dimanche 10 mai 2026

Billets-Edward Hopper

    Edward Hopper


 Compartiment C, voiture 293, 1938

L'art d'Edward Hopper incarne “le meilleur de la tradition américaine”, disait Jo, la femme du peintre. Pourtant, quand on entre dans le cadre, lumière, attitudes, composition, c'est l'insolite qui frappe.

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Compartiment C, voiture 293 est un tableau magnifique. Beaucoup de tableaux du peintre américain Edward Hopper sont magnifiques, mais celui-là l'est particulièrement. C'est un ­tableau vert. Josephine (dite Jo), la femme d'Edward (dit Ed), l'appelait d'ailleurs ainsi, « le tableau vert ». Il montre une femme blonde, élégante, vêtue d'une robe de couleur prune (quetsche). Elle est assise dans le compartiment d'un train. Les murs et le mobilier du compartiment sont verts. Seul l'appuie-tête est blanc, à sa base violacé. La femme lit. La plupart des commentateurs la voient lire un magazine, mais il faut toujours se méfier de ce que Hopper fait lire aux femmes. Dans Chambre d'hôtel, par exemple, peint en 1931, une jeune femme dévêtue, assise sur un lit, paraît absorbée par la lecture d'un roman. Or elle tient dans ses mains « un indicateur de chemins de fer ». On le sait parce que Jo l'a noté dans le registre où, une fois un tableau achevé, Ed dessine l'œuvre à l'encre noire que Jo, ensuite, de son écriture ronde décrit.


Hotel Room, 1931

Jo est un personnage. Edward Hopper l'a épousée en 1924 – il avait 36 ans et Jo s'appelait alors Josephine Verstille Nivison. Elle est peintre. Ed ne la quittera jamais. Mais Ed n'est pas le genre à quitter. En 1913, il s'installe à Washington Square, à New York, dans un appartement-atelier duquel, malgré le succès et la fortune, il ne déménagera jamais – il y mourra en 1967. En 1924, il montre ses aquarelles dans la ­galerie Frank Rehn, qui lui organise sa première exposition personnelle et où il restera toute sa vie. Quant à Jo, jalouse comme une tigresse, elle sera son seul modèle féminin. Hopper est un homme fidèle. Jo, elle, est une emmerdeuse. Elle s'est « sacrifiée » pour Ed, dit-elle, lui a laissé l'atelier, et ne cesse de le lui reprocher. En 1946, elle commence même une grève de la faim pour protester contre l'indifférence d'Ed et du Whitney Museum pour son œuvre. Frank Rehn réglera le problème par un petit accrochage dans sa galerie.

Le photographe Arnold Newman raconte que le couple ne cessait de se disputer. Quand il voulait photographier Ed, Jo venait sans cesse se placer dans le champ. Etre dans la plupart des tableaux de Hopper ne lui suffisait donc pas. Puis il a compris que c'était leur façon de fonctionner. Jo admirait Ed. Dans son journal, elle écrit : « L'art de E. Hopper est tellement fondamental que l'on peut le comparer à Abraham Lincoln ou George Washington pour représenter le meilleur de la tradition américaine. » Il est probable qu'Ed devait aimer l'admiration que Jo lui portait. Elle tenait avec application ses registres. Elle l'accompagnait partout. Ils apprenaient l'espagnol ensemble. Et se fâcher continuellement avec elle devait l'arranger en lui réservant les longues plages de silence et de solitude dont il avait besoin. Hopper est un taiseux.

Pour savoir à quoi ressemblait Jo en 1938, il suffit de regarder la femme à la robe sombre dans le compartiment vert. C'est elle qui lit. Les femmes lisent souvent dans les tableaux de Hopper. Ou elles pensent. Ou elles rêvent. Elles sont parfois dénudées. Elles ne correspondent pas à l'image de la ménagère américaine. C'est peut-être pourquoi les femmes aiment beaucoup la peinture de Hopper : il les émancipe. Il ne les couvre pas de bijoux – Ed les détestait – mais les rend sexy. C'est une manière héritée de Courbet (Les Demoiselles du bord de Seine, 1856) dont Hopper a admiré la peinture lors de ses trois voyages en Europe (principalement à Paris) entre 1906 et 1910. C'est pourquoi sa Jo (Portrait de Jo, 1936) ressemble tant à l'autre Jo (Joanna Hiffernan), peinte par Courbet en 1865. Donc Jo lit. Hopper la vêt d'une robe stricte, la dote d'une forte poitrine, et dévoile légèrement le genou.


House by the railroad, 1925

On parle souvent de la Maison près de la voie ferrée (1925) comme modèle pour la maison de Psychose (1960) d'Alfred Hitchcock, mais il semble bien que le principal point commun entre le peintre et le cinéaste (qui adorait Hopper) soit cette figure de femme ambiguë, à la fois sage et sexuelle. Si l'on se reporte au registre, Jo écrit que la femme lit le New Yorker, que sa robe est « en jersey de laine violet », et qu'à ses côtés est posé le magazine Reader's Digest. Ed ajoute de son écriture fine et nerveuse : « Toile belge, couleurs Rembrandt, blanc de plomb, huile de lin. » Et puis il y a ce vert, un certain vert, somptueux, mélange « d'oxyde de chrome et de cadmium », écrit Jo. Un vert impossible à trouver sur le mur d'un compartiment d'un wagon de chemin de fer américain, ­aussi impossible que la hauteur du plafond de ce compar­timent, l'éclairage (on y reviendra) ou le paysage crépus­culaire entraperçu par la fenêtre.

