dimanche 19 mars 2017

Billets-Réserve parlementaire : scandale retentissant à l’Assemblée Nationale


Réserve parlementaire : scandale retentissant à l’Assemblée Nationale

Étienne Cheron, collaborateur du député Patrick Lebreton, a démissionné suite à des révélations sur la façon dont il monnayerait les subventions de la réserve parlementaire du député.

L’association Contribuables Associés, dont l’objet est la défense des contribuables, a dévoilé un nouveau scandale autour de la réserve parlementaire des députés cette semaine : Étienne Chéron, assistant parlementaire du député de la Réunion Patrick Lebreton, aurait fait payé à hauteur de 5% des subventions obtenues des associations qui demandaient à bénéficier d’une subvention sur la réserve parlementaire de son député. Selon la 1ère (France Télévisions en Outre Mer), le collaborateur parlementaire aurait démarché 700 associations pour leur proposer ses services rémunérés.

Comment le collaborateur parlementaire a été piégé
Contribuables Associés, en montant un faux dossier, a piégé et enregistré l’assistant parlementaire, avec des extraits choquants sur la façon dont vos impôts peuvent être utilisés : dans l’enregistrement diffusé par l’association, la voix présentée comme celle d’Étienne Chéron souligne en particulier l’absence complète de contrôle sur l’utilisation de cet argent, et encourage l’association à demander une subvention d’un montant plus élevé que prévu initialement. Par l’intermédiaire d’une société, EC Conseil, Étienne Chéron a même fait dresser un contrat, montré dans la vidéo de Contribuables Associés, dans lequel est précisé par écrit le rôle du « consultant » pour l’obtention de la subvention.

Pas de mention à ce stade de poursuites judiciaires qui pourtant sembleraient plus que justifiées. Selon le collaborateur parlementaire interrogé par France Ô, il n’essayait que « d’aider les associations à accéder à la réserve parlementaire ».

Etienne Chéron a démissionné de son poste quelques heures après la révélation du scandale par Contribuables Associés. « J’ai évidemment commis une très grave erreur de jugement, une faute » écrit-il dans une lettre envoyée au député. Selon le député dans un communiqué, « aucune association hexagonale n’a contractualisé avec lui ». Une affirmation étonnante au vu du contrat produit par Contribuables Associés et qui tient probablement au fait que le démarchage des associations par l’assistant parlementaire aurait commencé le 3 mars 2017, seulement une dizaine de jours avant la révélation de l’affaire.

Élisabeth Mbappé, la collaboratrice parlementaire du sénateur Michel Vergoz est également domiciliée à la même adresse que la société de conseil d’Étienne Chéron. Cela parce qu’elle est sa compagne selon le sénateur, sans que l’implication de celle-ci ou non ne soit claire à ce stade. Le sénateur a condamné la pratique avec force : « D’après les premières informations qui ont été rapportées, cela s’appelle de l’escroquerie, c’est déplorable, les bras m’en tombent »

Le scandale de l’existence même de la réserve parlementaire
La réserve parlementaire, c’est cette enveloppe de 130 000€ que chaque député peut utiliser dans l’opacité la plus totale pour subventionner ce qu’il souhaite. Une caisse noire que certains ont manifestement compris comment l’utiliser pour leur profit personnel. Un mécanisme d’un autre temps, qui nourrit de véritables business, dans l’opacité la plus complète.

Ce scandale souligne à quel point il est urgent de supprimer la réserve parlementaire ou, a minima, d’en renforcer très fortement les contrôles. Contribuables Associés a justement, dans la foulée de ces révélations, lancé une pétition pour demander la fin de ce système. Au coeur de la tourmente, le député Patrick Lebreton a indiqué qu’il était favorable à une refonte de la réserve parlementaire.

Le conseil en subventions, une pratique qui peut être légale
Cette affaire met aussi sous le feu des projecteurs la pratique, légale quand le consultant n’est pas aussi le décisionnaire, du conseil en subventions.

Dit autrement, la France donne tellement de subventions par tellement de canaux différents que des entreprises peuvent, le plus légalement du monde, exister pour aider les associations, particuliers ou entreprises à bénéficier de ces subventions dans le maquis incompréhensible des aides. Un système aberrant, qui pourrait être avantageusement remplacé par moins de subventions et un remboursement de ces montants aux Français avec une baisse de leurs impôts. Les politiques en auront-ils le courage ?

Source contrepoints.org
Par Alexis Vintray.


Alexis Vintray est rédacteur en chef de Contrepoints, journal d'information d'inspiration libérale. Diplômé d'HEC Paris et de la Sorbonne, il est lauréat de la Bourse Tocqueville 2010.

samedi 18 mars 2017

Billets-Pourquoi François Fillon peut encore gagner la présidentielle


Pourquoi François Fillon peut encore gagner la présidentielle
  
Mis en difficulté par une affaire judiciaire, le candidat de la droite parvient pour autant à se maintenir dans les sondages, aidé par une élection présidentielle aux rebondissements inédits.

Après plus d'un mois de scandale autour du supposé emploi fictif de sa femme — entre autres polémiques — François Fillon serait au pire des cas selon les derniers sondages publiés le troisième homme de la présidentielle à venir. Le seul enjeu pour se faire élire en mai prochain sera de se garantir une place au second tour, au sein duquel Marine Le Pen semble avoir sa place réservée. Face à la candidate FN, le front républicain s'imposera une nouvelle fois et son opposant quel qu'il soit l'emportera — dans des proportions certainement plus modestes que les 82% de Chirac en 2002, mais tout de même.

Cette présidentielle a comme particularité de ne donner absolument aucune place aux débats d'idées : le jeu en ce moment dans les médias n'est plus de savoir quel candidat est le plus propre, le plus crédible, mais plutôt lequel est le moins sale de tous, le moins compromis dans les affaires — le fait que Marine Le Pen et son entourage mis en examen caracolent toujours en tête des enquêtes d'opinion semble toutefois accorder du crédit à la thèse selon laquelle l'exemplarité ne serait plus une valeur que l'électorat classerait comme primordiale pour un futur chef d'Etat ... facteur plutôt favorable pour le candidat de la droite, certainement mis en examen dans les prochains jours.

François Fillon a encore des chances de s'imposer au premier tour tant la présidentielle semble dépendante des rebondissements qui l'animent. On ne peut absolument pas garantir à Macron sa place de second, on ne connaît pas vraiment son électorat et son aura dans les médias et les sondages ne l'empêcheront pas contracter peut être le syndrome Clinton, la candidate des médias sacrée présidente par les journalistes mais défaite dans les urnes.

Une part silencieuse des français qui se moque bien des affaires
Il faut de toute façon souligner le manque total de fiabilité des éditorialistes, commentateurs et observateurs qui depuis le début de la campagne se sont trompés sur tout, apparaissant totalement déconnectés des réalités du pays et l'état de l'opinion publique. Les sondages qui placent François Fillon en troisième homme tiennent-ils compte de la part silencieuse des français qui se moquent pas mal des affaires mais qui veulent un vrai tournant d'inspiration conservateur, protectionniste et très à droite? La base électorale de Fillon, autour des 20%, ne se reconnaît nulle-part ailleurs. Il n'y a pas de vases communicants à droite comme cela peut être le cas à gauche entre les candidatures de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon par exemple. Bien que désireuse d'un certain radicalisme, cette base dans son ensemble n'est pas culturellement (et économiquement !) prête à voter pour le Front national. Il ne faut plus à cette base que cinq points de pourcentage ou une baisse de dynamique du côté d'Emmanuel Macron pour s'assurer une place au second tour et gagner, profitant d'une fragmentation des candidatures au centre-gauche et à gauche.

