lundi 29 juin 2026

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Billets-L'écologie des slogans, la canicule des résultats

 



L'écologie des slogans, la canicule des résultats Quarante ans. Quarante longues années à nous expliquer comment nous devions penser, parler, manger, nous déplacer, nous chauffer, nous habiller... et même comment nous devions nous sentir.
Et aujourd'hui ? La canicule est là. Les villes suffoquent. Les habitants cherchent un coin d'ombre comme on cherche une oasis au milieu du désert.
Alors une question simple s'impose : qu'ont réellement changé les écologistes dans notre quotidien ? Ils ont passé des années à commenter la laïcité, à défendre le burkini, à dénoncer l'interdiction de l'abaya à l'école, à promouvoir une conception toujours plus « ouverte » de la laïcité. Ils se sont passionnés pour les débats sur l'identité de genre, les transitions de mineurs, les conflits du Proche-Orient ou encore les politiques migratoires. Pendant ce temps-là... Les écoles continuent de cuire sous des toitures mal isolées. Les Ehpad deviennent des fours. Les logements restent de véritables passoires thermiques pour des millions de Français. Les places minérales restent brûlantes sous quarante degrés. Les arbres promis n'ont pas toujours poussé. Les îlots de fraîcheur annoncés existent parfois davantage dans les conférences de presse que dans les rues. On pourrait croire qu'un parti qui s'appelle « écologiste » consacrerait l'essentiel de son énergie... à l'écologie. Quelle idée saugrenue !
À les entendre, on finit parfois par croire que la température d'une ville dépend davantage d'un débat sur le burkini que du nombre d'arbres plantés. Le climat ne lit pourtant pas les communiqués militants. Le soleil n'interrompt pas sa course parce qu'un élu a publié un tweet vertueux. Une dalle de béton ne devient pas un jardin parce qu'on a organisé un colloque sur les discriminations. La réalité est têtue.
Les Français n'ont pas besoin de sermons permanents ni de postures idéologiques. Ils attendent des rues plus agréables, des logements mieux adaptés aux fortes chaleurs, des écoles supportables en été, des espaces publics où l'on puisse respirer.
L'écologie devrait être l'art d'améliorer concrètement notre cadre de vie. Pas celui de transformer chaque sujet de société en tribune militante. À force de vouloir donner des leçons sur tout, certains semblent avoir oublié leur mission première.
Les habitants, eux, continuent d'avoir chaud.
Très chaud. Et les discours, aussi verts soient-ils, ne font toujours pas baisser le thermomètre.

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dimanche 28 juin 2026

samedi 27 juin 2026

BilletsLes grandes puissances se détachent les unes des autres en même temps



Les grandes puissances se détachent les unes des autres en même temps

Tout le monde se détache les uns des autres. La raison est encore plus dangereuse que la guerre.

