mercredi 5 avril 2017

Infos santé-Cellules souches cardiaques


        Insuffisance cardiaque après l'infarctus
    Le rôle des cellules souches cardiaques
 
La longue quête pour réparer les dégâts causes par un infarctus du myocarde sur le fonctionnement de la pompe cardiaque vient, peut-être de connaitre un tournant. Et cela grâce aux propres cellules souches des patients.

Imaginez qu’un organe soit livré avec un kit de réparation, une sorte de trousse de secours. C’est ce qui semble se passer au niveau du cœur, où une structure, l’appendice atrial, situé dans chacune des oreillettes, contient de précieuses cellules.

Ces cellules ont toutes les caractéristiques de cellules souches et peuvent se transformer en divers tissus utiles à la reconstruction du muscle cardiaque et de ses vaisseaux. Le paradoxe c’est que, jusqu’à présent, on n’avait jamais étudié sur l’être humain les possibilités de ces cellules souches cardiaques, ou CSC.

Réparer le cœur après un infarctus est pour tant un défi que de nombreuses équipes tentent de relever à travers le monde. On a tenté de le faire à partir de cellules appelées myoblastes et prélevées sur des muscles de cuisse.
On a aussi utilisé des cellules extraites de la moelle osseuse et porteuses de certaines caractéristiques biologiques. On travaille beaucoup en ce moment sur des modèles faisant appel aux cellules souches embryonnaires.

Cette frénésie de recherches est liée au fait que les séquelles d’infarctus sont parfois très sévères. La destruction du tissu myocardique en aval de la lésion de l’artère coronaire nourricière du tissu provoque, en effet, une destruction du muscle, un ‘infarcissement’. Peu à peu le tissu actif va être remplacé par un tissu fibreux dénué de toute faculté de se contracter.

Le résultat c’est un cœur affaibli et un ventricule gauche qui va éjecter beaucoup moins de sang oxygéné vers les divers organes. Ainsi, une insuffisance cardiaque se met peu à peu en place qui va s’aggraver avec le temps, provoquer notamment des œdèmes aigus du poumon, des hospitalisations, un essoufflement, bref une altération très importante de la qualité de vie

Même si on a aujourd’hui des moyens médicamenteux et des stimulateurs capables de prendre plus ou moins en charge l’insuffisance cardiaque, l’idéal c’est donc d’essayer de réparer les dégâts de l’infarctus le plus largement possible.

Des équipes américaines de Louisville et de Boston sont donc allées à la pèche de ces CSC. Les patients chez lesquels les cellules ont été récoltées avaient fait un infarctus du myocarde (IDM) avaient eu un pontage coronarien pour remplacer le segment d’artère malade et avaient moins de 75 ans.

Mais, surtout, ils avaient un ventricule gauche défaillant. Normalement, la capacité du cœur à se contracter est mesurée par la fraction d’éjection ventriculaire ou FEV. C’est surtout celle du ventricule gauche qu’on utilise.
Elle varie de 55 % à 75 %  environ.

Dans l’insuffisance cardiaque ce n’est pas la même chose ! Ainsi les patients inclus dans l’étude avaient une FEV gauche inférieure ou égale à 40 %.
L’étude, baptisée SCIPIO, qui est toujours en cours, a inclus 23 patients. Seize ont reçu les CSC et sept le traitement habituel.

Pour les 16 patients, on a injecté un million de CSC dans leurs artères coronaires en montant un cathéter par l’artère fémorale. L’intervention s’est déroulée 113 jours après l’IDM.

Rappelons qu’il s’agissait d’une étude dite de ‘phase 1’, c’est-à-dire sans but thérapeutique a priori mais destinée à mesurer la tolérance et la faisabilité de la méthode.

Mais les médecins ont eu la bonne surprise de découvrir que les cellules injectées avaient bien joué leur rôle.

Maçonnerie et électricité

On a constaté tout d’abord au bout de quelques mois une amélioration de la fonction du ventricule gauche, avec une FEV qui est passée de 30,3 % à 38,5 % chez 14 des 16 patients traités par CSC.

Chez sept de ces patients, l’examen IRM a même permis de voir une diminution de la taille de la zone détruite de près de 30 % en un an.

Les cellules souches ont donc acquis une double potentialité : repeupler une partie de la zone détruite et posséder les bons’ branchements’ qui ont permis une activité de contraction correcte.

Ce qu’on peut résumer en un double succès de réparation en ‘maçonnerie et électricité’ !

A-t-on trouvé les cellules souches enfin magiques ? Certainement pas. L’étude est de bien trop petite taille, 23 patients seulement, pour en tirer des conclusions définitives.

Il va falloir conduire des études à beaucoup plus grande échelle et mesurer sur plus d’un an le devenir de ces cellules transplantées.

Mais la piste semble séduisante. Elle est assez peu agressive, se fait 6 mois après l’accident initial, avec des cellules souches autologues, c’est-à-dire venues du patient, donc sans rejet envisageable et sans transformation par des facteurs de croissance potentiellement dangereux.

L’étude SCIPIO rappelle le nom de Scipion Africanus, Scipion l’Africain, l’homme qui vainquit Hannibal et finit par donner raison à Caton qui voulait qu’on détruisit Carthage. ‘Carthago delenda est’  se rappeleront les amoureux du Gaffiot)

 On peut imaginer que SCIPIO permette de vaincre à son tour les dégâts de l’IDM, pas complètement certes, mais suffisamment pour permettre aux patients de recouvrer une certaine qualité de vie.
La réponse dans quelques années.

