mardi 21 février 2012

Recettes Desserts-Crêpes au Nutella


 

Crêpes au Nutella

Préparation : 15 mn
Repos de la pâte : 30 mn
Cuisson : 3 mn par crêpe
Pour 8 crêpes
Pour la garniture 
1 petit pot de Nutella
16 crêpes dentelle
Pour la pâte
125 g de farine
2 œufs
25 cl de lait
20 g de beurre fondu
20 g de beurre pour la cuisson
1 pincée de sel
Préparation des crêpes
1. Versez la farine et le sel dans un saladier et creusez un puits.
2. Dans un autre bol, fouettez les œufs, le lait et le beurre fondu, puis versez dans le puits de farine. Fouettez à nouveau pour obtenir une pâte fluide.
3. Laissez reposer 30 minutes.
4. Mettez le beurre à fondre dans la poêle et versez l’excédent dans un petit bol. Essuyez le surplus avec un papier absorbant.
5. Quand la poêle est bien chaude, versez rapidement une petite louche de pâte et tournez la poêle en tous sens pour bien répartir la pâte sur toute la surface de la poêle. Dosez bien la quantité de pâte dans votre louche : si vous avez trop de pâte votre crêpe sera trop épaisse, mais si vous n’en avez pas assez, elle sera pleine de trous !
6. Quand la surface de la crêpe devient sèche et qu’elle a doré en dessous, au bout de 2 minutes environ, il est temps de la retourner. Faites-la sauter si vous êtes habile ou bien retournez-la à la spatule. Laissez cuire 1 minute sur l’autre face.
7. Déposez vos crêpes au fur et à mesure sur une assiette pour former une pile. Si vous voulez les garder au chaud, recouvrez l’assiette de papier d’aluminium et déposez l’assiette sur une casserole avec un peu d’eau à ébullition.
Préparation de la garniture
8. Placez le pot de Nutella 5 minutes au bain-marie ou 2 minutes dans le micro-ondes pour qu’il soit plus facile à étaler.
9. Étalez vos crêpes et tartinez-les généreusement de Nutella. Placez 2 crêpes dentelle à 2 cm du bord, puis enroulez les crêpes autour comme des cigares. Coupez les deux extrémités et déposez les cigares dans un plat. Dégustez sans trop tarder afin que les crêpes dentelle du centre restent bien croustillantes.
Variante
Vous pouvez remplacer les crêpes dentelle par des cigarettes russes, elles aussi bien croustillantes.
Vous pouvez varier le cœur de ces cigares. Pour une option fondante et non croustillante, garnissez vos crêpes d’un bâton de guimauve et passez-les 1 minute au micro-ondes.
Un truc
Pourquoi ne pas accompagner ces crêpes d’une boule de glace vanille saupoudrée d’un peu de praliné.


dimanche 19 février 2012

Recettes Desserts-Brioche perdue au four


Brioche perdue au four

Préparation : 20 mn
Cuisson : 25 mn
Pour 8 personnes
1 brioche longue de 500 g
50 cl de lait
50 cl de crème liquide
6 œufs
250 g de sucre en poudre + 2 cuillerées à soupe
2 gousses de vanille
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Portez le lait à ébullition avec les gousses de vanille fendues dans le sens de la longueur.
3. Dans un saladier, battez les œufs avec le sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse. Versez dessus le lait chaud en fouettant, puis la crème froide. Récupérez les gousses de vanille. Grattez les graines avec la pointe d’un couteau. Dispersez-les dans la préparation au lait.
4. Coupez la brioche en tranches de 5 mm. Étalez-les dans un plat creux. Versez dessus le mélange lait, œufs et crème.
5. Faites cuire 20 minutes au four, au bain-marie. Laissez tiédir hors du four.
6. Au moment de servir, saupoudrez la surface de 2 cuillerées à soupe de sucre et faites dorer 3 à 4 minutes sous le gril du four. Servez dans le plat de cuisson.

jeudi 16 février 2012

Billets- Charte de l'environnement de 2004




Charte de l'environnement de 2004

Le peuple français,
Considérant :
Que les ressources et les équilibres naturels ont conditionné l'émergence de l'humanité ;
Que l'avenir et l'existence même de l'humanité sont indissociables de son milieu naturel ;
Que l'environnement est le patrimoine commun des êtres humains ;
Que l'homme exerce une influence croissante sur les conditions de la vie et sur sa propre évolution ;
Que la diversité biologique, l'épanouissement de la personne et le progrès des sociétés humaines sont affectés par certains modes de consommation ou de production et par l'exploitation excessive des ressources naturelles ;
Que la préservation de l'environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation ;
Qu'afin d'assurer un développement durable, les choix destinés à répondre aux besoins du présent ne doivent pas compromettre la capacité des générations futures et des autres peuples à satisfaire leurs propres besoins,
Proclame :

Article 1er. -
Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé.

Article 2. -
Toute personne a le devoir de prendre part à la préservation et à l'amélioration de l'environnement.

Article 3. -
Toute personne doit, dans les conditions définies par la loi, prévenir les atteintes qu'elle est susceptible de porter à l'environnement ou, à défaut, en limiter les conséquences.

Article 4. -
Toute personne doit contribuer à la réparation des dommages qu'elle cause à l'environnement, dans les conditions définies par la loi.

Article 5. -
Lorsque la réalisation d'un dommage, bien qu'incertaine en l'état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l'environnement, les autorités publiques veillent, par application du principe de précaution et dans leurs domaines d'attributions, à la mise en œuvre de procédures d'évaluation des risques et à l'adoption de mesures provisoires et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage.

Article 6. -
Les politiques publiques doivent promouvoir un développement durable. A cet effet, elles concilient la protection et la mise en valeur de l'environnement, le développement économique et le progrès social.

Article 7. -
Toute personne a le droit, dans les conditions et les limites définies par la loi, d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques et de participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement.

