lundi 10 août 2026

Billets-L’Amérique vend, la Chine distribue gratuitement



L’Amérique vend, la Chine distribue gratuitement

L’Amérique vend à prix d’argent ce que la Chine distribue gratuitement, et la raison n’est pas la générosité.

Je vais vous montrer pourquoi la Chine distribue gratuitement quelque chose qui lui coûte des milliards de dollars. Quand la Chine veut entrer dans un secteur, elle suit toujours la même voie. L’État choisit un secteur stratégique, accorde des prêts bon marché et de l’électricité à bas prix. Les entreprises chinoises vendent le produit à un prix que personne ne peut égaler, et les concurrents ferment les uns après les autres. Une fois le terrain libéré, c’est la Chine qui fixe les prix et les règles. C’est ainsi qu’elle a pris le contrôle de l’acier, des panneaux solaires, des batteries. Aujourd’hui, environ 70 % des batteries du monde sont produites en Chine. Maintenant, cette même Chine a abandonné la stratégie du bas prix. Elle l’a abandonnée parce qu’il n’y a pas de produit à vendre dans ce nouveau domaine. Ce qui y est produit n’est ni un panneau ni une batterie, mais un logiciel. Copier un logiciel supplémentaire ne coûte absolument rien. C’est pourquoi la Chine n’a pas baissé les prix. Elle les a supprimés complètement. Si vous voulez voir comment cela fonctionne sur le terrain, il suffit de regarder l’Afrique. En Afrique, 207 entreprises d’intelligence artificielle opèrent dans 17 pays. Il y a trois ans, ce nombre était de 104. Le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya abritent 63 % de ces entreprises. La plupart de ces entreprises n’utilisent pas les modèles américains. Elles utilisent Qwen d’Alibaba, les modèles de DeepSeek et Kimi de la société chinoise Moonshot. À première vue, cela ressemble à une décision de prix. Les chiffres le confirment. Pour le nouveau modèle de DeepSeek, le coût d’un test standard de bout en bout est d’environ 3 centimes. Bien en dessous de ce que les entreprises américaines facturent pour le même travail. Mais le problème n’est pas le bas prix. Le bas prix a un fond, le gratuit n’en a pas. Les développeurs africains choisissent les modèles chinois pour trois raisons. La première : le modèle peut être téléchargé. Vous l’installez sur votre propre serveur, vous le faites fonctionner avec vos propres données, et les données ne quittent jamais le pays. La seconde : il demande moins de puissance de calcul. Cela change beaucoup de choses là-bas, car le coût du cloud au Nigeria, au Kenya et au Ghana est de 25 à 40 % plus élevé que celui en Europe et en Amérique du Nord. La troisième, et la plus importante : la langue. En Afrique, entre 1500 et 3000 langues sont parlées. Ces langues n’ont presque aucune trace numérique. Adapter une IA à ces langues coûte de 3 à 30 fois plus cher que pour l’anglais. Aucune entreprise américaine ne dépense cet argent. Elle ne le dépense pas parce qu’il n’y a pas de profit à faire là-dedans. Au Rwanda, une équipe a développé un modèle nommé Sunflower qui parle 31 langues locales. Ils ne l’ont pas construit de zéro, ils l’ont basé sur Qwen d’Alibaba. Réfléchissez-y un instant. Les langues d’un continent entrent pour la première fois dans le monde numérique. Et la porte par laquelle elles passent est celle de la Chine. Alors pourquoi les États-Unis ne font-ils pas la même chose et ne distribuent-ils pas gratuitement ? Parce que le coût d’un modèle américain s’élève à des milliards de dollars, et la seule façon de récupérer cet argent est de vendre l’accès. Si elle distribue le modèle gratuitement, elle met fin à ses propres revenus de ses propres mains. La Chine n’a pas ce problème, car elle ne gagne pas d’argent avec le modèle lui-même. Huawei intègre DeepSeek dans ses forfaits cloud. En Afrique du Sud, elle dispose d’une infrastructure cloud dans trois régions, servant plus de 300 clients et plus de 1000 partenaires commerciaux. En Égypte, elle a publié un plan pour un centre de données IA destiné à l’Afrique du Nord. Le modèle est gratuit, mais la machine qui le fait fonctionner est à vendre. Les États-Unis peuvent baisser les prix. Ils ne peuvent pas les ramener à zéro. Les chiffres montrent jusqu’où cette méthode les a menés. En mars, Qwen a dépassé 942 millions de téléchargements, puis a franchi le milliard. Dans le plus grand bassin où les développeurs partagent des modèles, environ 40 % des nouveaux modèles lancés sont basés sur Qwen. Le nombre de modèles construits sur celui d’Alibaba dépasse la somme de ceux de Google et Meta. En septembre 2025, Qwen a dépassé Llama de Meta pour devenir le modèle le plus téléchargé au monde. Les modèles ouverts de la Chine ont laissé les États-Unis derrière en termes de parts de téléchargements. Il y a ici une différence avec les panneaux solaires, et c’est là le vrai enjeu. Un panneau solaire est un produit. Vingt ans plus tard, vous le démontez et vous en mettez un autre. Un modèle n’est pas un produit, c’est une base. Si vous offrez une base gratuite à quelqu’un, il pourra y construire la maison qu’il veut. Mais s’il n’aime plus la base un jour, il devra démolir toute la maison. Personne ne fait ça. Plus d’un tiers des entreprises d’IA en Afrique travaillent dans l’éducation, l’agriculture, la santé et la finance. Si vous construisez les écoles, les fermes, les hôpitaux et les banques d’un pays sur la même base, cette base devient immuable. Et il y a autre chose. La Chine n’est pas arrivée là-bas hier. Elle a investi 182 milliards de dollars dans des infrastructures dans 49 pays africains. C’est elle qui a construit le chemin de fer au Kenya, le port à Djibouti, et les réseaux téléphoniques dans une grande partie du continent. Maintenant, elle distribue gratuitement ce qui fonctionnera sur le réseau qu’elle a elle-même construit. Pourquoi c’est si énorme ? La population le dit. L’Afrique compte aujourd’hui 1,5 milliard d’habitants, et 2,5 milliards en 2050. L’âge moyen est de 19,5 ans. Il y a plus de 400 millions de personnes entre 15 et 35 ans, et ce groupe va croître de 73 % d’ici 2050. Dans le reste du monde, la même croissance n’est que de 6 %. La jeune population en pleine expansion se trouve là. Et le sol sur lequel cette population lira, travaillera et créera des entreprises se choisit en ce moment. Venons-en au vrai sujet. Dans l’histoire de la technologie, le meilleur produit n’a jamais gagné. C’est toujours celui qui s’installe le plus largement qui l’emporte. Les États-Unis débattent de quel modèle est le plus intelligent. La Chine décide sur quelle base un continent entier va s’installer. Ce ne sont pas les mêmes courses. Dans l’une, on regarde qui est le plus fort ; dans l’autre, qui s’est implanté où. La Chine n’est pas généreuse. Elle prendra son dû pour ce qu’elle donne gratuitement, à travers tout ce qui s’y construira. Lao Tzu a une parole : Il n’y a rien de plus doux que l’eau dans le monde, mais rien ne surpasse sa capacité à user le plus dur. La Chine en a fait une doctrine.

