vendredi 10 avril 2026

Billets-Suggestions pour défendre la liberté

  


Suggestions pour défendre la liberté

Suggestions américaines pour mener une vie plus libre, donner l’exemple et faire la différence. Certaines ne sont pas très applicables en Europe mais elles vous inspireront.

Les libéraux s’élèvent contre le monstre appelé « État » mais cela pose tout de même un gros problème. L’État n’a pas grand chose à faire de ce que nous pensons. Il continue gaiement à oppresser les gens, ruiner des vies et à saccager la liberté et la propriété privée. Que peuvent faire les défenseurs de la liberté pour faire la différence ?

La « gauche progressiste » est très forte pour avancer par petits pas vers son objectif. Elle se focalise sur les moyens concrets d’améliorer la vie. Elle nous dit que nous devrions utiliser des vélos et non pas conduire nos voitures, recycler plutôt que mélanger les déchets, faire du compost etc. Ces expressions de leurs valeurs politiques au sein même de leur mode de vie constituent une sortie de liturgie quotidienne pour des gens intéressés par la mise en pratique d’un point de vue sur la manière dont le monde devrait être.

Pourquoi les libéraux n’ont-ils rien de similaire ? Un plan pour la mise en pratique de notre vision de l’ordre social au sein de notre vie privée ? On y arrive. J’ai remarqué à la dernière Porcfest un accent très fort sur la pratique de la liberté. Ce n’est pas la même chose que faire de la politique conventionnelle. En fait, c’est bien plus radical. Il s’agit de s’investir, soutenir les causes justes, se faire un chemin à coup de griffes vers la liberté et construire des institutions solides en dehors de l’État.

Sur la base de mon expérience à Porcfest, voici une tentative de chronique pour une procédure de rébellion silencieuse :

Sortez des dettes
Depuis que les banques centrales ont été créées par les États, le système monétaire récompense les endettés au détriment des économes. Les présidents et les économistes employés par le gouvernement ont encouragé les gens à vivre au-dessus de leurs moyens, l’État montrant l’exemple. Voyez maintenant comment les dettes ont compromis notre indépendance, nos choix possibles et, au final, notre liberté personnelle. Pour une vie plus libre, on peut remédier à cette situation.

Réexaminez l’école publique
La plupart des gens ont recours à l’école publique par réflexe, mais il existe peut-être une meilleure voie, malgré le contrôle public. À peu près partout, malgré tous les obstacles, il existe des organisations de homeschooling, de petites options privées ou des écoles religieuses.

Possédez une arme à feu
Les armes sont le produit de l’entreprise privée, une épopée historique pour la protection de la propriété et de la vie. N’en laissez pas le monopole à l’État.

Achetez des munitions
Même si vous ne possédez pas d’arme à feu, nombreux sont ceux qui estiment que les munitions constituent un investissement intéressant. Leur prix ne cesse de grimper et, en cas de crise, elles pourraient prendre beaucoup de valeur.

Achetez de l’or
C’est peut-être un très bon investissement mais ce n’est pas ici le sujet. L’or constitue un rappel criant que, fut un temps, la monnaie appartenait au peuple, pas aux banques ni à l’État. En posséder, ne serait-ce qu’un peu, permet de garder cette vérité à l’esprit.

Achetez des bitcoins
Les cryptomonnaies sont peut-être la plus spectaculaire innovation de notre époque. Il n’est pas difficile d’en faire partie. Téléchargez un porte monnaie, achetez en ligne ou localement, utilisez le distributeur de Bitcoin, et commencez à apprendre comment utiliser la monnaie de l’avenir.

Voyagez en dehors du pays
Le nationalisme est un réflexe mais il est totalement facultatif. Sortir de votre pays maternel est un moyen magnifique de voir qu’il existe une vie en dehors de l’État-nation.

Ne prononcez pas le serment
Le « serment d’allégeance » est une invention socialiste/fasciste du début du 20e siècle, une invention qui vous écarte de l’auto-détermination et vise à faire de l’État une religion.

Tentez l’éducation pacifique
Si le principe de non-agression est le premier principe de la vie sociale, pourquoi ne le serait-il pas pour la vie familiale également ? L’excès de pouvoir est un problème, quel que soit le lieu où il intervient. La paix des ménages est un très bon professeur.


Éteignez les médias traditionnels
Fut un temps, l’État contrôlait toutes les informations auxquelles vous aviez accès grâce à des structures réglementées. Ce temps est révolu. Vous pouvez accélérer la mort des médias traditionnels simplement en ne leur accordant plus votre attention.

Venez à Porcfest ou à d’autres événements
Un événement sur le thème de la liberté peut changer votre vie en vous ouvrant à de nouvelles idées, vous aidant à développer de nouvelles amitiés et montrer la joie que confère la liberté. Il y en a de plus en plus dans le pays.

Soutenez les « food trucks »
La révolution des food trucks (camions à nourriture) fait plaisir à voir. Tout le monde ne peut pas être réglementé et il existe des millions de ces restaurateurs justiciers qui roulent à travers le pays. Ils ont besoin de votre soutien.

