samedi 22 août 2026

Billets-Entretien avec Christophe Guilluy

 


Entretien avec Christophe Guilluy

“La bipolarisation droite-gauche n’existe plus en milieu populaire”
Christophe Guilluy est un géographe qui travaille à l’élaboration d’une nouvelle géographie sociale. Spécialiste des classes populaires, il a théorisé la coexistence des deux France : la France des métropoles et la France périphérique. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage très remarqué : Fractures françaises.

  • Le Figaro-Vous êtes classé à gauche mais vous êtes adulé par la droite. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Christophe Guilluy-Je ne suis pas un chercheur classique. Ma ligne de conduite depuis quinze ans a toujours été de penser la société par le bas et de prendre au sérieux ce que font, disent et pensent les catégories populaires. Je ne juge pas. Je ne crois pas non plus à la posture de l’intellectuel qui influence l’opinion publique. Je ne crois pas non plus à l’influence du discours politique sur l’opinion. C’est même l’inverse qui se passe. Ce que j’appelle la nouvelle géographie sociale a pour ambition de décrire l’émergence de nouvelles catégories sociales sur l’ensemble des territoires.

  • Selon vous, la mondialisation joue un rôle fondamental dans les fractures françaises. Pourquoi ?
Christophe Guilluy-La mondialisation a un impact énorme sur la recomposition des classes sociales en restructurant socialement et économiquement les territoires. Les politiques, les intellectuels et les chercheurs ont la vue faussée. Ils chaussent les lunettes des années 1980 pour analyser une situation qui n’a aujourd’hui plus rien à voir. Par exemple, beaucoup sont encore dans la mythologie des classes moyennes façon Trente Glorieuses. Mais à partir des années 1980, un élément semble dysfonctionner : les banlieues. Dans les années 1970, on avait assisté à l’émergence d’une classe moyenne, c’est la France pavillonnaire.

  • Vous avez théorisé la coexistence de deux France avec, d’une part, la France des métropoles et de l’autre la France périphérique.
Christophe Guilluy-On peut en effet diviser schématiquement la France en deux : la France périphérique, que certains ont dénommée mal à propos France périurbaine, est cette zone qui regroupe aussi bien des petites villes que des campagnes. De l’autre côté, il y a les métropoles, complètement branchées sur la mondialisation, sur les secteurs économiques de pointe avec de l’emploi très qualifié.
Ces métropoles se retrouvent dans toutes régions de France. Bien évidemment, cela induit une recomposition sociale et démographique de tous ces espaces. En se désindustrialisant, les villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, avec un embourgeoisement à grande vitesse.

  • Mais en même temps que cet embourgeoisement, il y a aussi dans les métropoles un renforcement des populations immigrées.
Christophe Guilluy-Au moment même où l’ensemble du parc immobilier des grandes villes est en train de se « gentrifier », l’immobilier social, les HLM, le dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. On assiste à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se regroupent avec d’un côté des cadres, et de l’autre des catégories précaires issues de l’immigration. Dans ces espaces, les gens sont tous mobiles, aussi bien les cadres que les immigrés. Surtout, ils sont là où tout se passe, où se crée l’emploi. Tout le monde dans ces métropoles en profite, y compris les banlieues et les immigrés. Bien sûr cela va à l’encontre de la mythologie de la banlieue ghetto où tout est figé. Dans les zones urbaines sensibles, il y a une vraie mobilité : les gens arrivent et partent.

  • Pourtant le parc immobilier social se veut universel ?
Christophe Guilluy-La fonction du parc social n’est plus la même que dans les années 1970. Aujourd’hui, les HLM servent de sas entre le Nord et le Sud. C’est une chose fondamentale que beaucoup ont voulu, consciemment ou non, occulter : il y a une vraie mobilité dans les banlieues. Alors qu’on nous explique que tout est catastrophique dans ces quartiers, on s’aperçoit que les dernières phases d’ascension économique dans les milieux populaires se produisent dans les catégories immigrées des grandes métropoles. Si elles réussissent, ce n’est pas parce qu’elles ont bénéficié d’une discrimination positive, mais d’abord parce qu’elles sont là où tout se passe.

  • La France se dirige-t-elle vers le multiculturalisme ?
Christophe Guilluy-La France a un immense problème où l’on passe d’un modèle assimilationniste républicain à un modèle multiculturel de fait, et donc pas assumé. Or, les politiques parlent républicain mais pensent multiculturel. Dans la réalité, les politiques ne pilotent plus vraiment les choses. Quel que soit le discours venu d’en haut, qu’il soit de gauche ou de droite, les gens d’en bas agissent. La bipolarisation droite-gauche n’existe plus en milieu populaire. Elle est surjouée par les politiques et les catégories supérieures bien intégrées mais ne correspond plus à grand-chose pour les classes populaires.

  • Les classes populaires ne sont donc plus ce qu’elles étaient…
Christophe Guilluy-Dans les nouvelles classes populaires on retrouve les ouvriers, les employés, mais aussi les petits paysans, les petits indépendants. Il existe une France de la fragilité sociale. On a eu l’idée d’en faire un indicateur en croisant plusieurs critères comme le chômage, les temps partiel, les propriétaires précaires, etc. Ce nouvel indicateur mesure la réalité de la France qui a du mal à boucler les fins de mois, cette population qui vit avec environ 1 000 euros par mois. Et si on y ajoute les retraités et les jeunes, cela forme un ensemble qui représente près de 65 % de la population française. La majorité de ce pays est donc structurée sociologiquement autour de ces catégories modestes. Le gros problème, c’est que pour la première fois dans l’histoire, les catégories populaires ne vivent plus là où se crée la richesse.

