de ma vie. C'est fou : les grands-mères sont souvent un point de départ. Ma mère est venue avec moi dans sa maison, elle y est restée quarante jours, et ma grand-mère lui a dit : « Maintenant, tu peux repartir avec ton mari. » Et elle a gardé l'enfant. Mes parents, cultivateurs de blé, étaient d'accord. Ma mère ne voulait pas que je reste à la campagne, elle disait que c'était mieux pour moi d'aller à l'école à Tunis.
Ma grand-mère était géniale ! Dans cette maison qu'elle n'a jamais quittée, sans savoir ce qui passait à l'extérieur, ne parlant même pas bien l'arabe mais un dialecte, elle nous a élevés, ma sœur et moi, de la façon la plus incroyable ! Pas d'éducation religieuse avant 7 ans ! Je ne l'ai jamais vue prier.
Mon grand-père maternel non plus. Il m'a amené au cinéma dès l'âge de 10 ans ; il me déposait pour la première séance au Ciné Soir, tenu par l'un de ses amis. Assis sur un strapontin, je restais jusqu'à la dernière. Je voyais quatre fois le film ! Je commençais par m'intéresser à l'image générale, puis aux décors, aux costumes, et enfin je me demandais quel rôle je pouvais jouer… J'essayais d'apprendre par cœur les dialogues. Je chantais, je dansais… C'est vrai ! Je me rappelle que Rita Hayworth, en robe de dentelle rouge, m'avait bouleversé. Et je me souviens aussi de Riz amer, avec Silvana Mangano. Quel moment ! En sortant, j'ai fait comme elle : j'ai retroussé mon short…


Alaïa, robe longue, P/E 1990. Bandelettes en rayonne stretch. © Ilvio Gallo, 1996.

  • Cette vision de Mangano, ses rondeurs vous conduisent à la sculpture…
Je suis sûr que tout vient de là. Mouler sur le corps, c'est comme sculpter. A l'école des beaux-arts de Tunis, le professeur de dessin m'a dit : « Vous, vous allez prendre la section sculpture. » Il trouvait sans doute que j'avais davantage de dons dans cette matière. Il a eu raison, car cela me plaisait. J'ai même gardé certains projets que j'ai réalisés là-bas. Dont un bas-relief de cheval que je serais bien incapable de reproduire aujourd'hui ! Et aussi le buste de Mme de Pompadour. Qui est ma favorite…

  • Comment passe-t-on de la sculpture à la mode ?
J'ai quitté la Tunisie pour apprendre la couture en France. J'étais fasciné par les robes de Dior et de Balenciaga que je voyais dans les magazines. Je les dessinais en essayant de comprendre où se trouvaient leurs coutures. La mère de mon amie d'enfance Leila Menchari [aujourd'hui décoratrice des vitrines Hermès, ndlr] connaissait une cliente de Dior, et lui a demandé de m'aider à y entrer. J'y ai passé cinq jours.
J'ai vu comment « piquoter » les revers des vestes, j'observais le chef d'atelier. C'était la veille des collections, il y avait une effervescence dans cette maison ! Et puis ils m'ont renvoyé ! Nous étions à la fin de la guerre d'Algérie, et ils m'ont dit que je n'avais pas de carte de séjour, alors qu'un Tunisien n'en avait pas besoin. Je n'avais qu'une vingtaine d'années. J'étais triste d'avoir été viré sans raison, je ne comprenais pas, je pleurais. Puis je suis parti chez Guy Laroche, où je suis resté près d'un an et demi.

  • Vous imaginiez déjà votre futur parcours ?
Non, je ne pensais pas du tout devenir un styliste connu, je voulais juste vivre à Paris. Leila Menchari, qui habitait rue Lord-Byron, m'a trouvé une cham­bre de bonne au rez-de-chaussée, que la concierge m'a louée. Quand elle sortait faire des courses, je gardais la loge. Je montais aussi le courrier. Puis ça s'est déclenché d'un coup. Tous les Parisiens que je connaissais m'avaient donné des papiers attestant que j'étais leur protégé, car les Nord-Africains étaient tout le temps arrêtés dans la rue.
Un après-midi, je suis allé voir Simone Zehrfuss, la femme de l'architecte Bernard Zehrfuss, qui habitait à côté, et la romancière Louise de Vilmorin est arrivée. Simone nous a présentés : « Voici Azzedine, un ami à nous qui apprend la couture. » Louise m'a dit : « Asseyez-vous à côté de moi, jeune homme. Azzedine Alaïa, c'est joli comme nom. Ecrivez-le-moi, pour que je ne me trompe pas. » Je lui donne le papier, elle le met dans son sac et me dit : « L'affaire est dans le sac. »
J'ai lié une grande amitié avec elle. Tous les samedis et dimanches, j'allais dîner dans sa maison, à Verrières. J'y ai rencontré des écrivains, des gens de cinéma… Pour quelqu'un qui arrivait de l'étranger, c'était une chance inouïe ! J'ai fréquenté Louise jusqu'à sa mort, je voyageais avec elle. J'étais étonné de l'attention qu'elle avait pour moi.

