mardi 27 avril 2021

Recettes Fruits-Tarte aux poires


Tarte aux poires

Préparation : 10 mn
Cuisson : 20 mn
Pour 4 personnes
1 rouleau de pâte sablée pré étalée de 230 g
250 g de chocolat noir
3 cuillerées à soupe de crème fraîche épaisse
800 g de poires au sirop en conserve
1. Préchauffez le four à 210 °C (th.7).
2. Garnissez un moule à tarte de pâte sablée, piquez le fond avec une fourchette, garnissez la pâte d’une feuille de papier sulfurisé et de billes de cuisson (ou de haricots secs), et faites cuire à blanc pendant 20 minutes.
3. Pendant ce temps, faites fondre le chocolat à feu doux avec la crème fraîche, en remuant sans arrêt. Egouttez les poires.
4. Lorsque la pâte est cuite, sortez-la du four, mettez-la sur un plat de service.
5. Versez le chocolat chaud sur le fond de tarte. Coupez chaque poire en lamelles et posez celles-ci sur le dessus en formant une fleur. Laissez refroidir avant de servir.

Cette tarte vite prête est vraiment trop bonne.

Variante
Saupoudrez la tarte d’amandes effilées au moment de servir.

Conseil
Préparez des poires au sirop : faites cuire des poires épluchées et coupées en lamelles dans un sirop composé de 50 cl d’eau, de 4 cuillerées à soupe de sucre et de jus de ½ citron, pendant 20 minutes.

Recettes Fruits-Fruits rafraîchis aux épices douces


Fruits rafraîchis aux épices douces

Préparation : 30 mn
Cuisson : 20 mn
Pour 6 personnes
1 petit ananas
6 poires conférence
12 kumquats
2 oranges non traitées
1 citron non traité
1 gousse de vanille
3 clous de girofle
1 bâton de cannelle
8 capsules de cardamome
100 g sucre en poudre roux
1. Epluchez l’ananas. Coupez-le en quartiers et retirez le cœur dur. Coupez la chair en morceaux. Pelez les poires, épépinez-les et coupez-les en lamelles. Citronnez-les. Rincez les kumquats, essuyez-les et coupez-les en rondelles. Eliminez les pépins. Prélevez le zeste d’une orange et celui du citron.
2. Dans une casserole, portez à ébullition 30 cl d’eau avec le sucre, le jus des 2 oranges et un filet de jus de citron. Ajoutez les zestes, la gousse de vanille fendue en deux et grattée, les clous de girofle, la cannelle et les capsules de cardamome écrasées et enfermées dans une boule à épices ou dans un nouet de mousseline.
3. Faites pocher l’ananas et les poires 10 minutes dans ce sirop, à couvert, sur feu doux. Ajoutez les kumquats. Poursuivez la cuisson 10 minutes sans couvrir. Servez les fruits tièdes ou froids, dans le sirop.

Servez avec une crème glacée au gingembre ou au lait d’amandes.

Recettes Fruits-Poires Belle-Hélène

 

Poires Belle-Hélène


Préparation : 45 mn
Cuisson : 20 à 30 mn 

Pour 6 personnes 
6 poires williams
125 g de chocolat noir
60 g de crème fraîche
1 l de glace à la vanille
Pour le sirop
250 g de sucre en poudre
50 cl d’eau 

1. Préparez le sirop : faites bouillir le sucre et l’eau.
2. Préparez les poires : pelez les poires en les laissant entières et en gardant leurs queues. Faites les cuire dans le sirop de 20 à 30 minutes. Lorsqu’elles sont bien tendres, égouttez-les, mettez-les au réfrigérateur.
3. Faites bouillir 6 cl d’eau. Cassez le chocolat en morceaux, hachez-le et mettez-le dans une casserole. Versez l’eau bouillante dessus en mélangeant bien pour faire fondre et ajoutez la crème fraîche.
4. Mettez la glace à la vanille au fond de chaque coupe, ajoutez une poire par-dessus et nappez de sauce au chocolat bien chaude.



dimanche 25 avril 2021

Recettes Biscuits-Biscuit de Savoie

 Biscuit de Savoie


Préparation : 15 mn

Cuisson : 45 mn

Pour 8 personnes

14 œufs

500 g de sucre en poudre

1 sachet de sucre vanillé

1 pincée de sel

185 g de farine tamisée

185 g de fécule

Beurre pour le moule

1. Cassez les œufs en séparant les blancs des jaunes.

2. Préchauffez le four à 170 °C (th. 5-6).

3. Dans un grand saladier, mettez le sucre en poudre, le sucre vanillé et les jaunes d’œufs, puis mélangez jusqu’à ce que la préparation soit bien lisse et blanchisse.

4. Battez les blancs en neige très ferme avec 1 pincée de sel. Incorporez-les au mélange précédent, avec la farine et la fécule et continuez de bien remuer, en tournant toujours dans le même sens pour ne pas casser les blancs, et jusqu’à ce que la pâte soit homogène.

5. Beurrez un moule à biscuit de Savoie ou un moule à génoise de 28 cm de diamètre, puis poudrez-le de fécule. Versez-y la pâte : le moule ne doit être rempli qu’aux deux tiers.

6. Mettez au four pendant 45 minutes

7. Démoulez le biscuit sur un plat de service à la sortie du four. Servez-le froid.

Ce biscuit est très léger grâce aux nombreux blancs battus en neige qu’il contient.

Conseil pratique

Vérifiez la cuisson avec la pointe d’un coureau : elle doit ressortir propre.