Il faut également dire que l'électorat de droite est généralement sous-estimé : si les observateurs prédisaient à Sarkozy une cuisante défaite en 2012 face à François Hollande avec 60-40, le score au second tour a en réalité été bien plus serré.

Désamour fort pour le progressisme et envie d'un tournant radical-conservateur
La Manif pour tous puis la nomination par les sympathisants de droite de François Fillon à la primaire républicaine ont fait partie des événements qui témoignent d'un fort rejet de la part d'une partie non-négligeable de l'opinion de la gauche et du progressisme en général, désaffection auparavant minimisée ou mal appréhendée par les médias.

Si Fillon faisait mentir les observateurs en gagnait l'élection en mai prochain, comme cela semble tout à fait probable, la présidentielle 2017 entrerait dans l'histoire comme un scrutin hors-normes, remporté par le premier "rebelle"... de droite !


Source le100.fr

Billets-Le Brexit va nous renvoyer face à nos ports


Le Brexit va nous renvoyer face à nos ports

Les Anglais vont profiter du Brexit en matière portuaire pour attirer des flux venus du Commonwealth, les transformer sous-douane, avant de profiter des accords négociés avec l’Union pour inonder le marché unique.

Le Brexit c’est maintenant. Plus de six mois après, le choc est passé et l’on voit de ce côté de la Manche que les Anglais vont vraiment le faire. Nous, Européens, mais surtout Français, analysons ce que nous qualifions de catastrophe. Certes l’idée d’une perfide Albion venant chatouiller notre rapport de force avec l’Allemagne nous gênait, mais nous nous étions habitués.

Aujourd’hui, nous analysons et nous spéculons sur le devenir de l’île et pour être francs, nous la voyons déjà couler sans son ancrage au continent. Sans l’Union européenne, la place financière londonienne n’a pas d’avenir, les négociations d’accords commerciaux vont prendre des années et paralyser le pays, les barrières douanières vont enfermer le pays, les capitaux vont fuir (tout comme les Écossais, nos vieux alliés de circonstance), le chômage va grimper (comme en France), la récession va mettre à mal le pays et peut-être même que la peste bubonique fera son retour (nous venger d’Azincourt).

Pourtant, alors que nous pérorons et ergotons, l’Angleterre gagne le tournoi des six nations et travaille déjà au post-Brexit. Certes les Anglais sont des « boutiquiers » comme disait Napoléon, mais c’est là leur force et l’agilité de leur empire sur les affaires. Point de politique colbertiste, point de noblesse dans les relations commerciales ; simplement des forces dynamiques qui cherchent des solutions pour en faire commerce.

L’ouverture maritime, une question-clé
L’exemple des ports est très révélateur de cet état de fait. Antoine Fremont, directeur de recherche à l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux, constate que sur la façade nord européenne qui concentre les principaux ports européens, « La question de la marginalisation du Havre est posée ». La logistique en France, c’est 10 % du PIB et les ports sont les principaux points d’entrées et sorties des flux.
Marseille est le premier port de la Méditerranée, Rouen, le premier port céréalier d’Europe et Le Havre est le premier port à conteneur du pays. Mais, alors que les ports français progressent nominalement en matière de flux depuis une décennie, en proportion, ils perdent des parts de marché au profit des ports du Nord. Des ports du Nord, héritiers de la Ligue hanséatique, cette autre communauté de boutiquiers.

Les candidats à la présidentielle semblent faire peu de cas de l’économie maritime et de son potentiel. La mer, dans les programmes, reste le symbole des énergies renouvelables, et la pêche est la seule industrie qu’on lui prête. Le colbertisme délaisse ses ports alors même que Le Havre fête ses 500 ans et réclame des investissements en infrastructure.

Les atouts et les défis de Felixstowe
Il est à noter que dans la course aux conteneurs que se livrent les ports de l’Europe du Nord, Felixstowe, principale porte maritime anglaise, n’est pas vraiment mieux loti. Pourtant les Anglais sont déjà en train de mettre en place des possibilités que leur offre le Brexit pour développer leurs ports et faire mieux que rester dans la course.

Traditionnellement, on dit que la compétitivité d’un port tient tout d’abord de sa géographie. Singapour, Panama, Tanger en sont les meilleurs exemples. Ensuite, le marché, à la fois d’import et d’export est un impératif qui a été décliné avec le principe de hub qui est une interface entre deux marchés distincts. Ainsi, Le Havre, port naturel du bassin parisien bénéficie du premier marché européen.

Viennent ensuite l’infrastructure et la performance qui y est liée. On note ainsi une course au gigantisme avec des tirants d’eau de plus en plus importants et des cadences de manutentions à la hausse. Les autres facteurs traditionnels de compétitivité sont la fiabilité du service, la stabilité politique et sociale, la sûreté et la bonne gouvernance des ports et des services vers le marché qu’on appelle hinterland.

Ce que les Anglais ont noté c’est que les points précités, le port de Felixstowe, comme le port du Havre les possède ; ce ne sont donc que des prérequis. La logistique évolue et ce n’est plus le port qui décide de l’orientation des flux. Ces derniers se font de porte à porte et peu importe au chargeur quel est le port de passage, tant que la marchandise arrive à destination en temps, en quantité et en qualité demandés. Ainsi l’importance doit être donnée au service réactif, agile et de porte-à-porte. Pour autant, cela ne veut pas dire que l’on doit absolument se débarrasser des flux qui transitent. Il faut les capter avec des services logistiques, de la transformation et de la valeur ajoutée ; c’est-à-dire enchâsser le port dans un environnement propice au commerce.

Développer des places d’affaires… et des ports francs
Enchâsser les activités portuaires dans un environnement d’affaires propice à l’attractivité des flux, c’est ce que compte faire l’Angleterre post-Brexit. Les armateurs ne sont plus les clients des ports. Leurs navires font escale là où il y a du flux. Et il y a du flux là où les transitaires et les chargeurs le font passer, là où ils sont implantés, là où ils ont leurs habitudes. Pour attirer ces flux, on ne parle plus de ports, mais de complexes industrialo-portuaires. On développe des places d’affaire avec des possibilités financières, des accords douaniers, des accords de libre-échange, des infrastructures physiques et informatiques, des outils marketing et des formations.

Le Havre n’est pas en reste avec la Soget ou l’IPER qui sont des fleurons mondiaux, mais les Anglais vont aller plus loin pour profiter du Brexit. Et l’Angleterre n’a pas attendu que Theresa May envoie sa lettre à l’Union. Dès après le vote, un travail de fond a été mené par des parlementaires anglais afin de trouver des solutions de repositionnement du pays dans le commerce international. Parmi ces solutions, les ports francs, ceux-là même qui ont fait les belles heures de Marseille, Bordeaux, et Lorient, et continuent d’alimenter la quasi-totalité des plus grands ports du monde ont retenu l’attention du gouvernement.

