mardi 7 juillet 2026

Billets-“La menace, ce n’est pas les Fake News, c’est l’autoritarisme de l’État”

  


“La menace, ce n’est pas les Fake News, c’est l’autoritarisme de l’État”

Emmanuel Todd réagit ici au sujet des Fake News 
Que pensez-vous du projet du gouvernement de faire voter une loi contre les “Fake news » ?
Je suis très inquiet. Ce qui me frappe dans la période actuelle, alors que nous sommes censés vivre l’apothéose de la démocratie libérale après l’effondrement des totalitarismes, c’est le rétrécissement des espaces d’expression et de la liberté de pensée.
La liberté, depuis le Moyen Age, s’est d’abord définie contre l’Église et puis contre l’État. Dire que l’État va assurer la liberté d’expression, c’est un oxymore historique ! Et je suis plus particulièrement inquiet pour la France, en tant qu’historien, parce qu’elle est ambivalente dans son rapport à la liberté : elle est à la fois l’une des trois nations qui ont construit la démocratie libérale, avec l’Angleterre et les États-Unis, et le pays de l’absolutisme de Louis XIV, de Napoléon I” et Napoléon III, de Pétain et de l’ORTF.
Or nous sommes en train de vivre une désintégration des partis et de la représentation politique. Les groupes culturels et idéologiques antagonistes qui assuraient un pluralisme structurel de l’information (le PC, l’Église, le socialisme modéré, le gaullisme …) ont implosé. Le pluralisme n’est donc plus assuré et les médias représentent de plus en plus une masse indistincte. Typiquement le genre de situation dans laquelle l’État peut émerger comme une machine autonome et se mettre au-dessus de la société, pour la contrôler. La séparation des pouvoirs est de moins en moins assurée. La menace que je vois se dessiner ce n’est donc pas celle des Fake news, mais celle de l’autoritarisme de l’État et son autonomisation en tant qu’agent de contrôle de l’opinion. Il sera d’autant plus autoritaire sur le plan de l’information qu’il s’avère impuissant sur le plan économique : la société est bloquée, avec son taux de chômage tournant autour de 10%, et de plus en plus fragmentée en groupes qui se renferment sur eux-mêmes (les Corses, les habitants de Neuilly, autant que les musulmans).
Vous parlez de l’État, mais le risque n’est-il pas aujourd’hui du côté d’entreprises privées, comme Facebook ?
Que ces entreprises (les fameux Gafam : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ne paient pas les impôts qu’ils devraient, qu’ils aient des stratégies monopolistes, oui, bien sûr. Mais je ne crois pas que ces moyens d’échange entre individus, par ailleurs extraordinaires quant à leur capacité à faire circuler l’information, soient les puissances occultes qu’on nous décrit. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il y a des pays où l’accès à internet est contrôlé, comme la Chine, un État semi ou post-totalitaire où la police est reine.
Attirer l’attention sur les Gafam, c’est détourner l’attention de l’acteur majeur et producteur principal de Fake news dans l’Histoire, qu’est l’État. Parce que nous sommes en économie de marché, les Français surestiment le libéralisme intrinsèque de leur société et ils sous-estiment la puissance de désinformation de l’État. La guerre d’Irak a pourtant commencé par des Fake news qui venaient de l’État américain sur les armes de destruction massive en Irak, avec Colin Powell qui agitait son petit flacon devant le conseil de sécurité de l’ONU …
C’est l’État qui a la puissance financière, l’avantage de la continuité, le monopole de la violence légitime : s’il y a bien un producteur de Fake news à contrôler c’est l’État. Et l’État de son propre pays, pas les États extérieurs. Le principe fondateur de la démocratie libérale, c’est, en effet, que si la collectivité doit assurer la sécurité du citoyen, le citoyen doit être protégé contre son propre État.
En outre, les fausses nouvelles, les délires et les rumeurs mensongères, c’est l’éternité de la vie démocratique. Et l’idée même de la démocratie libérale, c’est de faire le pari que les hommes ne sont pas pour toujours des enfants. Contrôler l’information, c’est infantiliser le citoyen.
Au fond, ce débat évoque des classes dirigeantes en grande détresse intellectuelle. Comme elles ne comprennent plus la réalité qu’elles ont elles-mêmes créée, le comportement des électorats, Trump, le Brexit…, elles veulent interdire. Non content d’avoir le monopole de la violence légitime, l’État voudrait s’assurer le monopole des Fake news.

Billets-Avez-vous votre « Permis de Parler » ?

 


 

Avez-vous votre « Permis de Parler » ?

