samedi 25 février 2017
Divers Questions-Qu'est-ce que la désobéissance civile ?
Qu'est-ce que la désobéissance civile ?
Si l'expression " désobéissance civile " a connu depuis quelques décennies un large succès, il n'est pas certain que ses utilisateurs l'emploient toujours à bon escient. On peut même supposer que l'imprécision dans son usage explique en partie son succès : elle offre à de nombreux groupes contestataires la possibilité de désigner leurs pratiques par une expression qui, grâce aux campagnes de Gandhi et de King notamment, est perçue comme valorisante. Auraient-ils l'impression qu'en se référant ainsi implicitement à de prestigieux et respectables ancêtres, ils ouvrent un parapluie protecteur sur leurs propres pratiques ? Ce serait là une regrettable confusion entre deux aspects qu'il importe de distinguer : celui de la définition et celui de la justification de ce genre d'actions. Pour traiter sereinement de la définition de la désobéissance civile, il faut mettre de côté les jugements de valeur. La question de savoir si la désobéissance civile est parfois légitime, et si oui à quelles conditions.
Quatre fois civile
En quel sens la désobéissance est-elle " civile " ? Le mot peut être interprété de quatre manières différentes:
- " civil " renvoie d'abord à la notion de citoyen. Le mot souligne ainsi qu'il ne s'agit pas d'une rupture de citoyenneté, d'un acte insurrectionnel contre la communauté politique dont on fait partie. Il s'agit plutôt d'un acte de " civisme " au sens fort : une volonté d'oeuvrer à l'intérêt général, y compris en payant de sa personne. Cet acte de citoyens s'adresse à des citoyens : il fait appel à l'opinion publique, estimant qu'elle peut comprendre l'objet du conflit et intervenir pour sa solution. C'est pourquoi dans les sociétés non démocratiques, où l'" espace public " est peu développé, seules des formes tronquées de désobéissance civile sont possibles.
- " civil " peut aussi se comprendre comme l'opposé de " militaire ", selon une opposition linguistique qui reste pertinente dans la plupart des langues : on s'habille " en civil " quand on quitte un uniforme ; on dit " les civils " pour désigner les personnes qui ne sont pas militaires. Certes, la désobéissance civile peut être pratiquée par des militaires ; mais ils ne la pratiquent alors, précisément, que dans la mesure où ils renoncent à l'usage (ou à la menace d'usage) des armes. L'exemple typique d'une désobéissance civile des militaires, c'est le refus de tirer quand on en reçoit l'ordre (comme certains officiers russes à Prague en 1968). C'est donc l'aspect non-violent de la désobéissance civile qui est ainsi souligné.
- " civil " s'oppose également à " criminel ". Les " délits " dont il s'agit sont toujours de nature politique, même quand les instances judiciaires refusent de les traiter comme tels. On ne peut pas qualifier de " civile " une désobéissance à la loi visant à promouvoir des intérêts égoïstes.
- un sens du mot " civil " auquel Gandhi attachait une grande importance est celui qui évoque la politesse, la courtoisie . La " civilité " de la désobéissance se marque par le respect des personnes auxquelles on a affaire au cœur même d'une lutte contre des lois, des politiques ou des systèmes.
Désobéir, ou obéir autrement ?
Le mot " désobéissance " semble plus facile à définir. Par opposition à l'infraction (qui peut être non intentionnelle : on " se trouve " en infraction), le mot désigne l'accomplissement délibéré d'une action interdite par une loi ou un règlement en vigueur (ou le refus d'accomplir un acte auquel la loi oblige).
Mais qu'est-ce qu'une " loi en vigueur " ? Notre époque a vu se multiplier les différents niveaux de lois : on en appelle par exemple d'une loi nationale à des Conventions internationales, voire à la Déclaration universelle des droits de l'Homme. Ou bien, dans les États fédéraux, d'une loi locale à la loi fédérale... Il arrive donc fréquemment que l'on justifie la désobéissance à une loi au nom de l'obéissance à une autre loi, estimée supérieure. Ce fut notamment le cas dans le Mouvement des droits civiques aux États-Unis : pour justifier ses violations des lois racistes de certains États du Sud, il s'appuyait sur les lois votées à Washington déclarant illégale la discrimination raciale. Ainsi la discrimination dans les mares routières avait-elle été interdite depuis longtemps par la loi fédérale lorsque commencèrent les " freedom rides ", ces voyages en bus dans les États racistes, au cours desquels les militants blancs et noirs utilisaient ensemble les installations des gares routières. Était-ce de la " désobéissance civile " ?
On en a beaucoup discuté aux États-Unis à l'époque. Certains estimaient que ces actions ne constituaient pas des transgressions de la loi, mais des manières de " faire appel " à la loi, en obligeant les tribunaux à trancher. Mais on peut aussi considérer la chose du point de vue de ceux qui prenaient le bus pour le sud : ils avaient beau savoir que leur acte n'était pas formellement une infraction et que leur droit serait reconnu tôt ou tard, ils étaient néanmoins confrontés dans l'immédiat à toutes les pénibles conséquences d'une infraction à une loi en vigueur : arrestations souvent brutales, amendes, emprisonnement...
On peut donc retenir, avec Burton Zwiebach, un critère plus pragmatique que juridique : " Pour déclarer qu'un acte est " désobéissant ", il importe peu de savoir que la règle sera probablement abrogée par l'autorité supérieure ou bien que l'on découvrira que l'autorité exigeant l'obéissance a agi en dehors des limites de son autorité. Du moment qu'une règle formellement valide ou une autorité publique formellement reconnue est désobéie par quelqu'un à l'intérieur des limites de sa juridiction apparente, l'acte est une désobéissance. "
Les différentes définitions qui ont été proposées de la désobéissance civile s'accordent généralement sur son caractère public (non secret), politique (non criminel), pacifique (non violent). Mais elles divergent sur la nécessité d'inclure ou non une référence aux motivations subjectives des acteurs et notamment à des motifs " de conscience ". C'est en fait le rapport de la désobéissance civile à une notion très voisine, celle d'" objection de conscience ", qui est ainsi posé.
Désobéissance civile et objection de conscience
L'expression " objection de conscience" apparaît pour la première fois, semble-t-il, en Angleterre vers la fin du XIXème siècle, à l'occasion d'un large débat d'opinion sur la vaccination obligatoire. Ce débat aboutit, en 1898, à une loi qui prévoit des exemptions pour ceux qui feraient état d'une " conscientious objection " à la vaccination de leurs enfants. L'expression fut reprise, et rarement vulgarisée, lors des débats ultérieurs sur le service militaire obligatoire. Aujourd'hui encore, on a tendance à réserver l'expression au domaine des obligations militaires, ce qui est une erreur historique et logique : il y a objection de conscience chaque fois qu'un individu refuse de se soumettre à une obligation légale pour des motifs de conscience, quelle que soit la nature de cette obligation.
La conviction que tout être humain a le droit - ou même le devoir - d'obéir à sa conscience plutôt qu'à l'autorité politique en cas de conflit entre les deux est ancienne : d'Antigone aux martyrs chrétiens, plusieurs exemples dans l'Antiquité rappellent qu'il ne s'agit pas là d'une conquête de l'individualisme moderne. Mais cette conviction fonde le droit à l'objection de conscience, non à la désobéissance civile. Elle dit à un individu, pris dans un conflit entre deux lois, qu'il doit obéir à la loi supérieure à ses yeux, fût-ce au prix de sa liberté ou de sa vie. Mais elle ne lui dit rien quant aux moyens par lesquels pourrait être modifiée ou abolie la loi qu'il estime " mauvaise ". Il faudrait en effet entrer alors dans de tout autres considérations, notamment politiques, tactiques, stratégiques, celles précisément que la désobéissance civile va prendre en compte.