Réévaluez le matérialisme
Les politiques publiques récompensent depuis longtemps l’accumulation et le consumérisme de court-terme. Économiser et ne pas dépenser, se débarrasser de ce qui vous pèse et penser à l’avenir, voilà des actes révolutionnaires.

Achetez un auto-collant à pare-choc
Il arrive qu’un simple slogan à l’arrière d’une voiture soit le déclencheur d’une nouvelle manière de penser. De surcroît, cela peut vous faire rencontrer des gens fantastiques.

Modifiez vos équipements ménagers
La réglementation contrôle tant de choses chez vous, mais vous pouvez contourner une bonne partie des problèmes qui en résultent en modifiant votre pomme de douche, votre ballon d’eau chaude ou la pression de votre eau courante. Rien de tout cela n’est illégal et cela peut massivement améliorer votre vie quotidienne.

N’oubliez pas les prisonniers
La plupart d’entre nous connaissons des gens emprisonnés de manière injuste. Plus de la moitié le sont sans bonne raison. Ils ont besoin de lettres, de visites et leurs familles ont besoin de votre soutien. Ils constituent la première ligne des victimes de l’État. Ne les oublions pas.

Soyez bons avec les autres
Un aspect de la démocratie est la manière dont elle dresse les individus les uns contre les autres, sur la base du sexe, de la race, de l’éducation, de la religion, des capacités ou de n’importe quelle manière que les élites trouvent. Vous pouvez éviter cela par de simples actes d’amitié qui refusent de participer à ce monde impitoyable.

Utilisez Uber ou Lyft (ou Allocab, NDT) pour vous déplacer
Toutes les villes ont tenté de mettre en place le monopole des taxis, et c’est une belle chose que de le voir exploser grâce à l’entrepreneuriat. Lorsque vous avez le choix, pourquoi ne pas utiliser un service privé plutôt qu’un service public ?

Utilisez AirBnB pour déjouer les réglementations
La révolution du partage est intervenue avant que l’État puisse la contrôler, et vous avez maintenant d’incroyables services en dehors des réglementations urbanistiques. Vous pouvez proposer une chambre de votre maison ou utiliser celle de quelqu’un d’autre lorsque vous voyagez.

Payez cash
Il y a peu d’employés ou de petites boutiques qui ne préféreront pas être payés en espèces plutôt que de devoir régler d’importants frais de carte de crédit.

Utilisez Craigslist (ou Le Bon Coin, NDT)
Voici un service impressionnant, un produit du marché libre qui illustre l’incroyable inclusivité du commerce peer-to-peer.

Assemblez un réseau
Si la lutte en arrive à l’État contre les individus, nous allons perdre. Cependant, se réunir en groupes de soutien nous donne à tous une chance. C’est l’avantage principal des réseaux sociaux. Nous pouvons construire des institutions qui nous aident personnellement et qui peuvent s’élever contre le contrôle du Léviathan.

Commandez vos médicaments sur ordonnance à l’étranger
Le législateur déteste le marché en ligne des médicaments sur ordonnance mais il ne peut pas le faire disparaître. Bien souvent, vous payez pour des médicaments usuels moins de la moitié du prix que vous auriez payé dans les pharmacies réglementées, et le marché concurrentiel a permis de notables améliorations dans la qualité et le service.

Téléchargez et lisez des livres électroniques gratuits
L’économie de marché cherche depuis plus de 1000 ans à mettre la littérature entre les mains de tout un chacun. Ce jour est finalement arrivé. Avec une tablette à 100 euros, vous pouvez télécharger des milliers de livres. Profitez-en !

Développez des compétences
Même si cela peut paraître extravagant, rien ne remonte davantage le moral que l’acquisition d’une nouvelle compétence et le sentiment de valeur individuelle qu’elle vous apporte. Cela peut être la fabrication du vin. Ou le jardinage. Ou les arts martiaux. Un investissement pour vous-même est un investissement pour la liberté.

Ayez un passeport
Les passeports ne devraient pas exister mais si vous n’en avez pas, vous êtes coincé dans votre pays d’origine. Ceux qui aiment la liberté devraient être prêts à se sauver, si cela se révélait nécessaire.

Faites-vous des amis
La nature de l’étatisme est de dresser les individus les uns contre les autres, éloignant de plus en plus le civisme de nos vies. Le moyen le plus simple de renverser cette tendance est de cultiver de belles amitiés et de s’y accrocher comme à des trésors tout au long de sa vie.

Mangez paléo
Dans les années 1970, l’État a décidé que la meilleure nourriture à fourrer dans notre bouche devait être pleine de glucides. C’était de la mauvaise science qui a eu pour résultat une dégradation de la santé. Nous avons toujours le droit de choisir ce que nous mangeons et ne pas faire ce que l’État recommande est un bon début.