Ces derniers mois, des nouvelles éparpillées sont arrivées. -La Chine vend les bons du Trésor américains qu'elle détient, et accumule de l'or à la place. -L'Amérique cherche de nouvelles routes pour les terres rares. -Le Japon vit son armement le plus rapide de son histoire, et envoie même une délégation au Groenland. -La Chine produit sa propre puce et construit son intelligence artificielle. La plupart des gens les ont lus séparément. Pourtant, ils racontent tous la même chose. Toutes les grandes puissances se détachent les unes des autres en même temps. Alors pourquoi tout le monde se replie-t-il dans sa coquille en même temps ? Je vais vous expliquer. La réponse se cache dans une seule règle. À l'époque des tensions, dépendre de l'autre est plus dangereux que la guerre. Pensez-y comme ceci. Si tu dépends de ton ennemi, il peut te mettre à genoux sans même tirer un seul coup. Il coupe ton énergie, gèle ton argent, arrête les matières premières de ton usine. Tu te rends avant même que la guerre commence. C'est ce que le monde entier a réalisé en même temps. À partir de là, tout le monde a commencé à couper le fil que l'ennemi tient en main. Alors pourquoi cette tension monte-t-elle maintenant ? Parce que la plus ancienne règle de l'histoire est à l'œuvre. Quand une puissance montante se rapproche de la puissance établie, le conflit devient inévitable. L'Allemagne s'est élevée, la Première Guerre mondiale a éclaté. Le Japon s'est élevé, la Seconde Guerre mondiale a éclaté. Aujourd'hui, la Chine s'élève, rattrapant l'Amérique. Deux géants face à face. L'étincelle de cette tension se concentre aussi sur une seule île. Taïwan. Parce que presque toutes les puces les plus avancées du monde y sont produites. Téléphones, voitures, armes, intelligence artificielle, le cerveau de tout ça sort de cette île. Taïwan effectue cette semaine un exercice d'occupation chinoise de cinq jours. Ce n'est pas pour rien. Revenez maintenant à ces nouvelles éparpillées. Elles font toutes partie de ce détachement. La Chine vend des bons du Trésor américains depuis des années, et achète de l'or à la place. Parce qu'en cas de crise, l'Amérique pourrait geler ses dollars. La Chine se détache du dollar. La Chine produit sa propre puce, construit sa propre intelligence artificielle. Parce que l'Occident pourrait couper le robinet des puces. La Chine se détache de l'Occident dans les puces. L'Amérique cherche de nouvelles routes pour les terres rares, le Japon envoie une délégation au Groenland. Parce que 90 % du traitement de ces minerais est aux mains de la Chine, et que la Chine a commencé à les utiliser comme une arme. L'Occident se détache de la Chine dans les terres rares. Le Japon vit son armement le plus rapide de son histoire. Parce qu'il sait qu'en cas de guerre, il ne peut plus compter uniquement sur l'Amérique. Le Japon se détache en matière de sécurité, essaie de tenir sur ses propres jambes. C'est le même mouvement partout. Chacun coupe un par un les fils qui le relient à son ennemi. Mais le côté effrayant, c'est ceci. Aujourd'hui, ce qui empêche la guerre, c'est précisément cette dépendance. Puisque chaque côté a besoin de l'autre, personne ne peut appuyer sur la gâchette. La Chine a besoin des puces de l'Occident, l'Occident a besoin des minerais de la Chine. Si l'un frappe l'autre, il s'effondre lui-même. Donc cette interdépendance mutuelle est aujourd'hui le dernier frein qui les retient de la guerre. Maintenant, tout le monde essaie de démonter ce frein. Le jour où la dépendance s'arrête, le dernier fil qui relie les deux géants se rompra aussi. Il ne restera plus rien pour les arrêter. C'est pourquoi toutes ces nouvelles sont en réalité un seul compte à rebours. L'or de la Chine, les armes du Japon, la délégation au Groenland, l'exercice à Taïwan. Ce sont tous les tic-tacs de la même horloge. C'est mon analyse personnelle.

Dessins de presse

  


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vendredi 26 juin 2026

jeudi 25 juin 2026

mercredi 24 juin 2026

Dessins de presse

 


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mardi 23 juin 2026

Lectures Henry MILLER-Nexus

 


Henry MILLER 

Nexus 

Traduit de l’Américain par Roger Giroux 

(4ème de couverture) Henry Miller, qui voulait être débarrassé des contingences matérielles pour devenir écrivain, à la chance de trouver en sa seconde épouse, Mona, une femme dévouée qui le supplie de rester au logis pendant qu’elle part en quête de l’argent nécessaire pour vivre. Ce pourrait être le paradis… mais il y a Stasia, l’amie hautement pittoresque de Mona. Miller se ronge d’énervement, il délire, il tourne comme un ours en cage dans Brooklyn. Dix, vingt personnages baroques traversent son univers. Nul n’est plus extravagant que Stasia ! Que faire ? Seule l’Europe, affirme Mona, convient à l’écrivain qu’il veut être. C’est sur le départ de l’auteur pour le vieux continent que s’achève Nexus, le troisième et dernier volume de la célèbre « Crucifixion en rose », qui comprend également Sexus et Plexus. Ce récit est assurément l’œuvre la plus importante du grand écrivain américain. 

(1ere phrase :) -Ouaf! Ouaf ouaf ! OUAF ! OUAF ! 

(Dernière phrase :) Allez, au revoir ! Vogue la galère ! 