Référence de l’étude et de l’éditorial :

Roberto Bolli et al.
Cardiac stem cells in patients with ischaemic cardiomyopathy (SCIPIO): initial results of a randomised phase 1 trial
The Lancet 14 November 2011
DOI: 10.1016/S0140-6736(11)61590-0


Gerd Heusch
SCIPIO brings new momentum to cardiac cell therapy
The Lancet 14 November 2011
DOI: 10.1016/S0140-6736(11)61648-6


        Source docteurjd.com (blog santé de jd flaysakier)

lundi 3 avril 2017

Billets-Emmanuel Macron, ce faux rebelle


Emmanuel Macron, ce faux rebelle

Que la droite se rassure, ce n’est pas Macron qui la mettra vraiment en danger. Pour le PS en revanche qui est en train de se choisir un leader grâce à la primaire, c’est une autre histoire…

Ils ont beau faire mine de dédaigner les sondages, la fièvre commence à monter chez les dignitaires socialistes, frontistes et républicains à propos de Macron.

Depuis le fameux roman du prince de Lampedusa, nul n’ignore en effet qu’en politique : « Il faut que tout change pour que rien ne change » ; bref que le discours prétendument révolutionnaire, l’invocation du Grand soir, sont les meilleurs instruments des oligarchies pour se perpétuer en faisant croire au peuple que son destin va prendre un nouveau cours.

Macron est la parfaite illustration de ce principe. Il se gargarise des mots de progressisme, de changement ou de révolution comme s’il s’agissait d’un bain de bouche. Et cela semble mordre, on évoque même sa possible élection à la présidence de la République dans un deuxième tour face à François Fillon.

Bien sûr Macron n’est que le nouvel homme-sandwich de la caste qui plombe la France depuis quarante ans. Il n’entend s’attaquer à aucun des trois maux qui nous minent : le corporatisme – notamment celui des grands corps de l’État -, l’islamisme réactionnaire et la captation de notre souveraineté par une technostructure européenne qui nous tient par la dette.
Réflexes nobiliaires de Macron
Rejeton de l’Inspection des finances, il en a les réflexes nobiliaires. Capitulard face aux islamistes, il ne veut surtout pas s’en prendre à la prolifération des accoutrements bigots, symbole de leur avancée dans l’espace public. Pro-Européen bêlant, il n’envisage que de renforcer les pouvoirs de ces institutions hors-sol. Là où François Hollande s’accommodait cyniquement de ces forces, Macron s’en fait le serviteur zélé. Il faut l’entendre saluer la politique migratoire de Merkel pour comprendre où l’amènent ses vraies alliances.

Hormis la référence à des principes aussi généreux que vagues et un jeunisme de magazine, le projet de Macron se résume à des esquives ou des flatteries électoralistes. Prenons l’exemple de ce qu’il présente, gauchisant soudain son discours, comme sa défense de la politique de santé, menacée par une droite croquemitaine.

Macron, qui se prétend soucieux de contenir les dépenses publiques, n’y va pas de main morte : remboursement intégral des soins et appareillages dentaires, auditifs et opticiens d’ici 2022, prise en charge du traitement de la tension artérielle, création d’un service sanitaire où tous les étudiants dans le domaine médical officieraient au moins trois mois en province, doublement du nombre des maisons de santé en cinq ans, etc. Face à ces très lourdes dépenses, la seule économie envisagée est la vente au détail des médicaments, une goutte d’eau difficile à extraire de la fiole des laboratoires. Bref, une démagogie tout à fait ordinaire.
Bienveillance médiatique envers Macron
Reste que la très grande majorité des organes de presse commentent le moindre de ses déplacements avec bienveillance. Reste aussi que, dans le naufrage du PS, l’hypothèse que son radeau puisse recueillir les désespérés du socialisme prend corps peu à peu.
Alors, faut-il craindre le grand méchant Macron ? Va-t-il réussir un hold-up politique façon Trump, transformer le trou de souris en boulevard ?

Hé bien rassurez-vous, tout cela se terminera très probablement par l’atomisation de la gauche sans que les dégâts de la bombinette Macron ne touchent les autres partis. Pourquoi ?

S’emparer du pouvoir en construisant une candidature hors-système nécessite que le discours tenu soit réellement celui d’une rupture radicale, à la manière de Trump justement ou naguère de Fujimori au Pérou. Macron ne pourrait trouver, dans la durée, le carburant pour son moteur politique que s’il tenait des propos tranchants, en dissidence frontale avec le système aujourd’hui dominant.
Expliquer son programme aux Français
Il faudrait par exemple qu’il explique aux Français qu’il va interdire la charia, sortir de l’euro, supprimer le statut de la fonction publique, tirer les élus au sort ou, au contraire, proposer la fusion de la France et de l’Allemagne, ouvrir les frontières à toutes les migrations ou interdire à l’État de subventionner la presse ou le monde culturel en privatisant France Télévisions.

Scandales, controverses, éructations… et peut-être victoire au bout d’un parcours chaotique accompagneraient ces annonces. Bien sûr Macron ne le fera pas car n’importe laquelle de ces mesures effraierait ses électeurs potentiels. Son succès sondagier tient à son ambiguïté, il parle de réforme sans rien dire de gênant pour quiconque.

Malgré quelques meetings à l’audience en réalité peu significative, il plait surtout, dans les études d’opinion, à ceux qui ne se mobilisent pas, que les élections ennuient. Le grand écart, même dans un habit de danseur, ne permet que l’immobilité. L’attrape-tout ne retient rien. Il finira donc par prendre des coups sans pouvoir répliquer. Et, s’il le fait, son image de gentil garçon sera immédiatement altérée.

Bref, que la droite se rassure, ce n’est pas Macron qui la mettra vraiment en danger. Pour le PS en revanche, c’est une autre histoire …

Source contrepoints.org
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Par Serge Federbusch.


Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne. Serge Federbusch a été successivement conseiller commercial en Asie, conseiller du maire du Paris pour l'urbanisme et les transports, directeur général de la Société d'économie mixte du Centre de Paris (Halles). Il est diplômé de l'IEP de Paris, Maître en droit public, titulaire d'un DEA d'Histoire et ancien élève de l'ENA.

Billets-Macron, objet politique non identifiable


Macron, objet politique non identifiable

Emmanuel Macron entraîne son public – j’allais écrire ses ouailles – dans un monde qui n’est plus politique mais quasiment christique avec un processus qui n’est pas sans rappeler celui de Ségolène Royal.


Depuis des mois j’attends avec une impatience de plus en vive qu’Emmanuel Macron veuille bien m’accorder cet entretien dont à intervalles réguliers, avec amabilité, il me laisse espérer la venue. Sans être naïf, je le crois.

Alors que l’élection présidentielle offrira l’opportunité de favoriser un changement politique, pour Emmanuel Macron elle procurera l’occasion du dévoilement d’un mystère.

Quelque chose surgira au mois de mai qui donnera une réponse aux doutes, aux interrogations, aux suspicions, ou confirmera, avec le premier tour et peut-être la victoire, le caractère irrésistible d’un élan qui n’est pas né depuis peu.

Emmanuel Macron fait partie de ces rares personnalités qui peuvent donner l’impression à ceux qu’il intéresse ou plus, fascine, qu’ils ont à la fois le droit de concéder à la politique classique et de se pencher sur le destin, déjà exceptionnel par sa fulgurance, de cet objet politique non identifiable (OPNI). Comme si les deux démarches relevaient de registres différents et que le citoyen et l’observateur, duo dont je raffole, trouvaient leur compte avec l’ordinaire de la politique et avec l’extraordinaire Macron.
Une manière inédite de faire de la politique
J’ai d’abord par paresse appliqué une grille banale à l’analyse des avancées d’Emmanuel Macron parce qu’elles paraissaient s’inscrire dans une politique vieille comme le monde : celle qui prétend ne pas en faire et bouscule le jeu en façade, mais pour mieux récolter les fruits traditionnels du pouvoir et assouvir une ambition somme toute guère originale.

Mais, très vite, cette perception, cette réduction d’une forme d’inconnu à un connu rassurant et maîtrisable ont montré leurs limites. Depuis plusieurs mois, l’histoire qui se fait jour entre En Marche et son chef d’un côté, et de l’autre, la multitude qui vient l’applaudir révèle une relation qui a dépassé la tonalité collective du meeting pour aborder des rivages peu usités en démocratie.
Emmanuel Macron n’est pas un tribun politique et il s’en moque. Quand il s’époumone et crie à la fin d’un discours, ce n’est pas pour singer une puissance de parole qu’il n’a pas. Il sait qu’il ne dispose pas de cette aptitude et un Mélenchon, qui est un véritable orateur, ne terminerait jamais son intervention sur un mode aussi paroxystique, précisément parce qu’il n’en a pas besoin, exerçant tout au long l’art du verbe dans sa plénitude.
Le phénomène Macron
Il n’empêche qu’Emmanuel Macron – rassemblant autour de lui grâce à une empathie, une aura infiniment plus convaincantes qu’une expression orale qui manquerait de force, diffusant séduction, compassion et communion, se prêtant, avec une incarnation ostensible, de sa gestuelle à son air inspiré, au besoin qu’éprouve chacun de s’identifier à lui – ouvre ainsi des chemins adaptés à son tempérament et se garde bien de battre en brèche le consensuel généreux et évident qu’on attend de lui.

Car il a compris les faiblesses du politique et, de fait, pour l’instant, dans le clair-obscur, il privilégie l’obscur. Attendons de voir si, comme il s’y engage, au mois de février le clair d’un projet sera soumis à ses concitoyens.

Sans abuser des mots, Emmanuel Macron, en totale lucidité et avec une habileté sans pareille, entraîne son public – j’allais écrire ses ouailles – dans un monde qui n’est plus politique mais quasiment christique avec un processus qui n’est pas sans rappeler celui de Ségolène Royal. Avec toutefois une double différence capitale.

Macron est infiniment plus doué, plus structuré et plus subtil qu’elle et, surtout, il n’est pas combattu par des forces centrifuges qui viseraient à le marginaliser. Il est au contraire poussé par des vents favorables qui rapprochent de plus en plus de lui.

Cette volonté de négliger l’univoque sommaire du partisan au profit d’une équivoque imprégnée d’un halo étrange – comme si un gourou avait pris la place du Emmanuel Macron d’avant qui avait déjà des forces certes mais des faiblesses aussi qui ne le distinguaient pas forcément – a tout changé.

Maintenant on suit une lumière, on fond pour une personnalité et les idées qui clivent, on les laisse à la porte ! On ne regarde plus le chemin mais celui qui marche.

Beaucoup qui étaient dégoûtés par la politique ou qu’elle laissait indifférents sont revenus dans ce giron atypique. À cause de cette singularité si remarquablement travaillée, Emmanuel Macron plonge la classe politique dans une angoissante perplexité. Comment saisir ce qui se trouve vraiment ailleurs, comment opposer au sacré républicain d’un mysticisme novateur le profane d’argumentations trop réelles et si peu élevées ?

Pour l’instant Emmanuel Macron entraîne à sa suite, avec une flûte brillamment magique, une cohorte dont une part se persuade qu’elle a avec lui le Messie dont la France a besoin et une autre, sans illusion, emplie de socialistes, qui le choisit parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Sauf le socialisme démonétisé et déjà ridiculisé par le quinquennat de François Hollande.

Plus que quelques mois.
Emmanuel Macron demeurera-t-il un OPNI ou le fera-t-on retomber sur terre avec la vulgarité quotidienne de débats médiocres, avec l’obligation de quitter l’ange pour la bête ? Le futur, le nôtre et le sien, sera passionnant.

