samedi 4 avril 2026

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Dessins de presse

 


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Billets-La pie bavarde



La pie bavarde
Elle se reconnaît dans un miroir — et elle sait que c'est elle. Le test du miroir est le standard scientifique de la conscience de soi. Humains, grands singes, dauphins, éléphants le réussissent. En 2008, une équipe de chercheurs allemands de l'université de Francfort a placé une marque colorée sur la gorge de pies bavarde, invisible sans miroir. Devant leur reflet, les pies ont immédiatement touché la marque avec leur bec — signalant qu'elles comprenaient que l'image dans le miroir était leur propre corps. La pie bavarde est le seul oiseau à avoir franchi ce seuil. Les implications sur la nature de la conscience chez les oiseaux n'ont pas encore été entièrement mesurées. Elles portent le deuil — vraiment. Des biologistes ont observé des pies s'approcher du cadavre d'un congénère, s'immobiliser, puis repartir chercher des brins d'herbe qu'elles déposent autour du corps avant de rester en silence. Ce comportement, observé en conditions naturelles, n'est pas simplement de la curiosité face à un danger. La structure du rituel — approche, dépôt de matière végétale, immobilité collective — ressemble à ce que des anthropologues décriraient comme un rite funéraire si c'était un humain qui le pratiquait. Elles mémorisent vos habitudes — individuellement. Comme la corneille, la pie bavarde identifie les individus humains à leur visage. Elle apprend quels humains représentent une menace, quels humains nourrissent régulièrement à un endroit précis, et quels humains ignorent sa présence. Elle adapte son comportement en conséquence — s'approchant à moins d'un mètre d'un individu connu inoffensif et s'envolant depuis une centaine de mètres d'un individu perçu comme dangereux. Cette différenciation individuelle, persistante sur plusieurs saisons, est documentée dans les jardins résidentiels français. Elles utilisent des outils — et font preuve d'anticipation. En captivité, des pies ont résolu des puzzles nécessitant d'utiliser un bâton pour pousser un bouton pour accéder à un levier pour obtenir de la nourriture — une séquence causale de trois étapes qu'elles n'avaient jamais rencontrée. Plus remarquable : certains individus ont commencé à préparer le bâton avant que la cage du puzzle ne soit ouverte, anticipant la nécessité de l'outil. Anticiper un outil pour un problème futur implique de représenter mentalement un état futur — une forme de planification temporelle. Elles s'entraident — et selon des règles sociales complexes. Les pies vivent en groupes aux alliances structurées. Des individus sans lien de parenté s'associent pour défendre des ressources, protéger des membres blessés et coordonner des actions face à des prédateurs. Ces alliances sont stables sur plusieurs années et impliquent une mémorisation précise des comportements passés de chaque individu — qui a aidé, qui a trahi, qui est fiable. La coopération basée sur l'historique de réciprocité était jusqu'ici considérée comme une capacité cognitive avancée limitée aux primates sociaux. Leur cerveau représente 2,7 % de leur masse corporelle — un des ratios les plus élevés du règne animal. Chez l'humain, ce ratio est de 2 %. La structure neuronale du pallium de la pie compense l'absence de cortex laminé par une densité synaptique exceptionnelle. Les neurosciences aviaires ont revu depuis les années 2000 l'ensemble de la nomenclature cérébrale des oiseaux — ce qu'on appelait le cerveau reptilien des oiseaux est en réalité un analogue fonctionnel du néocortex mammifère. La pie bavarde pense avec un cerveau différent du nôtre — mais avec un résultat que nos propres tests d'intelligence peinent à distingue


