dimanche 22 janvier 2012

Billets-Qu’est-ce-que la non-violence ?

 
Qu’est-ce-que la non-violence ?

Lorsqu'on parle de "non-violence", il importe d'introduire et de maintenir une distinction dont l'oubli engendre bien des équivoques : celle entre l'exigence philosophique de non-violence et la stratégie de l'action non-violente. L'une et l'autre se situent sur des registres différents qu'il convient de distinguer, non pour les séparer, mais pour ne pas les confondre. En tant que principe philosophique, la non-violence est une requête de sens, en tant que méthode d'action, elle est une recherche d'efficacité.
C'est Gandhi qui a offert à l'Occident le mot "non-vio­lence" en traduisant en anglais le terme sanscrit ahimsa, qui est usuel dans les textes de la littérature hindouiste, jaïniste et bouddhiste. Il est formé du préfixe négatif a et du substantif himsa qui signifie le désir de nuire, de faire violence à un être vivant. L’ahimsa est la reconnaissance, l’apprivoisement, la maîtrise et la transmutation du désir de violence qui est en l’homme et qui le conduit à vouloir écarter, éliminer, meurtrir l’autre homme 
Si l’on s’en tenait à l’étymologie, une traduction possible de ahimsa serait in-nocence. L’étymologie de ses deux mots sont en effet analogues : in-nocent vient du latin in-nocens et le verbe nocere (faire du mal, nuire) provient lui-même de nex, necis qui signifie mort violente, meurtre. Ainsi l’innocence est, en rigueur de terme, la vertu de celui qui ne se rend coupable envers autrui d’aucune violence meurtrière. Cependant, de nos jours, le mot innocence évoque plutôt la pureté suspecte de celui qui ne commet pas le mal beaucoup plus par ignorance et par impuissance que par vertu. L’attitude non-violente ne saurait être confondue avec cette innocence-là. Cependant, cette distorsion du sens du mot est significative : comme si le fait de ne pas commettre le mal révélait une sorte impuissance…L’option pour la non-violence réhabilite l’innocence comme la vertu de l’homme fort et comme la sagesse de l’homme juste.
Lorsque l’homme fait l’expérience de la violence et qu’il met à distance ses affects pour réfléchir, il la reconnaît comme la violation de la dignité de l’humanité, en lui-même et en l’autre homme ; dans le même temps, il découvre la requête de non-violence qu’il porte en lui. Le moi empirique se découvre violent et se nomme tel parce qu’il se réfère à un moi intérieur qui exige la non-violence. Cette exigence de la conscience est en l’homme avant qu’il ne rencontre la violence : l’exigence de non-violence est antérieure et supérieure au désir de violence. Elle est originelle est principielle. Cependant, c’est seulement après l’avoir expérimentée que l’homme prend conscience de la déraison de la violence, de son inhumanité, de son non-sens. Il comprend alors qu’il ne peut construire son humanité qu’en opposant à la violence un non catégorique qui lui refuse toute légitimité. Dire non à la violence, en affirmant que l’exigence de non-violence fonde et structure l’humanité de l’homme, c’est refuser l’allégeance que la violence exige de chacun. Méconnaître cette exigence, c’est nier la possibilité humaine de briser la loi de la nécessité, c’est dénier à l’homme la liberté de s’affranchir de la fatalité pour devenir un être raisonnable. L’ambition de la non-violence est de civiliser la vie.
Celui qui opte pour la non-violence est un homme étonné, il est au sens propre de ce mot, stupéfait par la violence, la sienne propre ou celle d’autrui. Celui qui se décide à la non-violence est un homme blessé par la violence. La dé-figuration du visage par la violence lui apparaît comme le comble de l’ab-jection. Elle provoque en lui la révolte. Il s’insurge contre les routines de violence qui s’emparent du mande. Ce n’est pas la mort qui lui semble abjecte, mais le meurtre. Il voit dans le scandale de la violence l’évidence de la non-violence.
Il a souvent été dit que le mot « non-violence », parce qu’il est négatif, était mal choisi et entretenait par lui-même de nombreuses ambiguïtés. Tout d’abord, il convient de souligner qu’il ne s’agit pas d’une simple mais d’une double négativité, dès lors que l’on considère que la violence est le viol de la vie – et cela donne à ce mot un caractère affirmatif. Surtout, le mot non-violence est décisif par sa négativité même, car il permet, et lui seul, de délégitimer la violence. Il est le terme le plus juste pour exprimer ce qu’il veut signifier : le refus de tous les processus de légitimation et de justification qui font de la violence un droit de l’homme. Si le mot « non-violence » est formellement négatif, il ne signifie pas que la non-violence est la négation de la violence, mais qu’elle se trouve dans un rapport d’opposition réelle à la violence, c’est-à-dire que sa visée est dans détruire les causes et les conséquences. Le non que la non-violence oppose à la violence est un non de résistance. En définitive, la non-violence n’est pas tant le refus de la violence que la lutte contre la violence. Elle est certes abstention, mais cette abstention exige elle-même l’action.
Si nous visualisons le rapprochement des deux mots : « violence / non-violence », nous voyons clairement que la structure même du mot « non-violence » brise vis-à-vis de la violence, toute symétrie, toute réciprocité, toute imitation. La violence s’exerce toujours dans la réciprocité vis-à-vis de l’adversaire ; la non-violence toujours dans la non-réciprocité.
L’option pour la non-violence, c’est l’actualisation dans notre propre existence de l’exigence universelle de la conscience raisonnable qui s’est exprimée par l’impératif, lui aussi formellement négatif : « Tu ne tueras pas. » Cette interdiction du meurtre est universelle. Elle est essentielle, parce que le désir de tuer se trouve en chacun de nous. Le meurtre est interdit parce qu’il demeure toujours possible, et parce que cette possibilité ouvre sur l’inhumanité. L’interdiction est impérative parce que la tentation est impérieuse ; et celle-là est d’autant plus impérative que celle-ci est plus impérieuse. La non-violence est donc d’abord une exigence négative. Elle demande à l’homme de dés-armer ses affects, ses désirs, ses sentiments, son intelligence et ses bras afin qu’il puisse se déprendre de toute mal-veillance à l’encontre de l’autre homme. Il sera alors libre de lui manifester sa bien-veillance, de lui exprimer sa béné-volence.