C'est le côté étrange de Hopper. Le tableau paraît réaliste, mais quand on en regarde les détails, tout devient bizarre. Les gens sont souvent seuls, leurs attitudes, insolites, les rues, désertes, les pièces, vides, les paysages, inhabités, les points de vue, décalés, les lumières, artificielles... On n'y retrouve pas les signes caricaturaux des Etats-Unis : peu ou pas de voitures, pas de gratte-ciel, pas de grands espaces, pas de signes religieux, pas d'excitation, pas de foule, pas d'hystérie... Et pourtant, rien ne nous paraît plus américain qu'un tableau de Hopper, au point que de nombreux cinéastes, de Robert Siodmak (Les Tueurs, 1946) à Wim Wenders (The End of violence, 1997) et David Lynch (Mulholland Drive, 2001), s'en sont inspirés. Hopper peint une Amérique sans fard. Elle ressemble à ses femmes, stricte, engoncée dans une morale rigide mais ambivalente, à la fois froide et libidinale. Une assemblée de solitaires la compose, portant la sourde mélancolie d'un lointain déracinement.
Hopper adorait donc l'Amérique sans tendresse excessive. « Nos traits nationaux peuvent être si simplistes et étriqués qu'ils en paraissent puérils à des peuples plus subtils et plus raffinés », écrivait-il. L'un de ces peuples trouve une grâce particulière à ses yeux : le peuple français. De ses séjours parisiens, Ed gardera ­toujours un amour pour la culture française, pour sa peinture bien sûr, au premier rang de laquelle figurent Courbet, Degas et les impressionnistes, mais aussi pour sa littérature et sa poésie. Il récitait par cœur Verlaine et Rimbaud. Il ­lisait Mallarmé et Montaigne. Pourtant le même homme, en 1927, écrit : « L'art américain devrait être sevré de sa mère française. » L'art américain, en 1927, qu'est-ce que c'est que ça ?

C'est une idée obsédante – elle obsédera vingt ans plus tard Robert Rauschenberg. Hopper rêve d'un art amé­ricain autonome, cessant d'être une pâle copie de l'art européen. A la modernité européenne (Picasso n'a qu'un an de moins que lui), il oppose, bien que nourrie par la peinture française, sa vision américaine. En 1934, dans une interview au magazine Time, il devient plus catégorique : « La spécificité américaine d'un peintre est innée – il n'a nullement besoin de la rechercher. » Autrement dit : il suffit de ne plus copier l'Europe, d'être soi-même, et le reste suivra. Reste à savoir en quoi consiste cette « spécificité américaine ».

Il ne faut pas la confondre avec le regard ironique que pose Hopper sur l'Amérique, cet univers beckettien où les êtres semblent attendre quelque chose qui n'arrivera ­jamais – le rêve américain ? Parlant de l'œil de son confrère John Sloan (1871-1951), très influencé par l'art français, Hopper emploie le mot « frais ». Derrière le compliment s'entend un autre mot : naïf. L'art venant d'Amérique est entaché de naïveté, pense Hopper. Aussi décide-t-il, porté par sa passion pour le théâtre et son organisation visuelle (à New York, Jo et Ed voient toutes les pièces qui se montent, qu'elles soient classiques ou contemporaines comme celles d'Ibsen), aussi décide-t-il de jouer avec cette naïveté.

C'est d'abord une affaire de composition où le peintre excelle : donner l'illusion de la simplicité. Rien de plus évident que la femme lisant dans le compartiment vert – et l'exactitude du titre, Compartiment C, voiture 293, semble le con­firmer. Or, dans la réalité, la voiture 293 n'existe pas – pas plus que n'existent le vert, ce type de compartiment, le paysage crépusculaire et la lumière. D'ailleurs, cette lumière, d'où vient-elle ? La lampe est éteinte. Les ombres suggèrent qu'elle provient du couloir, mais comment le couloir d'un train à la tombée de la nuit peut-il projeter sur une femme une lumière solaire d'une telle crudité ?

Voilà donc l'étrangeté posée. Quelque chose d'artistiquement impur vient troubler ce qu'un regard hâtif prendrait pour du classicisme – mais classique, Hopper l'est aussi par ses dessins préparatoires, ses esquisses, ses études de mouvement, sa touche. Une lumière merveilleuse inonde le compartiment alors que le paysage fantomatique, avec sa route « blafarde » sous un pont « blanchâtre » (les précisions sont de Jo), semble un mauvais présage. Où va cette femme, vers le bonheur ou le malheur ? Quelle est la nature du calme absolu ­régnant sur les magnifiques paysages désertés (Collines au sud de Truro, 1930) ? Où est-on dans un tableau de Hopper : dans une comédie ou une tragédie ? Ainsi se définit la « spécificité américaine » : par l'ambiguïté et le décalage, ce que l'on retrouvera chez Rothko (abstraction ou paysage ?), Rauschenberg (sculpture ou peinture ?) ou, plus récemment, Christopher Wools (peinture, photographie ou imprimerie ?). Hopper en est le précurseur. « Je suis probablement un solitaire », disait-il. Et probablement l'inventeur de l'art américain.

