dimanche 9 août 2026

Recettes Conserves-Mirabelles à l’eau-de-vie

  


Mirabelles à l’eau-de-vie

Préparation : 15 mn
Macération : 3 mois
Conservation : 12 mois
Pour 1 bocal de 1,5 litre
1 kg de mirabelles
1 bâton de cannelle
250 g de sucre en poudre
1 litre d’eau-de-vie blanche à 40°
1. Rincez, égouttez et séchez les mirabelles. Coupez les queues à moitié avec une paire de ciseaux. Mettez les fruits dans un bocal préalablement ébouillanté et séché. Ajoutez le bâton de cannelle. Versez le sucre puis l’eau-de-vie.
2. Fermez hermétiquement le bocal. Laissez macérer 24 heures à température ambiante. Secouez le bocal. Laissez reposer encore 24 heures. Remuez à nouveau.
3. Laissez ensuite macérer pendant 3 mois dans un endroit frais à l’abri de la lumière avant de consommer.

Billets-La laisse numérique


La laisse numérique

Pour la première fois de l’histoire, on va fliquer "l’intégralité d’un peuple". Pas un quartier, pas une ville, pas une frange de suspects : tout le monde. Chaque citoyen, chaque gosse, chaque retraité, chaque emmerdeur en puissance va se voir attribuer sa belle "identité numérique" bien propre, bien traçable, bien verrouillée. Le prétexte officiel ? Vérifier que la personne n’est pas mineure. Parce que bien sûr, la seule chose qui obsède nos dirigeants, c’est de protéger les enfants. Le vrai but ? Simple, presque poétique dans sa perversité : que le jour où l’un d’entre vous osera tenir un discours anti-système qui buzz un peu trop fort, qui dérange un peu trop les puissants, on puisse vous striker en une seconde, vous coller un procès au cul avant même que vous ayez fini votre phrase, et vous faire disparaître des radars numériques comme on éteint une lumière gênante. Bienvenue dans le futur. Ils l’appellent « progrès » et « protection de l’enfance ».  

Moi j’appelle ça la laisse définitive, avec un joli nœud rose autour du cou.  

Billets-Attractivité de la France : le coup de semonce

 


Attractivité de la France : le coup de semonce

Les responsables politiques français ont une tendance marquée à préférer, au moins en public, des contes rassurants à une réalité qui dérange. Confondre le devoir-être et l'être, en feignant de prendre le premier pour le second, présente en effet l'avantage d'éviter la remise en cause de ses schémas de pensée. Mais les chiffres ont fort peu d'égard pour les politiques conduites dans le mépris de la réalité économique. La réalité du chômage de masse, absolument insensible depuis des décennies à tous les coups de menton médiatiques affichant la « détermination » de la lutte et la « priorité » qu'elle constitue a récemment été mise en lumière par l'imprudent pari (perdu) du président. Avec l'annonce par les Nations unies de la chute de 77 % des investissements directs en France par rapport à l'année dernière, notre pays subit un nouveau rappel brutal. Nulle explication ne pourra cacher l'ampleur du décrochage : dans le même temps, l'Espagne voit ses propres investissements progresser de 37 %, l'Allemagne de 392 % (sic).

L'explication ne fait guère de doute. Les investisseurs sont hyper sensibles aux signaux pouvant créer la défiance. Si les taux de prélèvement ou le coût du travail sont des indications objectives de différentiels de rentabilité, ils sont au fond moins importants que l'instabilité fiscale ou plus généralement l'atmosphère de mépris qui entoure les entreprises.

De la même manière que l'on apprend dès le lycée que le modèle de la relance keynésienne ne marche pas dans une économie ouverte, la France doit réaliser qu'une détermination autiste de sa politique est suicidaire car elle est en concurrence avec les autres zones économiques à tous les niveaux : qu'il s'agisse d'attirer les touristes, les travailleurs les plus qualifiés ou les capitaux, nous sommes entièrement soumis à une impitoyable analyse de nos avantages respectifs. Face à cette réalité, la France privilégie trop souvent deux réactions absurdes. La première est de compter sur l'attrait traditionnel de la « douce France », censé compenser tous nos désavantages compétitifs. C'est le « syndrome de Louis XIV » qui habite encore certains de nos hauts fonctionnaires ne comprenant pas comment le monde pourrait avoir les yeux tournés ailleurs que vers Versailles. La seconde erreur est pire : éviter l'autocritique en vouant aux gémonies les agents dont les actions traduisent notre manque d'attractivité. On condamnera ainsi avec force rappels moraux les entreprises qui osent chercher à éviter de payer leurs impôts en France en utilisant pourtant les moyens les plus légaux pour le faire. Qu'il s'agisse de Google, qui a choisi l'accueillante Irlande, ou des sociétés du CAC 40, qui ne paieraient que 10 % d'impôts sur les sociétés (alors qu'elles réalisent souvent moins de ce pourcentage d'activité sur notre territoire), on détourne l'attention en s'étonnant de l'absence de masochisme fiscal des agents économiques. Mais accuser les passagers qui fuient le navire n'a malheureusement jamais empêché le bateau de couler, ni même excusé l'impéritie du capitaine.

