Notre argent n'a pas à servir à financer la culture, d'autant plus lorsqu'elle est politisée. Si le festival apporte tant à certaines entreprises locales, alors que les bénéficiaires le sponsorisent eux-mêmes plutôt qu'avec le fruit de notre travail.
Blog 75
samedi 11 juillet 2026
Recettes-Recettes de Saison Été-Confiture de pêches jaunes et framboises
Confiture de pêches jaunes et framboises
Préparation : 15 mn
Macération : 8 heures
Cuisson : 7 mn
Pour 1 pot de 375 g
250 g de pêches jaunes
150 g de framboises
240 g de sucre gélifiant
½ citron
1. Ébouillantez les pêches pendant 30 secondes puis pelez-les. Dénoyautez-les, coupez leur chair en petits morceaux.
2. Triez les framboises en ôtant les fruits abîmés.
3. Pesez vos fruits et réservez-les dans un saladier. Préparez 65 % du poids des fruits de sucre. Ajoutez le sucre et le jus de ½ citron dans votre préparation. Protégez d’un film alimentaire et placez le saladier au réfrigérateur. Laissez macérer environ 8 heures.
4. Plongez le pot à confiture ainsi que son couvercle dans l’eau bouillante et laissez-le sécher sur un torchon propre.
5. Après macération, versez les fruits dans la bassine à confiture, portez à ébullition et prolongez la cuisson 7 minutes à feu vif.
6. Remplissez aussitôt le pot à l’aide d’une louche et d’un entonnoir, refermez-le et retournez-le jusqu’à ce qu’il soit complètement refroidi.
Recettes, Recettes de Saison Été-Tarte aux mirabelles et amandes
Tarte aux mirabelles et amandes
Préparation : 30 mn
Temps de cuisson : 35 mn
Pour 6 personnes
1 kg de mirabelles
1 rouleau de pâte sablée
2 sachets de sucre vanillé
Pour la crème d’amandes
100 g de poudre d’amandes
2 œufs entiers
1 cuillerée à soupe rase de farine
200 g de sucre en poudre
80 g de poudre d’amandes
60 g de beurre mou
50 g de sucre roux
1. Préchauffez le four à 180° C (th. 6).
2. Déroulez la pâte avec son papier de cuisson dans un moule à tarte et réservez au frais.
3. Lavez et essuyez les prunes. Fendez-les (juste un peu afin qu’elles restent rondes) pour les dénoyauter. Mettez-les dans une jatte, poudrez de sucre vanillé et réservez.
4. Préparez la crème d’amandes : dans un saladier, travaillez à la fourchette le beurre mou avec les œufs, la poudre d’amandes, le sucre et la farine, jusqu’à l’obtention d’un crème lisse.
5. Sortez la pâte du réfrigérateur, couvrez le fond de tarte de mirabelle bien serrées les unes contre les autres et versez la crème d’amandes par-dessus.
6. Enfournez pour 35 minutes de cuisson. Sortez ensuite la tarte du four, patientez 5 minutes avant de la démouler délicatement sur une grille.
7. Laissez refroidir et servez à température ambiante.
Conseil
Pour réaliser cette tarte, vous pouvez remplacer la pâte sablée par une pâte feuilletée. Dans ce cas, choisissez-la pur beurre.
Recettes-Recettes de Saison Été-Tarte légère aux nectarines
Tarte légère aux nectarines
Préparation : 15 mn
Cuisson : 25 mn
Pour 6 personnes
1 noisette de beurre
7 cuillerées à soupe de sucre en poudre
6 nectarines
4 œufs
10 cuillerées à soupe de crème fraîche liquide
6 cuillerées à soupe de poudre d’amandes
1 sachet de sucre vanillé
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Beurrez le moule à tarte et saupoudrez-le de 1 cuillerée à soupe de sucre.
3. Coupez les nectarines en quartiers d’environ 2 centimètres de large et disposez-les dans le fond du moule.
4. Fouettez les œufs avec le sucre. Ajoutez la crème, la poudre d’amandes et le sucre vanillé. Mélangez bien et versez sur les fruits.
5. Enfournez et laissez cuire environ 25 minutes. Le dessus doit être légèrement doré.
6. Servez tiède ou froid.
Vous pouvez remplacer les nectarines par des pêches ou de la mangue.
Recettes, Recettes Soufflés-Soufflé glacé à l’ananas
Soufflé glacé à l’ananas
Préparation : 25 mn
Cuisson : 10 mn
Congélation : 6 heures
Pour 4 personnes
15 cl de crème liquide très froide
200 g de sucre en poudre
3 blancs d’œufs
350 g de pulpe d’ananas (chair d’ananas mixée)
1. Humidifiez un moule à charlotte d’environ 20 cm de diamètre (ou quatre ramequins individuels). Chemisez le haut du moule avec une bande de papier sulfurisé en la faisant dépasser de 3 ou 4 cm (elle tiendra grâce à l’humidité des parois).
2. Montez la crème liquide en chantilly bien ferme ; réservez-la au réfrigérateur.
3. Dans une casserole, mélangez le sucre avec 10 cl d’eau et faites cuire de 8 à 10 minutes, à feu moyen, pour obtenir un sirop épais. Faites attention à ce qu’il ne prenne pas une couleur caramélisée. Laissez-le tiédir.