  • Avec 65 % de la population en périphérie, peut-on parler de ségrégation ?
Christophe Guilluy-Avant, les ouvriers étaient intégrés économiquement donc culturellement et politiquement. Aujourd’hui, le projet économique des élites n’intègre plus l’ensemble de ces catégories modestes. Ce qui ne veut pas dire non plus que le pays ne fonctionne pas mais le paradoxe est que la France fonctionne sans eux puisque deux tiers du PIB est réalisé dans les grandes métropoles dont ils sont exclus. C’est sans doute le problème social, démocratique, culturel et donc politique majeur : on ne comprend rien ni à la montée du Front national ni de l’abstention si on ne comprend pas cette évolution.

  • Selon vous, le Front national est donc le premier parti populaire de France ?
Christophe Guilluy-La sociologie du FN est une sociologie de gauche. Le socle électoral du PS repose sur les fonctionnaires tandis que celui de l’UMP repose sur les retraités, soit deux blocs sociaux qui sont plutôt protégés de la mondialisation. La sociologie du FN est composée à l’inverse de jeunes, d’actifs et de très peu de retraités. Le regard porté sur les électeurs du FN est scandaleux. On les pointe toujours du doigt en rappelant qu’ils sont peu diplômés. Il y a derrière l’idée que ces électeurs frontistes sont idiots, racistes et que s’ils avaient été diplômés, ils n’auraient pas voté FN.

  • Les électeurs seraient donc plus subtils que les sociologues et les politologues… ?
Christophe Guilluy-Les Français, contrairement à ce que disent les élites, ont une analyse très fine de ce qu’est devenue la société française parce qu’ils la vivent dans leur chair. Cela fait trente ans qu’on leur dit qu’ils vont bénéficier, eux aussi, de la mondialisation et du multiculturalisme alors même qu’ils en sont exclus. Le diagnostic des classes populaires est rationnel, pertinent et surtout, c’est celui de la majorité. Bien évidemment, le FN ne capte pas toutes les classes populaires. La majorité se réfugie dans l’abstention.

  • Vous avancez aussi l’idée que la question culturelle et identitaire prend une place prépondérante.
Christophe Guilluy-Les Français se sont rendu compte que la question sociale a été abandonnée par les classes dirigeantes de droite et de gauche. Cette intuition les amène à penser que dans ce modèle qui ne les intègre plus ni économiquement ni socialement, la question culturelle et identitaire leur apparaît désormais comme essentielle. Cette question chez les électeurs FN est rarement connectée à ce qu’il se passe en banlieue. Or il y a un lien absolu entre la montée de la question identitaire dans les classes populaires « blanches » et l’islamisation des banlieues.

  • Vaut-il parfois mieux habiter une cité de La Courneuve qu’en Picardie ?
Christophe Guilluy-Le paradoxe est qu’une bonne partie des banlieues sensibles est située dans les métropoles, ces zones qui fonctionnent bien mieux que la France périphérique, là où se trouvent les vrais territoires fragiles. Les élites, qui habitent elles dans les métropoles considèrent que la France se résume à des cadres et des jeunes immigrés de banlieue.
Ce qui émerge dans cette France périphérique, c’est une contre-société, avec d’autres valeurs, d’autres rapports au travail ou à l’État-providence. Même s’il y a beaucoup de redistribution des métropoles vers la périphérie, le champ des possibles est beaucoup plus restreint avec une mobilité sociale et géographique très faible. C’est pour cette raison que perdre son emploi dans la France périphérique est une catastrophe.

  • Pourquoi alors l’immigration pose-t-elle problème ?
Christophe Guilluy-Ce qui est fascinant, c’est la technicité culturelle des classes populaires et la nullité des élites qui se réduit souvent à raciste/pas raciste. Or, une personne peut être raciste le matin, fraternelle le soir. Tout est ambivalent. La question du rapport à l’autre est la question du village et comment celui-ci sera légué à ses enfants. Il est passé le temps où on présentait l’immigration comme « une chance pour la France ». Ne pas savoir comment va évoluer son village est très anxiogène. La question du rapport à l’autre est totalement universelle et les classes populaires le savent, pas parce qu’elles seraient plus intelligentes mais parce qu’elles en ont le vécu.

  • Marine Le Pen qui défend la France des invisibles, vous la voyez comme une récupération de vos thèses ?
Christophe Guilluy-Je ne me suis jamais posé la question de la récupération. Un chercheur doit rester froid même si je vois très bien à qui mes travaux peuvent servir. Mais après c’est faire de la politique, ce que je ne veux pas. Dans la France périphérique, les concurrents sont aujourd’hui l’UMP et le FN. Pour la gauche, c’est plus compliqué. Les deux vainqueurs de l’élection présidentielle de 2012 sont en réalité Patrick Buisson et Terra Nova, ce think-tank de gauche qui avait théorisé pour la gauche la nécessité de miser d’abord sur le vote immigré comme réservoir de voix potentielles pour le PS.
La présidentielle, c’est le seul scrutin où les classes populaires se déplacent encore et où la question identitaire est la plus forte. Sarkozy a joué le « petit Blanc », la peur de l’arrivée de la gauche qui signifierait davantage d’islamisation et d’immigration. Mais la gauche a joué en parallèle le même jeu en misant sur le « petit Noir » ou le « petit Arabe ». Le jeu de la gauche a été d’affoler les minorités ethniques contre le danger fascisant du maintien au pouvoir de Sarkozy et Buisson.
On a pu croire un temps que Hollande a joué les classes populaires alors qu’en fait c’est la note Terra Nova qui leur servait de stratégie. Dans les deux camps, les stratégies se sont révélées payantes même si c’est Hollande qui a gagné. Le discours Terra Nova en banlieue s’est révélé très efficace quand on voit les scores obtenus. Près de 90 % des Français musulmans ont voté Hollande au second tour.