Source contrepoints.org
Photo By: OFFICIAL LEWEB PHOTOS – CC BY 2.0
Par Philippe Bilger.


Président de l'Institut de la parole, aujourd'hui magistrat honoraire, Philippe Bilger a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la cour d'assises de Paris. Il anime le site Justice au singulier.

Billets-Macron : Giscard 2 ou Chaban bis ?


Macron : Giscard 2 ou Chaban bis ?

Les politologues comparent souvent Emmanuel Macron à Giscard. Pourtant, l’ex-ministre des Finances tient davantage d’un Chaban-Delmas ou d’un Lecanuet, que de l’ancien Président de la République.

La présidentielle de 2017 sera peut-être la plus ouverte depuis 1974. Une campagne qui vit s’opposer Giscard d’Estaing à Chaban-Delmas. Le premier conquit l’Élysée, l’autre resta sur le perron. L’un avait le bon Parti, l’autre de belles idées. Aujourd’hui, leur héritier se nomme Emmanuel Macron. Mais, malgré la ressemblance que certains lui trouvent avec VGE, sa méthode et son avenir sont, en réalité, plus proches de ceux de Jacques Chaban-Delmas.
Macron, clone de Giscard ?
Macron « travaille par la séduction » explique Alain Duhamel, avant d’ajouter : « ça me fait beaucoup penser à Valéry Giscard d’Estaing, au même âge ».

Ces deux hommes représentent, en effet, de parfaits aristocrates républicains : même formation (ENA, Inspection des Finances), même trajectoire météorique aux mêmes fonctions, même attitude de franc-tireur anticonformiste. Ne manque plus à Macron que la calvitie prématurée.

Mais cette ressemblance est trompeuse. Car Emmanuel Macron se rapproche, dans le fond, d’un autre homme politique, lui aussi issu de l’Inspection des Finances : Jacques Chaban-Delmas.
Communion de pensée
Leur passé diffère, mais leur pensée converge. Sauriez-vous distinguer qui, de Macron ou Chaban, a dit : « la société (est) bloquée par la fragilité de notre économie, le fonctionnement souvent défectueux de l’État, l’archaïsme et le conservatisme de nos structures sociales » ?

Cela fut prononcé dix-huit mois après mai 68, par Chaban, décrivant son projet de Nouvelle Société, inspiré par son conseiller… Jacques Delors.

Un discours que l’on retrouve, presque mot à mot, dans la bouche du créateur d’En Marche : « (je veux) réformer une société bloquée qui nourrit les populismes » et, pour cela, il faut « casser des corporatismes, des rigidités ».

D’ailleurs, ce titre – En Marche – ne lui aurait-il pas été inspiré par un autre démocrate-chrétien, Jean Lecanuet, dont le slogan pour la présidentielle de 1965 fut : « un homme neuf, une France en marche » ? À l’époque, Lecanuet s’autoproclama le Kennedy français. En 1974, c’est au tour de Chaban d’occuper le créneau du « bel homme nouveau ». Il sera d’ailleurs rebaptisé Charmant Delmas par Le Canard Enchaîné. Comme lui, Macron est télégénique, avec son physique de jeune premier. Il a ce pas alerte et cette même manière sportive de monter en scène.
Au-delà des partis
Les deux hommes ont le même rapport aux structures partisanes. Depuis Bordeaux, Chaban-Delmas claironnait que « le clivage droite/gauche est artificiel » et se moquait des étiquettes. À l’été 1971, il déclare au Monde : « du socialisme, nous en faisons tous les jours ». Une petite phrase qui aura le même effet sur sa famille politique que celle prononcée, l’été dernier, par Emmanuel Macron : « l’honnêteté m’oblige à vous dire que je ne suis pas socialiste ».

Chaban irrite les gaullistes autant que Macron exaspère le PS ; conséquence, Chaban sera démissionné par Pompidou, pour qui : « il meurt de peur d’être classé à droite, il veut néanmoins plaire à tout le monde et être aimé. » Une pensée que François Hollande pourrait tout à fait confier à un journaliste, après avoir remplacé « droite » par « gauche », évidemment.

Au lancement de la campagne de 74, Jacques Chirac, alors puissant ministre de l’Intérieur, prédira au centriste Chaban : « vous êtes un mauvais candidat. Si vous y allez, Giscard se présentera aussi et vous passerez à la trappe ». Mettant sa menace à exécution, Chirac saborda le candidat UDR, retournant les grands élus du Parti contre leur propre candidat. Cet assassinat politique prit la forme du fameux « appel des 43 ». L’effet fut immédiat : lâché par l’appareil militant, Chaban-Delmas disparut progressivement de la campagne, au profit de VGE, finalement victorieux.
Or ou plomb ?
Emmanuel Macron prend le risque de n’être « qu’une sorte de parenthèse », pour reprendre les mots de Jacques Delors à propos du programme de Nouvelle Société ?
Privé d’une véritable machine politique, sans parti de militants, ni réseau d’élus, Emmanuel Macron subira-t-il les mêmes échecs que Lecanuet en 1965 et Chaban en 1974 ? Eux ne dépassèrent pas la barre des 15% des voix. Rejoindra-t-il François Bayrou et Nicolas Dupont-Aignan parmi les exceptions qui confirment la règle de la bipolarisation ? L’histoire de la Ve République est peuplée d’alternatives… toutes avortées.

Sans un Jacques Chirac à ses côtés, celui qui n’était encore que conseiller élyséen il y a deux ans, a peu de chances de conquérir l’Élysée. Manuel Valls aurait pu jouer ce rôle, en retournant le PS contre Hollande, le plaçant à son service. Mais, pour l’éditorialiste Maurice Szafran, « l’affrontement Valls-Macron se révèle d’une stupéfiante violence. » Dès lors, tout repose sur les épaules de Gérard Collomb, Sénateur-Maire de Lyon et parrain d’En Marche. Lui seul semble capable d’apporter à son poulain l’assise politique nécessaire pour réussir au tour de force qu’il prépare.