 

Heureusement aucun politicien n’a encore proposé ce genre de mesure, pour l’instant ce n’est que le délire d’un auteur de science-fiction ! Mais qui sait, la réalité finit souvent par dépasser la fiction…

En 1982, l’écrivain américain Thomas Disch imagine dans sa nouvelle L’homme sans idées un monde où l’État contrôle jusqu’à la parole la plus anodine de chaque citoyen. Pour échanger le moindre mot, il faut y être autorisé et disposer d’un « Permis de Parler ». Pourquoi ? Pour de meilleures relations entre tous… Parce que parler à n’importe qui peut représenter un danger, parce qu’une mauvaise discussion peut ennuyer, parce qu’il faut assumer ses idées et ce n’est pas si aisé… Dans ce futur proche, très proche, le Bureau fédéral des Communications veille – sa devise : « La liberté planifiée est la voie vers un progrès durable. »

Comment Thomas Disch en est-il venu à imaginer une telle situation ? La science-fiction n’est pas aussi fantaisiste qu’on pourrait le croire : bien souvent elle ne fait fait que mettre en exergue un élément caractéristique de notre propre réalité. L’idée d’un Permis de Parler semble peut-être une odieuse intrusion du pouvoir politique dans nos vies, et pourtant…

Qui n’a jamais redouté de devoir faire ou lancer la conversation avec les uns et les autres lors d’un dîner mondain, d’un cocktail ou d’une soirée ? Qui n’a jamais été embarrassé par une discussion qui traîne et se tarit sans savoir comment la relancer ou la couper ? Qui n’a jamais été intimidé face à certains interlocuteurs – professeurs, supérieurs, représentants de l’autorité – à chercher ses mots ou à craindre de ne pas être à la hauteur ? Qui n’a jamais été apeuré lors d’une altercation avec un parfait inconnu dans la rue ? Ou, à l’inverse, qui n’a jamais appréhendé d’aborder un(e) inconnu(e) dans un café ? Est-ce que je ne risque pas de déranger, ou de me ridiculiser ?


À l’origine de L’homme sans idées, voici l’anecdote rapportée avec ironie par l’auteur :

« …L’idée de cette histoire m’est venue un jour dans un bar à Schenectady. J’étais là devant une bière, l’esprit fonctionnant paresseusement, et ce dont j’avais envie juste à ce moment, c’était d’avoir quelques rapports sociaux avec mes semblables. Toutefois, ne connaissant personne autour de moi, je restais à boire ma bière sans rien dire, quand il me vint à l’esprit que les autres clients dans le bar étaient probablement là parce qu’eux aussi avaient envie de conversation, mais comme aucun d’eux n’en connaissait un autre ils faisaient de même que moi. « C’est comme si, ai-je pensé, les gens avaient besoin d’un permis avant de pouvoir entamer une conversation. »

« Certes il est possible que ça ne se soit pas passé à Schenectady, mais je suis sûr que bien des gens se sont trouvés dans la même situation dans des bars de Schenectady et qu’elle représente une expérience très commune en général. Appelez cela timidité ou, par périphrase, incapacité de communiquer.

« En tout cas, c’était là mon idée, et voici l’histoire à laquelle elle donna naissance quelque temps après. »


La libre parole n’est pas un privilège. Elle est constitutive de notre humanité et de nos sociétés. Jamais nous ne pourrons en abuser. Le risque serait au contraire de se limiter, de redouter de parler, de ne plus oser communiquer. La question n’est pas de savoir quoi dire à l’autre, mais d’oser un premier mot, aussi futile soit-il, ou un simple sourire. Seuls ceux qui attendent toujours qu’on leur accorde la permission pour telle ou telle chose de la vie se verront un jour imposer des permis – en réalité des interdictions.

 

Source contrepoints.org


Lectures Arnaldur INDRIDASON-La voix

 


Arnaldur INDRIDASON 

La voix 

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY 

(4ème de couverture) 
Le Père Noël a été assassiné juste avant le goûter d’enfants organisé par l’hôtel de luxe envahi de touristes, alors s’il vous plaît, commissaire, pas de vagues. C’est mal connaître le commissaire Erlendur. Déprimé par les interminables fêtes de fin d’année, il s’installe à l’hôtel et mène son enquête à sa manière rude et chaotique. Les visites de sa fille, toujours tentée par la drogue, ses mauvaises fréquentations, permettent au commissaire de progresser dans sa connaissance de la prostitution de luxe, et surtout il y a cette jolie laborantine tellement troublante qu’ Erlendur lui raconte ses secrets.

Le Père Noël était portier et occupait une petite chambre dans les sous-sols depuis vingt ans, peu avant on lui avait signifié son renvoi. Mais il n’avait pas toujours été un vieil homme, il avait été Gulli, un jeune chanteur prodige, une voix exceptionnelle, un ange. Les 45 tours enregistrés par le jeune garçon, cette voix venue d’un autre monde, ouvrent la porte à des émotions et des souvenirs, à des spéculations de collectionneurs, à la découverte des relations difficiles et cruelles entre les pères et les fils.
Un roman dense et fort qui émeut profondément.


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont plusieurs sont des best-sellers internationaux parmi lesquels La Cité des Jarres (prix Clé de verre du roman noir scandinave, prix Mystère de la critique 2006 et prix Cœur noir) et la Femme en vert (prix Clé de verre du roman noir scandinave 2003 et prix CWA Gold Dagger 2005, Grande-Bretagne).


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :) Elinborg les attendait à l’hôtel. 