Dessins de presse


 Dessins de presse

Dessins de presse

 


Dessins de presse

Dessins de presse

 


Dessins de presse

Recettes Conserves-Tomates confites

 


Tomates confites

Préparation : 10 mn
Macération : 48 heures
Conservation : 2 mois
Pour 1 kg
1,5 kg de petites tomates bien mûres
60 cl d’huile fruitée
1 cuillerée à soupe de gros sel
1. Préchauffer le four à 90 °C (th. 2). Rincez et essuyez les tomates. Coupez-les en deus. Pressez-les légèrement pour extraire les graines. Rangez-les sur une plaque, en les posant face bombé vers le haut.
2. Parsemez de gros sel. Arrosez d’un petit filet d’huile d’olive. Faites dessécher au four pendant 4 heures. Au bout de ce temps, elles sont toutes ridées et leur parfum s’est concentré dans la chair.
3. Après refroidissement, rangez-les dans un bocal préalablement ébouillanté et séché. Couvrez d’huile d’olive à hauteur. Fermez hermétiquement. Laissez macérer 48 heures avant de les servir. Conservez au frais et à l’abri de la lumière.

Délicieuses avec de la mozzarelle ou dans des pâtes, les tomates confites constituent le meilleur des concentrés de tomates. N’hésitez dons pas à les utiliser dans les sauces. L’huile de macération est également délicieuse pour assaisonner une salade.

En Sicile, les tomates sont d’abord séchées au soleil, d’août à septembre, avant de baigner dans l’huile d’olive. Il faut simplement penser à les rentrer chaque soir et à les ressortir le lendemain matin. Faute de soleil, la chaleur du four permet de réaliser cette excellente conserve. Dans cette recette, les tomates sèchent en 4 heures dans un four doux. Vous pouvez aussi prolonger leur séchage pendant 20 heures dans un four tiède (50 °C). Elles se conserveront ainsi 6 à 8 mois.

