samedi 19 janvier 2019
vendredi 18 janvier 2019
Billets-Austérité : qui sera le dindon de la farce ?
Austérité : qui sera le dindon de la farce ?
Quand les caisses seront vides et que l’argent
ne rentrera plus, quelles seront les prestations touchées en premier.
Je reviens sur la
grande farce politique et cette tragi-comédie économique qu’est la
non-diminution des dépenses publiques et des déficits budgétaires. Pour repousser
sans cesse l’échéance du redressement d’un État-providence en faillite et
au bord du dépôt de bilan, Valls rejette ce qu’il appelle
« l’austérité » (qu’on ne lui demande d’ailleurs même pas : on exige
juste de la rigueur et de la discipline budgétaire). Mais comme il sait que
les Français sont terrifiés par le mot « austérité », il l’agite
comme un chiffon rouge pour ne rien faire et reporter sans cesse le
redressement à une date ultérieure. Ce qu’il ne dit pas, c’est que cette austérité
maudite, il l’inflige aux Français qu’il matraque fiscalement, alors qu’il ne
l’accepte jamais pour l’État qui refuse obstinément de se serrer la ceinture.
Alors quand on refuse de réduire le poids de l’État, que reste-t-il pour
continuer à aligner les ardoises ? C’est simple : il reste l’impôt, l’emprunt,
et… la réduction des prestations. Et dans tous les cas, ça va faire mal.
- Matraquage fiscal
Du côté des impôts et
taxes, les Français ont déjà donné. Les contribuables viennent de recevoir
leurs feuilles d’impôts et il ne faut sans doute plus trop les chercher
davantage de ce côté-là. Sinon ils achèteront tous des bonnets rouges pour
l’hiver. Après l’avoir combattue à l’époque, le pouvoir envisage une TVA dite
sociale pour remplir ses caisses vides , mais là aussi, il est possible que,
malgré le qualificatif de « sociale », les consommateurs déjà
ratiboisés n’apprécient pas vraiment une nouvelle taxe ! Comme ils n’ont plus
confiance et ont peur de l’avenir, les Français mettent leur épargne de côté,
mais ils savent bien que l’État lorgne avidement vers cette manne dormante et
que la spoliation de l’épargne n’est pas loin (la bonne Europe a déjà tout
prévu de ce côté-là avec la ponction directe sur les comptes
bancaires).
- Dette publique
Du côté des emprunts, l’État-qui-ne-renoncera-jamais-à-dépenser
a déjà propulsé la
dette à 2000 Mds d’euros pour la porter à près de 95% du PIB ! Il y a
évidemment le feu au lac et si vous et moi étions endettés à ce point, nous
arrêterions d’emprunter en déchirant immédiatement notre carte de crédit. Mais,
voyez-vous, nos énarques socialistes pensent autrement et comme avec la dette
ce sont les générations futures qui payent les ardoises, ils se moquent comme
de l’an 40 d’accroître la dette encore et encore. Ça permet de continuer à
dépenser allègrement : pour vous ce sont des dettes à payer, mais pour eux ce
sont des bulletins de vote. Donc pourquoi y renoncer ?
- Rabotage des prestations
Alors, que reste-t-il
? Eh bien, les prestations qui vont diminuer, et le dindon de la farce,
finalement, ce sera vous et moi. Aussi simple que ça.
Les prestations
sociales, les allocations, les aides, les primes en tout genre (vieillesse,
santé, famille, chômage, pauvreté, invalidité etc.) correspondent aux
versements d’argent que l’État-providence considère comme correspondant à des
« objectifs sociaux ». C’est l’avantage de l’État-Providence et c’est
évidemment parfait… Enfin, tant que la croissance est là, que l’État est riche
et qu’il y a de l’argent à distribuer. Mais quand il n’y a plus de croissance
et que les caisses publiques sont vides, alors il y a problème. En 2010, ces
prestations étaient de l’ordre de 430 milliards d’euros, soit 22% du PIB. Que
se passe-t-il d’après vous quand il n’y a plus d’argent dans les caisses
publiques et que l’État est en faillite ? Eh bien les robinets se ferment peu à
peu et l’État qui a refusé de se réformer fait payer la facture de son incurie
à ses citoyens spoliés : il diminue la valeur du point de retraite, diminue les
remboursements de Sécurité sociale, diminue les prestations, dérembourse les
médicaments, emprunte même pour payer les salaires de ses fonctionnaires !
- La fin de l’État-providence, ça va faire mal
Un jour prochain,
forcément, Valls, les yeux rougis par les larmes, viendra nous annoncer la
fin de l’État-providence socialiste. Quand cette austérité imposée arrivera
(les Grecs ont vécu cela), la seule question sera de savoir qui sera pénalisé
en premier : les vieux ? les handicapés ? les familles ? les jeunes ? On verra
bien… En tout cas quand les caisses sont vides et que l’argent ne rentre plus,
ce sont les prestations qui sont les premières touchées.
D’après vous, quelles
sont les allocations qu’ils diminueront en premier ?
- L’aide sociale à l’hébergement pour personnes âgées ?
- L’aide ménagère aux personnes âgées ?
- Les frais de garde à domicile pour personnes âgées ?
- L’allocation aux adultes handicapés (AAH) ?
- L’allocation de garde d’enfant à domicile ?
- L’allocation de logement à caractère familial (ALF) ?
- L’allocation de logement à caractère social (ALS) ?
- L’Aide Personnalisé au logement (APL)
- L’allocation de rentrée scolaire (ARS) ?
- L’allocation parentale d’éducation (APE) ?
- L’allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) ?
- L’allocation de solidarité spécifique (ASS) ?
- L’allocation de soutien familial (ASF) ?
- L’allocation d’éducation de l’enfant handicapé ?
- L’allocation équivalent retraite (AER) ?
- L’allocation journalière de présence parentale ?
- L’allocation personnalisée à l’autonomie (APA) ?
- L’allocation veuvage ?
- Les allocations familiales de base ?
- Le complément familial ?
- La prestation d’accueil du jeune enfant (PAJE) ?
- L’allocation d’adoption ?
- Le complément de libre choix de mode de garde ?
- Le complément optionnel de libre choix d’activité (Colca) ?
- Les prestations partagées d’éducation de l’enfant (PréParE) ?
- L’allocation journalière de présence parentale (AJPP) ?
- Les bourses de l’enseignement supérieur ?
- Les bourses de lycée et collège ?
- L’aide financière pour la fourniture de l’électricité ?
- L’aide financière pour la fourniture du gaz ?
- Le revenu de solidarité active (RSA) ?
- La prime de retour à l’emploi ?
- L’aide à la mobilité pour la reprise d’emploi (ARE)
- Etc.
Je n’ai évidemment pas
fait la liste exhaustive des prestations (à laquelle il faut encore ajouter les
trucs genre primes de Noël et toutes les aides de type Mairie de Paris que la
chère Anne Hidalgo continue de distribuer aux frais des contribuables) mais
c’est juste pour vous donner une idée de ce qui se passera quand l’État avouera
sa faillite à des citoyens éberlués, sidérés et abasourdis de se voir spoliés
comme les Grecs.
Mais peut-être ai-je
tort de m’inquiéter ? Je devrais sans doute faire confiance à Claude Bartolone,
le Président de l’Assemblée Nationale, qui nous a assuré : « On ne touche pas aux totems du progrès social ».
Source contrepoints.org
Billets-Progressistes et conservateurs : tous dirigistes
Progressistes et conservateurs : tous dirigistes
Le dirigisme n’a pas seulement
contaminé la droite, il se révèle très présent au sein de la présidence Macron
qui se voulait pourtant « révolutionnaire ».
Mon objectif est que la génération qui naît
aujourd’hui soit la première génération sans tabac.
Ce sont les mots de la
ministre de la Santé, Agnès Buzyn, exprimés peu après l’annonce par Édouard
Philippe d’une hausse du prix du paquet de cigarettes à 10 euros. Une mesure
infantilisante et injuste, dont les premières victimes seront les classes populaires.