(Dernière phrase :) Ô Père, de moi faites une petite flamme en cette brève existence…

330 pages – Editions Métailié 2007 


(Aide mémoire perso :) 
Dans un hôtel de luxe de Reykjavik, un portier faisait office de père Noël pour la période des fêtes de fin d’année est retrouvé assassiné à coups de couteau dans un cagibi qui lui servait de « chambre » depuis plusieurs années, dans la cave de l’établissement. Il est en outre dans une posture délicate, avec un préservatif sur lequel on relève des traces de salive. Il venait aussi d’être licencié. L’enquête, menée par l’inspecteur Erlendur, à la vie personnelle assez chaotique, fait vite apparaître que la victime est un ancien « enfant star » à la Shirley Temple, à savoir qu’il avait, étant jeune, une voix merveilleuse qui lui a permis de connaître une célébrité aussi grande que fugitive, à cause d’une mue précoce. Ses rapports avec un père tyrannique ont contribué à faire de sa vie un enfer et un échec total (cet aspect de l’action est mis en relief par une enquête parallèle sur un cas de violences à enfant, pour souligner que le problème est toujours actuel). On trouve également trace d’un rendez-vous qu’il a eu, la veille de son décès, avec un Anglais grand collectionneur de disques rares mais qui a aussi eu maille à partir avec la Justice pour des affaires de pédophilie. La suite de l’enquête fait apparaître nombre de turpitudes : mensonges grands et petits, secrets de famille, trafics en tous genres, chantages, jalousies, etc. Mais le secret de l’énigme est surtout le manque d’amour, l’indifférence à autrui et à son individualité, dans un monde cruel et cynique. Le livre met tout cela en relief mais sans négliger, bien au contraire, une analyse des mécanismes psychologiques qui en sont la cause et sont à base de traumatismes et de refoulement. Que faisons-nous de nos enfants, ne cesse de nous demander l’auteur, en déployant de multiples et subtiles variations sur ce thème. C’est dire qu’on dépasse de beaucoup, comme souvent maintenant, le roman policier au sens strict au profit d’un livre passionnant, enrichissant et émouvant, bien écrit. Félicitons aussi l’éditeur d’avoir respecté, après La Cité des Jarres et la Femme en vert, l’ordre de publication des aventures de l’inspecteur Erlendur en langue originale (c‘est si rare qu’on est obligé de le mentionner spécialement) : la cohérence du personnage apparaît ainsi à la fois graduellement et de façon fort convaincante. 

Lectures Arnaldur INDRIDASON-L’Homme du lac



Arnaldur INDRIDASON

L’Homme du lac

Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture)
En juin 2000, un tremblement de terre provoque un changement du niveau des eaux du lac de Kleifarvatn et découvre un squelette lesté par un émetteur radio portant des inscriptions en caractères cyrilliques à demi effacées. Le commissaire Erlendur et son équipe s’intéressent alors aux disparitions non élucidées dans les années 60, ce qui conduit l’enquête vers les ambassades des pays de l’ex-bloc communiste et les étudiants islandais des jeunesses socialistes boursiers en Allemagne de l’Est, pendant la guerre froide. Tous ces jeunes gens sont revenus du pays frère brisés par la découverte de l’absurdité d’un système qui, pour faire le bonheur du peuple, jugeait nécessaire de le surveiller constamment.


Erlendur, séduit par un indice peu commun, une Ford Falcon des années 60, et ému par l’amour fidèle d’une crémière abandonnée, s’obstinera à remonter la piste de l’homme du lac dont il finira par découvrir le terrible secret.


Indridasson nous raconte une magnifique histoire d’amour victime de la cruauté de l’histoire, sans jamais sombrer dans le pathos. L’écriture, tout en retenue, rend la tragédie d’autant plus poignante.


Arnaldur Indridason est né à Reykjavik en 1961, où il vit. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres (prix Clé de Verre 2002, prix Mystère de la Critique 2006), La Voix (Grand prix de littérature policière et Trophée 813, en 2007) et la Femme en vert 2003, (Gold Dagger 2005 GB et Grand Prix des lectrices de Elle policier 2007).


(Les personnages principaux :)
Erlendur, Elinborg, Sigurdur Oli, Valgerdur, Sindri, Eva Lind, Hannes, Lothar Weiser, Thomas, Emil, Ilona.


(1ere phrase :)
Elle resta longtemps immobile à scruter les ossements comme s’ils n’avaient pas dû se trouver là.

(Dernière phrase :)
-Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru, murmura Erlendur, et ses mots s’envolèrent par-delà le lac, emportés par le vent du nord.

348 pages – Editions Métailié juin 2004


(Aide mémoire perso :) 

C’est l’été en Islande. Le jour est interminable et le soleil ne se couche jamais complètement, contrairement à l’hiver où il est carrément absent. Suite à un tremblement de terre, le niveau du lac de Kleifarvatn a baissé et un squelette gisant au fond depuis quelques décennies est découvert. À son pied est attaché un émetteur radio d’origine russe qui devrait dater des années 60.

Avec L’homme du lac, on découvre un Arnaldur Indridason qui maîtrise de plus en plus la mise en scène et l’intégration d’une histoire particulière dans un contexte social. Il s’est attaqué cette fois à la guerre froide, à l’état d’extrême tension en Allemagne de l’est suite à la révolte de Hongrie dans les années 50. À la paranoïa d’une part et à l’oppression de l’autre, que certains élèves Islandais – la plupart peu enclin à suivre un code de conduite extrême pour le parti communiste – ont subi malgré eux.


En remontant dans le passé, en racontant une époque absurde, révolue mais pourtant bien ancrée dans la mémoire de certains, Indridason nous entraîne vers la découverte d’une identité, celle d’un inconnu repêché dans un lac. Si au départ cette identité n’a aucune importance, elle devient peu à peu le centre du roman. Là réside tout le talent de l’auteur.