4. Montez les blancs d’œufs en neige ferme avec une pincée de sel. Versez le sirop tiède sur les blancs en neige et continuez de battre encore de 8 à 10 minutes, pour obtenir une meringue très épaisse et froide. Incorporez-y délicatement la chantilly et la pulpe d’ananas en soulevant la préparation à l’aide d’une spatule.
5. Versez la préparation dans le moule (ou les ramequins) jusqu’en haut de la bande de papier. Placez au congélateur pour au moins 6 heures. Au moment de servir, retirez le papier sulfurisé.
Utilisez le l’ananas victoria, beaucoup plus parfumé et sucré que les autres variétés.
Conseil
Vous pouvez remplacer la pulpe d’ananas par de la chair de mangue réduite en purée ou par 160 g de pulpe de fruits de la Passion.
Recettes, Recettes Soufflés-Soufflé glacé au café
Soufflé glacé au café
Préparation : 30 mn
Cuisson : 10 mn
Congélation : 6 heures
Pour 4 personnes
15 cl de crème liquide très froide
180 g de sucre en poudre
4 blancs d’œufs
2 ou 3 cuillerées à soupe d’extrait de café
1. Humidifiez un moule à charlotte d’environ 20 cm de diamètre (ou quatre ramequins individuels). Chemisez le haut du moule avec une bande de papier sulfurisé en la faisant dépasser de 3 ou 4 cm (elle tiendra grâce à l’humidité des parois).
2. Montez la crème liquide en chantilly bien ferme ; réservez-la au réfrigérateur.
3. Dans une casserole, mélangez le sucre avec 10 cl d’eau et faites cuire de 8 à 10 minutes, à feu moyen, pour obtenir un sirop épais. Faites attention à ce qu’il ne prenne pas une couleur caramélisée. Laissez-le tiédir.
4. Montez les blancs d’œufs en neige ferme avec une pincée de sel. Versez le sirop tiède sur les blancs en neige et continuez de battre encore de 8 à 10 minutes, pour obtenir une meringue très épaisse et froide. Incorporez-y délicatement la chantilly et l’extrait de café en soulevant la préparation à l’aide d’une spatule.
5. Versez la préparation dans le moule (ou les ramequins) jusqu’en haut de la bande de papier. Placez au congélateur pour au moins 6 heures. Au moment de servir, retirez le papier sulfurisé.
Un délicieux dessert glacé à déguster avec un café bien fort.
Conseil
Vous pouvez ajouter dans la préparation quelques spéculoos émiettés ou quelques morceaux de macarons au café.
vendredi 10 juillet 2026
Photos mythiques-“Downtown New York”
“Downtown New York”
Photo : Henri Cartier-Bresson (1947)
Un homme est assis à même le sol dans une ruelle sombre, seul face à un chat. Henri Cartier-Bresson a intitulé cette photographie « Downtown New York » (centre de New York). Il aurait pu la titrer « une ruelle sombre de New York » ou « une âme perdue dans New-York ». Or, il a choisi une autre légende qui nous oblige à voir dans cette scène une évocation de la ville et un symbole. Et c’est ainsi qu’il faut lire ce portrait. Le photographe propose ici sa vision de New York et, de la sorte, délivre un point de vue subjectif, un commentaire personnel, loin des images touristiques habituelles sur la « grosse pomme ». Nous allons ainsi voir comment, à travers l’évocation du gigantisme de la ville et la solitude d’un homme, Cartier-Bresson brosse un portrait critique de la société moderne.
Le sujet évoqué est donc New-York. Pour illustrer ce paysage urbain, le photographe a choisi un format portrait. Ce cadrage a au moins deux incidences. D’une part de littéralement « dresser un portrait » de la ville, de montrer pour ainsi dire son vrai visage. D’autre part de mettre en valeur les lignes verticales de la composition qui répondent au format vertical de la photographie. L’espace ainsi délimité est entièrement dominé par les verticales, dessinées notamment par les arrêtes des murs et les masses sombres qui occupent presque les deux-tiers de l’image. Cette verticalité omniprésente évoque bien évidemment la hauteur des buildings, véritable symbole de « la ville debout ». Elle connote aussi son dynamisme, sa virilité et sa puissance. L’effet de grandeur est d’autant plus frappant que le photographe a placé dans son cadre une figure humaine comme pour donner une échelle de grandeur à ce décor, un point de comparaison. Et l’effet est saisissant. L’homme, qui plus est assis est recroquevillé, a l’air littéralement écrasé par l’immensité des immeubles environnants. Ajoutons que si celui-ci est cadré en plongée, les buildings eux sont photographiés en contre-plongée, point de vue qui accroit leur démesure. Enfin, le fait qu’ils dépassent le cadre de l’image, ajouté à la dynamique ascendante des verticales, semble indiquer que leur hauteur est infinie, inatteignable. De la même façon, le fait que ces tours soient présentes au premier comme en arrière plan nous suggère qu’elles se dressent à perte de vue. C’est donc bien la géométrie de la composition qui donne à ce paysage urbain cette impression de gigantisme et de domination. Bien sûr ces adjectifs collent parfaitement à l’image de New-York, mégapole moderne hors-norme et capitale financière des Etats-Unis et, pour ainsi dire, de tout le monde occidental. Rappelons que l’hégémonie économique américaine date justement de l’après-guerre, époque à laquelle a été prise cette photographie.
