Dessins de presse
Shameless
Que l'on parle de la version originale britannique (Channel 4) ou du célèbre remake américain (Showtime), Shameless est une œuvre qui a redéfini la représentation de la pauvreté à la télévision. C'est une plongée sans filtre dans le chaos, la résilience et l’humour noir.
Voici une analyse structurée de ce qui rend cette série si unique.
Contrairement à beaucoup de fictions qui traitent de la pauvreté avec une certaine pitié ou une vision moralisatrice, Shameless adopte un point de vue interne et décomplexé.
Le South Side de Chicago : La série capture l'essence de la gentrification, de l'insécurité alimentaire et du manque de services sociaux.
La survie au-dessus de la morale : Les Gallagher ne cherchent pas à être de "bonnes personnes" selon les standards bourgeois ; ils cherchent à payer la facture d'électricité. Le vol, l'arnaque et le travail au noir sont des outils de survie, pas des traits de caractère malveillants.
Frank est le pivot de la série. Père absent, alcoolique et manipulateur de génie, il incarne le refus total de la responsabilité.
Le parasite éloquent : Malgré sa déchéance, Frank possède une intelligence et une verve philosophique qui lui permettent de justifier l'injustifiable.
Le miroir social : Il sert souvent de porte-voix pour critiquer le système (santé, politique, religion) tout en étant lui-même le produit du naufrage de ce système.
Le véritable cœur émotionnel réside dans la fratrie Gallagher, menée par Fiona.
La parentification : Fiona sacrifie sa jeunesse et ses ambitions pour élever ses cinq frères et sœurs. La série explore avec brio le coût psychologique d'un tel sacrifice.
La loyauté "Us Against the World" : Malgré les trahisons internes et les erreurs de chacun, le clan Gallagher reste une unité soudée. C’est cette solidarité organique qui empêche la série de sombrer dans le pur misérabilisme.
Shameless n'a jamais eu peur de choquer, mais ses provocations servent souvent un propos :
| Thème | Approche de la série |
| Addiction | Montrée comme un cycle destructeur, sans glamour, affectant les générations successives (Lip, Frank). |
| Santé Mentale | L'arc de Monica et Ian sur le trouble bipolaire est traité avec une justesse brutale, montrant l'impact sur l'entourage. |
| Sexualité | Représentée de manière fluide et brute, notamment à travers l'évolution de Ian et Mickey, devenue l'une des romances les plus acclamées pour sa complexité. |
La force de la série réside dans son équilibre tonal. Elle peut vous faire rire aux éclats avec une combine absurde de Debbie ou Carl, puis vous briser le cœur la scène suivante avec une rechute ou une expulsion.
Note : On appelle souvent cela la "Dramédie" (Drama-Comedy). La série utilise l'humour comme un mécanisme de défense pour ses personnages, reflétant la réalité de ceux qui vivent dans des situations précaires.
Shameless est une ode à ceux qui ne demandent pas de permission pour exister. Si les dernières saisons ont pu perdre un peu de leur mordant initial en devenant plus caricaturales, la série reste un monument culturel pour sa capacité à avoir donné une voix — et une dignité — aux "invisibles" de la société moderne.

Heureuse élue
L’élection de Nathalie Koenders à la mairie de Dijon avec un score sans appel (58,4%) prend sa source en 2012, lorsqu’en marge du congrès du PS - dont les têtes de file s’appellent alors Martine Aubry, Manuels Valls ou Benoît Hamon - François Rebsamen l’aborde, elle qui est déjà adjointe au commerce : « J’étais au PRG. Il me dit : “Voilà, il faut toujours penser à sa succession et moi je pense à toi. Donc il va falloir que tu adhères au PS et que tu te prépares.” Du coup la graine germe. Quand je deviens première adjointe en 2014, je me dis que c’est par rapport à cela. Et je me suis préparée à cette éventualité. » Ce qu’elle ne pouvait pas préparer en revanche, c’est de devoir, presqu’immédiatement, assurer l’intérim suite au décès du maire Alain Millot. L’histoire se répètera quatre ans plus tard lorsque François Rebsamen se retire quelques mois pour soigner un cancer. Elle vaut mieux qu’un joker : Nathalie Koenders le sait, elle est prête. 2020 ne sera pourtant pas pour elle : dans un pays bouleversé par l’épidémie de la covid, François Rebsamen remporte un quatrième mandat qui aurait dû l’emmener jusqu’en 2026. Mais lorsqu’en novembre 2024 il annonce démissionner avant son échéance, il ne fait de doute pour personne que sa successeure désignée occupera son siège. Le soir du 25 novembre 2024, le conseil municipal vote et sans surprise, Nathalie Koenders devient la première femme maire de la capitale des Ducs. Ses opposants se déchaînent sur l’air de l’illégitimité, une chanson que le résultat du 22 mars dernier est venu enrayer.