Le dirigisme n’a pas
seulement contaminé la droite, il se révèle très présent au sein de la
présidence Macron qui se voulait pourtant révolutionnaire. Qui eût cru qu’on
puisse trouver un point commun aussi net entre En Marche! et une partie de
cette droite conservatrice pourtant si décriée par les adeptes d’Emmanuel
Macron ?
Leur unique différence
repose sur leur conception de la moralité, de ce qu’ils jugent bien ou mal.
Mais tous les deux s’accordent sur le fait d’imposer à autrui une vision morale
de ce que doit faire ou ne pas faire l’individu. Rien que ça.
En ce sens, ni
Emmanuel Macron ni François Fillon n’ont tenu un discours libéral durant cette
campagne présidentielle. L’un voulant imposer aux individus sa vision
progressiste de la société, l’autre sa vision conservatrice.
Redonner du pouvoir au peuple sur l’avenir de la
société
Il convient
aujourd’hui de redonner au peuple la conduite de sa propre vie et de laisser
respirer les différentes strates de notre société au rang desquelles la famille
tient une place prépondérante. La famille, mais aussi les associations, les
différents représentants religieux et les intellectuels sont là pour guider
l’individu vers le bien. Le rôle de l’État n’est pas de se substituer à eux.
L’État entend
aujourd’hui régir de son chef la vie intime des citoyens, par des décrets ou
des lois votées sans débat. Il est urgent de redonner au peuple le pouvoir de
décision sur les questions de société. Ces lois ne doivent pas être imposées
par un État tout-puissant, au risque de conduire notre société dans une posture
tendant à diviser la France en deux, entre ceux qui seraient les
« réactionnaires », et ceux qui seraient les
« visionnaires », autant de qualificatifs trop souvent exagérés.
Si une partie des
Français ont manifesté contre la loi sur le mariage pour tous, c’est avant tout
contre la façon avec laquelle ce débat a été mené.
Emmanuel Macron avait
d’ailleurs eu la clairvoyance de l’admettre dans un entretien à l’Obs en février dernier. Les porteurs de cette
loi ont voulu le faire au nom d’une forme de moralisme, et ont souhaité imposer
aux autres leur vision de la société. Le débat a donc vu opposer deux camps :
les moralisateurs progressistes contre les moralisateurs conservateurs.
Deux caricatures qui
s’auto-alimentent laissant les authentiques défenseurs de la liberté sur le
banc. Personne n’a ainsi su défendre l’idée de la suppression du mariage civil
et du PACS au profit d’un simple contrat d’union civile qui aurait été le véritable
progrès.
Il est d’ailleurs
assez amusant de voir aujourd’hui certains catholiques conservateurs défendre
ardemment le mariage civil, alors que celui-ci, instauré en France en 1792,
répondait à une volonté des Révolutionnaires de dégager l’institution du
mariage de l’influence des institutions religieuses pour affaiblir le
mariage religieux.
Être libéral ce n’est être ni progressiste ni
conservateur
C’est non seulement
souhaiter que l’individu décide seul ce qui est bon pour lui, mais également
que cet individu participe activement au débat sur le vote des lois de société
si une loi semble malheureusement inévitable.
Car la loi ne doit pas
être le préalable à tout. Elle ne doit être exceptionnellement établie que
lorsqu’un comportement enfreint la liberté d’autrui et non pour édicter une
conduite morale à suivre.
Il est donc urgent
d’établir un système de contrôle des lois de société, via des instances
composées d’associations pluralistes et de professionnels, pour évaluer si tel
ou tel projet de loi ne risque pas de porter atteinte à la liberté des
individus et aux droits fondamentaux.
Le comité d’éthique
n’a aucune légitimité à partir du moment où ses membres sont en grande partie
désignés par le chef de l’État. Des lois de société ayant déjà été votées
pourront également être évaluées a posteriori. Le progrès ne doit pas être la
règle : c’est la liberté qui doit primer.
Car, après tout, de
véritables questions sur ces sujets de société sont légitimes. Si nous prenons
l’exemple de la GPA, quid des droits de l’enfant ? Lui impose-t-on quelque
chose ? Est-ce contraire à sa liberté individuelle ? Encore une fois, une
approche libérale des questions de sociétés n’ira pas forcément dans le sens de
ce qu’on nomme le progrès.
Une liberté d’expression bafouée au profit du progrès
Aujourd’hui néanmoins,
une chose m’inquiète davantage : la liberté d’expression se réduit de plus en
plus face à la dictature des progressismes et des conservatismes.
J’aimerais une société
où chacun puisse dire ce qu’il pense, où chacun puisse dire en quoi il croit,
et ce jusqu’aux questions aussi délicates que celle de l’avortement. Nous
n’avons pas à obliger les individus à y adhérer personnellement. Si certains n’en
sont pas à titre personnel enchanté, c’est leur droit de l’exprimer. Tant
qu’ils ne veulent pas l’imposer aux autres.
Ce qui compte c’est de
garantir la liberté de choix. De quel droit pourrions-nous décréter ce qui est
bien ou mal pour autrui ? De quel droit devrions-nous jeter l’anathème sur
quiconque ?
On n’est pas
« réac » parce que, comme le disait François Fillon, on n’est pas « personnellement pour l’avortement ».
Tout comme on n’est pas « gauchiste » parce qu’on peut être favorable
à la PMA. Le meilleur exemple en la matière est Simone Veil : à
l’initiative de l’IVG, elle a pourtant exprimé des réticences sur le mariage
pour tous. Peut-on pour autant la qualifier de réac ? Personne n’osera le
prétendre.
Depuis des décennies,
la liberté d’expression a reculé parce qu’on a imposé le progrès par la
procédure. Il faut y prendre garde. Ce n’est qu’en créant un engouement
populaire pour le progrès, et en suscitant une réelle adhésion, que nous lui
donnerons un sens profond et que nous saurons l’imprimer durablement .
Revitaliser le débat sur la PMA
Le président Macron va
devoir prendre en compte cette aspiration de la société à plus de liberté et de
démocratie : un vrai débat devra être engagé sur la PMA, et pas seulement entre
politiciens adeptes des postures, mais avec des professionnels, des membres de
la société civile, des représentants des associations familiales.
La question devra être
engagée sur l’ensemble des sujets, de la GPA au transhumanisme. L’argument
selon lequel il faut légaliser pour mieux contrôler ne suffit plus, et pour
éviter cela il faut être en mesure de se projeter sur plusieurs années et non
se contenter d’avancer pas à pas.
Quelle droite pour demain ?
La droite va devoir
trancher cette question aux prochaines élections internes : souhaite-t-elle
être un parti aussi moralisateur que l’a pu être le parti socialiste ou
peut-elle réellement remettre la liberté au cœur de son projet, rompant ainsi
avec la culture du dirigisme ?
En cela, sans tomber
dans le sectarisme et parler d’exclusion, la place d’un mouvement comme Sens
Commun, qui prône avant tout une culture du religieux, devra être tranchée.
Non pas que ce ne soit
pas une bonne chose d’être croyant ou d’y puiser une inspiration, mais cette
croyance ne doit pas être brandie comme un argument politique. Nous n’avons pas
besoin d’une Terra Nova de droite… ni de gauche.
Source contrepoints.org
Par Erik Tegnér.
Billets-Crimes, prostitution et argent sale… si la France les incluait dans le calcul du PIB
Crimes, prostitution et argent sale… si la France les
incluait dans le calcul du PIB
Les
trafics de drogues, d’armes et la prostitution pourraient rentrer dans le
calcul du PIB de l’Italie, dont l’économie souterraine est estimée à 10,9% du
PIB, tout comme en France.
Et si,
pour augmenter notre PIB, on prenait en compte les revenus générés par le
trafic de drogue et la prostitution ? L’idée a fait son chemin en Italie
puisque l’an prochain, l’économie souterraine sera incluse dans le calcul de
son produit intérieur brut (PIB).