Qu'on le veuille ou non, les territoires sont désormais en concurrence. Et l'autarcie n'est pas une solution, sauf, comme l'écrivait Bernard de Mandeville, à « reprendre le gland qui servait de nourriture à nos premiers pères ». La concurrence entre pays présente les mêmes caractéristiques que la concurrence entre entreprises : mécanisme d'allocation des ressources permettant l'émergence des acteurs les plus efficaces, elle se traduit par une impitoyable destruction créatrice. Les chiffres de la chute des IDE sont un coût de semonce. Pour survivre, la France doit décider de faire sa révolution concurrentielle en se réorganisant entièrement autour de l'impératif d'attractivité.


Source lesechos.fr (par Olivier Babeau professeur à l'université Paris-VIII 

Billets-"La bulle Macron, un matraquage publicitaire massif"


"La bulle Macron, matraquage publicitaire massif"

Pour le politologue Thomas Guénolé, les médias ont "suscité artificiellement l'intérêt" pour la candidature d'Emmanuel Macron, au risque de "piper les dés de la démocratie".

Vous vous êtes attaché à mesurer l'exposition médiatique dont a bénéficié Emmanuel Macron, et vous en concluez qu'il a bénéficié d'une "bulle" médiatique en 2016. Comment parvenez-vous à cette observation ?
Nous avons pu mesurer la bulle grâce à un indicateur fiable : nous avons comparé des données analysées via Talkwalker par Véronique Reille Soult, directrice générale de Dentsu Consulting. Durant le printemps et l'été 2016, Emmanuel Macron a recueilli 43% de part de voix dans les parutions des médias, contre 17% sur les réseaux sociaux, c'est-à-dire les contenus émis par les gens au sujet du candidat.

L'écart est si considérable qu'on peut raisonnablement qualifier cette situation de gigantesque bulle médiatique. Ceci, pour "vendre" la marque Macron par un effet bien connu des publicitaires : "l'effet de simple exposition". En résumé, cet effet veut qu'en répétant encore, encore et encore le même item à une population, toute une partie de cette population va développer artificiellement un sentiment positif envers cet item. Bref, cette bulle médiatique Macron, c'est du matraquage publicitaire massif. Je n'ai pas le souvenir de cas aussi puissants récemment. Il faut remonter à plus de 10 ans, à l'époque de Nicolas Sarkozy ministre de l'Intérieur, pour retrouver un tsunami comparable. Emmanuel Macron est une bulle de savon gonflée à l'hélium.

Comment l'expliquez-vous ?
Il y a bien sûr des marottes dans le journalisme politique. Un nouveau Premier ministre a ainsi presque toujours droit à une série d'articles positifs durant les premiers mois qui suivent sa prise de fonction. Cela arrive aussi parfois pour un simple ministre. Mais c'est sans commune mesure avec la bulle que nous avons mesurée pour l'ex-ministre de l'Economie.

Il y a trois hypothèses envisageables pour expliquer ce phénomène, et je n'ai pas d'éléments suffisants pour trancher entre les trois. La question est : pourquoi un média se met-il à vendre du Macron d'une manière aussi colossalement disproportionnée ?

  • La première hypothèse est celle de la préférence politique : le média '"roule" pour le candidat parce qu'il correspond à sa propre ligne éditoriale et politique. Cela donne donc, pour lui, des angles d'articles systématiquement favorables, des papiers qui retiennent généralement leurs coups, des critiques évidentes qu'on oublie de faire, etc. Ce choix est légitime, car un média n'a pas à être neutre. Et ce n'est pas un problème en soi. Ça devient un problème quand une grande proportion des médias se mettent à soutenir le même candidat par matraquage massif.

  • La deuxième hypothèse, c'est l'effet mimétique. Les médias s'observent beaucoup les uns les autres et il y a un effet moutonnier. En l'occurrence, un magazine fait sa couverture sur Emmanuel Macron, puis les autres journaux suivent à leur tour.

  • La troisième possibilité, c'est la volonté de l'actionnariat. Tel actionnaire veut vendre du Macron, comme autrefois tel autre actionnaire de grand média a voulu vendre du Sarkozy. C'est peut-être en raison de ses multiples positionnements extrêmement favorables aux intérêts des 0,1% les plus riches du pays. Emmanuel Macron est quelqu'un qui dit qu'un jeune devrait avoir envie de devenir millionnaire, qu'il faut supprimer l'ISF pour les grands investisseurs, et ainsi de suite. Ce qui ne manque pas de trouver un certain écho. Et, comme ministre, il a défendu une ligne très favorable aux grands groupes privés, c'est un fait.