Pour Antigone, le choix est simple : obéir à Créon ou aux Dieux. En désobéissant à la loi de Créon qu'elle estime impie, elle ne se donne pas pour but de changer cette loi. Sans doute le souhaiterait-elle, mais elle n'en a pas le pouvoir. Elle reste enfermée dans le dilemme tragique - elle en mourra - précisément parce qu'il n'est pas en son pouvoir d'en modifier les termes. Chercher à se donner ce pouvoir, ce serait entrer dans une problématique de désobéissance civile.
Le mot " conscience " renvoie d'abord à quelque chose d'individuel. Même si des milliers de personnes adoptent, vis-à-vis d'une loi donnée, une même attitude d'objection de conscience, ce n'est jamais que la conjonction de milliers d'attitudes individuelles. Certes, cela peut créer une force et même favoriser une éventuelle modification de la loi, mais comme par surcroît. " Fais ce que dois, advienne que pourra " : ainsi se résume la préoccupation de l'objecteur.
Dans la désobéissance civile, en revanche, la considération des effets de l'acte est essentielle. Bien sûr, les acteurs entendent ne rien faire qui soit contraire à leur conscience individuelle - et, en ce sens, la désobéissance civile n'est jamais pur pragmatisme - mais ils visent à obtenir des résultats pour d'autres qu'eux-mêmes. Leur préoccupation première n'est pas de mettre leur conscience en paix résolvant ainsi le problème pour eux-mêmes - mais de modifier une loi ou une politique pour toute la cité. C'est d'ailleurs ce projet qui, dans une société démocratique, rend la légitimité d'une désobéissance civile beaucoup plus problématique que celle d'une objection de conscience.
Pour obtenir des résultats, il faut s'organiser, se donner des objectifs réalistes, analyser la situation, créer un rapport de forces. Les diverses actions de désobéissance civile mises en oeuvre dans la lutte du Larzac restent à cet égard exemplaires. Il ne suffisait pas aux paysans de savoir qu'ils avaient moralement raison de construire une bergerie sans permis ou de renvoyer leurs papiers militaires il fallait aussi que ces actions illégales contribuent à renforcer leurs positions sur le terrain et dans l'opinion publique.
La notion de " rapport de forces " est donc essentielle dans la désobéissance civile, alors qu'elle est totalement étrangère à l'objecteur de conscience. Très souvent, ce rapport de forces est créé par le nombre des " désobéissants " qui se coordonnent dans une action collective. Les simples moyens de répression peuvent être parfois paralysés. Un des objectifs fréquents des campagnes de désobéissance civile de Gandhi était de " remplir les prisons ". Les campagnes de refus concerté de l'impôt s'appuient sur la même analyse : un refuseur isolé, c'est une protestation morale. Dix mille refuseurs, c'est une menace de désorganisation des systèmes de perception, menace dont tout Gouvernement doit tenir compte.
Le critère du nombre n'est cependant pas absolu. Des objecteurs en grand nombre peuvent très bien n'exercer aucune pression : si la loi prévoit pour eux une exception, ils peuvent se tenir satisfaits. Ce qui leur importe en effet, ce n'est pas que la loi soit meilleure pour tous, mais qu'elle ne les contraigne pas, eux, à agir mal. Bien des sectes religieuses ont des objections de conscience de ce type... Inversement, un petit nombre de personnalités connues et respectées peuvent exercer une forte pression par une désobéissance civile. Ainsi, en 1998, en France, des artistes ont fait savoir qu'ils désobéiraient à une loi sur les expulsions d'étrangers en hébergeant chez eux des personnes expulsables.
Désobéissance directe et indirecte
Quand des personnes décident de commettre des actes considérés comme illégaux, c'est parce qu'à leurs yeux ces actes sont " légitimes " en fonction d'une autre loi (ou d'une loi d'un autre ordre : moral, religieux). Une telle décision exige de fortes motivations personnelles, lesquelles se fondent nécessairement, en dernière analyse, sur des convictions profondes d'ordre éthique, qui sont bien du même ordre que celles qui inspirent une " objection de conscience ". Mais si la mention de ces convictions ne doit pas entrer dans la définition même de la désobéissance civile, c'est parce qu'il n'y a pas de lien direct et immédiat entre les motivations éthiques et l'action choisie. Il y a toujours la médiation d'une analyse des possibles, d'une stratégie, d'une évaluation des conséquences. En somme, il y a calcul.
C'est pourquoi la désobéissance civile est très souvent indirecte : alors que la désobéissance civile directe consiste à enfreindre la loi que l'on veut voir modifier (exemple : pour les " freedom rides ", la loi de ségrégation dans les gares routières), celle qui est indirecte consiste à enfreindre une autre loi, choisie pour des raisons tactiques, mais que l'on ne conteste pas en elle-même. Ainsi, lorsque des citoyens et des élus du Finistère, en 1980, sont allés perturber la circulation ferroviaire en s'asseyant sur la voie ferrée pour obtenir que la SNCF rétablisse certains arrêts de trains, ils ne demandaient pas à la SNCF de modifier le règlement qui interdit l'entrave à la circulation des trains ! Leur acte collectif illégal visait à faire pression sur un autre point : la politique de desserte ferroviaire des petites localités. De même, ceux qui ont occupé des locaux diplomatiques (américains pendant la guerre du Vietnam, espagnols au moment d'exécutions d'opposants par Franco) ne protestaient pas contre la loi qui interdit qu'on occupe ce genre de locaux, mais contre la politique des pays concernés. Quoi qu'on puisse penser de l'efficacité et de la légitimité de ce genre d'actions, on ne peut manquer d'en percevoir la différence de nature avec la désobéissance d'Antigone.
Le martyr et le stratège
Il ne faut pas chercher à hiérarchiser objection de conscience et désobéissance civile. Elles ne se jugent pas en fonction des mêmes critères. Il est des circonstances où le critère d'efficacité n'est pas pertinent : l'objection de conscience peut alors rester le dernier témoignage d'une liberté écrasée. Ce fut le choix de Franz Jagerstatter, cet admirable paysan autrichien, qui ne put opposer à la machine hitlérienne que son refus obstiné de porter les armes à son service, et qui mourut décapité. Un esprit " tactique " lui aurait conseillé de se soumettre, faisant valoir qu'un soldat humain et non-violent pourrait " limiter le mal " au cours de certaines opérations. Il préféra le refus radical, jusqu'à l'échafaud. Mort totalement inutile selon les critères d'efficacité. Mais qui peut dire que son choix était " supérieur " ou " inférieur " à celui des hommes qui cherchèrent à assassiner Hitler, ou à celui des populations norvégiennes qui affaiblirent l'occupant par une stratégie concertée de désobéissance civile ?
Chaque situation appelle des choix différents. Personne n'a la garantie de faire toujours le bon choix. Mais analysons chacun pour ce qu'il est. Évitons notamment d'interpréter les actions de désobéissance civile en termes d'objection de conscience. Parler de " gestes prophétiques " ou de " courageux témoignages " à propos d'actes de désobéissance civile, c'est ramener au registre "moral" ce qui doit être jugé d'un point de vue politique.