Avant d’être une méthode d’action, la non-violence est donc, d’abord et essentiellement, une attitude. Elle est l’attitude éthique et spirituelle de l’homme debout qui reconnaît la violence comme la négation de l’humanité, à la fois de sa propre humanité et de l’humanité de l’autre, et qui décide de refuser de se soumettre à sa loi. La non-violence est le respect de la dignité de l’humanité de l’homme, en lui-même et en tout autre homme. Pareille attitude se fonde sur une conviction existentielle : la non-violence est une plus forte résistance à la violence que la contre violence. Une caractéristique de la violence est de provoquer une autre violence. La violence est un enchaînement. La non-violence veut briser cet engrenage. La contre-violence, en définitive, ne permet pas de combattre le système de la violence parce qu’elle en fait elle-même partie et ne fait que l’entretenir. En toute rigueur, la contre-violence est une violence contraire, mais elle n’est pas le contraire de la violence. Elle n’est pas la même violence, mais elle est elle-même une violence. Elle est une violence autre, mais elle est une autre violence. Opter pour la non-violence, c’est, face à la violence subie, refuser de ré-agir en rendant la violence pour la violence, reproduisant ainsi le mal subi. C’est, tout au contraire, décider d’agir librement pour interrompre la chaîne des revanches et des vengeances.
Ici l’enjeu est la liberté, rien de moins, la liberté d’un sujet qui oppose la force et le courage à l’arbitraire des circonstances. Il s’agit de décider. Mais qu’est-ce qui nous empêche de choisir vraiment notre camp, de nous décider pour la non-violence ? Ne serait-ce pas parce que nous nous abandonnons facilement à la foi naïve dans la nécessité, parce que nous refusons finalement de croire en la liberté de l’homme ? Parce que nous jouons avec cette pensée que, la violence étant ancestrale, elle est honorable, respectable, inscrite en quelque sorte dans la destinée humaine. Un héritage, pour ainsi dire, une tradition. Ces arrières-pensées ne désarment-elles pas insidieusement notre capacité de vouloir ? Ces pensées de l’arrière ne minent-elles pas le sol de notre décision ? Avant même que nous choisissions, c’est déjà décidé, nous nous accommodons de la nécessité.
L’exigence de non-violence est une invitation à la conversion : conversion du cœur, du regard, de l’intelligence. Et toute conversion est rupture, dissidence, dépassement, déplacement, dérangement, retournement, basculement, déménagement. Toute conversion est une partance. Mais toute partance est une re-création. Pour que l’homme se décide à la non-violence, il faut qu’il se réveille du sommeil existentiel dans lequel son humanité se trouve endormie. Dans ca sommeil, l’individu se soumet passivement aux habitudes séculaires de la société qu’il n’a pas l’énergie de remettre an cause. Que doit-il décider en définitive ? Eh bien de faire reculer les limites de la nécessité en cultivant la non-violence.
Comme toute exigence éthique, la non-violence présente une double face : l’une invite à ne pas collaborer avec la violence, l’autre à œuvrer pour la justice. Une fois la violence récusée, l’homme peut accomplir l’œuvre positive de la non-violence et manifester de la bienveillance et de la bonté envers l’autre homme. La vertu de non-violence est l’exigence première de la philosophie : elle est le principe même du courage et de la sagesse. La non-violence est l’exigence qui s’impose d’emblée à l’homme dès qu’il se découvre incliné à être violent. Elle conditionne la possibilité d’être bon. C’est pourquoi la philosophie reconnaît l’exigence de non-violence comme la source la plus haute de l’humanité de l’homme. L'exigence de non-violence oblige essentiellement envers les ennemis, c'est-à-dire envers les violents. C'est alors seulement qu'elle prend son véritable sens. Quelle portée aurait-elle si elle n'obligeait qu'envers les amis ? La non-violence est le porche qui désigne à l'homme le chemin du respect, de la compassion, de la bonté, de l'amour. Au-delà encore, celui de la transcendance. Oui, la non-violence propose une transcendance, mais elle n'impose aucun absolu - et cela protège de tout virus idéologique.
Le respect, la compassion, la bonté et l’amour n’invitent pas l’homme à se cantonner à l’intérieur de sa maison, elles l'obligent à l'action vers l'extérieur. Et s'il convient d'affirmer le caractère universel de la non-vio­lence en tant qu'exigence spirituelle, il faut reconnaître le caractère relatif de la non-violence en tant qu'action politique. Par elle-même, l'exigence de non-violence ne donne pas de réponse directe et im­médiate à la question de savoir comment agir concrètement dans la situation historique du lieu et du moment. Lorsqu'il faut agir, la certitude fait place à l'incertitude : nous ne savons jamais quelle est l'action la mieux appropriée pour bien faire. Nous ne sommes jamais certains des conséquences de notre action. Jamais, une situation concrète n'impose avec évidence ce qu'il convient de faire pour bien faire. Il n'y a pas d'action qui ne soit sans ambiguïté. Toute action est une expérimentation dont les résultats sont contingents et aléatoires. L'action est toujours à inven­ter, sans que le plus souvent, nous soyons certains d'avoir trouvé la bonne méthode. L'action est une école d'humilité.
La non-violence se trouve souvent récusée comme une chimère sous prétexte que «la non-violence absolue» n'est pas possible. Mais il y a mal-entendu. La non-violence n'a jamais prétendu être absolue. Certes, l'état de non-violence est en soi une u-topie - c'est-à-dire qu'il n'existe nulle-part, qu'il n'est réalisé en aucun-lieu. Et il y a certainement un bon usage de l'u-topie pour représenter un idéal qui éclaire l'à-venir. Mais le mouvement de réalisation de la non-violence dans la société et dans l'histoire ne part pas de l'u-topie pour s'inscrire dans le réel : il part du réel pour inventer le possible. L'option pour la non-violence ne s'enracine pas dans l'idéal d'une société parfaitement non-violente qu'il s'agirait de mettre en œuvre dans la réalité. La démarche est exactement inverse. La non-violence se fonde sur la prise de conscience de la réalité des multiples violences qui existent dans la société et sur la volonté de transformer cette réalité dans la mesure du possible. Non, la non-violence n'exige pas l'absolu. Simplement, elle demande le possible. Le langage du "tout ou rien" lui est étranger. Entre le tout et le rien, elle veut discerner ce qui est possible ici et maintenant, rien que le possible mais tout le possible. Ce possible qui est généralement délaissé quand il n'est pas dédaigné. Ainsi, non seulement, la non-violence n'est pas un idéalisme, mais, au sujet de la violence, elle invite à un plus grand réalisme.
En définitive, c'est la violence qui est une u-topie. Certes, la violence existe partout, mais jamais, en aucun-lieu, elle n'atteint la fin qui prétend la justifier. Jamais, nulle-part, elle ne réalise la justice entre les hommes. Jamais, en aucun lieu la violence n'apporte une solution humaine aux inévitables conflits humains qui constituent la trame de l'histoire.
Au-delà des chimères et des illusions de l'optimisme, des résignations et des démissions du pessimisme, la non-violence entretient l'espérance fragile que l'homme peut faire croître, en lui et chez les autres, la vertu d'humanité. Cela donne sens à son existence et à son histoire. A sa vie. A sa mort même.