Cela dit, l’image n’est pas triomphante. Une atmosphère sinistre l’imprègne, sans doute due à l’obscurité dans laquelle est plongée la scène au premier plan. Comme si Cartier-Bresson avait voulu illustrer l’envers du décor, le côté sombre de la carte postale. Car il y a bien une ombre au tableau, comme semble le suggérer la posture de l’homme assis sur le bitume parmi les détritus. Et d’ailleurs qui est ce personnage ? Un sans-abri ? Un ivrogne ? Certainement un homme seul, abattu et qui, semble-t-il, n’a trouvé comme seul compagnon qu’un chat de gouttière, un animal abandonné et égaré dans l’immensité de ce labyrinthe urbain. D’ailleurs, si la scène a quelque chose d’attendrissant, c’est bien que l’homme et l’animal semble s’observer comme dans un miroir. Ils paraissent se reconnaître et partager le même sort. C’est le seul aspect un peu positif et poétique de l’image. Celui d’ailleurs qui accroche d’abord l’intérêt de l’observateur. Et pour cause, toutes les lignes de force de cette composition centripète tendent vers ce duo improbable. Il n’en reste pas moins que la scène comporte des accents tragiques. L’homme comme l’animal évoquent la solitude et l’abandon, voire la déchéance.
Et ce ne sont pas là les seuls signes négatifs véhiculés par l’image. Les murs de briques et les barreaux aux fenêtres évoquent la prison et l’enfermement. L’arrière plan suggère, comme nous l’avons vu, des buildings à perte de vue qui bouchent littéralement l’horizon. La rue elle-même est bouchée, bloquée par un camion de livraison en stationnement. Jusqu’à l’échelle, symbole habituellement positif, qui reste inatteignable et ne mène nulle part. Tout ceci comme pour dire que le personnage n’a aucune échappatoire. Toutes les issues sont bloquées et l’homme est condamné à l’étouffement. Vous m’accorderez que c’est une vision peu reluisante de la capitale moderne du monde libre.
Alors quelle conclusion en tirer ? Il semblerait que Cartier-Bresson ait choisi de montrer un autre visage de New-York allant à l’encontre des images d’Epinal des trente glorieuses vantant les mérites de « l’american way of life ». Avant William Klein (New York en 1956) ou Robert Frank (Les Américains en 1959), c’est l’envers du décor, triste et sordide des laissés-pour-compte de l’Amérique, que le photographe a choisi d’illustrer, non sans poésie et avec un talent certain. Au-delà, c’est peut-être la solitude de l’homme dans la société moderne dont il est question ici. Et pourquoi pas la solitude de l’artiste, auquel cas il s’agirait d’un autoportrait caché.
Henri Cartier-Bresson
Photos mythiques-La mort en direct-Lee Harvey Oswald
La mort en direct-Lee Harvey Oswald
Photo : Robert H Jackson (1963)
Le lendemain du 22 novembre 1963, cette photo saisissante fera la une des journaux du monde entier.
La veille, un dimanche matin, les sous-sols du bâtiment de la police de Dallas sont plein à craquer. Outre les agents de police chargés de la sécurité, des dizaines de journalistes venus du monde entier attendent la venue de l'homme accusé d'avoir assassiné John Kennedy.
Il est 11h21 lorsque Lee Harvey Oswald sort du commissariat pour être transféré en prison, entouré par deux inspecteurs. Il ne doit parcourir que quelques mètres à travers la haie formée par des policiers qui tentent tant bien que mal de contenir les reporters et les photographes présents. Oswald semble calme et marche d'un pas tranquille. Un homme s’approche, sort un revolver et l’abat devant les caméras qui retransmettent les images en direct.
Jack Ruby un propriétaire de boîtes de nuit avec des connections dans le milieu, vient de tuer l’assassin présumé de Kennedy. Robert H Jackson du Dallas Times-Herald saisit dans cet instant tragique la douleur d’Oswald et la stupeur du policier préfigurant la stupéfaction de l’Amérique devant cet assassinat impensable.
L'assassin de Lee Harvey Oswald, meurtrier présumé du président Kennedy, sera condamné à la chaise électrique par la cour de Dallas. Atteint d'un cancer, Ruby ne sera jamais exécuté. Il mourra dans un hôpital de Dallas, emportant avec lui ses secrets sur "l'affaire Kennedy".
Robert H Jackson
Photos mythiques-Homeless Irishman-Clochard irlandais
Homeless Irishman-Clochard irlandais
Photo : Don McCullin (1969)

Voici ce que déclare Don McCullin lorsqu’il est interviewé par Frank Horvat en 1987 : « ...Mais je me reconnais surtout dans le clochard irlandais, celui qui ressemble à Neptune. Il est mélancolique et digne. Cela peut sembler étrange que je parle de dignité à propos de ces gens, pourtant c’est ce qui les caractérise et que j’essaye de montrer. Une dignité qui grandit avec la souffrance, comme si dans la souffrance ils trouvaient la force de continuer le combat. La mère biafraise par exemple, avec l’enfant au sein : je ne peux imaginer un être plus digne. »
Cette photo (de 1969) n’est pas très différente des photos de guerre de Don McCullin. Toujours ce regard sobre et direct face à l’horreur. Tout près des victimes. Pas besoin de textes alambiqués pour expliquer la souffrance. L’image claque comme une balle perdue. Prenez là dans la figure et débrouillez-vous avec !