Son exposition médiatique n'est-elle pas due, plus simplement, au fait qu'Emmanuel Macron fait vendre des journaux, qu'il fait de l'audience à la télé ? Bref, qu'il intéresse les consommateurs de médias ?
Au démarrage, la curiosité initiale des gens n'était pas suffisante. C'est le matraquage médiatique massif qui, par "effet de simple exposition", a suscité artificiellement l'intérêt des gens et abouti à ces niveaux d'audience. Et puisque l'intérêt fabriqué ainsi est artificiel, cela revient à piper les dés de la démocratie. C'est un danger. Il y a pourtant des pistes pour protéger le pluralisme démocratique dans notre pays. Il faudrait engager une réflexion sur les quotas.

Quelles pistes proposez-vous ?
Les médias de l'audiovisuel sont aujourd'hui encadrés par une règle des quotas de temps de parole directe des partis et des personnalités politiques. Nous pourrions élargir ces quotas à la presse écrite, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Après tout, avoir sa ligne éditoriale est une chose ; refuser d'interviewer tel ou tel candidat ou l'interviewer beaucoup moins, c'en est une autre.

Autre proposition : dans l'audiovisuel, le CSA ne fait pas de contrôle des temps d'expression des médias au sujet des candidats. Il faudrait élargir les quotas d'équité, non seulement au temps de parole des candidats, mais aussi à l'expression des médias eux-mêmes qui leur est consacrée. C'est techniquement possible, et c'est probablement la seule façon d'éviter le problème du matraquage médiatique.

Une presse en liberté conditionnelle ?
La question n'est pas la liberté de la presse, puisque cette réforme des quotas ne remettrait pas en cause la liberté de ligne éditoriale des médias. L'idée serait seulement de leur imposer une répartition équitable du volume d'articles, d'interviews, de vidéos, d'éditoriaux, qu'ils consacrent aux différentes offres politiques. Car sinon, à cause de "l'effet de simple exposition", un matraquage médiatique autour de tel candidat peut aboutir à des déséquilibres colossaux dans les élections.

Le cas extrême, c'est Donald Trump. Il a été hyper-médiatisé au début de la campagne des primaires du Parti républicain : très au-delà du raisonnable, très au-delà de ce que son caractère nouveau ou transgressif pouvait objectivement justifier. In fine, "l'effet de simple exposition" qui en a résulté a abouti à lui donner une énorme dynamique. Plusieurs médias américains ont d'ailleurs engagé une réflexion sur leurs pratiques.

Les victoires de François Fillon et de Benoît Hamon ne montrent-elles pas qu'un candidat peut gagner sans matraquage médiatique, voire en étant sous-médiatisé ?
Non, car dans les deux cas, le candidat n'a fini par percer que quand la campagne électorale audiovisuelle a arrêté de le sous-médiatiser. Pour François Fillon, le décollage commence quand les trois débats lui donnent enfin une exposition consistante après des mois de surexposition d'un duel Juppé-Sarkozy annoncé comme inéluctable. Pour Benoît Hamon, le décollage commence quand il est enfin l'invité d'un format long, L'Emission politique, et la montée en puissance intervient pour lui aussi avec les trois débats, après un duel Valls-Montebourg annoncé comme inéluctable.

Votre étude sur le matraquage médiatique au bénéfice d'Emmanuel Macron porte sur 2016. Mais début 2017, la bulle Macron continue-t-elle ?
La primaire de la gauche, puis les affaires de François Fillon, ont créé une parenthèse en janvier-février. Nous observons donc que les parts de voix d'Emmanuel Macron à la fois dans les médias et sur les réseaux sociaux redescendent dans les deux cas, grosso modo, autour de 20%.

J'attends toutefois la fin de février pour calculer si le matraquage médiatique a repris, mais il semble que ce soit le cas si je regarde les couvertures de plusieurs magazines ces toutes dernières semaines… Il faudrait que des médias se calment dans leur volonté obsessionnelle de nous vendre Emmanuel Macron : autrement nous ne serions même plus dans le matraquage médiatique, mais dans le gavage d'oie !

Qui plus est, c'est le matraquage d'une marque mais jusqu'à présent, il n'y a pas grand-chose derrière. La consultation des fiches thématiques de son site Internet montre que les propositions concrètes restent maigres.