Article 8. -
L'éducation et la formation à l'environnement doivent contribuer à l'exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte.

Article 9. -
La recherche et l'innovation doivent apporter leur concours à la préservation et à la mise en valeur de l'environnement.

Article 10. -
La présente Charte inspire l'action européenne et internationale de la France.
* Loi constitutionnelle n° 2005-205 du 1er mars 2005 (JO du 2 mars 2005)

Source Conseil Constitutionnel

lundi 13 février 2012

Billets-Dominique Souchier



Dominique Souchier  "C'est arrivé cette semaine" 

Mise à jour : dans un communiqué publié ce 4 février, la Société des Journalistes d'Europe 1 a apporté tout son soutien à Dominique Souchier. La SDJ écrit notamment : "priver Dominique Souchier d'invités politiques, c'est dévitaliser ses émissions, leur faire perdre leur sens le plus profond : celui de replacer le discours politique au cœur d'une réflexion et au cœur de la société, comme Dominique l’a toujours fait lors des précédentes campagnes électorales".

Samedi 4 févier, juste avant 10h, Dominique Souchier s'apprête à conclure l'une de ses deux émissions hebdomadaires, C'est arrivé cette semaine. Puis lance, d'une voix brisée : « Denis Olivennes et Arlette Chabot m'ont demandé de ne plus recevoir d'hommes et femmes politiques jusqu'à l'élection présidentielle, contrairement à ce que je fais chaque semaine depuis 15 ans. (...) Je ne comprends pas cette décision. Elle me meurtrit, parce que je me fixais précisément comme challenge de mêler dans la même émission ceux qui observent, ceux qui réfléchissent, ceux qui agissent et ceux qui font de la politique. Cet exercice là n'est plus possible, je décide donc de l'arrêter . » Le journaliste est au bord des larmes. Et tandis que le réalisateur envoie la musique du générique, il continue de parler, remerciant celles et ceux qui ont travaillé à ses côtés toutes ces années.

Aussitôt, la nouvelle se répand sur la Toile, et les messages de soutien affluent - de la part d'auditeurs anonymes, mais aussi de personnalités médiatiques comme Nicolas Demorand, Anne Sinclair ou Valérie Trierweiler. Du côté de la direction d'Europe 1, personne, visiblement, ne s'attendait à une telle réaction. Sur Twitter, Denis Olivennes se dit : « stupéfait et profondément attristé par la décision inattendue et incompréhensible de Dominique Souchier. Résolu à le faire changer d'avis. » Arlette Chabot, directrice de la rédaction que nous avons joint ce matin, assure être « tombée de l'armoire (...) Ce que nous lui avons demandé, c'est de ne plus recevoir de personnalités dont les propos sont décomptés par le CSA dans le cadre de la campagne électorale. Pour des raisons de lisibilité, ces invités seront reçus dans nos rendez-vous politiques stricto sensu. Cela ne durera que le temps de la campagne, et Dominique n'est pas le seul concerné : les émissions de Wendy Bouchard, Michel Field ou Olivier Duhamel le sont aussi. Avec eux, ça ne pose pas de problème ».

L'annonce du départ de Dominique Souchier tombe mal pour Europe 1, dont le climat social s'est sérieusement tendu ces dernières heures - menace de grève à l'appui. Elle rappelle aussi les déclarations fracassantes d'une autre grande voix de la station, Pierre-Louis Basse, qui assurait l'an dernier avoir été écarté de l'antenne pour des raisons politiques.

Nous avons pu joindre Dominique Souchier, alors que l'annonce de son départ n'en finissait plus de susciter des réactions sur les réseaux sociaux. Aude Dassonville a recueilli ses toutes premières explications.

Quand avez-vous pris la décision de jeter l’éponge ?
La semaine dernière (celle du 30 janvier au 5 février, NDLR). J’étais souffrant. On a indiqué à mon remplaçant qu’il n’était plus question que cette émission accueille des invités politiques. C’est mon assistante qui m’a fait part de cette décision, par SMS. Moi, personne ne m’a prévenu. Quand je suis revenu, lundi, j’ai envoyé un mail à Denis Olivennes pour lui dire que je ne comprenais pas, et que je ne saurais l’accepter. Que si cette demande demeurait, j’en serais meurtri. Ensuite, ma décision s’est imposée au fur et à mesure de la semaine. Il ne faut pas traîner ces trucs-là.

Arlette Chabot, la directrice de la rédaction, dit que la sentence est la même pour toutes les émissions de programmes, qu’il s’agisse de Mediapolis ou du Forum Citoyen
C’est se moquer du monde… Pour commencer, cela fait plus d’un an que Michel Field et Olivier Duhamel ne reçoivent plus de politiques dans leur émission. Ensuite, qu’est-ce ce que ça veut dire, « une émission de programmes » ? Moi, je fais une émission sur l’actualité, je fais de l’info, point. Enfin, depuis quinze ans que cette émission existe, je crois que j’ai montré que je savais ce que c’était, « respecter les équilibres ». Cette semaine, j’ai préparé mon émission comme d’habitude. Avec un invité politique. Elle m’a demandé de l’annuler, j’ai refusé, elle l’a fait elle-même.

Ce renoncement aux invités politiques n’aurait duré que deux mois…
Mais après la présidentielle, il y a les législatives ! Et puis après, on me dira quoi ? Qu’il y a trop d’intellectuels dans mon émission ? Quand ça commence comme ça, il n’y a plus d’émission possible. Et qu’on ne vienne pas me dire que je ne supporte pas une humiliation, ou que je fais ma cocotte…

Denis Olivennes est immédiatement venu vous voir, ce matin, après votre annonce… Que vous a-t-il dit ?
Que c’était absurde, que je devais réfléchir, revenir sur ma décision… Mais j’ai dit que l’émission s’arrêtait, elle ne recommencera pas. Je ne fais pas du music-hall. Si lui et Arlette Chabot tenaient tant à cette émission, ils n’avaient qu’à l’écouter avant.

