dimanche 1 mars 2026

Recettes Desserts-Crêpes au Nutella

  


Crêpes au Nutella

Préparation : 15 mn
Repos de la pâte : 30 mn
Pour 8 crêpes
Pour la garniture 
1 petit pot de Nutella
16 crêpes dentelle
Pour la pâte
125 g de farine
2 œufs
25 cl de lait
20 g de beurre fondu
20 g de beurre pour la cuisson
1 pincée de sel
Préparation des crêpes
1. Versez la farine et le sel dans un saladier et creusez un puits.
2. Dans un autre bol, fouettez les œufs, le lait et le beurre fondu, puis versez dans le puits de farine. Fouettez à nouveau pour obtenir une pâte fluide.
3. Laissez reposer 30 minutes.
4. Mettez le beurre à fondre dans la poêle et versez l’excédent dans un petit bol. Essuyez le surplus avec un papier absorbant.
5. Quand la poêle est bien chaude, versez rapidement une petite louche de pâte et tournez la poêle en tous sens pour bien répartir la pâte sur toute la surface de la poêle. Dosez bien la quantité de pâte dans votre louche : si vous avez trop de pâte votre crêpe sera trop épaisse, mais si vous n’en avez pas assez, elle sera pleine de trous !
6. Quand la surface de la crêpe devient sèche et qu’elle a doré en dessous, au bout de 2 minutes environ, il est temps de la retourner. Faites-la sauter si vous êtes habile ou bien retournez-la à la spatule. Laissez cuire 1 minute sur l’autre face.
7. Déposez vos crêpes au fur et à mesure sur une assiette pour former une pile. Si vous voulez les garder au chaud, recouvrez l’assiette de papier d’aluminium et déposez l’assiette sur une casserole avec un peu d’eau à ébullition.
Préparation de la garniture
8. Placez le pot de Nutella 5 minutes au bain-marie ou 2 minutes dans le micro-ondes pour qu’il soit plus facile à étaler.
9. Étalez vos crêpes et tartinez-les généreusement de Nutella. Écrasez grossièrement 2 crêpes dentelle, puis pliez les crêpes et déposez-les dans le plat de service. Dégustez sans trop tarder afin que les crêpes dentelle du centre restent bien croustillantes.

Variante
Vous pouvez remplacer les crêpes dentelle par des cigarettes russes, elles sont aussi bien croustillantes.

Un truc
Pourquoi ne pas accompagner ces crêpes d’une boule de glace vanille saupoudrée d’un peu de praliné.

Recettes Desserts-Gâteau au citron

 


Gâteau au citron

Préparation : 15 mn
Cuisson : 35 mn
Pour 6 personnes
200 g de sucre semoule
150 g de noisettes en poudre
5 œufs
80 g de beurre demi-sel
50 g de farine
½ sachet de levure
2 citrons non traités
100 g de sucre glace
1. Travaillez au batteur électrique, dans un bol, le sucre semoule et le beurre ramolli jusqu’à ce que la consistance soit crémeuse. Incorporez un par un les œufs entiers, puis ajoutez la farine, la levure et les noisettes en poudre.
2. Préchauffez le four à 175 °C (th. 5-6). Râpez le zeste des citrons et ajoutez-le à la préparation. Versez celle-ci dans un moule à cake beurré et enfournez pour 35 minutes.
3. Pressez les citrons et incorporez le jus au sucre glace. Dès la fin de la cuisson du cake, versez petit à petit le mélange précédent, jusqu’à ce qu’à ce qu’il soit absorbé, sur toute la surface du gâteau. Laissez refroidir, démoulez et servez.
3. Vous pouvez décorer ce cake de quelques rondelles de citron confit.


Recettes Condiments-Le Balsamique

  


Le Balsamique

Rien que le nom fait rêver si l’on prend la traduction première de nos dictionnaires : balsamique signifie « baume ». Mais sous ce terme se cache en fait trois produits différents :

Aceto balsamico tradizionale di Modena,
Aceto balsamico tradizionale de Reggio Emilia,
Le vinaigre balsamique de Modène.



Aceto Balsamico Tradizionale Di Modena 
Pour celui-ci, nous n’essaierons pas de donner de traduction. Car on aurait alors tendance à attribuer au terme Aceto le sens de vinaigre. Or, il s’agit d’un condiment et qui n’est pas réalisé à partir du vin (vinaigre) mais du moût de raisin.


En effet, la particularité exceptionnelle de ce produit, qui fait l’objet d’une réglementation très stricte, est sa méthode de fabrication.


L’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena est préparé à partir d’un raisin blanc, sucré, le « trebbiano » élevé dans la province de Modène (excepté les communes de montagnes).


Ce raisin est vendangé le plus tardivement possible pour qu’il profite des derniers rayons de soleil de l’automne.


Le foulage et la préparation du moût répondent aux habitudes ancestrales. Mais avant que ce moût n’ait eu le temps de se transformer en alcool, il est mis à cuire à feu direct dans des bassines. Une lente ébullition (80°C) est nécessaire afin que le sucre puisse se concentrer au mieux à la cuisson. Le volume du liquide se trouve réduit de 30 à 70%. L’amplitude de ce chiffre est variable selon les années, en fonction du taux de sucre du raisin et de la gestion propre de chaque « vinaigrerie ».
Après décantation, filtration et refroidissement, le « moût cuit » est placé dans des fûts où l’on introduit également des colonies d’acétobacters spécifiques à l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena. Ces bactéries servent à provoquer la fermentation.