Les Anglais vont donc profiter d’un statut de port franc qui est quasi banni de l’Union européenne pour attirer des flux venus du Commonwealth, les transformer sous-douane, avant de profiter des accords négociés avec l’Union, trop affolée de laisser partir le Royaume, pour inonder le marché unique. Cette stratégie devrait assurer à Felixstowe et aux autres ports, des flux, des emplois, de la croissance, et finalement tout l’inverse de ce que nous prédisons en regardant de l’autre côté de la Manche.

La brume nous empêche de voir qu’on s’active de l’autre côté, mais surtout, il nous faut réaliser que la mondialisation est une mondialisation de boutiquier. Notre colbertisme, teinté d’une méfiance des valeurs de l’argent, a du mal à y trouver sa place. Cet héritage de notre vieux fond catholique en délicatesse avec le commerce ne voit de la noblesse qu’au travers des vaisseaux et ports de guerre, donc des armateurs et des infrastructures. Nos ports sont d’ailleurs dirigés par des ingénieurs des ponts, pas des commerçants comme dans la Hanse.
Or le commerce international peut se cristalliser autour d’infrastructures majeures si des forces dynamiques sont libres de venir s’accrocher autour du catalyseur. L’enchâssement d’une zone franche portuaire n’est possible qu’au sein d’un écosystème dynamique comme le montrent les exemples de Tanger-Med, de Shenzhen ou de Dubaï. Mais c’est ce type d’infrastructure qui crée un cluster pérenne car il permet de faire du commerce et donc créer des emplois. À l’inverse créer des infrastructures pour attirer des flux c’est créer un port dans le désert des Tartares… et ce ne sont pas les Anglais qui feraient ça.

Source contrepoints.org
Par Alexandre Lavissière.

Alexandre Lavissière, Enseignant-chercheur en management, Laboratoire Métis, École de Management de Normandie
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.


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The Conversation est un média en ligne d'information et d'analyse de l'actualité indépendant, qui publie des articles grand public écrits par les chercheurs et les universitaires.


Dessins de presse


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mercredi 15 mars 2017

Billets-Il vaut mieux être curieux qu’intelligent


Il vaut mieux être curieux qu’intelligent

L’inventeur du QI, Alfred Binet, n’a pas inventé le QI dans l’objectif de mesurer l’intelligence. Il cherchait à identifier les élèves ayant des difficultés avec le système éducatif français pour qu’ils puissent retrouver le chemin de l’apprentissage et du succès, d’abord scolaire.

L’idée que l’apprentissage ne se fait pas de la même façon pour tous n’est plus à démontrer.

Il y a un génie en chacun de nous. Mais si on juge un poisson à sa capacité à grimper aux arbres, il vivra toute sa vie pensant qu’il est idiot. – Albert Einstein

Aujourd’hui, alors que l’éducation et la formation se font (ou au moins se conçoivent) tout au long de la vie, de nouveaux moyens de formation apparaissent (notamment les MOOC), permettant à terme à chacun de trouver la meilleure méthode pour apprendre. Quelques étudiants brillants mais vivant dans des pays sous-développés ont par exemple pu être identifiés via Internet où ils suivaient des cours en ligne et soutenus par plusieurs universités prestigieuses.

L’intelligence ne se mesure pas de façon unique, et l’apprentissage ne se fait pas de façon unique. On comprend mieux les dommages causés par le manque de liberté éducative ; les parents de surdoués le savent bien, un rythme ou une méthode inadaptés peuvent conduire un « haut potentiel » au décrochage.

Mais le « haut potentiel », l’intelligence et le talent peuvent devenir eux-mêmes des handicaps. Quand on les conçoit comme innés, quantités fixes, caractéristiques inhérentes de l’individu, il y a de fortes chances qu’on le convainque qu’il est par nature doué. Et le mal est fait.

Le mal, c’est pour l’individu d’adopter cette vision déterministe de l’intelligence, de l’apprentissage et du succès. Il cherchera alors à briller, prouver son intelligence, et se remettra difficilement à la découverte de ses lacunes et échecs. Le mal, c’est de conduire l’individu à penser que ses résultats ne sont pas le produit de son effort.
Les parents sont, certes, de bonne foi ; ils cherchent à rassurer leur progéniture sur ses capacités et parfois s’en émerveillent, ou s’inquiètent de n’avoir su élever qu’un « élève moyen », lent ou souffrant de difficultés de compréhension. Les instituteurs et professeurs ne sont pas en reste ; leurs appréciations orales et écrites peuvent condamner les enfants à considérer leurs capacités impressionnantes ou limitées comme une quantité fixe.

Cet « esprit fixe » (fixed mindset) qui conduit à considérer l’intelligence et le talent comme des quantités fixes conduit selon Carole Dweck (auteur de Mindset) à chercher à avoir l’air intelligent, et développerait une tendance à éviter les défis, abandonner rapidement dans l’adversité, considérer l’effort comme vain, ignorer les critiques et se sentir menacé par les succès des autres.

Si vous êtes le plus intelligent dans la salle, trouvez une autre salle. – Michael Bell
Un « esprit de croissance » (growth mindset) génère un désir d’apprendre, donc une tendance à embrasser les défis, persévérer dans l’adversité, voir l’effort comme voie vers la maîtrise, apprendre des critiques et voir dans le succès des autres une source d’inspiration.

Pour Carole Dweck, nous nous situerions tous quelque part entre esprit fixe et esprit de croissance, mais notre position sur cet axe n’est pas figée. C’est un état d’esprit, qui a d’immenses conséquences sur notre parcours – et, in fine, notre succès.
En valorisant dès le plus jeune âge l’effort des enfants plutôt que leur talent inné, on leur fait don d’une vision d’eux-mêmes et du monde favorisant l’apprentissage et le travail. Ils ont la responsabilité de leur succès.

Dans le cas contraire, nombre d’enfants à potentiel inexploité feront tout pour éviter d’exploiter ce potentiel ; ils préfèreront souvent être médiocres sans effort et sans risque de connaître leurs vraies limites, celles qu’ils peuvent atteindre en travaillant dur. Leur apprentissage sera plus difficile, sauf dans les matières pour lesquelles ils penseront être « doués ».

Et, tout au long de la vie, cette vision suit chacun d’entre nous. Quelle peut être la plus grande ambition d’un « élève moyen » ? Ne vaut-il pas mieux éviter d’être un « bourreau de travail » quand on peut vivre confortablement de ses facilités ?
La culture revêt alors une importance capitale. Quand on sait l’importance de l’effort et le nombre de défis à relever pour entreprendre avec succès, et quand on connaît l’importance de la persévérance pour réussir après plusieurs échecs, on comprend qu’une vision déterministe du talent et de l’intelligence nuit grandement à la création d’entreprise. Ou, plus simplement, à l’acquisition d’une maîtrise permettant d’être compétent et innovant.

Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. – Winston Churchill

Rendez service à vos enfants, collègues, amis : valorisez leurs efforts plutôt que leurs capacités. Même s’ils sont déjà prisonniers d’une vision ou leur talent est inné, et sont plus facilement flattés par la reconnaissance de leur génie que de leur travail, il n’est jamais trop tard pour changer d’état d’esprit. Aidez-les à apprendre de leurs échecs, reprochez-leur leur ignorance plutôt que leur bêtise.