  • La notion même de classe populaire a donc fortement évolué.
Christophe Guilluy-Il y a un commun des classes populaires qui fait exploser les définitions existantes du peuple. Symboliquement, il s’est produit un retour en arrière de deux siècles. Avec la révolution industrielle, on a fait venir des paysans pour travailler en usines. Aujourd’hui, on leur demande de repartir à la campagne. Toutes ces raisons expliquent cette fragilisation d’une majorité des habitants et pour laquelle, il n’y a pas réellement de solutions. C’est par le bas qu’on peut désamorcer les conflits identitaires et culturels car c’est là qu’on trouve le diagnostic le plus intelligent. Quand on vit dans ces territoires, on comprend leur complexité. Ce que le bobo qui arrive dans les quartiers populaires ne saisit pas forcément.


Source Le Figaro

Billets-Macron prépare son avenir « à l’international », mais pas celui de la France

 


Macron prépare son avenir « à l’international », mais pas celui de la France

Jeudi, Gabrielle Cluzel épinglait Emmanuel Macron pour son culot : ne prétend-il pas « bâtir un travail de civilisation » tout en accélérant la disparition de la nôtre ? Le problème, avec notre président, c'est qu'on peut le prendre en flagrant délit quasiment tous les jours : un jour avec Yseult et la francophonie, le lendemain avec les maires de France, le surlendemain sur McKinsey : « Je ne crains rien »... Il est une série à lui tout seul, ou un caractère de La Bruyère : la prétention avec un grand P. 

Dernier gonflement de cheville en date : l'international. Le Point, qui, il y a quinze jours, avait osé pointer la déconnection de Macron en titrant à la Une : « Un président-zombie ? » verse dans la complaisance en nous expliquant, à partir de témoignages plus macronistes les uns que les autres, qu'Emmanuel Macron vise plus haut, plus loin, plus fort que nos petites inquiétudes nommées inflation, insécurité, immigration, prix de l'essence et factures de chauffage. L'international, tel serait son « objectif caché ».

Emmanuel Macron, comme tout bon président bénéficiant d'un second mandat, délaisserait la politique intérieure pour se consacrer aux grands enjeux internationaux, histoire de polir une statue, d'entrer dans l'Histoire, mais aussi, contrairement à Mitterrand et Chirac qui n'avaient plus que l'éternité devant eux, de préparer sa énième carrière : pourquoi pas un job à l'international justement ? un poste dans un organisme : UE, ONU, FMI ? Et, déjà, ce plan de carrière, où l'Élysée (et la France) n'est même pas une fin, un aboutissement, en dit long sur le bonhomme. Pour les bien informés cités par Le Point, ce serait le Nobel : « De plus en plus le soupçonnent de viser… le prix Nobel, comme Barack Obama, Jimmy Carter ou Nelson Mandela avant lui. » Rien que ça.

C'est ce qui expliquerait une bougeotte diplomatique permanente : voyage en Algérie, COP 27, mise en scène de sa diplomatie dans la guerre en Ukraine, mais aussi soutien aux femmes iraniennes, et, bien sûr, accueil des migrants de l'Ocean Viking. Un poste à l'international (comme ils disent) vaut bien un reniement de la parole présidentielle. Et ses partisans ne craignent pas de verser dans l'hyperbole - et dans le ridicule : « président de la guerre », « président de l'Europe », « une rockstar, pas un joueur d'accordéon »...

On reste effaré devant le dévoilement sans fard d'une ambition de carrière qui ne repose que sur de la com', sans que jamais ne se pose la question des résultats concrets de l'action internationale du chef de l'État : indépendance énergétique ? situation de la France en Afrique ? poids de la France en Europe ? puissance économique ? état social du pays ? performances de la recherche et de l'éducation ?

Effaré aussi à l'idée que, pour réussir son nouveau défi, le jury que cherche à séduire Emmanuel Macron et auquel il doit des comptes n'est plus le peuple français qui l'a élu mais les membres influents des réseaux internationaux qui l'adouberont le moment venu. Au moins, les choses sont claires, pour ceux qui en doutaient encore.

En réélisant Emmanuel Macron il y a six mois, les Français pouvaient croire à une maturation du personnage et nourrir un petit espoir pour la France. Non : ils l'ont simplement autorisé à poursuivre son plan de carrière, que son entourage vous décrit cyniquement : « Le Nobel, c'est opportun et jouable. On sent qu'il se réactive là-dessus, qu'il y met toute son énergie, comme quand il visait l'Élysée depuis Bercy. (...) C'est un objectif à sa hauteur, un viatique pour la suite, qui te permet de rentrer dans le club très fermé des grandes figures du monde, d'avoir ton passeport international pour être sur toutes les estrades.»

« Être sur toutes les estrades »... Il y a donc une vie après l'Élysée, et une carrière à faire : bateleur international.