Source Télérama Aude Dassonville et Valérie Lehoux

vendredi 10 février 2012

Recettes Desserts-Brownies au Nutella

 
Brownies au Nutella


Préparation : 15 mn
Cuisson : 15 mn
Pour 6 personnes
200 g de Nutella
150 g de farine
100 g de noisettes
1 sachet de sucre vanillé
3 œufs
1 sachet de levure
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6). Broyez grossièrement les noisettes. Faites ramollir le nutella au bain-marie.
2. Dans un récipient, battez les œufs. Ajoutez le sucre vanillé, la farine et la levure. Remuez et faites couler lentement le nutella. Rajoutez les noisettes.
3. Versez la préparation dans un moule carré préalablement beurré. Lissez la surface.
4. Enfournez pendant 15 minutes. Plantez un couteau au cœur, la cuisson est réussie s’il ressort propre et lisse.
5. Laissez tiédir, démoulez et coupez en gros carrés.
Conseil 
Si vous désirez des brownies fondants, diminuez la cuisson de 5 mn. 
Pour aller plus vite : versez la préparation dans des petits moules carrés d’une seule portion. 5 mn de cuisson suffisent.


mercredi 8 février 2012

Billets-Entretien avec Pierre Bergounioux


Photo : Richard Dumas pour Télérama.

L'écrivain né en Corrèze, voix majeure de la littérature française, publie le troisième tome de son “Carnet de notes”.

L'enfance et le temps sont les deux pôles du territoire littéraire qu'arpente, depuis près de trente ans, Pierre Bergounioux. Plus de soixante titres, souvent des récits d'essence autobiographique, sont venus ponctuer cet itinéraire d'écrivain. Des textes qui puisent à sa propre histoire : celle d'un enfant né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à Brive-la-Gaillarde, qui a grandi en Corrèze avant de venir faire ses études supérieures à Paris, et devenu des décennies plus tard l'une des quelques voix essentielles du paysage littéraire français. Ecrire et enseigner : voilà ce qui a occupé l'existence de Pierre Bergounioux. En marge de quoi ont trouvé place d'autres passions : la sculpture, l'amour de l'entomologie et des arts africains. Alors que paraît le troisième volume de son Carnet de notes, rencontre avec un homme érudit et chaleureux, hanté par la question des origines.

Vous souvenez-vous de l'irruption de la littérature dans votre vie ?
Pierre Bergounioux. J'ai toujours énormément lu, dès l'enfance. En même temps, il existait une règle invariable : les livres que je lisais se rapportaient toujours à des endroits où je n'avais jamais mis les pieds. Et réciproquement, les lieux qui m'étaient familiers, l'univers dont j'avais l'expérience sensible, étaient dépourvus d'écho dans le registre éclatant, prestigieux, sacralisé de la littérature. Ce qui était notre expérience, notre vie, n'existait qu'une seule fois, dans les choses elles-mêmes. Tandis qu'inversement il existait au loin des choses dont on n'avait aucune connaissance pratique, et qui seules, étrangement, étaient pourvues de cette image resplendissante dont les livres étaient le miroir. Il me semblait qu'il y avait des mondes qui sécrétaient naturellement de la littérature. Depuis toujours, les livres, mais aussi la presse, les magazines, les actualités qu'on voyait au cinéma, tout ce tourbillon d'images représentait invariablement Paris. Et jamais, au grand jamais, nous n'avions vu apparaître sur écran le petit monde dont nous étions à la fois les habitants et les otages. On sentait bien qu'il y avait deux univers : le nôtre, entouré d'une sorte de malédiction, de relégation inexpliquée, et un autre, dépositaire de toutes les clartés, de toutes les perspectives, vers quoi il semblait qu'il serait peut-être bon de se transporter.

Qu'est-ce qui a brisé cette malédiction tant individuelle que collective ?
P.B. J'ai partagé l'expérience classique de ma génération. Je suis de 1949, j'appartiens à la vague des baby-boomers. Jamais le peuple français n'a mis en circulation autant d'enfants qu'en cette année-là : nous étions 930 000. Cet élan démographique, qui succède à l'inquiétude et aux grands drames qui ont marqué la période immédiatement précédente, coïncide avec un événement dont on n'a pas mesuré sur le moment les conséquences, une sorte de révolution silencieuse : la fin de la petite paysannerie. S'est produite, à ce moment, assez brusquement, une reconversion de toute une partie de la population française dans d'autres secteurs d'activité : l'industrie, et surtout le tertiaire. On ressent alors un besoin de main-d'œuvre qualifiée et, concrètement, cela veut dire que les gosses qui avaient vocation à arrêter leurs études à la fin de l'enseignement primaire ont été poussés à aller plus loin, pour acquérir des capacités plus importantes.
Cela a été ma chance, et celle de ma génération. Du jour au lendemain, nous avons vu s'ouvrir devant nos yeux des perspectives physiques et mentales nouvelles. Physiques d'abord : on va partir, quitter la région. Pour la première fois, on ne va pas reproduire à l'identique la vie de ceux qui nous précédaient et qui n'avaient jamais franchi les limites du canton. Perspectives mentales aussi : on va prendre notre part de cette culture scolaire, savante, lettrée, citadine, centrale, dominante... dont nous étions, de toute éternité, excommuniés. Voilà ce qui nous est arrivé.
Mais la révolution mentale est seconde. Ce qui est premier, c'est ce que les sociologues appellent les bouleversements morphologiques. La fin d'une classe sociale. En 1914, il y a 10 000 étudiants en France. En 1945, environ la moitié de la population française a encore pour horizon le travail paysan. En 1966-1967, lorsque je commence mes études secondaires, nous sommes 600 000 dans ce cas. Je ne fais jamais qu'illustrer, à mon échelle chétive, un processus historique dont l'ampleur est prodigieuse. Et qui s'est traduit à l'échelle individuelle par une sorte de conversion. Il a fallu mourir à celui qu'on était, à celui que l'endroit où nous avions grandi avait fait de nous, pour tenter de renaître autre.