A quelques semaines seulement du premier tour, on ne peut toujours pas identifier le cap vers lequel Emmanuel Macron veut nous emmener. Le candidat n'a exposé clairement ni sa vision, ni ses valeurs, sans même parler de son programme – même si le programme est beaucoup moins important pour les gens que la vision et les valeurs. Je ne vois chez lui qu'un seul exemple de cap clair : son positionnement en faveur d'une Europe fédérale. Mais c'est le cas d'à peu près tout le monde en dehors de l'extrême droite et des altermondialistes : bref, à ce jour le "macronisme" reste à l'état gazeux.

Source tempsreeel.nouvelobs.com
Photo Emmanuel Macron, le 2 décembre 2016 à Deauville lors du Women's Forum Global Meeting (GOUHIER-WF/WOMEN'S FORUM/SIPA)
Par Thomas Guénolé.


Thomas Guénolé est politologue, enseignant à Sciences Po Paris et à Paris II, auteur de "La Mondialisation malheureuse" (éditions First, 2016) et "Petit guide du mensonge en politique" (Fayard, 2017, réédition). 

Billets-Le contrôle du langage

  


Le contrôle du langage

La nouvelle est tombée sur BFM : dans certains collèges et lycées, le « tchip », ce petit bruit de succion qui rendrait fou des professeurs, est maintenant réglementé.

Là où le bât blesse, c’est que ce fameux tchip, « concentré de dédain », a été rendu populaire par nulle autre que Madame Taubira. Elle l’avait en effet utilisé pour qualifier ses détracteurs, le rendant populaire au point de devenir habituellement utilisé par les adolescents

Je ne m’attarde pas sur l’incongruité d’interdire à certains l’usage d’une onomatopée permise à d’autres sans donner le sentiment d’une liberté d’expression à géométrie variable. En effet, chaque langue forge d’une façon particulière la vision du monde de ceux qui l’utilisent. On voit ce que l’on dit. Je prends l’exemple de l’anglais qui différencie le sheep (dans le pré) du mutton (dans l’assiette).

Nommer est une décision humaine intelligente, la première étape de la pensée scientifique et de la pensée tout court. Nommer, c’est distinguer, classer, mettre en ordre le monde, le comprendre et le modifier. C’est, plus simplement, prendre le pouvoir. Il s’agit donc d’une arme redoutable qui peut servir à libérer, magnifier ou à l’inverse, réduire en esclavage, insulter, lancer des propagandes, exclure.

Le contrôle du langage est donc important pour nos dirigeants qui sont censés avoir conscience de l’impact des mots. D’ailleurs, mus par une éthique souvent contestable, ils usent et abusent constamment de cette arme dans les promesses qu’ils nous font, les injonctions dont ils nous menacent, les pseudo-vérités qu’ils nous assènent, les visions délirantes de la société dont ils veulent nous convaincre.

Il n’est pas innocent dans ce contexte de remplacer un mot par un autre véhiculant une vision différente. Ainsi la « secrétaire » devient « assistante », une « femme de ménage » une « technicienne de surface », un « instituteur » se transforme en « professeur des écoles ». La réforme des programmes scolaires et son lot de remplacements ridicules comme substituer  « nager » par « se déplacer de manière autonome dans un milieu aquatique profond » en est également une illustration édifiante.

La tentative des gouvernants de contrôler le peuple en contrôlant le langage n’est pas nouvelle : si les Serments de Strasbourg en 842 sont considérés comme le plus ancien document écrit en français, la France jusqu’au 17ème siècle était multilingue (langue vulgaire et latin), ce qui posait problème notamment dans l’assise du pouvoir administratif et judiciaire. Il était indispensable d’unifier la nation autour d’une langue.

C’est ainsi que l’ordonnance de Villers-Cotterêts a permis d’entamer ce processus :

Article 110 : afin qu’il n’y ait cause de douter sur l’intelligence des arrêts de justice, nous voulons et ordonnons qu’ils soient faits et écrits si clairement, qu’il n’y ait, ni puisse avoir, aucune ambiguïté ou incertitude, ni lieu à demander interprétation.

Article 111 : et pour que de telles choses sont souvent advenues sur l’intelligence des mots latins contenus dans lesdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel français et non autrement.

Richelieu a créé en 1635 l’Académie française afin, selon les termes de Marc Fumaroli, de « donner à l’unité du royaume forgé par la politique une langue et un style qui la symbolisent et la cimentent ». Ainsi, l’article 24 des statuts précise que « la principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».

La révolution française a accolé l’idée de nation à la langue pour amener un sentiment d’identité nationale, confirmant le processus qui a été encore accentué par Jules Ferry (l’école obligatoire) et le concept de laïcité.

Il est par contre notable de constater que le pouvoir politique a laissé à une institution indépendante, pendant des siècles le soin d’enregistrer, d’établir et de régler l’usage du français. Depuis les années 1970 cependant, le gouvernement, toutes tendances politiques confondues, essaie régulièrement d’étendre son pouvoir en régulant la langue française.