samedi 21 janvier 2012

Recettes Desserts-Soufflé glacé aux marrons glacés


Soufflé glacé aux marrons glacés

Préparation : 25 mn
Cuisson : 5 mn
Congélation : 24 heures
Pour 8 personnes
6 jaunes d’œufs
250 g de sucre
450 g de crème fraîche
350 g de crème de marrons
50 g de brisures de marrons glacés
1. Faites fondre le sucre avec deux cuillères à soupe d'eau dans une casserole.
2. Avant coloration versez le mélange sur les jaunes d'œufs puis battez le tout pendant environ 15 minutes jusqu'à obtenir un mélange crémeux et volumineux.
3. Attendez que le mélange soit tiède et y incorporez la crème fouettée et la crème de marrons.
4. Mélangez jusqu'à ce que la couleur soit uniforme.
5. Remplissez des ramequins et parsemez de brisures de marrons glacés avant de mettre au congélateur.

vendredi 20 janvier 2012

Billets-Qu'est-ce que la résistance civile?

Qu'est-ce que la résistance civile?

La résistance civile est un type d'action politique s'appuyant sur l'emploi de méthodes non-violentes. Le terme est à un large degré synonyme d'autres comme « action non-violente », « résistance non-violente » et « pouvoir populaire » (people power). Il recouvre un éventail d'activités appelant à une mobilisation large et soutenue dans le but d'interpeller un pouvoir, une force, une politique ou un régime particuliers, d'où le terme « résistance ». Le qualificatif « civil » réfère dans ce contexte à ce qui touche les citoyens ou la société, signifiant par là que les objectifs d'un mouvement sont « civils » en ce qu'ils sont largement partagés au sein de la société. « Civil » dénote en outre que l'action en question est de nature non militaire ou non-violente.
La résistance civile, dont on trouve de nombreux précurseurs historiques, a été utilisée dans de nombreuses luttes des temps modernes; par exemple, contre le colonialisme, les occupations étrangères, les coups d'État, les régimes dictatoriaux, les malversations électorales, la corruption, la discrimination raciale, religieuse ou sexuelle. On y a recours non seulement contre le pouvoir tyrannique, mais également contre des gouvernements élus démocratiquement, en rapport avec des enjeux comme le maintien de l'ordre constitutionnel, la préservation de l'autonomie régionale au sein d'un pays, la défense des droits des minorités, la protection de l'environnement et l'opposition à certaines guerres et interventions militaires.
La résistance civile fait intervenir plusieurs mécanismes de changement. Elle ne se limite pas à plaider auprès de l'adversaire. Elle peut exercer des pressions et faire usage de coercition, notamment par la hausse des coûts associés au maintien par l'adversaire d'une politique contestée, par l'affaiblissement de sa capacité même d'appliquer cette politique, voire par l'assèchement total de ses sources de légitimité et de pouvoir, que ce soit au plan intérieur ou international. Un objectif de bien des campagnes de résistance civile sera de susciter des dissensions et les défections au sein du régime de l'adversaire et de ses bases d’appui. On trouve une grande variété de formes d'actions possibles, dont manifestations, pétitions, grèves, opérations escargot et boycotts; sit-in, occupations et mise sur pied d'institutions gouvernementales parallèles. Les campagnes de résistance civile exigent une stratégie, c'est-à-dire l’effort de projection et de direction des mouvements et des éléments de la campagne.
On ne suppose aucunement que le pouvoir de l'adversaire visé par la résistance civile évitera lui-même le recours à la violence. La résistance civile a de fait été utilisée dans bien des cas où l'adversaire était disposé à faire usage de violence. On ne suppose pas non plus l'absence de toute forme d'entente ou de coopération entre des forces de résistance civile et certains gouvernements ou entités capables de force violente. Les raisons qui poussent un mouvement à éviter la violence sont souvent liées au contexte plutôt qu'à un principe éthique absolu : elles sont parfois issues des traditions politiques de la société, de son expérience de la guerre et de la violence, de considérations légales, d'un désir de mettre en évidence la violence de l'adversaire dans un contexte dénué de provocation, ou encore d'un calcul que la résistance civile sera mieux en mesure que les moyens violents de réussir dans une situation particulière.
Le terme « résistance civile » a fréquemment été utilisé en lien avec certains types de campagnes non-violentes. Gandhi l'a utilisé à plusieurs occasions. Pourquoi utiliser le terme résistance civile, plutôt que l'un de ses nombreux quasi-synonymes?