Utilisez la technologie pour éviter les contrôles de police
Nous savons ce que fait la police : elle collecte des taxes sous le prétexte de faire respecter les lois routières. Nous avons maintenant des applications comme Waze (ou Coyote, NDT) qui nous préviennent lorsque la police nous surveille, et nous permettent de prévenir les autres. C’est un souffle pour la liberté individuelle !

Abonnez-vous à Netflix
Ce service a permis de mettre fin au monopole de diffusion télévisée, un merveilleux exemple de comment les entrepreneurs font tomber les barrières. De plus, Netflix produit la géniale série pro liberté House of Cards.

Publiez un livre
Autrefois, écrire un livre était réservé à l’élite ou aux très chanceux. Maintenant, n’importe qui peut le faire. Vous pouvez écrire, promouvoir votre œuvre et laisser un bel héritage littéraire.

Lancez votre business
Le commerce est la première ligne du progrès comme nous l’entendons, une manière de contourner l’immobilité et la stagnation d’un monde contrôlé par la bureaucratie. Faire bouger les lignes via l’innovation et le commerce contribue à rendre le monde meilleur.

Soyez en bonne santé
L’État ruine les services de santé depuis plus d’un siècle et cela ne fait que s’aggraver. Il n’a jamais été aussi important de prendre en charge votre propre santé. De surcroît, le marché libre a largement démocratisé l’information sur la santé qui était autrement contrôlée par le cartel médical.

Essayez les prêts peer-to-peer
Jadis, seules les banques pouvaient prêter de l’argent, sinon il fallait dépendre de la famille. Cette situation a dramatiquement changé depuis l’apparition de services comme LendingTree. Vous pouvez maintenant prêter et emprunter dans de bien meilleurs termes que grâce au système traditionnel.

Contribuez à un Kickstarter (ou autre plateforme de crowdfunding, NDT)
Il est si beau de voir comment les services en ligne permettent aux créateurs de lancer leurs idées et lever les fonds nécessaires à leur entreprise ou projet artistique. Ces outils nous sont maintenant accessibles et les utiliser est également un moyen de soutenir des approches originales de l’entreprise.

Devenez un « maker »
Le mouvement des « makers » dans l’impression 3D promet de grands bouleversements dans les réglementations et les contrôles des années à venir. Même les produits eux-mêmes migrent vers la frontière digitale. Vous pouvez installer une usine dans votre chambre d’amis !

Vivez à l’étranger
Ceux qui partent vivre entre trois mois et un an à l’étranger rapportent qu’ils ne s’étaient jamais sentis aussi libres. Quitter la proximité et la juridiction du plus grand pays du monde peut procurer le remontant émotionnel et intellectuel dont nous avons besoin pour endurer les derniers jours du despotisme.

Expatriez-vous
Ceci est une solution radicale mais aussi une solution que de plus en plus choisissent. Le nombre d’individus renonçant à leur citoyenneté atteint des niveaux records. Cette option est surtout accessible aux gens à l’aise financièrement mais c’est quelque chose à quoi chaque personne en ayant les moyens devrait réfléchir.

Encouragez les arts
Pouvez-vous imaginer que l’État pensait pouvoir prendre en charge le financement de l’art ? Cela n’a pas trop bien fonctionné mais fort heureusement, l’art a survécu. Soutenir les arts est un moyen de se souvenir que la liberté ne concerne pas que la prospérité matérielle mais vise aussi à rendre le monde plus beau.

Ouvrez un salon
La pensée libérale moderne est née dans des salons de New-York, des groupes de discussion se rencontrant chez des particuliers. Cela ne nécessite pas grand monde, peut-être quatre à douze personnes. Cela peut concerner des livres ou alors simplement des idées en général. C’est un excellent moyen de nourrir son esprit et de passer à l’action.

Faites des réserves de pièces en argent
Vous pouvez acheter des sacs de pièces d’argent assez facilement, et elles sont reconnues universellement. En cas de désastre naturel, ces petits trésors peuvent être exactement ce dont vous avez besoin. En cas d’hyperinflation, elles peuvent vous sauver la vie.

N’utilisez pas de maïs dans votre carburant
L’éthanol est un incroyable racket, des subventions accordées aux cultivateurs de maïs qui sèment la pagaïe dans les moteurs et consentent des rendements de production inférieurs. Certains revendeurs s’en tiennent éloignés toutefois. La plupart des villes proposent une ou deux stations où vous pouvez vous procurer du carburant sans maïs qui ne devient pas inutilisable après avoir été stocké pendant un an.

Évitez l’université
Pensez aux deux coûts majeurs de l’université : tout d’abord la dépense brute puis la perte de quatre années durant lesquelles l’étudiant pourrait acquérir de réelles compétences. Pour de nombreux domaines techniques, éviter l’université n’est pas une option mais c’est le cas de nombreux autres domaines. Cela ne signifie pas ne pas acquérir de formation mais simplement ne pas gaspiller votre temps et votre argent.

Commencez à travailler tôt dans votre vie
Les lois iniques sur le travail des enfants condamnent les jeunes adolescents à l’inactivité, ce qui ne leur permet pas d’avoir un aperçu de la vie commerciale dans le vrai monde. Il existe tout de même des possibilités mais il faut bien chercher. Faire du bénévolat pour n’importe quelle entreprise ou institution est toujours préférable au fait de ne rien faire.