Source contrepoints.org
Photo Emmanuel Macron crédits Ecole polytechnique Université Paris-Saclay (CC BY-SA 2.0)
Par Jacques Tibéri.

Jacques Tibéri

Juriste de formation, journaliste par vocation, Jacques Tibéri a fondé un webzine d’infotainment généraliste, le zincmagazine.fr, avant de se spécialiser dans les questions de société et de modes de vie.

Billets-Le juteux business des régimes anti gluten


Le juteux business des régimes anti gluten

Le sans gluten est une niche marketing très profitable, avec une croissance folle, sans rapport avec les problématiques médicales.

Il est tout de même assez curieux de constater que seulement 1% de la population souffre de maladie cœliaque provoquée (ou non) par le gluten et que pourtant les aliments sans gluten représentent aujourd’hui un marché de 1,6 milliard de dollars par an rien qu’aux USA. De plus ce marché est en croissance constante, de l’ordre de 5% par an. Et pourtant le nombre de « malades » ne suit pas ce mouvement alors que les linéaires de supermarchés tant en deçà qu’au-delà de l’Atlantique deviennent littéralement colonisés par des produits certifiés sans gluten. C’est à n’y rien comprendre. Il y a même des restaurants qui proposent des menus sans gluten et pour bien asseoir la crédibilité de cet argument de marketing ils proposent également de la nourriture sans OGMs – on pouvait s’y attendre – mais également sans sirops de sucre enrichis en fructose ni acides gras hydrogénés.
Le sans gluten, une niche marketing très profitable
Il faut donc faire le constat qu’encore une fois les grands groupes de l’agro-alimentaire exploitent avec joie la bêtise humaine qui est comme chacun sait sans limite. Le gluten fait maintenant partie de la malbouffe pour 53% des personnes interrogées par l’Institut Nielsen aux USA mais à n’en pas douter une minute, la bêtise étant contagieuse, il en est de même en Europe. Les personnes interrogées avancent des arguments complètement stupides du genre : puisque les aliments sans gluten sont plus chers, ils sont donc meilleurs pour la santé. D’où la question qui vient immédiatement à l’esprit : la maladie cœliaque serait-elle réservée aux riches ?

Il est donc opportun de remettre les choses à leur place. La nourriture sans gluten fait partie des aliments qui ont été traités industriellement au même titre que les pizzas congelées « sans gluten » qui sont un assemblage de fromages synthétiques et de viandes certifiées d’origine artificielle étalés sur une galette qui a le goût d’un vieux carton recyclé. Mais puisqu’il n’y a pas de gluten et que ça coûte un peu plus cher c’est donc bon pour la santé.

Comme aurait dit Coluche : « Je me marre ».

Source contrepoints.org
Photo By: Jarkko Laine – CC BY 2.0
Par Jacques Henry.

Jacques Henry

Ancien chercheur en biologie au CNRS, dont il a démissionné avec fracas il y a plus de 15 ans, Jacques Henry profite de sa retraite pour porter un regard critique sur certains aspects de la biologie et de la médecine. Ayant travaillé pendant quelques années comme consultant auprès d’EDF dans le domaine nucléaire, il s'intéresse également aux problématiques énergétiques, en particulier l’électricité.

jeudi 30 mars 2017

Billets-Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable


Les amusants recasages des conseillers ministériels aux frais du contribuable

Une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

Ah ! les recasages ! C’est devenu une tradition dans une haute fonction publique qui ne manque pas une occasion de fustiger le populisme, le complotisme et la démagogie du petit peuple : à l’issue du quinquennat, on prend ses dividendes à la bourse de la vie administrative et on se recase dans des sinécures pour échapper au changement de majorité avec le même empressement que celui du rat qui quitte le navire en flammes. Et une loi désormais ancrée dans la pratique publique veut que le recasage soit d’autant plus généreux que le mandat dont on a profité fut désastreux pour l’intérêt général.

On trouvera donc ici une nouvelle liste (partielle) des cadeaux aux cabinets ministériels.

La diplomatie française, lieu de recasage et de reclassement professionnel
Reuters a produit une liste intéressante des fromages diplomatiques attribués aux amis.
Stéphane Romatet, conseiller diplomatique de Manuel Valls puis Bernard Cazeneuve à Matignon, est attendu au Caire. (…) Le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de François Hollande, David Cvach, est annoncé à Stockholm. (…)
Le conseiller diplomatique du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, Luis Vassy, est pour sa part nommé ambassadeur à Oman, une nomination rare à 37 ans.
Quant au poste d’attaché culturel à Londres, il pourrait échoir à Claudine Ripert, conseillère en communication de François Hollande.

Félicitations à tous ces heureux bénéficiaires d’une nomination qu’il est difficile de ne pas voir comme politique. Elle rappelle combien la fonction publique est attachée à l’intérêt général.

D’autres nominations en opportunité
On remerciera Acteurs publics pour l’inventaire des nominations politiques sur le sol français.
En vrac, on notera donc :
  • la nomination d’un conseiller politique d’Annick Girardin à un poste d’inspection générale
  • la nomination d’une conseillère de Marisol Touraine dans un corps d’inspection (rappelons que le directeur de cabinet de la même ministre est passé à la Cour des Comptes)
  • la nomination d’une conseillère de Myriam El-Khomri dans le corps préfectoral
  • la nomination du directeur de cabinet de Jean-Jacques Urvoas comme directeur des affaires civiles du Sceau.