La résistance civile est un type du phénomène global plus large de « l'action non-violente ». Plusieurs voient « l'action non-violente » comme le concept plus général qui englobe une gamme célèbre d'activités de toutes sortes. Au nombre des autres quasi-synonymes de la résistance civile mentionnons la « résistance passive », la « résistance citoyenne », la « désobéissance civile » et le « satyagraha ». Chacun de ces termes renvoie à ses propres usages et connotations. Toutefois, « résistance civile » est le terme général le plus approprié à des luttes qui sont « civiles » au sens où elles revêtent une qualité civique, liée aux intérêts et aux aspirations de la société dans son ensemble. Dans certains cas, l'action menée ne consiste pas d'abord en une forme de désobéissance, mais en une forme de soutien aux normes de la société contre un usurpateur, tandis que le principe général d'éviter le recours à la violence n'est pas doctrinaire.
La définition de tous ces termes laisse plusieurs questions sans réponses. Le problème le plus évident est que certaines campagnes en apparence non-violentes peuvent ne pas être perçues comme telles une fois le contexte pris en compte. En Irlande du Nord en mai 1974, la majorité protestante a organisé une impressionnante grève générale de quatorze jours, tandis que le but poursuivi et l'impact de cette action non-violente furent de causer la chute d'un pouvoir exécutif partagé visant à pacifier les troubles qui secouaient la province.  Pour d'autres exemples de grèves en soi non-violentes, mais qui comportent des risques de conséquences violentes, on peut penser à une grève du personnel hospitalier qui priverait les patients des services essentiels, ou à un débrayage sans préavis des contrôleurs aériens qui mettrait en péril les avions toujours en vol. De telles possibilités évoquent ce principe qu’une définition de termes abstraits, si utile pour saisir l'essentiel de concepts précis, comporte toujours des problèmes en périphérie. 

mercredi 18 janvier 2012

Recettes Pâtisseries orientales-Nammouras

Nammouras
Préparation : 20 mn
Réfrigération : 2 heures
Cuisson : 35 mn
Pour 12 gâteaux
250 g de semoule fine
150 g de sucre
½ sachet de levure chimique
1 yaourt
Beurre pour le moule
12 amandes mondées
Pour le sirop :
150 g de sucre en poudre
1 cuillerée à soupe de jus de citron
5 cl d’eau de fleur d’oranger
5 cl d’eau de rose
25 g de beurre
1. Dans un saladier, mélangez la semoule, le sucre et la levure. Diluez le yaourt avec 10 cl d’eau et versez dans le saladier. Mélangez jusqu’à obtenir une pâte homogène. Laissez reposer au réfrigérateur pendant 2 heures.
2. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6). Beurrez généreusement un moule carré de 22 cm de côté et versez-y la pâte. Tapotez les bords du moule afin que la surface de la pâte soit régulière.
3. A l’aide d’un couteau, quadrillez la surface de pâte en une douzaine de rectangles réguliers, enfoncez une amande mondée au milieu de chacun d’eaux. Enfournez pour 35 minutes.
4. Préparez le sirop. Dans une casserole, mélangez le sucre avec 5 cl d’eau, le jus de citron, l’eau de fleur d’oranger, l’eau de rose et le beurre. Portez à ébullition et laissez cuire à feu moyen pendant 10 minutes environ, jusqu’à ce que le liquide se concentre. Réservez le sirop au chaud.
5. A la sortie du four, versez le sirop uniformément sur le gâteau et découpez celui-ci en suivant le tracé des rectangles. Laissez refroidir dans le moule avant de servir.
Ces petits gâteaux moelleux sont très populaires au Liban.

Billets-Mouammer Kadhafi... un ami de la France

Un autre bon ami de la France!
Mouammer Kadhafi lors d'une réception à l'Elysée en décembre 2007

Billets-Bachar Al-Assad... un ami de la France

Un ami de la France! 
Bachar Al-Assad était invité au défilé du 14 juillet 2008!

mardi 17 janvier 2012

Billets-L’influence des think tanks


L’influence des think tanks
 
L’influence des think tanks, cerveaux des politiques
En coulisse, ils façonnent la pensée des partis politiques. En dix ans, les “think tanks” – laboratoires d'idées, cabinets d'experts - sont devenus incontournables. Mais cette intelligentsia parisienne n'est-elle pas un simple relais de la pensée dominante ?


Photo : Nicolas Krief/Fedephoto.
Claude Bébéar en 2009 au lycée Alfred-Nobel de Clichy-sous-Bois (93). Débat animé par l'Institut Montaigne, think tank qu'il a créé pour "infléchir les politiques publiques".

La primaire socialiste ? L'idée a germé chez Terra Nova. La « règle d'or » ? Elle est née à la Fondapol. La charte de la diversité ? A l'Institut Montaigne. Leurs noms vous sont peut-être inconnus, mais plus pour très longtemps : les « think tanks » envahissent le marché des idées. Ils ont éclos à l'aube des années 2000, sans qu'on sache toujours ce que le mot recouvre, sinon qu'un think tank sonne chic et intello. « Laboratoire à idées ou groupe d'experts chargé d'influencer les politiques publiques », disait-on jusqu'ici. Le terme américain l'a emporté, avec ses sonorités qui claquent et sa connotation militaire.
Outre-Atlantique et en Allemagne, ce sont des mastodontes du débat public, dont les budgets dépassent souvent la centaine de millions d'euros. En France, le mieux pourvu, l'Institut Montaigne, atteint 3 millions d'euros, quand le petit nouveau de gauche, Terra Nova, annonce « entre » 300 000 et 400 000 euros. Des modèles réduits donc, mais qui champignonnent. Ils seraient aujour­d'hui près de deux cents en France et, en ces temps de crise et de campagne présidentielle, pas un jour ou presque sans qu'on en voie jaillir un nouveau, tel l'Esprit neuf de Nora Berra, secrétaire d'Etat à la Santé, ou le Club du 6 mai, de l'historien et politologue Patrick Weil et du créateur de soaps télé Pascal Breton.
On a voulu explorer ce maquis via une poignée de think tanks dits « généralistes », à dominante politico-économique, et qui veulent faire entendre leur voix dans la campagne 2012. Direction les beaux quartiers de la capitale. Sonder les think tanks, c'est plonger dans le petit monde courtois et feutré de l'establishment parisien, où se croisent experts, banquiers, avocats, hauts fonctionnaires et politiques, et où l'on tutoie la crise et le chômage sans les connaître personnellement. C'est découvrir que la vie des idées se déroule, parfois, dans des bureaux de banque. « Tout le pouvoir à ceux qui l'ont déjà », disait Alexandre Adler au sujet de la Fondation Saint-Simon, souvent décrite comme l'ancêtre des think tanks, et qui milita pour que la « société civile » pèse sur les débats de société.


