jeudi 2 avril 2026

Photos: Divers

 


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Billets-Le bain de fourmis

 

Le bain de fourmis 

Quand un corbeau se sent mal à l’aise, irrité ou affecté par des parasites, il ne panique pas ni ne réagit de manière impulsive. Il fait quelque chose qui, à première vue, semble étrange : il cherche une fourmilière et s’y pose, immobile, laissant les fourmis parcourir son corps comme s’il savait exactement ce qu’il fait. Ce n’est pas un hasard. Le corbeau ouvre ses ailes, s’installe confortablement et laisse les fourmis se déplacer entre ses plumes. Certaines libèrent de l’acide formique, une substance qu’elles utilisent pour se défendre, mais qui, sur le corps de l’oiseau, agit comme un traitement naturel, aidant à éliminer les parasites et à soulager la peau. C’est un processus précis, presque délibéré, comme s’il appliquait un remède qu’il n’a jamais étudié, mais qu’il connaît à la perfection. Ce comportement s’appelle l’anting, et il n’est pas exclusif aux corbeaux. Plus de deux cents espèces d’oiseaux le pratiquent, certaines de manière passive, se laissant simplement couvrir par les fourmis, et d’autres de manière active, prenant les fourmis avec le bec et les appliquant directement sur des zones précises du corps, comme si elles comprenaient où est le problème et comment le traiter. Ce qu’il y a de plus fascinant, ce n’est pas le geste en lui-même, mais ce qu’il représente. Le corbeau ne comprend pas la chimie, il n’a lu aucun livre ni appris à l’école, mais il sait où aller quand quelque chose ne va pas. Ce savoir n’est écrit nulle part, il se transmet sans mots, de génération en génération, comme une sagesse silencieuse qui n’a pas besoin d’explication. Et peut-être qu’il y a là quelque chose que nous oublions parfois. Toute intelligence ne fait pas de bruit. Certaines simplement… savent quoi faire.

mercredi 1 avril 2026

mardi 31 mars 2026

lundi 30 mars 2026

Billets-Crimes, prostitution et argent sale… si la France les incluait dans le calcul du PIB

   


Crimes, prostitution et argent sale… 
Si la France les incluait dans le calcul du PIB 

Les trafics de drogues, d’armes et la prostitution pourraient rentrer dans le calcul du PIB de l’Italie, dont l’économie souterraine est estimée à 10,9% du PIB, tout comme en France.

Et si, pour augmenter notre PIB, on prenait en compte les revenus générés par le trafic de drogue et la prostitution ? L’idée a fait son chemin en Italie puisque l’an prochain, l’économie souterraine sera incluse dans le calcul de son produit intérieur brut (PIB).

  • Une proposition soutenue par le Parlement européen
Selon les prévisions d’Eurostat, l’organisme européen en charge des statistiques de l’Union européenne, ce rajout pourrait bien faire bondir le PIB italien. Ce dernier augmenterait ainsi de 2,4%, soit un point de plus que les prévisions. Le jeu peut en avoir la chandelle. En 2012, la Banque d’Italie a évalué la valeur de l’économie informelle à 10,9% du PIB.

Cette mesure ne sera pas spécifique à l’Italie. Le Parlement européen a demandé, en février dernier, aux États membres de chiffrer les revenus provenant de leur économie souterraine, dans le PIB, et cela dès 2014. La raison mise en avant par l’institution européenne est le souci d’équité.

À titre d’exemple, la vente de cannabis, légale aux Pays-Bas, dope le PIB du pays, par rapport à un autre où ce commerce reste hors-la-loi.

  • Une économie souterraine qui représente 10,8% du PIB en France
Selon une étude publiée en mai 2013 par l’Institut économique Molinari, l’économie souterraine en Europe représenterait 19,3% du PIB cumulé. En France, la prostitution, le trafic de drogue et autres sont évalués à 10,8% du PIB, soit 219,2 milliards d’euros.

« En France, une cigarette fumée sur cinq provient du marché noir », explique Cécile Philippe, directrice de l’Institut. En ce qui concerne la vente d’alcool sur le marché, elle ne représente que 3% des ventes globales, car « l’alcool est peu fiscalisé en France, contrairement à d’autres pays comme la Suède où cela représente 54% du marché », ajoute-t-elle.