Recettes Biscuits-Macarons

Macarons

Préparation : 10 mn
Cuisson : 15 à 20 mn 

Pour 30 petits ou 15 grands macarons environ 
200 g d’amandes en poudre
120 g de sucre glace
1 cuillerée à café de miel liquide
4 blancs d’œufs
1 pincée de sel 

1. Mélangez les amandes en poudre avec le sucre glace et le miel dans un saladier. Battez 2 blancs d’œufs à la fourchette pour qu’ils blanchissent légèrement puis versez-les dans le saladier en remuant constamment avec une cuillère en bois jusqu’à l’obtention d’une pâte parfaitement homogène.
2. Préchauffez le four à 160 °C (th. 5-6).
3. Tapissez 2 plaques à pâtisserie de papier sulfurisé.
4. Fouettez les 2 blancs d’œufs restants en neige ferme avec 1 pincée de sel. Incorporez-les délicatement à la préparation aux amandes.
5. Déposez des petites masses de pâte sur la plaque avec une poche à douille à embout lisse ou avec une cuillère à soupe, en les espaçant pour qu’elles n’adhèrent pas les une aux autres en cuisant. Aplatissez-les légèrement avec le dos d’une cuillère humide, enfournez et faites cuire 15 à 20 minutes, jusqu’à ce que les petits gâteaux soient bien dorés.
6. Sortez la plaque du four, détachez les macarons du papier avec une spatule et laissez-les refroidir sur une grille.


Conseil pratique 

Ces petits gâteaux peuvent se conserver quelques jours dans une boîte hermétique.

Variante 

Vous pouvez parfumer ces macarons en ajoutant 20 g de cacao en poudre dans le sucre glace (macarons au chocolat) ou 1 demi-cuillerée à café d’extrait de café (macarons au café) ou de vanille liquide (macaron à la vanille).


Recettes Biscuits-Macarons au café

Macarons au café

Préparation : 15 mn
Cuisson : 20 mn

Pour 20 macarons environ 
8 blancs d’œufs
2 cuillerées à soupe de café frais très fort
350 g de sucre glace
300 g de poudre d’amandes
Pour la ganache au café
400 g de chocolat noir
15 cl de lait
15 cl de café frais très fort
20 cl de crème fleurette

1. Versez les blancs d’œuf dans un saladier, fouettez-les en neige très ferme tout en ajoutant 100 g de sucre glace et en continuant de fouetter. Ajoutez le café liquide, mélangez délicatement, puis versez le reste de sucre glace préalablement tamisé avec la poudre d’amandes et incorporez-les, toujours avec délicatesse.
2. Préchauffez votre four à 180 °C (th. 6).
3. Posez une feuille de papier sulfurisé sur une plaque à pâtisserie.
4. Versez la pâte dans une poche munie d’une douille à bord lisse et formez sur le papier sulfurisé une quarantaine de petites boules de pâte.
5. Mettez au four et laissez cuire pendant 20 minutes.
6. Sortez la plaque du four, mouillez légèrement le papier et décollez les macarons, puis posez-les sur une grille à pâtisserie et laissez-les refroidir.
7. Préparez la ganache : cassez le chocolat en petits morceaux et mettez-les dans un saladier. Versez le lait dans une casserole, portez-le à ébullition et versez-le sur le chocolat. Laissez reposer pendant 2 minutes, puis mélangez jusqu’à ce que vous obteniez une préparation lisse et homogène. Ajoutez alors le café, mélangez et laissez tiédir.
8. Fouettez la crème fleurette en chantilly et incorporez-la à la ganache au café. Posez une noisette de crème sur la partie plate d’un macaron et recouvrez-la d’un autre macaron. Répétez l’opération jusqu’à épuisement des ingrédients, puis laissez refroidir complètement avant de servit.


Conseil : 
Afin que vos blancs d’œuf montent bien et restent fermes, évitez d’y mettre du jaune d’œuf et ajoutez une pincée de sel au départ.


Recettes Biscuits-Madeleines

Madeleines

Préparation : 10 mn
Cuisson : 15 mn

Pour 12 madeleines environ
100 g de farine
3 g de levure chimique
100 g de beurre + 10 g pour la plaque
1 citron non traité
2 œufs
120 g de sucre en poudre

1. Tamisez ensemble la farine et la levure au-dessus d’un bol. Faites fondre le beurre dans une petite casserole et laissez-le refroidir.
2. Hachez finement le zeste de citron.
3. Cassez les œufs dans un saladier, versez le sucre par-dessus. Fouettez pendant 5 minutes pour bien les faire mousser ; ajoutez le mélange farine-levure en pluie, puis le beurre et le zeste haché, sans cesser de tourner.
4. Préchauffez le four à 220 °C (th. 7-8).
5. Beurrez légèrement la plaque à madeleines et remplissez-la de pâte seulement aux deux tiers. Mettez au four pendant 5 minutes à 220 °C (th. 7-8) puis baissez la température à 200 °C (th. 6-7) et laissez cuire encore 10 minutes.
6. Démoulez les madeleines tièdes et laissez-les refroidir.



samedi 24 avril 2021

Recettes Italiennes-Spaghettis aux truffes de Norcia


Spaghettis aux truffes de Norcia

Préparation : 10 mn
Cuisson : 15 mn
Pour 4 personnes 
320 g de spaghettis fins
50 g de truffes noires de Norcia
2 anchois au sel
5 cuillerées à soupe d’huile d’olive
1 gousse d’ail
Sel et poivre
1. Dans une grande casserole d’eau salée portée à ébullition, faites cuire les spaghettis al dente. Égouttez-les légèrement et conservez l’équivalent d’une louche d’eau de cuisson.
2. Entre-temps, nettoyez délicatement les truffes sous l’eau tiède, à l’aide d’une petite brosse, puis coupez-les en fines lamelles. Pelez et écrasez la gousse d’ail. Rincez les anchois, retirez les arêtes et coupez les filets en morceaux.
3. Chauffez l’huile dans une petite casserole et faites revenir l’ail, que vous retirerez dès qu’il aura blondi. Retirez la casserole du feu, mettez-y les morceaux d’anchois puis, après l’avoir remise sur feu doux, mélangez avec une cuillère de bois pour défaire les anchois pour défaire les anchois. Ajoutez les lamelles de truffe et mélangez soigneusement. Après 2 à 3 minutes, assaisonnez d’une pincée de sel si besoin (les anchois sont très salés) et d’une bonne pincée de poivre, puis retirez du feu.
4. Égouttez les spaghettis en leur laissant un peu d’eau de cuisson, puis versez-les dans un plat de service en les mélangeant avec la sauce.