People in the sun, 1960

Gas, 1940

Girlie show, 1941

Soir Bleu, 1914

Morning Sun, 1952

The City, 1927


Conference at night, 1949 

Chop suey, 1929F

Chop suey, 1929F

The Sheridan Theatre, 1937

House at Dusk, 1935


New-York Office, 1962

Lighthouse Hill, 1927

From Williamsburg Bridge, 1928

Hills South Truro, 1930
Source Télérama 

Billets-La liberté n’est pas le problème, elle est la solution

  


La liberté n’est pas le problème, elle est la solution

Dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement américain se mettait à bâtir fébrilement un formidable dispositif sécuritaire. Formidable par les moyens budgétaires dont il est doté, formidable par sa capacité en hommes. Et formidablement intrusif et négateur des libertés constitutionnelles, à commencer par le droit au respect de la vie privée. Du Patriot Act (octobre 2001) à l’inflation exponentielle de la NSA (National Security Agency), il ne se trouve plus un seul citoyen américain dont la vie ne s’inscrive par bribes et en temps réel, fût-ce par Google ou Facebook interposés, dans la mémoire d’un Léviathan administratif omni-voyant que plus personne ne maîtrise.

De nombreux gouvernements européens se sont engagés dans la même voie, pourtant sans issue. Prétendre qu’on préviendra le terrorisme en fliquant tout le monde, tout le temps, est une illusion. Les associations américaines de défense des libertés attendent toujours qu’on leur fournisse une liste convaincante d’attentats soi-disant déjoués par ce monstre voyeur sur le sol américain. D’autant que les agences administratives en question ne peuvent pas réellement communiquer sur le sujet, pour des raisons, of course, de sécurité. Ainsi l’irréfutable de leur utilité est-il parfait.

Dans un registre différent, des voix s’élèvent pour exiger la fin de l’anonymat sur Internet. On explique que les prêcheurs de haine se servent de cet anonymat pour répandre leur prose et qu’il faut donc y mettre un terme. Il faut lire les comptes Twitter et Facebook de ces islamistes en pyjama, pour mesurer l’ampleur du phénomène, qui n’est pas contestable. Mais qui prétend que l’appel au meurtre relève de la liberté d’expression ? Même les pays, tels les États-Unis, qui se font de la liberté d’expression la vision la plus large – le free speech, premier amendement à la Constitution américaine – traitent l’appel au meurtre comme un délit. Les appels au meurtre, sur Internet ou ailleurs, doivent être impitoyablement réprimés. Ce qui est déjà possible en l’état actuel du droit et de la technique ; l’anonymat sur Internet n’étant que de façade. Si l’auteur de l’appel au meurtre réside en Europe, il est pleinement justiciable des tribunaux européens.


Pour le reste, chacun doit rester libre d’exprimer ses opinions, aussi odieuses soient-elles, sur Internet ou ailleurs. C’est la définition même de la liberté d’expression. Depuis des années, les lois se multiplient, en Europe et particulièrement en France, qui restreignent la liberté d’expression, au nom du devoir de mémoire, de la lutte contre le racisme et autres. Qui ne voit l’inefficacité absolue de ces lois à endiguer la haine et le terrorisme ? Qui ne voit qu’en limitant la liberté d’expression on met le doigt dans un engrenage qui nous conduit tout droit à la criminalisation du blasphème, donc à la négation de la liberté d’expression ? Surtout, qui ne voit la tragique ironie qu’il y aurait à brider, à brimer, finalement à briser la liberté d’expression au nom même de ceux qui sont morts pour elle ?

Méfions-nous encore des polémiques recuites et purement nominales sur la question de savoir si les musulmans doivent s’intégrer, s’assimiler ou autre. La plupart de ces musulmans sont nés en Europe ; les deux terroristes qui ont décimé Charlie-Hebdo étaient des Parisiens de souche, nés et éduqués en France : on ne fait pas plus français. L’idée même qu’il faille s’intégrer dans une culture a d’ailleurs un fumet collectiviste, castrateur et autoritaire qu’on peut ne pas trouver séduisant. D’autant que cela n’est pas nécessaire. Historiquement, c’est pour vivre en commun sans esprit tribal qu’on a rédigé des constitutions : on se met d’accord sur un certain nombre de valeurs, de règles et de libertés fondamentales, et pour le reste chacun fait à sa guise, y compris dans le domaine religieux. Quant au respect de ce socle, en revanche, on n’accommode pas, on ne cherche pas constamment à composer avec je ne sais quelle frange, secte ou minorité : on se montre, tout au contraire, intraitables. C’est la méthode américaine qui, il faut l’admettre, ne leur réussit pas trop mal. Le modèle français, dont on ne sait d’ailleurs plus trop bien à quoi il correspond, entre assimilation totale (en paroles) et multiculturalisme échevelé (dans les faits), est mort dans les bureaux de Charlie, le 7 janvier 2015.


Concrètement, ce constitutionnalisme en actes implique, par exemple, que tout musulman, sur le sol européen, a le droit de renoncer à l’islam, de se convertir, de se faire athée, et de récuser bruyamment toute référence à la norme islamique. Sur le sol européen, il convient d’accepter sans barguigner que le prophète ne l’est que pour les musulmans ; les autres ayant le droit inviolable et non négociable de considérer Mahomet (570-632) comme un personnage historique, de le figurer, de le caricaturer, de l’injurier si cela leur chante. Celui qui n’accepte pas le socle constitutionnel de notre vivre en commun devrait se donner un autre lieu de vie, plus conforme à ses aspirations, comme le soulignait avec netteté Nouredinne Smaïli, président de l’Éxécutif des musulmans de Belgique (Bel-RTL, 9 janvier).