La phase de maturation dure de 3 à 4 ans. Pendant ce temps, on assiste à une grande évaporation du liquide.


Puis tout au long du vieillissement qui va suivre, le précieux nectar est transvasé dans des fûts de plus en plus petits. Ayant commencé son parcours dans des fûts de chêne de 60 litres, il est versé ensuite dans des fûts de châtaignier de 50 litres, puis de cerisier de 40 litres, de frêne de 30 litres et enfin des fûts de mûrier de 20 litres. L’âge légal de l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena ne peut être inférieur à 12 ans.


Ainsi pendant ces longues années, cet élixir s’imprègne des arômes des différents bois et vit dans le grenier des maisons de Modène au rythme de l’amplitude thermique des saisons, qui favorise une évaporation progressive et sa concentration.


L ’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena qui peut s’enorgueillir d’un vieillissement supérieur à 25 ans prend l’appellation de « extra vecchio » et porte une capsule dorée.


Il existe même, dit-on, de l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena plus que centenaire.


Ce produit était à l’origine le délice de quelques familles et constituait un cadeau de choix mais, au fil des ans, sa réputation fut telle qu’il sortit des maisons de Modène.
C’est en 1979 que fut créé officiellement le Consortium chargé tout à la fois de définir le produit et sa méthode de fabrication, de protéger cette dernière des contrefaçons, et de promouvoir la commercialisation du produit dans le monde.
L ’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena fut reconnu comme Appellation d’Origine Contrôlée par la loi du 3 avril 1986, confirmée par le décret d’application du 9 février 1987.


Un règlement très rigoureux stipule aujourd’hui quelles doivent être ses caractéristiques principales :


Une couleur brun foncé, intense et brillante,
Une densité appréciable, fluide et sirupeuse,
Un parfum de « bouquet » caractéristique, complexe mais lié, pénétrant et persistant, et tout à la fois évidente, agréable et harmonieuse,
Une saveur caractéristique du « balsamique » telle qu’elle s’est perpétuée à travers les siècles,
Une acidité totale supérieure à 4,5°,
Une densité supérieure à D20=1240.


La zone de production est réservée à l’ensemble de la province de Modène, à partir des vignobles inscrits au cadastre, ce qui représente 400 hectares.


Les contrôles du Consortium de l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena s’effectuent à tous les niveaux de production, mais essentiellement au moment de la commercialisation. En effet, pour pouvoir être vendu, l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena doit avoir obtenu l’approbation des maîtres sommeliers du Consortium qui se réunissent à plusieurs (5 experts) pour goûter des échantillons anonymes et juger de leurs qualités.


Si le produits est reconnu digne, il est alors mis en bouteilles dans des flacons spécifiques (ronds sur une base rectangulaire) de 10 cl, dessinés par le designer italien Giugiaro. Ces bouteilles qui garantissent l’authenticité de l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena ont été approuvées par le ministère de l’Agriculture. Elles sont communes à tous les fabricants d’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena ; seule l’étiquette apposée dessus et propre à chaque « Acetaia » les différencie.


Les indications portées sur chaque fiole scellée permettent de connaître à la fois :
Le nom du producteur,
La date de la consigne du Consortium,
Le nom des experts de la Commission de dégustation,
La note obtenue par le lot en question,
Le nombre de bouteilles confectionnées à partir de ce lot,
Le numéro donné à l’échantillon avant la dégustation pour le rendre anonyme,
Le numéro du double de cet échantillon qui est archivé pour le cas où il y aurait un litige.


Ainsi l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena est un produit d’exception ce qui explique sans doute son prix très élevé :
12 ans environ 80 € flacon de 10 cl,
25 ans environ 140 € flacon de 10 cl,
50 ans environ 530 € flacon de 10 cl,
100 ans environ 680 € flacon de 10 cl.


Les gastronomes du monde entier qui ont découvert l’Aceto Balsamico Tradizionale di Modena lui réservent aujourd’hui une place inégalée.


Certains le prennent comme liqueur servie religieusement dans un verre. D’autres en versent quelques gouttes sur un morceau de parmesan de choix. En règle générale, dans la cuisine, on préférera l’associer à des aliments déjà cuits afin que sa saveur et son parfum ne soient pas altérés.


Aceto Balsamico Tradizionale Di Reggio Emilia 
Ce produit est également obtenu à partir de moût de raisin cuit, mais il provient cette fois du département de Reggio Emilia.

Le consommateur le reconnaîtra aux étiquettes de couleurs variées – rouge orangé, ou bien argent et or – en fonction de sa qualité.


Les bouteilles ont également une contenance de 10 cl, avec une silhouette spécifique mais presque classique.


Vinaigre Balsamique de Modène 


Le terme de « traditionnel » est ici absent du titre et cela fait toute la différence. Cette dénomination voisine a engendré une grande confusion dans l’esprit des consommateurs et a profité aux plus malins qui ont tenté de faire fortune. La Communauté Européenne travaille actuellement à clarifier les textes de sorte que les non initiés puissent faire leur choix en connaissance de cause.
Le vinaigre balsamique de Modène bénéficie déjà d’une reconnaissance au titre du décret du 3 décembre 1965, confirmée encore par l’obtention de l’ « Appellation d’Origine » en date du 15 novembre 1989. Mais cette appellation concerne essentiellement le lieu de production plus que la fabrication elle-même du produit.