414 pages – Editions Christian Bourgeois Paris 1996 

(Aide mémoire perso :) 

« L’hiver de la vie, comme quelqu’un aurait dû dire, commence à la naissance. Les années les plus dures sont de un à quatre-vingt-dix ans. Après, ça va tout seul. » Pour ce troisième et dernier volet de la Crucifixion, Miller traverse une période terrible d’abandon et de désespoir, avant de ressusciter dans l’euphorie du départ imminent pour Paris (où il vécut de 1930 à 1939, traversant semble t-il d’autres passages délicats : divorce d’avec Mona – June dans la vraie vie – en 1931 et clochardisation avant la publication du 1er Tropiques en 1934). Les choses commencent à se gâter lorsque Mona fait la rencontre de Stasia, une sauvageonne totalement barrée qui emménage avec eux. Il s’agit moins d’un ménage à trois (Stasia prétend toujours être vierge) que d’une concurrence exacerbée entre Miller et Stasia pour l’amour de Mona, qui bien sur les aime tous les deux autant. Miller est peu à peu exclu et pète les câbles dans la cave qu’ils occupent à Brooklyn, pendant que les filles courent le Village à la recherche de pigeons. Pour finir elles embarquent sans prévenir pour Paris, plongeant Miller dans un isolement et un désespoir accablants : une nouvelle fois, retour chez les parents. C’est à ce moment que Miller conçoit le projet d’écrire son histoire avec Mona, ce qui semble avoir occupé l’intégralité de son œuvre. Évidemment il y a toujours un ou deux anges gardiens qui traînent et qui lui permettent d’endurer son malheur jusqu’à ce que le retour de Mona le ressuscite. Elle revient seule, s’étant disputée avec Stasia (Jean Kronski dans la vraie vie, qui se serait en fait lancée dans une relation avec Anaïs Nin – Anaïs Nin qui conte dans son journal quelques épisodes fougueux en compagnie de Miller, mais à une période bien plus tardive…). Tout s’inverse alors et le bonheur éclabousse tout le dernier tiers du livre : Miller pond son roman, Mona trouve parmi ses pigeons un type désireux de le publier ainsi qu’un superbe appartement à Brooklyn, et avec l’argent du livre ils s’en vont pour Paris. Fin de l’accouchement au forceps d’un écrivain. Ni Plexus, ni Nexus ne retrouvent la fougue dévastatrice de Sexus, le plus factuel des trois. Miller a une tendance avérée aux divagations mystiques. En général il commence un chapitre par un récit factuel, avant de dériver vers des considérations abstraites ou des références culturelles (avec notamment pour grand héros de ce 3ème tome Knut Hamsum, prix Nobel de littérature et collabo notoire lors de la 2nde guerre mondiale). Mais les trois tomes sont d’une qualité littéraire époustouflante : outre la richesse sémantique prodigieuse et la multiplication de références brillantes, Miller n’a pas son pareil pour imager son propos avec des associations saugrenues et drôles, qui si on les regarde à froid en décomposant chaque élément sont tout à fait absurdes, mais qui percutent puissamment si l’on s’en tient à leur viscérale force poétique : « Et ainsi, comme un concerto de piano pour la main gauche, la journée glissait » ; « Isaac Poussière, né de la poussière et qui retourne à la poussière. De la poussière à la poussière. Ajoutez un codicille en faveur du bon vieux temps. » Il faut mentionner la passion de Miller pour tout ce qui est juif (ce qu’est Mona bien qu’elle s’en défende), en particulier le mysticisme, l’érudition et le goût de l’argutie. D’ailleurs tous les juifs qu’il croise le prennent pour l’un des leurs. Est-ce de l’antisémitisme refoulé ou un snobisme chic ? Un petit extrait de pur Miller pour finir, parmi les dernières lignes de la Crucifixion donc sans doute écrites vers 1959 à Big Sur : « N’était-elle pas ouverte à tous, cette terre bénie de la liberté (à l’exception bien sur des peaux rouges, des peaux noires et des ventres jaunes d’Asie). C’est dans ces dispositions d’esprit que mes Grosspapas et mes Grosmamas étaient venus. Le grand voyage vers la terre promise. Windjammers. Trois mois en mer, avec la dysenterie, le beri-beri, les poux, les morpions, la rage, la fièvre jaune, la malaria et autres délices de ce genre de croisières. Ils avaient trouvé la vie à leur goût, ici, en Amérique, mes ancêtres, bien que, dans leurs efforts pour garder l’âme chevillée au corps, ils aient succombé avant l’âge. (Mais leurs tombes sont encore en bon état). »

Lectures Henry MILLER-Plexus

 