Appliquons nos lois pénales, elles sont bien suffisantes. Réaffirmons nos libertés, traitons les terroristes avec l’intransigeance joyeuse et professionnelle qui s’impose, et nous gagnerons la partie. « Il n’existe aucune raison objective de nous montrer pessimistes », me soufflait il y a deux jours ma grand-mère, qui eut 17 ans en 1940. La liberté est belle, la liberté est notre civilisation ; elle sera notre salut.


Source contrepoints.org 

Billets-Pourquoi les médiocres ont pris le pouvoir

  


POURQUOI LES MÉDIOCRES ONT PRIS LE POUVOIR

Le philosophe québécois Alain Deneault fustige un monde où, avec la transformation des métiers en « travail », le « moyen » est devenu la norme. Interview.

« Rangez ces ouvrages compliqués, les livres comptables feront l’affaire. Ne soyez ni fier, ni spirituel, ni même à l’aise, vous risqueriez de paraître arrogant. Atténuez vos passions, elles font peur. Surtout, aucune bonne idée, la déchiqueteuse en est pleine. Ce regard perçant qui inquiète, dilatez-le, et décontractez vos lèvres – il faut penser mou et le montrer, parler de son moi en le réduisant à peu de chose : on doit pouvoir vous caser. Les temps ont changé (…) : les médiocres ont pris le pouvoir. » Voilà qui est dit. Alain Deneault n’est pas du genre à mâcher ses mots. Docteur en philosophie et enseignant en sciences politiques à l’université de Montréal, auteur de nombreux ouvrages sur les paradis fiscaux et l’industrie minière, le penseur québécois s’attaque cette fois-ci dans La Médiocratie (Lux Éditeur) à la « révolution anesthésiante » par laquelle le « moyen » est devenu la norme, le « médiocre » a été érigé en modèle. Entretien.

Le Point.fr : Qu’entendez-vous par « médiocratie » ? Quelle différence avec la « médiocrité » ?

Alain Deneault : « Médiocrité » est en français le substantif désignant ce qui est moyen. « Moyenneté » ne se dit pas. Mais quelque chose distingue bien les deux termes. La moyenne renvoie à une abstraction – on parlera de revenus moyens, de compétences moyennes… – tandis que la « médiocrité » désigne cette moyenne-là en acte. Or il ne s’agit pas d’un livre sur la médiocrité, ni d’un essai moraliste ou moralisant, mais une tentative de comprendre une tendance, une dynamique sociale qui contraignent à une production moyenne. C’est la « médiocratie », le stade moyen hissé au rang d’autorité. Elle fonde un ordre dans lequel la moyenne n’est plus une élaboration abstraite permettant de concevoir synthétiquement un état de choses, mais une norme impérieuse qu’il s’agit d’incarner. Si nous sommes honnêtes, on est tous un jour ou l’autre moyens en quelque chose – on ne peut pas toujours être au maximum de nos capacités ! Le problème, c’est que l’on nous contraigne à l’être en toute chose.

Quand la médiocrité est-elle passée à l’acte ? Depuis quand les médiocres ont-ils pris le pouvoir ?

C’est arrivé progressivement. La division et l’industrialisation du travail – manuel et intellectuel – ont largement contribué à l’avènement du pouvoir médiocre. Au XIXe siècle, le « métier » devient « emploi ». Le travail, désormais standardisé, réduit à une activité moyenne avec des critères précis et inflexibles, s’en trouve dépourvu de sens. Ainsi, on peut passer dix heures par jour à confectionner des repas à la chaîne sans pour autant être capable de se préparer à manger chez soi, poser des boulons sur une automobile sans savoir réparer sa propre voiture ou bien vendre des livres et des journaux qu’on ne prend plus le temps de lire soi-même. La fierté du travail bien fait a donc tendance à disparaître. Marx l’explique d’ailleurs très bien dans son Introduction générale à la critique de l’économie politique lorsqu’il analyse que « l’indifférence à l’égard du travail particulier correspond à une forme de société dans laquelle les individus passent avec facilité d’un travail à un autre, et dans laquelle le genre déterminé du travail leur paraît fortuit et par conséquent indifférent. » On passe d’un travail à l’autre comme s’il ne s’agissait que d’un moyen de subsistance. La prestation devient moyenne, le résultat tout autant et les gens parfaitement interchangeables. Auparavant, chez La Bruyère, par exemple, le « médiocre » apparaissait souvent sous la forme d’un rusé, qui se faufile parmi des gens méritants et compétents. À sa suite, quoiqu’extrêmement différents, des auteurs comme Marx, Max Weber, Hans-Magnus Enzensberger ou Laurence Peter font état d’une évolution : le médiocre devient le référent de tout un système.

Un système qui exige avant tout de « jouer le jeu ». Selon vous, cette expression courante pourrait bien être le slogan de la « médiocratie ». Qu’entendez-vous par là ?

Cette expression désormais courante est elle-même assez représentative du problème puisque pauvre sémantiquement. Elle comporte deux fois le même mot sous deux formes différentes. Mais, sous ses dehors ludiques, inoffensifs et enfantins, son sens est bien plus grave. Le jeu serait d’abord un ensemble de règles non écrites et de procédures usuelles quoique informelles auxquelles on doit se prêter si on compte arriver à ses fins. Cela passe essentiellement par certains rituels qui ne sont pas obligatoires, mais marquent un rapport de loyauté à un corps, au réseau. Mais le revers de ces mondanités – soirées, déjeuners, ronds de jambe et renvois d’ascenseur – est violent. On tue symboliquement pour punir un manque d’allégeance au réseau, dans des contextes qui laissent aux plus forts une grande place à l’arbitraire. En fin de compte, cela génère, sans que l’on y prenne garde, des institutions et des organisations corrompues au sens fort, au sens où les représentants d’institutions perdent souvent de vue ce qui les fonde en propre, au profit d’enjeux qui n’ont rien à voir avec leur bien-fondé social et historique. Et la médiocratie gagne du terrain.