Supprimez votre nom des listes électorales
Voter donne l’illusion mais pas la réalité d’avoir le choix. Être enregistré présente aussi le risque de devoir être juré. Se retirer est une manière pacifique de protester.

Constatez l’anarchie
Si vous adoptez le bon regard sur la vie en général, vous en viendrez à remarquer à quel point on retrouve ce qu’on aime dans la vie associative et le commerce. Une fois que vous l’avez observé, vous en viendrez à voir toute cette belle anarchie autour de vous, ce qui enthousiasme et laisse apercevoir des possibilités d’avenir.

Investissez-vous pour les autres
Les relations privées que nous nouons dans nos vies constituent un rempart entre l’État et nous. Mais les rendre vraiment solides nécessite de faire attention aux besoins des autres au travers de simples actes de générosité et de réels témoignages d’amour. S’investir pour les autres signifie s’investir pour soi-même.

Sympathisez avec la dissidence
Chaque jour, l’État arrête des individus qui n’ont que peu de défenseurs : des drogués, des dealers, des prostitués ainsi que d’autres figures marginales de la société. Considérez que les libertés de chacun sont importantes pour les nôtres. S’élever pour les dissidents, même, voire en particulier, si vous n’aimez pas ce qu’ils disent ou font, est essentiel lorsque chacun devient une cible potentielle.

Rejoignez Liberty.me (ou lisez Contrepoints ! NDT)
Cette ville numérique est entièrement dédiée aux moyens d’atteindre davantage de libertés par le crowdsourcing, naviguer dans les eaux du Leviathan, et nous diriger vers un avenir de liberté que nous construisons nous-mêmes. Elle fonctionne avec des cours du soir, l’accès à la littérature scientifique, la publication des productions de chacun, des guides sur tous les sujets mentionnés ci-dessus et une communauté qui grandit chaque jour, toute la journée. Rejoignez-nous pour un essai gratuit et menez une vie plus libre.

L’État moderne ne s’est pas fait en un jour. Nos libertés ont été perdues pendant certaines violentes périodes d’imposition sinistre mais pour la plupart, nous les avons perdues à petits pas. C’est le même chemin que nous devons emprunter pour les regagner, étape par étape. Non-conformité, dissidence, libre pensée, actions conformes à nos convictions : c’est ainsi que nous pourrons bâtir un monde nouveau et mener l’État à son obsolescence.

Bien évidemment, vous êtes libres d’ajouter vos propres idées. Il nous faut bien 5000 manières de mener une vie plus libre !

Billets-Qu’est-ce-que la non-violence ?

   

Qu’est-ce-que la non-violence ?

Lorsqu'on parle de "non-violence", il importe d'introduire et de maintenir une distinction dont l'oubli engendre bien des équivoques : celle entre l'exigence philosophique de non-violence et la stratégie de l'action non-violente. L'une et l'autre se situent sur des registres différents qu'il convient de distinguer, non pour les séparer, mais pour ne pas les confondre. En tant que principe philosophique, la non-violence est une requête de sens, en tant que méthode d'action, elle est une recherche d'efficacité.

C'est Gandhi qui a offert à l'Occident le mot "non-vio­lence" en traduisant en anglais le terme sanscrit ahimsa, qui est usuel dans les textes de la littérature hindouiste, jaïniste et bouddhiste. Il est formé du préfixe négatif a et du substantif himsa qui signifie le désir de nuire, de faire violence à un être vivant. L’ahimsa est la reconnaissance, l’apprivoisement, la maîtrise et la transmutation du désir de violence qui est en l’homme et qui le conduit à vouloir écarter, éliminer, meurtrir l’autre homme 

Si l’on s’en tenait à l’étymologie, une traduction possible de ahimsa serait in-nocence. L’étymologie de ses deux mots sont en effet analogues : in-nocent vient du latin in-nocens et le verbe nocere (faire du mal, nuire) provient lui-même de nex, necis qui signifie mort violente, meurtre. Ainsi l’innocence est, en rigueur de terme, la vertu de celui qui ne se rend coupable envers autrui d’aucune violence meurtrière. Cependant, de nos jours, le mot innocence évoque plutôt la pureté suspecte de celui qui ne commet pas le mal beaucoup plus par ignorance et par impuissance que par vertu. L’attitude non-violente ne saurait être confondue avec cette innocence-là. Cependant, cette distorsion du sens du mot est significative : comme si le fait de ne pas commettre le mal révélait une sorte impuissance…L’option pour la non-violence réhabilite l’innocence comme la vertu de l’homme fort et comme la sagesse de l’homme juste.