Pendant 30 ans, Don McCullin a couvert tous les conflits. De la guerre des Six Jours au Vietnam et du Biafra au Cambodge, il a toujours été au front. Ses amis, tel Gilles Caron, sont tombés. Mc Cullin a failli y rester plusieurs fois. Il a longtemps cru que son témoignage contribuerait à faire cesser l’horreur. En 1982, après le massacre de Sabra et Chatila, meurtri dans son âme et dans sa chair, il jette l’éponge. Aujourd’hui, à 76 ans, tout juste apaisé, il photographie les paysages du Somerset. Mais ses photos sont toujours aussi noires.
Photos mythiques-Joueur de flûte en route pour Cuzco
Joueur de flûte en route pour Cuzco
Photo : Werner Bishof (1954)
Certaines photos restent dans les mémoires parce qu'elles sacralisent un moment de l'histoire de l'humanité. D'autres deviennent des icônes parce qu'elles correspondent à des rêves collectifs.
Ce joueur de flûte en route pour Cuzco, dans la Cordillère des Andes est devenu pour des générations d'étudiants occidentaux un appel au voyage, un symbole de sérénité et de retour aux valeurs simples.
Sa diffusion sera mondiale et sous toute forme: cartes postales, posters, etc...
Ce reportage est le dernier de Werner Bischof qui disparut à 38 ans dans un accident de voiture, quelques jours après avoir pris ce cliché.
Cette image montre la maîtrise de la composition et l'engagement social et politique qui caractérise son œuvre.
Werner Bischof
Photos mythiques-Jeux de Mexico
Jeux de Mexico
Photo : John Dominis (1968)
L'événement majeur des Jeux de Mexico, en 1968, incontestablement, sera les poings levés vers le ciel des sprinters noirs américains Tommie Smith et John Carlos.
Pour protester contre le racisme et la ségrégation dont sont victimes leurs frères de couleur, Carlos et Smith ont levé un poing ganté de noir et baissé la tête au moment où l'hymne américain retentissait en leur honneur et où les «Stars and Stripes» étaient hissées. Ils ont expliqué ensuite leur geste. «Nous ne sommes pas les braves garçons, ni de braves animaux que l'on récompense avec des cacahuètes. Si les gens ne s'intéressent pas à ce que les Noirs pensent en temps normal, qu'ils ne viennent pas voir les Noirs courir en public...» Smith a ajouté: «L'Amérique blanche ne nous reconnaît que comme champions...»
Un poing levé pour appeler à la justice, à l'égalité et à la dignité. Un poing levé pour faire réagir l'Amérique puritaine qui s'accommode chaque jour un peu plus du racisme, au lendemain de l'assassinat de Martin Luther King et Bob Kennedy.
Le geste de Tommie Smith et de John Carlos sera interprété comme un geste de haine envers l'Amérique et déchaînera des passions, détruisant la vie de ces deux athlètes. Devenus des parias, insultés, menacés de mort, ils voient s'effondrer tous leurs brillants projets d'avenir.
John Dominis
Photos mythiques- Che Guevara
Che Guevara
Photo : Alberto Korda (1960)
La photo la plus reproduite au monde, prise par Alberto Korda, un ancien photographe de mode reconverti dans le portrait de Barbudos.
Le 6 mars 1960, un million de personnes défilent à La Havane pour l’enterrement des victimes de la Coubre (attentat attribué à la CIA. Explosion d’un cargo français chargé d’armes que Cuba avait acheté à la Belgique : 80 morts et 200 blessés). Ce jour là, Fidel Castro tient un discours entouré par Jean Paul Sartre, Simone De Beauvoir, et Che Guevara.
« Je n’avais pas vu le Che qui était à l’arrière de la tribune. Jusqu’à ce qu’il s’avance pour embrasser du regard la foule amassée sur des kilomètres. J’ai juste eu le temps de prendre une photo horizontale, puis une verticale, avec un objectif 90mm. Puis le Che s’est retiré. Je n’oublierai jamais son regard, où se mêlaient la détermination et la souffrance. »
Les cheveux en bataille serrés sous un béret noir étoilé, les yeux rêveurs regardant au delà de l’horizon.
C’est seulement en octobre 1967, à la mort du Che, que la photo sera publiée par l’éditeur Giangiacomo Feltrinelli. Korda la lui donne libre de droit, il ne touchera pas un sou. Pendant des années, cela ne le dérange pas car il est fier que sa photo soutienne la cause révolutionnaire. Lorsque l’industrie la récupère (CD sony, montres Swatch, …) Korda réagit et prend un avocat : « J’ai oublié l’argent que j’aurais pu gagner, ce qui compte c’est que l’on n’oublie pas l’exemple. »
Jamais un symbole n’a été associé avec autant de force à une photo. Le « Che » devient un mythe. Romans, films et chansons sont faits à son souvenir et à sa gloire.
Ce portrait du Che a décoré les chambres et les tee-shirts de millions de jeunes dans le monde entier. Le fier regard du Che continue encore d’éclairer les rêves des adolescents en quête d’un monde idéal.
…et pourtant, la réalité du personnage est autrement plus sinistre !
Le Che est extrêmement éloignée de cet icône révolutionnaire au regard christique.
Ernesto Guevara était un extrémiste d’une intransigeance prônant une violence absolue.
“Enlouquecido com fúria irei manchar meu rifle de vermelho ao abater qualquer inimigo que caia em minhas mãos! Minhas narinas se dilatam ao saborear o odor acre de pólvora e sangue. Com as mortes de meus inimigos eu preparo meu ser para a luta sagrada e me junto ao proletariado triunfante com um uivo bestial.”