La figure qui incarne le mieux, selon vous, la médiocratie serait celle de l’expert. Or on aurait tendance à penser que celui-ci tire justement la société vers le haut. N’est-ce pas paradoxal ?

Le théoricien Edward Saïd a traité de front ce paradoxe en distinguant bien l’expert de l’intellectuel. L’expert, dans la configuration contemporaine, c’est trop souvent celui qui travaille de façon paramétrée, et qui déguise en connaissance des discours d’intérêts. Il est le représentant de pouvoirs qui l’embauchent portant les habits du scientifique désintéressé. L’intellectuel, au contraire, se penche sur des problématiques parce qu’il s’y intéresse en tant que telles, sans commanditaire particulier. L’expert ne se contente pas de donner son savoir à des gens afin qu’ils aient tous les outils pour délibérer : il érige une position idéologique en référent objectif, en savoir. À l’université, c’est une vraie question que doivent désormais se poser les étudiants : veulent-ils devenir des experts ou des intellectuels ? Si tant est que l’université, de plus en plus subventionnée par les firmes privées, soit encore capable de rendre possible ce choix. L’expertise consiste de plus en plus souvent à vendre son cerveau à des acteurs qui en tirent profit.

C’est-à-dire ?

Aujourd’hui, tant s’en faut, les étudiants ne sont plus à l’université uniquement pour acquérir un savoir en tant qu’il a une pertinence sociale. Ils passent nettement pour une marchandise eux-mêmes. L’institution se cache de moins en moins du fait qu’elle vend ce qu’elle fait d’eux aux entreprises privées et autres institutions qui la financent. Ce ne sont pas tant les groupes privés qui financent l’université que l’État qui leur livre l’université comme un pôle de recherche et de développement subventionné. À l’automne 2011, Guy Breton, le recteur de l’université de Montréal, affirmait que « les cerveaux doivent correspondre aux besoins des entreprises », ces mêmes entreprises (bancaires, pharmaceutiques, industrielles, gazières ou médiatiques) qui siègent au conseil d’administration de l’université. On se retrouve face à un isolement de la pensée critique. C’est l’autre versant du problème : on n’a jamais eu autant besoin de sociologues, de philosophes, de littéraires pour décrypter tel ou tel phénomène. Dès lors que les acteurs de ces sphères s’enferment dans des mondes hermétiques, ultra-spécialisés, on se trouve socialement privés de ce dont on a grand besoin : des recherches et une pensée dégagées des contraintes de la professionnalisation.

À l’origine de la médiocratie, vous évoquez la montée en puissance de la « gouvernance ». De quoi s’agit-il ?

Il s’agit du versant politique de la médiocratie. Dans les années 1980, les technocrates de Margaret Thatcher ont repris le corpus de la « gouvernance », d’abord développé dans la théorie de l’entreprise privée, pour subordonner l’État à la culture du secteur privé. Sous le couvert d’une meilleure gestion des institutions publiques, il s’agissait d’appliquer à l’État les méthodes de gestion des entreprises privées, supposées plus efficaces. Dans un régime de gouvernance, la gestion a pris la place de la pensée politique. Tout le vocabulaire traditionnel est renversé, on dit gouvernance pour politique, acceptabilité sociale pour volonté populaire, partenaire pour citoyen… On fait désormais du problem solving en recherchant une solution immédiate et technique pour répondre à un problème immédiat. Cette disqualification de la politique exclut toute réflexion fondée sur des principes, toute vision large articulée autour de la chose publique. C’est l’avancée du désert managérial : un ministère québécois a récemment embauché un « architecte en gouvernance d’entreprises ministérielles » qui devait « maîtriser l’approche client » et se savoir « propriétaire de processus ». Je doute que l’on se comprenne vraiment dans ces milieux. Il est dramatique qu’en nous privant de notre patrimoine lexical politique on efface peu à peu les idées et les grands principes qui nous permettaient de nous orienter publiquement. En ce sens, le terme « gouvernance » est représentatif d’une époque qui préfère les notions vides de sens, qui sont autant de participes présents substantivés : « migrance », « survivance », « militance »…

Si elle est liée, comme vous le dites, à l’économie de marché, comment résister à la « médiocratie » ?

Je ne vais pas faire du problem solving : il n’y a pas de réponse administrative et pragmatique. Mais il existe malgré tout de nombreux moyens de lutter contre cet état ambiant qui ne nous porte pas vers le haut. Résister d’abord au sens de résister au buffet, à la somme de petits avantages qui rendent mesquin. Revenir à des concepts forts pour penser les choses, ne pas laisser la langue pauvre du management nous fondre dessus, s’emparer de sa subjectivité, et retourner comme un objet de la pensée cette langue corruptrice.

Entretien avec Victoria Gairin, Le Point, 16 octore 2016, mise à jour le 5 septembre 2019.