Henry MILLER 

Plexus 

Traduit de l’Américain par Elisabeth Guertic 

(4ème de couverture) Plexus est le deuxième volet de la célèbre autobiographie d’Henry Miller : « La crucifixion en rose », comprenant également Sexus et Nexus. Miller y raconte ses années d’enfance dans un quartier pittoresque de New York, ses aventures de jeune homme que torture que torture le démon de l’écriture et qui, afin de le satisfaire, finit par briser une à une les chaînes qui le rivent à la vie quotidienne de ses compatriotes, son combat difficile pour devenir un artiste. Il connaît la misère, les rebuffades, les vexations de toutes sorte, l’orgueil solitaire de celui qui croit en son génie et parviendra à le faire triompher. Dans cette lutte, sa nouvelle compagne, Mona, pousse le dévouement au-delà des limites communes. Les aventures que vit Henry Miller, les personnages qu’il rencontre, innombrables et curieux, les réflexions que lui inspirent les uns et les autres composent un récit d’une liberté, d’un naturel, d’un humour et d’une audace inouïs. 

(1ere phrase :) Dans sa robe persane collante, avec un turban assorti, elle était ravissante. 

(Dernière phrase :) L’arbre de la vie est maintenu vivant non par les larmes mais par la certitude que la liberté est réelle et éternelle. 

670 pages – Editions Christian Bourgeois Paris 1996 

(Aide mémoire perso :) 

« Et si l’on me demandait : As-tu joui de ton séjour sur terre ?, je répondrais : « Ma vie n’a été qu’une longue crucifixion en rose. » La suite des aventures du monstre Miller est nettement moins jubilatoire que la crucifixion 1ère époque, ne serait-ce qu’en raison de l’absence complète d’épisodes obscènes, le sexe se résumant à de furtives allusions quand c’était une des matières prépondérantes du bien nommé Sexus. Sans doute le décalage de 13 années entre la rédaction des deux tomes n’y est pas pour rien. 

Plexus relate les difficultés matérielles du couple Mona / Val, elle travaillant (c’est-à-dire faisant la serveuse ou l’entraîneuse et recevant des subsides de ses admirateurs par des procédés sur lesquels Miller préfère ne pas trop se pencher), lui bullant à de rares exceptions pour se concentrer sur l’écriture ou l’attente de l’écriture. Toujours au gré des rencontres et des opportunités, Mona et Val se font marchands de petits poèmes, vendeurs ambulants de bonbons, tenanciers d’un speakeasy éphémère à leur domicile. Val finit en vendeur d’encyclopédie au porte à porte, non sans avoir préalablement refusé des offres mirobolantes dans la publicité ou certaines publications. Ils sont contraints à certains moments de retourner vivre chacun chez leurs parents, ceux de Miller se montrant légitimement soucieux d’avoir chez eux leur grand fils de 34 ans, deux fois marié et père d’une petite fille. 

Cette Crucifixion en rose est avant tout une leçon de persévérance pour les artistes en herbe dont le talent tarde à être reconnu. Du moins non c’est avant tout un beau morceau de littérature. Les allers-retours chronologiques sont un peu systématiques (Miller tombe sur un type dans la rue et l’on sait qu’on va en prendre pour 15 pages du récit de leurs frasques communes à l’adolescence) mais permettent aussi une respiration agréable. 

Sur le plan intellectuel, Miller fait feu de tout bois et multiplie les références, en particulier à ses quatre cavaliers de l’apocalypse que sont Nietzsche l’iconoclaste, Dostoïevski le grand inquisiteur (c’est chic d’avoir un écrivain russe pour mentor, si l’on pense au culte de Mc Liam Wilson pour Tolstoï), Elie Faure le magicien et Oswald Spengler (auteur du Déclin de l’occident) le bâtisseur de schémas. Il invoque également nombre de figures plus obscures mais prometteuses comme John Brown (idéaliste révolutionnaire américain précurseur de la lutte contre l’esclavage), Gilles de Rais (compagnon de Jeanne d’Arc et par ailleurs meurtrier violeur en très grande série) et une multitude d’autres. Sa culture absolument encyclopédique semble confirmer la supposition de Miller selon laquelle 2 à 3 heures de lecture quotidiennes tout au long de sa vie devraient permettre de mourir en ayant lu toutes les choses importantes. 