Vous pouvez coupez les truffes d’abord en lamelles puis en bâtonnets.
Spécialité de la région d’Ombrie.


jeudi 22 avril 2021

Billets-Témoignage : médecin, en 30 ans, j’ai vu…

Témoignage : médecin, en 30 ans, j’ai vu…

Quelles ont été les conséquences sur le système de santé de la politique menée ces 30 dernières années ?

Quand les professionnels de santé vont-ils mettre un terme à la dérive administrative de la Santé et de la protection sociale ?

Quand vont-ils reconquérir le Droit de soigner et d’être soigné dans une véritable Démocratie sanitaire et sociale ?

En 30 ans, j’ai vu le nombre d’administrations, d’administratifs et de réglementations augmenter.
J’ai vu les médecins, les infirmières de moins en moins motivés.
J’ai vu les hôpitaux s’endetter de plus en plus.
J’ai vu le personnel soignant connaître de plus en plus le harcèlement administratif.
J’ai vu les burn-out, les dépressions et les suicides de soignants augmenter.
J’ai vu la médecine de ville se désertifier.
J’ai vu la dégradation de la qualité des soins.
J’ai vu la France chuter dans les classements internationaux de son système de soins.
J’ai vu avec le parcours de soins des pertes de chances, ou pire…
Et depuis 2015, j’ai vu pour la première fois l’espérance de vie baisser en France, ce qui n’était pas arrivé depuis 1945.
Comme s’ il n’y avait pas assez de ces administrations publiques, j’ai vu mettre en place des « Sécu bis », complémentaires santé obligatoires taxées et partiellement fiscalisées, pour  » améliorer » l’accès aux soins alors que 95% de la population avait déjà une complémentaire souvent meilleure, et que pour la solidarité nationale on avait déjà la CMU et l’AME.
J’ai vu ces complémentaires plafonner les remboursements par des contrats  » responsables  » ou, cotiser PLUS pour être remboursé MOINS, obligeant à une SÉCU sur-complémentaire, sur-taxée et fiscalisée.
J’ai vu l’instauration du tiers payant déresponsabilisant, qui va être étendu.
Je verrai bientôt le reste à charge zéro, qui ne fera qu’accentuer les dépenses des ménages en enrichissant les intermédiaires. Comme si 100% des citoyens avaient besoin de L’État pour la solidarité !
J’ai vu depuis 30 ans les professionnels de santé être la variable d’ajustement des déficits de la Sécu. Il faut bien rémunérer tous ces administratifs qui justifient leurs salaires en empêchant les soignants de travailler !
J’ai vu des libéraux de santé malades, en arrêt de travail, déclarés par la CARMF : « Aptes à exercer une QUELCONQUE activité professionnelle non médicale », en attendant qu’ils puissent ré-exercer leurs professions de soignants, pour ne pas avoir à leur verser d’indemnités journalières, pas plus qu’une rente d’invalidité. Autrement dit, pour les obliger à reprendre leur travail alors qu’ils étaient inaptes, mettant ainsi en danger leur santé, leur vie et donc celles de leurs patients. En réalité cotiser sans contrepartie à des caisses d’insécurité sociale ! Une véritable escroquerie aux cotisations.
J’ai vu institutionnaliser les discriminations entre médecins libéraux par des secteurs d’activité non basés sur des critères médicaux, mais des critères administratifs ; j’ai vu ainsi des plus utiles que d’autres.
J’ai vu ceux du secteur 1 conventionnés, les plus sociaux ou les plus vertueux, être punis depuis 30 ans par les honoraires les plus bas de l’OCDE.
J’ai vu de vrais libéraux non conventionnés punis du tarif d’autorité et leurs patients subissant une escroquerie aux cotisations sociales sans contrepartie.
J’ai vu naître des maisons médicales ou personne ne veut aller mais des guérisseurs ou autres occuper ces maisons.
Je vois venir les réseaux de soins obligatoires sous peine de non remboursement.
Je vois venir les installations obligées sous peine de déconventionnement,.
J’ai relu la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen et constaté ses viols et des citoyens ne demeurant plus libres et égaux en Droits, des distinctions sociales avec des plus utiles que d’autres !
J’ai vu la Justice dire le Droit mais ne plus appliquer la Loi.
J’ai vu les  » avantages conventionnels  » se réduire au fil du temps.
J’ai vu la suppression du cumul abattements conventionnels et AGA.
J’ai vu des conventions non respectées, les unes après les autres.
J’ai vu des actes techniques perdre leur valeur à maintes reprises alors que l’on n’avait promis aucun acte perdant.
Je n’ai jamais vu la convergence promise des revenus des différentes spécialités médicales…
J’ai vu les retraites ou  » honoraires différés  » fondre dans un système Madoff.
Je vois des confrères cumuler emploi et retraite par insuffisance de leur retraite.
J’ai vu les cabinets ne plus trouver de repreneurs.
J’ai vu des pays que l’on a privés de promotions entières de médecins pour pallier le MICA, numerus clausus.
Je vois des médecins s’expatrier du fait du poids des charges et des horaires pour les couvrir.
Je vois un exercice médical devenu liberticide ou les administratifs ont pris le pouvoir et dictent leurs lois, un système de protection sociale inéquitable ou la Solidarité nationale ne s’applique qu’entre décideurs et intermédiaires et quelques régimes spéciaux pour préserver la paix sociale.
Je n’ai pas vu la République irréprochable, exemplaire, ni même la vie publique moralisée, moins encore une démocratie sanitaire et sociale, je ne vois qu’une République bananière où, sous prétexte de Solidarité nationale et de Justice sociale, la pauvreté et l’exclusion augmentent. Où le système de santé, comme les retraites, s’effondrent sous les mensonges électoralistes de nos décideurs depuis 40 ans.
« Les médecins sont les seuls à pouvoir provoquer une révolution » disait Georges Pompidou.
Aujourd’hui patient, j’aimerais voir une véritable Démocratie sanitaire et sociale des médecins et autres, soignants ou non, se lever pour retrouver la Liberté de soigner et d’être soigné, et revoir la meilleure médecine du monde, place que la France occupait auparavant.