Encore ne s’agit-il là que de quelques nominations épisodiques parmi une foule d’autres recasages dont on mesure, une fois de plus, qu’ils accentuent la politisation de la haute fonction publique que le statut est supposé éviter…

Source contrepoints.org
Par Éric Verhaeghe.

Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien"
http://www.eric-verhaeghe.fr/


mercredi 29 mars 2017

Dessins de presse


Dessins de presse

mardi 28 mars 2017

Billets-Les Français, spectateurs de leur propre naufrage


Les Français, spectateurs de leur propre naufrage
Malgré les rapports alarmants de la Cour des Comptes, l’État continue de mener grand train et de dépenser sans compter. Les subventions diverses, variées et dodues dont bénéficie annuellement la presse sont jugées inefficaces par la Cour des Comptes ? Qu’à cela ne tienne ! Les élus voteront tout de même le sauvetage de L’Humanité, ce journal qui s’en trouve aussi dépourvu que de lecteurs qui, jadis, pleura Staline. On s’en émeut aujourd’hui, certes ; mais peu s’offusquent du soutien apporté à Chavez malgré les souffrances qu’il cause au peuple vénézuélien.

Alors qu’ils justifient leurs méfaits par le soutien que leur apportent des électeurs (pourtant minoritaires), les élus sont incapables de comprendre que si les Français ne veulent plus acheter une presse qui se gargarise de ses reprises biaisées de dépêches AFP, les forcer à payer pour des journaux qu’ils ne lisent plus va contre leur volonté.

Il faudrait être bien naïf pour croire encore que les décisions des élus sont l’expression de la volonté du peuple. Quel citoyen approuve les banquets du RSI, les primes des ministères, l’achat d’une collection de bonsaïs par le Conseil Général des Hauts-de-Seine, et la « disparition » de nombreuses œuvres d’art à chaque changement de tête ? Si l’État se permet de dépenser autant, avec fierté plutôt qu’avec honte, c’est parce qu’il persévère dans l’erreur selon laquelle la dépense publique crée de la richesse. Sans attendre des élus qu’ils notent la faiblesse logique de leur raisonnement, on pourrait au moins espérer qu’ils constatent l’échec des politiques de relance par la dépense menées depuis des décennies. Chaque année depuis 40 ans, ils votent un budget en déficit, sans sourciller.

Les Français ne semblent pas sourciller non plus, sauf pour descendre dans la rue en signe de protestation contre les rares lois qui ne leur nuisent pas comme le mariage homosexuel. Ils ne font plus confiance aux partis au pouvoir, et ils ont bien raison ; mais de plus en plus d’entre eux placent de l’espoir dans un parti au programme ridicule et aux intentions plus que douteuses. Leur prochain président sera choisi entre diverses nuances de socialisme, du rouge au brun en passant par la pastèque (vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur).

La presse (commodément subventionnée) se contente de relayer les mesures prises par des ministres incompétents, dont le seul mérite consiste à avoir convenablement servi le Parti. Il y aurait pourtant fort à en dire ; les priorités désopilantes de ceux qui nous dirigent se traduisent tantôt par des objectifs témérairement stupides (diviser par 2 nos émissions d’ici 2050), tantôt par des mesures liberticides à bras raccourcis (40% de femmes dans les conseils d’administration).

Ce qui caractérise le pays dans son ensemble, c’est le déni. Les contrats d’avenir ne nous sortirons pas plus de l’ornière que le retour au franc ; mettre la vie des Français en coupe réglée ne remplacera pas les coupes budgétaires nécessaires ; menacer et contraindre les entreprises ne favorisera ni l’investissement ni l’emploi. La France a besoin de réformes structurelles, que tous s’emploient à repousser autant que faire se peut, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Il sera trop tard quand toutes les caisses seront vides, aussi bien celles de l’État que celles des Français (en dehors de celles des hommes politiques et de leurs proches, qui sont depuis longtemps à l’abri du besoin et échappent commodément à la prison).

Une fois que la situation sera perçue dans toute sa gravité, on pourra remplacer les incantations à la courbe du chômage par des mesures de bon sens, que nos voisins européens ont déjà engagé. Certes, l’Europe n’échappe pas aujourd’hui à la tendance mondiale au surpoids étatique, mais certains pays ont le mérite de s’en rendre compte et l’espoir que la catastrophe puisse être évitée.

On admet volontiers en Finlande que l’État ne peut pas créer la croissance, on substitue petit à petit le privé au public en Suède, et on envisage avec sérieux la sortie d’une Union Européenne trop couteuse au Royaume-Uni.

Mais en France, rien de tout cela. Face la crise d’un modèle économique et politique dépassé (qui ne fait que commencer), la France, nue, se drape d’illusions, barricadée dans sa forteresse idéologique qui a tout d’une prison. Surtout pour les citoyens, condamnés à accepter ce qu’on tente de faire passer pour l’expression de leur volonté et la poursuite de leur meilleur intérêt.

Un jour, peut-être, la situation changera ; à eux d’en décider, et d’agir en conséquence. En attendant, les Français sont spectateurs de leur propre naufrage.


Source contrepoints.org

lundi 27 mars 2017

Billets-Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie


Le rôle salutaire de Cahuzac pour la démocratie

Jérôme Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent.

Finalement, le procès de Jérôme Cahuzac a une vertu majeure : celle de mettre des mots et des aveux sur ce que tout le monde savait ou croyait savoir concernant le financement des partis politiques. On aurait bien tort d’en déduire un générique « Tous pourris », qui donne l’impression qu’une simple purge du personnel des partis suffirait à résoudre le problème. Bien au-delà de cette vision simpliste, c’est le destin même de nos démocraties qui s’éclaire, et c’est un coup de projecteur sur les mécanismes déterminant le gouvernement profond qui est donné.
Les phrases choc de Jérôme Cahuzac sur le financement des partis
Durant son procès, Cahuzac s’est donc livré à quelques aveux dont la presse a surtout retenu qu’ils impliquaient Michel Rocard. En particulier, il a replacé l’ouverture de ses comptes en Suisse dans le contexte général du financement des partis politiques par des entreprises. Celles-ci étaient (et sont probablement encore) plus ou moins priées de « payer l’impôt révolutionnaire » en échange d’une contrepartie publique (comme l’ouverture d’un supermarché sur le territoire d’une commune, par exemple).