Lorsque l’homme fait l’expérience de la violence et qu’il met à distance ses affects pour réfléchir, il la reconnaît comme la violation de la dignité de l’humanité, en lui-même et en l’autre homme ; dans le même temps, il découvre la requête de non-violence qu’il porte en lui. Le moi empirique se découvre violent et se nomme tel parce qu’il se réfère à un moi intérieur qui exige la non-violence. Cette exigence de la conscience est en l’homme avant qu’il ne rencontre la violence : l’exigence de non-violence est antérieure et supérieure au désir de violence. Elle est originelle est principielle. Cependant, c’est seulement après l’avoir expérimentée que l’homme prend conscience de la déraison de la violence, de son inhumanité, de son non-sens. Il comprend alors qu’il ne peut construire son humanité qu’en opposant à la violence un non catégorique qui lui refuse toute légitimité. Dire non à la violence, en affirmant que l’exigence de non-violence fonde et structure l’humanité de l’homme, c’est refuser l’allégeance que la violence exige de chacun. Méconnaître cette exigence, c’est nier la possibilité humaine de briser la loi de la nécessité, c’est dénier à l’homme la liberté de s’affranchir de la fatalité pour devenir un être raisonnable. L’ambition de la non-violence est de civiliser la vie.

Celui qui opte pour la non-violence est un homme étonné, il est au sens propre de ce mot, stupéfait par la violence, la sienne propre ou celle d’autrui. Celui qui se décide à la non-violence est un homme blessé par la violence. La dé-figuration du visage par la violence lui apparaît comme le comble de l’ab-jection. Elle provoque en lui la révolte. Il s’insurge contre les routines de violence qui s’emparent du mande. Ce n’est pas la mort qui lui semble abjecte, mais le meurtre. Il voit dans le scandale de la violence l’évidence de la non-violence.

Il a souvent été dit que le mot « non-violence », parce qu’il est négatif, était mal choisi et entretenait par lui-même de nombreuses ambiguïtés. Tout d’abord, il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une simple mais d’une double négativité, dès lors que l’on considère que la violence est le viol de la vie – et cela donne à ce mot un caractère affirmatif. Surtout, le mot non-violence est décisif par sa négativité même, car il permet, et lui seul, de délégitimer la violence. Il est le terme le plus juste pour exprimer ce qu’il veut signifier : le refus de tous les processus de légitimation et de justification qui font de la violence un droit de l’homme. Si le mot « non-violence » est formellement négatif, il ne signifie pas que la non-violence est la négation de la violence, mais qu’elle se trouve dans un rapport d’opposition réelle à la violence, c’est-à-dire que sa visée est dans détruire les causes et les conséquences. Le non que la non-violence oppose à la violence est un non de résistance. En définitive, la non-violence n’est pas tant le refus de la violence que la lutte contre la violence. Elle est certes abstention, mais cette abstention exige elle-même l’action.

Si nous visualisons le rapprochement des deux mots : « violence / non-violence », nous voyons clairement que la structure même du mot « non-violence » brise vis-à-vis de la violence, toute symétrie, toute réciprocité, toute imitation. La violence s’exerce toujours dans la réciprocité vis-à-vis de l’adversaire ; la non-violence toujours dans la non-réciprocité.

L’option pour la non-violence, c’est l’actualisation dans notre propre existence de l’exigence universelle de la conscience raisonnable qui s’est exprimée par l’impératif, lui aussi formellement négatif : « Tu ne tueras pas. » Cette interdiction du meurtre est universelle. Elle est essentielle, parce que le désir de tuer se trouve en chacun de nous. Le meurtre est interdit parce qu’il demeure toujours possible, et parce que cette possibilité ouvre sur l’inhumanité. L’interdiction est impérative parce que la tentation est impérieuse ; et celle-là est d’autant plus impérative que celle-ci est plus impérieuse. La non-violence est donc d’abord une exigence négative. Elle demande à l’homme de dés-armer ses affects, ses désirs, ses sentiments, son intelligence et ses bras afin qu’il puisse se déprendre de toute mal-veillance à l’encontre de l’autre homme. Il sera alors libre de lui manifester sa bien-veillance, de lui exprimer sa béné-volence.

Avant d’être une méthode d’action, la non-violence est donc, d’abord et essentiellement, une attitude. Elle est l’attitude éthique et spirituelle de l’homme debout qui reconnaît la violence comme la négation de l’humanité, à la fois de sa propre humanité et de l’humanité de l’autre, et qui décide de refuser de se soumettre à sa loi. La non-violence est le respect de la dignité de l’humanité de l’homme, en lui-même et en tout autre homme. Pareille attitude se fonde sur une conviction existentielle : la non-violence est une plus forte résistance à la violence que la contre violence. Une caractéristique de la violence est de provoquer une autre violence. La violence est un enchaînement. La non-violence veut briser cet engrenage. La contre-violence, en définitive, ne permet pas de combattre le système de la violence parce qu’elle en fait elle-même partie et ne fait que l’entretenir. En toute rigueur, la contre-violence est une violence contraire, mais elle n’est pas le contraire de la violence. Elle n’est pas la même violence, mais elle est elle-même une violence. Elle est une violence autre, mais elle est une autre violence. Opter pour la non-violence, c’est, face à la violence subie, refuser de ré-agir en rendant la violence pour la violence, reproduisant ainsi le mal subi. C’est, tout au contraire, décider d’agir librement pour interrompre la chaîne des revanches et des vengeances.

