vendredi 10 mars 2017

Billets-Poutou chez Ruquier : l’arrogance médiatique face à la gauche archaïque


Poutou chez Ruquier : l’arrogance médiatique face à la gauche archaïque

Les bobos-rieurs des médias peuvent se moquer autant qu’ils veulent de l’extrême-gauche archaïque, ils en sont la forme sociale-démocrate pseudo-modernisée et rajeunie, mais tout aussi dramatiquement dépensière, clientéliste, injuste et inefficace.

N’allez surtout pas vous imaginer que je soutiens la candidature présidentielle de Philippe Poutou ! Je le prends pour un rêveur idéologue. Je me souviens qu’en 2012, il avait beaucoup de succès auprès de mes enfants car son programme comportait l’abolition complète des notes à l’école ! Mais on se tromperait en le prenant pour un doux rêveur, car il n’a que les mots lutte, bagarre et révolution à la bouche pour faire advenir un changement social. Pour lui, c’est dans la rue que ça se passe, certainement pas dans les urnes. 

Par contre, si vous me demandez qui s’est conduit correctement et qui s’est vautré dans sa nullité ridicule et prétentieuse sur le plateau de l’émission On n’est pas couché (ONPC) de samedi dernier entre la puissance invitante, c’est-à-dire Ruquier & Co, et l’invité Philippe Poutou, à nouveau candidat pour le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de Besancenot, je vous réponds immédiatement : Poutou  + 1, ONPC – 1 000 !

La campagne commence sur le plateau de Laurent Ruquier
Il se trouve que les règles édictées par le CSA pour réguler le temps de parole des candidats à l’élection présidentielle s’appliquent depuis le 1er février. La participation à l’émission de Ruquier en fait partie. C’est du reste ce que le présentateur explique en accueillant Philippe Poutou sur son plateau. Ce dernier confirme qu’il n’est pas mécontent de voir cette période arriver car étant crédité d’un petit 1 % des intentions de vote dans les meilleurs sondages, les journalistes se tournaient assez peu spontanément vers lui auparavant, rendant la récolte des parrainages (300 à ce jour) assez compliquée.

Les choses se présentent donc pour le mieux : Philippe Poutou a reçu des tonnes d’applaudissements en arrivant, tout le monde s’est extasié sur son beau T-shirt noir libellé « résister, c’est exister » qui tranchait nettement avec le costume-cravate du précédent invité Thierry Solère, et Laurent Ruquier l’assure qu’on va parler du contenu de sa candidature pendant 30 minutes chrono rien que pour lui. Yann Moix et Vanessa Burggraf sont justement là pour ça, et d’après Ruquier, ils ont étudié son programme à donf.

Vanessa Burggraf se plante
La charmante Vanessa se lance… et se plante immédiatement : « J’aimerais savoir comment on oblige un patron à interdire les licenciements. » Même Ruquier voit le problème et la reprend. La bonne question serait plutôt : « Comment interdit-on à un patron de licencier ? »

Vanessa est certainement charmante, blonde, rose et joufflue juste ce qu’il faut, mais elle est clairement complètement cruche, complètement incapable de comprendre ce qu’on lui dit et surtout complètement incapable de dire « Excusez-moi, je reformule » et de passer à la suite sans faire tout un cinéma invraisemblable.

Elle se plante à nouveau, se met à rire de ses bêtises, se frappe le front sur l’épaule de Yann Moix, secoue ses cheveux, rit de plus belle, se trouve désopilante de fraîcheur et de gaminerie, applaudissements, éclats de rires chez tout le monde. Sauf chez Poutou, passablement médusé par tant de niaiserie.
Ruquier s’esclaffe et en remet une couche en faisant remarquer que le temps de parole de l’invité est en train de fondre. La belle refait une, deux, trois tentatives, Nicolas Bedos s’en mêle – on apprend au passage que Vanessa a « été sympa avec son film », ce qui ne fait pas du tout copinage, non vraiment pas du tout bref, tout ceci dure 2 minutes et demi et c’est franchement longuet.