Recettes Conserves-Pruneaux à l’eau-de-vie

Pruneaux à l’eau-de-vie

Préparation :
10 mn
Macération : 15 jours
Conservation : 12 mois
Pour 1 bocal de 1 litre
500 g de gros pruneaux de l'année
50 cl d’eau-de-vie blanche à 40°
60 g de sucre en morceaux
1 litre d’infusion de tilleul

1. Mettez les pruneaux dans une terrine. Préparez une infusion de tilleul. Arrosez les pruneaux de cette infusion bouillante, puis laissez macérer environ 12 heures en recouvrant d’un linge propre.
2. Égouttez les pruneaux. Mettez-les dans un bocal préalablement ébouillanté et séché.
3. Portez à ébullition 10 cl d’eau avec les morceaux de sucre. Faites bouillir ce sirop 2 à 3 minutes. Versez-le sur les pruneaux.
4. Terminez de remplir le bocal avec l’eau-de-vie. Fermez hermétiquement. Secouez doucement le bocal pour que l’eau-de-vie se mélange au sirop.
5. Laissez de côté pendant 15 jours minimum avant de déguster.

 

Recettes Conserves-Crème de cassis

  


Crème de cassis

Préparation : 10 mn
Macération : 48 heures
Conservation : 12 mois
Pour 2 litres
750 g de cassis bien mûrs
1 litre de vin rouge (beaujolais)
Sucre en poudre
1. Rincez et égouttez les cassis. Mettez-les dans une terrine, de préférence en grès. Ecrasez les fruits avec un pilon en bois. Arrosez de vin rouge. Couvrez la préparation d’un linge, puis laissez-la macérer pendant 48 heures.
2. Filtrez le vin avec les cassis à travers un tamis fin ou dans un torchon sans presser les fruits. Mesurez le jus obtenu. Comptez le même poids de sucre.
3. Versez le jus et le sucre dans un faitout émaillé. Portez à ébullition à feu doux en remuant.
4. Faites alors bouillir environ 5 minutes à feu vif.
5. Retirez du feu et laissez tiédir jusqu’à 40 °C. Filtrez puis mettez en bouteilles. Bouchez hermétiquement et conservez dans un endroit frais à l’abri de la lumière.

Recettes Conserves-Liqueur de framboise

   


Liqueur de framboise

Préparation :
5 mn
Macération :
1 mois et demi
Conservation : 12 mois
Pour 2 bouteilles de 1 litre

1 kg de framboises
1 litre d’eau-de-vie blanche à 40°

250 g de sucre en morceaux

1.
Mettez les framboises triées mais non rincées dans un grand bocal préalablement ébouillanté et séché. Ecrasez légèrement les fruits avec une fourchette.
2.
Arrosez d’eau-de-vie. Couvrez. Laissez macérer pendant 15 jours dans un endroit frais.
3.
Au bout de ce temps, filtrez l’eau-de-vie à travers une passoire fine doublée d’une mousseline.
4.
Préparez un sirop en portant à ébullition 50 cl d’eau avec le sucre en morceaux. Au premier bouillon, retirez du feu et ajoutez-le à l’eau-de-vie.
5. Mélangez puis mettez en bouteilles. Bouchez hermétiquement. Attendez 1 mois avant de servir.



 

Billets

 


Billets

 


Billets

 


dimanche 9 août 2026

Recettes Conserves-Mirabelles à l’eau-de-vie

  


Mirabelles à l’eau-de-vie

Préparation : 15 mn
Macération : 3 mois
Conservation : 12 mois
Pour 1 bocal de 1,5 litre
1 kg de mirabelles
1 bâton de cannelle
250 g de sucre en poudre
1 litre d’eau-de-vie blanche à 40°
1. Rincez, égouttez et séchez les mirabelles. Coupez les queues à moitié avec une paire de ciseaux. Mettez les fruits dans un bocal préalablement ébouillanté et séché. Ajoutez le bâton de cannelle. Versez le sucre puis l’eau-de-vie.
2. Fermez hermétiquement le bocal. Laissez macérer 24 heures à température ambiante. Secouez le bocal. Laissez reposer encore 24 heures. Remuez à nouveau.
3. Laissez ensuite macérer pendant 3 mois dans un endroit frais à l’abri de la lumière avant de consommer.