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Billets-Nathalie Koenders


Nathalie Koenders

Heureuse élue

L’élection de Nathalie Koenders à la mairie de Dijon avec un score sans appel (58,4%) prend sa source en 2012, lorsqu’en marge du congrès du PS - dont les têtes de file s’appellent alors Martine Aubry, Manuels Valls ou Benoît Hamon - François Rebsamen l’aborde, elle qui est déjà adjointe au commerce : « J’étais au PRG. Il me dit : “Voilà, il faut toujours penser à sa succession et moi je pense à toi. Donc il va falloir que tu adhères au PS et que tu te prépares.” Du coup la graine germe. Quand je deviens première adjointe en 2014, je me dis que c’est par rapport à cela. Et je me suis préparée à cette éventualité. » Ce qu’elle ne pouvait pas préparer en revanche, c’est de devoir, presqu’immédiatement, assurer l’intérim suite au décès du maire Alain Millot. L’histoire se répètera quatre ans plus tard lorsque François Rebsamen se retire quelques mois pour soigner un cancer. Elle vaut mieux qu’un joker : Nathalie Koenders le sait, elle est prête. 2020 ne sera pourtant pas pour elle : dans un pays bouleversé par l’épidémie de la covid, François Rebsamen remporte un quatrième mandat qui aurait dû l’emmener jusqu’en 2026. Mais lorsqu’en novembre 2024 il annonce démissionner avant son échéance, il ne fait de doute pour personne que sa successeure désignée occupera son siège. Le soir du 25 novembre 2024, le conseil municipal vote et sans surprise, Nathalie Koenders devient la première femme maire de la capitale des Ducs. Ses opposants se déchaînent sur l’air de l’illégitimité, une chanson que le résultat du 22 mars dernier est venu enrayer.

Proximité et réalisme

La raison de ce succès, Nathalie Koenders l’analyse assez simplement : « La proximité. C’est notre marque de fabrique. On gagne une élection avec des grands projets, mais on peut la perdre si on ne fait pas de proximité car il est important d’aller écouter les gens et de leur expliquer les choses sans langue de bois. Quand ce n’est pas possible, je ne dis pas “oui, on va le faire”. On ne va pas refaire la campagne, mais mes concurrents avaient des propositions irréalistes soit parce que la loi ne le permet pas (comme un casino à la CIGV, une idée de Thierry Coudert, Ndlr) ou parce que les finances ne le permettent pas. C’est comme ça que les gens se détachent de la politique. Quand on est élu local, il faut avoir cette réflexion. Je serai la maire de tous les Dijonnais, ceux qui ont voté pour nous mais aussi ceux qui n’ont pas voté pour nous, car il faut essayer de comprendre leur point de vue. »

« C’est mon moteur : être perfectionniste, avoir un challenge et aller le chercher en s’en donnant les moyens. »

Ses projets pour Dijon, qui doivent évidemment s’inscrire dans le programme de grands travaux de la métropole dijonnaise, reflètent ce désir de servir le quotidien pour une ville « écologique, sociale et attractive » (son slogan de campagne) : outre une mutuelle municipale (sorte d’achat groupé pour faire baisser le coût), la ville s’engage dans la troisième ligne de tram, une végétalisation accrue - « On va désimperméabiliser, on va planter des arbres, cela va améliorer aussi la desserte pour les mobilités actives, les piétons et les vélos, créer davantage d’îlots de fraîcheur dans tous les quartiers » -, la poursuite de l’aménagement du centre-ville, la rénovation des serres historiques du Jardin de l’Arquebuse et de la salle de l’Orangerie. L’attractivité économique mobilisera plusieurs dizaines de millions pour refaire le Parc des Expositions. Elle n’élude pas le point noir, la Cité de la gastronomie, dont la partie commerce (privée) n’en finit pas de ne pas trouver son modèle : « Le grand hall est magnifique, on va peut-être voir à le récupérer. Actuellement il est froid, il faut peut-être le faire vivre davantage, on va réunir tous les acteurs pour voir ce que l’on peut faire ».