Mais la prise en compte de l’économie souterraine dans le calcul du PIB français ne semble pas être d’actualité. L’Insee, joint par Challenges, est catégorique : « Nous n’incorporons pas les activités illégales dans ces estimations, dans la mesure où les circonstances dans lesquelles s’effectuent ces activités (dépendance des consommateurs de stupéfiants, esclavage sexuel dans certains cas) ne permettent pas de considérer que les parties prenantes s’engagent toujours librement dans ces transactions. »

  • Une évaluation approximative
Les sommes générées par l’économie parallèle des cinq premières puissances européennes (l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni), comptent pour les deux tiers du total européen, détaille l’étude. Si l’économie informelle « venait à disparaître […], cela pourrait même paradoxalement pénaliser l’économie dite ’officielle’. La seule solution pérenne consiste à ’libérer’ le marché légal », analysent les auteurs du rapport.

Plusieurs méthodes ont été utilisées afin de chiffrer cette économie. La consommation d’électricité, les montants d’argent liquide utilisés dans l’économie, les résultats d’audits et les redressements fiscaux.


Source institutmolinari.org Article de Marie-Pierre Haddad  

dimanche 29 mars 2026

samedi 28 mars 2026

vendredi 27 mars 2026

Billets-Les experts médiatiques sont-ils si compétents ?

 


Les experts médiatiques sont-ils si compétents ?

La compétence ne devrait-elle pas être un prérequis pour être invité à s’exprimer dans les médias ?

Au milieu des années 1980, des journalistes du magazine anglais The Economist demandent à quatre ministres des Finances, quatre dirigeants de grandes entreprises, quatre étudiants d’Oxford et quatre éboueurs londoniens de prédire l’évolution de plusieurs indicateurs économiques. Dix ans après, ils constatent que la plupart des prévisions sont fausses. Ils remarquent aussi que les éboueurs ont fait les meilleures prédictions (à égalité avec les dirigeants de grandes entreprises). Les ministres des Finances sont arrivés bons derniers…

Au même moment, Philip Tetlock, professeur à l’université de Pennsylvanie initie une étude beaucoup plus rigoureuse. Il demande à 284 experts de faire des prédictions économiques et géopolitiques (comment le PIB des États-Unis évoluera-t-il ? Le Québec fera-t-il sécession du Canada ? Le régime de l’apartheid sera-t-il aboli en Afrique du Sud ? L’Union Soviétique implosera-t-elle ?). Au total, il collecte 82 361 prédictions. Vingt ans après, il publie les résultats de son étude dans un ouvrage qui deviendra une référence (Expert Political Judgment : How Good Is It? How Can We Know ?, Princeton University Press, 2005).

Comme les journalistes de The Economist, il constate que la plupart des prédictions réalisées par les experts sont fausses. Pire, elles ne sont pas meilleures lorsqu’elles portent sur leur domaine d’expertise plutôt que sur un sujet qu’ils connaissent moins. Tetlock remarque aussi que le niveau d’études et l’expérience des experts n’ont aucun impact sur la qualité de leurs prédictions. Une seule variable influence la qualité des prédictions réalisées par les experts : leur exposition médiatique. Plus un expert est médiatique, moins ses analyses sont fiables (lire aussi l’article « Comment les experts gagnent-ils de l’influence » ) !

Renard et hérisson
À première vue, ce résultat peut sembler surprenant. La compétence ne devrait-elle pas être un prérequis pour être invité à s’exprimer dans les médias ? Pour expliquer le paradoxe selon lequel les experts les plus médiatiques sont les moins compétents, Tetlock reprend la distinction classique entre les hérissons et les renards. Dans un article intitulé « Le Hérisson et le Renard », le philosophe anglais Isaiah Berlin explique qu’il y a deux catégories de personnes : celles qui ne voient le monde qu’à travers une règle simple (les hérissons), et celles qui pensent que le monde ne peut être réduit à une idée simple (les renards). Les hérissons ont donc une idée à laquelle ils croient dur comme fer. Comme ils n’utilisent qu’une seule grille de lecture, leurs analyses sont très tranchées… mais pas forcément fiables. Les renards, eux, sont moins dogmatiques. Ils utilisent plusieurs grilles de lecture et leur pensée est en perpétuelle évolution. Cela leur permet de réaliser des analyses plus fiables que celles des hérissons… mais parfois trop subtiles pour marquer les esprits.