Ici l’enjeu est la liberté, rien de moins, la liberté d’un sujet qui oppose la force et le courage à l’arbitraire des circonstances. Il s’agit de décider. Mais qu’est-ce qui nous empêche de choisir vraiment notre camp, de nous décider pour la non-violence ? Ne serait-ce pas parce que nous nous abandonnons facilement à la foi naïve dans la nécessité, parce que nous refusons finalement de croire en la liberté de l’homme ? Parce que nous jouons avec cette pensée que, la violence étant ancestrale, elle est honorable, respectable, inscrite en quelque sorte dans la destinée humaine. Un héritage, pour ainsi dire, une tradition. Ces arrières-pensées ne désarment-elles pas insidieusement notre capacité de vouloir ? Ces pensées de l’arrière ne minent-elles pas le sol de notre décision ? Avant même que nous choisissions, c’est déjà décidé, nous nous accommodons de la nécessité.

L’exigence de non-violence est une invitation à la conversion : conversion du cœur, du regard, de l’intelligence. Et toute conversion est rupture, dissidence, dépassement, déplacement, dérangement, retournement, basculement, déménagement. Toute conversion est une partance. Mais toute partance est une re-création. Pour que l’homme se décide à la non-violence, il faut qu’il se réveille du sommeil existentiel dans lequel son humanité se trouve endormie. Dans ca sommeil, l’individu se soumet passivement aux habitudes séculaires de la société qu’il n’a pas l’énergie de remettre an cause. Que doit-il décider en définitive ? Eh bien de faire reculer les limites de la nécessité en cultivant la non-violence.

Comme toute exigence éthique, la non-violence présente une double face : l’une invite à ne pas collaborer avec la violence, l’autre à œuvrer pour la justice. Une fois la violence récusée, l’homme peut accomplir l’œuvre positive de la non-violence et manifester de la bienveillance et de la bonté envers l’autre homme. La vertu de non-violence est l’exigence première de la philosophie : elle est le principe même du courage et de la sagesse. La non-violence est l’exigence qui s’impose d’emblée à l’homme dès qu’il se découvre incliné à être violent. Elle conditionne la possibilité d’être bon. C’est pourquoi la philosophie reconnaît l’exigence de non-violence comme la source la plus haute de l’humanité de l’homme. L'exigence de non-violence oblige essentiellement envers les ennemis, c'est-à-dire envers les violents. C'est alors seulement qu'elle prend son véritable sens. Quelle portée aurait-elle si elle n'obligeait qu'envers les amis ? La non-violence est le porche qui désigne à l'homme le chemin du respect, de la compassion, de la bonté, de l'amour. Au-delà encore, celui de la transcendance. Oui, la non-violence propose une transcendance, mais elle n'impose aucun absolu - et cela protège de tout virus idéologique.
Le respect, la compassion, la bonté et l’amour n’invitent pas l’homme à se cantonner à l’intérieur de sa maison, elles l'obligent à l'action vers l'extérieur. Et s'il convient d'affirmer le caractère universel de la non-vio­lence en tant qu'exigence spirituelle, il faut reconnaître le caractère relatif de la non-violence en tant qu'action politique. Par elle-même, l'exigence de non-violence ne donne pas de réponse directe et im­médiate à la question de savoir comment agir concrètement dans la situation historique du lieu et du moment. Lorsqu'il faut agir, la certitude fait place à l'incertitude : nous ne savons jamais quelle est l'action la mieux appropriée pour bien faire. Nous ne sommes jamais certains des conséquences de notre action. Jamais, une situation concrète n'impose avec évidence ce qu'il convient de faire pour bien faire. Il n'y a pas d'action qui ne soit sans ambiguïté. Toute action est une expérimentation dont les résultats sont contingents et aléatoires. L'action est toujours à inven­ter, sans que le plus souvent, nous soyons certains d'avoir trouvé la bonne méthode. L'action est une école d'humilité.

La non-violence se trouve souvent récusée comme une chimère sous prétexte que «la non-violence absolue» n'est pas possible. Mais il y a mal-entendu. La non-violence n'a jamais prétendu être absolue. Certes, l'état de non-violence est en soi une u-topie - c'est-à-dire qu'il n'existe nulle-part, qu'il n'est réalisé en aucun-lieu. Et il y a certainement un bon usage de l'u-topie pour représenter un idéal qui éclaire l'à-venir. Mais le mouvement de réalisation de la non-violence dans la société et dans l'histoire ne part pas de l'u-topie pour s'inscrire dans le réel : il part du réel pour inventer le possible. L'option pour la non-violence ne s'enracine pas dans l'idéal d'une société parfaitement non-violente qu'il s'agirait de mettre en œuvre dans la réalité. La démarche est exactement inverse. La non-violence se fonde sur la prise de conscience de la réalité des multiples violences qui existent dans la société et sur la volonté de transformer cette réalité dans la mesure du possible. Non, la non-violence n'exige pas l'absolu. Simplement, elle demande le possible. Le langage du "tout ou rien" lui est étranger. Entre le tout et le rien, elle veut discerner ce qui est possible ici et maintenant, rien que le possible mais tout le possible. Ce possible qui est généralement délaissé quand il n'est pas dédaigné. Ainsi, non seulement, la non-violence n'est pas un idéalisme, mais, au sujet de la violence, elle invite à un plus grand réalisme.

