lundi 14 septembre 2015

Billets-Longue marche vers l'incertitude (2)

Longue marche vers l'incertitude (2)


Une famille se glisse sous les barbelés à la frontière serbo-hongroise, le 27 août 2015 (AFP / Attila Kisbedenek)

Plus de 350.000 personnes fuyant la guerre et la misère ont frappé aux portes de l’Union européenne depuis le début de 2015 après avoir souvent mis leurs vies en danger à bord d’embarcations de fortune en Méditerranée ou en mer Egée. Beaucoup se sont endettés auprès de leurs proches ou ont vendu tous leurs biens pour se lancer dans ce dangereux périple. Ils ont dû affronter escrocs et passeurs sans vergogne ; ils ont marché des jours entiers sous un soleil harassant, ont passé de courtes nuits dans le froid, se sont heurtés aux barbelés et parfois aux brutalités policières avant d’atteindre l’Autriche, l’Allemagne ou un autre pays d’Europe du nord où un avenir incertain les attend.

Après avoir couvert l’arrivée des réfugiés dans les îles grecques depuis les côtes turques, l’AFP a envoyé une équipe de trois journalistes suivre la suite de leur périple, le long de la route des Balkans. Ceci est le journal de notre voyage qui a démarré à la frontière gréco-macédonienne et qui, nous l’espérons, nous conduira jusqu’en Allemagne.

Ceci est la deuxième partie de notre voyage, qui commence à la frontière serbo-hongroise. Pour lire les premiers épisodes, de la Grèce à Belgrade, cliquez ici.


4ème jour : pas de passeport, pas de droits


Un groupe de réfugiés marche depuis la Serbie vers la frontière hongroise (AFP / Aris Messinis)

BUDAPEST, 5 septembre 2015
Je suis une fille de Libanais qui, pendant la guerre civile dans les années 1980, ont choisi l’exil pour construire une nouvelle vie, et à ce titre j’ai grandi dans l’Union européenne. Mais avant le jour où j’ai commencé à suivre un groupe de réfugiés fuyant la guerre et en quête d’un avenir en Europe de l’ouest, je n’avais jamais complètement mesuré l’étendue des pouvoirs que m’apporte mon passeport couleur bordeaux, ni la vulnérabilité de ceux qui en sont démunis.

Pendant environ une semaine, mes collègues Aris Messinis, Céline Jankowiak et moi suivons des réfugiés irakiens qui ont quitté leur pays en guerre et se sont lancés vers l’Europe sur la route des Balkans. C’est un voyage dangereux, au cours duquel le meilleur du genre humain côtoie le pire. A travers leurs yeux, je découvre une autre facette de l'Union européenne. Des choses que je n'avais vues, auparavant, que dans les zones de crise où chaque pas en avant que l'on effectue est une aventure incertaine, et où la moindre erreur peut vous coûter la liberté ou même la vie.

L’odyssée de ces réfugiés a commencé en Turquie. Ceux qui ont eu la chance de survivre à la traversée en canot pneumatique ou en bateau de pêche vétuste jusqu’aux côtes grecques ont ensuite dû faire la queue pendant des heures pour s’enregistrer auprès des autorités grecques, macédoniennes puis serbes, matraqués par un soleil de plomb le jour et grelottant de froid la nuit, dormant à même la rue ou dans des camps insalubres.


Un réfugié est arrêté par la police hongroise devant sa femme et sa fille après avoir franchi la frontière serbe, le 28 août 2015 (AFP / Attila Kisbenedek)

Après avoir traversé les Balkans, ils sont entrés illégalement en Hongrie afin de ne pas compromettre leurs chances d’obtenir le droit de séjourner en Allemagne ou dans un autre pays d’Europe du nord, une règle de l’Union européenne obligeant les réfugiés à présenter leur demande d’asile dans le premier pays où ils arrivent.

Pour franchir la frontière serbo-hongroise, un groupe d’une vingtaine d’Irakiens terrifiés s’en remettent à un passeur kurde irakien aux yeux verts. Cet individu, dont la petite amie est grecque, dispense de paiement l’équipe de l’AFP après avoir échangé quelques mots avec notre photographe grec Aris. Les Irakiens, eux, doivent débourser 100 euros chacun pour être guidés jusqu’en Hongrie.

Avec la pleine lune qui illumine le ciel et le paysage, ce n’est peut-être pas la meilleure nuit pour passer. Mais le permis de séjour de 72 heures accordé aux réfugiés par la Serbie vient d’expirer. Il n’y a pas de retour en arrière. Il faut tenter le coup. Depuis le nord de la Grèce, le voyage des réfugiés est ponctué de moments semblables, quand ils n’ont plus d’autre choix que d’aller de l’avant, espérer que tout se passe bien même si les conditions sont loin d’être idéales.