Certaines objections de conscience, dans la mesure où elles ne se donnent pas d'objectifs politiques et ne risquent pas d'être contagieuses, peuvent être assez bien tolérées par les pouvoirs politiques, du moins par ceux qu'une idéologie totalitaire ne pousse pas à chercher le contrôle absolu sur les individus. C'est ainsi que, dans les pays démocratiques, certaines législations touchant des problèmes éthiques (avortement, entraînement au port d'armes) comportent des " clauses de conscience ". Il est alors possible de faire valoir légalement une objection de conscience. Ce fait illustre bien la distinction avec la désobéissance civile : l'idée même d'une reconnaissance légale de la désobéissance civile serait une contradiction dans les termes. Si la désobéissance civile est parfois légitime (ce qui est à discuter cas par cas, et de façon très restrictive dans les régimes démocratiques), elle ne saurait être légale au sens du droit positif.
En pratique, une distinction moins nette
Cette distinction à établir entre les notions de désobéissance civile et d'objection de conscience est évidemment moins nette dans la pratique : très souvent une objection de conscience évolue en désobéissance civile, notamment quand on réalise qu'il est peu satisfaisant, y compris d'un point de vue éthique, de s'en tenir à une démarche individualiste. De fait, si je suis vraiment convaincu (au nom d'une éthique qui est mienne mais que je pense universelle) que telle loi ou telle politique est "injuste" est-ce que j'agis moralement en cherchant seulement à dégager ma responsabilité personnelle ? Ne dois-je pas viser à modifier cette loi ou cette politique, même au prix de compromis, de retards, d'alliances avec des forces qui ont d'autres motivations éthiques ?
Inversement, la plupart des personnes qui se sont engagées dans une action collective de désobéissance civile sont disposées, en cas d'échec de leur campagne, à poursuivre au moins une objection individuelle, par principe moral, à la loi ou à la politique qu'elles n'ont pu changer. Distinctes en théorie, objection de conscience et désobéissance civile sont donc fréquemment associées en pratique, ce qui explique que la confusion persiste dans les esprits.
Essai de définition
Au terme de ces réflexions, il est possible de proposer une définition de la notion de désobéissance civile, ne serait-ce que pour la soumettre à une plus large discussion : la désobéissance civile est une forme d'action non-violente par laquelle des citoyens, ouvertement et délibérément, transgressent de manière concertée une (ou plusieurs) loi (décret, règlement, ordre émanant d'une autorité légale) en vigueur, dans le but d'exercer soit directement soit indirectement (par l'appel à l'opinion publique) une pression sur le législateur ou sur le pouvoir politique, pression visant soit la modification de la loi transgressée soit la modification d'une décision politique, soit même - très exceptionnellement - le renversement de ce pouvoir.
Danger pour la démocratie ?
Brûlante est la question de la légitimité de la désobéissance civile dans une démocratie. Dans un régime non démocratique, en effet, il n'y a guère à hésiter : non seulement la désobéissance civile est légitime, mais elle constitue souvent le seul moyen non-violent permettant de s'opposer à de tels régimes ou au moins d'en limiter la nocivité. Mais lorsque les lois sont votées par une majorité élue sans fraude et sans intimidation, lorsque les politiques sont définies par un Gouvernement émanant d'un suffrage universel, peut-on admettre que des citoyens - même avec les motivations éthiques les plus respectables qui soient - organisent des actions illégales en vue de modifier les lois et politiques qu'ils réprouvent ? Si tout le monde en faisait autant, où irait-on ?
A priori, il semble donc que la plus grande prudence s'impose avant de légitimer la désobéissance civile dans une démocratie. Ce ne pourra jamais être qu'à titre d'exception. D'après la plupart des auteurs de philosophie politique qui ont traité la question (notamment Hannah Arendt, John Rawls et Jürgen Habermas), de telles exceptions existent pourtant. Elles s'appuient sur deux constats :
- La démocratie, ce n'est pas seulement le respect du vote majoritaire : c'est aussi le respect de l'État de droit et de quelques principes fondamentaux. Car, contrairement à ce qu'affirmait une formule devenue célèbre, on n'a pas "... juridiquement tort " du seul fait que l'on est " politiquement minoritaire " ! Même une majorité régulièrement élue ne saurait légitimement adopter une disposition contraire à la Déclaration des droits de l'Homme, aux grands principes constitutionnels, aux conventions internationales signées par la France, etc. Certaines formes de désobéissance civile peuvent donc se justifier, contre la décision prise à un niveau, comme une sorte de procédure d'appel à un niveau supérieur de légalité.
- Aucun régime n'est parfaitement démocratique. On sait bien que certaines décisions, prises par des élus dans les formes apparemment légales, résultent en fait de jeux d'influences occultes qui n'ont rien à voir avec l'intérêt général : corruption, lobbies manipulateurs, décisions "technocratiques" (les experts profitant de la démission ou de l'incompétence des élus), etc. C'est dans ces failles de la démocratie que peut s'insérer une certaine justification de la désobéissance civile, notamment quand il s'agit de décisions aux effets graves et irréversibles. Des citoyens, par des actes de désobéissance civile, estiment de leur devoir de faire une sorte d'appel à l'opinion publique, sans attendre les prochaines élections. Loin d'être l'apologie anarchisante du " chacun sa loi ", une telle désobéissance civile est alors un moyen pédagogique, limité dans le temps et dans son objet, visant à susciter un débat public sur une question grave et urgente. Loin de contester la démocratie, elle vise à la défendre en la protégeant de ses propres dysfonctionnements.
vendredi 24 février 2017
Divers Questions-Qu’est–ce que l’anarchisme ?

Qu’est–ce que l’anarchisme ?
Définir l’anarchisme est une tâche des plus délicates. Nous avons affaire à un phénomène complexe dont les expressions historiques, tant au niveau de la pensée que de l’action, sont multiples. Malheureusement, la plupart des définitions, même celles élaborées par des commentateurs sympathisants, sont simplistes et n’arrivent pas à embrasser l’ensemble de ses caractéristiques.
Dans presque tous les ouvrages que j’ai lus sur le sujet, l’anarchisme est défini de façon négative, c’est-à-dire par ce à quoi il s’oppose. En se basant sur la racine grecque du mot (anarkhia, absence de chef), on présente l’anarchie comme « l’absence de gouvernement » et l’anarchisme comme « l’idée qu’une société peut et doit s’organiser sans gouvernement ». Le problème avec ses « définitions »… c’est qu’elles n’en sont tout simplement pas. Une définition, si je me base sur mon Larousse, est une « énonciation de ce qu’est une chose, de ses caractères essentiels, de ses qualités propres ». Si je dis qu’une pomme n’est pas un animal, personne n’osera dire que j’ai énoncé les caractères essentiels de ce phénomène !
Une définition adéquate de l’anarchisme ne doit pas se limiter à son aspect «critique» mais également en exposer le projet de société ainsi que les moyens de changement social. De plus, il est essentiel d’expliquer les bases philosophiques de l’anarchisme, en particulier sa conception de la liberté et de la nature humaine.
Voici donc ma définition personnelle de l’anarchisme. Comme vous le constaterez, elle comporte quatre parties, qui seront expliquées en détail dans le texte qui suit.
ANARCHISME. n.m. Philosophie politique qui, à partir d’une définition tripartite de la liberté et d’une conception spécifique de la nature humaine, offre une critique radicale des liens de domination hiérarchiques, un projet de société antiautoritaire et une stratégie de changement social basé sur l’action directe.
La Liberté
Tout comme les libéraux, les anarchistes ont une conception « négative » de la liberté, c’est-à dire que la liberté est l’absence de contraintes. L’individu libre est celui qui n’est pas soumis à des contraintes extérieures à lui-même.
A cette conception négative s’ajoute une conception « positive » de la liberté. Tous les anarchistes considèrent que la liberté est également une potentialité, la possibilité pour l’individu de se réaliser et d’atteindre son plein potentiel.