Billets-La laisse numérique


La laisse numérique

Pour la première fois de l’histoire, on va fliquer "l’intégralité d’un peuple". Pas un quartier, pas une ville, pas une frange de suspects : tout le monde. Chaque citoyen, chaque gosse, chaque retraité, chaque emmerdeur en puissance va se voir attribuer sa belle "identité numérique" bien propre, bien traçable, bien verrouillée. Le prétexte officiel ? Vérifier que la personne n’est pas mineure. Parce que bien sûr, la seule chose qui obsède nos dirigeants, c’est de protéger les enfants. Le vrai but ? Simple, presque poétique dans sa perversité : que le jour où l’un d’entre vous osera tenir un discours anti-système qui buzz un peu trop fort, qui dérange un peu trop les puissants, on puisse vous striker en une seconde, vous coller un procès au cul avant même que vous ayez fini votre phrase, et vous faire disparaître des radars numériques comme on éteint une lumière gênante. Bienvenue dans le futur. Ils l’appellent « progrès » et « protection de l’enfance ».  

Moi j’appelle ça la laisse définitive, avec un joli nœud rose autour du cou.  

Billets-Attractivité de la France : le coup de semonce

 


Attractivité de la France : le coup de semonce

Les responsables politiques français ont une tendance marquée à préférer, au moins en public, des contes rassurants à une réalité qui dérange. Confondre le devoir-être et l'être, en feignant de prendre le premier pour le second, présente en effet l'avantage d'éviter la remise en cause de ses schémas de pensée. Mais les chiffres ont fort peu d'égard pour les politiques conduites dans le mépris de la réalité économique. La réalité du chômage de masse, absolument insensible depuis des décennies à tous les coups de menton médiatiques affichant la « détermination » de la lutte et la « priorité » qu'elle constitue a récemment été mise en lumière par l'imprudent pari (perdu) du président. Avec l'annonce par les Nations unies de la chute de 77 % des investissements directs en France par rapport à l'année dernière, notre pays subit un nouveau rappel brutal. Nulle explication ne pourra cacher l'ampleur du décrochage : dans le même temps, l'Espagne voit ses propres investissements progresser de 37 %, l'Allemagne de 392 % (sic).

L'explication ne fait guère de doute. Les investisseurs sont hyper sensibles aux signaux pouvant créer la défiance. Si les taux de prélèvement ou le coût du travail sont des indications objectives de différentiels de rentabilité, ils sont au fond moins importants que l'instabilité fiscale ou plus généralement l'atmosphère de mépris qui entoure les entreprises.

De la même manière que l'on apprend dès le lycée que le modèle de la relance keynésienne ne marche pas dans une économie ouverte, la France doit réaliser qu'une détermination autiste de sa politique est suicidaire car elle est en concurrence avec les autres zones économiques à tous les niveaux : qu'il s'agisse d'attirer les touristes, les travailleurs les plus qualifiés ou les capitaux, nous sommes entièrement soumis à une impitoyable analyse de nos avantages respectifs. Face à cette réalité, la France privilégie trop souvent deux réactions absurdes. La première est de compter sur l'attrait traditionnel de la « douce France », censé compenser tous nos désavantages compétitifs. C'est le « syndrome de Louis XIV » qui habite encore certains de nos hauts fonctionnaires ne comprenant pas comment le monde pourrait avoir les yeux tournés ailleurs que vers Versailles. La seconde erreur est pire : éviter l'autocritique en vouant aux gémonies les agents dont les actions traduisent notre manque d'attractivité. On condamnera ainsi avec force rappels moraux les entreprises qui osent chercher à éviter de payer leurs impôts en France en utilisant pourtant les moyens les plus légaux pour le faire. Qu'il s'agisse de Google, qui a choisi l'accueillante Irlande, ou des sociétés du CAC 40, qui ne paieraient que 10 % d'impôts sur les sociétés (alors qu'elles réalisent souvent moins de ce pourcentage d'activité sur notre territoire), on détourne l'attention en s'étonnant de l'absence de masochisme fiscal des agents économiques. Mais accuser les passagers qui fuient le navire n'a malheureusement jamais empêché le bateau de couler, ni même excusé l'impéritie du capitaine.

Qu'on le veuille ou non, les territoires sont désormais en concurrence. Et l'autarcie n'est pas une solution, sauf, comme l'écrivait Bernard de Mandeville, à « reprendre le gland qui servait de nourriture à nos premiers pères ». La concurrence entre pays présente les mêmes caractéristiques que la concurrence entre entreprises : mécanisme d'allocation des ressources permettant l'émergence des acteurs les plus efficaces, elle se traduit par une impitoyable destruction créatrice. Les chiffres de la chute des IDE sont un coût de semonce. Pour survivre, la France doit décider de faire sa révolution concurrentielle en se réorganisant entièrement autour de l'impératif d'attractivité.