« J’ai appris, j’ai bossé... »


L’autre raison du succès de sa candidature tient également, confie Nathalie Koenders, à son attachement sincère à la ville qui l’a vue grandir. Arrivée très jeune, elle y a vécu le divorce de ses parents puis au gré de ses études fortement teintées de sport de haut niveau - elle a été championne de France seniors en kayak - a emménagé dans tellement de quartiers de Dijon qu’elle en connaît la cartographie par coeur. On pourrait en ajouter d’autres, comme la ténacité, la résistance et le goût de la gagne, qualités essentielles pour briller et durer en politique. « On se demande toujours si c’est le sport qui nous forge et le fait d’avoir été championne de haut niveau, ou si c’est parce qu’à la base on est comme ça qu’on y arrive », analyse Nathalie Koenders. On pariera aussi sur sa capacité de travail et un certain pragmatisme, ses réponses lorsqu’on l’interroge sur sa relation au pouvoir. « J’ai commencé en étant adjointe, j’avais le plus petit bureau. J’ai appris, j’ai bossé, j’ai eu plusieurs délégations. Ce n’est pas une question d’ego, même s’il en faut un peu pour se voir sur des affiches. Mais il faut savoir prendre du recul pour que ça ne nous monte pas à la tête. La célébrité ou le pouvoir peuvent être tragiques si l’on n’y est pas préparé. En politique, on peut passer très vite du Capitole à la Roche Tarpéienne... »

Poursuivre sans (se) trahir

Si les projets de la nouvelle maire abondent, son défi personnel, alors qu’elle devra compter avec la présence de François Rebsamen à la tête de Dijon métropole, sera enfin celui de l’héritage : comment tracer sa propre voie sans trahir ni se trahir ? « François Rebsamen m’a mis le pied à l’étrier et m’a fait confiance, je lui en serai toujours reconnaissante, balaie Nathalie Koenders. J’ai une certaine loyauté envers lui. Je pense qu’on gère la suite avec intelligence : il a préparé sa succession pour que cela se passe le mieux possible et cela a marché. On reconnaît aussi un grand homme politique à sa façon de transmettre le pouvoir. » Et une femme politique ? « Symboliquement, être la première femme maire de Dijon était un beau clin d’oeil. Mais les défauts ou les qualités ne sont pas genrés. Ce qui m’a fait plaisir, c’est de voir des petites filles s’identifier : des mamans me disaient que leur fille, en me voyant sur l’affiche, disait vouloir être maire plus tard. »

Remporte le 2e tour des municipales de Dijon avec 58,4% des voix. 

vendredi 3 avril 2026

jeudi 2 avril 2026

Photos: Divers

 


Photos: Divers

 


Photos: Divers

 


Photos: Divers

 


Photos: Divers

 







Billets-Le bain de fourmis

 

Le bain de fourmis 

Quand un corbeau se sent mal à l’aise, irrité ou affecté par des parasites, il ne panique pas ni ne réagit de manière impulsive. Il fait quelque chose qui, à première vue, semble étrange : il cherche une fourmilière et s’y pose, immobile, laissant les fourmis parcourir son corps comme s’il savait exactement ce qu’il fait. Ce n’est pas un hasard. Le corbeau ouvre ses ailes, s’installe confortablement et laisse les fourmis se déplacer entre ses plumes. Certaines libèrent de l’acide formique, une substance qu’elles utilisent pour se défendre, mais qui, sur le corps de l’oiseau, agit comme un traitement naturel, aidant à éliminer les parasites et à soulager la peau. C’est un processus précis, presque délibéré, comme s’il appliquait un remède qu’il n’a jamais étudié, mais qu’il connaît à la perfection. Ce comportement s’appelle l’anting, et il n’est pas exclusif aux corbeaux. Plus de deux cents espèces d’oiseaux le pratiquent, certaines de manière passive, se laissant simplement couvrir par les fourmis, et d’autres de manière active, prenant les fourmis avec le bec et les appliquant directement sur des zones précises du corps, comme si elles comprenaient où est le problème et comment le traiter. Ce qu’il y a de plus fascinant, ce n’est pas le geste en lui-même, mais ce qu’il représente. Le corbeau ne comprend pas la chimie, il n’a lu aucun livre ni appris à l’école, mais il sait où aller quand quelque chose ne va pas. Ce savoir n’est écrit nulle part, il se transmet sans mots, de génération en génération, comme une sagesse silencieuse qui n’a pas besoin d’explication. Et peut-être qu’il y a là quelque chose que nous oublions parfois. Toute intelligence ne fait pas de bruit. Certaines simplement… savent quoi faire.

mercredi 1 avril 2026

mardi 31 mars 2026