Source contrepoints.org
Par Edward Meztger.

Une tribune de l’Alliance des Professions de Santé

Billets-Qu’est-ce que l’individualisme ?

 


Qu’est-ce que l’individualisme ?

‎Le livre d’Albert Schatz, L’individualisme économique et social (1907), vient d’être réédité aux éditions des Belles Lettres.

Dans son article « Vrai et faux individualisme » l’économiste Friedrich Hayek a fait un éloge très appuyé du livre d’un économiste français réputé du début du XXe siècle, Albert Schatz, intitulé L’individualisme économique et social. Il le qualifie d’« excellente revue de l’histoire des théories individualistes ». Et il ajoute, « cet ouvrage, auquel je dois beaucoup, mérite d’être bien plus largement connu non seulement comme contribution à notre sujet mais comme histoire de la théorie économique en général. »
Ce livre vient d’être réédité par les Belles Lettres dans la remarquable collection d’Alain Laurent, Bibliothèque classique de la liberté. C’est un plaidoyer pour le véritable individualisme contre la caricature qui en est faite par ses adversaires socialistes et traditionalistes.

L’individualisme n’est ni un atomisme, ni une apologie de l’égoïsme
Dans son livre, Albert Schatz (1839-1910) s’attache à montrer que l’individualisme ne se confond ni avec l’égoïsme, ni avec un quelconque atomisme. Dans son avant-propos, il dénonce d’emblée le contresens qui tend à faire de l’individualisme une apologie de l’individu isolé ou autosuffisant :
« Je prie seulement le lecteur de n’avoir pas peur du titre. Il aura si souvent entendu dire que l’individualisme, c’est l’égoïsme, l’isolement de l’individu obligé de se suffire à lui-même et conduit à se désintéresser de ses semblables, qu’il est en droit d’être prévenu contre le mot : les plus honnêtes gens s’y sont trompés ».
Les hommes vivent en société, c’est un trait fondamental de la nature humaine. L’individu réel est donc toujours membre d’une association et c’est par l’association qu’il développe son individualité. Schatz écrit :
« L’homme vivant est toujours uni à d’autres individus qui composent avec lui la famille, la tribu, la cité, la corporation, la nation, et l’individualisme a donc pour objet, comme tout système social, les rapports que l’homme réel entretient nécessairement avec ses semblables. Quant à l’égoïsme, c’est-à-dire à l’état d’un individu qui volontairement, se replie sur lui-même et se désintéresse de ses semblables, il est le pire des obstacles que rencontre l’individualisme, puisque l’individualisme prétend amener chaque individu à son complet état de développement en lui faisant comprendre qu’il n’est rien et qu’il ne peut rien sans le concours des autres hommes, que leur bonheur et leur prospérité ont leur contre-coup sur sa prospérité et sur son bonheur, en élargissant par conséquent de plus en plus le domaine auquel s’étend son intérêt personnel ».

Quels sont les caractères essentiels du vrai individualisme ?
À l’origine, les deux termes d’ « individualisme » et de « socialisme » sont une invention des saint-simoniens, fondateurs du socialisme moderne. Ils utilisèrent pour la première fois le mot d’individualisme pour décrire la société concurrentielle à laquelle ils étaient opposés et inventèrent ensuite le « socialisme » pour décrire la société planifiée.
Schatz s’en prend aux conceptions de la justice sociale et de la solidarité chères au socialisme de Jean Jaurès et de Victor Basch. Leur collectivisme égalitaire et autoritaire est foncièrement contradictoire avec l’aspiration à la liberté individuelle, c’est-à-dire à l’initiative et à la responsabilité personnelle.
En réalité l’individualisme défend l’association. Mais à la différence du socialisme, il la veut seulement libre. Toute association peut devenir tyrannique, si elle devient monopolistique, protégée par la force de la loi. L’association libre est donc une association soumise à la concurrence.
De même que l’association doit pouvoir se former librement dans tous les domaines, de même elle ne doit pas annihiler la personnalité de ses membres, mais, au contraire, la développer en augmentant leur puissance d’initiative. L’individualisme est donc, par essence, la recherche d’un accroissement constant d’initiative individuelle dans le cadre d’une coopération avec les autres.

Socialisme et individualisme
Socialistes et individualistes, explique Schatz dans sa conclusion, sont en fait deux façons différentes de comprendre la raison d’être de la société et le rôle social de l’individu :
1° L’individualisme considère la société comme née des besoins des hommes. Son premier devoir est de durer ; le second de devenir meilleure, à mesure que chacun des éléments qui la composent comprend mieux le profit qu’il retire de la vie commune et contribue volontairement à l’améliorer. Pour l’individualisme, une société n’est heureuse que si elle jouit d’une certaine prospérité matérielle ; elle n’est prospère que si chacun des individus qui la composent peut agir pour créer de la valeur par son effort et son initiative. L’effort et l’initiative de chacun conditionnent donc le bonheur commun.
2° Le socialisme, consciemment ou inconsciemment, considère la société comme une construction arbitraire de l’intelligence humaine, destinée à réaliser une certaine fin morale qui est l’égalité et subordonnée à la réalisation de cette fin. L’autorité patronale ferait place au sentiment personnel du devoir et les rapports économiques reposeraient uniquement sur la sympathie et l’altruisme.