Après La Cité des jarres, La Femme en vert et La Voix, les sujets changent, mais le thème cher à l’auteur reste le même: entreprendre une enquête dans le passé pour déterrer un drame et surtout retrouver les origines d’un disparu pour qu’il puisse «dormir» en paix. Par le biais de l’enquête menée par le commissaire Erlendur – un homme taciturne et solitaire, le parfait exemple de l’antihéros avec ses problèmes familiaux, son passé lui-même complexe, sa fille et son fils qu’il apprend tranquillement à connaître – on découvre tranquillement toute une époque, celle de la guerre froide et de ses retombées en Islande, précisément auprès des étudiants partis en Allemagne de l’est. 

L’auteur semble utiliser le roman policier pour faire une critique de la société, de la difficulté qu’ont les Islandais à y vivre normalement, peut-être à cause de la dureté du climat. Notre intérêt ne cesse de croître pour ce récit complexe, ces personnages touchants. Une enquête menée lentement, qui réussit à nous habiter entièrement. On veut savoir, on veut découvrir, tout comme Erlendur, la nature exacte de cette mort inexpliquée. Pourtant, ces investigations ne se réaliseront pas sans une bonne dose de drame humain et son lot de souffrances, probablement la signature de l’auteur. 

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Femme en Vert


Arnaldur INDRIDASON 

La Femme en Vert 


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY

(4ème de couverture)
Dans une banlieue de Reykjavik, au cours d’une fête d’anniversaire, un bébé mâchouille un objet qui se révèle être un os humain.


Le commissaire Erlendur et son équipe arrivent et découvrent sur un chantier un squelette enterré là, soixante ans auparavant. Cette même nuit, Eva, la fille d’Erlendur, appelle son père au secours sans avoir le temps de lui dire où elle est. Il la retrouve à grand-peine dans le coma et enceinte. Erlendur va tous les jours à l’hôpital rendre visite à sa fille inconsciente et, sur les conseils du médecin, lui parle, il raconte son enfance de petit paysan et la raison de son horreur des disparitions. L’enquête nous est livrée en pointillé dans un magnifique récit, violent et émouvant, qui met en scène, à la fin de la seconde guerre mondiale, une femme et ses deux enfants. Une femme victime d’un mari cruel qui la bat, menace ses enfants et la pousse à bout.


Voici à nouveau le commissaire Erlendur et ses adjoints Elinborg et Sigurdur Oil dans un récit au rythme et à l’écriture intenses et poignants, aux images fortes et aux personnages attachants et bien construits. La mémoire est comme toujours chez INDRIDASON le pivot de ce roman haletant, qui hante longtemps ses lecteurs.


Un INDRIDASON grand cru !


Pris Clé de Verre 2003 du roman noir scandinave et Prix CWA Gold Dragger 2005 (Grande-Bretagne).


Arnaldur INDRIDASON ets né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Il est l’auteur de romans noirs, dont La Cité des Jarres ; plusieurs sont des best-sellers internationaux.

(Les personnages principaux :)Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind.

(1ere phrase :)
Il remarqua qu’il s’agissait d’un os humain dès qu’il l’enleva des mains de l’enfant qui le machouillait, assis par terre.


(Dernière phrase :)
Et, quelques minutes plus tard, elle ouvrit les yeux.

298 pages – Editions Métailié


(Aide mémoire perso :) 

Un jour d'anniversaire dans une banlieue de Reykjavik, une enfant suce un objet qui s'avère être un bout d'os humain. Dans ce quartier en pleine reconstruction, un corps a été enfoui environ soixante ans plutôt! Commence alors quatre histoires qui s'imbriquent les unes dans les autres. Deux sont actuelles, le commissaire Erlendur mène cette enquête avec ses adjoints Elinborg, une des rares femmes de la police islandaise et Sigurdur Oli. Mais Erlendur en plus, doit veiller sur sa fille qui, droguée et enceinte, vient de l'appeler au secours? Mais l'enquête est là, est-elle nécessaire d'ailleurs?

Que s'est-il passé soixante ans avant dans ce qui n'était à l'époque que des résidences d'été ? Les témoins de l'époque sont rares, leurs mémoires sont un peu chancelantes. Les troupes anglaises et américaines ont stationné dans les environs, s'agit-il d'un des leurs?


Une femme sans nom raconte sa vie, ou plutôt son calvaire avec un mari à la violence extrême, elle est mère d'une petite fille handicapée. Nous les retrouverons tout au long de l'enquête quand sa vie deviendra un véritable cauchemar, avec deux enfants de plus et un mari de pire en pire.


Nous rencontrerons aussi Benjamin, riche commerçant : il était le propriétaire de cette maison. Sa sœur raconte à la police que sa fiancée a disparu juste avant son mariage. Quelles en sont les raisons, où est-elle partie? Les archéologues, chargés de sortir le corps de terre, prennent milles précautions, pendant près qu'une semaine, les policiers se posent la question, homme ou femme?


Erlandur, le commissaire est un homme solitaire, son fils le voit rarement et les visites de sa fille se terminent sous un flot de reproches. Pourquoi l'avoir appelé ce soir-là?