Ruquier s’esclaffe
Séquence dans la vidéo complète ci-dessous de 4′ 50″ à 7′ 15″ :


On croirait vraiment que la reine du bal de promo est en train de s’éclater comme une petite folle avec ses meilleurs potes de lycée. Eh bien, contrairement aux apparences, tout ceci se passe alors que nos Ruquier, Burggraf et Moix sont en train de travailler – oui, tra-va-iller – sur une chaîne du service public de télévision et donc de recevoir un salaire, coquet à coup sûr, et payé par nos impôts, dans le cadre des temps de parole des candidats présidentiels. Si vous pensez que la journaliste, reprenant rapidement ses esprits, s’est excusée, vous êtes très loin du compte, elle est extrêmement contente de ce stupide moment de célébrité qu’elle s’est offert.

Stupide moment de célébrité
Curieuse de savoir quel genre de personne super diplômée et super expérimentée le service public embauche de nos jours comme présentatrice pour parler avec les candidats à la présidentielle, j’ai été faire un petit tour sur la fiche Wikipédia de cette bobo-rieuse invétérée et je découvre qu’elle a 45 ans. Quelle terrible méprise, je lui donnais à peine 16 ans d’âge mental et comportemental ! Côté études, elle est diplômée en lettres et en communication politique et sociale. Je ne voudrais pas faire ma snob, mais la dame elle-même nous prouve par ses multiples rires et minauderies que c’est un bagage bien maigre pour parler intelligemment chômage et licenciements avec Philippe Poutou.
Lequel Philippe Poutou a fait montre d’une patience vraiment remarquable devant tant d’auto-satisfaction vaine de notre caste audio-visuelle. Devant beaucoup de mépris aussi :

Yann Moix  (se croyant super drôle) : « Mais enfin, tu parles peut-être au prochain Président de la République ! »

Laurent Ruquier (au bord du fou rire) : « D’habitude, ça fait pas rire les licenciements ! »

Profitant de quelques secondes d’accalmie dans la fiesta qui se déroule en face de lui mais sans lui, le candidat du NPA fait savoir benoîtement que lui, ouvrier chez Ford, a compris la question et qu’il aimerait bien pouvoir répondre.

Poutou déroule son programme
Et bim, c’est parti, on ne l’arrête plus ! Craignant sans doute quelque nouvelle dissipation bobo-journalistique, il déroule ses idées à toute vitesse.

Si le NPA présente un candidat aux élections, ce n’est pas pour gagner, mais pour faire passer l’idée que seules les luttes syndicales et sociales pourraient changer les choses. Pour faire passer l’idée qu’il faut frapper encore plus fort que pour la loi travail. Pour faire apparaître sur la scène politique autre chose que tous ces politicards cravatés et arrogants (rappelle-toi quand même l’appartement et le job de Lepaon, Philippe) :

« On n’est pas obligé d’avoir des sondages hyper haut, ou d’avoir une cravate, ou d’être super bien payé ou de piquer dans les caisses de l’État pour pouvoir être légitime à être candidat. »

En cinq ans tout a changé, tout s’est aggravé, il y a davantage de chômage, de pauvreté, de précarité. Et tout ceci alors que les grosses entreprises versent de plus en plus de dividendes. La solution du NPA, qui rejoint assez nettement celle des Hamon et Mélenchon, avec la bénédiction de Gérard Filoche, militant CGT comme Poutou : interdire les licenciements dans les grandes entreprises, assurer l’intégralité du salaire dans les petites, ramener le temps de travail à 32 heures et l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Faire payer les milliardaires
Levant les yeux au ciel et prenant son ton le plus professionnel, Vanessa lui demande si c’est l’État qui va payer les salaires des salariés licenciés. Ah non, répond Poutou, pas l’État, mais les milliardaires ! Et ça, ce n’est certainement pas Hamon et Mélenchon qui y parviendront, car le progrès social ne s’impose que d’une seule façon, par les luttes, par les combats syndicaux, par la rue, certainement pas par la course à la présidence.