Quel est le rôle du pouvoir ?
1° Pour l’individualisme, le rôle de toute autorité extérieure à l’individu, qu’elle dérive de la force ou de la simple supériorité économique ou morale, n’est jamais de le rendre heureux malgré lui, mais seulement de le mettre dans une situation telle qu’il lui soit possible de travailler lui-même à améliorer son sort et qu’il soit incité à le faire.
2° Pour transformer la société le socialisme compte sur une autorité extérieure à l’individu — État, majorité ou collectivité, — qui impose à l’individu un certain genre de vie et une certaine condition économique. Le socialisme est, par essence, une suppression d’autonomie et de responsabilité individuelles, tendant naturellement au collectivisme qui serait la disparition intégrale de l’une et de l’autre.
On le voit donc, derrière les dénonciations de l’individualisme, se cachent beaucoup de malentendus et de clichés mais aussi des enjeux politiques et culturels. L’anti-individualisme vertueux dont se parent certains hommes d’influence, est souvent une façon de faire oublier le socialisme archaïque qui les anime. De ce point de vue, la réédition du livre d’Albert Schatz est un antidote à l’idéologie dominante de nos sociétés, le collectivisme démocratique, la négation de l’initiative privée au profit d’une sphère publique toujours plus envahissante et confiscatoire.


Billets-Entretien avec Judith Butler

 

Entretien avec Judith Butler

Pour cette pionnière de la théorie du genre, être un homme ou une femme est une construction. Toujours subversive, la féministe américaine se positionne aujourd'hui contre la politique d'Israël.

A chaque fois que se profile, en France, un débat sur le mariage pour tous ou l'homoparentalité, un nom se fait entendre : celui de Judith Butler. Star mondiale des gender studies, grâce à son essai Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion (1990), la théoricienne et militante américaine de 57 ans — qui publie aujourd'hui un livre sur le conflit israélo-palestinien — a clarifié avec force la distinction entre le sexe (naturel, biologique) et le genre (social, construit). Un duo auquel il faudrait même ajouter un troisième terme : le désir (ou la sexualité), puisque l'un des bienfaits de la pensée de Butler est de déminer les binarismes un peu trop faciles...
La philosophe montre surtout qu'il n'y a pas de lien nécessaire entre ces trois pôles : on peut être femme au niveau biologique, mais s'inventer un genre d'homme et ressentir un désir homo, hétéro, bi ou même asexuel. Comment rendre sa vie vivable, c'est-à-dire comment inscrire son désir dans le monde ? Telle est plutôt la question. Un tourment fondateur pour la philosophe lesbienne, envoyée chez un psychiatre à l'âge de 16 ans, l'année où elle découvre aussi Spinoza et Kierkegaard. « Loin de me "corriger", comme ma mère l'espérait, le psy m'a simplement dit que j'étais chanceuse d'aimer quelqu'un », confie-t-elle, révélant sa tendance fougueuse à ouvrir le champ des possibles, plutôt qu'à clôturer les identités.

  • Vous aviez déjà écrit, ici et là, sur le conflit israélo-palestinien et la question juive. Pourquoi y consacrer un livre maintenant ?
J'ai découvert la pensée juive vers l'âge de 14 ans. Tous les samedis, je suivais des cours de religion et d'hébreu dans ma synagogue de Cleveland, où on lisait aussi des romans et des livres sur Israël et l'Holocauste. Cette question m'occupe donc depuis très longtemps et traverse plusieurs de mes ouvrages. Mais si je me suis attelée à l'écriture de ce livre, en 2005, c'est que certains défenseurs de l'Etat d'Israël ont commencé à rendre publique l'idée que critiquer Israël serait un acte antisémite. Cela m'a mise très en colère. Depuis les controverses talmudiques, le débat d'idées est une composante essentielle de la pensée juive. Ce chantage m'est apparu comme un acte de censure insupportable, inspirant la terreur d'être traité d'antisémite. A titre personnel, je n'aurais jamais pensé pouvoir l'être un jour. J'étais naïve ! J'ai d'abord cru que ces accusations surgies en Allemagne en 2012, lorsque m'a été remis le prix Adorno, n'étaient qu'une mauvaise blague, mais non, c'était bien sérieux... Cette expérience a été choquante, très douloureuse. Pour un Juif, il n'y a pas pire accusation. Faut-il se taire ? Faut-il désavouer sa judéité sous prétexte qu'on n'accepte pas la politique d'Israël ? Non, Israël ne représente pas tous les Juifs, et le sionisme n'a pas le monopole du judaïsme.

  • Votre livre propose une lecture de Walter Benjamin, de Hannah Arendt et d'Emmanuel Levinas. Etes-vous nostalgique de ces penseurs de l'exil juif ?
Je ne pense pas être nostalgique. Il est important de mobiliser aujourd'hui cette tradition de pensée cosmopolite. Dans la diaspora juive, le Juif a toujours à voir avec le non-Juif, et cela a des conséquences éthiques et politiques. Cela implique de vivre avec ses voisins non juifs et forge une vision de la générosité, de l'hospitalité, de l'altérité. Cela conduit à embrasser un Etat démocratique qui ne serait pas fondé sur une discrimination raciale, ethnique ou religieuse. Je sais que c'est une idée radicale et que de nombreuses personnes pensent qu'elle met en péril la sécurité des Juifs. Je crois au contraire, avec Hannah Arendt, que les Juifs ne seront jamais en sécurité tant qu'ils n'accepteront pas un cadre binational qui reconnaisse l'existence et les droits des deux peuples, juif et palestinien. Avant la formation de l'Etat moderne d'Israël, en 1948, cette idée n'apparaissait pas du tout antisioniste, c'était même une forme de sionisme. La vision de Ben Gourion qui, dans les années 1930, l'a emporté sur celle de Hannah Arendt et qui réduit l'Etat à la souveraineté juive est la seule à avoir droit de cité aujourd'hui. C'était et c'est en fait bien plus compliqué que cela. Se tourner vers cette diversité, revenir à ces textes et aux valeurs défendues par leurs auteurs cosmopolites est nécessaire pour penser, aujourd'hui, les principes d'une cohabitation, d'une citoyenneté non discriminatoire, et mettre en œuvre une critique juive de la violence d'Etat, du colonialisme et de l'injustice. Je ne vois pas pourquoi l'égalité politique ne pourrait pas être une valeur juive...