Photo : Jérôme Bonnet
Une partie du comité éditorial de Terra Nova. De gauche à droite : Romain Prudent, Agnès Martinel, Alexandre Aïdara, Olivier Ferrand, Nelly Fesseau, Jean-Philippe Thiellay.

Terra Nova, think tank proche du PS, a pignon sur les Champs-Elysées. A ceux qui y voient un symbole de l'embourgeoisement de la gauche, Olivier Ferrand, son patron, HEC, énarque et proche de DSK, rétorque, tout sourire : « Henry Hermand [proche de Michel Rocard, patron de HH Développement, fortune de l'immobilier,] nous prête ses locaux. »
Une belle vue sur les toits de Paris pour une réussite fulgurante, construite sur les cendres de la défaite de Ségolène Royal. 2007 avait laissé les intellectuels de gauche sonnés, frustrés de ne pas avoir été écoutés par des politiques repliés sur eux-mêmes et technocratisés, au moment même où l'UMP scénarisait sa victoire comme le résultat d'une bataille culturelle et intellectuelle, avec un Sarkozy ayant fait sienne l'analyse de Gramsci : « Le pouvoir se gagne par les idées. »
Début 2008, Ferrand répond en créant Terra Nova, qu'il veut voir comme un cousin du PPI, le Progressive Policy Institute, lancé par Bill Clinton et artisan de « la troisième voie et des nouveaux démocrates ». « Toute l'intelligentsia de gauche s'y pressait », se souvient un universitaire qui connut les débuts de Terra Nova. Trois ans plus tard, les rangs intellos se sont un peu dégarnis au profit d'experts, de hauts fonctionnaires, de techniciens divers et variés.
Les nostalgiques de l'époque des « intellectuels organiques », issus du monde ouvrier et formés sur le tas, passeront leur chemin. L'ère des think tanks serait plutôt celle des managers de la pensée, à l'image de l'hyper médiatique Ferrand. Impeccablement mis, chemise bleu Oxford, un smartphone qui n'arrête pas de sonner, il s'enthousiasme : « Avant, le monde des think tanks était un espace amateur, structuré autour de clubs informels. Il s'est professionnalisé. »
Dans le monde des idées de ce jeune quadra monté sur piles, il y a des « fournisseurs de contenu – les intellectuels, les experts », au service d'un « métier de production des idées et de diffusion ». Le succès de sa note sur les primaires ? « On a fait le benchmark [technique de marketing pour observer et analyser les pratiques utilisées par la concurrence,] de ce qui existait, on a proposé, on s'est arrimés à Arnaud Montebourg, et on s'est battus pour défendre cette idée des primaires. Jusqu'au bout. » Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit, qui travaille à ses côtés, est séduit : « C'est carré, professionnel, avec une ingénierie très efficace : un rapport, une note synthétique, un plan média. Une nouvelle méthode qui accompagne le changement générationnel des politiques. » Bref, une révolution.
A quelques centaines de mètres de là, l'Institut Montaigne raconte aussi, à sa façon, la flambée de ce nouveau type de lobbying intello et la même ambition d'une « refondation intellectuelle ». Créé en 2000 par le « parrain du patronat français », Claude Bébéar, alors pdg d'Axa, Montaigne, d'orientation libérale, est le reflet d'une époque où tout bascule. Les valeurs libérales qui imprègnent le monde intellectuel, l'économie qui prend le pas sur le politique, l'essor des ultra-riches...



Photo : Jérôme Bonnet
Laurent Bigorgne, directeur de l'Institut Montaigne.

Parmi ceux-ci, quelques grands patrons veulent peser sur le débat public et se mettent à financer des think tanks ou à en créer. « Claude Bébéar avait envie d'apporter son expertise, explique Laurent Bigorgne, directeur de Montaigne, pas encore 40 ans, agrégé d'histoire, ancien bras droit de Richard Descoings à Sciences-Po. Dans un pays où l'Etat domine, même dans le domaine de l'expertise, où la prospective de Bercy est faite par Bercy, celle du Quai d'Orsay par le Quai d'Orsay, il était temps de voir émerger des outils indépendants. »
En phase avec le retour de la droite au pouvoir, l'« outil » a prospéré, avec des débats remarqués (sur l'égalité des chances, en 2004) et 25 % de ses propositions reprises par les parlementaires, dit-on. D'autant qu'« on assiste à un affaissement des partis comme structures de réflexion », résume Laurent Bigorgne.
Car la montée en force des think tanks révèle, en creux, l'incapacité à penser des partis, l'assèchement de politiques piégés dans le court-termisme. En novembre 2011, lors du deuxième forum des think tanks, Henri Weber, ex-leader de 68, cofondateur de la LCR, membre du PS, expliquait ainsi qu'il y glanait des idées, « par exemple sur la dette », et des experts à inviter devant les commissions du PS. « Le parti ne parvient pas à réfléchir. Ses cadres sont des élus dont l'emploi du temps est consacré à être en représenta­tion. Il arrive qu'on fasse remonter une bonne idée de la base, mais ne rêvons pas, il faut être en lien avec ceux dont c'est le métier. »
La délocalisation du cerveau des politiques est à l'œuvre, mouchent les journalistes Roger Lenglet et Olivier Vilain, auteurs d'une enquête engagée sur l'impact des think tanks. « C'est pratique pour les ministres et les élus : ils peuvent faire leur “media training” pour préparer les passages télé, animer les meetings, prononcer des discours, dîner avec les têtes de réseau, évoquer les derniers concepts à la mode... Ils savent que leurs boîtes de sous-traitance sont au boulot. »