- Une proposition soutenue par le Parlement européen
Selon
les prévisions d’Eurostat, l’organisme européen en charge des statistiques de
l’Union européenne, ce rajout pourrait bien faire bondir le PIB italien. Ce
dernier augmenterait ainsi de 2,4%, soit un point de plus que les prévisions.
Le jeu peut en avoir la chandelle. En 2012, la Banque d’Italie a évalué la
valeur de l’économie informelle à 10,9% du PIB.
Cette
mesure ne sera pas spécifique à l’Italie. Le Parlement européen a demandé, en
février dernier, aux États membres de chiffrer les revenus provenant de leur
économie souterraine, dans le PIB, et cela dès 2014. La raison mise en avant
par l’institution européenne est le souci d’équité.
À titre
d’exemple, la vente de cannabis, légale aux Pays-Bas, dope le PIB du pays, par
rapport à un autre où ce commerce reste hors-la-loi.
- Une économie souterraine qui représente 10,8% du PIB en France
Selon une étude
publiée en mai 2013 par l’Institut économique
Molinari, l’économie souterraine en Europe représenterait 19,3% du PIB cumulé.
En France, la prostitution, le trafic de drogue et autres sont évalués à 10,8%
du PIB, soit 219,2 milliards d’euros.
« En
France, une cigarette fumée sur cinq provient du marché noir », explique
Cécile Philippe, directrice de l’Institut. En ce qui concerne la vente d’alcool
sur le marché, elle ne représente que 3% des ventes globales, car
« l’alcool est peu fiscalisé en France, contrairement à d’autres pays
comme la Suède où cela représente 54% du marché », ajoute-t-elle.
Mais la prise en compte de l’économie souterraine dans le
calcul du PIB français ne semble pas être d’actualité. L’Insee, joint
par Challenges, est catégorique : « Nous n’incorporons pas
les activités illégales dans ces estimations, dans la mesure où les
circonstances dans lesquelles s’effectuent ces activités (dépendance des
consommateurs de stupéfiants, esclavage sexuel dans certains cas) ne permettent
pas de considérer que les parties prenantes s’engagent toujours librement dans
ces transactions. »
- Une évaluation approximative
Les
sommes générées par l’économie parallèle des cinq premières puissances
européennes (l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni),
comptent pour les deux tiers du total européen, détaille l’étude. Si l’économie
informelle « venait à disparaître […], cela pourrait même paradoxalement
pénaliser l’économie dite ’officielle’. La seule solution pérenne consiste à
’libérer’ le marché légal », analysent les auteurs du rapport.
Plusieurs
méthodes ont été utilisées afin de chiffrer cette économie. La consommation
d’électricité, les montants d’argent liquide utilisés dans l’économie, les
résultats d’audits et les redressements fiscaux.
Source institutmolinari.org Article de Marie-Pierre Haddad
Billets-Les énarques : une oligarchie dépassée
Les énarques : une oligarchie dépassée
Pourquoi la France,
pays disposant d’atouts naturels et humains, réussit-elle moins bien que
certains de ses voisins ? Pourquoi le pessimisme sur l’avenir est-il un mal
typiquement français ? Pourquoi ce pays ne parvient-il pas à s’adapter à la
réalité contemporaine qui est le dépassement de l’État-nation et l’évolution
vers une globalisation scientifique, économique, financière et parfois même
associative ? Toutes ces questions comportent des réponses complexes, mais les
quelques milliers de personnes qui constituent la haute administration
française ont nécessairement, puisqu’elles dirigent le pays, une part
importante de responsabilité dans la situation actuelle. D’autant que la
situation française est tout à fait singulière.
Les spécificités historiques
Un État-nation très
centralisé se construit très tôt en France et ses dirigeants accumulent un
pouvoir écrasant la société civile. La monarchie absolue, le jacobinisme,
l’Empire napoléonien, la troisième République sont des régimes politiques
glorifiant l’État et mettant l’élite à son service. L’aristocratie d’Ancien
régime a été remplacée par une aristocratie d’Empire puis par une aristocratie
républicaine. Mais toujours, une petite oligarchie a détenu l’essentiel de la
compétence et du pouvoir dans la sphère publique.
En 1945, ce travers
bien français est accentué par la création de L’École nationale
d’administration (ENA). Les hommes qui ont présidé à la naissance de l’ENA,
sous le gouvernement provisoire de la République (1944-1946), sont le général
de Gaulle, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, et
Michel Debré. Inutile de préciser que ces hommes sont bien loin du libéralisme.
Ce sont des étatistes convaincus, qui veulent construire un État puissant et
s’en donnent les moyens. Leur réussite sera complète.
Compétence et conquête du pouvoir
La noblesse d’État
sera donc désormais formée, et même formatée, dans une école spécifique. Coupée
de la société civile, cette caste maîtrise parfaitement les rouages complexes
de l’administration et des institutions républicaines. Elle connaît les finesses
du droit public et dispose d’une compétence sans partage en matière de finances
publiques. Les politiciens, désignés ou élus, doivent composer avec cette
technocratie d’État, car sans elle, ils ne sont rien : sans la bonne volonté
des administrations, impossible d’agir.
Peu à peu, à partir du
milieu des années 1960, les énarques vont coloniser les cabinets ministériels
et les fonctions politiques. Le statut de la fonction publique leur est très
favorable. Un fonctionnaire élu est placé en position de détachement et peut
retrouver son poste s’il n’est pas réélu. Le risque est donc nul. Pourquoi
alors ne pas cumuler la compétence du haut fonctionnaire et le pouvoir du
politique ? On imagine la puissance que cela représente : être beaucoup plus
compétent que la plupart des députés du fait de l’expérience professionnelle et
disposer de la légitimité démocratique par l’élection. La combinaison est
presque toujours gagnante. Le risque, encore une fois, est pratiquement nul.
Un cas unique au monde
Il existe des
études statistiques permettant d’apprécier l’importance numérique et le
pouvoir des énarques dans le monde politique et les cabinets ministériels .
Mais sans entrer dans ces détails, chacun peut très facilement constater cette
spécificité française en se limitant aux plus hautes fonctions politiques.
Après la période de fondation de la Ve République par le général de Gaulle
(1958-1969), six Présidents de la République (PR) se sont succédés. Trois
d’entre eux sont des énarques (Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac, François
Hollande). En ce qui concerne les premiers ministres (PM), sur la même période
(1969 -2015), les énarques dominent également. Le tableau suivant fournit un
panorama d’ensemble :
Sur une période
d’environ 46 ans, le Président a été un énarque pendant 21 ans et le Premier
ministre pendant 25 ans, soit 55% du la durée totale. Mais les périodes où ni
le Président ni le Premier ministre ne sont des énarques se limitent à une
dizaine d’années. Un énarque a donc été présent dans le couple Président –
Premier ministre pendant environ 36 années sur 46.
Ce phénomène est
unique au monde. Une seule école a une place prépondérante en France dans le
recrutement des gouvernants depuis la fin des années soixante. Dans tous les
autres pays développés, le recrutement est beaucoup plus diversifié. Prenons
deux exemples sur la même période : Allemagne et États-Unis.
Pourquoi le système français conduit-il à l’échec ?
Tout simplement parce
que la formation des énarques est étroite, sans ouverture sur la diversité
sociale, économique, technologique, scientifique. Le secteur public, rien que
le secteur public pour l’écrasante majorité de ces hauts fonctionnaires qui régentent
le pays. L’actuel Président de la République constitue un exemple presque
caricatural de cette expérience limitée. Candidat socialiste par défaut, il
parvient au poste suprême pour l’unique raison que les meilleurs de son camp
(Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn) ont été écartés par des ennuis
judiciaires. L’improbable se produit donc et un énarque-apparatchik pur, sans
aucune expérience ministérielle, accède à la présidence. Il maitrise
parfaitement les combinaisons partisanes et électoralistes, dispose d’une vaste
culture politique, économique et juridique, mais n’est jamais sorti du cercle
de la technocratie publique et des cadres des partis politiques. Il ignore tout
de la vie vécue par 99% de ses contemporains. Son monde est celui des
équilibres politiques subtils et de l’évitement stratégique. Ce profil est
archétypal de la haute fonction publique. Combien de petits François Hollande
gouvernent la France ?