  • Ces valeurs de justice et d'égalité que vous défendez sont-elles portées par la présidence de Barack Obama ?
Il continue la politique de ses prédécesseurs. La relation entre les Etats-Unis et Israël est compliquée, tissée d'interdépendances, mais Obama aurait pu faire beaucoup : conditionner l'aide américaine à l'arrêt des colonies ; s'opposer aux bombardements des populations civiles, notamment durant l'opération Plomb durci, lors de la guerre de Gaza (2008-2009). Obama affiche une très belle rhétorique. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous l'avons élu : nous étions si heureux d'avoir un président capable de bien s'exprimer, après Bush qui nous avait tant embarrassés ! On a cru que ses discours étaient pleins de grands principes moraux qui n'attendaient qu'à se réaliser. Mais non. L'utilisation des drones et la surveillance ont augmenté. Le droit à la vie privée et les libertés civiles ont été bafoués, ce que les Américains acceptent au nom de la sécurité. Cela dit, je suis très sensible au fait qu'Obama ait voulu fournir une couverture santé au plus grand nombre. C'est un pas en avant. Il a aussi explicitement reconnu les droits des homos, le mariage en particulier. Je suis donc, comme beaucoup d'Américains, déçue, tout en ayant conscience, à l'heure du Tea Party, que cela pourrait être bien pire !

  • En France, l'adoption de la loi sur le mariage homosexuel a suscité un violent rejet. Qu'en avez-vous pensé ?
J'ai été effrayée par les vidéos des manifestations. L'homophobie est un mot passionnant qui désigne la crainte de l'homosexualité mais aussi la haine. Que recouvre ce mélange de peur et de détestation ? Je crois que les homophobes les plus extrémistes ne veulent pas que le mariage homosexuel devien­ne une part de l'idée qu'ils ont de la France, de leur identité en tant que Français. La question du nationalisme sous-tend le tableau. Le gouvernement, représentant de la nation, ayant soutenu le mariage pour tous, tous les citoyens qui s'identifient fortement à la nation et au cadre de la famille hétéro traditionnelle ont été ébranlés dans leurs certitudes et ont rejeté avec virulence le mariage homosexuel, dans le but de préserver leur conception nationale. Ce qui s'est révélé en France, c'est ce conflit entre une forme nationaliste d'homophobie et un engagement républicain pour l'égalité.

  • Cela a en tout cas relancé le débat sur les gender studies, qui semblent faire peur à la France. Pourquoi, selon vous ?
J'ai beaucoup lu la presse française pour essayer de comprendre. Ce qui m'a d'abord frappée, c'est, sur le plan du langage, cette façon de s'afficher « contre » la théorie du genre, comme s'il s'agissait d'un match de football, pour Manchester ou contre le Barça ! Les gens ont peur que le genre soit synonyme d'une absence de règles et qu'il fasse exploser tous leurs repères. Le genre met en question le sens du mariage, les rôles de l'homme, de la femme, l'inévitabilité de l'hétérosexualité ; il semble donc introduire l'idée que tout devient possible et constitue pour certains une menace de chaos. En fait, loin de détruire ou d'abolir, les gender studies élargissent la perspective : elles ne disent pas que les normes n'existent pas ou qu'elles sont fausses, mais, au contraire, qu'elles ne cessent de se transformer au cours de l'histoire. Elles n'opèrent pas de la même façon, tout le temps et partout, et ne sont donc pas figées dans un schéma unique.

  • Qu'est-ce que cela implique ?
De prendre en compte ces changements. Ainsi, l'institution du mariage a muté au fil des siècles. Ainsi, la place des femmes dans l'espace public s'est transformée – mais l'espace public a également changé. L'histoire de la biologie, et de la façon dont elle se représente la différence sexuelle, est, elle aussi, évolutive. Il existe des visions plus ou moins larges ou étroites du genre ; certaines n'entrent pas dans la case habituelle « homme » ou « femme ». Il existe des expériences autres : celle des transgenres, celle de la bisexualité, par exemple. Pourquoi ne pas essayer de réfléchir à cette complexité plutôt que de fermer les possibilités ? Et il ne s'agit pas de forger des théories, il s'agit d'abord de saisir la vie des gens, telle qu'elle se déroule sous nos yeux. Dire « je suis contre le genre », c'est dire « je veux que rien ne change jamais, je ne veux même pas avoir à penser le changement ». C'est absurde.

  • Et les choses ont en effet changé depuis 1990, date où est sorti aux Etats-Unis Trouble dans le genre. Quel était alors votre but ?
J'en avais trois. D'abord, déconstruire le regard médical et psychiatrique qui a longtemps considéré l'homosexualité comme une pathologie. Ensuite, refléter les revendications des mouvements gay et lesbien. Tel un scribe, j'ai enregistré ce qui se passait dans ces mouvements sociaux, en tentant d'inventer un nouveau lexique pour décrire leurs actions : ma théorie du genre est la traduction de cette réalité. Enfin, j'ai voulu clarifier mon désaccord avec certaines positions féministes trop étroites, car forgées dans le cadre strict de l'hétérosexualité. Le féminisme américain avait alors une vision de la femme très restreinte, et toujours associée à la maternité, au soin, etc. J'ai cherché à faire de la place à une politique du genre différente, plus large, qui permette d'intégrer la vie de ceux qui se sentaient exclus, effacés par les normes telles qu'elles étaient alors définies, des vies que la souffrance rendait invivables. Si je n'ai jamais totalement adhéré à l'idée d'une « écriture féminine », le féminisme français m'a beaucoup inspirée.