Une masse de main-d'œuvre que les think tankers vont chercher dans leurs réseaux parisiens. Quelques universitaires et beaucoup d'experts (à la Fondapol, les notes sont rémunérées de 3 000 à 7 000 euros, à Terra Nova, elles ne le sont pas), chargés d'alimenter la machine à idées. « On produit plus que le site Slate.fr en volume, quatre cents notes au total ! On a accéléré la production intellectuelle à destination du politique, c'est un grand changement », se réjouit Olivier Ferrand. Certains rapports, commandés par les politiques, restent confidentiels. La plupart sont consultables gratuitement sur les sites Internet des think tanks, envoyés aux élus et souvent suivis de rendez-vous personnalisés pour les convaincre. Et d'un systématique service après-vente dans les médias.
Car les think tanks ne sont pas seulement là pour penser mais – surtout ? – pour mettre leurs thèmes à l'agenda et communiquer. En une décennie, ils ont envahi notre espace médiatique. Dans la presse écrite, ils nourrissent les pages « débat » des quotidiens sur la dette ou la réforme des retraites. Ils se voient même, en cette campagne 2012, « agences de notation » des programmes des partis politiques : Montaigne chiffre pour Les Echos les mesures des candidats à l'Elysée, idem pour la Fondation iFrap (Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) dans Le Figaro...
A la télévision, Olivier Ferrand co­anime le magazine hebdomadaire Think tank, sur LCI, Agnès Verdier-Molinié, à la tête de l'iFrap, comptabilise « cent quatre-vingts passages médias depuis le début de l'année », quand Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, professeur à Sciences-Po et invité récurrent de C dans l'air, est incollable sur la Chine le 27 octobre, sur la dette le 31 octobre ou sur Berlusconi le 4 novembre. Pour gérer sa com et celle de la Fondapol, ce dernier a fait appel à Image 7, l'agence d'Anne Méaux, qui coache une bonne partie du CAC 40...
« Fast thinkers », nos think tankers ? « Il faut exister sur un marché des idées ultra concurrentiel, au risque d'une qualité moyenne des productions », reconnaît l'un d'entre eux. Alors chacun affûte sa stratégie et précise ses niches. A Montaigne, Laurent Bigorgne refuse l'hyper-productivité et l'hyper-personnalisation, veut créer « une vraie valeur ajoutée » et investit 150 000 euros, du jamais-vu, pour financer une vaste étude de dix-huit mois menée par Gilles Kepel sur les « banlieues de la République ». Olivier Ferrand – en orbite pour une carrière politique ? – conçoit Terra Nova comme un outil pour faire bouger le PS et dire tout haut ce qu'une partie du PS pense tout bas, avec des notes polémiques, sur l'électorat socialiste (« la classe ouvrière n'est plus le cœur du vote de gauche ») ou pour l'augmentation des droits d'inscription à l'université.
A gauche toujours, la Fondation Jean-Jaurès, dirigée par Gilles Finchelstein, par ailleurs directeur des études d'Euro RSCG et proche de ­Dominique Strauss-Kahn, reflète les différents courants du PS, et y anime le débat intellectuel, tandis qu'En temps réel, conduit par le banquier Stéphane Boujnah, ancien conseiller de DSK à Bercy et cofondateur de SOS Racisme, sonde les questions de régulation et de mondialisation via des analyses pointues. Quant à la Fondapol, Dominique Reynié y creuse son sillon « progressiste, libéral et européen, mais pas de droite ! » (Malgré son ralliement au conseil des clubs et des think tanks de Jean-François Copé. Et une proximité avec l'Elysée pour ce qui fut LE think tank chiraquien avant que Nicolas Sarkozy ne le relance en 2008, en le confiant à Nicolas Bazire, numéro 2 de LVMH et témoin de son mariage avec Carla Bruni). 
Une marée de rapports et de sondages divers, tendance Sciences-Po, ausculte « la jeunesse », « les valeurs » ou « les vertus de la concurrence »... Des travaux académiques dont on a peine à dire qu'ils « influencent » le pouvoir politique, à l'exception notable du travail de l'économiste Jacques Delpla, défendant une règle d'or inscrite dans la Constitution en matière de déficits publics et qui « a été reprise par le chef de l'Etat ».
« A quoi sert la Fondapol ? s'interroge un ancien. Tout ça manque de souffle et d'innovation. Globalement, les think tanks, c'est peu d'audace et beaucoup d'eau tiède. Le bilan de la crise ? Ils font tous le même ! » Idem chez plusieurs ex-Terra Nova, « la pensée critique est absente, on réfléchit dans le cadre du système. Vous pouvez multiplier les think tanks, si le monde que vous décrivez n'est pas juste, vous n'aurez jamais de meilleures politiques publiques ! »
“Ils contribuent à fabriquer cette pensée
standardisée que l'on retrouve dans les partis,
avec des retouches adaptées au profil de chacun.”
Olivier Vilain, journaliste
On a eu beau chercher, on a trouvé peu de grands débats d'idées, de vraies absences – presque rien sur le nucléaire ! – et de larges consensus : sur les solutions à la dette ou la réforme des retraites, pour la « compétitivité qualitative », contre le principe de précaution... Les think tankers font prospérer la pensée dominante et préfèrent mettre en avant des « valeurs » abstraites, souvent les mêmes à gauche et à droite – le progressisme, la solidarité sociale... A quelques exceptions près comme l'iFrap, dont le libéralisme affirmé porté par la jeune Agnès Verdier-Molinié décoiffe. Ou la Fondation Copernic, ancrée à gauche et issue du mouvement social, qui a joué un rôle de contrepoids lors du débat sur la réforme des retraites.

