Le bain de fourmis
Quand un corbeau se sent mal à l’aise, irrité ou affecté par des parasites, il ne panique pas ni ne réagit de manière impulsive. Il fait quelque chose qui, à première vue, semble étrange : il cherche une fourmilière et s’y pose, immobile, laissant les fourmis parcourir son corps comme s’il savait exactement ce qu’il fait.
Ce n’est pas un hasard.
Le corbeau ouvre ses ailes, s’installe confortablement et laisse les fourmis se déplacer entre ses plumes. Certaines libèrent de l’acide formique, une substance qu’elles utilisent pour se défendre, mais qui, sur le corps de l’oiseau, agit comme un traitement naturel, aidant à éliminer les parasites et à soulager la peau. C’est un processus précis, presque délibéré, comme s’il appliquait un remède qu’il n’a jamais étudié, mais qu’il connaît à la perfection.
Ce comportement s’appelle l’anting, et il n’est pas exclusif aux corbeaux. Plus de deux cents espèces d’oiseaux le pratiquent, certaines de manière passive, se laissant simplement couvrir par les fourmis, et d’autres de manière active, prenant les fourmis avec le bec et les appliquant directement sur des zones précises du corps, comme si elles comprenaient où est le problème et comment le traiter.
Ce qu’il y a de plus fascinant, ce n’est pas le geste en lui-même, mais ce qu’il représente.
Le corbeau ne comprend pas la chimie, il n’a lu aucun livre ni appris à l’école, mais il sait où aller quand quelque chose ne va pas. Ce savoir n’est écrit nulle part, il se transmet sans mots, de génération en génération, comme une sagesse silencieuse qui n’a pas besoin d’explication.
Et peut-être qu’il y a là quelque chose que nous oublions parfois. Toute intelligence ne fait pas de bruit. Certaines simplement… savent quoi faire.
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