Il est ainsi très difficile de parler avec justesse de ce liquide suave car chaque vinaigrerie l’élabore avec ses propres règles, ses propres dosages et mélanges. Nous ne retiendrons ici que le procédé général le plus ancien et le plus noble. Le vinaigre Balsamique de Modène est obtenu selon une méthode particulière qui associe du vinaigre « vieux » à des moûts de raisin concentrés. La préparation de ce vinaigre se fait en deux temps. Une partie du raisin récolté subit la fermentation alcoolique pour donner un vin qui, mis dans un acétificateur, produit du vinaigre d’un fort degré acétique. Après filtration, ce vinaigre est stocké en attente de son utilisation.


De l’autre partie de la récolte on tire le moût qui, filtré lui aussi, est concentré par cuisson sur feu direct, puis stocké également. Au moment approprié, on assemble le vinaigre de vin et le moût concentré. Une nouvelle filtration a lieu avant le vieillissement qui, en l’occurrence n’est pas obligatoire.


Ici, en effet, la durée du vieillissement n’est pas fixée par décret. Et l’âge du vinaigre balsamique de Modène est en fait très difficile à donner dans la mesure où les fûts de vieillissement sont sans cesse remis à niveau par ajouts successifs. Cela donne un produit final fait d’un mélange de produits d’âges différents. Quand on opte pour le vieillissement, on est soumis à une seule obligation : l’utilisation de fûts de bois précieux.


Quelques vinaigreries, souvent les plus anciennes, ont leur propre vignoble et supervisent tout le processus d’élaboration de ce vinaigre. D’autres n’interviennent qu’à certaines étapes de la fabrication qui est alors essentiellement industrielle. Il est fréquent par ailleurs que ce vinaigre soit coloré avec du caramel pour renforcer sa teinte sombre. Son degré d’acidité ne peut être inférieur à 6°.


L’engouement pour ce produit à la fois acide (vinaigre) et sucré (moût) de couleur bien brune et de consistance très dense a fait naître une palette incroyable de vinaigres balsamiques de Modène. Les qualités peuvent donc être très différentes d’une marque à l’autre. La lecture des étiquettes s’avère obligatoire pour identifier avec précision le contenu des flacons et le mode de préparation du vinaigre retenu.
Ainsi les palais curieux pourront choisir entre un « balsamique » plutôt doux et sucré ou, au contraire, un plus franc et boisé.



Recettes Condiments-Les poivres

 



Les poivres

Grain brûlant ou éclat de saveur, le poivre est une ponctuation, un point d’orgue essentiel à la cuisine. Et, plutôt que du poivre, il faudrait parler des poivres, tant est grande la diversité de leurs origines, de leurs formes et de leurs arômes sensuels, marqués par le bois, la sève, le musc, l’anis, le citron.

Qu’il soit noir, blanc ou vert, le poivre est le fruit du « piper nigrum », une liane tropicale qui pousse à l’état sauvage dans les forêts d’Inde et d’Asie, et est cultivée sous d’autres cieux chauds et humides. Les grands pays producteurs sont l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie et le Brésil.


Toujours très demandé, le poivre représente la moitié de la consommation mondiale des épices.


La plante aux feuilles pointues et nervurées donne des grappes de fleurs blanches serrées qui fructifient en baies vertes, puis rouges. Lorsqu’elles sont cueillies avant maturité, en séchant, elles brunissent et se rident, devenant des poivres noirs, piquants, qui possèdent tous des saveurs spécifiques. Le poivre indien de Tellichery est comme apaisé et s’étire en arômes boisés. Tandis que le poivre de Sarawak (province malaise de Bornéo) embrase la bouche et irradie en notes végétales.

Pour obtenir du poivre blanc, il faut récolter des grains mûrs, les faire tremper quelques jours afin d’éliminer une ou plusieurs enveloppes. Les baies de grande qualité, lavées deux fois, donnent le « double washed » ou DW. En « gommant » une partie de la pipérine contenue surtout dans la peau, on obtient des baies moins piquantes, aux arômes fruités et boisés plus subtils. Bien entendu, le parfum dépend du terroir et des savoir- faire. Par exemple, un grand poivre blanc Muntok possède tout à la fois une vivacité et un parfum musqué et fruité.

Si les grains ronds ont, à l’heure actuelle, une incontestable notoriété, dans l’Antiquité, le « piper longum », le poivre long dit de Java, régnait en maître. Ces sortes de petites pommes de pin fluettes et grenues révèlent de capiteuses senteurs de fleurs et de bois tropicaux.


D’autres variétés partagent les parfums poivrés sans pour autant appartenir à la même famille. Telles les baies de Sechuan, fruits d’un frêle épineux de Chine. Elles éclatent à maturité et offrent, après élimination des graines noires qu’elles contiennent, de délicats arômes d’anis et de bois citronné. Telles encore les baies roses, venues d’Amérique du Sud, fruitées, résinées et acidulées, qui donnent de jolies notes colorées au milieu d’autres grains vert, blanc, noir.


Les poivres peuvent aussi être mélangés à la coriandre, au piment de la Jamaïque ou à l’écorce de citron séchée. Quelques tours de moulin enchantent alors les plats les plus simples.



Poivre noir de Tellichery
Poivre du sud-ouest de l’Inde. Parfait avec les viandes rôties ou grillées. Existe aussi moulu.

Poivre de Sechuan
Baies d’un frêle épineux du nord de la Chine. Les plus belles sont vendues sans brisures ni brindilles. Pour foie gras, volailles rôties et desserts.