Les énarques ne sont
pas adaptés au monde ouvert qui est le nôtre. Créée par des étatistes après la
seconde guerre mondiale, l’ENA pouvait représenter un atout dans une France aux
frontières hermétiques, se protégeant de la concurrence par des droits de douane
et des contingentements. Le capitalisme de connivence pouvait fonctionner avec
une certaine efficacité dans un contexte purement national. Mais l’ouverture
des frontières change la donne car la connivence n’existe pas à l’échelle
internationale. Lorsque le pays doit affronter la concurrence des pays de
l’Union européenne (libre circulation), celle des pays émergents et celle des
pays développés extra-européens (abaissement des obstacles aux échanges), les
petits arrangements au sein de l’élite politico-administrative représentent un
handicap. Il n’est plus question d’utiliser les subterfuges traditionnels pour
tromper la population, en particulier la dévaluation de la monnaie. La France
était auparavant une grande adepte de la dévaluation qui permettait de masquer
à la population l’inefficacité relative de sa gestion publique. L’inflation
constituait une autre supercherie : la Banque de France pouvait créer de la
monnaie sur instruction gouvernementale et rembourser ensuite la dette publique
en monnaie de singe. Cette époque est définitivement révolue.
Il faut désormais être
compétitif, s’adapter sans cesse aux évolutions, bref accepter la concurrence.
Du fait de sa formation, l’aristocratie républicaine en est incapable.
L’attitude archaïque de la France en Europe ressemble donc, dans son principe,
à celle de la Grèce : promettre toujours, mais ne jamais tenir, mentir pour
obtenir des délais, éviter la confrontation au réel par des manœuvres
politiques. Ce ne sont pas les Français qui refusent le monde actuel,
puisqu’ils fuient de plus en plus le pays pour s’installer à l’étranger. Ce
sont leurs dirigeants, une caste fermée sur elle-même et protégeant ses
privilèges au détriment de la population entière.
Les manœuvres
politiques ne fonctionnent plus aujourd’hui. L’élite administrative et
politique française est totalement rejetée par la population. Il suffit
d’écouter. Deux thèmes reviennent souvent dans les discussions du Café du
Commerce : on ne comprend rien à ce qu’ils racontent ; ils ne font qu’augmenter
les impôts sans rien donner en contrepartie. L’insatisfaction grandissante des
Français et les succès électoraux du Front National sont les premiers symptômes
de la fin de l’énarchie.
Source contrepoints.org
Billets-Qu'est-ce que la désobéissance civile ?
Si l'expression " désobéissance civile "
a connu depuis quelques décennies un large succès, il n'est pas certain que ses
utilisateurs l'emploient toujours à bon escient. On peut même supposer que
l'imprécision dans son usage explique en partie son succès : elle offre à de
nombreux groupes contestataires la possibilité de désigner leurs pratiques par
une expression qui, grâce aux campagnes de Gandhi et de King notamment, est
perçue comme valorisante. Auraient-ils l'impression qu'en se référant ainsi
implicitement à de prestigieux et respectables ancêtres, ils ouvrent un
parapluie protecteur sur leurs propres pratiques ? Ce serait là une regrettable
confusion entre deux aspects qu'il importe de distinguer : celui de la définition et celui de la justification de ce genre d'actions. Pour
traiter sereinement de la définition de la désobéissance civile, il faut mettre
de côté les jugements de valeur. La question de savoir si la désobéissance
civile est parfois légitime, et si oui à quelles conditions.
Quatre fois civile
En quel sens la désobéissance est-elle " civile " ? Le mot peut
être interprété de quatre manières différentes:
- " civil "
renvoie d'abord à la notion de citoyen. Le
mot souligne ainsi qu'il ne s'agit pas d'une rupture de citoyenneté, d'un acte
insurrectionnel contre la communauté politique dont on fait partie. Il s'agit
plutôt d'un acte de " civisme " au sens fort : une volonté d'oeuvrer
à l'intérêt général, y compris en payant de sa personne. Cet acte de citoyens
s'adresse à des citoyens : il fait appel à l'opinion publique, estimant qu'elle
peut comprendre l'objet du conflit et intervenir pour sa solution. C'est
pourquoi dans les sociétés non démocratiques, où l'" espace public "
est peu développé, seules des formes tronquées de désobéissance civile sont
possibles.
- " civil " peut
aussi se comprendre comme l'opposé de " militaire ", selon une
opposition linguistique qui reste pertinente dans la plupart des langues : on
s'habille " en civil " quand on quitte un uniforme ; on dit "
les civils " pour désigner les personnes qui ne sont pas militaires.
Certes, la désobéissance civile peut être pratiquée par des militaires ; mais
ils ne la pratiquent alors, précisément, que dans la mesure où ils renoncent à
l'usage (ou à la menace d'usage) des armes. L'exemple typique d'une
désobéissance civile des militaires, c'est le refus de tirer quand on en reçoit
l'ordre (comme certains officiers russes à Prague en 1968). C'est donc l'aspect
non-violent de la désobéissance civile
qui est ainsi souligné.
- " civil "
s'oppose également à " criminel ". Les " délits " dont il
s'agit sont toujours de nature politique, même
quand les instances judiciaires refusent de les traiter comme tels. On ne peut
pas qualifier de " civile " une désobéissance à la loi visant à
promouvoir des intérêts égoïstes.
- un sens du mot " civil "
auquel Gandhi attachait une grande importance est celui qui évoque la
politesse, la courtoisie . La "
civilité " de la désobéissance se marque par le respect des personnes
auxquelles on a affaire au coeur même d'une lutte contre des lois, des
politiques ou des systèmes.
Désobéir, ou obéir autrement ?
Le mot " désobéissance " semble plus
facile à définir. Par opposition à l'infraction (qui peut être non
intentionnelle : on " se trouve " en infraction), le mot désigne
l'accomplissement délibéré d'une action interdite par une loi ou un règlement
en vigueur (ou le refus d'accomplir un acte auquel la loi oblige).
Mais qu'est-ce qu'une " loi en vigueur " ?
Notre époque a vu se multiplier les différents niveaux de lois : on en appelle
par exemple d'une loi nationale à des Conventions internationales, voire à la
Déclaration universelle des droits de l'Homme. Ou bien, dans les États
fédéraux, d'une loi locale à la loi fédérale... Il arrive donc fréquemment que
l'on justifie la désobéissance à une loi
au nom de l'obéissance à une autre loi, estimée supérieure. Ce fut
notamment le cas dans le Mouvement des droits civiques aux États-Unis : pour
justifier ses violations des lois racistes de certains États du Sud, il
s'appuyait sur les lois votées à Washington déclarant illégale la discrimination
raciale. Ainsi la discrimination dans les mares routières avait-elle été
interdite depuis longtemps par la loi fédérale lorsque commencèrent les " freedom rides ", ces voyages en
bus dans les États racistes, au cours desquels les militants blancs et noirs
utilisaient ensemble les installations des gares routières. Était-ce de la
" désobéissance civile " ?
On en a beaucoup discuté aux États-Unis à
l'époque. Certains estimaient que ces actions ne constituaient pas des
transgressions de la loi, mais des manières de " faire appel " à la
loi, en obligeant les tribunaux à trancher. Mais on peut aussi considérer la
chose du point de vue de ceux qui prenaient le bus pour le sud : ils avaient
beau savoir que leur acte n'était pas formellement une infraction et que leur
droit serait reconnu tôt ou tard, ils étaient néanmoins confrontés dans
l'immédiat à toutes les pénibles conséquences d'une infraction à une loi en
vigueur : arrestations souvent brutales, amendes, emprisonnement...