La femme, celle des années passées (la mère), épouse martyre, porte le poids de ses fautes. Fille mère d'une fillette handicapée, seule contre un monstre, après deux tentatives de fugues, elle s'est résignée. Ses enfants, Mikkelina et Simon aident leur mère de toutes leurs forces, seul Thomas qui ressemble à son père bénéficie de quelques bontés. Sa famille aura six mois de bonheur quand il sera emprisonné pour vol de vivre dans une base américaine, mais six mois, ce n'est pas long, l'enfer est de retour.


Le style de narration, avec ses nombreux retours en arrière est malgré tout facile à lire, car l'écriture est simple.


Extraits : 
"Au cours de ses rares sorties, Simon avait l'impression que son père était presque un être humain. Presque un père."  

Billets-Qu’est-ce que l’individualisme ?

  


Qu’est-ce que l’individualisme ?

Le livre d’Albert Schatz, L’individualisme économique et social (1907), vient d’être réédité aux éditions des Belles Lettres.

Dans son article « Vrai et faux individualisme » l’économiste Friedrich Hayek a fait un éloge très appuyé du livre d’un économiste français réputé du début du XXe siècle, Albert Schatz, intitulé L’individualisme économique et social. Il le qualifie d’« excellente revue de l’histoire des théories individualistes ». Et il ajoute, « cet ouvrage, auquel je dois beaucoup, mérite d’être bien plus largement connu non seulement comme contribution à notre sujet mais comme histoire de la théorie économique en général. »
Ce livre vient d’être réédité par les Belles Lettres dans la remarquable collection d’Alain Laurent, Bibliothèque classique de la liberté. C’est un plaidoyer pour le véritable individualisme contre la caricature qui en est faite par ses adversaires socialistes et traditionalistes.

L’individualisme n’est ni un atomisme, ni une apologie de l’égoïsme
Dans son livre, Albert Schatz (1839-1910) s’attache à montrer que l’individualisme ne se confond ni avec l’égoïsme, ni avec un quelconque atomisme. Dans son avant-propos, il dénonce d’emblée le contresens qui tend à faire de l’individualisme une apologie de l’individu isolé ou autosuffisant :
« Je prie seulement le lecteur de n’avoir pas peur du titre. Il aura si souvent entendu dire que l’individualisme, c’est l’égoïsme, l’isolement de l’individu obligé de se suffire à lui-même et conduit à se désintéresser de ses semblables, qu’il est en droit d’être prévenu contre le mot : les plus honnêtes gens s’y sont trompés ».
Les hommes vivent en société, c’est un trait fondamental de la nature humaine. L’individu réel est donc toujours membre d’une association et c’est par l’association qu’il développe son individualité. Schatz écrit :
« L’homme vivant est toujours uni à d’autres individus qui composent avec lui la famille, la tribu, la cité, la corporation, la nation, et l’individualisme a donc pour objet, comme tout système social, les rapports que l’homme réel entretient nécessairement avec ses semblables. Quant à l’égoïsme, c’est-à-dire à l’état d’un individu qui volontairement, se replie sur lui-même et se désintéresse de ses semblables, il est le pire des obstacles que rencontre l’individualisme, puisque l’individualisme prétend amener chaque individu à son complet état de développement en lui faisant comprendre qu’il n’est rien et qu’il ne peut rien sans le concours des autres hommes, que leur bonheur et leur prospérité ont leur contre-coup sur sa prospérité et sur son bonheur, en élargissant par conséquent de plus en plus le domaine auquel s’étend son intérêt personnel ».

Quels sont les caractères essentiels du vrai individualisme ?
À l’origine, les deux termes d’ « individualisme » et de « socialisme » sont une invention des saint-simoniens, fondateurs du socialisme moderne. Ils utilisèrent pour la première fois le mot d’individualisme pour décrire la société concurrentielle à laquelle ils étaient opposés et inventèrent ensuite le « socialisme » pour décrire la société planifiée.
Schatz s’en prend aux conceptions de la justice sociale et de la solidarité chères au socialisme de Jean Jaurès et de Victor Basch. Leur collectivisme égalitaire et autoritaire est foncièrement contradictoire avec l’aspiration à la liberté individuelle, c’est-à-dire à l’initiative et à la responsabilité personnelle.
En réalité l’individualisme défend l’association. Mais à la différence du socialisme, il la veut seulement libre. Toute association peut devenir tyrannique, si elle devient monopolistique, protégée par la force de la loi. L’association libre est donc une association soumise à la concurrence.
De même que l’association doit pouvoir se former librement dans tous les domaines, de même elle ne doit pas annihiler la personnalité de ses membres, mais, au contraire, la développer en augmentant leur puissance d’initiative. L’individualisme est donc, par essence, la recherche d’un accroissement constant d’initiative individuelle dans le cadre d’une coopération avec les autres.

Socialisme et individualisme
Socialistes et individualistes, explique Schatz dans sa conclusion, sont en fait deux façons différentes de comprendre la raison d’être de la société et le rôle social de l’individu :
L’individualisme considère la société comme née des besoins des hommes. Son premier devoir est de durer ; le second de devenir meilleure, à mesure que chacun des éléments qui la composent comprend mieux le profit qu’il retire de la vie commune et contribue volontairement à l’améliorer. Pour l’individualisme, une société n’est heureuse que si elle jouit d’une certaine prospérité matérielle ; elle n’est prospère que si chacun des individus qui la composent peut agir pour créer de la valeur par son effort et son initiative. L’effort et l’initiative de chacun conditionnent donc le bonheur commun.
Le socialisme, consciemment ou inconsciemment, considère la société comme une construction arbitraire de l’intelligence humaine, destinée à réaliser une certaine fin morale qui est l’égalité et subordonnée à la réalisation de cette fin. L’autorité patronale ferait place au sentiment personnel du devoir et les rapports économiques reposeraient uniquement sur la sympathie et l’altruisme.