Et en quoi consistait (et consiste encore) « l’impôt révolutionnaire » ? En un versement direct d’argent sur les comptes d’un parti politique, souvent par l’intermédiaire d’un tiers de confiance.
Épiphénomène ou système ?
Il serait dommageable de ne pas donner à ce témoignage la dimension systémique qu’il mérite. Dans le monde de bisounours qui nous est souvent présenté par les médias subventionnés, le citoyen lambda peut avoir le sentiment que les décisions sont prises selon des principes de rationalité politique ou économique, ou selon des affiliations idéologiques.

Cahuzac a l’avantage de brutalement mettre un nom, un visage, un parcours, sur la face immergée de l’iceberg politique : l’étroite imbrication entre les élus qui gouvernent et les entreprises qu’ils réglementent et qui les financent. Le sujet unique du procès Cahuzac est là : dans l’industrialisation d’un système qui finit par dessiner la mécanique du gouvernement profond. Industrialisation du financement des partis, d’un côté, où une sorte d’économie parallèle se dégage, fondée sur une corruption et un trafic d’influence à la source de toutes les grandes décisions publiques. Industrialisation de cette corruption, avec des entreprises qui organisent l’influence qu’elles peuvent avoir sur les élus et les lois en « investissant » de façon prévisible afin d’obtenir la bonne prise de décision.
Moralisation ou industrialisation de la corruption ?
Ce système, Cahuzac l’a dit, existe de longue date. La loi de 1988 sur le financement des partis va faire mine d’y mettre un terme. En réalité, elle va accélérer son industrialisation. Brutalement, en effet, le financement du parti politique ne se décide plus au restaurant du coin, autour d’une bonne tête de veau arrosée d’un Gamay approximatif. Ce n’est plus l’affaire de l’élu local qui monte une combine dans son coin. Tout cela devient trop dangereux, et cette pratique est d’ailleurs lâchée en pâture à l’opinion.

La réglementation (comme toujours est-il tentant de dire) ne supprime pas les mauvaises pratiques : elle les élitise, élimine les petits et favorise les acteurs industriels. C’est ici qu’un Cahuzac devient essentiel. Il faut désormais échapper aux contrôles trop stricts et aux opérations trop visibles. Le compte en Suisse, ou dans tout pays garantissant le secret bancaire, devient inévitable. Il faut un homme-lige pour réaliser l’opération, puis aller retirer l’argent versé pour le réinjecter, en liquide, dans le système. Tout ceci suppose une organisation en bonne et due forme, avec des possibilités de versement à l’étranger et une maîtrise des flux financiers suffisante pour ne pas se faire démasquer. Et des hommes de confiance que le « système » tient et qui tiennent au « système ». Des Cahuzac donc.
Pourquoi Cahuzac plutôt qu’un autre ?
Pour faire le sale boulot, un Cahuzac est une pièce maîtresse, une sorte de gendre idéal. Il est médecin, et pour les laboratoires pharmaceutiques, il est donc un ami et un confident. Il maîtrise accessoirement à merveille le sens des décisions réglementaires que souhaitent les laboratoires pharmaceutiques. Il est ambitieux mais n’est pas énarque. ll a donc tout intérêt à pactiser avec le diable, car le diable peut accélérer sa carrière et lui ouvrir des portes inattendues. Il est, au fond, totalement dépendant de ses financeurs, de ses mécènes, et c’est la meilleure garantie que ces entreprises pharmaceutiques puissent avoir pour leur retour sur investissement.

On comprend mieux ici l’importance, pour le gouvernement profond, de toute cette cour, de toute cette technostructure qui usine les décisions publiques. Ces gens-là sont au confluent des deux mondes, ils en constituent en quelque sorte la couche poreuse. D’un côté, ils ont la technicité complexe indispensable au fonctionnement de la machine étatique et réglementaire. De l’autre, ils sont à l’écoute des intérêts qui s’expriment, et profitent à plein de leur industrialisation. Plus le groupe d’influence à la manœuvre est puissant, plus le technicien aux ordres est enthousiaste : les bénéfices qu’il peut attendre de son trafic d’influence n’en seront que plus élevés.
Gouvernement profond et syndication de la connivence
Parce qu’il repose sur l’intervention d’une technostructure poreuse, le gouvernement profond qui oriente les décisions publiques à son profit (par exemple, par l’intervention d’un Cahuzac, la décision de mettre sur le marché un médicament dangereux, mais remboursé par la fameuse et bienfaisante Sécurité sociale) pratique la syndication industrielle de la connivence. Pour gouverner discrètement mais efficacement, le gouvernement profond a besoin d’une caste qui fait écran et qui agit loyalement dans la défense de ses intérêts.

Pour s’assurer de cette loyauté, le gouvernement profond a besoin de l’organiser, de l’animer et de la nourrir. Cette animation s’appelle les cabinets ministériels pléthoriques, les clubs et les cercles d’influence, comme le Siècle, les thinks tanks, et toutes ces sortes de lieux où le grenouillage est recommandé pour faire une carrière. Jusqu’à l’engloutissement total du navire.

Source contrepoints.org
Photo By: thierry ehrmann – CC BY 2.0
Par Éric Verhaeghe.


Éric Verhaeghe
Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien" http://www.eric-verhaeghe.fr/


Billets-Faut-il une période de transition présidentielle en France ?