Sous Pompidou (Pierre Messmer Premier ministre), a décidé de lutter contre l’invasion ou la prédominance anglaise. À partir de 1972, des commissions ministérielles de terminologie et de néologie sont constituées pour désigner, au besoin créer, des termes français pour éviter un mot étranger. Ces termes s’imposent alors à l’administration. Ainsi baladeur remplace walkman par exemple.

Sous Valéry Giscard d’Estaing (Chirac Premier ministre), en 1975, la loi dite « Bas-Lauriol » rend l’emploi du français obligatoire dans l’audiovisuel, le commerce et dans le monde du travail.

Toutes ces dispositions n’empêchent pas l’anglais d’être LA langue. Au cours des années 1990, la gauche décide de renforcer l’ensemble législatif.

Sous Mitterrand (Bérégovoy Premier ministre), un nouvel alinéa est ajouté, le 25 juin 1992, à l’article 2 de la Constitution : la langue de la République est le français.
La loi du 4 août 1994, dite « loi Toubon » tente d’élargir les dispositions de la loi de 1975 relative à la primauté des termes francophones face aux anglicismes. Elle reconnait le droit de s’exprimer et de recevoir, et l’obligation de rédiger toutes les informations en français. Il est intéressant de noter que le Conseil constitutionnel l’a beaucoup allégée, estimant que l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen interdisait à l’État de déterminer le vocabulaire à utiliser par les médias ou les personnes privées dans l’ensemble de leurs activités. La loi ne peut intervenir que pour les personnes morales de droit public et les personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public (article 5 de la loi).

Sous Chirac (Juppé Premier ministre), le décret du 3 juillet 1996 met en place une nouvelle commission générale de terminologie et de néologie. L’accord de l’Académie française devient indispensable pour que les termes d’enrichissement « recommandés » soient publiés avec leurs définitions au Journal Officiel. La prédominance de fait de l’Académie se trouve ainsi confirmée par le droit.

La tentative de féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres est une illustration assez marquante de cette volonté de légiférer à tout va. Il a en effet été décidé, dans les années 80, de lutter contre le sexisme dans la société grâce aux mots.
Ainsi sera créée une « commission de terminologie relative au vocabulaire concernant les activités des femmes » pour que « la féminisation des noms de professions et de titres vise à combler certaines lacunes de l’usage de la langue française dans ce domaine et à apporter une légitimation des fonctions sociales et des professions exercées par les femmes ».

L’Académie française, non consultée, fait part de ses réserves et indique, arguments à l’appui, que la féminisation risque d’aboutir à un résultat inverse et créer dans la langue une discrimination entre les hommes et les femmes. Elle en profite pour contester enfin le principe même d’une intervention gouvernementale sur l’usage, jugeant qu’une telle démarche risque « de mettre la confusion et le désordre dans un équilibre subtil né de l’usage, et qu’il paraîtrait mieux avisé de laisser à l’usage le soin de modifier ».

Une circulaire du Premier ministre Jacques Chirac recommandera, en 1986, de procéder malgré tout à la féminisation, mais cette circulaire ne sera pas appliquée.
En 1997 (Présidence Chirac- Gouvernement Jospin), certains ministres du gouvernement préconiseront pour leur compte la forme féminisée « la ministre », ce qui provoquera une nouvelle réaction des immortels.

Dans une circulaire du 6 mars 1998, le Premier ministre Lionel Jospin, constatant le peu d’effet du texte de 1986, propose malgré tout d’imposer la féminisation « dès lors qu’il s’agit de termes dont le féminin est par ailleurs d’usage courant ». Il charge alors une commission générale de terminologie et de néologie de « faire le point sur la question ». Le rapport de la commission en octobre 1998 rappelle qu’une intervention gouvernementale sur l’usage n’est pas recommandée et ne sera pas suivie d’effet.

L’incident qui a eu lieu à l’Assemblée nationale il y a peu de temps est assez symptomatique de tout cela.

Tout est dit : légiférer la langue de manière aussi directe est juste une perte de temps et d’énergie. Pour influencer les esprits, il faut le faire plus subtilement, ce dont ils ne se privent d’ailleurs pas.

Un exemple édifiant est celui d’un morceau de tissu pouvant cristalliser des positions racistes en fonction du nom qui lui est donné et de l’interprétation qui en est faite.
Nous nous dirigeons vers une sombre période. Je repense au livre de George Orwell, 1984, dans lequel était décrit le lien entre le contrôle des mots, de leur définition et signification et le contrôle de la pensée réelle du peuple. Il suffit d’observer l’évolution des définitions dans le temps, qui finissent par perdre leur substance, et donner une autre interprétation

Restons vigilants ! Nous nous attachons à défendre nos libertés, principalement la liberté d’expression, face à un État qui ne pense qu’à les grignoter, au motif de faire notre bien. Ne nous laissons pas prendre la première d’entre elle, qui est celle de penser.