Est-ce allé avec un sentiment de trahison sociale ? Une certaine mélancolie ?
P.B. Cela s'y apparente, même si c'était ambigu. On perdait des choses auxquelles on était attachés, tout ce à quoi on avait cru. Et on devait embrasser les vues qui avaient cours au loin, car les nôtres étaient en quelque sorte dépourvues de toute valeur, toute portée, toute universalité, donc de signification. Mais en même temps, et peut-être est-ce là ce qui nous a aidés à franchir le pas, on commençait à recueillir, même si c'était de façon intermittente et confuse, les échos d'un monde extérieur qui se confondait avec le futur.

C'est une réflexion que vous avez construite a posteriori…
P.B. Bien sûr. Il fallait que je dispose d'instruments de pensée qui n'étaient pas disponibles sur place. Pour parodier Pascal, je dirais que tout notre malheur venait de ce que nous ne disposions pas des outils propres à nous permettre de nous représenter ce que nous étions. Nous nous sentions comme des réprouvés, privés de cette existence seconde, magique, que la culture lettrée confère aux êtres et aux choses. Concrètement : les livres parlent de Paris, la littérature reflète de mille manières Paris, centre de décision, foyer de la valeur des choses. Dans les rayonnages de la bibliothèque municipale que je fréquentais assidûment, durant toute mon enfance et mon adolescence j'ai cherché, sans le dire, le livre énigmatique qui aurait agi comme un miroir et dans lequel j'aurais découvert qui nous étions, quelque déplaisante et humiliante que puisse être l'image de nous-mêmes que j'y aurais trouvée. J'ai cru, dans un premier temps, que j'avais mal cherché, que ma maladresse m'avait interdit d'aller vers ce livre. Et il a fallu qu'un certain nombre d'années supplémentaires s'écoulent avant que je comprenne que le livre en question était resté dans l'encrier.

Est-ce pour écrire ce livre qui n'existait pas que vous êtes devenu écrivain ?
P.B. Peut-être bien. Sachant qu'il fallait, à cet effet, effectuer une sorte de grand détour par les livres « étrangers » qui conditionnaient la composition de cet ouvrage « indigène ». Il s'agissait de prendre sur soi le point de vue d'un autre, pour accéder à cette vérité de soi qui nous demeure étrangère aussi longtemps qu'on ne s'est pas éloigné, qu'on n'a pas porté sur soi-même un regard distant et dépassionné. Une vérité qui, pour être la nôtre, ne nous en demeure pas moins dans un premier temps fermée. La seule issue était celle de l'école républicaine. Il fallait étudier, apprendre, le chemin était là.

Vous êtes aussi devenu enseignant, y a-t-il un rapport ?
P.B. Je n'ai aucun mérite à cela, pour deux raisons. La première est que ma mère était bachelière en 1940, à une époque où 3 % des jeunes filles seulement accédaient au bac. Ce petit bout de femme aimante, attentive, éclairée, a été continuellement penchée sur mon épaule, tout le temps que je suis resté dans ma petite sous-préfecture. Me communiquant tout ce qu'elle avait pu elle-même acquérir, après quoi je n'ai plus eu qu'à continuer sur la lancée qu'elle m'avait imprimée. La deuxième raison est que ma grand-mère paternelle avait désiré, je ne sais pourquoi, que mon père soit professeur d'espagnol. Mais la guerre est survenue, ça ne s'est pas fait, et tout cela m'est tombé sur la tête, accru du poids de deux générations. Je n'avais aucune chance de ne pas devenir enseignant. C'était écrit à l'encre sympathique dans le grand registre noir de mon imagination : un jour, tu seras prof – et je le suis devenu.


Photo : Richard Dumas pour Télérama.

Nous n'y sommes donc pas pour grand-chose, dans ce qui nous arrive ?
P.B. Très peu. Nous sommes le jouet des circonstances plus que les maîtres. Il me semble que l'essentiel était dit avant même que je ne voie le jour. A la fois dans les grandes lignes – en l'occurrence, cette « fin des terroirs » ainsi que l'a définie l'historien américain Eugen Weber – et de façon plus individuelle. Un caractère de fatalité s'attache à une origine sociale et géographique. La géographie, c'est une histoire. Le fait de voir le jour sur la bordure occidentale du Massif central, dans une région de terres mauvaises et de faibles ressources, a un certain nombre de conséquences. Jamais les personnes que je côtoyais là durant mon enfance n'ont soupçonné la puissance libératrice de la culture lettrée.

Vous avez longuement étudié : la littérature, la philosophie, l'art, l'histoire, la sociologie, mille autres savoirs… Ecrire avec toutes ces connaissances et cette conscience du passé, n'est-ce pas parfois lourd, voire décourageant ?
P.B. C'est la question de toute une vie pour moi. La connaissance, que nous ne pouvons pas ne pas prendre, de ceux qui se sont mêlés avant nous d'établir le sens du monde, n'est-elle pas mortelle ? Pour ne rien vous cacher, lorsque je lis, d'Homère à Faulkner, et avec eux tous les auteurs qui au fil des siècles ont fait avancer la conscience humaine contre les forces de l'ignorance et de l'obscurité, j'ai du mal à ne pas réprimer un sanglot. Je me sens littéralement écrasé. Mais je me rappelle simplement ce fait : nous sommes les vivants. Ils ont eu leur jour, ils en ont livré le sens avec une intelligence, une sensibilité à quoi il semblerait que rien ni personne ne puisse plus atteindre. En ce sens, mes initiatives sont misérables, d'oser prendre encore la plume. Mais d'un autre côté, pour les adeptes de la culture rationnelle que nous sommes depuis la Renaissance, le monde reste une énigme. Il est neuf chaque jour, et il nous appartient de le déchiffrer. C'est notre affaire, à nous les vivants, d'interroger ce mystère. Et même si nous échouons finalement, au moins aurons-nous livré bataille. Nous nous serons efforcés de percer l'énigme à quoi le monde et nos vies s'apparentent. On aura l'éternité pour se reposer de nos peines.