Enfin, les anarchistes ont une conception « sociale » de la liberté, qui a pour conséquence de lier de façon indissociable la liberté et l’égalité. En effet, l’anarchisme postule que l’individu ne peut être totalement libre qu’au sein d’une société composée d’individus libres. Ainsi, pour Bakounine, « l’homme n’est réellement libre qu’autant que sa liberté, librement reconnue est représentée comme par un miroir par la conscience libre de tous les autres, trouve la confirmation de son extension à l’infini dans leur liberté. L’homme n’est vraiment libre que parmi d’autres hommes également libres ; et comme il n’est libre qu’à titre humain, l’esclavage d’un seul homme sur la terre, étant une offense contre le principe même de l’humanité, est une négation de la liberté de tous. » (Catéchisme révolutionnaire)
Une critique de la société actuelle
Toutes les variantes de l’anarchisme ont en commun une critique des sociétés contemporaines qui se base sur des principes antiautoritaires découlant de leur conception de la liberté.
Les anarchistes contestent tous les rapports de domination hiérarchique, de quelque nature qu’ils soient (oppression de classe, de race, de sexe, d’orientation sexuelle, domination de la nature, etc.). La critique anarchiste s’étend à toutes les institutions oppressives, église, armée, police, etc., et en tout premier lieu l’Etat, qu’ils considèrent comme l’institution suprême de domination.
L’étendue de cette critique est d’ailleurs un des facteurs qui distingue l’anarchisme du marxisme. Comme l’a fait remarquer Henri Arvon, l’anarchisme conteste l’oppression autant que l’exploitation, l’autorité autant que la propriété et l’Etat autant que le capitalisme. Ceci explique pourquoi plusieurs écologistes, féministes, pacifistes, syndicalistes et militants pour les droits de la personne sont attirés par l’anarchisme.
Un projet de société libertaire
Est anarchiste toute idéologie dont le projet de société, appelé « anarchie », est déterminé par cette conception de la liberté. Ce projet varie selon les types d’anarchisme, mais la plupart prescrivent des structures de sociales non-hiérarchiques, radicalement démocratique et décentralisées.
Pour les individualistes, la société n’est pas un organisme mais une simple collection d’individus autonomes. Pour satisfaire son intérêt personnel, l’individu peut s’unir aux autres et s’associer, mais cette association ne reste qu’un moyen pour servir sa fin.
Les anarcho-syndicalistes sont les héritiers du collectivisme de Bakounine. Selon leur vision de la société anarchiste, les syndicats exproprient le capital et chaque groupe de travailleurs disposent de ses propres moyens de production. La répartition des produits et des services est alors l’objet d’une décision collective.
Finalement, les anarcho-communistes (ou communistes libertaires, ou communistes anarchistes) prévoient l’établissement de communautés (communes) autogérées où tous travailleraient selon leurs capacités et tous consommeraient selon leurs besoins. Ces communautés sont fédérées pour exécuter en coordination des projets les concernant.
La nature humaine
Les anarchistes ont aussi en commun une perception de la nature humaine qui justifie la viabilité d’une telle société libertaire.
Cette perception n’est toutefois pas la même chez tous les anarchistes. Par exemple, Kropotkine considérait que l’instinct de coopération d’aide mutuelle prédominait chez toutes les espèces animales et trouvait son incarnation parfaite chez l’humain. Mais la plupart des anarchistes ont plutôt développé une conception existentialiste de la nature humaine, estimant que les comportements humains s’adaptent aux structures et aux normes sociales.
Quoi qu’il en soit, tous sont parfois d’accord pour dire que l’humanité a la capacité de vivre et de se développer sans être soumise à des institutions hiérarchiques et répressives.
Une stratégie de changement
Enfin, les anarchistes ont en commun d’offrir une stratégie de changement révolutionnaire impliquant l’institution immédiate de l’anarchie. Ils s’opposent tous aux stratégies autoritaires (dictature du prolétariat) ainsi qu’à la formation de partis hiérarchisés, et sont généralement abstentionnistes lors des élections. Les anarchistes croient en la spontanéité révolutionnaire et préconisent l’action directe, qui peut prendre plusieurs formes.
C’est au sujet des stratégies de changement que les anarchistes sont le plus partagés. Par exemple, certains ont préconisé, principalement lors des deux dernières décennies du XIXe siècle , une forme de terrorisme appelée « propagande par le fait ». Mais après une vague d’attentats individuels qui n’ont mené qu’au rejet populaire de l’anarchisme et à un regain de répression, cette stratégie a été abandonnée par les anarchistes. Les anarcho-communistes insistent quant à eux sur l’action communautaire, sur la formation d’institutions libertaires sur une base locale qui pourront renverser et remplacer l’ordre capitaliste et étatique. Les anarcho-syndicalistes axent leur stratégie sur le syndicat, qui est conçu comme l’embryon de la société nouvelle ; ils préconisent des formes d’action directe comme le sabotage, le boycott, la grève partielle et la grève générale révolutionnaire. Les anarcho-pacifistes insistent quant à eux sur l’action directe non-violente et sur la désobéissance civile comme moyen de renverser l’ordre hiérarchique oppressif.
Bien que les anarchistes soient révolutionnaires et spontanéistes, il ne faut pas croire pour autant qu’ils rejettent les formes de lutte partielles et quotidiennes. Au contraire, des anarchistes comme Elisée Reclus considèrent qu’évolution et révolution font partie d’un même processus et que chaque action peut être efficace si elle est conforme aux principes anti-autoritaires. Les anarchistes considèrent également l’éducation comme étant un des principaux moyens d’accéder à la société libertaire.
Il est toutefois à noter qu’une minorité importante d’anarchistes n’est pas révolutionnaire. En effet, la plupart des individualistes anarchistes considèrent que les « rêves de grands soirs » sont eux-mêmes potentiellement répressifs et estiment que c’est à l’individu de se libérer en rejetant lui-même la société dominatrice. Pour beaucoup d’individualistes, être anarchistes signifie être « en dehors » et vivre selon ses propres principes, en refusant de collaborer aux institutions oppressives. Cette attitude, particulièrement répandue chez les individualistes français du début du siècle, a mené certains anarchistes (comme Georges Palante) vers une forme d’individualisme aristocratique, d’inspiration nietzschéenne.
mardi 21 février 2017
Billets-Poutine, le Terrible
Poutine, le Terrible
Il faut avoir
rencontré Vladimir Poutine pour prendre la mesure du personnage. Ayant eu ce
privilège, pour la première fois et la seule, un homme d’État m’a inspiré une
véritable peur physique. La mise en scène de Poutine par lui-même a sans doute
contribué à ma frayeur, mais la théâtralisation du personnage révèle sa nature
et ses intentions. On sait, par les médias, que le Président russe cultive son
corps, à force de gymnastique et de chirurgie esthétique : le résultat n’en est
pas moins troublant, il en exsude des vibrations négatives qui font reculer
d’instinct.
On connaît moins la
mise en scène qui accompagne l’arrivée de Poutine : en retard, toujours, et son
départ, en avance toujours, et impromptu. Une cohorte le précède, sélection de
grandes jeunes femmes blondes et stéréotypées dont on devine la préparation
militaire dissimulée derrière des allures de vamps. Suit une cohorte de gardes
du corps plus classiques mais sélectionnés sur des critères inspirés de quelque
production hollywoodienne. Le regard de Poutine est froid, l’œil presque
vitreux. Il ne regarde pas son interlocuteur, ni ne lui parle vraiment : il
s’adresse à une assemblée imaginaire, située en-delà du public réellement
présent. Et Poutine parle, parle, enivré par son propre discours. Puis
s’éclipse, sans courtoisie. Staline au moins prenait le temps de trinquer avec
ses convives.