La raison de ce succès, Nathalie Koenders l’analyse assez simplement : « La proximité. C’est notre marque de fabrique. On gagne une élection avec des grands projets, mais on peut la perdre si on ne fait pas de proximité car il est important d’aller écouter les gens et de leur expliquer les choses sans langue de bois. Quand ce n’est pas possible, je ne dis pas “oui, on va le faire”. On ne va pas refaire la campagne, mais mes concurrents avaient des propositions irréalistes soit parce que la loi ne le permet pas (comme un casino à la CIGV, une idée de Thierry Coudert, Ndlr) ou parce que les finances ne le permettent pas. C’est comme ça que les gens se détachent de la politique. Quand on est élu local, il faut avoir cette réflexion. Je serai la maire de tous les Dijonnais, ceux qui ont voté pour nous mais aussi ceux qui n’ont pas voté pour nous, car il faut essayer de comprendre leur point de vue. »
« C’est mon moteur : être perfectionniste, avoir un challenge et aller le chercher en s’en donnant les moyens. »
Ses projets pour Dijon, qui doivent évidemment s’inscrire dans le programme de grands travaux de la métropole dijonnaise, reflètent ce désir de servir le quotidien pour une ville « écologique, sociale et attractive » (son slogan de campagne) : outre une mutuelle municipale (sorte d’achat groupé pour faire baisser le coût), la ville s’engage dans la troisième ligne de tram, une végétalisation accrue - « On va désimperméabiliser, on va planter des arbres, cela va améliorer aussi la desserte pour les mobilités actives, les piétons et les vélos, créer davantage d’îlots de fraîcheur dans tous les quartiers » -, la poursuite de l’aménagement du centre-ville, la rénovation des serres historiques du Jardin de l’Arquebuse et de la salle de l’Orangerie. L’attractivité économique mobilisera plusieurs dizaines de millions pour refaire le Parc des Expositions. Elle n’élude pas le point noir, la Cité de la gastronomie, dont la partie commerce (privée) n’en finit pas de ne pas trouver son modèle : « Le grand hall est magnifique, on va peut-être voir à le récupérer. Actuellement il est froid, il faut peut-être le faire vivre davantage, on va réunir tous les acteurs pour voir ce que l’on peut faire ».
L’autre raison du succès de sa candidature tient également, confie Nathalie Koenders, à son attachement sincère à la ville qui l’a vue grandir. Arrivée très jeune, elle y a vécu le divorce de ses parents puis au gré de ses études fortement teintées de sport de haut niveau - elle a été championne de France seniors en kayak - a emménagé dans tellement de quartiers de Dijon qu’elle en connaît la cartographie par coeur. On pourrait en ajouter d’autres, comme la ténacité, la résistance et le goût de la gagne, qualités essentielles pour briller et durer en politique. « On se demande toujours si c’est le sport qui nous forge et le fait d’avoir été championne de haut niveau, ou si c’est parce qu’à la base on est comme ça qu’on y arrive », analyse Nathalie Koenders. On pariera aussi sur sa capacité de travail et un certain pragmatisme, ses réponses lorsqu’on l’interroge sur sa relation au pouvoir. « J’ai commencé en étant adjointe, j’avais le plus petit bureau. J’ai appris, j’ai bossé, j’ai eu plusieurs délégations. Ce n’est pas une question d’ego, même s’il en faut un peu pour se voir sur des affiches. Mais il faut savoir prendre du recul pour que ça ne nous monte pas à la tête. La célébrité ou le pouvoir peuvent être tragiques si l’on n’y est pas préparé. En politique, on peut passer très vite du Capitole à la Roche Tarpéienne... »
Si les projets de la nouvelle maire abondent, son défi personnel, alors qu’elle devra compter avec la présence de François Rebsamen à la tête de Dijon métropole, sera enfin celui de l’héritage : comment tracer sa propre voie sans trahir ni se trahir ? « François Rebsamen m’a mis le pied à l’étrier et m’a fait confiance, je lui en serai toujours reconnaissante, balaie Nathalie Koenders. J’ai une certaine loyauté envers lui. Je pense qu’on gère la suite avec intelligence : il a préparé sa succession pour que cela se passe le mieux possible et cela a marché. On reconnaît aussi un grand homme politique à sa façon de transmettre le pouvoir. » Et une femme politique ? « Symboliquement, être la première femme maire de Dijon était un beau clin d’oeil. Mais les défauts ou les qualités ne sont pas genrés. Ce qui m’a fait plaisir, c’est de voir des petites filles s’identifier : des mamans me disaient que leur fille, en me voyant sur l’affiche, disait vouloir être maire plus tard. »
Remporte le 2e tour des municipales de Dijon avec 58,4% des voix.