L'insatiable soif de connaître ce qui s'est écrit et pensé avant vous n'entraîne-t-elle pas une dévoration du temps ?
P.B. J'ai essayé de trouver un compromis acceptable entre ces deux exigences, écrire et lire, chacune revêtue d'un caractère d'absolue nécessité. Si on ne lit pas, si on n'essaie pas de prendre la mesure du point qu'ont atteint ceux qui nous ont devancés et qui conditionnent l'invention présente, on s'expose à refaire ce qui a d'ores et déjà été fait, et sera, à ce titre, frappé de nullité. Quiconque ignore l'histoire de la partie qui est sienne s'expose à des candeurs qui ne pardonnent pas. Les innocents n'ont jamais les mains pleines. Il est indispensable de savoir ce qui a été accompli pour trouver son propre style. Le style qui est une manière de voir, d'être, de ressentir, de dire, mais rarement une manière d'écrire. Le style n'est pas un artifice, une sorte d'excipient formel qu'on ajouterait à un contenu.
La littérature a à voir directement avec la vie. Si elle se ramène à des jeux d'alexandrins, elle n'en vaut pas la peine. Le fait de voir une chose pour ce qu'elle est change la chose, change le monde, et nous change. Ce qui nous accablait, nous aliénait, perd son pouvoir. Le monde n'est ce qu'il est que parce qu'il inclut l'idée qu'on se fait de lui. Il vaut parce qu'il y a vous, parce qu'il y a moi.

Ecrire, c'est entrer dans un processus d'élucidation, donc de libération ?
P.B. J'ai toujours fait le plus grand cas de ce que la littérature pouvait offrir d'éclaircissement sur le mystère de nos vies. J'ai déploré enfant que nul adulte ne puisse répondre à mes questions, que nul livre ne rende compte de l'expérience foncière et originelle qui était la mienne. Lorsque l'heure a été venue, le gosse de 6, 12, 15 ans que j'avais été m'a tiré par le coude et m'a dit : tu as vieilli, les temps sont accomplis, il te faut faire droit à la requête que j'ai présentée aux adultes d'alors qui n'ont pas su me répondre. Tu es devenu un vieil homme, c'est à toi de me livrer cette explication dont je ressens toujours l'extrême besoin. Tu vas gagner ta table de travail, prendre du papier et un crayon, et me fournir enfin la réponse aux questions que je pose. Jusqu'à la quarantaine, à ce point absorbé par les études savantes, je n'avais pas eu une pensée pour les grands mystères de l'enfance et de l'adolescence, que j'avais en quelque sorte passés par profits et pertes. A 40 ans, je me suis dit qu'il était temps d'y revenir, de m'en retourner vers ce monde étrange que j'avais habité, pour essayer de le clarifier.
Tout cela est lié à notre culture rationnelle : nous ne pouvons pas nous contenter du monde tel qu'il est. Outre les choses, il nous faut l'explication des choses. Si nous étions d'une autre culture, animistes par exemple, nous aurions un rapport immédiat avec ce qui n'est pas nous. La culture rationnelle dont nous sommes pétris a pour effet que nous exigeons des choses qu'elles nous livrent leur essence, au-delà des apparences.

Tenir minutieusement ces carnets, qui rendent compte au jour le jour de votre quotidien, est-ce une autre manière de lier l'écriture et la vie ?
P.B. Là encore, je suis le fils de mes parents. Mon père a pris le parti, lorsque nous sommes nés mon frère et moi, de tenir des cahiers dans lesquels figuraient les événements menus qui émaillaient notre existence. Je me suis borné à poursuivre quelque chose qui avait débuté dès avant que je sois. Ce souci, qui m'a pris vers la trentaine, s'inscrivait dans cette habitude qui m'avait préexistée. Simplement, je pouvais introduire dans ce livre de raison des attendus auxquels mes parents n'avaient pas forcément accès, parce qu'ils n'avaient pas bénéficié d'une éducation prolongée, contrairement à moi qui n'ai rien fait d'autre qu'étudier jusqu'à mes 25 ans.

Consigner ainsi le quotidien, c'est aussi sauver les choses, les êtres de la disparition ?
P.B. C'est vouloir follement conserver la mémoire d'un certain nombre de faits qui, de prime abord, semblent peu importants. Il eût été plus simple et reposant de s'abstenir. Mais ce qui peut m'inciter à tenir ces carnets est que je me défie de celui que je suis aujourd'hui, et que je crédite celui que je serai demain d'un discernement supérieur. Je postule que, peut-être, celui que je serai demain trouvera profit à reconsidérer ce qui a en partie échappé à celui que je suis aujourd'hui. Et accédera, par ce moyen, à une compréhension plus exacte, plus précise de cette étrange affaire que c'est de vivre.