Source : https://www.bvoltaire.fr/macron-prepare-son-avenir-a-linternational-mais-pas-celui-de-la-france/

 

Billets-Les chaînes d'information et manipulation de l'opinion publique

 


Les chaînes d'information et manipulation de l'opinion publique

Les chaînes d'information en continu (comme BFM TV, CNews, CNN, Fox News, etc.) peuvent influencer et manipuler l'opinion publique de différentes manières, parfois volontairement, parfois par effet de système. Voici quelques mécanismes principaux :

🧠 1. Répétition et saturation

  • Principe : Répéter en boucle les mêmes informations, les mêmes images, les mêmes termes.

  • Effet : Cela crée un sentiment d’urgence ou de gravité, même si l'événement est isolé.

  • Exemple : Un fait divers violent mis en avant pendant plusieurs jours peut donner l’impression que la société est en crise permanente.

🎯 2. Choix des sujets (agenda-setting)

  • Principe : Les chaînes choisissent ce dont on parle (et ce qu'on ignore).

  • Effet : Elles influencent indirectement ce que les gens perçoivent comme important.

  • Exemple : Mettre l’accent sur les crimes commis par certains groupes, en ignorant d’autres sujets plus graves ou plus complexes (inégalités sociales, corruption, climat…).

🧃 3. Simplification à l’extrême

  • Principe : Réduire des sujets complexes à des débats manichéens : pour/contre, gentil/méchant.

  • Effet : Cela empêche la compréhension en profondeur et favorise les jugements émotionnels.

  • Exemple : Immigration = problème / Police = solution, sans traiter les causes structurelles.

🥵 4. Création de l’émotion (peur, colère, indignation)

  • Principe : Miser sur l’émotionnel plutôt que le rationnel.

  • Effet : Les téléspectateurs réagissent plus fort, restent plus longtemps devant l’écran.

  • Exemple : Titres anxiogènes, images violentes, témoignages choquants diffusés sans recul.

🧱 5. Invités toujours les mêmes

  • Principe : Les « experts » et éditorialistes invités sont souvent issus des mêmes cercles idéologiques.

  • Effet : Peu de diversité de points de vue, peu de contradiction réelle.

  • Exemple : Débats où tous les participants sont d’accord sur le fond… mais font semblant d’être en désaccord.

💰 6. Logique commerciale

  • Principe : Ces chaînes sont avant tout des entreprises privées qui vendent du temps de cerveau à des annonceurs.

  • Effet : Plus l’audience est forte, plus elles gagnent d’argent, même si le contenu est toxique.

  • Conséquence : Le sensationnalisme et la polarisation sont plus rentables que l’analyse froide.

🛠️ 7. Biais idéologiques ou politiques

  • Principe : Certaines chaînes sont plus à droite, d’autres plus à gauche, mais toutes peuvent avoir des biais.

  • Effet : Cela influence la manière dont les événements sont présentés, les mots choisis, les angles abordés.

  • Exemple : Un syndicat est parfois présenté comme « perturbateur » plutôt que comme acteur social légitime.

🔄 Résultat :

Une perception déformée de la réalité, où les enjeux profonds sont souvent cachés sous un flot continu d’émotions, de conflits et de simplifications.

📚 Si tu veux creuser :

  • "La fabrique du consentement" (Noam Chomsky & Edward Herman)

  • "Sur la télévision" (Pierre Bourdieu)

  • "Les nouveaux chiens de garde" (Serge Halimi, aussi en documentaire) 


Billets-La guerre du gouvernement contre nos libertés a commencé


La guerre du gouvernement contre nos libertés a commencé

Tandis que François Hollande se barricade au palais de l’Élysée en interdisant la rue Saint Honoré aux voitures, son gouvernement aux abois s’emploie à multiplier les mesures tendant à museler l’expression des Français.

Le gouvernement veut limiter la liberté d’éducation avec les attaques violentes et répétées de Mme Najat Vallaud-Belkacem pour empêcher l’ouverture des écoles indépendantes en les soumettant à un régime d’autorisation liberticide et contrôler leurs programmes pour les obliger à s’aligner sur ceux de l’Éducation nationale, au mépris de la loi.

Il veut supprimer l’indépendance de la justice en soumettant la Cour de cassation, la plus haute juridiction française, au contrôle direct du gouvernement par un décret du 05/12/2016. Prise à l’insu de la Cour et de son Président, cette mesure bafoue le principe de séparation des pouvoirs qui est un des piliers de la République française et garantit aux Français le respect de leur liberté et l’égalité de tous devant la loi.

D’ores et déjà d’ailleurs, vous pouvez réagir en signant la pétition qui s’élève à l’encontre de cette disposition scélérate : Bernard Cazeneuve : Pour l’indépendance de la Cour de cassation et l’abrogation du décret du 05/12/2016
Guerre au libre-échange
Il veut, contre l’Europe qui devait être celle de la liberté de circulation des hommes, des marchandises et des capitaux, renforcer, par un décret du 5 décembre 2016, le contrôle des capitaux jusqu’au moindre détail par un nouveau décret qui confirme l’obligation de déclaration de tout transfert de fonds d’un montant égal ou supérieur à 10 000 euros vers un État membre de l’Union européenne ou en provenance d’un État membre de l’Union européenne.

Sous peine de constituer un manquement à l’obligation déclarative passible d’une amende égale à 50 % des sommes et confiscation des sommes, les déclarations relatives à des transferts de sommes d’un montant supérieur à 50 000 euros doivent être accompagnées de documents dont la production permet de justifier de leur provenance. Au prétexte de la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, l’État joue Big Brother. Mais lui nous avait caché qu’il versait des rançons pour délivrer les otages ainsi que les documents révélés par Snowden viennent de le révéler !