Les chaînes d’information en continu ont particulièrement bien compris l’impact médiatique des renards. Pour faire de l’audience, mieux vaut inviter un hérisson… ou deux hérissons avec des points de vue opposés. Même si leurs analyses sont moins rigoureuses que celles des renards, l’ambiance sur le plateau sera beaucoup plus électrique… et l’audience sera au rendez-vous.

Source contrepoints.org

Billets-Céder le patrimoine des administrations

 


Céder le patrimoine des administrations pour rembourser la dette publique

La soutenabilité fiscale de la dette publique dépend de la capacité des administrations à économiser de l’argent, c’est-à-dire à générer des excédents budgétaires. Dans un pays qui nomme « austérité » ce qui fut jadis qualifié de « cagnotte » – un déficit inférieur ou égal à la norme des 3% du PIB héritée du traité de Maastricht – on mesure combien pareil effort semble hors de portée.
Il est cependant un trésor caché – car on en parle peu – qui « gage » la dette publique : l’État, les collectivités locales et les administrations de sécurité sociale, possèdent à elles trois un patrimoine évalué à plus de 2 500 milliards d’euros (2 538 milliards fin 2010), soit environ 125% de leur passif financier!

De quoi s’agit-il ? La LOLF – Loi organique relative aux lois de finances – du 1er août 2001 engage l’État français dans un processus de modernisation budgétaire et fiscale qui, depuis 2006, débouche sur l’élaboration d’une sorte de bilan comptable consolidé des administrations publiques : le compte de patrimoine. Ce dernier, réalisé par l’INSEE, est conforme à une normalisation inspirée de la comptabilité privée : il ne recense que les actifs dont l’administration est propriétaire et qui sont susceptibles de donner lieu à transaction ; en outre, l’estimation comptable de ces actifs est aussi proche que possible de leur valeur « de marché ». Le compte de patrimoine inventorie donc ce que les collectivités publiques possèdent et qu’elles pourraient vendre à un prix relativement proche de l’évaluation comptable. Cela exclut les monuments historiques incessibles ainsi que le domaine public naturel ne donnant pas lieu à droits de propriété (rivières, littoral, etc.).

En 2010, les administrations publiques font état de 1 654 et 884 milliards d’euros d’actifs respectivement non financiers et financiers. En gros, le patrimoine de nos administrations se compose de logements, d’ouvrages de génie civil (routes, ports, aéroports, etc.), de terrains (bâtis ou non) et de titres financiers. Le patrimoine immobilier de l’État (et des « organismes divers d’administration centrale ») s’élèverait par exemple à une centaine de milliards d’euros, son portefeuille de participations avoisinant la même somme.

Les collectivités locales possèderaient, quant à elles, un cinquième environ du patrimoine immobilier français.

Tout cela est de prime abord rassurant. L’État s’est d’ailleurs doté d’organismes chargés d’optimiser la gestion de son patrimoine immobilier (France domaines), immatériel (Agence du patrimoine immatériel de l’État) et financier (Agence des participations de l’État). Pour l’heure, cependant, les cessions immobilières rapportent peu (environ un demi-milliard d’euros par an) et comme de juste, leur produit n’est que marginalement affecté au désendettement.
Quant au produit des cessions de participations (privatisations), il est destiné au financement de l’investissement public.


Supposons toutefois que le désendettement devienne une priorité absolue de politique publique. La cession d’actifs pourrait-elle alors venir au secours du portefeuille du contribuable ? Quatre réserves inclinent ici au pessimisme :
  1. La situation financière des collectivités publiques est contrastée : l’État détient relativement peu d’actifs tandis qu’il porte l’essentiel de la dette. Les collectivités locales sont naturellement dans une situation symétrique. Cette inadéquation entre actifs et passifs publics est institutionnellement problématique. On voit mal les collectivités accepter de céder leur patrimoine afin d’en affecter le produit au désendettement de l’État.

  1. On ne vend pas des actifs en urgence, à moins d’être en situation de faillite. Les actifs liquides des administrations – ceux qu’il est théoriquement loisible de « réaliser » rapidement et à bon prix (essentiellement des créances sur le secteur privé ou les non résidents) – s’élèvent à environ 159 milliards d’euros fin 2012, ce qui permet à l’INSEE d’évaluer la dette nette des administrations publiques à 1 675 milliards.