On peut donc retenir, avec Burton Zwiebach, un
critère plus pragmatique que juridique : "
Pour déclarer qu'un acte est "
désobéissant ", il importe peu de savoir que la règle sera probablement abrogée par l'autorité supérieure
ou bien que l'on découvrira que
l'autorité exigeant l'obéissance a agi
en dehors des limites de son autorité. Du moment qu'une règle formellement valide ou une autorité publique formellement reconnue est désobéie par quelqu'un à
l'intérieur des limites de sa juridiction apparente, l'acte est une
désobéissance. "
Les différentes définitions qui ont été
proposées de la désobéissance civile s'accordent généralement sur son caractère
public (non secret), politique (non criminel), pacifique (non violent). Mais elles divergent
sur la nécessité d'inclure ou non une référence aux motivations subjectives des
acteurs et notamment à des motifs " de conscience ". C'est en fait le
rapport de la désobéissance civile à une notion très voisine, celle d'"
objection de conscience ", qui est ainsi posé.
Désobéissance civile et objection de conscience
L'expression " objection de conscience"
apparaît pour la première fois, semble-t-il, en Angleterre vers la fin du
XIXème siècle, à l'occasion d'un large débat d'opinion sur la vaccination
obligatoire. Ce débat aboutit, en 1898, à une loi qui prévoit des exemptions
pour ceux qui feraient état d'une " conscientious objection " à la
vaccination de leurs enfants. L'expression fut reprise, et rarement vulgarisée,
lors des débats ultérieurs sur le service militaire obligatoire. Aujourd'hui
encore, on a tendance à réserver l'expression au domaine des obligations
militaires, ce qui est une erreur historique et logique : il y a objection de
conscience chaque fois qu'un individu refuse de se soumettre à une obligation
légale pour des motifs de conscience, quelle que soit la nature de cette obligation.
La conviction que tout être humain a le droit -
ou même le devoir - d'obéir à sa conscience plutôt qu'à l'autorité politique en
cas de conflit entre les deux est ancienne : d'Antigone aux martyrs chrétiens,
plusieurs exemples dans l'Antiquité rappellent qu'il ne s'agit pas là d'une
conquête de l'individualisme moderne. Mais cette conviction fonde le droit à
l'objection de conscience, non à la désobéissance civile. Elle dit à un
individu, pris dans un conflit entre deux lois, qu'il doit obéir à la loi
supérieure à ses yeux, fût-ce au prix de sa liberté ou de sa vie. Mais elle ne
lui dit rien quant aux moyens par lesquels pourrait être modifiée ou abolie la
loi qu'il estime " mauvaise ". Il faudrait en effet entrer alors dans
de tout autres considérations, notamment politiques, tactiques, stratégiques,
celles précisément que la désobéissance civile va prendre en compte.
Pour Antigone, le choix est simple : obéir à
Créon ou aux Dieux. En désobéissant à la loi de Créon qu'elle estime impie,
elle ne se donne pas pour but de changer cette
loi. Sans doute le souhaiterait-elle, mais elle n'en a pas le pouvoir. Elle
reste enfermée dans le dilemme tragique - elle en mourra - précisément parce
qu'il n'est pas en son pouvoir d'en modifier les termes. Chercher à se donner
ce pouvoir, ce serait entrer dans une problématique de désobéissance civile.
Le mot " conscience " renvoie d'abord
à quelque chose d'individuel. Même si des milliers de personnes adoptent,
vis-à-vis d'une loi donnée, une même attitude d'objection de conscience, ce
n'est jamais que la conjonction de milliers d'attitudes individuelles. Certes,
cela peut créer une force et même favoriser une éventuelle modification de la
loi, mais comme par surcroît. " Fais ce
que dois, advienne que pourra " : ainsi se résume la préoccupation
de l'objecteur.
Dans la désobéissance civile, en revanche, la
considération des effets de l'acte est
essentielle. Bien sûr, les acteurs entendent ne rien faire qui soit contraire à
leur conscience individuelle - et, en ce sens, la désobéissance civile n'est
jamais pur pragmatisme - mais ils visent à obtenir des résultats pour d'autres
qu'eux-mêmes. Leur préoccupation première n'est pas de mettre leur conscience
en paix résolvant ainsi le problème pour eux-mêmes - mais de modifier une loi
ou une politique pour toute la cité. C'est d'ailleurs ce projet qui, dans une
société démocratique, rend la légitimité d'une désobéissance civile beaucoup
plus problématique que celle d'une objection de conscience.
Pour obtenir des résultats, il faut
s'organiser, se donner des objectifs réalistes, analyser la situation, créer un
rapport de forces. Les diverses actions
de désobéissance civile mises en oeuvre dans la lutte du Larzac restent à cet
égard exemplaires. Il ne suffisait pas aux paysans de savoir qu'ils avaient
moralement raison de construire une bergerie sans permis ou de renvoyer leurs papiers
militaires il fallait aussi que ces actions illégales contribuent à renforcer
leurs positions sur le terrain et dans l'opinion publique.
La notion de " rapport de forces "
est donc essentielle dans la désobéissance civile, alors qu'elle est totalement
étrangère à l'objecteur de conscience. Très souvent, ce rapport de forces est
créé par le nombre des "
désobéissants " qui se coordonnent dans une action collective. Les simples
moyens de répression peuvent être parfois paralysés. Un des objectifs fréquents
des campagnes de désobéissance civile de Gandhi était de " remplir les
prisons ". Les campagnes de refus concerté de l'impôt s'appuient sur la
même analyse : un refuseur isolé, c'est une protestation morale. Dix mille
refuseurs, c'est une menace de désorganisation des systèmes de perception,
menace dont tout Gouvernement doit tenir compte.
Le critère du nombre n'est cependant pas
absolu. Des objecteurs en grand nombre peuvent très bien n'exercer aucune
pression : si la loi prévoit pour eux une exception, ils peuvent se tenir
satisfaits. Ce qui leur importe en effet, ce n'est pas que la loi soit
meilleure pour tous, mais qu'elle ne les contraigne pas, eux, à agir mal. Bien
des sectes religieuses ont des objections de conscience de ce type...
Inversement, un petit nombre de personnalités connues et respectées peuvent
exercer une forte pression par une désobéissance civile. Ainsi, en 1998, en
France, des artistes ont fait savoir qu'ils désobéiraient à une loi sur les
expulsions d'étrangers en hébergeant chez eux des personnes expulsables.
Désobéissance directe et indirecte
Quand des personnes décident de commettre des
actes considérés comme illégaux, c'est parce qu'à leurs yeux ces actes sont
" légitimes " en fonction d'une autre loi (ou d'une loi d'un autre
ordre : moral, religieux). Une telle décision exige de fortes motivations
personnelles, lesquelles se fondent nécessairement, en dernière analyse, sur
des convictions profondes d'ordre éthique, qui sont bien du même ordre que
celles qui inspirent une " objection de conscience ". Mais si la
mention de ces convictions ne doit pas entrer dans la définition même de la
désobéissance civile, c'est parce qu'il n'y a pas de lien direct et immédiat entre les motivations
éthiques et l'action choisie. Il y a toujours la médiation d'une analyse des
possibles, d'une stratégie, d'une évaluation des conséquences. En somme, il y a
calcul.