Source lesechos.fr (par Olivier Babeau professeur à l'université Paris-VIII 

Billets-"La bulle Macron, un matraquage publicitaire massif"


"La bulle Macron, matraquage publicitaire massif"

Pour le politologue Thomas Guénolé, les médias ont "suscité artificiellement l'intérêt" pour la candidature d'Emmanuel Macron, au risque de "piper les dés de la démocratie".

Vous vous êtes attaché à mesurer l'exposition médiatique dont a bénéficié Emmanuel Macron, et vous en concluez qu'il a bénéficié d'une "bulle" médiatique en 2016. Comment parvenez-vous à cette observation ?
Nous avons pu mesurer la bulle grâce à un indicateur fiable : nous avons comparé des données analysées via Talkwalker par Véronique Reille Soult, directrice générale de Dentsu Consulting. Durant le printemps et l'été 2016, Emmanuel Macron a recueilli 43% de part de voix dans les parutions des médias, contre 17% sur les réseaux sociaux, c'est-à-dire les contenus émis par les gens au sujet du candidat.

L'écart est si considérable qu'on peut raisonnablement qualifier cette situation de gigantesque bulle médiatique. Ceci, pour "vendre" la marque Macron par un effet bien connu des publicitaires : "l'effet de simple exposition". En résumé, cet effet veut qu'en répétant encore, encore et encore le même item à une population, toute une partie de cette population va développer artificiellement un sentiment positif envers cet item. Bref, cette bulle médiatique Macron, c'est du matraquage publicitaire massif. Je n'ai pas le souvenir de cas aussi puissants récemment. Il faut remonter à plus de 10 ans, à l'époque de Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur, pour retrouver un tsunami comparable. Emmanuel Macron est une bulle de savon gonflée à l'hélium.

Comment l'expliquez-vous ?
Il y a bien sûr des marottes dans le journalisme politique. Un nouveau Premier ministre a ainsi presque toujours droit à une série d'articles positifs durant les premiers mois qui suivent sa prise de fonction. Cela arrive aussi parfois pour un simple ministre. Mais c'est sans commune mesure avec la bulle que nous avons mesurée pour l'ex-ministre de l'Economie.

Il y a trois hypothèses envisageables pour expliquer ce phénomène, et je n'ai pas d'éléments suffisants pour trancher entre les trois. La question est : pourquoi un média se met-il à vendre du Macron d'une manière aussi colossalement disproportionnée ?

  • La première hypothèse est celle de la préférence politique : le média '"roule" pour le candidat parce qu'il correspond à sa propre ligne éditoriale et politique. Cela donne donc, pour lui, des angles d'articles systématiquement favorables, des papiers qui retiennent généralement leurs coups, des critiques évidentes qu'on oublie de faire, etc. Ce choix est légitime, car un média n'a pas à être neutre. Et ce n'est pas un problème en soi. Ça devient un problème quand une grande proportion des médias se mettent à soutenir le même candidat par matraquage massif.

  • La deuxième hypothèse, c'est l'effet mimétique. Les médias s'observent beaucoup les uns les autres et il y a un effet moutonnier. En l'occurrence, un magazine fait sa couverture sur Emmanuel Macron, puis les autres journaux suivent à leur tour.

  • La troisième possibilité, c'est la volonté de l'actionnariat. Tel actionnaire veut vendre du Macron, comme autrefois tel autre actionnaire de grand média a voulu vendre du Sarkozy. C'est peut-être en raison de ses multiples positionnements extrêmement favorables aux intérêts des 0,1% les plus riches du pays. Emmanuel Macron est quelqu'un qui dit qu'un jeune devrait avoir envie de devenir millionnaire, qu'il faut supprimer l'ISF pour les grands investisseurs, et ainsi de suite. Ce qui ne manque pas de trouver un certain écho. Et, comme ministre, il a défendu une ligne très favorable aux grands groupes privés, c'est un fait.

Son exposition médiatique n'est-elle pas due, plus simplement, au fait qu'Emmanuel Macron fait vendre des journaux, qu'il fait de l'audience à la télé ? Bref, qu'il intéresse les consommateurs de médias ?
Au démarrage, la curiosité initiale des gens n'était pas suffisante. C'est le matraquage médiatique massif qui, par "effet de simple exposition", a suscité artificiellement l'intérêt des gens et abouti à ces niveaux d'audience. Et puisque l'intérêt fabriqué ainsi est artificiel, cela revient à piper les dés de la démocratie. C'est un danger. Il y a pourtant des pistes pour protéger le pluralisme démocratique dans notre pays. Il faudrait engager une réflexion sur les quotas.