« Emporté par une rage folle, je rougirais le canon de mon fusil en massacrant tout ennemi qui tombera entre mes mains ! Mes narines se dilatent en savourant l’odeur âpre de la poudre et du sang. Avec la mort de mes ennemis je prépare mon être pour le combat sacré et m’associe au prolétariat triomphant dans un hurlement bestial ! »
El odio como factor de lucha; el odio intransigente al enemigo, que impulsa más allá de las limitaciones del ser humano y lo convierte en una efectiva, violenta, selectiva y fría máquina de matar. Nuestros soldados tienen que ser así; un pueblo sin odio no puede triunfar sobre un enemigo brutal.
« La haine est un élément de la lutte ; libérer sa haine contre l’ennemi pousse l’être humain au-delà des limites naturelles, le transformant en une froide machine à tuer, efficace, sélective et violente. Voila ce que nos soldats doivent devenir… »
Pendant la guérilla anti-Batista (1957-1958) dans la Sierra Maestra, il exécuta lui-même 14 personnes dont un enfant de 14 ans, et ordonna et veilla dans la prison de Santa Clara à l’exécution de 156 prisonniers.
Che Guevara le «libérateur», le «héros du peuple», créé le camp de travail forcé de Guanahacabibes en 1960, un camp destiné à accueillir les cas difficiles, ceux dont il n’était pas sûr qu’il faille les emprisonner. Ceux qui avaient commis des «crimes plus ou moins graves contre la morale révolutionnaire», disait-il.
En tous cas, le Che semble n’avoir eu aucun scrupule à enfermer et condamner aux travaux forcés et à faire exécuter des individus pour des détentions arbitraires et sans jugement.
Pendant la crise des missiles de Cuba, il prie Fidel Castro et Kroutchev de déclencher la guerre nucléaire sans aucun apitoiement pour les millions de victimes qui en résulteraient, car il pense qu’un monde meilleur sortira de ces cendres.
Evidemment sous cet angle, le Che apparaît nettement moins christique et ses idéaux de libération du peuple et d’égalité prennent une toute autre résonance.
Mais cette photo est symptomatique de l’époque où nous vivons, dans un monde ou l’apparence l’emporte sur le fond, ou une image peut transfigurer la réalité et idéaliser un homme, quel qu’il soit.
Alberto Korda
Photos mythiques-La fille à la fleur

La fille à la fleur-Analyse d’une photo
Photo : Marc Riboud (1967)
Voici une photographie de presse vue et revue. Une image-symbole, une icône des sixties, une évocation emblématique de la génération hippie. Une jeune fille fait face à une rangée de soldat en armes avec, comme seule défense, une fleur à la main. Bien sûr l’événement a son importance et, selon toute vraisemblance, la jeune fille a parfaitement conscience de la portée symbolique de son geste. Mais cela ne suffit pas à justifier la notoriété de l’image. Des actions spectaculaires jouées devant les objectifs des journalistes il s’en joue beaucoup et souvent, mais très peu atteignent une telle perfection. L’intérêt spécifique de ce document n’est donc pas tant à chercher du côté du geste que dans l’image. Reste à définir comment cette photographie crée du sens. Autrement dit, comment le photographe – et non la manifestante – crée le symbole.
La légende nous dit qu’il s’agit d’une photographie prise en octobre 1967 à Washington D.C. à l’occasion d’une manifestation contre la guerre du Viêt-Nam. Première question qui se pose à nous : où sont les manifestants ? Ce qui nous est donné à voir ici c’est uniquement une jeune fille. Une jeune fille isolée par le choix du cadrage et celui de la focale qui règle la netteté sur le premier plan et plonge l’arrière-plan dans le flou. C’est bien sûr un choix assumé : de la sorte cette jeune fille va symboliser, par un effet de synecdoque (une partie pour le tout), l’ensemble des manifestants. Elle est donc censée être à l’image des autres pacifistes et les personnifier à elle seule. Remarquons que sa chemise bariolée à fleurs évoque la mode hippie, comme sa coiffure coupée court – donc anticonformiste – et son geste de recueillement qui connote la piété, le calme, la paix. En face d’elle une rangée de soldats casqués, habillés à l’identique – au point de se confondre et de ne faire qu’un – fusils pointés en avant. On reconnaît bien sûr ici les forces de l’ordre dont la mission est de contenir la manifestation et prévenir tout débordement. Relevons d’ores et déjà que si la jeune fille offre le visage du calme et de la sérénité, eux semblent définitivement sur la défensive. Leur gestuelle est sans ambigüité : baïonnettes en avant, prêts à charger, attitude agressive et belliqueuse en parfaite adéquation avec leur fonction de soldat. Aussi avons-nous ici en présence deux entités qui se font face et qui, ont l’a compris, incarnent deux positions antagonistes : pour et contre la guerre. Le point de vue du photographe semble a priori neutre puisque celui-ci se trouve sur la ligne de front et non dans l’un ou l’autre camp. Pourtant, nous allons le voir, ce qui fait la force de cette image c’est précisément son discours et son point de vue orienté résultant d’une composition parfaitement maîtrisée.