À noter enfin quelques passages franchement ennuyeux, en particulier les récits de rêves et la fin ésotérique consacrée à l’apologie d’Oswald Spengler, qui fait suite aux visions prophétiques d’un certain Claude : on se croirait dans Hermann Hesse, quelle horreur (il est d’ailleurs cité fort à propos par Miller) !

Lectures Henry MILLER-Sexus

 


Henry MILLER 

Sexus 

Traduit de l’Américain par Georges Belmont 

(4ème de couverture) Interdit pendant des années, Sexus est l’audacieux premier volet de « la crucifixion en rose », comprenant aussi Plexus et Nexus, où Henry Miller entreprend le récit complet de sa vie tumultueuse, riche d’expériences intérieures et d’aventures. Sexus est l’histoire du grand amour qui, à travers l’inoubliable Mara-Mona, agit comme un révélateur sur Miller, mais aussi l’analyse lucide de la formidable crise qui le secoua et le fit se muer en lui-même. Certains passages très crus, d’une sexualité exacerbée, associent provocation et témoignage : ils sont, dans cette œuvre ardente, riche, puissante, une partie de la vérité dont Miller a fait l’objet de sa vie créatrice. Une franchise absolue, une crudité totale… un « Peau-Rouge » déchaîné dans les rues chaudes. Michel Mohrt. 

(1ere phrase :) Ce doit être un jeudi soir que je la rencontrai pour la première fois – au dancing. 

(Dernière phrase :) Ouaf ouaf !... Ouaf ! Ouaf ! Ouaf, ouaf, ouaf ! 

667 pages – Editions Christian Bourgeois Paris 1996 

(Aide mémoire perso :) 

Premier tome de la Crucifixion en rose, l’autobiographie épaisse de Henry Miller, Sexus relate la période allant de la rencontre de Mara jusqu’au mariage avec Mona (la même personne rebaptisée en cours de route) avec quelques sauts en avant ou en arrière dans le temps, au gré des rencontres. Toute l’existence de Miller semble se dérouler au gré des rencontres, en suivant les envies qui viennent sans jamais laisser s’interposer la moindre limite morale. À cette époque (1924), Miller a 33 ans, un poste enviable de DRH à la compagnie cosmodémonique des télégraphes et met peu à peu au clou son fantasme d’écriture. Il hait sa femme Maude avec application, semble ignorer sa petite fille (ou refuse d’en parler par pudeur ?), pochetronne et baisouille au gré des rencontres. Un soir au dancing il tombe sur Mara, une entraîneuse, et tombe raide amoureux. Mystérieuse mythomane comme lui toujours à court d’argent, elle semble pouvoir faire contrepoids à son inconséquence par une folie encore plus radicale. Miller divorce, ce qui sonne le démarrage d’une vie sexuelle d’une intensité totalement inédite avec Maude, sans que cela remette une seconde en question l’amour viscéral qu’il porte à Mara (devenue Mona alors que lui devient Val). Ils emménagent ensemble à Brooklyn dans une location hors de prix en empruntant tout ce qu’ils peuvent et se marient. L’épisode finit en légère dérive mentale à la fin de la journée du mariage. Ici on a clairement affaire à un monstre : de littérature, d’égoïsme, de franchise, de liberté, de frime et de luxure. Le genre qui peut pas croiser une femme désirable sans l’emmancher et qui procure (ou croît procurer) 14 orgasmes à toutes celles qu’il honore de son pénis des plus réactifs. Le style est phénoménal, jubilatoire, avec des cascades d’images percutantes et incroyablement originales. Il n’a pas son pareil pour provoquer des triques violentes dans le métro, dont l’ingrédient excitant est clairement la transgression. Rien ne le fait reculer : baiser la femme d’un copain, son ex-épouse effondrée, la voisine adolescente, une Irlandaise moche en retour de cuite. Miller ne se sent tenu à aucun engagement vis-à-vis de qui que ce soit, fusse Mona. Il n’éprouve aucune culpabilité pour son absence de tristesse le jour où elle tente de se suicider au moment où il était en pleine fornication avec Maude, n’a aucune intention de payer les pensions alimentaires (alors même qu’il demande à payer double au tribunal). Il ne prétend pas à la vertu, ni à aucune fiabilité, et ce sans malignité (sauf exception ludique). Cet individualisme radical choque encore le lecteur, alors que le récit date de 1939 et relate des faits de 1924, si du moins le lecteur, pourtant prévenu, a la crédulité de croire sur parole les vantardises de l’auteur. Miller est enfin un monstre de bavardage qui dure plaisamment et brillamment cinq pages, multipliant les anecdotes à l’énergie, là où l’écrivain moyen semblerait s’appesantir au bout d’un paragraphe. Quelques longueurs psychédéliques auraient pu être élaguées, mais au plus une centaine de pages sur les quelques 650 de ce premier tome. Reste à tenir le rythme sur le millier qui suit.