C'est pourquoi la désobéissance civile est très
souvent indirecte : alors que la
désobéissance civile directe consiste à enfreindre la loi que l'on veut voir
modifier (exemple : pour les " freedom rides ", la loi de ségrégation
dans les gares routières), celle qui est indirecte consiste à enfreindre une
autre loi, choisie pour des raisons tactiques, mais que l'on ne conteste pas en
elle-même. Ainsi, lorsque des citoyens et des élus du Finistère, en 1980, sont
allés perturber la circulation ferroviaire en s'asseyant sur la voie ferrée
pour obtenir que la SNCF rétablisse certains arrêts de trains, ils ne
demandaient pas à la SNCF de modifier le règlement qui interdit l'entrave à la
circulation des trains ! Leur acte collectif illégal visait à faire pression
sur un autre point : la politique de desserte ferroviaire des petites
localités. De même, ceux qui ont occupé des locaux diplomatiques (américains
pendant la guerre du Vietnam, espagnols au moment d'exécutions d'opposants par
Franco) ne protestaient pas contre la loi qui interdit qu'on occupe ce genre de
locaux, mais contre la politique des pays concernés. Quoi qu'on puisse penser
de l'efficacité et de la légitimité de ce genre d'actions, on ne peut manquer
d'en percevoir la différence de nature avec la désobéissance d'Antigone.
Le martyr et le stratège
Il ne faut pas chercher à hiérarchiser
objection de conscience et désobéissance civile. Elles ne se jugent pas en
fonction des mêmes critères. Il est des circonstances où le critère
d'efficacité n'est pas pertinent : l'objection de conscience peut alors rester
le dernier témoignage d'une liberté écrasée. Ce fut le choix de Franz
Jagerstatter, cet admirable paysan autrichien, qui ne put opposer à la machine
hitlérienne que son refus obstiné de porter les armes à son service, et qui
mourut décapité. Un esprit " tactique " lui aurait conseillé de se
soumettre, faisant valoir qu'un soldat humain et non-violent pourrait "
limiter le mal " au cours de certaines opérations. Il préféra le refus
radical, jusqu'à l'échafaud. Mort totalement inutile selon les critères
d'efficacité. Mais qui peut dire que son choix était " supérieur " ou
" inférieur " à celui des hommes qui cherchèrent à assassiner Hitler,
ou à celui des populations norvégiennes qui affaiblirent l'occupant par une
stratégie concertée de désobéissance civile ?
Chaque situation appelle des choix différents.
Personne n'a la garantie de faire toujours le bon choix. Mais analysons chacun
pour ce qu'il est. Évitons notamment d'interpréter les actions de désobéissance
civile en termes d'objection de conscience. Parler de " gestes
prophétiques " ou de " courageux témoignages " à propos d'actes
de désobéissance civile, c'est ramener au registre "moral" ce qui
doit être jugé d'un point de vue politique.
Certaines objections de conscience, dans la
mesure où elles ne se donnent pas d'objectifs politiques et ne risquent pas
d'être contagieuses, peuvent être assez bien tolérées par les pouvoirs
politiques, du moins par ceux qu'une idéologie totalitaire ne pousse pas à
chercher le contrôle absolu sur les individus. C'est ainsi que, dans les pays
démocratiques, certaines législations touchant des problèmes éthiques
(avortement, entraînement au port d'armes) comportent des " clauses de
conscience ". Il est alors possible de faire valoir légalement une objection de conscience. Ce fait illustre bien
la distinction avec la désobéissance civile : l'idée même d'une reconnaissance
légale de la désobéissance civile serait une contradiction dans les termes. Si
la désobéissance civile est parfois légitime (ce
qui est à discuter cas par cas, et de façon très restrictive dans les régimes
démocratiques), elle ne saurait être légale au
sens du droit positif.
En pratique, une distinction moins nette
Cette distinction à établir entre les notions de désobéissance civile et d'objection
de conscience est évidemment moins nette dans la pratique : très souvent une
objection de conscience évolue en désobéissance civile, notamment quand on
réalise qu'il est peu satisfaisant, y compris d'un point de vue éthique, de
s'en tenir à une démarche individualiste. De fait, si je suis vraiment
convaincu (au nom d'une éthique qui est mienne mais que je pense universelle)
que telle loi ou telle politique est "injuste" est-ce que j'agis
moralement en cherchant seulement à dégager ma responsabilité personnelle ? Ne
dois-je pas viser à modifier cette loi ou cette politique, même au prix de
compromis, de retards, d'alliances avec des forces qui ont d'autres motivations
éthiques ?
Inversement, la plupart des personnes qui se
sont engagées dans une action collective de désobéissance civile sont
disposées, en cas d'échec de leur campagne, à poursuivre au moins une objection
individuelle, par principe moral, à la loi ou à la politique qu'elles n'ont pu
changer. Distinctes en théorie, objection de conscience et désobéissance civile
sont donc fréquemment associées en pratique, ce qui explique que la confusion
persiste dans les esprits.
Essai de définition
Au terme de ces réflexions, il est possible de
proposer une définition de la notion de désobéissance civile, ne serait-ce que
pour la soumettre à une plus large discussion :
la désobéissance civile est une forme d'action non-violente par laquelle des citoyens, ouvertement et
délibérément, transgressent de manière
concertée une (ou plusieurs) loi (décret,
règlement, ordre émanant d'une autorité légale) en vigueur, dans le but d'exercer soit directement soit
indirectement (par l'appel à l'opinion publique) une pression sur le législateur ou sur le pouvoir politique, pression
visant soit la modification de la loi
transgressée soit la modification d'une
décision politique, soit même - très exceptionnellement -
le renversement de ce pouvoir.
Danger pour la démocratie
?
Brûlante est la question de la légitimité de la
désobéissance civile dans une démocratie. Dans un régime non démocratique, en
effet, il n'y a guère à hésiter : non seulement la désobéissance civile est
légitime, mais elle constitue souvent le seul moyen non-violent permettant de
s'opposer à de tels régimes ou au moins d'en limiter la nocivité. Mais lorsque
les lois sont votées par une majorité élue sans fraude et sans intimidation,
lorsque les politiques sont définies par un Gouvernement émanant d'un suffrage
universel, peut-on admettre que des citoyens - même avec les motivations
éthiques les plus respectables qui soient - organisent des actions illégales en
vue de modifier les lois et politiques qu'ils réprouvent ? Si tout le monde en
faisait autant, où irait-on ?
A priori, il semble donc que la plus grande
prudence s'impose avant de légitimer la désobéissance civile dans une
démocratie. Ce ne pourra jamais être qu'à titre d'exception. D'après la plupart
des auteurs de philosophie politique qui ont traité la question (notamment
Hannah Arendt, John Rawls et Jürgen Habermas), de telles exceptions existent
pourtant. Elles s'appuient sur deux constats :
- La démocratie, ce n'est pas seulement le
respect du vote majoritaire : c'est aussi le respect de l'État de droit et de
quelques principes fondamentaux. Car, contrairement à ce qu'affirmait une
formule devenue célèbre, on n'a pas "... juridiquement tort " du seul
fait que l'on est " politiquement minoritaire " ! Même une majorité
régulièrement élue ne saurait légitimement adopter une disposition contraire à
la Déclaration des droits de l'Homme, aux grands principes constitutionnels,
aux conventions internationales signées par la France, etc. Certaines formes de
désobéissance civile peuvent donc se justifier, contre la décision prise à un
niveau, comme une sorte de procédure d'appel à un niveau supérieur de légalité.
- Aucun régime n'est parfaitement démocratique.
On sait bien que certaines décisions, prises par des élus dans les formes
apparemment légales, résultent en fait de jeux d'influences occultes qui n'ont
rien à voir avec l'intérêt général : corruption, lobbies manipulateurs,
décisions "technocratiques" (les experts profitant de la démission ou
de l'incompétence des élus), etc. C'est dans ces failles de la démocratie que
peut s'insérer une certaine justification de la désobéissance civile, notamment
quand il s'agit de décisions aux effets graves et irréversibles. Des citoyens,
par des actes de désobéissance civile, estiment de leur devoir de faire une
sorte d'appel à l'opinion publique, sans attendre les prochaines élections.
Loin d'être l'apologie anarchisante du " chacun sa loi ", une telle
désobéissance civile est alors un moyen pédagogique, limité dans le temps et
dans son objet, visant à susciter un débat public sur une question grave et
urgente. Loin de contester la démocratie, elle vise à la défendre en la
protégeant de ses propres dysfonctionnements.