Poivre blanc

Baies mûres séchées après élimination de l’enveloppe. Relève salades exotiques, crustacés, pot-au-feu. Existe aussi moulu.


Poivre vert déshydraté

Baies piquantes et très végétales. A concasser sur des salades, des poissons ou du magret de canard.

Poivre long dit poivre de Java 

Baies suaves et brûlantes, texture serrée. A piquer dans des viandes blanches ou un ananas rôti. Moulu, il accompagne les salades de fruits rouges.

Poivre noir 

Sa qualité se reconnaît à ses grains homogènes, sans poussière ni débris.
Grappes de baies immatures


Elles vont rougir peu à peu. Cueillies vertes, elles se conservent en saumure ou dans su vinaigre.


Baies roses
Fruits d’un arbre d’Amérique du Sud, au goût résiné. Elles parfument poissons crus, salades et sont utilisées dans les mélanges de poivres.


Poivre mignonnette 

Mélange concassé de poivre noir et blanc. Pour saumon cru et viandes grillées.

Poivre citron
Poivre avec 20 % d’écorce de citron séchée.


Trois poivres
Vert, blanc, noir.


Cinq baies
Poivre noir, blanc, vert, piment de la Jamaïque, Baies roses et coriandre.

Recettes Condiments-Les piments doux et forts

 


Les piments doux et forts

Piments rouges, verts, jaunes, oranges, noirs, violets, doux ou violents « qui mordent quand on les mord », il en existe des milliers dans le monde, en Inde, en Indonésie, dans le Maghreb, en Europe, et surtout en Amérique du Sud. Le feu part de ce continent, quand l’histoire du piment croise celle du poivre.


Le « chili » est cultivé depuis des millénaires, des forêts de l’Amérique centrale jusqu’aux plateaux andins, lorsque les conquistadores le découvrent. Au Mexique, ils apprécient cette épice, selon Christophe Colomb « meilleure que notre poivre », et la nomment « pimiento ». Rapporté dans le Vieux Monde, il enflamme très vite les cuisines africaines, asiatiques, indiennes. Mieux, il les transforme. L’Espagne aussi adopte ce piment, plus « chaud » que le poivre et surtout moins coûteux, car il pousse sur place. L’est de l’Europe lui préfère les espèces plus douces. Le paprika sera le parfum des goulash hongrois.


Tous les palais ne peuvent supporter le feu d’un piment qui se mesure à l’intensité de la capsaïcine, substance alcaline résistant à la cuisson et graduée, sur une échelle dite de Scoville, de 0 à 10. Citons tout en bas, les doux anchos fruités et les paprika, à la saveur de caramel. Plus piquants, les pasilla maxicains au goût de réglisse, les piments basques d’Espelette, fleurs brûlantes, et les cascabel noisetés d’Amérique centrale. Les tabascos, petits et étroits, les piments dit de Cayenne, très minces, rouges à maturité sont au niveau 10 avec les terribles habaneros en forme de lanterne.


Séchés, entiers ou en poudre, les piments peuvent aussi entrer dans des mélanges. Avec de l’ail dans la harissa, ils embaument le bouillon d’un couscous ou d’un tajine. Piment fort et paprika dominent le mélange « chili con carne ».


Piment de Cayenne
Terme générique pour désigner des piments forts, à l’origine de Guyane, importé d’Inde, d’Afrique et du Zimbabwe. En poudre il parfume tous les plats exotiques.

Piment oiseau
Tout petit piment rouge, orange ou vert. Pour les plats thaï et antillais.

Piments d’Espelette
Fruits rouges coniques, séchés. Ce piment AOC est cultivé dans dix villages autour d’Espelette au Pays Basque. Excellents avec tous les poissons et les crustacés.

Piment fort concassé
Obtenu en mélangeant, pour le piquant et la saveur, différents piments séchés. Pour des salades et des soupes exotiques. Le lait de coco tempère son ardeur.

Chili con carne
Paprika, piment fort, girofle, poivre noir, cumin, curcuma.

Harissa
Ail et piment broyés.

Paprika de Hongrie
Belle couleur rouge, arôme caramélisé. Pour des brochettes, des goulash.

samedi 28 février 2026

Photos-Dorothea Lange

 Dorothea Lange

 

Dorothea Lange par Rondal Partridge, 1936

1895 – Dorothea Margaretta Nutzhorn, fille d’immigrants allemands de la première génération, naît le 25 mai, à Hoboken, dans le New Jersey.

1902 – Contacte la poliomyélite à l’âge de sept ans. Elle en gardera une atrophie de la jambe droite et une claudication prononcée.

1907 – Son père abandonne la famille. Avec sa mère et son frère, elle s’installe chez sa grand-mère maternelle dans le New Jersey où elle vivra jusqu’à l’âge de vingt-trois ans.

1913 – Obtient son diplôme de fin d’études secondaires et décide de devenir photographe. Travaille avec des portraitistes de studio à New York et, pour rassurer sa famille, suit une formation de professeur.

1918 – Quitte New York avec une amie pour voyager à travers le monde. A San Francisco, elles se font voler tout leur argent ; Dorothea Lange est obligée de chercher du travail. Elle commence par retoucher des photographies, et reçoit des commandes de développement et de tirage. Plus tard, elle obtient deux offres de soutien financier pour ouvrir son studio de portraitiste. Le succès commercial est immédiat. Elle est présentée au peintre Maynard Dixon, de vingt et un ans son aîné.

1920 – Epouse Maynard Dixon.

1930 – La crise de 1929 affecte tout le pays. Pour économiser, elle et Dixon emménagent dans leurs ateliers respectifs et placent leurs enfants en pension.