Il veut encore museler la liberté d’expression avec la proposition de loi, qu’il soutient, votée par le Parlement pour punir de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende le « militantisme anti-IVG 2.0 », selon l’expression de son rapporteur, Catherine Coutelle (PS, Vienne). Ceux qui sont favorables à l’avortement, comme c’est leur droit, ne veulent plus désormais que d’autres souhaitent les en dissuader. Demain, ils interdiront de critiquer toute réforme gouvernementale.
Réagir avant qu’il ne soit trop tard
Certes, certains diront que chaque mesure a sa justification. On en trouve toujours une, si mauvaise soit-elle. D’autres excuseront au prétexte que ce sont des points mineurs. Mais on commence toujours par là, et d’ailleurs ils ne sont pas vraiment mineurs. À nous de réagir avant qu’il ne soit trop tard.

À nous de ne pas accorder foi aux candidats comme Macron qui ne nie pas être de gauche et avoir cautionné tout ce mandat présidentiel et qui ne trouve comme bonnes mesures que celles qui déresponsabilisent encore un peu plus les Français (exonération des charges sociales salariales) ou qui créent de nouvelles usines à gaz pour atténuer l’ISF sans le supprimer.
Il faut militer pour qu’une nouvelle majorité favorable aux libertés reprenne le pouvoir rapidement et puisse défaire ces mesures nocives, en même temps qu’inscrire dans la constitution les bornes qui pourraient s’y opposer à l’avenir si par malheur nous devions revivre les affres d’un pouvoir similaire à celui que nous supportons depuis près de cinq ans, livré à l’arbitraire d’un Président immature.

Source contrepoints.org
Photo credits-Nicholas-Kommodore CC
Par Jean-Philippe Delsol.


Jean-Philippe Delsol est avocat fiscaliste, Président de l'IREF, Institut de Recherches Économiques et Fiscales. 

Dessins de presse

 


Dessins de presse

vendredi 21 août 2026

Billets-Vivre avec un chat

  


Vivre avec un chat

Vivre avec un chat, c’est accepter de devenir accro.
Pas un petit crush mignon. Non. Une dépendance totale. Il te regarde, tu fonds. Il te touche, tu vibres. Il ronronne, tu décèdes de bonheur. C’est de la magie noire couverte de poils doux. Ton chat, il ne marche pas dans ta vie. Il danse dedans. Comme une météorite parfumée au soleil qui te percute en plein cœur. Tu veux de l’amour pur, brut, sauvage. Le félin te l’apporte, façon shoot d’extase, silencieux mais bouillant. Tu rentres chez toi. Il ne dit rien. Il fait mieux. Il avance doucement, queue en point d’interrogation, et te colle son front contre le tien. Tu sens le monde disparaître. Deux secondes. Une pulsation. Une explosion de "je t’aime" plus forte que toutes les déclarations humaines réunies. La nuit, quand il vient se coller à toi, chaud comme une braise vivante, tu comprends que tu n’as jamais vraiment dormi avant lui. Cet instant où il blottit sa petite tête contre ton cou … c’est un orgasme émotionnel. Tu ne veux plus que ça s’arrête. Tu ne peux plus. Et parlons de charisme. Ce petit prince des ombres entre dans la pièce et bam, l’univers s’aligne pour le servir. Ton chat, c’est James Bond avec des moustaches. Le patron du sexy sans un mot. Il t’accorde une caresse du bout de la joue, tu deviens poésie. Le matin, il te réveille, pas pour manger. Pour te rappeler que tu es vivant. Parce qu’il t’a choisi. Toi. Pas un autre. Toi qui te pensais banal, tu deviens l’élu. Tu as été adopté par une merveille. C’est un privilège cosmique. Tu veux travailler. Lui veut de l’amour. Il s’allonge sur ton clavier. Ton cœur choisit. Le travail attendra. Il te montre l’essentiel : vivre. Ressentir. Aimer. Maintenant. Les gens qui disent "ce n’est qu’un chat" n’ont jamais senti un félin poser sa patte sur leur sternum comme pour recoller chaque pièce de leur âme. Ils n’ont jamais entendu ce ronron qui dit "je suis là, tu n’es plus seul". Avec un chat, tu n’es jamais seul. Même dans ta tête. Ta maison devient un temple. Ton canapé un autel. Tes pulls une offrande de poils sacrés. Tu payes en nourriture, en bisous, en places de lit. Et tu dis merci. Heureux. Soumis. Amoureux. Vivre avec un chat, c’est découvrir que le bonheur tient dans quelques grammes de fourrure et un cœur qui bat contre le tien. Tu veux de l’amour vrai. Il t’attend au coin du canapé. Et quand son regard se plante dans le tien, tu te dis la seule vérité qui vaille : je n’ai jamais rien voulu autant que ce chat dans ma vie. ❤️ Et pourtant un jour … ils partent. Il n’y a pas de préparation à ça. Aucun humain n’est prêt à voir s’éteindre son petit soleil. Ce jour où tu prends ton chat dans tes bras pour l’emmener chez le vétérinaire … et que chaque pas pèse une tonne ...Tu sens qu’il se bat encore un peu, pour toi, pour une dernière caresse. Tu tentes de rire, tu racontes n’importe quoi pour cacher la noyade dans tes yeux, tu le couvres de bisous comme si ton amour pouvait le ramener. Puis il te regarde ... Son dernier grand regard de lion doux. Celui qui dit "merci, c’était beau". Tu serres sa patte. Tu espères un miracle. Tu refuses d’être fort. Et quand son petit corps s’immobilise, tu te brises. Complètement. Tu rentres chez toi avec un vide bruyant qui miaule dans tous les coins de la maison. Tu trouves des poils sur une chaise et tu t’effondres. Une gamelle dans la cuisine te transperce. Le silence devient une torture. Tu dors mal. Tu vis mal. Tu te dis "plus jamais, ça fait trop mal". Plus jamais ... Puis … Une semaine plus tard. Carrefour. Un parking moche, gris, avec des caddies bloqués en grève. Et là… une petite flamme rousse qui trottine vers toi. Frêle, culottée, l’œil brillant du voyou amoureux. Il se frotte à ta jambe comme si tu étais son destin depuis toujours. Il lâche un petit "mrrrrrrp" qui t’arrache un sourire que tu pensais mort. Tu veux être raisonnable, tu dis "non". Il dit "miaou". Tu dis "je ne peux pas". Il grimpe sur ta chaussure. Tu craques. Les chats gagnent toujours. Tu le mets dans ta voiture. Il s’installe. Titularisé chef de ta vie en trois secondes. Tu comprends que tu ne l’as pas choisi. C’est lui qui a décidé de passer les 10 ou 20 prochaines années à réparer ton cœur. Tu pensais ne plus jamais aimer aussi fort. Tu te trompais. Les chats ne remplacent jamais ceux qui partent. Ils écrivent juste un nouveau chapitre. Ils recousent une cicatrice avec des ronrons. Ils rouvrent la fenêtre sur le soleil. Alors oui. Vivre avec un chat, c’est aimer profondément. Et perdre parfois l'être tant aimé. Puis aimer encore, encore plus fort. Parce que ces petites âmes qui ressemblent à des croissants chauds ont un don : elles transforment la douleur en tendresse. Un jour ils arrivent dans ta vie comme un coup de foudre. Un jour ils partent comme des anges. Et entre les deux … ils font de toi un être humain meilleur. Mon cœur s’est brisé. Il s’est reconstruit. Il bat à nouveau. Sous surveillance rapprochée d’un petit voyou orange qui griffe mon canapé et ma solitude. Et je me dis chaque matin : j’ai vraiment de la chance d’avoir été choisi. ❤️ À vous tous qui avez connu ça, je vous aime. ❤️