Quelles pistes proposez-vous ?
Les médias de l'audiovisuel sont aujourd'hui encadrés par une règle des quotas de temps de parole directe des partis et des personnalités politiques. Nous pourrions élargir ces quotas à la presse écrite, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Après tout, avoir sa ligne éditoriale est une chose ; refuser d'interviewer tel ou tel candidat ou l'interviewer beaucoup moins, c'en est une autre.

Autre proposition : dans l'audiovisuel, le CSA ne fait pas de contrôle des temps d'expression des médias au sujet des candidats. Il faudrait élargir les quotas d'équité, non seulement au temps de parole des candidats, mais aussi à l'expression des médias eux-mêmes qui leur est consacrée. C'est techniquement possible, et c'est probablement la seule façon d'éviter le problème du matraquage médiatique.

Une presse en liberté conditionnelle ?
La question n'est pas la liberté de la presse, puisque cette réforme des quotas ne remettrait pas en cause la liberté de ligne éditoriale des médias. L'idée serait seulement de leur imposer une répartition équitable du volume d'articles, d'interviews, de vidéos, d'éditoriaux, qu'ils consacrent aux différentes offres politiques. Car sinon, à cause de "l'effet de simple exposition", un matraquage médiatique autour de tel candidat peut aboutir à des déséquilibres colossaux dans les élections.

Le cas extrême, c'est Donald Trump. Il a été hyper-médiatisé au début de la campagne des primaires du Parti républicain : très au-delà du raisonnable, très au-delà de ce que son caractère nouveau ou transgressif pouvait objectivement justifier. In fine, "l'effet de simple exposition" qui en a résulté a abouti à lui donner une énorme dynamique. Plusieurs médias américains ont d'ailleurs engagé une réflexion sur leurs pratiques.

Les victoires de François Fillon et de Benoît Hamon ne montrent-elles pas qu'un candidat peut gagner sans matraquage médiatique, voire en étant sous-médiatisé ?
Non, car dans les deux cas, le candidat n'a fini par percer que quand la campagne électorale audiovisuelle a arrêté de le sous-médiatiser. Pour François Fillon, le décollage commence quand les trois débats lui donnent enfin une exposition consistante après des mois de surexposition d'un duel Juppé-Sarkozy annoncé comme inéluctable. Pour Benoît Hamon, le décollage commence quand il est enfin l'invité d'un format long, L'Emission politique, et la montée en puissance intervient pour lui aussi avec les trois débats, après un duel Valls-Montebourg annoncé comme inéluctable.

Votre étude sur le matraquage médiatique au bénéfice d'Emmanuel Macron porte sur 2016. Mais début 2017, la bulle Macron continue-t-elle ?
La primaire de la gauche, puis les affaires de François Fillon, ont créé une parenthèse en janvier-février. Nous observons donc que les parts de voix d'Emmanuel Macron à la fois dans les médias et sur les réseaux sociaux redescendent dans les deux cas, grosso modo, autour de 20%.

J'attends toutefois la fin de février pour calculer si le matraquage médiatique a repris, mais il semble que ce soit le cas si je regarde les couvertures de plusieurs magazines ces toutes dernières semaines… Il faudrait que des médias se calment dans leur volonté obsessionnelle de nous vendre Emmanuel Macron : autrement nous ne serions même plus dans le matraquage médiatique, mais dans le gavage d'oie !

Qui plus est, c'est le matraquage d'une marque mais jusqu'à présent, il n'y a pas grand-chose derrière. La consultation des fiches thématiques de son site Internet montre que les propositions concrètes restent maigres.

A quelques semaines seulement du premier tour, on ne peut toujours pas identifier le cap vers lequel Emmanuel Macron veut nous emmener. Le candidat n'a exposé clairement ni sa vision, ni ses valeurs, sans même parler de son programme – même si le programme est beaucoup moins important pour les gens que la vision et les valeurs. Je ne vois chez lui qu'un seul exemple de cap clair : son positionnement en faveur d'une Europe fédérale. Mais c'est le cas d'à peu près tout le monde en dehors de l'extrême droite et des altermondialistes : bref, à ce jour le "macronisme" reste à l'état gazeux.