1933 – Décide de s’aventurer dans la rue avec son appareil pour photographier les soupes populaires et les manifestations.

1934 – On lui propose d’exposer ses photographies de rue. A cette occasion, Paul Schuster Taylor, économiste agronome à la University of California, lui demande une photo pour illustrer son article sur la grève générale.

1935 – Taylor est nommé directeur de la California Rural Réhabilitation Administration. Il engage Dorothéa Lange pour photographier les premiers travailleurs qui affluent en Californie. Elle ferme son studio pour se consacrer entièrement à cette tâche. A partir de septembre, elle travaille pour Roy Stryker, mandatée par la Ressettlement Administration, puis pour la Farm Security Administration. Elle devient l’intime de Taylor, qu’elle épouse en décembre, après avoir divorcée de Dixon.    

1940 – Publication de An American Exodus (« Un exode américain »), avec Taylor. Son travail est exposé au Museum of Modern Art de New York.

1941 – Reçoit une bourse Guggenheim. Elle est la première femme à l’obtenir en matière de photographie.

1942 – Travaille pour la War Relocation Authority. Photographie le déplacement des Américano-Japonais dans les camps d’internement.

1945-1950 – De graves soucis de santé la forcent à interrompre son travail.

1951 – Reprend son activité de photographe.

1952 – Réalise un documentaire, Three Mormon Tows («Trois villes mormones »), pour Life, avec Ansel Adams et son fils Daniel Dixon, écrivain.

1955 – Neuf de ses photographies sont présentées à l’exposition The Family of Man (« La famille des hommes ») au Museum of Modern Art de New York. Donne des cours à l’Art Institue de San Francisco.

1956-1957 – Photographie la destruction, programmée par le gouvernement, d’une ancienne communauté rurale, lors de l’édification du barrage de Monticello.

1958-1959 – Voyage en Europe et en Asie, avec Taylor, et prend des photographies.

1964 – Prépare, avec John Szarkowski, la rétrospective qui doit lui être consacrée au Museum of Modern Art de New York. L’exposition sera inaugurée en janvier 1966.

1965 – Décède d’un cancer le 11 octobre, à San Francisco.


1933 Soupe populaire de l’Ange blanc, San Francisco

Au plus fort de la Dépression, Dorothea Lange éprouve quelques scrupules à photographier les plus riches familles de Californie. « La discordance entre les sujets sur lesquels je travaillais alors et ce qui se passait dans la rue était trop forte pour que je puisse l’assimiler. Si mon intérêt pour les gens était sincère, je ne devais pas travailler uniquement sur ces portraits. »

Cette photographie fut prise lors de sa première sortie dans la rue avec son appareil. Elle nous invite à comprendre la crise que traverse cet individu isolé, âgé et pensif qui s’est détourné du reste de la foule, dans l’attente de sa ration de soupe.


1934 La Crise, bas reprisés, sténographe, San Francisco

Dorothea Lange a l’art d’illustrer les effets de la Crise non seulement grâce aux portraits, mais également par certains détails. Celui, frappant, des bas reprisés d’une sténographe nous offre une vision non dénuée d’humour sur la réponse qu’apporte une femme dans ces circonstances difficiles. On peut établir un parallèle avec le vieux feutre de l’homme sans Soupe populaire de l’Ange blanc, un effort pour préserver une certaine dignité dans son apparence face à l’adversité : mieux vaut être vue avec des bas reprisés que sans bas du tout.


1935 En panne et immobilisé, San Joaquin Valley, Californie

A l’occasion, Dorothea Lange recadre ses photos afin d’en accentuer la puissance dramatique. Dans celle-ci, elle a coupé la femme pour se concentrer sur l’homme au volent. La scène exprime la sensation d’être pris au piège – la voiture a calé et l’homme est immobilisé. Il manque ici cette idée de courage et de résistance, présente dans beaucoup d’autres portraits de pauvres gens. Ici, le sujet est pris au dépourvu ; la peur et l’inquiétude se lisent clairement sur son visage émacié.


1936 Enfant abîmée, Shacktown Elm Grove Oklahoma

Dorothea Lange est connue pour son empathie envers les sujets qu’elle photographie. Ralph Gibson, qui a été son assistant au début des années 60, relate une anecdote révélatrice concernant cette photo. Lorsqu’elle l’a examinée pour en faire un nouveau tirage, quelque trente ans après l’avoir prise, elle a fondu en larmes et lui a raconté à quel point cette fillette handicapée mentale était maltraitée et considérée comme une paria.


1936 Mère migrante, Nipomo Californie

Il est généralement admis que la photographie la plus célèbre de Dorothea Lange est la dernière d’une série de six images représentant une femme avec ses enfants, à l’intérieur d’une tente de fortune.