Source  <https://www.luxediteur.com/pourquoi-les-mediocres-ont-pris-le-pouvoir/>

Billets-L’inaptocratie

 


L’inaptocratie

« Inaptocratie : un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d'un nombre de producteurs en diminution continuelle. »

Origines de l'inaptocratie
Deux principes empiriques régissant les organisations humaines (et donc la politique), les principes de Peter et de Dilbert, peuvent expliquer l'évolution des gouvernants vers l'inaptocratie :

  • principe de Peter : « tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence » (et donc, « avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité ») ;

  • principe de Dilbert (plus pessimiste) : « les gens les moins compétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts : l'encadrement ».

La démocratie, également, favorise non pas la compétence des dirigeants, mais leur habileté à séduire l'électeur médian en lui faisant des promesses démagogiques.
En outre, il faut distinguer les hommes politiques, qui ont un pouvoir apparent, des membres de la fonction publique, qui ont le pouvoir effectif. Comme le rappelle Mencius Moldbug, l'État peut être assimilé à une entreprise qui n'a pas de finalité claire, et dont les "employés" (faute de concurrence et à cause de l'impuissance des "actionnaires"-citoyens) en viennent à servir non pas les individus, mais eux-mêmes. C'est une oligarchie de fonctionnaires qui détient alors le pouvoir réel ; de l'extérieur, leur action semblera relever de l'inaptocratie, car leur compétence se limitera à permettre au système de perdurer tel qu'il est, afin de continuer à favoriser leur caste.

Citations
  • La France est en train de devenir une Ineptocracie. (Charles Gave, 2012)

  • Cela porte un nom : le déclin... Nous sommes un continent en déclin et nous deviendrons les colonies des pays émergents. Je n’ai aucune raison d’être optimiste devant de telles attitudes de la part de ceux qui nous gouvernent. (...) La bêtise explique beaucoup de choses. (Claude Allègre, 27/12/2012)

  • Le marché de la stupidité humaine recoupe pour une très large part un autre marché : le marché politique. (Thierry Falissard)

  • Je crois que si on pouvait transformer la connerie en énergie, nous n'aurions plus aucun problème d'approvisionnement. (Jean-Pierre Petit)

  • Abruti : personne omniprésente dans les domaines de la spéculation intellectuelle, également très active dans les voies de l'activité morale. Crétin : membre d'une dynastie régnante dans les lettres et dans la vie. Imbécile : membre d'une grande et puissante tribu, dont l'influence dans les affaires humaines a toujours été prééminente. (Ambrose Bierce)

  • Une personne stupide est plus dangereuse qu'un bandit. (Carlo Maria Cipolla)

  • Quand je fais une campagne, je ne la fais jamais pour les gens intelligents. Des gens intelligents, il y en a 5 à 6 %, il y en a 3 % avec moi et 3 % contre, je change rien du tout. Donc je fais campagne auprès des cons et là je ramasse des voix en masse. (Georges Frêche) 

Billets-Entretien avec André Brahic

   