Source tempsreeel.nouvelobs.com
Photo Emmanuel Macron, le 2 décembre 2016 à Deauville lors du Women's Forum Global Meeting (GOUHIER-WF/WOMEN'S FORUM/SIPA)
Par Thomas Guénolé.


Thomas Guénolé est politologue, enseignant à Sciences Po Paris et à Paris II, auteur de "La Mondialisation malheureuse" (éditions First, 2016) et "Petit guide du mensonge en politique" (Fayard, 2017, réédition). 

Billets-Le contrôle du langage

  


Le contrôle du langage

La nouvelle est tombée sur BFM : dans certains collèges et lycées, le « tchip », ce petit bruit de succion qui rendrait fou des professeurs, est maintenant réglementé.

Là où le bât blesse, c’est que ce fameux tchip, « concentré de dédain », a été rendu populaire par nulle autre que Madame Taubira. Elle l’avait en effet utilisé pour qualifier ses détracteurs, le rendant populaire au point de devenir habituellement utilisé par les adolescents

Je ne m’attarde pas sur l’incongruité d’interdire à certains l’usage d’une onomatopée permise à d’autres sans donner le sentiment d’une liberté d’expression à géométrie variable. En effet, chaque langue forge d’une façon particulière la vision du monde de ceux qui l’utilisent. On voit ce que l’on dit. Je prends l’exemple de l’anglais qui différencie le sheep (dans le pré) du mutton (dans l’assiette).

Nommer est une décision humaine intelligente, la première étape de la pensée scientifique et de la pensée tout court. Nommer, c’est distinguer, classer, mettre en ordre le monde, le comprendre et le modifier. C’est, plus simplement, prendre le pouvoir. Il s’agit donc d’une arme redoutable qui peut servir à libérer, magnifier ou à l’inverse, réduire en esclavage, insulter, lancer des propagandes, exclure.

Le contrôle du langage est donc important pour nos dirigeants qui sont censés avoir conscience de l’impact des mots. D’ailleurs, mus par une éthique souvent contestable, ils usent et abusent constamment de cette arme dans les promesses qu’ils nous font, les injonctions dont ils nous menacent, les pseudo-vérités qu’ils nous assènent, les visions délirantes de la société dont ils veulent nous convaincre.

Il n’est pas innocent dans ce contexte de remplacer un mot par un autre véhiculant une vision différente. Ainsi la « secrétaire » devient « assistante », une « femme de ménage » une « technicienne de surface », un « instituteur » se transforme en « professeur des écoles ». La réforme des programmes scolaires et son lot de remplacements ridicules comme substituer  « nager » par « se déplacer de manière autonome dans un milieu aquatique profond » en est également une illustration édifiante.

La tentative des gouvernants de contrôler le peuple en contrôlant le langage n’est pas nouvelle : si les Serments de Strasbourg en 842 sont considérés comme le plus ancien document écrit en français, la France jusqu’au 17ème siècle était multilingue (langue vulgaire et latin), ce qui posait problème notamment dans l’assise du pouvoir administratif et judiciaire. Il était indispensable d’unifier la nation autour d’une langue.

C’est ainsi que l’ordonnance de Villers-Cotterêts a permis d’entamer ce processus :

Article 110 : afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence des arrêts de justice, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait, ni puisse avoir, aucune ambiguïté ou incertitude, ni lieu à demander interprétation.

Article 111 : et pour que de telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins contenus dans lesdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel français et non autrement.

Richelieu a créé en 1635 l’Académie française afin, selon les termes de Marc Fumaroli, de « donner à l’unité du royaume forgé par la politique une langue et un style qui la symbolisent et la cimentent ». Ainsi, l’article 24 des statuts précise que « la principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».

La révolution française a accolé l’idée de nation à la langue pour amener un sentiment d’identité nationale, confirmant le processus qui a été encore accentué par Jules Ferry (l’école obligatoire) et le concept de laïcité.

Il est par contre notable de constater que le pouvoir politique a laissé à une institution indépendante, pendant des siècles le soin d’enregistrer, d’établir et de régler l’usage du français. Depuis les années 1970 cependant, le gouvernement, toutes tendances politiques confondues, essaie régulièrement d’étendre son pouvoir en régulant la langue française.

Sous Pompidou (Pierre Messmer Premier ministre), a décidé de lutter contre l’invasion ou la prédominance anglaise. À partir de 1972, des commissions ministérielles de terminologie et de néologie sont constituées pour désigner, au besoin créer, des termes français pour éviter un mot étranger. Ces termes s’imposent alors à l’administration. Ainsi baladeur remplace walkman par exemple.