Il est aisé de constater que cette photo est construite sur une opposition entre les signes situés à gauche et ceux situés à droite d’une verticale tracée au milieu de l’image. Opposition parfaite comme en témoignent les couples d’antithèses suivants : gauche/droite (passé/avenir), hommes/femme, pluriel/singulier, sombre/clair, horizontales/verticale, flou/net. Au-delà, et par extrapolation, on constate qu’à l’association homme-arme-guerre répond l’antithèse femme-fleur-paix. Qu’à la violence des uns répond la non-violence de l’autre. Qu’au symbole phallique des baïonnettes répond la virginité de la fleur. D’un côté l’homme actif, de l’autre la femme passive. Impérialisme et résistance. Mort et vie. On le voit, rien ici n’est laissé au hasard. Ajoutons que si la jeune fille a un visage, les soldats, nombreux, identiques et anonymes, n’en n’ont pour ainsi dire pas. D’ailleurs la plupart sont flous et celui qui se trouve en face de la manifestante, et qui aurait dû avoir son visage net et en gros plan, demeure hors cadre.
Tout cela bien sûr participe de la symbolique. L’humain face à la machine de guerre.
L’individu face à l’armée. L’amour face à la guerre. Le courage face à la force. David face à Goliath. Et dans ces cas de figure, la sympathie de l’observateur va toujours au plus faible, ce que Marc Riboud n’ignorait certainement pas. Comment alors rêver meilleure célébration du flower power. Ce visage de jeune fille, c’est le visage de la jeunesse contestataire des années 60. Un visage qui vaut mille manifestants. Une image surtout qui vaut mille discours. Woodstock, Martin Luther King et Imagine tout à la fois. Une image-symbole en somme, mais une image engagée aussi. D’où son succès à n’en pas douter.
La légende nous dit qu’il s’agit d’une photographie prise en octobre 1967 à Washington D.C. à l’occasion d’une manifestation contre la guerre du Viêt-Nam. Première question qui se pose à nous : où sont les manifestants ? Ce qui nous est donné à voir ici c’est uniquement une jeune fille. Une jeune fille isolée par le choix du cadrage et celui de la focale qui règle la netteté sur le premier plan et plonge l’arrière-plan dans le flou. C’est bien sûr un choix assumé : de la sorte cette jeune fille va symboliser, par un effet de synecdoque (une partie pour le tout), l’ensemble des manifestants. Elle est donc censée être à l’image des autres pacifistes et les personnifier à elle seule. Remarquons que sa chemise bariolée à fleurs évoque la mode hippie, comme sa coiffure coupée court – donc anticonformiste – et son geste de recueillement qui connote la piété, le calme, la paix. En face d’elle une rangée de soldats casqués, habillés à l’identique – au point de se confondre et de ne faire qu’un – fusils pointés en avant. On reconnaît bien sûr ici les forces de l’ordre dont la mission est de contenir la manifestation et prévenir tout débordement. Relevons d’ores et déjà que si la jeune fille offre le visage du calme et de la sérénité, eux semblent définitivement sur la défensive. Leur gestuelle est sans ambigüité : baïonnettes en avant, prêts à charger, attitude agressive et belliqueuse en parfaite adéquation avec leur fonction de soldat. Aussi avons-nous ici en présence deux entités qui se font face et qui, ont l’a compris, incarnent deux positions antagonistes : pour et contre la guerre. Le point de vue du photographe semble a priori neutre puisque celui-ci se trouve sur la ligne de front et non dans l’un ou l’autre camp. Pourtant, nous allons le voir, ce qui fait la force de cette image c’est précisément son discours et son point de vue orienté résultant d’une composition parfaitement maîtrisée.
Il est aisé de constater que cette photo est construite sur une opposition entre les signes situés à gauche et ceux situés à droite d’une verticale tracée au milieu de l’image. Opposition parfaite comme en témoignent les couples d’antithèses suivants : gauche/droite (passé/avenir), hommes/femme, pluriel/singulier, sombre/clair, horizontales/verticale, flou/net. Au-delà, et par extrapolation, on constate qu’à l’association homme-arme-guerre répond l’antithèse femme-fleur-paix. Qu’à la violence des uns répond la non-violence de l’autre. Qu’au symbole phallique des baïonnettes répond la virginité de la fleur. D’un côté l’homme actif, de l’autre la femme passive. Impérialisme et résistance. Mort et vie. On le voit, rien ici n’est laissé au hasard. Ajoutons que si la jeune fille a un visage, les soldats, nombreux, identiques et anonymes, n’en n’ont pour ainsi dire pas. D’ailleurs la plupart sont flous et celui qui se trouve en face de la manifestante, et qui aurait dû avoir son visage net et en gros plan, demeure hors cadre.
Tout cela bien sûr participe de la symbolique. L’humain face à la machine de guerre.
L’individu face à l’armée. L’amour face à la guerre. Le courage face à la force. David face à Goliath. Et dans ces cas de figure, la sympathie de l’observateur va toujours au plus faible, ce que Marc Riboud n’ignorait certainement pas. Comment alors rêver meilleure célébration du flower power. Ce visage de jeune fille, c’est le visage de la jeunesse contestataire des années 60. Un visage qui vaut mille manifestants. Une image surtout qui vaut mille discours. Woodstock, Martin Luther King et Imagine tout à la fois. Une image-symbole en somme, mais une image engagée aussi. D’où son succès à n’en pas douter.
Marc Riboud
Photos mythiques-Mère migrante, Nipomo, Californie
Mère migrante, Nipomo, Californie
Photos-Dorothea Lange (1936)

États-Unis, 1936, c’est la Grande Dépression. La photographe Dorothea Lange parcourt la campagne étasunienne pour le compte de la FSA (Farm Security Administration), un organisme du ministère de l’agriculture, chargé d’aider les fermiers les plus pauvres. Elle rencontre Florence Owens Thompson, 32 ans, qui a perdu son mari 4 ans plus tôt. Mère de six enfants, elle fait ce qu’elle peut pour tenter de les nourrir. La photographe s’approche et parle avec elle. Elle réalise 5 clichés, dont celui-ci.