Propos recueillis par Nathalie Crom (Télérama)

lundi 6 février 2012

Recettes Desserts-Moelleux à la crème de marrons

Moelleux à la crème de marrons

Préparation : 15 mn
Cuisson : 40 mn
Pour 4 personnes
2 œufs
100 g de sucre
100 g de farine
100 g de beurre
200 g de crème de marrons
1 cuillerée à soupe de levure chimique
2 cuillerées à soupe de rhum
1 pincée de sel
1. Préchauffez le four à 150 °C (th. 5).
2. Mettez les œufs dans un saladier avec le sucre et 1 pincée de sel. Mélangez le tout.
3. Puis ajoutez la farine, la levure, le beurre ramolli, la crème de marrons et le rhum. Mélangez bien.
4. Mettez dans un moule à gâteau, préalablement beurré et fariné, enfournez pendant 40 minutes.
Conseil
Vous pouvez choisir une crème de marrons avec des brisures de marrons glacés, et remplacer la farine par de la farine de châtaignes.


dimanche 5 février 2012

Billets-Rencontre avec Karin Viard

Photo : Patrick Swirc pour Télérama

Rencontre avec Karin Viard

A l'écran ou sur les planches, elle irradie, menant sa carrière tambour battant. L'actrice dans sa tour d'ivoire, très peu pour elle : Karin Viard est franche et frondeuse. La preuve...
Karin Viard a fait coup double : le rôle, « à l'italienne », d'une ouvrière chômeuse, soudain amoureuse d'un capitaliste qu'elle devrait détester (Ma part du gâteau, de Cédric Klapisch) et une femme flic, très grande gueule, chargée de protéger les mineurs (Polisse, de Maïwenn).
Karin Viard. Drôle. Energique. Capable de mener tambour battant des comédies presque aussi réussies que les « belles américaines » de jadis (La Nouvelle Eve, de Catherine Corsini). Et d'émouvoir sans emphase dans des rôles dramatiques où elle frôle l'épure (Haut les coeurs !, de Sólveig Anspach, qui lui vaut un césar).
Elle sera une tornade au Théâtre Marigny, dans Lucide, l'étrange pièce de l'Argentin Rafael Spregelburd. Elle est, dès cette semaine, retenue, presque inquiétante, dans le premier film de Pierre Pinaud, Parlez-moi de vous.
Qu'est-ce qui vous a plu, dans la pièce ?
Qu'elle soit à la fois du soap opera, du drame et de la farce. Ce que je déteste, au théâtre, c'est qu'on s'y rende comme on va à la messe, pétrifié par le respect. La pièce ressemble à une vaste blague : le texte, primordial, mais pas très important, cache, sans cesse, un arrière-fond poignant, sourd, sombre. Toutes les trois secondes, il faut changer d'humeur, d'univers : j'ai l'impression de recevoir sans cesse des coups d'éperon pour me faire avancer...
L'inverse, en somme, de votre personnage dans Parlez-moi de vous...
Elle, c'est une handicapée qui ne tient debout que parce qu'elle noue, avec les autres, grâce à la radio, un lien qui, paradoxalement, l'empêche de vivre. Soudain, elle part à la recherche de cette mère qui l'a abandonnée. J'ai beaucoup joué les fifilles à problèmes avec papa, frérot. Comme je n'ai plus l'âge de jouer les gamines plaintives, j'ai tenu à insuffler de la violence dans certaines séquences. Ce qui nous importait à Pierre Pinaud et à moi, c'est d'éviter le cotonneux. Je déteste le pathos !
Le film insiste sur la rencontre de deux classes sociales...
Oui, une femme chic et aseptisée face à des gens qui vivent sans aucun filtre protecteur. Je crois beaucoup aux rapports de classe. On fait semblant de croire qu'ils n'existent plus : on nivelle, on aseptise, de nos jours. Moi, je viens d'un milieu où l'on sait qu'existent encore le mépris des possédants et la solidarité des défavorisés. J'ai appris ça il y a longtemps.

Dans son dernier film "Parlez-moi de vous", de Pierre Pinaud. Photo : Estrella Production