  • Et notamment Simone de Beauvoir et son « On ne naît pas femme, on le devient ».
Oui, en lisant ces pages, je me suis demandé ce que recouvrait ce « on le devient ». Que devient-on exactement ? Un genre ? Son genre ? Existe-t-il un point où, effectivement, je suis devenue mon genre, où je suis arrivée à mon genre ? Non, en fait, puisque le genre est un processus, un devenir perpétuel. Cette réflexion a été l'une des sources de ma théorie de la performativité. Ce que j'essayais de montrer, c'est qu'on ne peut imaginer une émancipation totale du genre, on ne peut atteindre un point où il n'y aurait plus de genre parce que nous sommes toujours profondément formés, construits par les normes du genre. Ces dernières ne sont pas immobiles, arrêtées ; pour être efficaces, elles doivent être répétées, reproduites. Peuvent-elles l'être différemment ? La performativité, c'est le processus qui pousse à reproduire ces normes sur un mode subversif. Le genre est une pratique d'improvisation qui se déploie à l'intérieur d'une scène de contrainte. La subversion, c'est le terme que j'ai choisi pour décrire ce jeu incessant avec et contre les normes du genre.

  • Il semblerait qu'en évoluant, surtout à partir du 11 septembre 2001, de la lutte contre les discriminations sexuelles et de la politique du genre à un engagement contre les inégalités sociales, raciales et contre la violence de la guerre, vous soyez aussi passée d'une pensée de la subversion à une pensée de la précarité. Est-ce exact ?
Ces différents aspects de mon travail sont liés. Ils s'articulent notamment autour de la question du deuil. Le deuil, ce n'est pas qu'une affaire personnelle qui renvoie à la solitude. C'est un élément majeur pour penser ce qu'est une communauté politique. De nombreuses vies d'homosexuels, fauchées par le sida, n'ont jamais été pleurées, reconnues publiquement. Ce déni s'explique par le fait que l'homosexualité était jugée honteuse, tout comme la consommation de drogues ou l'immigration illégale. Ce que le 11 Septembre a au contraire révélé, c'est la sur-représentation immédiate du deuil des victimes disparues dans les Tours. J'étais alors tout près de New York, et j'ai, bien sûr, comme tout le monde, ressenti du chagrin, de l'effarement. Très vite, le gouvernement est parti en guerre pour se venger ; il a envoyé des bombes et tué des gens, qui restaient sans nom pour nous. Qu'est-ce que cela signifie de nommer, de raconter l'histoire et de donner un visage à certains et de refuser de le faire pour d'autres ? Pourquoi rendre hommage aux victimes du 11 Septembre, sans y inclure les ressortissants étrangers et les immigrés illégaux qui travaillaient dans les Tours ? Plus largement, pourquoi vouloir sauver certaines vies, et en supprimer d'autres ? Pourquoi certaines vies ne sont-elles même pas considérées comme dignes d'être vécues ? Nous ne pensons jamais à ceux que nous tuons nous-mêmes, à toutes ces existences détruites – que nous camouflons derrière des euphémismes tels les dommages collatéraux. J'ai tenté d'interroger ce clivage, ce schisme psychologique propre à la tradition politique et culturelle américaine.

  • Une vie précaire, c'est une vie qui n'est pas digne d'être pleurée ?
Ou même vécue. C'est la vie de ceux qui, un jour, ont un travail, qu'ils perdront le lendemain ; la vie de ceux qui sont criblés de dettes qu'ils ne pourront jamais rembourser. Cela m'intéresse de dresser un parallèle entre les vies détruites par la machine de guerre et les vies détruites, au quotidien, par la précarité économique – toute cette population « jetable » qui ne peut même pas prétendre à la santé. Il est clair aujourd'hui que les riches sont de plus en plus riches et de moins en moins nombreux, quand les pauvres, eux, sont de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux. C'était le sens de mon engagement aux côtés du mouvement Occupy Wall Street. Ephémère, le mouvement a eu le mérite d'attirer l'attention sur le creusement de ces inégalités, aux Etats-Unis et en Europe.

  • De Trouble dans le genre à Vers la cohabitation, c'est l'idée d'appartenance que vous critiquez. Appartenir, c'est toujours trop étroit ?
La relation éthique, pour exister, doit se déprendre de toute forme d'appartenance nationale ; c'est ce que je montre à travers ma critique du sionisme. De même, quand nous parlons de « notre » sexualité, de « notre » genre, ce ne sont pas des possessions que nous désignons. La sexualité et le genre doivent plutôt être compris comme des modes de dépossession, des façons d'être pour un autre, en fonction d'un autre. En ce sens, je crois que nous sommes toujours hors de nous-mêmes. Fondamentalement, hors de soi...

Judith Butler en quelques dates
1956 Naît à Cleveland, Ohio, dans une famille juive.
1984 Soutient à Yale sa thèse de philosophie sur le désir chez Hegel.
1990 Publie Trouble dans le genre.
1993 Enseigne la littérature comparée à Berkeley, Californie.
2012 Reçoit le prix Adorno. Professeure invitée à Columbia, New York.




Propos recueillis par Juliette Cerf (Télérama)

Billets-Faut-il supprimer les partis politiques ?


Faut-il supprimer les partis politiques ?

« Si on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux » nous dit Simone Weil.

Dans ce court essai écrit en 1943, la philosophe Simone Weil s’intéresse aux partis politiques au sens européen, en excluant la réalité différente qui est, selon elle, celle des pays anglo-saxons :
L’idée de parti n’entrait pas dans la conception politique française de 1789, sinon comme mal à éviter. Mais il y eut le club des Jacobins. C’était d’abord seulement un lieu de libre discussion. Ce ne fut aucune espèce de mécanisme fatal qui le transforma. C’est uniquement la pression de la guerre et de la guillotine qui en fit un parti totalitaire.