Dorothea Lange a laissé une description détaillée de la manière dont elle a effectué les photographies de la mère migrante : « Je ne lui ai pas demandé son nom, ni ce qu’elle avait enduré. Elle m’a dit qu’elle avait 32 ans, et qu’ils se nourrissaient des légumes gelés ramassés dans les champs, et des oiseaux que les enfants parvenaient à tuer. Elle venait de vendre les pneus de sa voiture pour acheter de la nourriture. Elle se tenait là, sous cette tente, avec ses enfants blottis contre elle, consciente que mes photos pourraient peut-être l’aider ; et c’est pourquoi elle m’a aidée. Il y avait une sorte d’égalité dans notre rapport. »

Pour sa dernière – et célèbre – photographie, Dorothea Lange gomme les détails à l’arrière-plan et masque les visages des enfants, agrippés à leur mère, qu’ils enserrent, détournant de l’objectif leur visage qu’ils enfouissent en elle. L’attention se concentre ainsi sur celui de la mère, marqué par l’anxiété. Dans un mouvement de repli sur elle-même, elle ne regarde plus ni la photographe ni ses enfants. Lorsque Dorothea Lange prend cette photo, elle ne remarque pas le détail d’un pouce qui surgit au premier plan. Pour la photographe, ce détail gâchait l’image et elle fera retoucher le négatif afin de l’effacer. Roy Stryker n’était pas d’accord : pour lui, c’est falsifier la réalité. L’insistance de Dorothea Lange pour que ce détail parasite disparaisse confirma à quel point cette photo documentaire, devenue classique, est très composée, et influencée par la photographe.


1937 Métayers sans ferme, comté de Hardman, Texa,

Ces fermiers devaient faire vivre une famille de quatre personnes en moyenne avec une aide sociale de 22, 80 dollars. Dorothea Lange les a rencontrés dans une cabane précédemment habitée par une autre famille de métayers partie pour la Californie, chassée par l’agriculture mécanisée extensive. La photographe avait éliminé au recadrage le sixième homme, dans la version de cette image publiée dans An American Exodus, car il n’avait pas la stature physique des autres, alignés devant l’objectif.


1939 Mère et enfants sur la route, Tulelake, Californie

Pour reprendre les termes de Taylor : « Ces gens méritent d’être aidés ! Ce sont des sans-abri, mais non la lie de la société. Ils ont atteint le fond, c’est tout. » Une fois de plus Dorothea Lange se concentre sur la relation maternelle : une mère et ses enfants sur la route. L’empathie de Dorothea Lange pour de tels individus découle de son idéal de la famille. Selon son fils, sa mère « éprouvait un sentiment profond et passionné pour la famille. La sienne avait été brisée par le départ de son père. » Quoi qu’il en soit, Dorothea Lange demeure à cette époque une mère et une belle-mère sévère et exigeante, qui fait passer son travail avant sa famille.


1940 Cueilleur de coton migrant, Eloy Arizona

L’homme est photographié alors qu’il se repose près de son « chariot de coton avant de retourner au travail dans les champs. » La main cache sa bouche, elle exprime toute une vie passée auprès de la terre. Le remplacement de la bouche par la main est également symptomatique de l’importance des gestes dans le travail de Dorothea Lange. En fait, l’homme cherche à dissimuler le mauvais état de ses dents face à l’objectif.


1942 La famille Mochida, Hayward Californie

Des membres de la famille Mochida attendent l’autobus d’évacuation. L’indignité du traitement qu’ils subissent, étiquetés qu’ils sont comme leurs bagages, contraste avec la dignité que leur confère Dorothea Lange dans ce portrait formel aux allures de photo de famille.

Photos-Don McCullin

 



Don McCullin

Photographe né en 1935 en Angleterre. Il débute la photographie comme assistant en 1956 durant son service dans la RAF.


A partir de 1961, il commence une carrière de photographe. A partir de 1966 il travaille pour le Sunday Post (jusqu’en 1984).

Il photographie la misère en Irlande, la construction du mur de Berlin en 1961, La guerre civile à Chypre (World Press Photo Award en 1964), le Salvador, le Vietnam durant 10 ans, le conflit Israelo-palestinien, les famines (Biafra, Inde, Bangladesh), et plus récemment les ravages du sida en Afrique. Il sera multiplement récompensé pour ses reportages, entrant dans les cercles les plus reconnus de photographes de presse.

McCullin fait partie des "grands reporters", qui ont parcouru le monde, qui ont traversé les conflits des années 60, 70 et 80, les conséquences de la guerre froide et d’une globalisation qui ne dit pas encore son nom.

Ils l’ont fait avec la même brutalité que les événements qu’ils ont couverts. McCullin a la rage de dénoncer, de montrer la sale gueule des conflits internationaux, de faire remonter le collatéral en première page des journaux, de donner chair aux conflits abstraits pour l’occident.

“Pendant 20 ans, je n’ai jamais refusé une invitation à me rendre à une guerre ou à assister à une révolution. Pourquoi ? Je peux sentir la raison mais je ne peux pas l’exprimer" Il fait malheureusement partie de cette génération qui va faire monter les enchères du sensationnel à son corps défendant, à la sueur de son front et au péril, parfois, de sa vie. Si ses images de la guerre du Vietnam ont eu un grand impact sur l’opinion publique et ont contribué à l’arrêt d’un conflit absurde, elles ont aussi fait entrer dans l’inconscient collectif le corps étendus couverts de linceuls, les femmes en pleurs couchées sur le cadavre de leur enfant, le visage couvert de sang des soldats exténués. Et, par une exposition répétée, à en amoindrir l’impact sur nos consciences. La légende veut que son appareil Nikon arrête une balle en 1968, qu’il soit grièvement blessé au Salvador. Elle veut aussi que le gouvernement britannique lui ai refusé sa carte de presse pour couvrir la guerre de Malouines, en raison du trop grand impact visuel de ses images.

Cette génération de producteurs d’images fortes va découvrir la banalisation de la violence et le sensationnalisme, en même temps qu’elle va se coltiner le paradoxe du photographe de reportage : vivre de ce qu’on dénonce.