Sous Valéry Giscard d’Estaing (Chirac Premier ministre), en 1975, la loi dite « Bas-Lauriol » rend l’emploi du français obligatoire dans l’audiovisuel, le commerce et dans le monde du travail.

Toutes ces dispositions n’empêchent pas l’anglais d’être LA langue. Au cours des années 1990, la gauche décide de renforcer l’ensemble législatif.

Sous Mitterrand (Bérégovoy Premier ministre), un nouvel alinéa est ajouté, le 25 juin 1992, à l’article 2 de la Constitution : la langue de la République est le français.
La loi du 4 août 1994, dite « loi Toubon » tente d’élargir les dispositions de la loi de 1975 relative à la primauté des termes francophones face aux anglicismes. Elle reconnait le droit de s’exprimer et de recevoir, et l’obligation de rédiger toutes les informations en français. Il est intéressant de noter que le Conseil constitutionnel l’a beaucoup allégée, estimant que l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen interdisait à l’État de déterminer le vocabulaire à utiliser par les médias ou les personnes privées dans l’ensemble de leurs activités. La loi ne peut intervenir que pour les personnes morales de droit public et les personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public (article 5 de la loi).

Sous Chirac (Juppé Premier ministre), le décret du 3 juillet 1996 met en place une nouvelle commission générale de terminologie et de néologie. L’accord de l’Académie française devient indispensable pour que les termes d’enrichissement « recommandés » soient publiés avec leurs définitions au Journal Officiel. La prédominance de fait de l’Académie se trouve ainsi confirmée par le droit.

La tentative de féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres est une illustration assez marquante de cette volonté de légiférer à tout va. Il a en effet été décidé, dans les années 80, de lutter contre le sexisme dans la société grâce aux mots.
Ainsi sera créée une « commission de terminologie relative au vocabulaire concernant les activités des femmes » pour que « la féminisation des noms de professions et de titres vise à combler certaines lacunes de l’usage de la langue française dans ce domaine et à apporter une légitimation des fonctions sociales et des professions exercées par les femmes ».

L’Académie française, non consultée, fait part de ses réserves et indique, arguments à l’appui, que la féminisation risque d’aboutir à un résultat inverse et créer dans la langue une discrimination entre les hommes et les femmes. Elle en profite pour contester enfin le principe même d’une intervention gouvernementale sur l’usage, jugeant qu’une telle démarche risque « de mettre la confusion et le désordre dans un équilibre subtil né de l’usage, et qu’il paraîtrait mieux avisé de laisser à l’usage le soin de modifier ».

Une circulaire du Premier ministre Jacques Chirac recommandera, en 1986, de procéder malgré tout à la féminisation, mais cette circulaire ne sera pas appliquée.
En 1997 (Présidence Chirac- Gouvernement Jospin), certains ministres du gouvernement préconiseront pour leur compte la forme féminisée « la ministre », ce qui provoquera une nouvelle réaction des immortels.

Dans une circulaire du 6 mars 1998, le Premier ministre Lionel Jospin, constatant le peu d’effet du texte de 1986, propose malgré tout d’imposer la féminisation « dès lors qu’il s’agit de termes dont le féminin est par ailleurs d’usage courant ». Il charge alors une commission générale de terminologie et de néologie de « faire le point sur la question ». Le rapport de la commission en octobre 1998 rappelle qu’une intervention gouvernementale sur l’usage n’est pas recommandée et ne sera pas suivie d’effet.

L’incident qui a eu lieu à l’Assemblée nationale il y a peu de temps est assez symptomatique de tout cela.

Tout est dit : légiférer la langue de manière aussi directe est juste une perte de temps et d’énergie. Pour influencer les esprits, il faut le faire plus subtilement, ce dont ils ne se privent d’ailleurs pas.

Un exemple édifiant est celui d’un morceau de tissu pouvant cristalliser des positions racistes en fonction du nom qui lui est donné et de l’interprétation qui en est faite.
Nous nous dirigeons vers une sombre période. Je repense au livre de George Orwell, 1984, dans lequel était décrit le lien entre le contrôle des mots, de leur définition et signification et le contrôle de la pensée réelle du peuple. Il suffit d’observer l’évolution des définitions dans le temps, qui finissent par perdre leur substance, et donner une autre interprétation

Restons vigilants ! Nous nous attachons à défendre nos libertés, principalement la liberté d’expression, face à un État qui ne pense qu’à les grignoter, au motif de faire notre bien. Ne nous laissons pas prendre la première d’entre elle, qui est celle de penser.


Source contrepoints.org