Entretien avec André Brahic

 Propos recueillis par Frédéric Lewino.
Il est la star française de l'astronomie. Découvreur des anneaux de Neptune, astrophysicien au CEA, professeur à Paris-VII, conférencier de génie, André Brahic, 70 ans, a l'énergie et l'enthousiasme du Soleil. Si on l'écoutait, la science résoudrait certains problèmes de société : violence, crises écologique et financière.
  •  Avons-nous encore besoin de science dans un monde en proie aux crises financières, politiques et écologiques ?
André Brahic : Plus que jamais ! La science ne peut pas tout résoudre, mais sans elle nous sommes sûrs de perdre. Science, éducation, recherche et culture sont les clés de notre futur. C'est la raison de mon livre. Je pousse un cri d'alarme pour appeler à replacer la science au cœur de notre société. Elle est méconnue des dirigeants de l'industrie et des médias. Les chercheurs sont trop souvent absents du gouvernement, des assemblées parlementaires et des cercles de décision. Notre vie de tous les jours utilise sans cesse les découvertes les plus récentes, qu'il s'agisse de nous déplacer, de communiquer, de manger, de nous soigner, de travailler ou de nous distraire. Pourtant, entre mon pays et ses chercheurs, le fossé se creuse.
  • Comment faire ?
André Brahic : Si j'étais président, je commencerais par placer des scientifiques de grande envergure auprès de chaque ministre. Aux États-Unis, le président est entouré de plusieurs grands scientifiques qu'il consulte régulièrement. En 1990, Michel Rocard avait créé un Comité de scientifiques français et étrangers avec de nombreux Prix Nobel pour juger de la politique de recherche du gouvernement. Il en est sorti des recommandations excellentes. Malheureusement, l'expérience n'a duré que quatre ans. Quel dommage ! Je créerais également un ministère de l'Avenir chargé de la vision à long terme, les échelles de temps de la science étant bien plus longues que celles de la vie politique. Ensuite, j'interdirais à tout chercheur de remplir des dossiers administratifs. La recherche française cumule la lourdeur bureaucratique du système soviétique avec la politique à court terme du système américain. Trop de chercheurs, noyés par la bureaucratie, passent plus de temps à produire du papier qu'à faire de la science. C'est absurde ! Cette dérive est malheureusement mondiale. Il faut remplir trop de dossiers pour décrocher le moindre crédit. Les joueurs de football ou de handball qui sont devenus champions du monde ont fait l'objet d'une sélection et se sont entraînés au lieu de remplir des dossiers d'excellence en précisant le salaire de l'entraîneur ou le prix hors TVA du gazon du stade !
  • Mais alors, quels critères choisir pour accorder les postes et les crédits de recherche ?
    André Brahic : J'ai connu trois systèmes : le mandarinat, l'assemblée générale et le comité. Tous les trois ont trop de défauts. Pour les recrutements ou les crédits, je privilégierais la compétence et je ferais confiance à une personne triée sur le volet, mais pour une durée limitée. Ce "décideur" serait entouré d'un petit comité consultatif. On éviterait l'irresponsabilité des membres de conseils pléthoriques. Quand on détient le pouvoir de décision, on se sent responsable ! Avec un mandat de courte durée, on se préserverait du mandarinat et du clientélisme.
    • Notre enseignement est-il adapté à la formation de cette culture scientifique que vous appelez de vos vœux ?
      André Brahic : Non ! Je lance un appel au monde de l'éducation : nous devons faire aimer la science aux élèves, leur apprendre à penser et stimuler leur esprit critique pour les mettre à l'abri de l'intolérance et de l'obscurantisme. La culture scientifique a une place trop réduite à tous les niveaux de l'enseignement. Il faut insister sur les notions fondamentales et bannir l'apprentissage de techniques inutiles. Il est important de créer de nouveaux postes d'enseignants, mais le vrai problème est de trouver un nombre suffisant de bons candidats. Un enseignant mal formé peut se révéler plus nuisible qu'utile.
      • Faut-il réformer l'université et les grandes écoles ?
        André Brahic : Bien entendu ! Les grandes écoles devraient être plus proches du monde de la recherche. Quant aux universités, la priorité est d'instaurer une sélection à l'entrée. De nos jours, c'est une sélection par l'échec qui est en place et engendre des armées d'aigris. Il serait préférable d'agir dès le début afin que chacun trouve sa place. La sélection à l'entrée des grandes écoles récompense surtout les qualités de mémoire, de rapidité et de résistance au stress, mais ceux qui en sortent n'ont jamais fait de recherche. Or la recherche réclame du temps, du calme et de grandes capacités de réflexion. Les premières mesures devraient permettre de rapprocher universités et grandes écoles, d'assurer une sélection juste et appropriée et de réunir futurs chercheurs, chefs d'entreprise ou hommes politiques dans les mêmes formations.
        • La sélection ! Vous auriez immédiatement tous les étudiants dans la rue...
          André Brahic : Non ! Si on explique de quoi il s'agit. Parlons plutôt d'orientation. Il n'est pas question d'éliminer quiconque du monde du savoir. Au contraire, il est important que chacun trouve une place où s'épanouir. Chanteurs d'opéra de renommée mondiale et chorales locales ne fréquentent pas les mêmes salles, mais chacun peut progresser. D'autres forteresses pourraient être bousculées. Par exemple, les classes préparatoires aux concours devraient être placées au sein des universités avec des enseignants actifs en recherche. Il ne faut pas faire preuve de brutalité, mais expliquer et faire des réformes en pente douce, comme le disait si bien Victor Hugo.
          • Le monde traverse aujourd'hui une crise financière majeure ; que peut faire la science ?
            André Brahic : Elle est le meilleur moyen de lutter contre le chômage en étant à la pointe de l'innovation et contre la violence qui est, comme chacun sait, fille de l'inculture. La crise financière n'est qu'une conséquence de l'oubli des principes de base de la physique. Les financiers ont créé un monde virtuel qui éclate quand il est rattrapé par la réalité. Les principes de conservation sont absolus. On ne peut pas créer de la richesse à partir du néant. Avoir supplanté le monde des ingénieurs par celui des managers et le monde des chercheurs par celui des bureaucrates nous a menés à une impasse. Redonnons la priorité aux vrais créateurs de richesse !
            • Certains opposent science et écologie.
              André Brahic : J'admire et je soutiens ceux qui combattent les folies humaines : pollutions, gâchis des ressources, déforestations, extermination des espèces animales, poisons industriels... Mais je m'inquiète du côté obscurantiste de certains qui, confondant science et technologie, voudraient revenir à la préhistoire. Ils oublient que la science n'est ni bonne ni mauvaise. Seules comptent les utilisations par les hommes. Un marteau peut tuer quelqu'un, il peut aussi servir à construire une maison. Si vous remplacez le mot "nucléaire" par le mot "eau" dans certains discours, vous en concluez que l'eau est très dangereuse, car on peut se noyer ou périr dans un tsunami, et qu'il faudrait éradiquer l'eau de la surface de la Terre. Pour l'eau comme pour la radioactivité, le danger est dans l'excès et non dans l'objet. Grâce à la radioactivité, la vie est apparue sur Terre et nous pouvons être soignés. Ne confondons pas le problème fondamental de la sûreté des centrales nucléaires avec le rejet de la science ! Nombre de mes ancêtres, mineurs de fond, sont morts à 50 ans de la silicose. Le charbon a déjà tué des millions d'humains. Toute production d'énergie est polluante. Nous avons besoin d'une bonne culture scientifique pour prendre les bonnes décisions.
              • Si vous aviez une recommandation à donner...
                André Brahic : Soyons enthousiastes ! Nous n'avons jamais vécu aussi vieux et nous n'avons jamais été aussi bien soignés, transmettons l'amour de la science ! L'idée de progrès est toujours vivante ! L'Europe restera loin du déclin tant qu'elle aimera la science.

                Repères

                1942 Naissance à Paris.
                1976 Premier modèle dynamique des anneaux de Saturne.
                1978 Professeur à la Paris-VII.
                1981 Membre de l'équipe d'imagerie de la sonde " Voyager ".
                1984 Découverte des anneaux de Neptune.
                1990 Donne son nom à l'astéroïde 3488.
                1991 Membre de l'équipe d'imagerie de la sonde " Cassini ".
                1997 Fonde un laboratoire au CEA.
                2000 Prix Carl-Sagan.
                2006 Prix Jean-Perrin.