Et rendez-vous service : comprenez que vous n’échouez pas, vous apprenez.
J’ai raté plus de 9 000 tirs dans ma carrière. J’ai perdu presque 300 matches. Pas moins de 26 fois, mon équipe m’a fait confiance pour tenter un panier qui nous amènerait la victoire, et je l’ai raté. J’ai échoué dans ma vie, encore et encore. Et c’est pour ça que je réussis. – Michael Jordan


Source contrepoints.org

mardi 14 mars 2017

Billets-Fillon a définitivement atteint le point Chirac


Fillon a définitivement atteint le point Chirac

On sait maintenant que Fillon a atteint le point Chirac, celui au-delà duquel n’importe quelle affaire devient neutre dans le parcours politique du candidat.

François Fillon a atteint le point Chirac, celui où plus aucune attaque sur la probité n’atteint la personne. L’affaire de ses costumes en donne la preuve.

Les costumes de Fillon, la nouvelle boule puante ?
Il paraît que Fillon s’est fait offrir des costumes de luxe pour une somme globale de 50.000 euros, pendant plusieurs années. Le donateur est anonyme (probablement pas pour Fillon, mais pour le commun des mortels). L’affaire est présentée comme un nouveau scandale, mais elle ne semble pas affecter la campagne à ce stade.

Pourtant, et à certains égards, elle soulève plus de questions que l’emploi de Pénélope. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens, qui reçoivent des costumes à plus de 5.000 euros et qui trouvent ça naturel ? Là encore, on se met dans la peau d’un chef d’entreprise qui reçoit des cadeaux de ce genre. L’administration fiscale ne tarderait pas à lui demander des comptes pour savoir s’il s’agit ou non d’avantages en nature non déclarés.

Visiblement, François Fillon ne connaît pas les contraintes qui pèsent sur les entrepreneurs.
Dans le même temps, on peut quand même se demander qui balance la boule puante.

Qu’appelle-t-on le point Chirac ?
Bref, on sait maintenant que Fillon a atteint le point Chirac, celui au-delà duquel n’importe quelle affaire devient neutre dans le parcours politique du candidat. Le candidat des Républicains est désormais tellement blindé après le Penelopegate que deux camps sont immuables et irréconciliables : ceux qui considèrent que, quoiqu’il arrive ou quoiqu’il dise, il est un pourri ; et ceux qui considèrent que, quoique ses détracteurs inventent sur lui, il est victime d’un complot.
C’est, rappelons-le, dans cette configuration que Chirac a gagné la présidentielle de 2002. Sa réputation était absolument exécrable et, entre les scandales des frais de bouche, des emplois fictifs et des valises de liquide qui lui étaient apportées par des seconds couteaux, plus personne ne pouvait avoir le moindre doute sur la distance sibérienne qui le séparait de l’honnêteté. Malgré tout, 80% de Français ont voté pour lui au second tour.

L’atteinte de ce point s’explique largement par l’intensité outrancière du feu subi par Fillon au mois de février sur la situation professionnelle de sa femme. Désormais, il a franchi un cap. L’opinion s’est forgée, sur ce compte, une idée qui ne peut plus bouger. Toute affaire nouvelle ne fait que confirmer l’opinion forgée auparavant.

Quelle est l’origine politique du point Chirac ?
Dans certains pays, spécialement au nord de l’Europe, aucun homme politique n’aurait pu survivre à ce genre d’affaires. La démission en aurait été la seule issue.

En France, il existe une tolérance tout à fait différente vis-à-vis des dérapages des élus. Elle trouve probablement ses racines dans l’Ancien Régime. On a tous en mémoire l’affaire Fouquet, du nom de « ministre des Finances » de Louis XIV qui fut emprisonné pour corruption. La cause de sa chute ne tenait pas à la corruption elle-même, mais à l’ampleur symbolique qu’elle avait prise. Les fêtes de Fouquet étaient plus riches que celles du Roi lui-même.

Ainsi va l’esprit courtisan en France. Historiquement, les élus, qui ont succédé à la noblesse, considèrent qu’ils ont le droit de se « servir » et l’opinion publique ne leur en garde pas forcément rancune. D’une certaine façon, c’est cet obscur souvenir d’une tolérance vis-à-vis de la prévarication des nobles que les Français convoquent lorsqu’un point Chirac est atteint.

Y a-t-il un délitement caché de l’opinion publique ?
Reste à savoir si cette apparente passivité vis-à-vis d’un François Fillon au-delà du point Chirac cache un délitement en profondeur de son électorat. Au-delà de son simple cas, les boules puantes qu’il se prend sur sa probité détériorent-elles encore un peu plus l’adhésion des citoyens au régime et les poussent-elles à des votes de rupture ? À des stratégies dangereuses pour la démocratie ?

Source contrepoints.org
Par Éric Verhaeghe.


Éric Verhaeghe est président de Triapalio. Ancien élève de l'ENA, il est diplômé en philosophie et en histoire. Écrivain, il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Il anime le site "Jusqu'ici tout va bien" http://www.eric-verhaeghe.fr/

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dimanche 12 mars 2017

Dessins de presse


Dessins de presse

samedi 11 mars 2017

Billets-Bitcoin : le jour du digital gold est arrivé


Bitcoin : le jour du digital gold est arrivé

Tout ce que vous voulez savoir sur la monnaie cryptographique sans jamais oser le demander !

La valeur du bitcoin a progressé de 125 % en 2016, bien plus que n’importe quelle autre devise, une surperformance constatée chaque année depuis 2010, à l’exception de 2014. Le S&P 500, l’indice de référence des marchés actions aux États-Unis, a gagné 9,5 % l’année dernière. Les marchés européens, aux performances désespérément modestes, font figure de parents pauvres dans cette orgie spéculative.

Comment le bitcoin a-t-il emporté un tel succès ? Depuis sa création il y a seulement 9 ans par un certain Satoshi Nakamoto, le pseudonyme d’un génie de la cryptographie dont le vrai nom n’a pas été découvert, la nouvelle monnaie électronique a été secouée par de violents soubresauts à cause de ses accointances avec les marchés de la drogue et le blanchiment d’argent sale.

De ces crises, il est toujours sorti par le haut. La question de sa disparition n’est plus aujourd’hui à l’ordre du jour. Elle a été remplacée par une autre : comment se fait-il que les Chinois aient mis la main sur cet étrange “or digital” ? Et quelles sont les conséquences de cette prise de pouvoir monétaire ?

Enfin, toute la bitcoin-sphère est en ce moment en ébullition, car elle attend de la décision que doit prendre, aujourd’hui, aux États-Unis, la Securities and Exchange Commission (SEC). Il s’agit de statuer enfin sur une demande d’autorisation qui lui a été soumise il y a près de quatre ans par les jumeaux Cameron et Tyler Winklevoss. En cas de feu vert, il s’agirait du premier fonds indiciel coté dédié au bitcoin.

L’attente de cette décision a déjà fait remonter le cours du bitcoin au-dessus de 1 000 dollars. Si la SEC donne son autorisation, le cours pourrait monter à 3 000 dollars, voire 5 000 dollars. Pour les petits malins qui ont emmagasiné des bitcoins sur leurs ordinateurs, ne sera-ce pas le casse du siècle ?

