mardi 25 août 2026

Billets-Le mécanisme ukrainien


Le mécanisme ukrainien

par Dirk Ellerbrock 📍Alors que tombent, dans le Donbass, les dernières villes-forteresses ukrainiennes et que la défense aérienne de Kiev s’est pratiquement effondrée – selon les estimations de l’analyste militaire du RUSI, Jack Watling, d’un taux d’interception prétendument supérieur à 70 % à presque zéro –, Zelensky négocie, par l’intermédiaire de la Turquie, un moratoire sur les attaques contre la navigation en mer Noire. Sergueï Lavrov rejette froidement cette tentative de médiation. À première vue, c’est l’histoire de l’échec militaire d’un État. À y regarder de plus près, c’est autre chose : la manifestation la plus visible d’un mécanisme qui fonctionne depuis longtemps à au moins deux autres niveaux – l’un dans lequel la vie ukrainienne devient une marchandise, et l’autre dans lequel la guerre elle-même devient une garantie de sécurité pour le capital international. Celui qui ne regarde que le front voit un pays qui perd. Celui qui regarde les trois niveaux ensemble voit un système qui ne peut s’arrêter précisément parce qu’il génère, à chacun de ces niveaux, son propre cercle de bénéficiaires. Le front comme symptôme, non comme cause La situation militaire est claire. Les chiffres de Watling constituent un aveu de faillite : l’Occident dispose d’environ 200 missiles Patriot anciens et de 600 missiles intercepteurs PAC-3, tandis que la Russie produit annuellement environ 700 unités rien que des systèmes Iskander, et la tendance est à la hausse. Si l’on y ajoute les missiles « Kinjal » et « Kalibr », la capacité de production russe dépasse largement celle de l’Occident. La demande de Zelensky de recevoir 5 % du stock américain – environ 40 missiles – face à une production annuelle russe de plus de 1 400 unités ne relève plus d’une stratégie militaire, mais d’une tentative d’éteindre un incendie de forêt avec une pipette. Dans le Donbass apparaissent des zones de percée sur de vastes surfaces, Toretsk et Dorilia tombent, et à Zaporijjia les drones russes contrôlent déjà les dernières voies d’approvisionnement. Les blogueurs ukrainiens parlent ouvertement de soldats qui, faute de ravitaillement, sont obligés de boire de l’urine, car toute tentative de rotation se transforme en piège mortel. C’est la réalité, qui peut être prouvée par des chiffres. Mais elle ne répond pas à la question essentielle : pourquoi continue-t-on à se battre dans de telles conditions, au lieu de négocier ? Pourquoi Zelensky mendie-t-il par l’intermédiaire d’Ankara un moratoire, au lieu de poursuivre un armistice ? La réponse ne se trouve pas sur le champ de bataille, mais dans les deux niveaux qui se trouvent derrière. Le niveau de l’élite : la corruption comme système d’exploitation L’historienne ukrainienne Marta Havryshko – elle-même réfugiée de guerre, dont la famille habite encore dans le pays – l’a formulé ainsi dans une discussion avec l’ancien diplomate britannique Ian Proud à la mi-août : la guerre n’est plus depuis longtemps une lutte pour le territoire, mais est devenue un modèle d’affaires extrêmement efficace pour une élite restreinte autour de Zelensky. Les contrats de défense, les accords énergétiques, les fonds d’aide occidentaux affluent vers le sommet, tandis que les corps s’entassent en bas. La corruption, dit Havryshko, n’est pas un effet secondaire, mais le système d’exploitation. Remarquable est l’inégalité sociale qu’elle décrit : les pauvres, les ouvriers, les locuteurs de russe sont traités, en fait, comme matière première – recrutés de force dans la rue, maltraités dans les centres de recrutement, parfois inaptes et pourtant déclarés aptes, tandis que les unités d’élite filment elles-mêmes leurs vidéos de recrutement en russe, ce pour quoi les citoyens ordinaires sont publiquement stigmatisés. Havryshko se réfère aux données de Gallup, selon lesquelles la majorité des Ukrainiens souhaite désormais une fin rapide de la guerre – un état d’esprit que le récit officiel rejette comme.

Source :
Péonia
@Galadriell__



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