  • Et les femmes commençaient à s'intéresser à votre travail ?
Oui, d'un coup j'étais devenu la coqueluche. Ma petite taille m'a rendu service : tout le monde me caressait la tête ! Plus grand, je n'aurais pas eu le même succès.

  • C'est ainsi que vous avez rencontré Arletty ?
Non, c'est plus tard, quand j'habitais rue des Marronniers, à Auteuil. Je commençais à avoir une clientèle « chic-issime ». Et un jour, un ami coiffeur est venu dîner. Il m'a dit : « Je dois partir coiffer Arletty, qui joue dans la pièce L'Etouffe-chrétien. » Je lui ai répondu : « Je viens avec toi ! » Car, la veille, j'avais vu le film Hôtel du Nord, au cinéma Le Ranelagh.
Arletty représentait vraiment pour moi la Parisienne, qui n'existe nulle part ailleurs. J'étais fasciné par sa voix, son allure, sa façon d'ajuster sa robe, et je voulais à tout prix la rencontrer. Mon ami l'a coiffée, m'a présenté, elle m'a demandé comment je m'appelais et m'a dit : « Avec ses deux A, au début et à la fin, votre nom est destiné à se retrouver sur une affiche ! » Elle a tout de suite voulu que je lui confectionne un petit paletot. Et comme elle habitait rue Raynouard, je n'avais qu'à traverser la rue pour me rendre chez elle. Puis elle m'a demandé un petit tailleur rose. Elle disait : le rose, c'est un fard, ça donne bonne mine, le soir.


Alaïa, robe drapée, P/E 1991. Jersey de soie blanc. © Ilvio Gallo, 1996.

  • Quel était son style ?
J'ai appris la mode avec les femmes. Ce que j'aimais, chez Arletty, c'est qu'elle ne mettait jamais de bijoux. Elle disait : « Je suis vierge de toute décoration ! » Et Louise de Vilmorin était l'opposée. L'une était de Courbevoie, l'autre de Verrières-le-Buisson, et les deux avaient du style.

  • Et Greta Garbo ?
C'est Cécile de Rothschild qui me l'a amenée. Je l'ai habillée plusieurs fois. Greta Garbo ne parlait presque pas. Elle était toujours en pantalon étroit du bas et en pull. Un grand pardessus, des lunettes, les cheveux tenus en arrière par un élastique, et une frange. Une femme d'une grande beauté. Il y a quelques années, ses affaires ont été vendues aux enchères à Los Angeles. J'ai reçu le catalogue, il y avait un manteau marqué « Alaïa-Garbo » ! Je l'ai acheté.

  • Au début des années 80, avec Thierry Mugler et Jean Paul Gaultier, vous rendez les femmes sexy. Comment avez-vous senti qu’elles en avaient envie ?
Quatre ou cinq de mes clientes donnaient le ton. Elles avaient le chic. Je n’avais pas les moyens de fabriquer des bijoux ou des chaussures, alors j’ai dit : « Les filles, on ramasse les cheveux en queue-de-cheval et on lance une mode parisienne. » Je pensais à Arletty et à sa formule : « vierge de toute décoration ». J’ai inventé une silhouette fine et sans falbalas, même si Mugler avait déjà commencé avec ses jupes serrées.
Quand on commence à aller dans une direction, on ne réfléchit pas. Mais plus on avance, plus ça devient difficile. J’ai plus de mal à faire une jupe droite aujourd’hui qu’à cette époque ! Parce qu’elle doit être serrée sans l’être, il faut que la fille puisse marcher avec. La sophistication s’exprime aujourd’hui d’une autre façon qu’hier.

  • Olivier Saillard, le directeur du musée Galliera, dit que votre travail s'apparente à la chirurgie plastique…
Une femme achète une robe pour être belle. Et mon métier est d'arranger la silhouette par la coupe du vêtement ou par les proportions. Si la cliente a le derrière un peu bas, j'essaie de le remonter un peu, c'est ça le travail d'un couturier !

  • Vous ne dessinez pas, vous créez directement sur un mannequin vivant ?
Ce n'est pas vrai, je dessine, figurez-vous. Pour garder la mémoire de mon travail. Je trace un patron sur papier-calque, je le découpe et je l'accroche avec une épingle sur une feuille. Ensuite, je démarre sur un mannequin d'atelier, mais il faut quelqu'un pour l'essayage. Car une femme marche, son corps bouge, et j'ai besoin de voir comment le tissu se comporte sur elle.


Alaïa, robe bustier, couture A/H 2003. Bustier de cuir moulé et jupe en taffetas. © Patrick Demarchelier.