Chaque photographe a sa stratégie pour faire face aux insolubles questions morales que posent son métier. McCullin, comme une poignée d’autres, semble l’avoir réglé à la testostérone, par la proximité avec le conflit, l’engagement éphémère, mais physique, immédiat et total, avec les sujets qu’il photographie.

"La compassion et le remords au Biafra, n’ont jamais cessé de me poursuivre. On s’imagine naïvement que l’intégrité suffit à se justifier en toute situation. Mais face à des humains qui meurent, soudain ce n’est plus assez : si on n’est d’aucun secours, alors on n’a rien à faire là - et en quoi étais-je donc utile au peuple biafrais ? [...]" Extrait du journal Le monde du 6/04/07.

Ses photographies de la pauvreté en Angleterre (1978), sont la quintessence de la photographie sociale engagée. Images contrastées, directes, en noir et blanc, réquisitoire matraqué sur une réalité proche et invisible.

Depuis les années 90’, McCulin a progressivement laissé tomber la couverture de l’actualité mondiale pour photographier la campagne anglaise, en noir et blanc, des paysages sombres mais enfin apaisés, que les conflits sanglants on marqués, mais dont on ne photographie plus que les traces mystérieuses, présentes mais indéchiffrables.

Il aura mis longtemps pour arriver au trop plein de violence et de douleur, il passe visiblement le reste de sa vie à se demander pourquoi.

(une biographie est sortie aux Éditions Deplire : "Unreasonable Behaviour - Risques et Périls")


Paysage d'hiver du Somerset, Grande-Bretagne (1987)

Une mère épuisée et son enfant, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Famille entourant une femme qui vient de mourir du choléra, frontière de l'Inde et du Bangladesh (1971)

Jeune albinos souffrant de malnutrition, Biafra (1969)

Mère de vingt-quatre ans avec son enfant, Biafra (1968)

Soldat américain commotionné attendant son transport à l'arrière, Hué, Vietnam (1968)

Miliciens chrétiens chantant devant le corps d'une jeune Palestinienne, bataille de Karantina, Beyrouth, Liban (1976)

Charges des soldats britaniques sur des jeunes gens qui leur lancent des pierres, Londonderry, Irlande du Nord (1970)

Repas du soir, Bradford, Grande-Bretagne (1978)

Clochard irlandais, East-End, Londres Grande-Bretagne (1968-69)

Première équipe de jour Aciérie d'Hartlepool, Grande-Bretagne (1963)

Photos-Diane Arbus

 

Diane Arbus

Des corps et des visages étranges, des visions qui dérangent. Chaque photo de Diane Arbus semble happée par ses personnages.


Sans titre (6) 197071. © The Estate of Diane Arbus

Allez savoir comment elle s'y est prise. Cette fois encore, Diane Arbus a réussi à convaincre un homme de la laisser entrer dans sa chambre d'hôtel, à New York, pour un portrait. A première vue, ce cliché de 1961 n'a pas grand intérêt. A y regarder de plus près, c'est un monstre qui apparaît sous les traits de cet inconnu : ses pieds sont à l'envers, tournés vers le dos. L'image provoque le malaise. Comme toutes celles que la photographe réalise sur les phénomènes de foire – homme percé d'épingles, femme « sans tête », musclors tatoués – et les exclus de toutes sortes – drag-queens, travestis ou fou errant torse nu. Diane Arbus a le don pour jeter le trouble sur l'identité d'un modèle.


Enfant avec une grenade en plastique dans Central Park, New York 1962.  © The Estate of Diane Arbus

« Je suis née en haut de l'échelle sociale, dans la bourgeoisie respectable, mais, depuis, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour dégringoler », confiait-elle. Elle voit en effet le jour, en mars 1923, sous le nom de Nemerov, dans une riche famille juive, propriétaire du grand magasin de mode Russeks, sur la Cinquième Avenue, à New York. Son frère Howard (futur écrivain et poète), sa petite sœur et elle gran­dissent dans le quartier huppé de Central Park ouest, entourés de ­domestiques. A 14 ans, Diane tombe amoureuse d'Allan Arbus ; elle se marie avec lui quatre ans plus tard, malgré l'hostilité de ses parents pour cette union avec un petit photographe sans fortune.

Le jeune couple mange de la vache enragée, crée un studio de photos de pub et de mode, et réussit à se faire un nom en signant des couvertures pour les magazines Glamour ou Vogue. Mais la seule véritable préoccupation de Diane Arbus reste son époux, devant lequel elle est pétrie d'admiration, et ses deux filles, Doon et Amy.


Couple d’adolescents à Hudson Street, New York 1963. © The Estate of Diane Arbus

C'est à 38 ans seulement, après qu'Allan l'a quittée pour une actrice, qu'elle décide de se consacrer entièrement à son œuvre. Six ans plus tard, en 1967, trente de ses tirages sont présentés au musée d'Art moderne de New York (MoMA) à côté des autoportraits de Lee Friedlander et des scènes de rue de Garry Winogrand, dans une exposition devenue mythique, « New Documents ». Les trois artistes changent la conception de l'image documentaire : « Leurs prédécesseurs se mettaient au service d'une cause sociale. Ils voulaient montrer ce qui n'allait pas et persuader les autres d'agir pour y remédier. Le but de ces jeunes photographes n'est pas de réformer la réalité, mais de la connaître », écrit alors avec justesse John Szarkowski, conservateur au MoMA.