Source contrepoints.org 

Billets-Une intelligence artificielle peut-elle devenir présidente des Etats-Unis ?


Une intelligence artificielle peut-elle devenir présidente des Etats-Unis ?

Une campagne en ligne, Watson 2016, vante les mérites d’une intelligence artificielle à la Maison blanche. Une manière de critiquer le système politique actuel.

Il ressemble à tous les autres sites des candidats à la présidentielle américaine. Un drapeau étoilé flotte au vent, le design est soigné, agrémenté de vidéos, le propos est clair, argumenté, direct. A la différence près que ce candidat-là n’est pas humain : il s’agit de Watson, le programme d’intelligence artificielle phare d’IBM, l’un des plus avancés au monde.

« Nous pensons que les capacités uniques de Watson pour analyser l’information, et prendre des décisions éclairées et transparentes, en font un candidat idéal pour le poste à responsabilités que représente celui de président », peut-on lire sur le site de la campagne Watson 2016. Sur un ton on ne peut plus sérieux, le site déroule son argumentaire :

« Plus Watson intègre d’informations, plus ses capacités de prise de décision sont efficaces. Il est capable d’analyser des informations venant de n’importe quelle source, il peut donc prendre en compte différentes perspectives et opinions sur tous les sujets. […] C’est une tâche que doivent effectuer quotidiennement les politiques, y compris le président, et qui pourrait être effectuée de façon plus appropriée et efficace par une intelligence artificielle. »

Selon ce site, Watson pourrait analyser, en prenant en compte de nombreux paramètres, les qualités et défauts de chaque décision, en évaluant « son impact sur l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, la diplomatie et les libertés publiques ».


« Frustration et désillusion »
D’où vient ce site ? S’agit-il d’une campagne de communication d’IBM ? L’entreprise a répondu au Monde qu’elle n’avait rien à voir avec ce projet, et refuse de le commenter. Peut-être vient-il alors de l’Electronic Frontier Foundation, une importante association de défense des libertés numériques, à laquelle le site propose de faire des dons ? Non plus.

Cette initiative vient en réalité de l’artiste et designer Aaron Siegel, professeur de design à l’université de Californie du Sud, qui se présente comme le « directeur de campagne » de Watson 2016. Comme il l’explique au Monde, ce projet est issu « de la frustration et de la désillusion vis-à-vis du processus de l’élection présidentielle américaine ». Il fustige la façon dont les candidats s’en tiennent à la vision de leur parti « au lieu d’aborder les problèmes de façon objective », le coût démesuré des campagnes qui, selon lui, oblige les candidats à se soumettre aux puissances de l’argent, et évoque un « besoin de transparence en politique ».

« Je me suis demandé quelle personne pouvait être le politicien le plus objectif, efficace et non partisan, et je me suis rendu compte que cette personne était un ordinateur. » Dans son rôle de directeur de campagne, il assure que Watson représente une solution viable :

« Nous pensons qu’une intelligence artificielle telle que Watson peut apporter les capacités de prise de décision objectives dont nous avons besoin chez un dirigeant, ainsi que la transparence nécessaire pour analyser comment ces décisions ont été prises et pourquoi. Le système n’est lié à aucun parti, ses décisions sont donc fondées uniquement sur l’information dont il dispose, et non sur des idéologies. »

« Réponses immédiates à une large gamme de sujets »
Est-il vraiment sérieux ? « Au vu des problèmes listés sur le site de la campagne, je suis assez sérieux », assure-t-il, tout en précisant que « le but de cette campagne est de présenter une alternative à la façon dont le gouvernement fonctionne, pour faire en sorte que les gens réagissent à cette idée. »


Voilà donc l’objectif réel de Watson 2016 : interroger le système politique actuel, mais aussi la place de l’intelligence artificielle dans notre monde. « J’espère que cela poussera les gens à discuter du potentiel de l’intelligence artificielle dans la politique. »
Aujourd’hui, le programme d’IBM est déjà utilisé à des fins médicales, puisque, en analysant les données d’un patient, elle est capable d’aider les médecins à établir un diagnostic. Sur le site d’IBM, l’entreprise vante aussi l’utilité de Watson dans le secteur public :