S’il s’agit d’une somme rondelette, il serait concrètement difficile de la mobiliser rapidement ; y parviendrait-on qu’en outre, cela n’épuiserait pas le problème. Prétendre apurer le passif des administrations au moyen de cessions d’actifs prendrait nécessairement du temps et ne serait fiscalement efficace qu’à condition de stabiliser le niveau de la dette publique, donc de parvenir à l’équilibre budgétaire sur longue période. Cela impliquerait que ces cessions d’actifs soient menées dans le cadre d’une politique de rationalisation des missions de l’État conduisant à une réduction durable de la dépense publique. Las, il est douteux que de telles réformes structurelles résistent aux réquisits du cycle électoral.


  1. L’évaluation comptable des actifs publics est hautement problématique. Les règles comptables en vigueur veulent qu’ils soient évalués à leur « valeur vénale » théorique, soit le prix qu’il serait raisonnable d’en attendre si on décidait de les vendre à l’instant. Quand cette évaluation est trop conjecturale (faute de marché de référence, en particulier), on recourt alors à une non moins hypothétique « valeur de remplacement au coût amorti » (au lieu de correspondre à un prix de cession probable, la valeur comptable de l’actif est alors constituée d’un coût supposé d’achat à l’état neuf, dont on déduit des amortissements correspondant à l’usure du bien). Mais combien valent, au juste, un phare, une route, une digue ou un spectre hertzien (car l’État possède aussi des actifs « incorporels ») ?

Ce problème d’évaluation est déjà conséquent quand il s’agit d’apprécier le patrimoine des entreprises privées ; toutefois, l’actif d’une entreprise a au moins le mérite de valoir ce qu’il permet de rapporter (ainsi, on peut évaluer une usine en fonction du chiffre d’affaires qu’elle permettra de générer). Et l’argent que gagne une entreprise (ses « produits » comptables) vient presque exclusivement de l’exploitation de ses actifs. Tel n’est pas le cas d’une collectivité publique : les revenus de la production et du patrimoine des administrations représentent à peine 10% de leurs recettes totales, lesquelles sont principalement constituées de prélèvements obligatoires.

Rien d’étonnant à cela : les actifs publics ne sont pas censés rapporter d’argent mais contribuer aux missions de service public ; il est donc difficile de leur attribuer une valeur vénale. C’est toute la limite d’une application des normes de comptabilité privée à l’évaluation des actifs d’une organisation publique.


  1. L’État n’est pas un vendeur comme les autres : il dispose d’une prérogative redoutée des acquéreurs. Il peut en effet toucher l’argent du beurre (le prix de cession) tout en prescrivant la manière dont le beurre doit être consommé. Il lui suffit de grever l’usage des actifs cédés de restrictions susceptibles d’en altérer la profitabilité (au vrai, ce pouvoir réglementaire peut aussi constituer un frein à l’investissement purement privé).
Il est donc périlleux de mettre la valeur supposée des actifs publics en face du montant de la dette des administrations, pour tenter d’en minimiser l’importance.
Il n’est cependant pas interdit d’espérer qu’un plan ambitieux de cession/rationalisation des actifs publics aille de pair avec une privatisation progressive de certains services d’éducation, de santé ou d’assurance en particulier (quitte, d’ailleurs, à ce que certains services non régaliens soient plus nettement qu’aujourd’hui délégués aux collectivités locales). Il en résulterait un assainissement durable de nos finances publiques, garant de l’intégrité patrimoniale du contribuable.

À défaut d’une véritable stratégie de désendettement au long cours, une autre option consisterait à répudier purement et simplement la dette publique ; certains économistes le recommandent d’ailleurs sans ambages.

Entre cette dernière option – la spoliation du créancier – et le prélèvement forcé d’un sixième du patrimoine des Français (Taxe Delpla), le lecteur pourra toujours faire son choix. Car même si le pire n’est jamais certain, les propositions radicales ont au moins valeur de sonnette d’alarme. Et le péril fiscal que constitue la dette publique est suffisamment grave pour qu’on ne se prive pas de la tirer.


Source Institut économique Molinari (par Erwan Queinnec)