Lectures Henry MILLER-Le Colosse de Maroussi

 


Henry MILLER

Le Colosse de Maroussi 

Traduit de l’Américain par Georges Belmont 

(4ème de couverture) J’avais marché les yeux bandés, à pas chancelants, hésitants ; j’étais orgueilleux, arrogant, satisfait de mener la vie fausse et restreinte du citadin ; la lumière de la Grèce m’a ouvert les yeux, a pénétré mes pores, a fait se dilater mon être tout entier. J’ai retrouvé ma patrie ; le monde avec le centre véritable, la signification réelle de la révolution. Aucun conflit guerrier entre les nations de la terre ne saurait troubler cet équilibre… Je refuse catégoriquement toute qualité, dans l’avenir, qui serait inférieure à ce titre de citoyen du monde que je me suis décerné en silence, debout dans le tombeau d’Agamemnon. 

(1ere phrase :) Sans Betty Ryan – jeune femme qui habitait la même maison que moi, à Paris – jamais je ne serais allé en Grèce. 

(Dernière phrase :) Paix à tous les hommes, dis-je, et vie plus abondante ! 

322 pages – Société Nouvelle des Editions du Chêne 1958 

(Aide mémoire perso :) 

En 1939, Henry Miller est invité en Grèce par son ami Lawrence Durrell. Originaire de Brooklyn, il vient de passer plus de dix ans à Paris – en fait, il a fait ses débuts d'écrivain dans cette ville. Dès qu'il met les pieds sur le sol héllène, il est séduit, enthousiaste, délirant : il a vraiment l'impression d'être entré sur la terre des dieux, de vivre, à presque cinquante ans, une expérience inouïe. On ne s'étonne donc pas que, lorsqu'il rencontre une Française qui regrette sa Normandie, il se mette à ricaner et se lance contre cette nostalgie petite-bourgeoise dans un monologue hilarant et féroce. On rit aux scènes cocasses dans lesquelles il s'oppose à des Grecs qui lui parlent de l'Amérique comme d'un pays de cocagne : c'est sa façon de s'élever contre le « cauchemar climatisé» du rêve américain et de ses valeurs matérialistes. Dans ce torrent de pages drôles, amusantes, inspirées, l'homme qui paraît le mieux incarner l'âme de la Grèce de cette époque, à ses yeux, c'est Katsimbalis. Il devient, avec la puissance de sa vision, le colosse de Maroussi. Ce voyage initiatique le conduit aussi à rencontrer le poète Séféris et bien d'autres personnages. En même temps, il cueille, au gré de ses déplacements, des images qui lui donnent l'impression de devenir le contemporain d'Homère ou d'Hérodote. Loin d'un lyrisme mièvre, d'un enthousiasme béat – même si on se rend bien compte qu'il en rajoute dans certains passages –, il communique au lecteur sa joie sans borne, d'un ton jubilatoire. Mais cette expérience ne va pas sans réflexion. Qu'on en juge à partir de cet extrait : « La Grèce est la patrie des dieux ; ils ont eu beau mourir, leur expérience se fait toujours sentir. Les dieux étaient de proportions humaines (...) Il faut que le monde redevienne petit, comme l'était le monde grec, autrefois. Assez petit pour inclure chacun de nous. Tant que les hommes, jusqu'au dernier, n'y seront pas inclus, il n'y aura pas de véritable société humaine. » On le voit, tout un programme. Il écrit cette phrase alors qu'il est retourné vivre aux Etats-Unis. A ce moment-là, encore une fois, l'Europe sombrait dans le feu et le sang. Henry Miller écrivit pendant cette période comme un forcené plusieurs livres. La plupart, considérés comme obscènes au regard des lois, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, furent publiés après guerre en France. Dans le contexte littéraire de cette époque, le Colosse de Maroussi est un livre lumineux. Il le reste aujourd'hui.

lundi 22 juin 2026