En définitive, c'est la violence qui est une u-topie. Certes, la violence existe partout, mais jamais, en aucun-lieu, elle n'atteint la fin qui prétend la justifier. Jamais, nulle-part, elle ne réalise la justice entre les hommes. Jamais, en aucun lieu la violence n'apporte une solution humaine aux inévitables conflits humains qui constituent la trame de l'histoire.

Au-delà des chimères et des illusions de l'optimisme, des résignations et des démissions du pessimisme, la non-violence entretient l'espérance fragile que l'homme peut faire croître, en lui et chez les autres, la vertu d'humanité. Cela donne sens à son existence et à son histoire. A sa vie. A sa mort même.

Billets-Henry David Thoreau


Henry David Thoreau

Henry David Thoreau (1817-1862) est un écrivain, poète, et philosophe américain connu pour son engagement envers la nature, la simplicité volontaire et la désobéissance civile. Né à Concord, dans le Massachusetts, il est souvent associé au mouvement transcendantaliste, un courant de pensée qui prône une compréhension intuitive de la vérité et une relation harmonieuse avec la nature, influencé par des figures telles que Ralph Waldo Emerson.

Principaux Travaux

"Walden" (1854)

Le travail le plus célèbre de Thoreau est "Walden", un récit de ses deux ans, deux mois et deux jours passés à vivre dans une cabane qu'il a construite près de l'étang de Walden à Concord. Ce livre explore des thèmes de simplicité, de vie en accord avec la nature, et de réflexion personnelle. Thoreau utilise cette expérience pour illustrer sa philosophie de vie simple, loin des distractions de la société moderne.

"Civil Disobedience" (1849)

Un autre essai marquant de Thoreau est "Civil Disobedience" (initialement publié sous le titre "Resistance to Civil Government"). Dans cet essai, Thoreau argumente en faveur de la résistance passive aux lois injustes et refuse de payer une taxe qui soutient la guerre contre le Mexique et l'esclavage. Cet essai a influencé de nombreuses figures importantes du mouvement des droits civiques, y compris Martin Luther King Jr. et Mahatma Gandhi.

Philosophie et Influence

Thoreau croyait fermement en l'importance de la conscience individuelle et de la responsabilité morale. Il pensait que les individus ne devraient pas se conformer aveuglément aux lois et aux normes sociales, mais plutôt suivre leur propre jugement moral. Sa philosophie encourage l'autonomie personnelle et la simplicité volontaire comme moyens de se rapprocher de la nature et de vivre une vie authentique.

En plus de ses écrits sur la nature et la politique, Thoreau était également un naturaliste passionné. Il a documenté en détail la flore et la faune locales et a été un précurseur de l'écologie moderne. Ses observations minutieuses de la nature ont également contribué à ses écrits littéraires, rendant ses descriptions de la nature particulièrement vivantes et poétiques.

Héritage

L'influence de Thoreau s'étend bien au-delà de sa propre époque. Ses idées sur la désobéissance civile ont eu un impact durable sur les mouvements sociaux et politiques du XXe siècle. De plus, son appel à une vie simple et proche de la nature continue d'inspirer les mouvements écologiques et les adeptes de la simplicité volontaire.

En résumé, Henry David Thoreau est une figure emblématique de la littérature et de la philosophie américaines, dont les œuvres et les idées continuent de résonner avec ceux qui cherchent à vivre de manière plus réfléchie et plus alignée avec la nature et leurs principes moraux. 

 

jeudi 9 avril 2026

Recettes: Crétoises-Artichauts au pamplemousse

 


Artichauts au pamplemousse 

Préparation : 20 mn
Cuisson : 20 mn
Pour 4 personnes
2 pamplemousses
4 gros artichauts
2 cuillerées à soupe d’huile de noix
1 branche d’aneth
Sel, poivre et paprika

1. Cassez la tige, enlevez les feuilles extérieures et lavez soigneusement les artichauts. Placez-les dans le panier d’un cuit-vapeur pour les cuire 15 à 20 minutes. En fin de cuisson, les feuilles doivent se détacher facilement.
2. Pendant ce temps, pelez les pamplemousses. Séparez-les en quartiers en enlevant le plus possible de peaux blanches. Mettez les quartiers dans un saladier, ajoutez l’huile de noix, salez et poivrez.
3. Lorsque les artichauts sont cuits, coupez leurs feuilles avec des ciseaux, ôtez les petites qui coiffent le cœur, puis le foin. Essuyez les fonds.
4. Déposez les artichauts dans les assiettes de service. Répartissez les quartiers de pamplemousses dessus, poudrez de paprika et servez aussitôt.