Arrivée à ce moment de l’interview, la petite Vanessa, hyper-sévère, nous montre qu’elle est quand même au courant de deux trois trucs en économie en faisant remarquer que les milliardaires et les investisseurs risquent de quitter la France. Léger flottement chez Poutou, qui finit par dire que « bon, ben on les laisse partir et voilà ». Il apparaît que « Bon, ben voilà » est son argument massif. Et il embraye rapidement sur un autre sujet : les cadeaux aux patrons sous forme de baisse  de charges sociales. Tout ça, ce sont les vieilles recettes de lutte contre le chômage et ça ne marche pas, la preuve par Sarkozy et Hollande. À ce dernier mot, Vanessa ne trouve plus rien à dire.

Un programme risible
Il y a bel et bien de quoi rire devant un tel programme qui a largement fait les preuves de sa totale dangerosité et de ses effets destructeurs à l’égard des plus faibles, aussi bien au Venezuela qu’en Grèce.

Mais nos amis de la bande à Ruquier ne s’esclaffaient pas seulement pour ça. Ils riaient surtout parce qu’ils se prennent pour les plus beaux et les plus intelligents, parce qu’ils pensent donner le ton de ce qu’il faut dire et penser, parce qu’ils s’imaginent que tout le monde est admiratif devant leur bel esprit, parce qu’ils se donnent le droit de faire et dire n’importe quoi sur une chaîne de télévision publique sous les applaudissements automatiques d’un public fort peu exigeant.
Je ne pense pas me tromper beaucoup en disant qu’aucun de nos amuseurs ne votera pour Le Pen ou pour Fillon. On sent qu’ils ne voteront pas non plus pour Philippe Poutou qui a été dûment relégué à ses archaïsmes. Les bobos rieurs de la gauche branchouille connaissent la vie, le monde, le jet-lag, ils cherchent du post-moderne, du post-futuriste, du « changement, mais mollement » – attention, ils sont dans le système et comptent y rester encore longtemps. Restent donc Mélenchon, Hamon et Macron, et plus probablement Macron.

Le vote Macron et le vote Poutou
Or ce qu’ils ne voient pas, c’est que le vote Macron, loin de trancher sur un Poutou, n’en est que la version lente. C’est la décadence façon Hollande, une décadence qui nous noie lentement mais sûrement. Michel Sapin vient même d’annoncer à quel point le programme économique de Macron était cohérent avec le quinquennat de Hollande – c’est-à-dire 6 millions de chômeurs, une dette qui frôle les 100 % du PIB et des dépenses publiques égales à 57 % du PIB ! Tandis que Poutou, Mélenchon et Hamon, nous noient d’un seul coup d’un seul à la manière du programme commun de la gauche de Mitterrand.

Les bobos-rieurs du PAF et des médias peuvent se moquer autant qu’ils veulent de l’extrême-gauche archaïque, ils en sont la forme sociale-démocrate pseudo-modernisée et rajeunie, mais tout aussi dramatiquement dépensière, clientéliste, injuste et inefficace. Toute la France continuera à mourir à petit feu comme elle l’a fait avec Hollande. Toute la France sauf eux qui, avec leur bonne conscience et leur arrogance, se sont réservés les meilleures places. Quand cette déliquescence aura épuisé toutes nos ressources, nous courrons tous le risque de voir « la rue » du lutteur rêveur dont ils se moquent prendre véritablement le dessus. Belle réussite en perspective pour nos bobos rieurs.


Source contrepoints.org
Par Nathalie MP.

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Nathalie MP est née en 1962. Depuis début 2015, elle tient un blog dont les thèmes centraux sont : politique, libéralisme, catholicisme. Quelques digressions vers le ski et la montagne sont possibles.

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