« Il est parfois difficile pour les organismes du secteur public de répondre aux questions qui leur sont posées, et ce, du fait de la difficulté à s’y retrouver dans l’immense masse de données qu’ils possèdent. Les capacités analytiques de Watson peuvent permettre d’apporter une réponse immédiate à des questions touchant une large gamme de sujets : “Quelles sont les règles de plan d’occupation des sols pour construire un porche ?” ; “Cette taxe s’applique-t-elle à moi ?” ; “Quelle est la meilleure façon d’obtenir un visa ?” »

« Rendre Watson open source »
On est encore loin de la capacité de prise de décision politique fantasmée par Aaron Siegel, malgré les prouesses dont est déjà capable son candidat. Watson avait notamment occupé le devant de la scène en 2011 en battant ses adversaires humains au jeu télévisé américain « Jeopardy! ». Dans ce classique de la télévision américaine, le présentateur lit une réponse et les participants doivent deviner la question qui s’y rapporte. Après deux jours de compétition, Watson avait écrasé ses concurrents — une étape symbolique dans l’histoire de l’intelligence artificielle. « Si vous voulez devenir président, il vaut mieux être déjà un peu connu », plaisante Aaron Siegel quand on lui demande pourquoi il a choisi ce programme plutôt qu’un autre.

Quand bien même Watson serait un jour capable de prendre des décisions politiques, s’agirait-il réellement de décisions objectives ? La façon dont est codé un programme serait-elle vraiment exempte de tout biais politique ?


« C’est exactement le type de questions que j’espérais que cela soulève, répond Aaron Siegel. Un des principaux problèmes que les gens ont soulevés concernant Watson est qu’il est développé par IBM. Ne pas savoir exactement comment il fonctionne les met mal à l’aise. Cela pourrait être réglé en rendant Watson open source », c’est-à-dire en rendant son code source accessible à tous, et donc transparent.


Source lemonde.fr

 

Billets-“La menace, ce n’est pas les Fake News, c’est l’autoritarisme de l’État”

 


“La menace, ce n’est pas les Fake News, c’est l’autoritarisme de l’État”

Emmanuel Todd réagit ici au sujet des Fake News 
Que pensez-vous du projet du gouvernement de faire voter une loi contre les “Fake news » ?
Je suis très inquiet. Ce qui me frappe dans la période actuelle, alors que nous sommes censés vivre l’apothéose de la démocratie libérale après l’effondrement des totalitarismes, c’est le rétrécissement des espaces d’expression et de la liberté de pensée.
La liberté, depuis le Moyen Age, s’est d’abord définie contre l’Église et puis contre l’État. Dire que l’État va assurer la liberté d’expression, c’est un oxymore historique ! Et je suis plus particulièrement inquiet pour la France, en tant qu’historien, parce qu’elle est ambivalente dans son rapport à la liberté : elle est à la fois l’une des trois nations qui ont construit la démocratie libérale, avec l’Angleterre et les États-Unis, et le pays de l’absolutisme de Louis XIV, de Napoléon I” et Napoléon III, de Pétain et de l’ORTF.
Or nous sommes en train de vivre une désintégration des partis et de la représentation politique. Les groupes culturels et idéologiques antagonistes qui assuraient un pluralisme structurel de l’information (le PC, l’Église, le socialisme modéré, le gaullisme …) ont implosé. Le pluralisme n’est donc plus assuré et les médias représentent de plus en plus une masse indistincte. Typiquement le genre de situation dans laquelle l’État peut émerger comme une machine autonome et se mettre au-dessus de la société, pour la contrôler. La séparation des pouvoirs est de moins en moins assurée. La menace que je vois se dessiner ce n’est donc pas celle des Fake news, mais celle de l’autoritarisme de l’État et son autonomisation en tant qu’agent de contrôle de l’opinion. Il sera d’autant plus autoritaire sur le plan de l’information qu’il s’avère impuissant sur le plan économique : la société est bloquée, avec son taux de chômage tournant autour de 10%, et de plus en plus fragmentée en groupes qui se renferment sur eux-mêmes (les Corses, les habitants de Neuilly, autant que les musulmans).
Vous parlez de l’État, mais le risque n’est-il pas aujourd’hui du côté d’entreprises privées, comme Facebook ?
Que ces entreprises (les fameux Gafam : Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ne paient pas les impôts qu’ils devraient, qu’ils aient des stratégies monopolistes, oui, bien sûr. Mais je ne crois pas que ces moyens d’échange entre individus, par ailleurs extraordinaires quant à leur capacité à faire circuler l’information, soient les puissances occultes qu’on nous décrit. Ce que je sais en revanche, c’est qu’il y a des pays où l’accès à internet est contrôlé, comme la Chine, un État semi ou post-totalitaire où la police est reine.
Attirer l’attention sur les Gafam, c’est détourner l’attention de l’acteur majeur et producteur principal de Fake news dans l’Histoire, qu’est l’État. Parce que nous sommes en économie de marché, les Français surestiment le libéralisme intrinsèque de leur société et ils sous-estiment la puissance de désinformation de l’État. La guerre d’Irak a pourtant commencé par des Fake news qui venaient de l’État américain sur les armes de destruction massive en Irak, avec Colin Powell qui agitait son petit flacon devant le conseil de sécurité de l’ONU …
C’est l’État qui a la puissance financière, l’avantage de la continuité, le monopole de la violence légitime : s’il y a bien un producteur de Fake news à contrôler c’est l’État. Et l’État de son propre pays, pas les États extérieurs. Le principe fondateur de la démocratie libérale, c’est, en effet, que si la collectivité doit assurer la sécurité du citoyen, le citoyen doit être protégé contre son propre État.
En outre, les fausses nouvelles, les délires et les rumeurs mensongères, c’est l’éternité de la vie démocratique. Et l’idée même de la démocratie libérale, c’est de faire le pari que les hommes ne sont pas pour toujours des enfants. Contrôler l’information, c’est infantiliser le citoyen.
Au fond, ce débat évoque des classes dirigeantes en grande détresse intellectuelle. Comme elles ne comprennent plus la réalité qu’elles ont elles-mêmes créée, le comportement des électorats, Trump, le Brexit…, elles veulent interdire. Non content d’avoir le monopole de la violence légitime, l’État voudrait s’assurer le monopole des Fake news.