La mère est soucieuse et presque résignée, mais elle tient son rôle protecteur central pour ses enfants. Les deux enfants qui tournent la tête expriment gène et tristesse. Ils concentrent notre regard sur le visage de leur mère. Son regard à elle n’est pas pour nous, il est absorbé ailleurs. Cette image, très simple et directe, appelle toute la compassion qu’on peut avoir pour des victimes de la pauvreté.
Il est intéressant de se pencher sur les circonstances qui ont permis à cette photo de voir le jour. La FSA a été créée en 1935, dans le cadre du New Deal, par le président Roosevelt. Cette agence est chargée de réformes et d’aides à l’agriculture (subventions, planification, coopératives, etc). Pour promouvoir son travail et faire passer ses réformes, elle met en place ce qu’on appellerait aujourd’hui, une « cellule de communication ». Une douzaine de photographes (dont Walker Evans) sont recrutés en fonction de leur engagement social et politique. Ils sont chargés de documenter, aussi objectivement que possible, les conditions de vie des agriculteurs du pays. Les photos -propriété de l’État- ont été mises gratuitement à disposition de ceux qui les publiaient, ce qui en a garanti une rapide et large diffusion. Les grandes qualités humaines de ces images ont fait le reste : elles ont profondément marqué les Américains de l’entre-deux-guerres.
Deux romans de John Steinbeck resituent admirablement les conditions de vie de cette époque : Les raisins de la colère, Des souris et des hommes. Tous les deux ont inspiré des films.
Dorothea Lange est née en 1895 à Hoboken (New Jersey). À l’instar de Robert Capa, elle tend à n’être connue du grand public que par une seule photo. Pourtant, c’est bien par ses photographies des conditions de vie des plus pauvres, qu’elle a été remarquée, puis recrutée par la FSA, en 1935.
Signalons pour la petite histoire, que Dorothea Lange a ultérieurement retouché son négatif. En bas à droite, se tenant au bâton, il y a un pouce qu’elle jugeait disgracieux et trivial pour cette image. À l’origine très clair, elle l’a noyé dans des tons foncés. Cela avait déclenché de vives polémiques.
Dorothea Lange
Photos mythiques-Immolation
Immolation
Photo : Malcolm W. Browne (1963)
Ce jour de l’été 1963 à Saigon, des moines bouddhistes avisent les correspondants de presse qu’un évènement grave va subvenir. Un seul viendra, Malcolm W Browne.
Sous ses yeux et devant son objectif, un moine s’assied au milieu d’un grand carrefour de Saïgon, 2 autres moines l’arrosent d’essence et l’enflamme.
Cette photo a remporté le World Press Photo 1963.
Ce suicide par auto immolation visait à protester contre le régime dictatorial proaméricain du président vietnamien Ngô Dinh Diêm.
Le lendemain, cette photo sera sur le bureau du président John Fitzgerald Kennedy à Washington, qui appela l’ambassadeur US à Saigon, Henry Cabot Lodge pour lui dire
« Plus jamais çà ! »
Néanmoins, d'autres immolations publiques suivront et les mouvements d'opposition seront sévèrement réprimés par le pouvoir.
En novembre, un coup d'Etat renversera le gouvernement de Ngô Dinh Diêm qui sera fusillé. En 1964, les Etats-Unis décideront d'envoyer des troupes au Vietnam afin de s'opposer à l'avancée communiste.
Malcolm W. Browne
Photos mythiques-Portrait de la jeune Afghane
Portrait de la jeune Afghane
Photo : Steve McCurry (1984)En 1984, dans un camp de réfugiés, Steve McCurry réalise le « portrait de la jeune Afghane », dont les parents ont été tués dans un bombardement. Après sa parution en couverture du National Geographic, cette image est devenue une sorte d’icône évoquant tous les enfants victimes de la guerre. En 2002, de retour en Afghanistan, il la retrouve miraculeusement ! Le portrait de Sharbat Gula (c’est son nom), qui est maintenant mère de famille nombreuse, fait à nouveau la couverture du National Geographic.Steeve McCurry a couvert de nombreux conflits dans le monde. Là comme ailleurs, ce sont toujours les gens qui l’intéressent. Les portraits qu’il réalise sont souvent d’une beauté foudroyante. Il s’en dégage une profonde humanité. Son sens et sa maitrise de la couleur est une autre de ses grandes qualités. Il est un des photographes les plus représentatifs de la tradition du reportage documentaire. Beaucoup de ses photos sont devenues de grands classiques.
Steve McCurry est né en 1950 à Philadelphie et vit à New York. Il est membre de l’agence Magnum.
Steve McCurry
Photos mythiques-L'homme de Tian'anmen
L'Homme de Tian'anmen
Photos: Charlie Cole, Stuart Franklin, Jeff Widener

Photo Charlie Cole
Il y a 22 ans, se déroulait le massacre de Tian’anmen. Grâce à une image forte, cet évènement reste encore dans toutes les mémoires. Mais pour le peuple chinois, elle est toujours interdite. À l’heure où des velléités de contrôle de l’internet se font jour jusque dans nos plus belles démocraties, il peut-être utile de s’en souvenir.