Le bitcoin Quèsaco
Détour par les Gaulois et une petite île du Pacifique pour comprendre les ressorts d’une monnaie qui n’a pas besoin de “tiers de confiance”.

Il faut d’abord comprendre en quoi consistent le système Bitcoin et la Blockchain qui le supporte.

Le chemin de cette connaissance passe l’histoire de “nos ancêtres les Gaulois”. L’idée est que s’ils avaient disposé d’une blockchain, ils n’auraient pas perdu la guerre contre César ! Le récit que vous allez lire est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages réels ne peut être que fortuite.

Un épisode de la Guerre des Gaules
À un certain moment de la Guerre des gaules, deux armées, à peu près équivalentes en nombre et en armes, faisaient face à César. Respectivement commandées par Goudurix et Keskonrix, ces armées étaient séparées par une distance qu’un cavalier pouvait franchir au galop en un quart d’heure minimum, au risque d’être capturé par les Romains. En attaquant ensemble, les deux armées pouvaient battre celle de César. Mais César pouvait battre séparément chacune d’entre elles.

Goudurix et Keskonrix sont dans une relation de pair à pair, comme on dit dans le jargon d’aujourd’hui, dérivé du peer-to-peer anglais (en abrégé P2P). Le problème qui se pose à eux est une question de vie ou de mort pour chaque combattant, y compris pour les plus hauts gradés – les rares prisonniers que l’on faisait en ce temps-là étaient promis à un sort pire que la mort, comme en témoigne le destin du malheureux Vercingétorix. Si Goudurix et Keskonrix n’attaquent pas ensemble, ils seront battus par César. Il faut donc qu’ils attaquent ensemble. Mais comment vont-ils coordonner leur action ?

“Nos ancêtres les Gaulois” s’ils avaient disposé d’une blockchain, n’auraient pas perdu la guerre contre César !”

Conscient de l’enjeu, Goudurix prend l’initiative et fixe le jour et l’heure de l’attaque. Il envoie un messager à Keskonrix pour lui faire part de son intention d’attaquer si Keskonrix est d’accord pour attaquer lui aussi le même jour à la même heure. Il lui demande donc de lui renvoyer le messager pour lui confirmer cet accord. Toujours au risque de se faire capturer par la cavalerie romaine, le messager mettra un quart d’heure pour revenir auprès de Goudurix et lui confirmer que Keskonrix a bien reçu le message et qu’il est prêt à attaquer au jour et à l’heure indiqués dans le message.

Bien sûr, Keskonrix fait comprendre dans ce même message qu’il n’attaquera pas seul et ne le fera que s’il sait que Goudurix a accusé réception de son accord. Mais alors, pour que Goudurix attaque, il faut qu’il sache que Keskonrix a bien reçu l’accusé de réception qu’il lui envoie par le même messager. Mais Goudurix n’attaquera que s’il a reçu l’accusé de réception de l’accusé de réception. Etc.

Bref, l’attaque n’aura lieu que si Goudurix sait que Keskonrix sait que Goudurix sait que Keskonrix sait… et ainsi de suite jusqu’à l’infini. C’est dire qu’en fait, l’attaque n’aura pas lieu et que les Gaulois seront vaincus. Et voilà pourquoi, finalement, César, à son retour à Rome, a pu déclarer devant le Sénat “Veni, Vidi, Vici”…

En langage contemporain, on dit que Goudurisk et Keskonrisk ne peuvent acquérir une “connaissance commune” par des transmissions “asynchrones” (un quart d’heure pour aller d’un général à l’autre) et “non fiables” (le messager peut périr en route ou être fait prisonnier).
Goudurix et Keskonrisk pourraient tenter de résoudre leur problème en installant le messager sur une colline suffisamment élevée pour que les signaux émis par sémaphore ou par des ronds de fumée – codés bien sûr, pour ne pas être compris par l’ennemi – soient visibles exactement au même moment par les deux généraux gaulois.

On dira dans le jargon actuel qu’ils ont installé entre eux un “tiers de confiance”, un de ces middlemen que l’on rencontre si souvent dans les négociations entre des personnes qui ne peuvent se connaître directement, notamment dans le commerce international (d’où les confréries, les guildes, les ligues, les mafias, etc.). Mais alors on sort d’une relation pair à pair (P2P), horizontale, pour entrer dans un système centralisé – une dérive que le Bitcoin veut éviter à tout prix, comme on le verra.

Qui garde les gardiens eux-mêmes ?
Comment et pourquoi, en effet, faire confiance au “tiers de confiance”, même s’il a l’agrément des deux parties ? C’est un problème vieux comme le monde, évidemment, mais qu’a posé d’une manière remarquable un certain Juvénal, satiriste latin du premier siècle après J.-C. Il avait peut-être entendu parler des victoires de César en Gaule et ailleurs, qui étaient encore dans toutes les mémoires.

Mais se préoccupant surtout de la garde des femmes, ce poète qui se méfiait du Beau Sexe, posait la question : “Quis custodiet ipsos custodes ?” – Qui garde les gardiens eux-mêmes ? Il supposait que le pouvoir érotique des femmes était tel que les hommes préposés à leur garde céderaient tôt ou tard à leurs charmes. La question est fascinante non tant par le problème que posait Juvénal, mais parce qu’elle est infiniment “régressive”.

De fait, à supposer que l’on trouve un gardien pour garder les gardiens, qui gardera ce gardien ? et ainsi de suite. Tout à l’heure, la connaissance commune était impossible. Ici, c’est la confiance elle-même qui est impossible.

“A supposer que l’on trouve un gardien pour garder les gardiens, qui gardera ce gardien ? et ainsi de suite”

Aussi bien, la question de Juvénal a-t-elle été évoquée, et même convoquée, au cours des siècles, pour toutes sortes de sujets moins frivoles, comme par exemple la Loi fondamentale de tel ou tel pays (qui garde les gardiens de la Constitution ?). Ou encore le système bancaire. À supposer qu’une banque centrale soit en charge de la surveillance des banques, qui garde la banque centrale ? Question tout à fait actuelle que l’on se pose tous les jours.

Beaucoup de mystère entoure la naissance du Bitcoin, mais ce n’est sans doute pas tout à fait un hasard s’il est né en 2008, l’année fatidique où l’ensemble du système bancaire mondial était secoué par une défiance que l’on n’avait pas vue depuis la méga-crise de 1929. Cette entrée en scène était d’autant plus fracassante que l’OVNI numérique qui se présentait comme une nouvelle monnaie prétendait résoudre la question que Juvénal aurait pu poser s’il avait été un économiste : qui garde les gardiens de la monnaie ?

Embarquement pour Yap
Pour avancer dans notre connaissance de la manière dont le Bitcoin résout tout à la fois les problèmes de la connaissance commune et de la confiance pair à pair, il nous faut quitter l’Europe aux anciens parapets pour une croisière dans le Pacifique. Faisons donc escale à Yap, l’une des Îles Carolines, avec comme guide un certain William Henry Furness III. Cet anthropologue américain y passa plusieurs mois en 1903. De l’étrange système monétaire qui gouvernait les échanges à Yap, Furness tira un livre, ‘The Island of Money Stone’, fort intéressant pour notre propos.