On devine que le
comportement de Poutine au Kremlin ne saurait être différent de la scène ici
relatée a Paris. Poutine nous laissa effarés ou inquiets : si nous étions
russes et à Moscou, nous aurions été terrifiés.
De cette mise en scène
de Poutine par lui-même devrait-on en tirer quelque enseignement sur ses
projets en Russie et en dehors ? Il me semble que oui parce que les pièces sur
l’échiquier se mettent progressivement en place : elles dessinent une stratégie,
relativement récente, mais sans doute définitive si nul ne s’y oppose. Une
opposition qui ne saurait provenir que de l’extérieur puisque à l’intérieur,
toute résistance a été achetée ou anéantie. Stratégie récente, parce que
Poutine Premier, de 2000 à 2008, avant son retour à la Présidence en
2012, parut tenté par l’État de droit, un respect minimum pour la Constitution
et pour ses concitoyens : les profits inouïs du gaz, du pétrole et des matières
premières autorisèrent Poutine Premier à améliorer le confort des Russes et
d’envisager une modernisation économique. Mais les ressources se sont taries et
rien n’a été investi dans cette modernisation d’un pays qui, en dehors de la
façade moscovite, se délabre.
Poutine Second s’est
donc réincarné en tyran slavophile, figure connue de l’histoire russe. Pour
s’inscrire dans cette histoire et rester au pouvoir, Poutine a choisi la
guerre. Non pas une guerre impériale de type soviétique, car le Poutinisme
n’est pas une idéologie universaliste : le Poutinisme slavophile qui exalte la
différence et la supériorité russe sur les Européens veules et corruptibles (ce
qui n’est pas forcément mal vu) ne vaut que pour les Russes. La guerre, directe
ou par procuration, ne vise pas à restaurer les frontières de l’Union
soviétique, mais celles d’un soi-disant espace russophone. L’annexion de la
Crimée et de l’Ukraine orientale, et de la Transdniestrie en perspective, tend
à reconstituer cet espace mythique. Cet espace peut aisément être dessiné en
englobant les communautés russophones, une diaspora linguistique dispersée sur
les marches de feu l’Empire, comme au Kazakhstan et dans les Pays baltes. On
comprend l’angoisse des Lettons, sachant que les Russophones sont majoritaires
à Riga et ne bénéficient pas des mêmes droits que les Lettons de souche :
il faut, par exemple, parler le letton, ou l’estonien en Estonie, pour accéder
à la fonction publique. Ce qui autorise Poutine, mêlant les époques et les
circonstances, à invoquer la sécession du Kosovo, le référendum écossais, voire
le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, tel qu’il apparut (souvent contre
l’Empire russe) au XIXe siècle et, au XXe siècle, dans la rhétorique de la
décolonisation.
Bien des mouvements
nationalistes en Europe sont en sympathie avec ce retour au sang, au sol, à la
terre. Poutine compte quelques alliés idéologiques en Occident sans négliger
les entreprises capitalistes prêtes, comme le disait Lénine en 1919, « à vendre la corde pour les pendre ».
Face à cette machine de guerre désormais en action, la résistance occidentale
est anémique. On entend bien, chez Angela Merkel en particulier, que Poutine II
remet en cause l’ordre international, fondé sur le droit et non pas sur la
race. N’est-ce pas un discours abstrait à l’usage des peuples pas forcément
lecteurs assidus de la Charte des Nations Unies ? Et l’Occident – en dehors des
Américains post Obama peut-être – étant devenu pacifiste, se réfugie derrière
des sanctions appliquées mollement et trahies allègrement, par les entreprises
pétrolières, entre autres. Pas de quoi arrêter Poutine : donc Poutine ira
jusqu’au terme de son ambition.
Mikhaïl Gorbatchev,
commémorant il y a peu (avec quelque regret sans doute) la disparition du Mur
de Berlin, exprimait sa crainte d’un retour à la Guerre Froide. Pourquoi Froide
? On meurt chaque jour à Donetsk : les tirs et bombardements sont réels. Et comme
l’observait Soljenitsyne, les victimes ultimes des tyrans russes, en tout
temps, seront toujours les Russes. Aider vraiment les Russes exigerait
d’arrêter Poutine II, maintenant.
Source contrepoints.org Par Guy Sorman
samedi 18 février 2017
Billets-Macron, objet politique non identifiable
Macron, objet politique non identifiable
Emmanuel Macron entraîne son public
– j’allais écrire ses ouailles – dans un monde qui n’est plus politique mais
quasiment christique avec un processus qui n’est pas sans rappeler celui de
Ségolène Royal.
Depuis des mois j’attends avec une impatience de plus en
vive qu’Emmanuel Macron veuille bien
m’accorder cet entretien dont à intervalles réguliers, avec amabilité, il me
laisse espérer la venue. Sans être naïf, je le crois.
Alors
que l’élection présidentielle offrira l’opportunité de favoriser un changement
politique, pour Emmanuel Macron elle procurera l’occasion du dévoilement d’un
mystère.
Quelque
chose surgira au mois de mai qui donnera une réponse aux doutes, aux
interrogations, aux suspicions, ou confirmera, avec le premier tour et
peut-être la victoire, le caractère irrésistible d’un élan qui n’est pas né
depuis peu.
Emmanuel
Macron fait partie de ces rares personnalités qui peuvent donner l’impression à
ceux qu’il intéresse ou plus, fascine, qu’ils ont à la fois le droit de
concéder à la politique classique et de se pencher sur le destin, déjà
exceptionnel par sa fulgurance, de cet objet politique non identifiable (OPNI).
Comme si les deux démarches relevaient de registres différents et que le
citoyen et l’observateur, duo dont je raffole, trouvaient leur compte avec
l’ordinaire de la politique et avec l’extraordinaire Macron.
Une manière inédite de faire de
la politique
J’ai
d’abord par paresse appliqué une grille banale à l’analyse des avancées
d’Emmanuel Macron parce qu’elles paraissaient s’inscrire dans une politique
vieille comme le monde : celle qui prétend ne pas en faire et bouscule le jeu
en façade, mais pour mieux récolter les fruits traditionnels du pouvoir et
assouvir une ambition somme toute guère originale.
Mais,
très vite, cette perception, cette réduction d’une forme d’inconnu à un connu
rassurant et maîtrisable ont montré leurs limites. Depuis plusieurs mois,
l’histoire qui se fait jour entre En Marche et son chef d’un côté, et de
l’autre, la multitude qui vient l’applaudir révèle une relation qui a dépassé
la tonalité collective du meeting pour aborder des rivages peu usités en
démocratie.
Emmanuel Macron n’est pas un tribun politique et il s’en
moque. Quand il s’époumone et crie à la fin d’un discours, ce n’est pas pour
singer une puissance de parole qu’il n’a pas. Il sait qu’il ne dispose pas de
cette aptitude et un Mélenchon, qui est un
véritable orateur, ne terminerait jamais son intervention sur un mode aussi
paroxystique, précisément parce qu’il n’en a pas besoin, exerçant tout au long
l’art du verbe dans sa plénitude.
Le phénomène Macron
Il
n’empêche qu’Emmanuel Macron – rassemblant autour de lui grâce à une empathie,
une aura infiniment plus convaincantes qu’une expression orale qui manquerait
de force, diffusant séduction, compassion et communion, se prêtant, avec une
incarnation ostensible, de sa gestuelle à son air inspiré, au besoin qu’éprouve
chacun de s’identifier à lui – ouvre ainsi des chemins adaptés à son
tempérament et se garde bien de battre en brèche le consensuel généreux et
évident qu’on attend de lui.