Source :

🅶🅾🆁🅺

@Raclure03 



Billets-Pour un droit au blasphème !

 


Pour un droit au blasphème !

Il ne s’agit pas de faire l’éloge du blasphème, ni d’inciter au blasphème, mais bien de s’assurer que son expression est permise.
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Au lendemain de notre deuil national, il nous faut nous rassembler, nous unir, mais également nous interroger. Avons-nous toujours indéfectiblement été les partisans de la liberté d’expression face à la satire religieuse ? N’avons-nous pas failli dans notre défense des caricaturistes de Charlie Hebdo ?

Car le « délit de blasphème » existe bel et bien en droit français ! Il a été invoqué en 2013 à l’encontre… de Charlie Hebdo. Entre les survivances du vieux droit français, le nouvel attirail juridique créé depuis quarante ans, et la menace de nouvelles lois liberticides, la liberté d’expression si fortement clamée par les manifestants du 11 janvier a du souci à se faire.

Commençons par faire le ménage dans notre propre législation, en clarifiant le droit à la satire et à la critique des dogmes religieux. C’est d’autant plus nécessaire que de nombreuses voix, dont celle du Pape François, se sont élevées récemment pour demander de « ne pas insulter la foi ».

Il ne s’agit pas de faire l’éloge du blasphème, ni d’inciter au blasphème, mais bien de s’assurer que son expression est permise.

Un délit de blasphème en France ?

Abrogé dans le Code Pénal en 1791, le délit de blasphème reste en effet en vigueur en droit local alsacien, codifié à l’article 166 du Code Pénal local. Est condamné à une peine de 3 ans d’emprisonnement « celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants, ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération et reconnue comme corporation, ou les institutions ou cérémonies de ces cultes, ou qui, dans une église ou un autre lieu consacré à des assemblées religieuses, aura commis des actes injurieux et scandaleux ». L’article 167 réprime quant à lui la perturbation d’offices religieux.

Ainsi, assigné en justice en février 2014 pour délit de blasphème par la « Ligue de défense judiciaire des musulmans », Charlie Hebdo a dû se justifier d’avoir caricaturé le prophète Mahomet en vertu d’une disposition du droit local alsacien qui n’avait guère été utilisée que deux fois : en 1997, lorsque cinq militants d’Act Up ont été condamnés pour avoir perturbé une messe en la cathédrale de Strasbourg (condamnation confirmée en 1999 par la Cour de Cassation1), et en 1954 lorsque la Cour d’appel de Colmar a retenu « le trouble volontairement apporté au culte » contre deux personnes qui avaient harangué les fidèles à l’issue d’une messe. Si le procès n’a pas abouti, le reliquat de cette disposition est difficilement justifiable.