Quel est le rôle du pouvoir ?
Pour l’individualisme, le rôle de toute autorité extérieure à l’individu, qu’elle dérive de la force ou de la simple supériorité économique ou morale, n’est jamais de le rendre heureux malgré lui, mais seulement de le mettre dans une situation telle qu’il lui soit possible de travailler lui-même à améliorer son sort et qu’il soit incité à le faire.
Pour transformer la société le socialisme compte sur une autorité extérieure à l’individu — État, majorité ou collectivité, — qui impose à l’individu un certain genre de vie et une certaine condition économique. Le socialisme est, par essence, une suppression d’autonomie et de responsabilité individuelles, tendant naturellement au collectivisme qui serait la disparition intégrale de l’une et de l’autre.
On le voit donc, derrière les dénonciations de l’individualisme, se cachent beaucoup de malentendus et de clichés mais aussi des enjeux politiques et culturels. L’anti-individualisme vertueux dont se parent certains hommes d’influence, est souvent une façon de faire oublier le socialisme archaïque qui les anime. De ce point de vue, la réédition du livre d’Albert Schatz est un antidote à l’idéologie dominante de nos sociétés, le collectivisme démocratique, la négation de l’initiative privée au profit d’une sphère publique toujours plus envahissante et confiscatoire.


lundi 6 juillet 2026

Lectures Arnaldur INDRIDASON-La Cité des Jarres

Arnaldur INDRIDASON

La Cité des Jarres


Traduit de l’Islandais par Eric BOURY


(4ème de couverture) 
Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L’inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un « truc bête et méchant » qui fait perdre son temps à la police… Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vielle de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la « Cité des Jarres », une abominable collection de bocaux renfermant des organes…

Arnaldur INDRIDASON est né à Reykjavik en 1961, où il vit actuellement. Diplômé en histoire, il a été journaliste et critique de cinéma. Arnaldur INDRIDASON a accompli un coup de maître avec son premier roman policier, déjà traduit en plus de vint langues


(Les personnages principaux :)
Elendur, Elinborg et Sigurdur Oil, Eva Lind. 


(1ere phrase :)Les mots avaient été écrits au crayon à papier sur une feuille déposée sur le cadavre.

(Dernière phrase :)
- Audur, répondit-il. Il me semble que ce serait une bonne idée de l’appeler Audur.


327 pages – Editions Métailié juin 2005


(Aide mémoire perso :) 

Pourquoi l'inspecteur Erlendur use-t-il sa mauvaise humeur à rechercher l'assassin d'un vieil homme dans l'ordinateur duquel on découvre des photos pornographiques immondes et, coincée sous un tiroir, la photo de la tombe d'une enfant de quatre ans ?

Pourquoi mettre toute son énergie à trouver qui a tué celui qui s'avère être un violeur ? Pourquoi faire exhumer avec quarante ans de retard le cadavre de cette enfant ? Comment résister à l'odeur des marais qui envahit tout un quartier de Reykjavik ?

A quoi sert cette collection de bocaux contenant des organes baptisée pudiquement la Cité des Jarres ? Pourquoi partout dans le monde la vie de flic est toujours une vie de chien mal nourri ? Erlendur le colérique s'obstine à tenter de trouver les réponses à toutes ces questions.


Ce livre écrit avec une grande économie de moyens transmet le douloureux sens de l'inéluctable qui sous-tend les vieilles sagas qu'au Moyen Age les Islandais se racontaient pendant les longues nuits d'hiver. Il reprend leur humour sardonique, l'acceptation froide des faits et de leurs conséquences lointaines. 

La Cité des Jarres a obtenu le prestigieux prix Clé de Verre du roman noir scandinave. Il figure en tête des listes des best-sellers en Allemagne et en Angleterre.  

Billets : Mauvais choix

  



Mauvais choix


Il y a une chose étrange dans les torrents de commentaires après la décision de Macron de dissoudre l’Assemblée nationale. Tout le monde (à peu de choses près) discute doctement des motivations et des objectifs de notre kéké national avec cette décision à l’emporte-pièce. Et de dresser des plans sur la comète sur les possibles conséquences en y cherchant une rationalité politique. Le problème, c’est qu’il n’y en a pas. Ce type est un psychopathe et la seule motivation de tous ses actes est d’abord la satisfaction d’un narcissisme totalement maladif. Inutile de convoquer Machiavel pour ce faux-dur, faux habile, faux intelligent, faux cultivé. Choisi par le Capital et installé par une forme de coup d’état en 2017, ce type, qu’en fait personne ne connaissait, avait un mandat : celui de la finalisation de la destruction néolibérale de la France. Elle se poursuit, car la servilité de Macron à ses maîtres est le seul élément de cohérence de son comportement. Mais désormais, l’oligarchie a un problème, son fondé de pouvoir pour la France commence à devenir encombrant.
Source : X
@R_DeCastelnau

 

Billets-Exemple de népotisme et d’injustice sociale

  

Exemple de népotisme et d’injustice sociale

Roselyne Bachelot et le fiston parasite.