Pour le reste, « entre le libéralisme à prétention sociale de Montaigne et le progressisme légèrement socialisé de Terra Nova, il devient difficile de distinguer leur ADN politique, observe le journaliste Olivier Vilain. Ils contribuent à fabriquer cette pensée standardisée que l'on retrouve dans les partis, avec des retouches adaptées au profil de chacun. Leurs idées ressemblent à des vêtements de prêt-à-porter. »
« Ce qui fait mal, ce sont les organigrammes de tous ces lieux », note l'universitaire Emmanuel Todd. Ces think tanks, qui se dépeignent volontiers comme l'expression de la société civile, n'en reflètent absolument pas la diversité, témoin leur composition socioprofessionnelle ultra homogène, qui cultive l'entre-soi : grands patrons, hauts fonctionnaires, banquiers et avocats d'affaires, économistes...
Et une armée d'hommes ! Ces derniers mois, les activistes féministes de La Barbe, qui envahissent, postiche au menton, les lieux de domination masculine, ont d'ailleurs surgi au premier colloque de la Fondation Ecologie d'avenir de Claude Allègre – quarante-deux hommes sur quarante-cinq membres ; à l'Institut Montaigne, qui planchait sur « Quinze ans de réforme des universités » – quatorze hommes pour quinze intervenants ; à la Fondapol, qui phosphorait sur une « Politique de l'eau » – vingt-quatre hommes sur vingt-huit membres.
Et puis il y a leur mode de financement, qui repose de plus en plus sur de grands groupes privés. Preuve que la question dérange, l'interview que nous a donnée Dominique Reynié, de la Fondapol. Ce soir-là, on pensait trouver un éditorialiste rodé aux médias. Surprise, après quinze minutes de ronronnement sur la vocation du think tank, son directeur donne des signes de nervosité. Et refuse de répondre à nos questions sur son financement, qui provient de fonds publics pour les deux tiers, privés pour le reste « Qui êtes-vous pour me questionner sur notre budget ? Tous ces intellectuels que vous interviewez dans vos pages, vous leur demandez pour qui ils votent ? Et vous, pour qui vous votez ? Je vous demande de sortir ! » (A la différence de leurs homologues américains (financés par le privé) et allemands (financés par le public), les think tanks français ont une diversité de modes de financement. Certains sont des fondations d'utilité publique et reçoivent des subventions publiques, qu'elles complètent par de l'argent privé. D'autres sont entièrement financées par les entreprises. Particuliers et entreprises bénéficient de réductions d'impôt et d'abattements pour leurs donations aux fondations).
A quelques exceptions près – l'Institut Montaigne, ou la Fondation Copernic, totalement à part, qui vit grâce aux cotisations de son millier d'adhérents, gage de son indépendance –, les think tankers que nous avons rencontrés ne veulent pas parler de leurs financeurs privés (ou restent approximatifs)... au risque d'alimenter la suspicion. Souvent par volonté de masquer leurs difficultés à rassembler des fonds, telle la Fondapol, à qui les ennuis judiciaires de son président, Nicolas Bazire, « ne facilitent pas la tâche », nous a-t-on dit. Mais aussi parce que le mécénat – et son modèle américain – pose la question de leur indépendance face aux grands groupes. Le think tank de Dominique Reynié, Nicolas Bazire et Charles Beigbeder est cofinancé par des multinationales comme Veolia, Suez ou EDF. Ces dernières subventionnent également la Fondation Jean-Jaurès, proche du PS. Quant à l'Institut Montaigne, il compte parmi ses quatre-vingts mécènes EADS, Capgemini, Total, Areva, Acticall... qui financent aussi, à gauche, Terra Nova.
Pour Laurent Bigorgne, « dès lors qu'on touche de l'argent public, qu'on bénéficie d'abattements fiscaux, on doit être transparent. La société française ne peut plus vivre avec cette culture du soupçon ! Quant à l'indépendance de Montaigne, qui travaille au service de l'intérêt général, elle est assurée par la diversité des entreprises, dont aucune ne pèse plus de 2 % du budget total ».
“Ce sont d'excellentes caisses de résonance,
qui permettent de s'offrir des assurances en cas
d'alternance, moyennant un investissement limité.”
Un cadre de multinationale
Reste que si l'argent n'explique pas tout, rien ne s'explique sans lui. Les groupes d'intérêt ont compris l'utilité de ces think tanks, qui interviennent en amont des décisions publiques. « Ce sont d'excellentes caisses de résonance, qui permettent de mettre en avant des thèmes, de repérer les grands relais d'opinion porteurs, précise ce cadre de multinationale. Et aussi de s'offrir des assurances en cas d'alternance, moyennant un investissement limité, souvent autour de 50 000 euros, dans des structures de gauche et de droite. »
Certes, les think tanks à la française sont encore très loin de leurs cousins amé­ricains, passés maîtres dans l'art du lobbying au service de puissances ­financières et économiques. Mais, comme s'interroge Agnès Verdier-Molinié, « si je commence à accepter le financement des grandes entreprises, est-ce que je pourrai garder la même liberté de parole ? Quand l'iFrap sort une étude sur les parachutes dorés et les retraites chapeaux, ça n'arrange pas les entreprises du CAC 40... »
Les « angles morts » de la réflexion des think tankers – toutes les thématiques qu'ils se gardent bien d'aborder – disent aussi, à leur façon, le poids des financeurs. Comment, par exemple, envisager un vrai débat sur le secteur des assurances à Montaigne quand on a à sa tête l'ex-assureur Claude Bébéar ? « C'est une vraie frontière idéologique : les analyses “indépendantes” des think tanks libéraux ne peuvent mettre en cause les intérêts des milieux d'affaires », soulignent Olivier Vilain et Roger Lenglet.
“Les hyper-riches ont tant d'argent qu'ils
ne savent plus qu'en faire. Il leur reste un terrain
à conquérir : le monde des idées !”
Emmanuel Todd
Sans oublier le contexte de leur montée en puissance, celui de l'explosion des très hauts revenus. « Nous sommes dans un moment d'“ivresse du capital”, dit Emmanuel Todd. Les hyper-riches ont tant d'argent qu'ils ne savent plus qu'en faire. Il leur reste un terrain à conquérir : le monde des idées ! »