Les Caucassiens et les Crétois font une grande consommation de fruits, notamment d’agrumes. Les Italiens accordent une part importante à l’artichaut dans leur cuisine. Le mélange des deux est un atout santé


Recettes Crétoises-Tian pommes et amande douce

 

Tian pommes et amande douce

Préparation : 15 mn

Cuisson : 30 mn

Pour 6 personnes

5 pommes reinettes

75 g de beurre fondu

100 g de sucre

5 œufs

1 citron

25 cl de lait

75 g de poudre d’amande + 1 cuillerée à soupe

1 cuillerée à café de fécule de pomme de terre

5 pincées de filaments de safran

1. Préchauffez le four à 200°C (th. 6-7).

2. Beurrez un plat à clafoutis. Pressez le citron. Pelez et coupez les pommes en morceaux directement dans le plat. Saupoudrez d’une cuillerée à soupe d’amande. Versez le jus du citron.

3. Battez les œufs avec le sucre quelques secondes. Ajoutez la fécule et le lait, remuez bien à la spatule. Versez la poudre d’amande et le beurre fondu, mélangez et versez sur les fruits.

4. Parsemez de safran.

5. Mettez le plat au four et laissez cuire 30 minutes. Laissez reposer dans le four éteint. Servez tiède.


Au Moyen Âge, les amandes entraient dans la confection d’un potage pour les jours maigres. Il fallait les peler et les broyer, les mettre à tremper dans de l’eau tiède, les faire bouillir avec de la poudre d’épices et du safran, puis répartir la soupe dans des écuelles individuelles sur une demi-sole frite.


Recettes Crétoises-Omelette aux pignons

 

 

Omelette aux pignons 

Préparation :  5 mn  
Cuisson : 5 mn  
Pour 2 personnes  
5 œufs de ferme  
5 cuillerées à soupe rases de pignons de pin  
1 cuillerée à soupe d’huile d’olive  
1 branche de basilic  
Sel et poivre  
1. Rincez et hachez le basilic. Battez les œufs en omelette avec du sel et du poivre, puis ajoutez le basilic.  
2. Faites dorer les oignons quelques secondes dans ½ cuillerée à soupe d’huile d’olive chaude, ajoutez-les aux œufs.  
3. Faites chauffer ½ cuillerée à soupe d’huile d’olive dans la poêle, versez-y la préparation. Couvrez le temps que l’omelette cuise. Inutile de la retourner, ni de la rouler. Les Crétois mangent l’omelette plate. Faisons comme eux. Simple.  

Les pignons étaient employés à Rome aussi bien en cuisine qu’en médecine. Cuits dans du miel, ils étaient prescrits contre la toux. Le pin était aussi important que l’olivier : au moment des compétitions Isthmiques, un rameau était posé sur la tête de l’athlète vainqueur.

Billets-Le Rendez Vous de 5h30

 



Le Rendez Vous de 5h30

Demain matin à 5h30, sortez dans le jardin. Sans téléphone, sans casque. Asseyez-vous. Écoutez dix minutes. 🌿 Ce que vous entendez n'est pas du bruit de fond — c'est un concert avec un ordre précis. Chaque espèce commence à chanter à un niveau de lumière différent. La séquence est la même chaque matin. Le rougegorge familier (Erithacus rubecula) ouvre le chœur. Il commence quand le ciel est encore presque noir — jusqu'à quarante minutes avant l'aube. Phrases mélodie uses, fluides et variées, depuis la branche d'un arbre ou un arbuste bas. Si vous entendez un chant flûté et riche dans l'obscurité totale, c'est lui qui déclare son territoire avant tout le monde. Le merle noir (Turdus merula) entre juste après, dans la semi-obscurité. Son chant est lent, riche et improvisé — phrases longues et musicales avec une qualité flûtée profonde depuis la cime d'un arbre ou une corniche. Le mâle chante depuis les points les plus hauts du jardin. La grive musicienne (Turdus philomelos) arrive quand la lumière commence à grandir. Elle se distingue par une habitude unique : elle répète chaque phrase deux à quatre fois avant de passer à la suivante. Si vous entendez une phrase répétée avec insistance, c'est elle. La mésange charbonnière (Parus major) entre quand le ciel est déjà clair. Son sifflement en deux notes — "ti-ti-ti" strident et régulier — s'installe depuis la même branche en boucle. Toujours la même structure, répétée avec confiance. 🐦 La raison de cet ordre est biologique. Chaque espèce a un seuil minimum de lumière pour démarrer — déterminé par la taille des yeux, la sensibilité rétinienne et l'habitat qu'elle préfère. Le chœur de l'aube est une horloge naturelle que vous pouvez lire sans regarder le ciel. L'expérience dure dix minutes. Première espèce : obscurité. Deuxième : pénombre. Troisième : lumière diffuse. Quatrième : soleil à l'horizon. En dix minutes, votre jardin s'est présenté — sans avoir vu un seul oiseau.

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