L’île était dépourvue de ces métaux que d’autres peuplades, mieux pourvues par la nature, choisissaient comme moyens de paiement. Aussi les Yapiens avaient-ils recours à de la pierre pour “fabriquer” de la monnaie. Pas n’importe quel caillou évidemment. Il s’agissait de grosses pierres solides, épaisses, de 30 cm à 3,6 m de diamètre, tirées d’une carrière qui se trouvait dans une île voisine à plus de 600 km de là. Ces pierres, après avoir été extraites – “minées” dans le langage du Bitcoin – étaient acheminées sur des radeaux jusqu’à leur île par des Yapiens, habiles navigateurs.

Des pierres comme moyens d’échange
Ensuite, ces mêmes pierres servaient de moyens d’échange, avec cette particularité qu’étant trop lourdes pour être déplacées, elles restaient immobiles, ne bougeant plus de l’endroit où on les avait débarquées. Chaque Yapien avait en mémoire, à un moment donné, le montant de monnaie dont il disposait à la suite d’échanges, de travail, d’héritage, de dons.

Il connaissait aussi les “sommes” dont disposait chacun des habitants de l’île. Autrement dit, chacun se souvenait pour chaque pierre de l’ensemble des transactions pour lesquelles elle avait servi d’instrument d’échange. Depuis qu’elle avait été apportée sur l’île, chaque pierre portait – dans le souvenir des Yapiens – la trace des transactions dont elle avait été le truchement.

Ces braves gens devaient avoir une capacité phénoménale de mémorisation pour savoir à n’importe quel moment qui avait quoi sur leur île, et de qui il le tenait. Il est vrai qu’ils n’avaient pas inventé quelque écriture que ce soit, ce qui les obligeait à apprendre toutes sortes de choses par cœur. Qui a dit que l’oralité est une force qui ne s’efface pas ? La sophistication du système yapien était poussée très loin, comme on va le voir par l’anecdote que raconte William Furness.

Cette pierre inconnue
L’anthropologue s’était fait un ami sur place, du nom de Fatumak, en qui il avait toute confiance. Et Fatumak lui avait certifié qu’il y avait dans le village voisin une famille dont la fortune était bien connue de tous, matérialisée par une énorme pierre. Un ancêtre était à l’origine de l’expédition qui avait permis de rapporter ce trésor.

Pourtant personne, pas même les membres de cette opulente famille, n’avait vu cette pierre. Et pour cause ! Depuis deux ou trois générations, cette pierre gisait par trente mètres au fond de la mer. Au moment d’aborder la plage de Yap, en effet, l’équipage de l’esquif avait subi une violente tempête et pour sauver leur peau, les navigateurs s’étaient séparés du radeau où ils avaient installé leur pesant butin, lequel fut immédiatement englouti par les flots.

Depuis cet accident dont il fut reconnu que personne n’était responsable, la pierre gisait à trente mètres au fond de l’eau. Avec les moyens de l’époque, il était évidemment impossible de la sortir de là. Mais à quoi bon ? Cette énorme pierre avait autant d’existence que les autres pierres disséminées un peu partout dans l’île d’Yap. Elle était inscrite dans la mémoire de tous les Yapiens. Pourquoi ne resterait-elle pas immobile comme les autres, fût-ce au fond de l’eau et strictement invisible ?

Banque centrale avant la lettre
S’ils avaient inventé l’écriture, les Yapiens auraient peut-être été tentés d’installer au centre du système un personnage qu’ils auraient chargé de tenir le livre des comptes des habitants de l’île, une sorte de banque centrale avant la lettre.

Les Yapiens auraient pu alors se passer de mémoriser l’ensemble des transactions de chacun avec chacun ainsi que l’historique de chaque pierre, visible ou invisible. Évidemment, le personnage au centre, ce “tiers de confiance”, devait être insoupçonnable de la moindre tricherie. Comment en être sûr ? Ce gardien des comptes, qui le garderait ? Même s’ils n’avaient jamais entendu parler de Juvénal, les Yapiens seraient tombés dans le piège de la question que le poète latin avait posée à l’autre bout du monde.

Mais justement ! Ne sachant ni lire ni écrire, ils nous ont laissé la trace d’un système monétaire effectivement décentralisé et sans gardien. Une trace bien vivante bien qu’inconsciente : Narayana Kocherlakota, président de la Federal Reserve Bank of Minneapolis, a écrit tout un papier pour démontrer que “d’un point de vue technologique, la monnaie était équivalente à une forme primitive de mémoire”. Alors même qu’il paraît ignorer tout de l’exemple yapien !

Après l’exemple yapien
Supposons maintenant que ces mêmes Yapiens disposaient de la formidable puissance de mémoire et de calcul dont jouit aujourd’hui le moindre de nos ordinateurs ou de nos smartphones. Alors ils se seraient passés de toute banque centrale et auraient inventé le Bitcoin. C’est exactement ce qui est arrivé à une minuscule équipe d’informaticiens qui ont introduit sur le marché une monnaie qui n’a pas besoin de “tiers de confiance”, qui fonctionne “de pair à pair”, et dont le succès a été ces dernières années foudroyant.

Ce système n’aurait-il pas enfin résolu, au moins sur le plan monétaire, le problème posé par nos deux généraux gaulois et par ce cher Juvénal ? La performance du Bitcoin est si spectaculaire qu’on se propose maintenant de l’extrapoler dans beaucoup d’autres domaines où l’on a besoin de certificats infalsifiables (immobilier, cadastre, brevet, etc.).


Source contrepoints.org
Par Philippe Simonnot.



Philippe Simonnot (né en 1939) est un économiste français, ancien journaliste et docteur ès sciences économiques, directeur de l'observatoire des religions et de l'observatoire économique de la Méditerranée.

vendredi 10 mars 2017

Billets-Programme Macron : ce conservatisme qui avance masqué


Programme Macron : ce conservatisme qui avance masqué

Le programme d'Emmanuel Macron n'est ni libéral, ni centriste : il est clairement social-démocrate, à la suite des idées de François Hollande et Manuel Valls.

On nous avait promis, sous le sceau de la supposée complexité de la pensée d’Emmanuel Macron (ce qui revient à dire, avec morgue et suffisance, que sa prétendue intelligence serait inaccessible au citoyen), monts et merveilles, clarifications transcendantales et reformes révolutionnaires, à l’occasion du dévoilement (au sens christique du terme ?) du programme Macron.

Outre que nombre de ces mesures avaient été en réalité égrenées au cours des dernières semaines (dont les plus ineptes, on citera ici pour titillez les esprits libéraux assez retors pour soutenir Macron, la nationalisation de l’UNEDIC ou encore la possibilité pour tout démissionnaire de vivre de l’assistance publique en percevant des allocations chômage), la déception nous a envahi quand nous avons pu enfin découvrir la philosophie générale de ce programme et son – fragile – chiffrage.

Force est de constater, à l’aune de ces éléments, que ce programme n’est pas social-libéral ou même centriste : il est clairement social-démocrate, dans la lignée de ce que François Hollande, Manuel Valls (oui car malgré la comédie sur le renouvellement, il était bien conseiller économique puis ministre de ces deux hommes), et Macron lui-même n’ont pas pu faire aboutir durant le quinquennat qui s’achève. Il apparaît ainsi qu’En Marche et l’alliance avec Bayrou sont de plus en plus une répétition sous stéroïdes d’Hollande 2012.