Ils sont trois, mais c'est Diane Arbus qui fait l'événement et devient aussitôt célèbre, grâce à ses images de freaks, mais également pour sa ­façon très particulière de photo­graphier de petites jumelles. Les gamines sont la copie conforme l'une de l'autre. Debout bien droites, soudées comme des siamoises, apprêtées à l'identique, même expression neutre des visages, elles deviennent devant l'objectif du Rolleiflex aussi différentes que peuvent l'être l'eau et le feu. L'effet est magique. Car l'obsession de Diane Arbus est de révéler la singularité de chaque être au-delà de son apparence. Tout en brouillant, avec une certaine perversité, la frontière entre l'équilibre mental et la folie, le féminin et le masculin, la normalité et l'anormalité. Sa technique et ses choix esthétiques sont cohérents avec son projet : le format carré de ses images en noir et blanc semble emprisonner ses modèles. Aucune échappatoire n'est possible. D'autant qu'elle les saisit au flash, parfois à bout portant, les foudroyant en un instantané, comme saisis en plein vol. Expressions stupéfaites, gestes, grimaces trahissent des drames enfouis, des désirs cachés.


Jeune homme en bigoudis chez lui, 20e Rue, N.Y.C. 1966. © The Estate of Diane Arbus

A ses débuts, sujette à la dépression, doutant de tout, Diane Arbus s'était inscrite à la New School, au cours de Lisette Model, photographe réputée pour ses portraits grotesques de pauvres, de vieillards ou de cette femme énorme, en mail­lot de bain, échouée comme une baleine sur la plage de Coney Island. Model la pousse à s'approcher au plus près de l'inconnu, de l'étrange. Du tabou, de l'interdit. De tout ce qui lui fait peur. A casser la distance avec ses modèles.

Diane Arbus a retenu la leçon. Sa proximité devient telle, avec ses sujets, qu'elle semble s'identifier corps et âme à ce jeune homme en bigoudis au regard égaré. Ou à cette vieille dame à la peau flétrie, au « chapeau rose », comme l'indique la légende. En de très rares occasions, elle prend le bus pour un camp de nudistes du New Jersey ou pour photographier un hermaphrodite dans le Maryland. Mais son terrain de chasse favori – son ami Walker Evans l'appelait à juste titre « Diane, la chasseresse » – reste New York, de Central Park aux bas-fonds. Quand un visage l'arrête, elle s'exclame : « Oh, comme vous êtes magnifique ! Puis-je vous photographier ? » et s'invite immanquablement chez son modèle. En 1968, elle raconte en quatre clichés une histoire incroyable : la métamorphose de Catherine Bruce en Bruce Catherine. On voit d'abord une femme ­coquette, assise sur un banc. On la retrouve ensuite chez elle, en sous-vêtements. Perruque enlevée, on découvre sur la troisième image que c'est un homme. Qui finit par poser en costume et cheveux courts, totalement méconnaissable.


Jumelles identiques, Roselle, N.J. 1967. © The Estate of Diane Arbus

En 1971, Diane Arbus réussit à convaincre Germaine Greer de se laisser photographier dans sa chambre d'hôtel. La féministe, auteur du best-seller La Femme eunuque, tombe aussitôt sous le charme de celle qui lui apparaît « en petite fille délicate, douce comme un pétale de rose. Je n'ai pas pu lui donner d'âge, mais elle m'a charmée avec sa saharienne et sa coupe à la garçonne. Elle trimballait un sac de matériel tellement énorme que j'ai failli lui proposer de l'aider. » Diane Arbus a alors 48 ans, et il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Elle demande à son modèle de s'allonger et, « brusquement, se souvient Greer, elle s'est agenouillée sur le lit en plaçant son objectif juste au-dessus de mon visage et a commencé à prendre en gros plan mes pores et mes rides ! Elle me posait des questions très personnelles et là, j'ai compris qu'elle ne déclenchait que lorsqu'elle voyait sur mon visage des signes de tension, d'inquiétude ou d’agacement. »


Arbre de Noël dans un living-room à Levittown, Long Island, N.Y. 1963. © The Estate of Diane Arbus

Diane Arbus s'est souvent dite prête à tout, « à perdre [sa] réputation ou [sa] vertu, ou tout au moins ce qu'il en reste, pour une bonne photo ». Quitte à prendre des risques insensés. Elle racontait qu'elle couchait fréquemment avec ses modèles – un marin rencontré dans un bus, un Portoricain croisé dans une rue, un nain, un couple de nudistes. Longtemps, ce comportement, qui éclaire la forte intimité qu'on ressent face à certaines images, a été tenu secret par sa fille Doon. En 2003, cette dernière dévoile la personnalité complexe de sa mère lors d'une rétrospective, « Diane Arbus Revelations », présentée dans le monde entier sauf en France. Sur une planche-contact, on découvre ainsi un couple – un Noir et une Blanche – s'embrassant et se caressant sur un canapé. Sur l'une des douze images, Diane ­Arbus prend la place de la femme, et s'allonge, nue, sur les genoux de l'homme. Ainsi, bien avant Nan Goldin, elle photographia des couples, parfois deux femmes, faisant l'amour, et fut une véritable pionnière dans l'exploration de l'intime, un thème majeur de la photographie contemporaine. 


Jeune homme au canotier attendant de défiler en faveur de la guerre, N.Y.C. 1967. © The Estate of Diane Arbus

Rarement exposée en France, Diane Arbus, portraitiste exceptionnelle s’est suicidée, le 26 juillet 1971. Diane avait traversé le miroir, et plus aucun retour n'était possible.
  

 
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Source Luc Desbenoit (Télérama)