LE POIDS DES PASSIONS COLLECTIVES
Or, selon elle, le mal des partis politiques saute aux yeux. Et donc, quel intérêt y-a-t-il à conserver quelque chose de mal ?

Elle commence donc par s’interroger sur les critères du bien (la vérité, la justice, l’utilité publique), avant de voir si la démocratie, en tant que pouvoir du plus grand nombre, peut y répondre.
En réalité, l’idéal républicain repose sur la notion d’intérêt général de Rousseau, dont l’idée est sujette à caution. Sans doute le philosophe avait-il sous-estimé le poids des passions collectives, qui peuvent mener à l’amplification des crimes.

Si 1789 et les cahiers de doléances avaient pu laisser entrevoir une véritable expression des préoccupations légitimes du peuple français, l’espoir démocratique ne fut que de courte durée et lui a rapidement largement échappé.
Dans ce que nous nommons de ce nom [la démocratie], jamais le peuple n’a le moyen ni l’occasion d’exprimer un avis sur aucun problème de la vie publique ; et tout ce qui échappe aux intérêts particuliers est livré aux passions collectives, lesquelles sont systématiquement, officiellement encouragées.

QUE SONT LES PARTIS POLITIQUES ?
Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.
Un parti est une organisation construite de manière à exercer une pression collective sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.
Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui.

De fait, il règne une confusion permanente entre fins et moyens. Et seul le bien devrait constituer une fin. Pour cela, encore faudrait-il que les partis aient une réelle doctrine. Ce que l’on ne peut jamais réellement constater dans une collectivité. C’est pourquoi il est inévitable que le parti soit, en fait, sa propre fin. Et on sombre alors dans une forme d’idolâtrie.

QUELLES EN SONT LES CONSÉQUENCES ?
L’impuissance des partis au pouvoir est toujours attribuée, nous dit l’auteur, à l’insuffisance de pouvoir dont il dispose. Ce qui explique sa recherche, ou du moins son désir, de la puissance totale. Ce qui explique la priorité (consciente ou inconsciente) accordée à la recherche de sa croissance matérielle. Qui constitue alors, qu’on le veuille ou non, un critère du bien.

Il s’ensuit naturellement et inévitablement une pression collective du parti sur les pensées des hommes. De manière avouée. Et le principal instrument en devient la propagande, sans laquelle le parti disparaîtrait au bénéfice d’un autre, concurrent. Ce qui est incompatible avec la recherche de la vérité, qui n’est qu’une. Et donc du bien.

L’appartenance à un parti, par discipline collective, implique le mensonge. Le représentant d’un parti ne peut, de fait (ou si peu), se permettre de trahir les siens par la défense de ses pensées personnelles.

Il en découle que l’existence des partis, selon Simone Weil, est un mal.
C’est en désirant la vérité à vide et sans tenter d’en deviner d’avance le contenu qu’on reçoit la lumière. C’est là tout le mécanisme de l’attention. Il est impossible d’examiner les problèmes effroyablement complexes de la vie publique en étant attentif à la fois, d’une part à discerner la vérité, la justice, le bien public, d’autre part à conserver l’attitude qui convient à un membre de tel groupement. La faculté humaine d’attention n’est pas capable simultanément des deux soucis. En fait quiconque s’attache à l’un abandonne l’autre.

CE QUI EN DÉCOULE
Or, comme nous le savons tous, nul ne peut espérer intervenir efficacement dans les affaires publiques s’il n’entre pas dans un parti, puis n’en joue pas le jeu. C’est là que le bât blesse. Et c’est ce qui aboutit à ce que nombreuses soient les mesures contraires au bien public, à la justice et à la vérité à être exécutées.

C’est pourquoi Simone Weil rêve qu’en lieu et place des partis s’imposent des individus sans étiquette, plus libres de leurs propos.

Et, comme pour répondre par avance aux évidentes objections, elle ajoute :
On se dit : si c’était si simple, pourquoi est-ce que cela n’aurait pas été fait depuis longtemps ? Pourtant, généralement, les grandes choses sont faciles et simples. Celle-ci étendrait sa vertu d’assainissement bien au-delà de affaires publiques. Car l’esprit de parti en était arrivé à tout contaminer.

Et il est de fait que :
On en est arrivé à ne presque plus penser, dans aucun domaine, qu’en prenant position « pour » ou « contre » une opinion. Ensuite on cherche des arguments, selon le cas, soit pour, soit contre. C’est exactement la transposition de l’adhésion à un parti.

C’est ce qui définit la transposition de l’esprit totalitaire : ceux qui ont pris position pour une opinion ne consentent pas, la plupart du temps, à examiner quoi que ce soit qui lui soit contraire.

État d’esprit que l’on retrouve aussi bien en sciences, mais également dans l’art et la littérature. Des formes de militantisme qui s’étendent même au milieu scolaire, ajoute l’auteur, ou au lieu d’inciter à développer une réflexion, déjà à l’époque on demandait de développer des arguments pour ou contre (on sait qu’on en est loin maintenant).

En conclusion, Simone Weil justifie son sujet de la manière suivante :
Presque partout – et même souvent pour des problèmes purement techniques – l’opération de prendre parti, de prendre position pour ou contre, s’est substituée à l’obligation de penser. C’est là une lèpre qui a pris origine dans les milieux politiques, et s’est étendue, à travers tout le pays, presque à la totalité de la pensée.

Il est douteux qu’on puisse remédier à cette lèpre, qui nous tue, sans commencer par la suppression des partis politiques.

Source contrepoints.org
Par Johan Rivalland.

Johan Rivalland, ancien élève de l’École Normale Supérieure de Cachan et titulaire d’un DEA en Sciences de la décision et microéconomie, est actuellement professeur de Marketing et responsable de suivi professionnel en BTS Management des Unités Commerciales à Paris. Il intervient également à l’IUT Paris-Descartes, où il assure des TD en Histoire de la Pensée Économique.