Un chiffrage contestable
Cette continuité est évidente pour qui analyse un tant soit peu le fameux chiffrage du projet : les grandes masses financières correspondent point pour point aux objectifs de Valls, Macron et Hollande au cours des prochaines années, parfois annoncées pour un horizon 2022. Cette similarité rend d’ailleurs suspect le véritable exercice de chiffrage par Pisani-Ferry, qui n’a probablement pas eu lieu au cours de son court mois de service pour En Marche. L’ancien directeur de France Stratégie (think tank officiel du gouvernement, avec lequel j’ai eu le plaisir de travailler sur les problématiques de dette européenne) s’est contenté de ressortir des cartons ses anciennes recommandations récupérées par François Hollande.

Des exemples de ces fameux chiffres, égrenés depuis plusieurs années par nos hauts fonctionnaires rocardiens sans qu’on connaisse le détail de ces arbitrages ? La réduction des charges de 20 milliards d’euros. Ce chiffre magique correspond en fait à une grande partie du pacte de compétitivité qui a pris la forme du CICE ; après sa mise en œuvre, nos énarques se sont aperçus que cette ubuesque usine à gaz, qui prenait la forme d’une créance fiscale, ne fonctionnait pas. Il apparaît donc logique de la convertir en baisse de charges pérenne… même si cette baisse a déjà eu lieu. Magnifique effet d’affichage à prévoir pour une efficacité quasi-nulle, surtout si la conversion est étalée sur plusieurs années.

Recyclage des solutions de François Hollande
La réduction des dépenses publiques fournit un autre exemple du recyclage des mesures hollandaises. Macron nous annonce 60 milliards de baisse de la dépense publique (3 points de PIB pour passer en un quinquennat de 57% à 54% du PIB en dépense publique) : là encore, il s’agit exactement du chiffrage de Valls et Hollande pour 2022, avec 10 milliards pris sur les collectivités locales, 10 milliards d’euros sur l’assurance chômage grâce à des (sic) « reformes structurelles » (l’indemnisation même pour les démissionnaires n’entraînerait-elle pas plutôt un boom de ces dépenses ?), près de 15 milliards en faisant de petites économies « naturelles » d’organisation (sans que rien ne prouve le réalisme de ces mesures qui de toute façon ne sont pas appliquées depuis cinq ans) sur la sécurité sociale et l’hôpital.

On se refuse à tout changement de paradigme sur la gestion de l’État pour mettre en exergue certaines mesures d’austérité dont la récurrence dans le débat public ont peut-être prouvé la vacuité… Sur ce point, on ressort la vieille théorie sur le non remplacement du départ à la retraite de certains fonctionnaires pour annoncer 120 000 fonctionnaires de moins en cinq ans.

Un programme d’investissement public insensé
Le programme sur la dépense publique et la croissance devient véritablement insensé quand Macron parle de 50 milliards d’euros d’investissement public (2,5% du PIB…) qui ne sont pas vraiment des investissements, sans faire sourciller aucun journaliste économique. En comptabilité privée ou publique, un investissement donne naissance à un bien immobilisé : infrastructure, immeuble, usines. Les règles d’imputation des dépenses du secteur public local ont par exemple été précisées par la circulaire interministérielle du 26 février 2002, qui énonce les critères de distinction entre les dépenses de fonctionnement et les dépenses d’investissement.

Or le programme de Macron ne comprend pas 50 milliards d’euros d’investissement en infrastructures numériques, en actifs de production d’énergie ou autres : il s’agit essentiellement de dépenses de fonctionnement (salaires) dans l’éducation, la formation (sans revoir la gabegie de la formation professionnelle) : ces dépenses de fonctionnement annihilent pour partie les 60 milliards d’économies annoncées et feront in fine augmenter la sphère publique. Avec la pente naturelle des dépenses, le quinquennat Macron verra allègrement la dépense publique franchir le seuil de 60% du PIB et la dette exploser au-delà de 100% du PIB.

Même arbitrages que Manuel Valls
Sur la fiscalité des entreprises, Macron reprend exactement les derniers arbitrages de Valls : une supposée baisse progressive de l’impôt sur les sociétés de 33% à 25% à la fin du quinquennat… un vœu pieux pour lequel nombre d’entrepreneurs attendent un plan complet et surtout un financement des mesures.

Enfin, Macron a décidé, au nom de son opposition factice entre rente et innovation, de concentrer ses attaques sur l’immobilier (comme il a peu été sur le terrain, ce dirigeant politique ne s’est pas aperçu que nombre des créations récentes d’emplois en France devaient plus à la construction qu’aux start-ups) : simplifier l’ISF est un objectif louable en faisant sortir le patrimoine professionnel, mais si on se contente de garder tous les actifs immobiliers, on ne résout pas le problème de tous ces propriétaires subitement assujettis à l’ISF avec la flambée des prix de l’immobilier.

Un exercice de démagogie
Il aurait mieux valu étudier un impôt séparé sur l’immobilier résidentiel de luxe. Ses vagues projets de taxation de la valeur locative sont bien sûr liberticides et détruiront les épargnants ayant fini de payer leur prêt immobilier. Enfin, son idée de supprimer la taxe d’habitation pour 80% des Français est un exercice honteux de démagogie :

a) Il est toujours facile de supprimer les impôts des autres, puisqu’il s’agit d’une ressource des collectivités locales, et non de l’État (qu’il commence par proposer un vrai programme de réduction de la dépense publique).

b) Comme pour l’impôt sur le revenu, le top 20% des payeurs de cette taxe n’est pas véritablement constitué de nantis mais plutôt de la classe moyenne, qui va devoir assumer le coût de cette taxe pour les 80% restant de la population. Monsieur Macron, qui a financé l’achat de son premier bien immobilier par un prêt du millionnaire Hermand, ne se rend pas compte des efforts consentis par cette classe moyenne pour devenir propriétaire.

Le détail des mesures du programme de Macron rappelle aussi que le candidat parait incapable de s’extirper de certaines contradictions ou incohérences : juxtaposer certaines de ces déclarations de ministre ou de candidat avec les non-arbitrages de son programme sur certains points ne laissera pas d’étonner.  Sur les 35h ? Le 9 Novembre 2016, le candidat s’attaque aux 35h : « quand on est jeune, 35h, ce n’est pas long, il faut donc plus de souplesse et de flexibilité » avant de préciser le 11 décembre : « la durée du travail restera à 35 heures ». Sur les allocations chômage ? Le 9 novembre 2016 : « quand vous avez un taux de chômage à 10%, la dégressivité des allocations est une mesure injuste », avant de dire le 30 Janvier «  la dégressivité fait partie des mesures dont les partenaires sociaux devront discuter ». Vraiment ? Alors même que l’UNEDIC serait nationalisée sous Macron ? Comment réconcilier ces deux déclarations avec son programme ?