De manière plus insidieuse, l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 8 avril 2005 censurant une affiche publicitaire considérée comme blasphématoire a tristement fait jurisprudence. En l’espèce, l’association « Croyances et Libertés » avait assigné les créateurs de mode Marithé et François Girbaud et l’agence de pub Air Paris pour « injure visant un groupe de personnes en raison de leur appartenance à une religion déterminée, en l’occurrence le catholicisme » en raison de « poses lascives » de la Cène de Léonard de Vinci…

On a également assisté à de multiples tentatives de réintroduction d’un véritable « délit de blasphème ». Au niveau international, d’abord : tous les ans depuis 1999, les 57 pays de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) tentent d’imposer au Conseil des droits de l’homme de l’ONU que la diffamation des religions, c’est-à-dire le blasphème dans son sens le plus large, soit considérée comme un crime. Mais aussi au niveau national, de la part de députés mal avisés. Ainsi, le 28 février 2006 était déposée une proposition de loi de Jean-Marc Roubaud visant à « interdire les propos et les actes injurieux contre toutes les religions », et le 29 mars 2006 une proposition de loi d’Éric Raoult visant à « interdire le blasphème religieux par voie de caricature ».

Il est temps de clarifier une fois pour toutes la situation juridique du blasphème.

Les limites du droit à la caricature

Il n’existe aucun droit à la caricature mais seulement un rattachement de la caricature à la liberté d’expression.

La caricature est libre conformément aux dispositions de l’article L.122-5 du Code de la propriété intellectuelle disposant que « lorsque l’œuvre a été divulguée, l’auteur ne peut interdire : […] 4º La parodie, le pastiche et la caricature, compte tenu des lois du genre […]». La condition des « lois du genre » fait référence à la nécessité d’un « travestissement comique »: autrement dit, la caricature, si elle n’est pas comique, peut être assimilée à l’injure répréhensible. Or, les caricaturistes de Charlie Hebdo n’avaient pas toujours à cœur de susciter le rire, mais souhaitaient déclencher le débat à travers la provocation.

En reproduisant notamment la caricature de Mahomet du journal danois Jyllands-Posten en 2005 représentant le prophète coiffé d’un turban symbolisé par une bombe, Charlie Hebdo n’avait pas pour objet de faire rire mais bien de grossir le trait, d’exagérer. Il fut poursuivi (en vain) par l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF) pour cette publication.

Parce que la caricature est par définition un abus, un dessin outrancier, et qu’il est par ailleurs interdit d’abuser de sa liberté d’expression, le contrôle de la caricature est inapproprié car revenant à contrôler l’« abus d’abus » ! La caricature ne devrait pas être conditionnée à l’abus : au contraire, un droit absolu à la caricature doit être octroyé pour les sujets religieux. Afin de corriger la dégringolade de la France à la 33ème place des pays protégeant la liberté de la presse selon le classement de 2014 de Reporter Sans Frontières, il nous faut mettre en place un véritable bouclier juridique garantissant une protection pour « blasphèmes ».

Cette nécessité juridique est impérieuse comme en attestent les évènements récents mais également les multiples procès du passé à l’encontre de Charlie Hebdo sur le fondement d’une supposée « incitation à la haine raciale ».

Les multiples procès pour « incitation à la haine raciale »

Charlie Hebdo a toujours été visé par les instances religieuses. La Grande Mosquée de Paris, l’Union des Organisations Islamiques de France, la Ligue Islamique Mondiale, l’Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française et Chrétienne et d’autres organisations religieuses n’ont eu de cesse d’assigner Charlie Hebdo en justice, pour incitation à la haine raciale (Article 24 alinéa 6 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse) ou pour provocation à la discrimination religieuse (Article 24 alinéa 8 de la loi de 1881). Ces tentatives infructueuses de faire condamner Charlie Hebdopour ce qui relève du blasphème, invoqué indirectement sur les fondements de la haine raciale ou de la discrimination, ont trop souvent été observées avec une sympathie coupable d’une partie de la classe politique.

La caricature religieuse, quoique l’on en dise, a toujours dérangé nos dirigeants. Au lendemain des manifestations parfois violentes partout dans le monde à la suite de la publication en septembre 2005 des caricatures de Mahomet par un journal danois, et reprises par divers journaux dont Charlie Hebdo, le Président de la République Jacques Chirac n’invoquait pas la liberté d’expression mais en appelait « au plus grand esprit de responsabilité, de respect et de mesure »

Heureusement, notre jurisprudence libérale reste le garant de la liberté des caricaturistes soucieuse de protéger des auteurs ayant « une volonté délibérée de forcer le trait et d’user de la caricature afin de rendre leur propos le plus divertissant possible […] et que le côté parodique [de leurs écrits et caricatures] ne saurait échapper à un lecteur averti qui le lira au deuxième degré ». Mais nous devons constater qu’on demande aujourd’hui au juge une tempérance que le législateur est loin de suivre…

Notre droit sacré au blasphème

« Toutes les grandes vérités sont d’abord des blasphèmes » disait le philosophe Bernard Shaw.

Nous avons un droit sacré au blasphème à la fois parce que celui-ci procède de la liberté d’expression de tout citoyen, mais également parce qu’il nous fait avancer vers la manifestation de la vérité par un débat d’opinions provocateur mais nécessaire. Il faut traiter les religions comme des philosophies, discutables et réfutables, sans faire du « respect des croyances » un nouveau tabou.

Ainsi, nous formulons les deux propositions suivantes :
  • Ajouter à l’article 24 de loi du 29 juillet 1881 réprimant l’incitation à la haine raciale l’alinéa suivant : « Toutefois, les caricatures et satires de dogmes religieux, de spiritualités, et d’institutions religieuses ne sauront être punies des peines prévues à cet article ; »

  • Abroger les articles 166 et 167 du code pénal local Alsace-Moselle réprimant le blasphème.