Car il a
compris les faiblesses du politique et, de fait, pour l’instant, dans le
clair-obscur, il privilégie l’obscur. Attendons de voir si, comme il s’y
engage, au mois de février le clair d’un projet sera soumis à ses concitoyens.
Sans abuser des mots, Emmanuel Macron, en totale lucidité
et avec une habileté sans pareille, entraîne son public – j’allais écrire ses
ouailles – dans un monde qui n’est plus politique mais quasiment christique
avec un processus qui n’est pas sans rappeler celui de Ségolène Royal. Avec toutefois une double différence capitale.
Macron
est infiniment plus doué, plus structuré et plus subtil qu’elle et, surtout, il
n’est pas combattu par des forces centrifuges qui viseraient à le marginaliser.
Il est au contraire poussé par des vents favorables qui rapprochent de plus en
plus de lui.
Cette
volonté de négliger l’univoque sommaire du partisan au profit d’une équivoque
imprégnée d’un halo étrange – comme si un gourou avait pris la place du
Emmanuel Macron d’avant qui avait déjà des forces certes mais des faiblesses
aussi qui ne le distinguaient pas forcément – a tout changé.
Maintenant
on suit une lumière, on fond pour une personnalité et les idées qui clivent, on
les laisse à la porte ! On ne regarde plus le chemin mais celui qui marche.
Beaucoup
qui étaient dégoûtés par la politique ou qu’elle laissait indifférents sont
revenus dans ce giron atypique. À cause de cette singularité si remarquablement
travaillée, Emmanuel Macron plonge la classe politique dans une angoissante
perplexité. Comment saisir ce qui se trouve vraiment ailleurs, comment opposer
au sacré républicain d’un mysticisme novateur le profane d’argumentations trop
réelles et si peu élevées ?
Pour
l’instant Emmanuel Macron entraîne à sa suite, avec une flûte brillamment
magique, une cohorte dont une part se persuade qu’elle a avec lui le Messie
dont la France a besoin et une autre, sans illusion, emplie de socialistes, qui
le choisit parce qu’elle n’a plus rien à perdre. Sauf le socialisme démonétisé
et déjà ridiculisé par le quinquennat de François Hollande.
Plus que
quelques mois.
Emmanuel
Macron demeurera-t-il un OPNI ou le fera-t-on retomber sur terre avec la
vulgarité quotidienne de débats médiocres, avec l’obligation de quitter l’ange
pour la bête ? Le futur, le nôtre et le sien, sera passionnant.
Source contrepoints.org
Photo By: OFFICIAL LEWEB PHOTOS – CC BY 2.0
Par Philippe Bilger.
Président de l'Institut de la parole, aujourd'hui
magistrat honoraire, Philippe Bilger a exercé pendant plus de vingt ans la
fonction d'avocat général à la cour d'assises de Paris. Il anime le site
Justice au singulier.
Billets-Emmanuel Macron, ce faux rebelle
Emmanuel Macron, ce faux rebelle
Que la droite se rassure, ce n’est
pas Macron qui la mettra vraiment en danger. Pour le PS en revanche qui est en
train de se choisir un leader grâce à la primaire, c’est une autre histoire…
Ils ont beau faire mine de dédaigner les sondages, la
fièvre commence à monter chez les dignitaires socialistes, frontistes et
républicains à propos de Macron.
Depuis
le fameux roman du prince de Lampedusa, nul n’ignore en effet qu’en politique : « Il faut que tout change pour que rien ne change »
; bref que le discours prétendument révolutionnaire, l’invocation du Grand
soir, sont les meilleurs instruments des oligarchies pour se perpétuer en
faisant croire au peuple que son destin va prendre un nouveau cours.
Macron
est la parfaite illustration de ce principe. Il se gargarise des mots de
progressisme, de changement ou de révolution comme s’il s’agissait d’un bain de
bouche. Et cela semble mordre, on évoque même sa possible élection à la
présidence de la République dans un deuxième tour face à François Fillon.
Bien sûr Macron n’est que le nouvel homme-sandwich de la
caste qui plombe la France depuis quarante ans. Il n’entend s’attaquer à aucun
des trois maux qui nous minent : le corporatisme – notamment celui des grands
corps de l’État -, l’islamisme réactionnaire
et la captation de notre souveraineté par une technostructure européenne qui
nous tient par la dette.
Réflexes nobiliaires de Macron
Rejeton
de l’Inspection des finances, il en a les réflexes nobiliaires. Capitulard face
aux islamistes, il ne veut surtout pas s’en prendre à la prolifération des
accoutrements bigots, symbole de leur avancée dans l’espace public.
Pro-Européen bêlant, il n’envisage que de renforcer les pouvoirs de ces
institutions hors-sol. Là où François Hollande s’accommodait cyniquement de ces
forces, Macron s’en fait le serviteur zélé. Il faut l’entendre saluer la
politique migratoire de Merkel pour comprendre où l’amènent ses vraies
alliances.
Hormis
la référence à des principes aussi généreux que vagues et un jeunisme de
magazine, le projet de Macron se résume à des esquives ou des flatteries
électoralistes. Prenons l’exemple de ce qu’il présente, gauchisant soudain son
discours, comme sa défense de la politique de santé, menacée par une droite
croquemitaine.
Macron,
qui se prétend soucieux de contenir les dépenses publiques, n’y va pas de main
morte : remboursement intégral des soins et appareillages dentaires, auditifs
et opticiens d’ici 2022, prise en charge du traitement de la tension
artérielle, création d’un service sanitaire où tous les étudiants dans le
domaine médical officieraient au moins trois mois en province, doublement du
nombre des maisons de santé en cinq ans, etc. Face à ces très lourdes dépenses,
la seule économie envisagée est la vente au détail des médicaments, une goutte
d’eau difficile à extraire de la fiole des laboratoires. Bref, une démagogie
tout à fait ordinaire.
Bienveillance médiatique envers
Macron
Reste
que la très grande majorité des organes de presse commentent le moindre de ses
déplacements avec bienveillance. Reste aussi que, dans le naufrage du PS,
l’hypothèse que son radeau puisse recueillir les désespérés du socialisme prend
corps peu à peu.
Alors,
faut-il craindre le grand méchant Macron ? Va-t-il réussir un hold-up politique
façon Trump, transformer le trou de souris en boulevard ?
Hé bien
rassurez-vous, tout cela se terminera très probablement par l’atomisation de la
gauche sans que les dégâts de la bombinette Macron ne touchent les autres
partis. Pourquoi ?
S’emparer
du pouvoir en construisant une candidature hors-système nécessite que le
discours tenu soit réellement celui d’une rupture radicale, à la manière de
Trump justement ou naguère de Fujimori au Pérou. Macron ne pourrait trouver,
dans la durée, le carburant pour son moteur politique que s’il tenait des
propos tranchants, en dissidence frontale avec le système aujourd’hui dominant.
Expliquer son programme aux
Français
Il
faudrait par exemple qu’il explique aux Français qu’il va interdire la charia,
sortir de l’euro, supprimer le statut de la fonction publique, tirer les élus
au sort ou, au contraire, proposer la fusion de la France et de l’Allemagne,
ouvrir les frontières à toutes les migrations ou interdire à l’État de
subventionner la presse ou le monde culturel en privatisant France Télévisions.
Scandales,
controverses, éructations… et peut-être victoire au bout d’un parcours
chaotique accompagneraient ces annonces. Bien sûr Macron ne le fera pas car
n’importe laquelle de ces mesures effraierait ses électeurs potentiels. Son
succès sondagier tient à son ambiguïté, il parle de réforme sans rien dire de
gênant pour quiconque.