  • Comment naît une collection ?
Je ne suis pas quelqu'un qui dit : j'ai telle inspiration. Ou : voilà la tendance. Je commence par les matières. Je pars d'un tissu existant, je fais tricoter des échantillons pour voir comment il rend. Ensuite, je demande par exemple un tricotage plus serré, ou un lavage. C'est toute une cuisine…

  • Votre couleur préférée ?
J'aime beaucoup les couleurs, mais le noir est reposant. On peut le porter tous les jours. Un vêtement rouge finit par fatiguer l'œil. En revanche, j'aime quand les femmes âgées sont en clair, c'est plus doux. Le noir est un peu dur pour elles. Sauf si elles ont une forte personnalité.

  • Les clientes ont-elles changé ?
Oui, une fille peut mettre des baskets avec la robe du soir la plus insensée. Autrefois, c'était impossible. Il y avait des critères précis. On ne pouvait pas porter une robe brodée le matin, par exemple. Et la couture devenait ennuyeuse, bourgeoise à fond. Mais, dans les années 80, Comme des garçons et Yohji Yamamoto sont arrivés et ont tout bouleversé. Il ne fallait plus jeter les vêtements troués ou bouffés par les mites : ils étaient devenus indispensables ! Tout comme les bas filés, alors qu'avant une femme ne pouvait pas sortir dans la rue avec. Aujourd'hui, on peut même en acheter !


Alaïa, robe courte, A/H 1981. Jersey de laine noire, zip métallique argent enroulé autour de la robe, encolure bateau et manches à pointes. © Ilvio Gallo, 1996.

  • Depuis les années 90, la mode a pris une autre dimension…
Un jeune qui débute est obligé de s'associer un jour ou l'autre avec un industriel. Quand j'ai commencé, on pouvait présenter quatre vêtements dans une chambre de bonne, et les gens venaient, s'intéressaient. Aujourd'hui, c'est fini. Et depuis l'arrivée des groupes financiers, il existe une faiblesse dans la création. Partout. On demande trop, trop de collections. Aucun styliste ne peut en créer huit ou neuf dans l'année.
Moi, quand j'ai une idée dans l'année, j'allume des bougies dans toutes les églises du quartier et je remercie Dieu de me l'avoir donnée. Je suis comme un cow-boy, avec mon lasso, je cours derrière l'idée, et quand je l'attrape je ne la laisse pas passer ! Il faut que ce système change. C'est devenu infernal, plus personne ne peut faire son travail à fond ! Et pendant ce temps, on organise de grands spectacles qui coûtent des fortunes, juste pour montrer des robes !

  • Ces défilés n'existaient pas déjà dans les années 80 ?
Non, à cette époque-là, l'air du temps était naïf et léger. Les filles sautillaient, dansaient, c'était comme une fête. Avec l'arrivée de Comme des garçons, les défilés sont devenus plus militaires, mais cette approche collait à leurs vêtements. Les années 80 se sont terminées sur une note gravissime, avec le sida, qui a éteint l'enthousiasme. Ensuite, de gros moyens sont entrés en jeu. Mais il faudrait calmer le jeu, revenir à deux saisons. Un créateur a besoin de six mois pour travailler et réfléchir. En quinze jours, on ne peut pas.

  • Vous avez une passion pour le design. On trouvait déjà des meubles de Jean Prouvé dans votre chambre de bonne…
Oui, Simone Zehrfuss me les avait donnés. Son mari a travaillé avec Prouvé, et elle possédait beaucoup de meubles de lui. J'avais le lit une place, la table, un fauteuil, et même la bibliothèque dite « Tunisie » ! En partant, je les ai laissés en pensant que ce n'était que du bois.
Bien plus tard, au début des années 80, je vais me promener aux puces, où je ne mets jamais les pieds, je vois une table, et je crois que c'est la mienne ! Et la bibliothèque aussi. Je me renseigne, c'était le galeriste Philippe Jousse, qui venait d'ouvrir. Je demande le prix à sa femme, et sa réponse me donne presque la migraine ! Je sors et je me dis : « Que Dieu me pardonne, quand je pense qu'avec mon innocence et ma bêtise j'ai cru que ces meubles ne valaient rien du tout ! » Alors je suis retourné dans la galerie, et ils m'ont fait un prix…

  • Vous continuez à douter de vous ?
Toujours. J'ai l'impression que mon travail n'est jamais achevé…

Azzedine Alaïa en quelques dates
1940 Naissance à Tunis.
1957 Arrivée à Paris.
1965 S'installe rue de Bellechasse.
1979 Première collection griffée.
1984 Reçoit deux oscars de la mode.
1989 Habille Jessye Norman, qui chante La Marseillaise lors du bicentenaire de la Révolution.
2000 Alliance avec Prada.
2007 Rachète ses parts à Prada et s'associe à Richemont.
2013 Exposition au palais Galliera.

Azzedine Alaïa est mis à l'honneur au palais Galliera, jusqu'au 26 janvier 2014.


Source Télérama Propos recueillis par Xavier de Jarcy