Billets-Cette administration qui vous pourrit la vie
Cette administration qui
vous pourrit la vie
Les élites qui
sont supposées apporter des solutions ne font que camoufler, perpétuer ou
aggraver les problèmes.
Sans surprise depuis un billet de début 2014, les événements nous rapprochant de l’avènement d’une
planète de plus en plus orwellienne se sont multipliés.
Chaque semaine de nouvelles lois sclérosantes, abusives,
inquisitrices, spoliatrices sont votées par des gouvernements aux abois ou
imposées par des technocrates non élus. Notre planète est au bord de l’abîme à
cause de l’endettement excessif des États, des risques insensés et tolérés pris
par les banques, de l’emprise de la bureaucratie sur le secteur privé, des
folies monétaires des banques centrales… et les initiatives des élites qui sont
supposées apporter des solutions ne font que camoufler, perpétuer ou aggraver
les problèmes.
Inquisition
administrative
Comment penser par exemple que l’économie peut se porter mieux
alors que le moindre mouvement de capital, la moindre ouverture de compte sont
à présent soumis à une véritable inquisition administrative ?
Aujourd’hui de nombreuses banques situées dans des pays
européens refusent de transférer des sommes de plusieurs centaines de
milliers d’euros (dont l’origine légitime est pourtant facilement vérifiable)
vers des comptes déclarés en Suisse car cela pose de trop gros
problèmes à leurs services de compliance (s’assurant de la légalité d’un
virement). Au point que même des branches d’UBS, une banque Suisse, refusent
l’opération.
De même, de nombreuses banques européennes clôturent les
comptes de leurs clients, même Français, présentant des indices d’américanité à cause de la loi FATCA. Un résident étranger, même européen, possédant un
compte dans une banque européenne se voit obligé de répondre chaque année à une
batterie de questions inquisitrices sur son activité.
Une
administration déshumanisée
Non contents de bénéficier de moyens humains et financiers en
augmentation constante, les armadas d’inquisiteurs de l’administration et leur
bras législatif imposent au secteur privé une part croissante du travail de
contrôle, faisant de ses acteurs des collaborateurs contraints et gratuits et
des délateurs forcés. Paralysant ou handicapant fortement les mouvements des
individus ou entreprises par leurs contrôles, ils alourdissent aussi
considérablement les coûts des institutions financières et des entreprises
auxquelles ils imposent la charge de leur inquisition.
Des impôts et taxes en augmentation exponentielle
devraient au moins être justifiés par une amélioration proportionnelle du
service aux citoyens. Il n’en est rien, bien au contraire. Plus les années
passent plus le fonctionnaire est un être inaccessible, impossible à rencontrer physiquement, de plus en plus
difficile à avoir au téléphone. Les répondeurs téléphoniques dont les options
ne correspondent pas à votre cas personnel ont envahi le paysage et donnent
souvent l’impression de vouloir se débarrasser de vous à la première occasion.
Le comble de l’absurde est atteint dans certains cas : en
Angleterre il y a quelques années, alors que je ne parvenais pas à obtenir une
personne renseignée au téléphone de HMRC (services fiscaux) pour mon cas
particulier, j’ai décidé de me rendre directement à l’une de leurs antennes.
Une fois sur place, je me suis retrouvé face à 3 employées qui se tournaient
les pouces à l’entrée d’un vaste espace. Lorsque j’ai demandé à parler à
quelqu’un, une d’entre elles a écrit un numéro de téléphone sur un bout de
papier arraché, en m’indiquant 3 cabines téléphoniques installées sur l’un des
murs de l’espace. Surpris, j’ai composé le numéro et atterri au même numéro que
j’avais composé une dizaine de fois depuis chez moi. Autrement dit, les
services fiscaux anglais gaspillaient l’argent du contribuable en louant des
espaces d’accueil bien placés, pour renvoyer les administrés au numéro de
téléphone standard disponible sur leur site internet !
Soulager
le fonctionnaire et maintenir son statut
Le sentiment est ainsi de plus en plus répandu dans la
population que les fonctionnaires n’organisent pas l’administration de manière
à faciliter le service des citoyens, comme cela devrait être le cas, mais
de manière à protéger à tout prix leur petit travail tranquille. Tout est pensé
pour transférer la pression, l’inconfort et la frustration sur l’administré et
soulager au mieux le fonctionnaire du désagrément d’avoir à composer avec les
ennuyeuses requêtes et problématiques de l’administré.
De même, il devient de plus en plus évident que bien des
décisions législatives et politiques ne visent pas à augmenter
l’efficacité de l’administration au profit de l’administré, mais à justifier
le maintien ou l’augmentation du nombre de fonctionnaires vivant aux dépends de
celui-ci. La caste des administrateurs, depuis
l’énarque au pouvoir jusqu’au petit fonctionnaire, travaille essentiellement à
augmenter ou maintenir ses effectifs à travers :
- des textes de lois toujours plus alambiqués, générant des usines à gaz administratives et judiciaires
- des obligations toujours plus nombreuses (propriétaires loueurs, automobilistes, professions diverses…)
- une propagande digne de la Chine communiste au sujet des paradis et fraudeurs fiscaux justifiant des lois toujours plus inquisitrices, nécessitant toujours plus de fonctionnaires pour les contrôles nécessaires et les services de régularisation,
- l’exploitation du terrorisme comme prétexte à des contrôles toujours plus drastiques,
- le non-respect de l’équilibre budgétaire, en conflit frontal avec le maintien du train de vie de l’État.
Nous avons évoqué la loi FATCA, monument Orwellien, mais
il y a aussi la Norme d’échange automatique de renseignements
relatifs aux comptes financiers en matière fiscale de
l’OCDE, qui implique que les gouvernements obtiennent une information détaillée
de leurs institutions financières et échangent automatiquement cette
information avec les autres juridictions sur une base annuelle. Un total de 89
pays se sont compromis à appliquer le standard.
Un coût
considérable
Il est bien évident que le coût en moyens humains et
informatiques pour traiter et échanger toute cette information sera
considérable, et permettra de consolider et vraisemblablement augmenter le
nombre de fonctionnaires des ministères concernés. Sans compter le coût des
multiples réunions nécessaires pour accoucher de tels accords et standards, et
le coût des machins-trucs créés ad hoc. Comme le Forum mondial sur la
transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales qui
compte désormais 125 membres sur un pied d’égalité et est le premier
organisme international ayant pour but d’assurer l’application des normes
convenues au niveau international de transparence et d’échange de
renseignements dans le domaine fiscal. À travers un processus approfondi
d’examen par les pairs, le Forum mondial restructuré surveille le fait que ses
membres appliquent pleinement la norme de transparence et d’échange de
renseignements qu’ils se sont engagés à mettre en œuvre. Il travaille également
pour établir des règles du jeu équitables, y compris parmi les pays qui n’ont
pas rejoint le Forum mondial.
Pour le secteur privé, au coût du financement de ces
machins-trucs et de leurs actions inquisitrices s’ajoute la charge
considérable des services internes ou externes assurant aux entreprises d’être
en règle avec les nouveaux critères imposés.
Comment ne pas penser que le gain en termes de récupération de
taxes suite aux nouveaux contrôles et sanctions est infiniment inférieur au
coût et à la perte économique impliqués par cette machinerie orwellienne ?
Mais encore une fois tout prend un sens lorsqu’il est bien
compris que pour les élites, peu importe le coût, les dégâts sur les secteurs
pourvoyeurs de richesses et d’emploi, les atteintes aux libertés les plus
élémentaires… pourvu que le système qui les engraisse et les privilégie se
perpétue le plus longtemps possible, étende si possible son emprise et dans le
pire des cas ne perde pas de terrain.
L’an dernier BFM business écrivait sans
surprendre :
« la France n’a jamais compté
autant de fonctionnaires de toute son histoire selon les statistiques les plus
récentes de l’Insee, (…) arrêtées à décembre 2013.