Après la mort de Mao, en 1976, la Chine est sujette à divers errements politiques. Le pouvoir tente le grand écart : libéraliser l’économie tout en conservant la dictature du parti communiste. Dès la fin des années 70, le gouvernement met en place des réformes économiques qui vont bouleverser la vie de millions de Chinois. Il y aura de nombreux nouveaux pauvres et quelques nouveaux riches. À plusieurs reprises durant les années 80, les étudiants manifestent pour obtenir plus de libertés démocratiques. Dès 1987, à la suite de l’interruption de certains processus de réforme, divers troubles sociaux se font jour. En avril 1989, après la mort de Hu Yaobang - un « libéral » limogé - les étudiants se rassemblent spontanément à la place Tian’anmen. Plusieurs manifestations ont lieu durant tout le mois. Le 26 avril, toute nouvelle manifestation est interdite par le pouvoir, mais le 27, ils sont 50’000 à manifester à Pékin et le mouvement se développe dans tout le pays.
Dès ce moment, la place Tian’anmen est occupée en permanence par des manifestants. Le 12 mai, commence une grève de la faim qui finira par être suivie par un millier d’étudiants. La population manifeste massivement son soutien. Certains jours, plusieurs centaines de milliers de personnes se retrouvent sur la place. La visite officielle de Mikhail Gorbatchev - qui à travers la Glasnost et la Perestroïka, tentait, lui aussi, de moderniser son pays - rend le gouvernement très nerveux. Le 17 mai, il devra annuler la visite de Gorbatchev à la Cité interdite. Chez les dirigeants chinois, les réformistes et les conservateurs s’affrontent et c’est finalement ces derniers, à la suite de Deng Xiaoping, qui auront le dernier mot. Le 19 mai, la loi martiale est proclamée.
Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l’armée entre dans Pékin et se heurte à des points de résistance dressés par les étudiants. L’« Armée populaire de libération » fait usage des ses armes à feu. Arrivée sur la place Tian’anmen elle écrasera de ses chars les grévistes de la faim restés dans leurs tentes. Des combats et des barricades dureront encore jusqu’au 8 juin. Les arrestations sont nombreuses et les premières condamnations à mort suivies d’exécutions sont rapportées dès la semaine suivante. Selon les sources, on estime que ces affrontements ont pu provoquer jusqu’à 3000 morts, sans compter les exécutions qui ont suivi. Aujourd’hui, 22 ans après, on ne sait combien de personnes sont toujours emprisonnées pour leur participation au printemps de Pékin.

La scène de l’Homme au tank se passe le 5 juin à 800 mètres de la place de Tian’anmen. Elle a été photographiée et filmée depuis un balcon de l’hôtel Beijing par plusieurs photographes : Charlie Cole (Newsweek), Stuart Franklin (Magnum), Jeff Widener (AP) et 2 équipes de télévision (CNN et BBC). L’image de l’homme de Tian’anmen a fait rapidement le tour du monde, occupant simultanément la une de la presse écrite et des journaux télévisés. Le courage (à ce moment, les tanks avaient déjà écrasé les manifestants de la place Tian’anmen et l’homme devait le savoir. Mais il faut aussi se rappeler que dans les mois qui précédèrent, l’armée ou la police s’étaient souvent montrées très proches des étudiants) de l’homme en chemise blanche arrêtant les chars sidère les spectateurs du monde entier. Plus que de longs discours et des chiffres, elle symbolise à merveille la disproportion entre la volonté de dialogue des étudiants et la brutalité de la répression. Dans cet environnement grisâtre, cette chemise blanche, couleur de l’innocence, incarne une grâce que 100 ans de répression ne pourront effacer.
« L’image se distingue surtout d’autres grandes photos du siècle, car le sujet crée lui-même l’instant. Il n’est pas pris dans le tourbillon de l’histoire, comme la jeune vietnamienne brûlée au napalm… ». L’image est certainement une des plus emblématiques de la fin du 20e siècle. Elle est dans toutes les mémoires et marquera pour longtemps les esprits, rassemblant confusément en une seule icône, toutes les turpitudes du régime autoritaire chinois. On l’a vue ressortir dans des articles sur la répression au Tibet et, bien évidemment, à propos des derniers Jeux olympiques. Elle colle au train du régime, qui s’en rend bien compte en réprouvant et en réprimant lourdement toute évocation de cet épisode historique.
Photo Jeff WidenerLa diffusion simultanée de cette image en photo et en vidéo a apporté un surcroit d’intelligibilité et de mémorisation à sa force intrinsèque. Les plus de 30 ans - c’est-à-dire ceux qui ont vu le reportage de ces événements « en direct » - peuvent dire que dans leur esprit, la version animée se confond avec celle, immobile, des photos. L’expérience, le souvenir du mouvement se mêlent aux photos qu’on a vues dans les journaux et pour une fois on a clairement l’impression qu’on a affaire à « une photo qui bouge ». On peut dire aussi, que la version vidéo agit comme une légende de la photo et qu’en retour, la photo apporte un peu de pérennité à la vidéo.
De par son symbole fort, l’image pourra occasionnellement dépasser la notion strictement chinoise comme véhicule d’un concept de non-violence, à l’instar de la célèbre photo de Marc Riboud - La fille à la fleur - dont on a un peu oublié le contexte pour ne se souvenir que de son expression.
Qu’est-il advenu de l’homme en blanc ? Les hypothèses les plus diverses ont cours. Elles vont de sa rapide arrestation, suivie d’une exécution, à une vie paisible et anonyme hors de Chine.
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