Faut-il une période de transition présidentielle en France ?

Aux États-Unis s’est ouverte la période de transition présidentielle. On s’interroge sur l’absence d’une telle latence démocratique en France.

Alors qu’aux États-Unis s’est ouverte une période bien spécifique, celle de la transition présidentielle, on s’interroge sur l’absence d’une telle latence démocratique en France. Censé permettre une passation des pouvoirs en douceur et livrer toutes les clés de l’action présidentielle à l’équipe élue, ce temps politique est moins anodin qu’il n’y paraît. La France pourrait songer à se doter d’un tel intervalle.

La période de transition présidentielle qui s’est ouverte aux États-Unis le 8 novembre dernier n’est pas anecdotique. Au soir de son élection, Donald Trump est devenu le President elect des États-Unis tandis que Barack Obama demeure pleinement Président des États-Unis. Il le restera jusqu’au 20 janvier prochain. À cette date, la main gauche apposée sur une bible, Donald Trump se prêtera à la cérémonie de prestation de serment sur les marches du Capitole à Washington DC et deviendra alors officiellement le 45ème Président des États-Unis.

D’ici là, pendant 73 jours, les équipes des deux Présidents s’attellent à tout mettre en œuvre pour permettre une passation des pouvoirs harmonieuse et efficace. Les États-Unis accordent une place importante à cette période qu’ils ont encadrée dès 1963, via le Presidential Transition Act, modifié à plusieurs reprises.
Une transition présidentielle qui permet une passation de pouvoir en bonne et due forme
En pratique, les équipes du Président Obama préparent depuis près d’un an cette transition. Elles ont établi un Conseil de coordination pour la transition présidentielle (composé de responsables de la sécurité nationale, du territoire et de l’économie), et ont permis l’installation des équipes de campagne des deux principaux candidats à quelques pas de la Maison Blanche. Elles livrent chaque jour des informations confidentielles au Président élu et lui transmettent les renseignements et les dossiers nécessaires à sa prise de fonction.
L’exécutif conduit les affaires du gouvernement de manière à favoriser une passation ordonnée des pouvoirs présidentiels. Il a même été rapporté que l’équipe du Président Obama a prévu d’organiser un exercice de simulation de crise afin de préparer l’équipe de Donald Trump à l’hypothèse d’une menace pour la sécurité nationale.
Une transition présidentielle utile au futur Président
Au cours de ces 11 semaines de transition, l’équipe présidentielle entrante va, quant à elle, pouvoir procéder à la nomination de plus de 4000 postes au sein des administrations centrales (Spoil system oblige), prendre la mesure de la tâche qui l’attend, élaborer des stratégies pour la mise en œuvre de son programme et préparer au mieux sa prise de fonction. Cette latence démocratique est donc une période de préparation intense.

L’enjeu d’une telle transition présidentielle, longue et méthodique, est de permettre au Président élu de commencer efficacement son action dès son premier jour d’exercice du pouvoir. Elle lui permet de prendre le temps nécessaire afin de procéder aux bonnes nominations, de construire les conditions d’une unité politique nationale. Cela lui permet aussi d’améliorer le début du mandat de son équipe et, finalement, d’accroître l’efficacité du futur gouvernement. Ces avantages ne sont pas vains.

L’exemple de la transition réussie entres les équipes Bush et Obama fait, à ce titre, référence. Le fair-play politique avait alors parfaitement fonctionné. Obama avait ainsi pu signer, dès les deux premières semaines de son mandat, plusieurs décrets présidentiels. Ces premières actions lui avaient alors permis de lancer les réformes les plus essentielles de son action présidentielle.

Il est également possible de noter que dans de nombreuses grandes entreprises, la passation des fonctions entre deux CEO se déroule pendant plusieurs semaines. Le responsable entrant peut  ainsi bénéficier de tous les conseils de l’ancienne équipe et d’un temps certain afin d’organiser opérationnellement les grands axes de ses propres orientations. Cela limite aussi l’impact que certaines erreurs pourraient engendrer.
En France, la transition présidentielle n’existe pas
Cette période comprend donc des avantages réels. Pourtant, la plupart des passations de pouvoir au sein des démocraties occidentales se passent dans un laps de temps très bref et de manière beaucoup moins méthodique, notamment en France.

En France justement, la passation des pouvoirs est issue d’une pratique coutumière et se veut avant tout solennelle. Le président élu accède à ses nouvelles fonctions une dizaine de jours seulement après son élection. Il prend la mesure de sa charge une fois installé à l’Élysée, relativement seul face à ses nouvelles responsabilités.

Dans une démocratie solide, résiliente et apaisée, une transition des pouvoirs relativement longue ne devrait pas inquiéter. Bien sûr, la passation des pouvoirs constitue forcément un défi pour n’importe quel régime démocratique. Mais la stabilité politique pourrait paradoxalement sortir renforcée d’une période de représentation bicéphale du pouvoir, utilement et habilement organisée.

À l’heure du court-termisme, cette latence démocratique conduit à repenser la cadence de l’action politique. Elle lui impose un cycle de recul, de préparation, d’échange après des campagnes électorales souvent frénétiques et enclines aux excès. Elle lui permet de se montrer plus efficace au cours des premiers mois, essentiels, d’un gouvernement. Et si la France songeait à se doter d’un tel intervalle, dès 2017 ?


Source contrepoints.org
Photo Palais de l’Elysée by Nicolas Nova(CC BY-NC 2.0)
Par Benjamin Boscher.

Benjamin Boscher

Benjamin Boscher est un chroniqueur de "Trop Libre", site internet de la Fondation pour l’innovation politique. Diplômé de Panthéon-Assas, il est actuellement étudiant en affaires publiques à Sciences Po et à l’Essec.

vendredi 24 mars 2017