Malgré
quelques meetings à l’audience en réalité peu significative, il plait surtout,
dans les études d’opinion, à ceux qui ne se mobilisent pas, que les élections
ennuient. Le grand écart, même dans un habit de danseur, ne permet que
l’immobilité. L’attrape-tout ne retient rien. Il finira donc par prendre des
coups sans pouvoir répliquer. Et, s’il le fait, son image de gentil garçon sera
immédiatement altérée.
Bref,
que la droite se rassure, ce n’est pas Macron qui la mettra vraiment en danger.
Pour le PS en revanche, c’est une autre histoire …
Source contrepoints.org
Photo By: OFFICIAL LEWEB PHOTOS – CC BY 2.0
Par Serge Federbusch.
Serge Federbusch est président du Parti des Libertés,
élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de
Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité
politique parisienne. Serge Federbusch a été successivement conseiller
commercial en Asie, conseiller du maire du Paris pour l'urbanisme et les
transports, directeur général de la Société d'économie mixte du Centre de Paris
(Halles). Il est diplômé de l'IEP de Paris, Maître en droit public, titulaire d'un
DEA d'Histoire et ancien élève de l'ENA.
vendredi 17 février 2017
Billets-Bercy : Quand Macron dépensait 120 000 euros
Bercy : Quand Macron dépensait 120 000 euros
en 8 mois pour ses repas en bonne compagnie
Le ministère de
l'Économie et des Finances est l'un des plus puissants de la République, mais
aussi l'un des plus secrets. Pendant deux ans, les auteurs sont partis en
exploration dans ses 42 kilomètres de couloirs austères. Nourri d'une
soixantaine d'entretiens confidentiels, leur livre révèle pour la première fois
les coulisses de cette forteresse. Ils ont interrogé ministres, anciens
ministres, hauts-fonctionnaires, acteurs de l'économie réelle et lobbyistes.
Qui gouverne vraiment ? Le ministre, l'administration, l'Europe ou les lobbys ?
Ils ont assisté à la genèse tourmentée de l'imposition à la source et révèlent
celle, avortée, de la privatisation de la Française des jeux, bloquée par un
seul fonctionnaire. Ils ont cherché la marge de manouvre réelle dont disposent
les ministres face à une Europe tatillonne. Ils ont recueilli les récits des
rivalités, des conflits, des ambitions et des petits (ou gros) arrangements
fiscaux, tel cet écrivain célèbre souhaitant faire exonérer les dons à son amie
et qui a obtenu que son dossier soit examiné directement par les conseillers du
ministre.
Les conseillers du ministre se sont rassemblés une dernière fois.
Une écrasante majorité d’hommes, dont quelques-uns, pour l’occasion, ont fait
tomber la cravate. Au septième étage de l’hôtel des ministres, dans le salon
Michel-Debré, ils devisent à voix basse. La vaste salle toute en boiseries
accueille les grandes conférences de presse du ministère. Ce 30 août 2016,
Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, y annonce officiellement sa démission
du gouvernement. Face à lui, sur un mur, une tapisserie des Gobelins qui a
demandé dix ans de travail.
Le jeune ex-ministre, lui, est resté moins de deux ans dans les
murs. Le temps de façonner sa cote de popularité, de renforcer ses réseaux,
d’acquérir l’expérience de l’État, bref, de préparer l’offensive, dans le
confort d’un ministère puissant. « Je souhaite aujourd’hui entamer une nouvelle
étape de mon combat […]. Je suis déterminé à tout faire pour que nos valeurs,
nos idées, notre action, puissent transformer la France dès l’année prochaine
», lance le jeune loup devant les journalistes, avant de s’éclipser par une
porte dérobée, au fond de la salle. Cette porte conduit à un ascenseur secret,
qui permet au ministre de descendre dans ses appartements. Mais Emmanuel Macron
a utilisé Bercy pour s’élever. Comme beaucoup avant lui, il en a fait une rampe
de lancement pour sa carrière politique. « La dernière année, il a levé le pied
(Entretien avec les auteurs, le 27 septembre 2016.) », soupire devant nous
Michel Sapin, le ministre des Finances.
Emmanuel Macron recevait à tour de bras les personnalités
influentes dans son bureau du troisième étage. Y compris des hiérarques
religieux, des philosophes, des responsables associatifs, tous estimables, mais
qui n’avaient pas grand-chose à voir avec les attributions officielles du
ministre, économie, industrie et numérique. Exemple : le politologue Stéphane
Rozès, consulté pendant deux heures un samedi matin, pour évoquer «
l’imaginaire politique des Français ». À Bercy, Emmanuel Macron réunit également
son « groupe informel », comme le raconte le journaliste Marc Endeweld : « L
’écrivain et ancien conseiller de François Mitterrand, Erik Orsenna, ancien
membre de la commission Attali, en fait partie, tout comme le journaliste des
Échos, Éric Le Boucher, […] ou le philosophe Olivier Mongin, de la revue
Esprit, ou bien encore le communicant Gilles Finchelstein, qui détaille des
enquêtes d’opinion réalisées pour l’occasion (Marc Endeweld, L’Ambigu Monsieur
Macron, Flammarion, 2015, p. 316.)… » « Il multipliait les dîners, parfois deux
par soir », raconte un autre membre du gouvernement installé à Bercy. Selon nos
informations, en 2016, Emmanuel Macron a utilisé à lui seul 80 % de l’enveloppe
annuelle des frais de représentation accordée à son ministère par le Budget. En
seulement huit mois, jusqu’à sa démission en août. « S ’il était resté, on ne
sait pas comment il aurait fini l’année », observe une source administrative.
L’enveloppe annuelle des frais de représentation du ministère de l’Économie dépasse
cent cinquante mille euros, soit au moins cent vingt mille euros utilisés en
huit mois par le jeune ministre pour ses seuls déjeuners et dîners en bonne
compagnie. « Pourtant, ici, il y a de quoi s’occuper. Le matin et le soir ! »
s’indigne Michel Sapin. Il a eu vent de ces repas par les huissiers et les
chauffeurs de Bercy. Dans les murs du ministère, Emmanuel Macron a aussi reçu
des centaines d’« amis » Facebook. Par deux fois, il a organisé avec eux des
soirées de discussion, dans le centre de conférences Pierre-Mendès-France, au
cœur de Bercy. « Je ne suis pas un pro de la politique. J’ai ma trajectoire,
expliquait alors le ministre à ses convives. Mais, j’ai toujours une
frustration de ne pouvoir voir assez de gens normaux.
A posteriori, ces rendez-vous ressemblent davantage à un
pré-meeting électoral qu’à une réunion Tupperware sur l’économie ou la
compétitivité. Autant de signaux d’alerte. Après coup, Michel Sapin se reproche
sa naïveté : « Avec Macron, nous avions une relation très simple, très fluide.
C’est un esprit alerte, très léger, pas lourdingue. Je m’en veux de n’avoir pas
vu assez vite qu’il avait une ambition cachée. Ce qu’il a fait, vis-à- vis du
président, c’est une trahison, nous lâche-t-il peu après le départ d’Emmanuel
Macron.