On a tous en tête l’image de cette jeunesse dorée, parachutée dans des salons feutrés sans jamais avoir à forger son acier dans le creuset du monde du travail. Pour Pierre Bachelot, fils de l’emblématique Roselyne, le destin semblait écrit dès le berceau.

À 40 ans passés, quel est le bagage de ce protégé ? Un diplôme d'une école privée parisienne, spécialisé dans le "management artistique". Derrière l’intitulé ronflant se cache une réalité moins reluisante : celle d’un établissement où l’on oriente les enfants de bonne famille, fainéants et/ou un peu cons. Un sésame en carton, bien pratique pour justifier une carrière qui, elle, n’aura rien d’artistique. Car dans la vraie vie, quand il faut se lever tôt pour joindre les deux bouts, ce genre de parchemin ne mène pas bien loin. Heureusement Pierre porte un nom qui ouvre toutes les portes, ou plutôt. Son parcours débute en 1992. À une époque où beaucoup de jeunes de son âge cherchent un stage, lui obtient un poste d'assistant parlementaire. Rien d’exceptionnel, si ce n’est que son employeur est sa mère alors députée. Pendant dix ans, il va ainsi se familiariser avec les arcanes du pouvoir, bercé par le doux son de la voix maternelle dans les couloirs de l'Assemblée. Le début des années 2000 marque un tournant. Roselyne Bachelot devient ministre de l'Écologie. Aussitôt dit, aussitôt fait : le petit Pierre devient son conseiller technique. Pourquoi chercher des compétences à l’extérieur quand on a un fils si dévoué sous la main ? Une fois la séquence ministérielle terminée, il ne retourne pas sur le marché du travail comme tout le monde. Il est propulsé en 2004 dans le privé, chez un géant industriel spécialisé dans l'environnement. Là encore, quelle aubaine : il est nommé "Responsable des Relations Institutionnelles". Un poste stratégique, certes, mais dont les contours restent flous, tout comme les missions réelles de cet homme dont l'expertise se résumait jusqu'ici à suivre le agenda de sa mère. Le salaire, lui, était très clair : confortable, très confortable. Et l'énigme demeure : quel était son travail ? Peut-être lui-même l'ignorait-il. Mais c’est en 2007 que la machine paternaliste s’emballe à nouveau. Roselyne change de portefeuille et devient ministre de la Santé. Pierre, fidèle au poste, la rejoint illico presto en tant que conseiller. Un poste taillé sur mesure pour un garçon qui semble n'avoir jamais quitté le giron familial. Le summum de cette odyssée népotique est atteint en juin 2010. L'INPES, organisme public clé de la prévention sanitaire, se voit imposer un nouveau poste de direction. Son intitulé, d'une prétention rare : "Responsable de Plaidoyer pour la Santé dans les Politiques Publiques". Derrière cette novlangue administrative se cache une réalité bien plus terre-à-terre : un placard doré, créé de toutes pièces pour caser le fiston. La rémunération, avoisinant les 50 000 euros nets hors primes et avantages, fait grincer des dents les fonctionnaires de l'agence, surtout en période de rigueur budgétaire. On cherche encore le lien entre le "management artistique" de Pierre et la lourde responsabilité d'influer sur les politiques publiques de santé. Le malaise est palpable. Comme si ce parcours sans faute (de goût) ne suffisait pas, ajoutons la cerise sur le gâteau : en 2008 et 2009, la presse, notamment le Canard Enchaîné, révèle que Pierre Bachelot jouit d'un logement de fonction de 80 m² dans le très chic 15e arrondissement de Paris pour un loyer modique de 800 euros. Un privilège indu dans une capitale où les loyers flambent. Aujourd'hui, fort de ces années d'apprentissage au chaud, Pierre Bachelot continue de naviguer dans les eaux calmes de la sphère publique. Vive la République et sa méritocratie à géométrie variable.  

PS IMPORTANT : ce tweet a été inspiré par une publication sur Facebook, d’une personne dont je n’ai malheureusement pas retrouvé le nom. S’il se reconnaît je le créditerai volontiers 🙏😃. 

Billets-Une part des entreprises d'IA à chaque Américain



Une part des entreprises d'IA à chaque Américain

La course à l'intelligence artificielle ne sera pas remportée par la machine la plus intelligente, mais par l'énergie la plus bon marché.

