mardi 18 août 2026

Billets-Thierry Breton CV



Thierry Breton CV 

Thierry Breton, l’homme qui sauve les entreprises comme d’autres sauvent les meubles : juste avant l’incendie.

Regardez-le bien. Né le 15 janvier 1955 à Paris. École alsacienne, Louis-le-Grand, Supélec. Pendant son service national, il enseigne les maths et l’informatique au lycée français de New York. De retour, il crée Forma Systems. Puis il dirige le Futuroscope de Poitiers, aux côtés de René Monory. Pendant qu’il y est, il co-signe *Softwar*, un thriller high-tech qui se vend très bien. Son co-auteur, Denis Beneich, affirmera plus tard que Breton n’a pas écrit une seule ligne. Il a eu l’idée. Beneich a tenu la plume. Breton reconnaît que « pour l’essentiel » c’est l’autre qui a écrit, mais garde le titre d’auteur. Le futur grand stratège commence déjà par une collaboration un peu floue. En 2015, il acquiert aussi la nationalité sénégalaise. Double nationalité franco-africaine. Pratique. Ensuite, Bull, puis PDG de Thomson en 1997. La boîte vaut un franc symbolique. Il la « sauve », empoche les titres de stratège de l’année, part. France Télécom en 2002. Dette monstrueuse. Il lance les plans de réduction des coûts et de la masse salariale. L’action remonte. En 2005, il part à Bercy comme ministre de l’Économie. Son successeur amplifie et radicalise la politique. Les plans de restructuration deviennent une machine à pression. Une vague de suicides s’abat sur l’entreprise. La justice reconnaîtra plus tard un « harcèlement moral institutionnel ». Breton, lui, est déjà ailleurs. Puis Atos. Onze ans de rachats frénétiques. En 2011, il déclare la guerre à l’email. « Zero Email ». L’email interne est une pollution informationnelle, explique-t-il. Il faut le remplacer par des outils collaboratifs. Les salariés regardent ça avec un mélange d’incrédulité et d’amusement. Lui, il vend ça comme une révolution managériale. En 2019, il vend ses actions à plus de 60 euros, empoche une fortune, et s’envole à Bruxelles. L’entreprise, elle, continue. Quelques années plus tard, le titre s’effondre. Lui n’est plus là. À la Commission, il se découvre une nouvelle passion : Elon Musk. Il l’écrit, le rappelle à l’ordre, le menace publiquement avec le DSA, poste des lettres ouvertes. Avant l’interview Musk-Trump, il sort une missive solennelle. Musk lui répond avec un mème de Tropic Thunder : « Take a big step back and literally fuck your own face. » La Commission elle-même doit prendre ses distances. L’acharnement continue. Musk s’en amuse. Breton s’énerve. En septembre 2024, Ursula von der Leyen le lâche. Il claque la porte en accusant une « gouvernance contestable ». Portrait officiel pour le prochain mandat : un cadre vide. Depuis, il est partout. Plateaux télé, radios, interviews. L’ex-ministre, l’ex-commissaire, l’ex-PDG, l’ex-tout. On le sort dès qu’il faut un regard « d’expérience » sur l’économie, l’Europe ou le numérique. Certains ont même essayé de le pousser vers une candidature en 2027. Lui refuse poliment. Il ne veut pas être le énième candidat. Il préfère commenter. Toujours disponible, toujours en costume, toujours prêt à expliquer comment il aurait fait mieux. Et pour couronner le tout, l’administration Trump lui a refusé le visa américain fin 2025, le ciblant comme l’un des architectes de la régulation européenne des plateformes. Il dénonce une chasse aux sorcières. L’ex-commissaire se retrouve persona non grata aux États-Unis. Pendant ce temps, ses coupes de cheveux deviennent de plus en plus baroques, comme s’il fallait compenser chaque sortie de scène par un volume supplémentaire. Thierry Breton a le don rare de transformer chaque crise différée en succès personnel. Il est toujours le stratège de l’année tant qu’il est en place. Il est toujours ailleurs quand la facture arrive. Du roman co-signé dont on discute encore la paternité réelle jusqu’aux entreprises qu’il quitte avant le crash, en passant par la culture de pression chez France Télécom, la croisade absurde contre les emails, l’acharnement ridicule contre Musk, la double nationalité franco-sénégalaise et le visa américain refusé, le même schéma. Il vend haut, part bien, et laisse les autres gérer les débris. Aujourd’hui, il vend du commentaire. Le chevalier du fédéralisme européen n’est pas un sauveur. C’est un professionnel de la sortie avant l’explosion… et du plateau télé après.


Source :
Laurent MILTGEN-DELINCHAMP
@kubernan

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