                Propos recueillis par Frédéric Lewino (Le Point)

                Billets-Les Français sont des lions dirigés par des ânes !

                    


                Les Français sont des lions dirigés par des ânes !

                Les Français sont des lions, et nous devons leur rendre hommage.
                Quel mérite ! Ce peuple est définitivement épatant ! Les Français croulent sous les contraintes imposées par un État devenu obèse, ils sont écrasés par la fiscalité la plus dissuasive du monde, ils sont désabusés par des gouvernants politiques qui ne développent plus aucune idée nouvelle… Et vous savez quoi ? Malgré ces terribles boulets auxquels ils sont enchainés, les Français parviennent à développer une force productive, créative et innovatrice éblouissante !

                Les Français sont parmi les plus productifs d’Europe ; la productivité de la main d’œuvre par heure travaillée dépasse largement celle de l’Allemagne, du Royaume-Unis ou de la Suède… Les Français sont ceux qui, dans les pays les plus développés du monde, se lancent le plus dans l’aventure entrepreneuriale : entre 2007 et 2011, le nombre d’entreprises créées dans l’Hexagone a progressé 4 fois plus vite en moyenne que dans l’ensemble des pays du G7, au point qu’il se créé aujourd’hui 6 fois plus d’entreprises en France qu’aux États-Unis ! Les Français innovent : notre pays est le troisième pays le plus innovant du monde, après les États-Unis et le Japon. Et enfin, les Français continuent de faire des bébés : notre démographie est la plus dynamique des pays développés et de l’Europe continentale…

                Imaginez alors ce que serait la France, si notre code du travail ne pesait pas 1,5 kg, et si notre code général des impôts ne faisait pas 3500 pages ! Imaginez ce que serait la France, si certains corporatismes d’un autre temps pouvaient être réformés. Imaginez ce que serait la France si ses dirigeants politiques faisaient preuve de plus d’audace et de prise de risque. Imaginez ce que serait la France, si la puissance publique se concentrait sur les grands enjeux de ce siècle, et renonçait aux clientélismes et aux conservatisme. Imaginez, tout simplement, ce que serait la France si elle était à l’image des Français, et non de ses élites !

                Car depuis plus de 30 ans, notre pays n’est plus gouverné, il est administré. Plus aucune grandeur ne se dégage de l’action publique. Nous avons renoncé au long terme pour ne nous concentrer que sur la gestion des affaires courantes. Nous avons abandonné la bataille des idées au profit de querelles stériles. Et, pire que tout, nous nous apprêtons par lâcheté à léguer à nos enfants une double dette pharaonique : une dette économique de 2000 milliards d’euros que nous ne rembourserons jamais, et une dette écologique dont nous ignorons encore les conséquences…

                Depuis 30 ans, la France est dirigée par des boutiquiers qui n’ont jamais pris conscience que leur action s’inscrivait dans 200 ans, que dis-je, 2000 ans d’histoire, et non pas dans une carrière. Les Français, eux l’ont compris. Contre vents et marrées, les Français ont déployé au fil des siècles une énergie considérable à créer et à innover… Et grâce à leurs combats, leurs révoltes et leurs révolutions, ils ont tout simplement contribué à façonner l’histoire du monde…

                Oui, les Français sont des lions dirigés par des ânes. Je crois aux forces vives de mon pays, mais ne crois plus en sa classe dirigeante. Alors certes, comme le dit l’adage, « la critique est aisée, mais l’art est difficile ». À la lecture de ces lignes, certains d’entre vous pourraient d’ailleurs m’interpeler en me demandant ce que j’aurais, moi, à proposer. À ceux là, je vous invite d’abord à vous référer aux billets sur mon blog ou aux livres que j’ai publiés.
                Le temps est venu pour nous de reconquérir la France.

                samedi 9 mai 2026

                Recettes Ados-Mini-Tiramisus

                  


                Mini-Tiramisus

                Préparation : 40 mn
                Cuisson : Sans
                Réfrigération : 24 heures
                Pour 6 personnes
                250 g de mascarpone (1 pot)
                2 œufs entiers
                1 jaune d’œuf
                2 cuillerées à soupe de sucre
                20 biscuits à la cuiller
                1 tasse de café
                3 cuillerées à soupe de marsala
                2 cuillerées à soupe de chocolat en poudre
                1. Mélangez le café avec 2 cuillerées à soupe de marsala dans un saladier. Imbibez les biscuits à la cuiller et ranger-en dans les ramequins.
                2. Battez le sucre avec les 3 jaunes d’œufs, puis ajoutez le mascarpone et 1 cuillerée à soupe de marsala. Mélangez le tout. Battez les blancs en neige bien ferme. Incorporez-les en soulevant délicatement la masse.
                3. Versez cette crème sur les biscuits. Recouvrez d’une couche de biscuits imbibés.
                4. Placez au réfrigérateur 24 heures. Avant de servir, saupoudrez du chocolat en poudre à travers une petite passoire.

                Info santé :
                Le mascarpone est fabriqué à partir de crème fraîche fermentée : sa teneur en lipides est donc élevée. A consommer de temps en temps seulement, en alternant avec d’autres desserts moins gras (charlotte, crème caramel, gâteau de semoule…).