Un petit groupe d'« experts », aussi éclairés soient-ils, peut-il déterminer ce qu'est une « bonne » société ? Qui est légitime pour produire des analyses économiques et sociales ? Excepté de rares cas, comme la Fondation Copernic, qui mêle en son sein hommes et femmes, chercheurs, politiques et représentants du monde social, et bataille, comme le dit Willy Pelletier, pour « produire une autre forme d'expertise à partir de l'expérience réelle des gens et rompre avec l'entre-soi », dans le petit monde feutré et courtois des grands think tanks parisiens, tout le pouvoir va à ceux qui l'ont déjà.

Les cerveaux, hémisphère droit :

Institut Montaigne
Création : 2000, par Claude Bébéar
Dirigeants : Laurent Bigorgne, Claude Bébéar
Membres : Henri Lachmann (Schneider Electric), Nicolas Baverez (avocat), Philippe Wahl (Banque postale), Guy Carcassonne (juriste, consultant), Michel Godet (économiste, consultant), Jean-Paul Tran Thiet (avocat), Jean-Paul Fitoussi (économiste, Sciences-Po, OFCE), Guillaume Pepy (SNCF)...
Budget : 3 millions d'euros.
Financeurs : quatre-vingts entreprises, dont Areva, LVMH, Capgemini, Carrefour, SFR, Vinci, Total...

Fondapol
Création : 2004, par Jérôme Monod
Dirigeants : Dominique Reynié, professeur à Sciences-Po
Membres : Charles Beigbeder (Poweo), Nicolas Bazire (LVMH, Carrefour...), Jérôme Monod (président d'honneur de Suez), Francis Mer (groupe Safran), Laurent Cohen-Tanugi (avocat), Pierre Giacometti (conseil en stratégie et en communication)...
Budget : 2,2 millions d'euros.
Financeurs : fondation d'utilité publique, dotée de subventions publiques, de mécénat venant de grands donateurs privés et quelques multinationales comme EDF, Suez, Veolia...
Site Web : www.fondapol.org

Ifrap
Création : 1985, par Bernard Zimmern (X-ENA, entrepreneur, inventeur)
Dirigeants : Bernard Zimmern, Agnès Verdier-Molinié
Membres : Olivier Mitterrand (pdg des Nouveaux Constructeurs), Emmanuel Combe (économiste), Jacques de Trentinian (ingénieur), Jean-Claude Rouzaud (Champagne Roederer), Jean-Michel Fourgous (député)...
Budget : 1 million d'euros.
Financeurs : fondation d'utilité publique, dont le budget repose sur les dons de ses adhérents (beaucoup de PME)
Site Web : www.ifrap.org

Les cerveaux, hémisphère gauche :

Terra Nova
Création : 2008, par Olivier Ferrand
Dirigeants : Olivier Ferrand et Marc-Olivier Padis (rédacteur en chef d’Esprit)
Membres : Guillaume Hannezo (Rothschild et Cie), Paul Hermelin (Capgemini), Michel Rocard, Louis Dreyfus (groupe Le Monde), Jean-Paul Fitoussi (économiste, Sciences-Po, OFCE), Guy Carcassonne (juriste, consultant), Daniel Cohen (économiste, banque Lazard), Philippe Askenazy (économiste)...
Budget : entre 300 000 et 400 000 euros.
Financeurs : une quinzaine d’entreprises, dont Areva, Capgemini, EADS, Fondation Total...
Site Web : www.tnova.fr

Jean-Jaurès
Création : 1992, par Pierre Mauroy
Dirigeants : Gilles Finchelstein (directeur des études à Euro RSCG), Pierre Mauroy (directeur)Membres : Daniel Cohen, président du conseil scientifique (économiste, banque Lazard), Philippe Askenazy (économiste)…
Budget : 2,1 millions d’euros.
Financeurs : fondation d’utilité publique, dotée de subventions publiques et qui complète son budget avec quelques financeurs privés dont EDF, Veolia, Suez... et des partenariats européens.

Copernic
Création : 1998
Dirigeants : Caroline Mécary (avocate), Willy Pelletier (sociologue), Pierre Khalfa (syndicaliste, altermondialiste)
Membres : Safia Lebdi (fondatrice de Ni putes ni soumises, présidente de l’Office régional du film d’Ile-de France), Jacques Rigaudiat (ex-conseiller social à Matignon sous Jospin et auparavant sous Rocard), Francis Parny (numéro 2 du PCF), Alain Lipietz (économiste, député européen Europe Ecologie Les Verts), Sandra Demarcq (dirigeante du NPA), Gérard Filoche (inspecteur du travail, PS)…
Budget : 80 000 euros.
Financeurs : cotisations de ses adhérents

Attention à l'effet « arbre de Noël » des comités éditoriaux ou scientifiques des think tanks, nous ont dit en aparté plusieurs intellectuels, dont les noms figurent sur ces listes mais qui n'en font plus partie depuis longtemps... Comme il fait chic de figurer dans un think tank, beaucoup apparaissent aussi dans de nombreux comités mais n'y mettent jamais les pieds.

A lire
Un pouvoir sous influence, de Roger Lenglet et Olivier Vilain, éd. Armand Colin.

La République du copinage, de Vincent Nouzille, éd. Fayard.

Eloge du carburateur, de Matthew B. Crawford, trad. de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Saint-Upéry, éd. La Découverte. (Formidable Récit de vie et « essai sur le sens et la valeur du travail » d'un philosophe américain, ancien salarié de think tank à Washington et devenu réparateur de motos.)

Source Weronika Zarachowicz (Télérama)