Comment était la petite Karin Viard ?
Très drôle, parce que très triste, si je me souviens bien. Très bonne élève, adorée par les profs, mais pas du tout cadrée. Excessive. J'explosais, je sortais, je riais trop !... La situation n'était pas facile, en fait...
Pourquoi ?
Parce que mes parents, avec qui j'avais vécu à Oran jusqu'à 4 ans, ont divorcé. Ils sont partis vivre ce qu'ils devaient. Ma sœur et moi, on s'est retrouvées chez mes grands-parents maternels. A Rouen. En province...
Vous n'aimiez pas ?
La province ? Ah non ! Et je n'y retournerai jamais. On y est prisonnier. Enkysté dans des certitudes. Survivre dans l'anonymat de Paris est tellement dur qu'on est forcé de bouger sans cesse. De s'adapter de jour en jour. En province, tout est réglé. On connaît tout le monde depuis toujours. Même les jeunes ont des discours de vieux : « Ah, je vous connais bien, vous êtes une amie de ma mère ! » L'horreur !
Mais il y avait votre grand-mère...
C'est elle qui m'a montré la voie. Elle a 102 ans, aujourd'hui... Elle n'a jamais été conventionnelle, et surtout pas convenable. Libre, à chaque instant de sa vie. Très drôle et un peu teigne ! Si je n'avais pas vécu à son contact, je n'aurais pas su reconnaître les imbéciles et les hypocrites. Ceux qui craignent le ridicule au nom leur dignité. Les bien-pensants craintifs qui croient qu'« il faut être gentil dans la vie »...
Elle ne vous a pas empêchée de devenir comédienne ?
Qu'est-ce que vous croyez : la question ne se posait même pas ! A 12 ans, j'étais sûre que j'allais être comédienne, je le devais, il le fallait, c'était ça ou mourir... Prête à tout, j'étais, pour ne pas mener la vie des autres. Et pour être autre chose que moi.
Pour dire vrai, je n'aimais pas tellement les actrices : ou elles étaient moches, donc méchantes, ou elles étaient belles, donc aseptisées. Les acteurs avaient un spectre bien plus large. J'adorais Spencer Tracy ! Dès qu'il y avait un film avec lui à la télé, je pleurais auprès de mes grands-parents pour qu'ils me laissent le voir. C'était dingue : il était capable d'interpréter les prêtres et les voyous. Je voulais être Spencer Tracy.
Pas James Dean ou Gérard Philipe ?
J'avais conscience de mon physique, tout de même ! J'avais du charme, du chien, j'avais confiance en moi, mais pas au point de m'imaginer en Alain Delon. Mais Bourvil, oui ! Il jouait si intelligemment les idiots dans ses comédies, un peu nul, et soudain si inquiétant dans Le Cercle rouge...
Et puis vous prenez des cours de théâtre à Paris ?...
J'étais Bécassine, à l'époque. Encore du foin dans les chaussures ! Je me revois complexée, mais frondeuse. Vraie, en fait. Authentique. J'en rencontre encore, des gamines comme j'étais, et je les regarde avec attendrissement : c'est tellement bien de n'être ni repu ni blasé. Seulement, comme je m'étais pratiquement élevée moi-même, j'étais une boule d'énergie qui fonçait sans réfléchir. Qu'est-ce que j'ai pu faire comme gaffes !...
D'ailleurs, il paraît que vous êtes restée très gaffeuse...
Ça, quand il y en a une à faire, je ne la rate pas ! J'ai même offert des souliers à un cul-de-jatte, rendez-vous compte... Tout récemment encore, je rencontre une monteuse que je ne reconnais jamais. Pour m'en excuser, je lui lance : « Ah, pour t'ignorer ainsi, je dois être amoureuse de ton mec, ce n'est pas possible ! » Et elle de me répondre : « Eh bien, tu ne serais pas la seule. Il vient justement de me quitter pour une actrice de ton âge... » Qu'est-ce qui a pu me passer par la tête pour sortir une bêtise pareille ?... Ce doit être mon côté sorcière : je devine le trouble des gens et paf ! je dis exactement ce qu'il ne faut pas...
Vu votre fantaisie, on vous catalogue très vite, notamment dans Tatie Danielle ou Delicatessen, parmi les « pulpeuses rigolotes »...
Ça me plaisait de jouer les bulldozers à la Katharine Hepburn. Mais - n'y voyez vraiment aucune prétention - je savais pouvoir me mesurer avec des rôles plus complexes. C'est alors, en 1994, que Michel Spinosa m'a offert le rôle de la fille exaspérante et désespérée d'Emmène-moi. En même temps, Bernard Verley, le producteur de La Nage indienne, convainc Xavier Durringer, qui doutait, de me confier le rôle principal. Tout part de là...
Depuis, on dirait que vous n'avez jamais eu de temps mort. De passage à vide.
Oh si ! Il y a quelques années, j'ai accepté des films, comment dire... « qualité France ». Pas vraiment mauvais, rien que passables, qui n'intéressaient personne. Des rôles principaux où je me suis trouvée mauvaise. Pire, insignifiante. Je me suis réveillée : « Toi, t'es sur une voie de garage. Tu choisis mal. » J'ai décidé de ne plus tourner qu'avec de bons cinéastes, même s'ils ne me proposaient que de petits rôles. Et j'ai atterri dans Potiche, de François Ozon. Et dans Paris, de Cédric Klapisch.
Très court rôle et très détestable : une boulangère raciste...
Une abomination. Mais quel plaisir d'interprète ! Je l'ai toujours dit : plutôt que Cendrillon, je préfère jouer son affreuse belle-mère ou ses ignobles demi-sœurs. Les salauds ont des possibilités comiques et dramatiques inépuisables : c'est passionnant de dévoiler ce qu'ils cachent de frustrations, de doutes, de souffrances. Plus on va loin dans leur folie furieuse, plus on a de chances d'approcher l'universel.
Mais c'est risqué de jouer des ordures...
Ce qui tue un acteur, c'est l'idée qu'il se fait de lui-même. Faut pas avoir peur du grotesque. Faut pas trop se regarder... Quand je vois des confrères refuser des projets « parce que ce n'est pas ce qu'attend mon public », je rigole...
Et à un comédien qui dit « J'ai pris des risques en tournant ce film », vous répondez quoi ?
Qu'il est grotesque. Il a mis une moustache, c'est ça son risque ? D'accord, il arrive qu'un comédien soit amené à fouiller dans des zones troubles de sa psyché ou de son inconscient. Mais ça me paraît normal. Rien qu'un peu d'audace et de courage.
Quand j'ai joué une cancéreuse, dans Haut les cœurs !, de Sólveig Anspach, j'ai passé des semaines à Villejuif, entourée de malades qui faisaient de la figuration. Notamment une gamine qui souffrait d'un cancer des os. Un jour, on est venu me demander si ça ne me dérangeait pas d'avancer le tournage d'une scène, parce que cette petite allait entrer dans une chambre stérile dont nul ne savait si elle allait revenir ou non. Voilà : moi, l'actrice, j'avançais le tournage d'une scène, alors qu'elle, elle risquait sa vie... Le regard de cette petite, je ne l'oublierai jamais.
Pour Ma part du gâteau, de Cédric Klapisch, je me suis retrouvée à Dunkerque avec des gens surprenants, tous dans la mouise, qui m'ont accueillie chez eux. Chaque jour, je lisais dans leurs yeux la fierté, les regrets, les envies, le rêve de lutter encore. C'est leur vie que j'ai essayé d'exprimer grâce à mon personnage.
Vous tournez dans des films militants, engagés, comme Ma part du gâteau ou Les Invités de mon père, d'Anne Le Ny. Etes-vous devenue l'actrice « politiquement correcte » du cinéma français ? L'Annie Girardot des années 2000, en quelque sorte ?
Ben, je ne vais tout de même pas accepter des daubes pour éviter de faire du social ! Et que le cinéma français reflète depuis quelque temps - enfin - la vraie vie des gens, ce n'est pas pour me déplaire. Mais peut-être faudrait-il la peindre avec plus de subtilité. Et de force...
Le cinéma français est-il sage ?
Calibré. Il n'y a guère de place pour des cinéastes râpeux comme Michael Haneke. Dans la vie, j'aime les gens dingues et insolents. Bien sûr que, dans les scénarios qu'on me propose, j'aimerais en dénicher un bien tordu, bien irrévérencieux. Mais Marco Ferreri n'existe plus et, d'ailleurs, La Grande Bouffe ne marcherait pas, en ces temps de « cocooning » généralisé...
Mais vous êtes une actrice populaire. Ne pourriez-vous pas susciter des projets plus ambigus, plus ambitieux ?
J'ai essayé, un temps, de faire adapter un bouquin, mais il ne plaisait à personne... Non, une actrice - même populaire - n'a aucun pouvoir. Tout coûte trop cher et tout le monde a trop peur.
Quel est le dernier film qui vous a fait vibrer ?
Polisse, de Maïwenn.
Pas possible !
Je vous parle en tant que spectatrice : j'ai été « emmenée » du début à la fin... Quelle énergie elle a, cette fille ! La scène des Roumains, cette horde silencieuse qui entoure les flics : superbe. On est dedans...
Elle dirige, Maïwenn ?...
Elle suscite des émotions. Elle vous dit : « Va plus loin ! » ou « Je n'y crois pas du tout, là ! »... Et d'un coup, juste avant une prise, elle trouve l'idée qui pousse l'acteur. Ou le freine.
Acceptez-vous qu'un réalisateur vous corrige ?
Mais je n'attends que ça. Marina Foïs, ma partenaire dans Polisse, m'a dit : « Je n'ai jamais connu quelqu'un qui ait aussi peu de susceptibilité. » Dans le travail, je n'en ai aucune, c'est vrai... D'ailleurs, l'idée qu'un acteur maîtrise totalement son jeu peut devenir un écueil. Je prépare un rôle, je travaille énormément - toujours mon côté bonne élève ! Sur le plateau, j'arrive texte su au cordeau. Après, avec le réalisateur, on rajoute, on gomme. Le pire, pour moi, c'est de lui poser des questions et de m'apercevoir qu'il ne peut y répondre parce qu'il n'y a même pas pensé...
Ça vous est arrivé ?
Parfois. Sur Les Randonneurs à Saint-Tropez. Le projet était au moins aussi intéressant et déconnant que le premier épisode. Et tout s'est détérioré. Philippe Harel était absent. Les comédiens étaient tous figés, moi la première. Atroce...
Comment pensez-vous être perçue, aujourd'hui ?
Certains doivent me trouver plus aimable : j'ai fait des efforts pour me socialiser un max. Mais, sous mon côté « titi » gouailleur, je dois désarçonner encore. La faute, sans doute, à cette part de la liberté que je revendique même auprès de ma famille.
Un jour, mes filles sont venues me voir. « On a entendu dire que tu allais tourner une scène de sexe et ça nous ennuie beaucoup. » Et je leur ai dit : « Désolée, mais ça ne vous regarde pas. Avoir une mère comédienne procure des avantages, vous le savez, mais aussi des inconvénients, que vous découvrez actuellement. C'est ainsi et pas autrement : quand j'exerce mon métier, je ne suis plus la femme de votre père et pas votre mère non plus. J'ai accepté ce film - il s'agissait des Derniers Jours du monde, des frères Larrieu - pour des raisons qui me regardent, et je le tournerai, que ça vous plaise ou non. Mais je vous fais une promesse : la liberté que je m'accorde sera celle que je vous donnerai quand vous choisirez à votre tour votre avenir. » On n'en a plus jamais reparlé...
Vous tournez des films engagés, mais vous ne vous engagez jamais ?
J'ai des opinions politiques très précises que je garde pour moi. Etre plus ou moins populaire n'autorise pas forcément à s'exprimer, devant les micros et les caméras, sur des sujets qu'on maîtrise mal. Un acteur qui parle politique, pourquoi pas, à condition qu'il en connaisse un rayon. Mais l'entendre - ça arrive souvent - proférer des évidences, du type « C'est dégueulasse, la guerre » ou « C'est ignoble, la pauvreté », ah non ! Non, non et non ! On a tous besoin d'intelligence. Je ne dis pas que je suis con, hein, mais j'ai, comme beaucoup, une intelligence... Ciblée.