 

samedi 8 août 2026

Dessins de presse

 


Dessins de presse

Billets-Tina Turner

 



Tina Turner


Le 3 juillet 1976, Tina Turner attendit qu’Ike s’endorme dans leur chambre d’hôtel à Dallas. Son visage était enflé après une nouvelle correction. Dans sa poche, elle avait trente-six cents et une carte d’essence Mobil. C’était tout. Tina s’éclipsa du Statler Hilton et s’enfuit dans la nuit. Aucune voiture ne l’attendait. Aucune amie à proximité. Aucun plan d’évasion minutieusement préparé. Elle traversa l’Interstate 30 à pied, slalomant entre les voitures et évitant de justesse un camion. De l’autre côté se dressait un Ramada Inn. Le gérant la reconnut malgré ses blessures. Il lui donna une chambre, posta la sécurité devant la porte et la laissa se cacher pendant que son corps commençait à guérir. Pour la première fois depuis des années, elle était en sécurité. Trois semaines plus tard, Tina demanda le divorce. Après seize ans de mariage, elle ne réclama presque rien. Pas de maison. Pas d’argent. Pas de droits d’auteur. Elle ne voulait qu’une chose. Son nom. « Tina Turner. » Ike avait créé ce nom dans le cadre du spectacle qu’il contrôlait. Tina le reprit comme fondation de la vie qu’elle comptait bâtir. Elle partit avec des dettes, des problèmes fiscaux et un avenir incertain. L’industrie musicale la considérait comme finie. Elle approchait de la quarantaine, avait peu de contrôle sur ses anciens enregistrements et tentait de recommencer dans un milieu obsédé par la jeunesse. Tina refusa de disparaître. Elle pratiquait le bouddhisme Nichiren et récitait des prières quotidiennement pour trouver la force. Elle accepta presque n’importe quel travail proposé : apparitions télévisées, salons d’hôtels, foires locales et petits événements d’entreprise. Les scènes étaient loin des arènes qu’elle avait autrefois remplies. Pourtant, elle se produisait comme si chaque public comptait. Pièce par pièce, elle se reconstruisit. Puis arriva 1984. À quarante-quatre ans, Tina sortit Private Dancer. L’album devint un succès mondial. « What’s Love Got to Do with It » atteignit la première place. Des Grammy Awards suivirent. Tout comme de grandes tournées, des films et la reconnaissance qu’elle avait gagnée à ses propres conditions. La femme qu’on avait écartée comme une has-been devint la Reine du Rock and Roll. Sa seconde carrière dura des décennies. Elle vendit des millions de disques et remplit des stades à travers le monde. Elle trouva aussi un amour plus doux avec Erwin Bach, qu’elle rencontra en 1986. Des années plus tard, quand Tina souffrit d’une insuffisance rénale, Erwin donna l’un de ses reins pour lui sauver la vie. Tina mourut paisiblement en Suisse en 2023, à quatre-vingt-trois ans, avec Erwin à ses côtés. Son héritage dépasse la musique. C’est l’histoire d’une femme qui s’est enfuie avec presque rien et a découvert que presque rien pouvait encore suffire. Trente-six cents. Une carte d’essence. Un nom. Et le courage de traverser la route. Tina Turner a prouvé que recommencer n’est pas réservé aux jeunes. Parfois, une vie recommence au moment précis où vous courez enfin vers vous-même.


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