Le statut d’intermittent du spectacle
Le statut d’intermittent du spectacle est présenté en France comme un « modèle envié dans le monde entier ». C’est en réalité une machine de guerre antisociale qui détruit les salaires.
Ayant passé 15 ans comme ingénieur du son dans le spectacle vivant (l'Annexe 10), je connais le coût caché de cette béquille. Le calcul est connu : 507 heures déclarées en moins de 10 mois, et l'État compense vos jours d'inactivité pendant un an. Une idée typiquement socialiste qui part d'un principe noble — financer le temps de création — pour aboutir à un désastre économique. Sous perfusion étatique, les employeurs et directeurs de théâtres ont cessé de payer le travail à sa juste valeur. Pourquoi facturer au tarif de marché quand on sait que France Travail va compléter la fin de mois ? Aux États-Unis, sans intermittence, un ingénieur du son compétent facture 600 $ sa journée de 8 heures. En France, on vous propose poliment 250 € pour le même poste. L'État subventionne l'inactivité pour mieux masquer la paupérisation des actifs. Ce système organise un chantage permanent. Les petites compagnies acceptent des contrats de misère sous la menace de perdre leur statut s'il leur manque 10 heures. Ce dumping salarial permet aux programmateurs de remplir leurs scènes pour trois sous, tout en gardant le gros de leur budget public pour arroser leurs copains. C’est la mort de l'exigence artistique. Les artistes ne cherchent plus à plaire au public, ils cherchent à complaire aux directeurs de scènes subventionnées pour « faire leurs heures ». Ce cartel de fonctionnaires de la culture a droit de vie ou de mort financier sur la création. D'où la médiocrité de la programmation contemporaine. La gauche hurle que sans l'intermittence, la création française mourrait. C’est un mensonge historique. Le statut n'a été étendu au spectacle vivant qu'en 1968. Tout ce qui a fait le génie et le rayonnement mondial de la France s'est créé sans lui. Le French Cancan, le Moulin Rouge, les tournées mondiales de Sarah Bernhardt, les pièces de Molière : tout cela est né du secteur privé, du mécénat et de la validation directe par un public payant. Même nos plus grands succès d'exportation récents — de Starmania au Puy du Fou — reposent sur le modèle commercial, sans un centime de subvention. Les vrais professionnels n'ont pas besoin de cette béquille : ils tournent déjà à plus de 1 500 heures par an. Ce régime maintient simplement sous perfusion des profils peu qualifiés pour qui l'obtention du statut est devenue un but en soi. Et si on supprimait enfin ce statut d'intermittent pour doubler les salaires des professionnels et laisser le public — plutôt qu’un bureaucrate syndiqué — décider de ce qui est de l'art ? Ou la culture française est-elle devenue trop lâche pour affronter le verdict du marché ?Source :
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