» Les autres locataires de Bercy ne se montrent pas plus tendres
avec ce curieux trentenaire, ministre le jour, animateur de réseau le soir,
puis dirigeant de son mouvement « E n Marche » le week-end, à partir d’avril
2016. « Je ne sais pas comment il trouve le temps de gérer un mouvement
politique, grogne Christian Eckert, dans son bureau de style Empire. Moi je
n’ai même plus le temps d’aller à la pêche, aux champignons, au cinéma, ni au
théâtre ! On a un boulot à faire pour les gens, c’est vraiment engageant
(Entretien avec les auteurs, le 1er juin 2016). » Il arrive que le président de
la République lui-même, sentant son chouchou prêt à s’émanciper, se joigne aux
critiques de ses ministres. Off the record, bien sûr. En mai 2016, lors d’un
déjeuner avec quelques journalistes, le chef de l’État compare Emmanuel Macron
à… Donald Trump ! « Trump est un milliardaire, donc les gens se disent :
“Tiens, il ne va pas être corrompu car il est déjà riche.” » Cette observation
s’appliquerait aussi à Macron, ancien banquier d’affaires chez Rothschild : «
Comme il n’est pas politique, il a pour lui une présomption de sincérité et de
vérité. Il n’est pas membre d’un parti, il n’est pas député, pas élu. Les gens
se disent : celui-là, il doit être plus pur que les autres ! » Devant ses
convives, le président de la République ajoute, l’air innocent : « Quand j’ai
rencontré Macron, sa première volonté était d’être député au Touquet. » Une
pique discrète, allusion aux déclarations du jeune ministre à l’automne 2015.
Invité à un forum, il avait qualifié de « cursus d’un ancien temps » le fait de
se présenter à la députation.
Extrait du livre "Dans
l'enfer de Bercy" de Marion L'hour et Frédéric Says, publié chez Jc Lattès
Source atlantico.fr
jeudi 16 février 2017
mercredi 15 février 2017
mardi 14 février 2017
lundi 13 février 2017
dimanche 12 février 2017
jeudi 9 février 2017
lundi 6 février 2017
samedi 4 février 2017
vendredi 3 février 2017
jeudi 2 février 2017
Billets-Un label «association sans financement public»
Un label «association sans financement
public»
- Créé le label « association sans financement public » ? De quoi s’agirait-il ?
Ce label informerait
et récompenserait les projets associatifs faisant l’effort de fonctionner sans
subventions publiques. Cela permettrait d’identifier ce type de projets,
capables de s’autofinancer et de fonctionner en ne faisant pas appel aux
finances publiques.
- L’enjeu est-il important ?
Oui, car l’agent
public devient une ressource rare, il faut le traiter comme tel et
l’économiser. Or, on sait qu’en France les financements publics représentaient
en 2012, 50% du financement des associations, soit près de 35 milliards.
Il faut donc valoriser
les initiatives associatives qui permettent aux individus de rendre un service
à la collectivité, sans faire appel aux subventions publiques. C’est un devoir
civique de valoriser le travail des structures qui – d’une façon ou d’une autre
– œuvrent pour le bien de tous.
De plus, on constate
que les financements publics associatifs ne correspondent pas forcément à une
utilisation lisible et avisée de l’impôt. Ils sont souvent complexe, certaines
structures multipliant des financements émanant d’une ribambelle de ministères
ou collectivités, sans qu’on sache si ce millefeuille répond à un besoin réel
ou non. Cette façon de faire permet de favoriser parfois des intérêts bien
particuliers qui n’ont rien de collectif.
Comment expliquer que
la solidarité collective serve à financer les loisirs des administrations
financières pour un montant de 34 millions d’euros ou que les contribuables
financent la Fédération française de ski à hauteur de 4 millions d’euros, ou
encore telle association de bouliste ou tel autre restaurant d’entreprise de la
fonction publique. Bref, il faudrait mettre de l’ordre.
- Et en quoi ce label permettrait-il d’en créer ?
En informant les
individus que : 1) l’association en question ne dispose pas d’aides
publiques et 2) elle a justement besoin de leur générosité pour exister. En
donnant à une association sans subvention publique, vous avez la certitude de
financer une cause dont la défense dépend de votre générosité et de celle de
vos congénères.
Par effet de ricochet,
ceux qui ne peuvent pas afficher ce label pourraient avoir à répondre de
l’intérêt qu’ils présentent du point de vue de la collectivité. Du point de vue
des individus, ce label a aussi son importance car nombre d’entre nous pouvons
avoir l’impression que la très grande implication des pouvoirs publics en
matière associative pourrait suffire à remplacer la charité par la solidarité.
Or, on est loin du compte. Nombre de projets et d’œuvres ne devraient justement
pas passer par un financement public, mais par l’appel à la générosité du
public. Non seulement, ça fait du bien aux personnes qui donnent et qui
reçoivent mais cela a un rôle social essentiel à jouer à un moment où on sait
que les pouvoirs publics ne peuvent plus tout prendre en charge.
- N’est-ce pas une façon de revaloriser justement le don volontaire, dans une France qui préfère souvent la solidarité obligatoire ?
C’est exactement cela.
Contrairement à nombre d’autres pays comme les États-Unis ou le Canada (placés
en 1ere et 2ème position selon un classement 2013), nous avons perdu l’habitude
du don volontaire (nous sommes placés en 77ème position). Ce Label aurait donc
un rôle pédagogique fort. Son autorisation serait une sorte de reconnaissance
par les pouvoirs publics que l’État ne peut pas tout et que les individus
peuvent et doivent se réapproprier la générosité.
Source institutmolinari.org Cécile Philippe directrice de
l’Institut économique Molinari
Billets-La France offre un spectacle affligeant
La France offre un spectacle affligeant
La zone de turbulences dans laquelle est
plongée la droite française est en train de s’étendre à la majorité. Entre
graves dérives et flou artistique, la vie politique française consterne la
presse étrangère.
"Oui ou non, le gouvernement savait-il que Nicolas
Sarkozy avait été placé sur écoute ?" Le
Soir pose la question sans détour à la
une et y répond, dans un éditorial peu flatteur sur
la France, celle "des amateurs et celle des corrompus." Les affaires
de Nicolas Sarkozy sont en train de rattraper le gouvernement, après le
cafouillage de la ministre de la Justice qui a finalement avoué – après avoir
juré le contraire – qu’elle savait que l’ancien président était écouté, avant
que le Premier ministre ne la contredise ... puis vole à son secours devant les
demandes de démission lancées par l'opposition !
Le constat
du quotidien de Bruxelles est sans appel : "La France offre un spectacle
affligeant. D’un côté : des faits très graves reprochés à l’ancien président
Nicolas Sarkozy, accusé non seulement d’avoir illégalement financé ses
campagnes électorales, mais aussi d’avoir fait pression sur un magistrat pour
échapper aux mailles du filet de la justice. De l’autre : son successeur,
François Hollande, incapable de faire en sorte que son gouvernement parle d’une
seule voix”.
Des boules puantes
L’actuel
locataire de l’Elysée se trouve effectivement en mauvaise posture à son tour.
Lui qui, rappelle le New York Times,
"s’engagea à être "normal" au risque de faire craindre aux
journalistes politiques de s’ennuyer. "C’était compter sans les affaires
judiciaires, les enquêtes et les soupçons généralisés de malversations qui
poursuivent Nicolas Sarkozy et ses lieutenants au-delà des couloirs du pouvoir
– et qui, tel que cela apparaît aujourd’hui, vont même impliquer Mr.
Hollande", suppose le quotidien américain.
Le Soir enfonce le clou : "La gravité des
dérives des uns n’efface pas la légèreté des autres. La vie politique se
résumerait-elle à ce lancer de "boules puantes" dont chacun escompte
un bénéfice électoral ?”
C’est le Financial
Times qui répond à cette question, en
soulignant que "tandis que les deux camps se sont entrainés dans une
furieuse empoignade, […] les commentateurs avertissent que le principal
bénéficiaire est probablement le Front national de Marine Le Pen, qui a bien
l’intention de tirer profit d'une désaffection généralisée envers les
principaux partis lors des élections du 23 et 30 mars."
Dessin
de Mix&Remix
Source Courrier International
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