Parce que, comme l’affirmait justement Ernest Renan, « le blasphème des grands esprits est plus agréable à Dieu que la prière intéressée de l’homme vulgaire », il nous faut établir un véritable « droit au blasphème » : la diffamation de religions ou l’incitation à la haine raciale ne pourront plus être invoquées en ce qui concerne la critique et la satire de dogmes religieux.

Cette réponse juridique aux événements tragiques de janvier 2015 reste la solution la plus adaptée et la plus mesurée. Soyons désormais tous des citoyens aux grands esprits, garantissons un droit au blasphème afin de garantir nos libertés individuelles et de renforcer la République.

Source contrepoints.org 

Billets-Le jury de l'ENA décrit des candidats moutonniers

    


Le jury de l'ENA décrit des candidats moutonniers, incapables de penser par eux-mêmes

Dans son rapport sur le concours d'entrée 2017, la prestigieuse ENA, école des haut fonctionnaires régulièrement critiquée pour perpétuer une forme de pensée unique, s'inquiète de manière particulièrement appuyée de l'incapacité des aspirants énarques à produire une réflexion originale, voire à penser par eux-même…

En 1967, Jean-Pierre Chevènement pointait dans un essai offensif les membres de "l'énarchie" comme des "mandarins de la société bourgeoise". Un-demis siècle plus tard, sans aller jusque-là, l'Ecole nationale d'administration - la fameuse ENA - se préoccupe enfin de la question du conformisme de ses étudiants. Ses craintes transpirent du rapport publié par l'école faisant le bilan de son concours d'entrée 2017.
Coordonné par la préfète Michèle Kirry, le jury y dresse sans langue de bois un bilan des épreuves écrites et orales sur lesquelles ont planché les 1.368 candidats aux différents concours d’entrée à l'ENA. Et le bilan n'est pas rose, malgré le haut degré d'exigence requis pour intégrer l'institution qui donne accès aux postes les plus prestigieux de la haute fonction publique.
Uniformité et références hors-sol
Concernant l'épreuve de droit, le jury pointe ainsi "une certaine unicité de vues entre les candidats", et même une "frilosité" qui empêcherait les aspirants énarques de "proposer une réflexion, une vision personnelle du sujet". Les correcteurs relèvent l'uniformité des candidats, qui préparent quasiment tous les concours dans les mêmes établissements, utilisent les mêmes références… et régurgitent donc les mêmes connaissances lors des épreuves. En clair : des clones ânonnant une pensée unique. "D’une manière générale et très regrettable, les candidats ont fortement tendance à construire leur devoir à partir de fiches toutes préparées par thèmes", regrette le jury, qui se désespère de "traquer l'originalité comme une denrée rare", alors que les candidats ambitionnent de devenir l'élite administrative de la nation
Parfois, les correcteurs s'amusent même du caractère monochrome des copies : ils croient parfois trouver une référence sortant du lot… "jusqu'au moment où elle apparaît dans les mêmes termes sous la plume de plusieurs candidats, trahissant la fiche de lecture". Lors de l'épreuve de questions européennes, pas moins de cinq individus ont ainsi utilisé l'interrogation de Henry Kissinger : "L'Europe, quel numéro de téléphone ?". Sauf que plusieurs se sont montrés "ensuite incapables d'expliquer et de justifier leur affirmation" !
Peut-être craintifs à l'idée de froisser le jury d'une école déjà réputée pour son conformisme, les candidats à l'ENA ont également été très prudents à l'heure de donner leur avis sur les sujets pourtant éminemment politiques qui leur ont été soumis. Jusqu'à totalement escamoter l'actualité lors de l'épreuve de questions contemporaines, qui portait pourtant sur un sujet tout chaud : la confiance envers les pouvoirs publics. Il en ressort l'impression que "le candidat [imagine] la copie idéale comme un texte éthéré, où n'apparaîtraient surtout pas les sujets délicats", poursuit la préfète, qui parle "d'autocensure".
CICE, Europe, voies sur berge... ils pensent tous pareil
Cela ne surprendra peut-être pas mais les candidats ont également fortement rechigné à critiquer le crédit d'impôt en faveur des entreprises mis en place par François Hollande… "Il est tout à fait possible de penser et d'écrire [...] que le bilan du CICE est très en deçà des ambitions d'origine ou même que l'accorder à toutes les entreprises sans s'assurer de son utilisation a été une erreur", se voient obligés d'insister les membres du jury ! Même tendance à l'uniformité au moment de traiter l'Union européenne, considérée par les candidats "comme un ordre établi qui ne pourrait être différent". Lors de l'oral consacré à des questions d'actualité, "la fermeture des voies sur berge a quasi systématiquement donné lieu à une réponse d'adhésion totale, sans prise en compte des inconvénients possibles", regrettent encore les examinateurs. Pas de quoi modifier l'image d'une technocratie hors-sol…
Pour remédier à ces problèmes, le jury indique qu'il a choisi de mettre en avant les critères d'authenticité, de sincérité et de sens critique dans sa sélection des 80 lauréats du concours. "Une tête bien faite valant mieux, dans tous les univers professionnels et sous tous les cieux, qu’une tête trop pleine", le jury explique avoir privilégié les individus capables de penser par eux-mêmes plutôt que des singes savants de la technocratie. Et Michèle Kirry d'exhorter les ambitieux voulant intégrer l'ENA à l'avenir au "courage qui consiste à faire une analyse personnelle", loin des "raisonnements formatés". Allez, les futurs énarques : courage, pensez !

Source marianne.org
Par Hadrien Mathoux