Source Pierre Murat (Télérama)

samedi 4 février 2012

Recettes Pâtisseries orientales-Maqrouts


Maqrouts

Préparation : 45 mn
Cuisson : 20 mn
Pour 18 gâteaux
20 feuilles de pâte filo
150 g de beurre fondu
300 g de miel
Pour la farce :
3 verres de semoule de blé moyenne
1 verre de 25 cl de beurre fondu
3 cuillerées à soupe d’eau de fleur d’oranger
½ cuillerée à café de cannelle en poudre
150 g de pâte de dattes
300 g de miel
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Dans un saladier, mélangez la semoule avec le beurre et frottez-la entre vos mains. Versez l'eau de fleur d'oranger dans le verre et complétez avec de l'eau. Versez dans le saladier et mélangez rapidement sans pétrir, puis rassemblez la pâte en boule.
3. Incorporez la cannelle à la pâte de dattes.
4. Étalez la pâte sur 1 cm d'épaisseur environ. Découpez-la en bandes de 8 cm de large. Sur l'un des côtés, déposez de la pâte de dattes sur toute la longueur. Repliez la pâte sur la farce pour former une sorte de rouleau que vous aplatirez légèrement. Avec le dos d'un couteau, tracez des croisillons à la surface. Coupez ensuite le rouleau en biais tous les 4 cm environ pour obtenir de petits losanges.
5. Disposez les losanges sur la plaque du four recouverte de papier sulfurisé. Faites cuire 20 minutes, jusqu'à ce que les gâteaux soient bien dorés. Plongez-les ensuite rapidement dans le miel tiédi et laissez-les s'égoutter et refroidir sur une grille posée sur une assiette creuse (pour récupérer le miel qui s'écoule).
Cette pâtisserie algérienne existe en plusieurs variantes. Dans la version choisie ici les maqrouts subissent une cuisson au four, mais, parfois, on les prépare différemment pour les cuire dans un bain de friture. La farce, ici à base de dattes, peut être confectionnée avec des noisettes ou des amandes.