Nous ne nous attarderons pas ici sur la vacuité du programme de Macron sur les questions régaliennes et de sécurité : alors que les zones de non-droit, les manifestations violentes, les ignominies terroristes, les attaques quotidiennes contre les forces de l’ordre se multiplient, il n’est nul besoin de regarder au-delà de l’économie pour être inquiet d’un quinquennat Macron. Sur le champ économique, tant d’incohérences et d’impréparation laisse présager cinq ans d’immobilisme et de souffrances supplémentaires pour les Français, dans la lignée du quinquennat d’Hollande.

Source contrepoints.org
Photo By: OFFICIAL LEWEB PHOTOS – CC BY 2.0
Par Par Sébastien Laye.


HEC, IEP, Sébastien Laye a développé des sociétés dans le secteur financier aux Etats Unis au cours des cinq dernières années, après une carrière en fonds d’investissement et en banque. Il est franco-américain et écrit régulièrement pour L’Expansion ou FigaroVox. Il est chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Billets-Penelopegate : vraiment tous pourris ?


Penelopegate : vraiment tous pourris ?

On est en droit de se demander si ceux qui nous ressassent la litanie du « tous pourris » n’auraient pas en fin de compte raison au vu du nombre d’affaires qui font sans cesse l’actualité.

Avec le « Penelopegate », nous découvrons une nouvelle affaire, réelle ou supposée, qui jette une fois de plus le doute sur la moralité de notre personnel politique. Au regard de la suite continue d’affaires plus ou moins comparables, impliquant de façon dramatiquement récurrente chefs de partis, députés, ministres et parfois même ex-Président, on est en droit de se demander si ceux qui nous ressassent la litanie du « tous pourris » n’auraient pas en fin de compte raison.

Et peu à peu, s’installe l’idée que, d’une façon ou d’une autre, l’objectif de nos gouvernants est d’abord de se servir avant de servir le bien commun. Cette idée procède-t-elle d’un fantasme ou correspond-elle à une réalité ? La psychologie sociale nous fournit des pistes pour essayer d’aborder cette question avec un certain recul.
De l’erreur fondamentale à l’erreur ultime
C’est à partir des années 1940 que Fritz Heider jette les bases d’une théorie qui compte parmi les plus importantes de la psychologie sociale, la théorie de l’attribution causale. S’intéressant à la manière dont nous tentons de donner du sens aux actions d’autrui, Heider avance que nous aurions une nette préférence pour les explications renvoyant aux caractéristiques internes des personnes, au détriment des explications renvoyant à des contingences externes (les circonstances).

En d’autres termes, lorsque nous nous interrogeons sur les causes du comportement d’autrui, nous aurions tendance à les rechercher dans la personnalité, les motivations ou les aptitudes de l’auteur du comportement plutôt que dans les éventuelles circonstances pouvant expliquer l’adoption de ce comportement. En 1977, l’Américain Ross appellera ce phénomène « l’erreur fondamentale » en supposant qu’il s’agissait là d’un biais universel de raisonnement. Mais des recherches ultérieures montreront que ce biais peut être sérieusement modulé par deux facteurs (Pettygrew, 1979).

Le premier concerne la nature des relations entre l’acteur et l’observateur, tandis que le second concerne la désirabilité sociale du comportement (comportement valorisé, positif, etc.) que l’observateur tente d’expliquer. Par exemple, lorsque l’observateur entretient une relation négative avec l’acteur, il aura encore plus tendance à expliquer les comportements socialement indésirables de ce dernier à partir de causes dites internes (personnalité, motivations, aptitudes).

On devine alors que beaucoup de nos concitoyens, déçus par l’action de nos gouvernants, doivent souvent commettre cette « erreur ultime » lorsqu’ils sont confrontés aux malversations réelles ou supposées d’un responsable politique. Ce qui les conduit naturellement à inférer que puisque ce responsable est supposé avoir commis un acte socialement indésirable, ce ne peut être qu’en raison de sa malhonnêteté ou de sa cupidité.
L’oubli du contexte
Le corollaire de l’erreur fondamentale est tout aussi intéressant que le phénomène lui-même. Le fait de privilégier des causes liées à des dispositions personnelles pour expliquer un comportement s’accompagne en effet d’un aveuglement étonnant concernant le contexte dans lequel ce comportement s’est produit. Par exemple, quand après avoir assisté au déroulement d’un jeu de quizz, des observateurs doivent estimer le niveau de culture générale des joueurs, ils le jugent plus élevé chez le questionneur que chez le questionné, oubliant totalement que le premier posait les questions, mais détenait aussi les réponses (Ross, Amabile & Steinmetz, 1977).

Ce phénomène d’aveuglement devrait attirer notre attention sur la validité des explications que nous apportons aux comportements parfois répréhensibles de nos responsables politiques. Lorsque nous expliquons ces comportements en nous appuyant sur la malhonnêteté supposée de leurs auteurs, ne cédons-nous pas nous aussi à l’erreur fondamentale ? Ne sommes-nous pas étrangement aveugles au contexte dans lequel ces comportements apparaissent ?
Acteurs et observateurs
Les chercheurs qui se sont intéressés à l’explication des comportements ont assez rapidement constaté que nous n’expliquons pas nos propres comportements de la même façon que nous expliquons le comportement d’autrui. Généralement, lorsque nous sommes acteurs du comportement nous accordons beaucoup plus d’importance au contexte que lorsque nous sommes spectateurs (Jones & Nisbett, 1972). Plus précisément, il semble que l’acteur d’un comportement explique davantage ce dernier par les raisons qui le motivent, raisons qui renvoient souvent aux normes dominantes dans un contexte donné (Deschamps & Clémence, 2000).

Supposez alors que vous vous trouviez vous-même dans un contexte où le flou législatif, le manque de contrôle et les usages autorisent de possibles arrangements sans le moindre risque, n’en profiteriez-vous pas ? Et n’en feriez-vous pas profiter vos proches qui vous sont les plus chers ? En d’autres termes, il n’est pas impossible d’envisager que certains contextes encouragent l’apparition de certains comportements, indépendamment des dispositions personnelles de leurs auteurs.
Vraiment, tous pourris les politiques ?
Probablement pas… Il n’y a aucune raison de supposer que le monde politique attire, plus que d’autres, des personnalités malhonnêtes ou cupides. Mais tout porte à croire que, comme cela pourrait se passer ailleurs, des réglementations trop souples et des contrôles inexistants favorisent chez certains l’adoption de comportements répréhensibles qui finissent par entrer dans les usages.

Il est frappant à ce propos de constater à quel point nos politiques ont été peu nombreux à s’exprimer à propos du « Penelopegate ». Eux qui sont pourtant si prompts à s’indigner quand cette indignation sert leur intérêt partisan. On a même vu, sur un plateau de télévision, un ancien député socialiste expliquer devant son collègue des Républicains que François Fillon pourrait dire à propos de son épouse « Elle ne faisait que repasser mes pantalons », on ne pourrait rien lui reprocher.

On devine l’esprit de corps que révèle une telle scène et l’on ne peut que redouter son impact sur l’opinion. Heureusement, ou malheureusement peut-être, ceux-là mêmes qui crient au « tous pourris ! » se retrouvent parfois à leur tour pris la main dans le pot de confiture.


Source contrepoints.org
Photo François Fillon by Fondapol (CC BY-NC-ND 2.0)
Par Pascal Moliner.


jeudi 9 mars 2017

mercredi 8 mars 2017

Dessins de presse


Dessins de presse