Trump a dit quelque chose de frappant cette semaine. Il veut donner une part des entreprises d'IA à chaque Américain. Ça sonne très généreux. L'État va partager la technologie la plus précieuse avec le peuple. Moi, je vois autre chose. Ce n'est pas un cadeau. C'est une manœuvre de défense. Parce que l'Amérique est sur le point de perdre la course à l'IA, qu'elle domine depuis des années, au profit de la Chine. Et pour une raison que vous n'attendiez pas du tout. Je vous explique. Commençons par ce fait étrange. L'IA est le métier le plus précieux au monde. Mais c'est aussi l'un de ceux qui perdent le plus d'argent. OpenAI va perdre 14 milliards de dollars cette année, selon les estimations. Former un seul modèle dépasse le milliard de dollars, sans même compter la facture d'électricité. Dans le monde normal, un tel business rétrécit ou coule. Mais ici, c'est l'inverse qui se produit. L'État fait la queue pour s'y associer. Et ce n'est pas seulement l'idée de Trump. Même Bernie Sanders, le sénateur le plus à gauche de la politique américaine, qui a passé sa vie à se battre contre les milliardaires, veut la même chose. Et même plus. Il propose de nationaliser la moitié des entreprises d'IA. Qu'est-ce qui réunit deux figures aussi opposées sur ce point ? La réponse se trouve dans le carburant invisible de ce business. Le vrai carburant de l'IA, ce n'est pas la puce. C'est l'électricité. Les grands centres de données qui font tourner cette intelligence consomment autant d'électricité qu'une petite ville. Et le plus grand obstacle à ce business n'est plus l'argent ou les machines. C'est l'électricité. Le chiffre est le suivant. Aux États-Unis, connecter un centre de données au réseau électrique prend entre 4 et 10 ans. La file d'attente pour un seul transformateur est passée à 5 ans. Résultat : la moitié des centres d'IA prévus par l'Amérique cette année ont été mis en attente avant même d'être construits. Le problème n'est donc pas « pouvons-nous créer de l'IA ? ». C'est « pouvons-nous trouver l'électricité pour la faire tourner ? ». C'est là que la Chine entre en scène. Parce que, en matière d'énergie, la Chine a déjà dépassé l'Amérique. La Chine produit deux fois plus d'électricité que l'Amérique. L'année dernière, elle a installé à elle seule huit fois plus de nouvelle capacité énergétique que l'Amérique. Le résultat est clair. Un centre de données en Chine paie moins de la moitié du prix de l'électricité que son concurrent américain. Et l'État chinois subventionne encore cette facture pour la réduire davantage. Aux États-Unis, c'est l'inverse. L'électricité a augmenté de 7 % l'année dernière, deux fois plus que l'inflation. Dans certaines régions, les prix ont grimpé de 267 % en cinq ans à cause des centres de données. Maintenant, mettez ces deux éléments côte à côte. L'IA veut, pour fonctionner, l'énergie la plus bon marché et la plus abondante au monde. Et cette énergie n'est pas aux États-Unis, elle est en Chine. L'IA ressemble à l'eau. Elle coule là où l'énergie est bon marché. Parce que là, tu la construis moins cher, plus vite, plus grand. C'est pourquoi cette course ne sera pas gagnée par le meilleur logiciel, mais par celui qui a le plus d'électricité. Et c'est ça, la vraie peur de l'Amérique. Le cerveau de l'IA est chez elle. Mais l'électricité pour le faire tourner est en Chine. Sans électricité, même la machine la plus intelligente ne sert à rien. Maintenant, posez-vous la question. Si l'Amérique ne fait rien et laisse tout au marché, qu'est-ce qui se passe ? C'est une course à l'échelle. Celui qui peut installer de l'IA en plus grande quantité et moins cher gagne. Et ça dépend de qui a le plus d'électricité, la moins chère. Cette électricité est en Chine. Donc, si on laisse tout à l'économie, la Chine gagne cette course par l'échelle. L'Amérique ne peut pas le permettre. Parce que perdre l'IA, ce n'est pas perdre un secteur, c'est perdre un siècle entier. C'est pourquoi l'État descend dans l'arène. Il met un filet de sécurité étatique sous ces entreprises. Il prend des parts, injecte du capital, signe des accords pour l'énergie et les centrales nucléaires. Objectif : garder l'IA sur son sol, coûte que coûte. Et l'idée de « donner une part d'IA à chaque Américain » vient de là. À première vue, cette idée est très généreuse. Mais la médaille a deux faces. D'un côté, elle fait vraiment de la population un partenaire de ce business. L'IA va détruire des millions d'emplois. Si quelques entreprises empochent des trillions pendant que le peuple se retrouve au chômage, ça finit en colère. Dire « tout le monde prend sa part des profits » permet d'apaiser cette colère à l'avance. De l'autre côté, une part, ce n'est pas seulement de l'argent. Avec une part vient le droit de vote, le pouvoir de diriger. Quand l'État devient actionnaire d'une entreprise, il ne se contente pas de toucher des dividendes : il décide aussi de ce qu'elle fait ou ne fait pas. Donc, ce qu'on achète vraiment, ce n'est pas le dividende. C'est le contrôle. Revenons au début. Trump et Sanders ne se sont jamais accordés sur rien au cours de leur vie. Et maintenant, ils veulent tous les deux la même chose. Ils ont tous les deux vu la même réalité. L'IA n'est plus une affaire d'entreprise, c'est l'avenir d'un pays. Un pouvoir aussi immense ne peut être laissé ni au marché seul, ni à la Chine. Quand une technologie devient assez grande pour définir la puissance d'une ère, l'État s'en fait un partenaire. Ça s'est passé pour le pétrole. Pour le nucléaire. Maintenant, c'est au tour de l'IA. Et le plus frappant dans tout ça, c'est que l'Amérique critiquait la Chine depuis des années pour « l'État qui devient actionnaire des entreprises ». Maintenant, pour battre la Chine, elle fait exactement la même chose. C'est mon analyse personnelle.

BTC