L’ensemble des trois versants de la fonction publique (État, Hôpitaux et
collectivités territoriales) comptaient ainsi 5,6 millions d’employés, soit
1,5% de plus qu’en 2012. En enlevant les contrats aidés, au nombre de 183.500,
les effectifs des salariés à la charge des finances publiques s’élevaient à
5,41 millions ce qui était simplement un plus haut historique. » (BFM Business 17/04/15)
En vérifiant les derniers chiffres sur le site de l’INSEE, au
cas où il y aurait du mieux fin 2014, nous apprenons qu’ « Au 31 décembre 2014, 5,6 millions de salariés
travaillent dans la fonction publique en France. Les effectifs continuent de
progresser, mais sur un rythme moindre qu’au cours de 2013. Dans la fonction
publique de l’État l’emploi est stable, la hausse des effectifs des
établissements publics (+ 2,5 %) compensant la baisse de ceux des
ministères (- 0,7 %). Dans les deux autres versants, l’emploi
continue de progresser : + 0,9 % dans la fonction publique
hospitalière et + 1,5 % dans la fonction publique territoriale. En
2014, le nombre de fonctionnaires augmente dans les trois versants de la
fonction publique. »
Il y a du mieux à en croire le texte de l’INSEE, mais dans le
sens d’une augmentation des effectifs dans un pays qui bat tous les records de
fonctionnaires et de prélèvements du secteur public sur le secteur privé.
Et en
Angleterre ?
Essayons l’Angleterre où des efforts réels et très mal vécus par
l’opposition ont été entrepris :
en 2012 la coalition menée par Cameron s’est engagée à réduire le nombre des fonctionnaires de
23% au cours de la législature. Entre 2010 et début 2016 leur nombre est tombé
de 487 000 a 393 000. Pas mal. Seulement voilà : les fonctionnaires d’État sont
une proportion mineure comparé aux autres parties du gouvernement central qui
totalisent plus de 2 millions d’effectifs et les gouvernements locaux qui en
totalisent presque 2 millions. Dans l’ensemble, ces effectifs ont peu bougé et
ont même augmenté dans l’éducation.
Mais il faut surtout remettre les choses en perspective :
comme le rappelait Philip Booth le 29 octobre 2015 dans City AM :
« … la dépense étatique est
passée de 10% du PIB au début du XXe siècle à 50% aujourd’hui. 13% des emplois
requièrent une forme ou une autre de licence, enregistrement ou certification
de la part du gouvernement, une proportion qui a doublée pendant la dernière
décennie. En 1980, il y avait un régulateur pour 11000 personnes
travaillant dans le secteur financier. En 2011 il y en avait 1 pour 300 ! À ce
rythme il y aura plus de régulateurs que de travailleurs dans 60 ans ! En
Écosse, la croissance de l’État régulateur atteint des proportions inquiétantes
: à partir de l’année prochaine, chaque enfant Écossais aura un gardien d’État. »
Voilà pour ce bastion du néolibéralisme qu’adorent détester nos
gardiens du temple de la cohésion sociale.
Parmi les dernières trouvailles savoureuses des technocrates
anglais, l’obligation d’une homologation coûtant 1000 £ pour les masseuses, les
obligeant à étudier anatomie et mots anglais, alors que la plupart des
masseuses exerçant à Londres sont des Thaïs ou des Chinoises formées dans les
meilleures écoles de massage du monde et dont les clients se contrefoutent
qu’elles sachent nommer le triceps brachial.
Parlons bien sûr des fonctionnaires europées dont les
diktats et privilèges ont fortement contribué au Brexit. Comme l’écrivait le
quotiden belge Le Peuple en décembre dernier :
« …
10 000 fonctionnaires européens gagnent plus que Charles Michel ou
David Cameron ! Cela a fait les titres de la presse britannique… Au moment où,
dans tous les pays membres, on cherche à réduire le nombre des fonctionnaires,
la bureaucratie européenne a augmenté ses effectifs de 60 % en dix ans. Rien
que cette année, le nombre de juges européens, rétribués 18600 euros par mois,
a pratiquement doublé.
Les fonctionnaires européens
paient des charges sociales et des impôts, mais à l’Europe. L’impôt est calculé
sur 90 % du salaire de base. Il ne tient, donc, pas compte, notamment, des 16 %
de prime, versés à tous les fonctionnaires européens au titre de l’éloignement
de leur pays et le taux d’imposition est très faible. »
Toujours plus de fonctionnaires aux privilèges financés par
nos impôts et dont le travail a souvent pour résultat de nous pourrir la
vie, comme l’exprime fort bien Simone Wapler :
« Voici le panel de lois et
réglementation d’un Européen qui, à peine réveillé mais bien régulé, quitte son
lit : 5 directives sur les oreillers, 109 sur le contenu dudit oreiller, 11 sur
les réveils matins et 135 sur les tables de chevet, 65 sur la salle de bain, 31
sur les brosses à dents, 172 sur les miroirs, 1 246 sur le pain de son
petit-déjeuner et 12 653 sur le lait… Ceci a conduit à un renchérissement de
notre vie quotidienne et à une croissance atone. C’est l’Europe aux 10 000
fonctionnaires, mieux payés que le Premier ministre britannique et exonérés
d’impôts, que les Britanniques ont rejeté. »
(…) « Partout, le bon
peuple se rebiffe contre la technocratie, la bureaucratie, les normes et
standards européens qui lui renchérissent la vie… lorsqu’ils ne la lui
pourrissent pas.On lui avait vendu un espace libre d’échanges commerciaux sans
barrière douanière, un marché commun. Il se réveille avec une réglementation
psychorigide, un espace ultra réglementé dont seules quelques multinationales
rompues au lobbying et quelques grands groupes capables de payer des armées de
juristes sont capable de profiter. »
Et en
Amérique Latine ?
Passons en Amérique du Sud et prenons le cas du
Brésil en citant Antony P. Mueller, professeur d’économie a
l’Université Fédérale de Sergipe (UFS) :
« À la lumière de mes
observations sur l’Amérique Latine et le Brésil en particulier, je suis forcé
de conclure qu’il y a encore de vastes barrières psychologiques et mentales qui
empêchent une prospérité durable. La domination idéologique de l’étatisme, du
socialisme et de l’interventionnisme est présente dans toutes les couches de la
société Brésilienne – pas seulement au niveau académique mais aussi dans la
communauté des affaires.
La bureaucratie est un cauchemar
sans fin. Les impôts sont élevés et peu performants. L’éducation publique est
dans un état lamentable. Le système judiciaire est incapable de faire face à
une montagne de dossiers non jugés, et en même temps les juges et autres
autorités judiciaires jouissent de privilèges exorbitants. Les salaires dans le
système judiciaire sont astronomiques comparés au salaire moyen des Brésiliens
les plus modestes.
Le secteur public est en général
extrêmement inefficace et constitue un eldorado pour les chasseurs de rentes.
Je ne m’attends pas a ce que cela soit résolu dans les années à venir. Je
crains que cela ne soit guère différent dans d’autres pays BRIC. Ils sont tous
coincés dans le ‘middle income trap’, car ils sont apparemment incapables
de passer d’un système étatiste à un système basé sur le marché libre. »
Socialisme, étatisme et interventionnisme sont les chevaux de
Troie des élites ponctionnaires. Aujourd’hui plus que jamais elles servent de
prétexte à une progression larvée mais décisive de leur pouvoir de parasitage.
Mais pour pouvoir faire avancer leur programme en dépit du peuple, ou
quelquefois en se servant de ses émotions, les élites ont besoin de
s’affranchir de la démocratie, de rendre les problèmes complexes pour voiler
l’évidence de leur scandale, ou de se servir de la peur. Nous allons
développer certains de ces points dans la deuxième partie de cet article.
Photo La dictature des
ponctionnaires By: Frédéric BISSON – CC BY 2.0
Source contrepoints.org
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