La police hongroise inspecte une voiture conduite par un passeur présumé sur une autoroute entre la frontière serbe et Budapest, le 3 septembre 2015 (AFP / Csaba Segesvari)

Alors que les réfugiés se faufilent derrière leur passeur, traversant des fermes ou marchant à travers-champs, des inconnus surgissent dans la nuit. Des voleurs, probablement. Avant de se lancer dans cette aventure, les réfugiés ont été prévenus par leurs amis : les possibilités de se faire détrousser, ou pire, sont élevées pendant le voyage. Plusieurs hommes du groupe se sont munis de bâtons. A chaque fois qu’ils se retrouvent encerclés, ils agitent leurs armes primitives en direction des prédateurs en criant : « Go ! Go ! Leave us ! » dans un anglais au lourd accent arabe.

Ce sont eux qui sont le plus en danger, mais cela ne les empêche pas de s’inquiéter pour nous. « Vous avez peur ? N’ayez crainte, on est là », me dit un des réfugiés. D’autres s’assurent que ma collègue Céline, une jeune Irakienne et moi-même marchons en permanence au centre du groupe, protégées par les hommes. Une attention qui me touche profondément.


Une famille de migrants est emmenée par la police hongroise vers un camp de réfugiés à Bicske, le 3 septembre 2015 (AFP / Attila Kisbenedek)

Mais si l’humanité peut montrer son visage le plus noble en période de guerre ou de crise, c’est aussi le moment où les instincts les plus hideux peuvent se réveiller. Tous les réfugiés sont terrorisés à l’idée du moindre contact avec les autorités, et les délinquants et profiteurs en tout genre le savent.

Comme convenu, le passeur nous laisse à une station-service du côté hongrois de la frontière. Les premiers êtres humains qui nous accueillent surgissent comme des vautours après un bain de sang : une nuée de trafiquants aux sourires cyniques qui se jettent comme un seul homme sur les Irakiens. Ces derniers, au désespoir de gagner au plus vite un endroit sûr, doivent verser des sommes exorbitantes : 200 euros par personne pour les sept qui veulent se rendre à Budapest. Une course en taxi normale coûterait le même prix, mais pour l’ensemble des passagers.


Un réfugié à bord d'un train entre Budapest et la frontière autrichienne stoppé par les autorités hongroises en gare de Bicske, le 3 septembre 2015 (AFP / Attila Kisbenedek)

Le chauffeur enjôleur qui a emporté le « marché » est lui-même effrayé à l’idée de tomber sur un contrôle de police. S’il se fait prendre, il ira en prison pour trafic d’êtres humains. Mais pour justifier son tarif délirant, il invente aussi pendant le voyage toutes sortes de dangers imaginaires qui maintiennent les Irakiens dans une crainte permanente.

« Attention, il y a un contrôle de police là ! Penchez vos têtes vers la gauche. Toi, bouge ! » crie-t-il vers l’arrière du monospace alors que nous passons devant une voiture de police stationnée sur les lieux d’un accident de la circulation sans gravité. Il interdit aux réfugiés (mais, curieusement, pas aux journalistes) d’utiliser leurs téléphones portables. « La lumière ! Ça fait de la lumière ! » justifie-t-il alors que nous roulons à plus de 120 km/h sur l’autoroute.

Nous arrivons dans la banlieue de Budapest où un autre groupe de chauffeurs, appartenant cette fois à des compagnies officielles, attendent le pigeon avec impatience. Celui qui prend en charge les Irakiens demande 150 euros pour les conduire dans le centre-ville, jusqu’à un hôtel qui, assure-t-il, acceptera de les héberger. Il s’avère que l’hôtel est un bordel. Les migrants dormiront dans le parking, dehors.

Mes collègues et moi abordons un autre taxi. D’emblée, nous annonçons que nous avons des papiers en règne et que nous n’accepterons de payer que le tarif normal. Le chauffeur commence par pousser des cris d’orfraie, mais finalement, il accepte de nous emmener en ville pour le tiers du prix que son collègue a exigé aux clandestins irakiens.

Voilà la différence entre avoir un passeport européen ou non. Nous avons fait le voyage avec les réfugiés. Mais si nous disparaissons, quelqu’un s’en inquiètera. Et si quelqu’un essaye de profiter de nous, nous pouvons nous défendre.
Pas eux.


5ème jour : Vienne, la ville des rêves


Une réfugiée et son enfant en gare de Hegyeshalom, à la frontière austro-hongroise, le 31 août 2015 (AFP / Vladimir Simicek)

VIENNE, 7 septembre 2015
Vienne n’est la destination finale que d’un très petit nombre de réfugiés. Mais pour tous, c’est le premier grand bol d’air frais.

Ils ont traversé la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie au rythme d’environ un pays par jour. Ils ont passé la plupart de leurs nuits dans des autobus ou dans la rue. Ils ont subi les tracasseries de la police à chaque étape de leur périple. Et enfin ils atteignent une ville où, pour la première fois, personne ne les pourchasse ni ne cherche à les « traiter », selon l’expression employée par les autorités pour désigner la procédure d’enregistrement des étrangers.

A la gare, les nouveaux arrivants sont accueillis par des volontaires, dont certains parlent l’arabe et le kurde. « Bienvenue aux réfugiés », proclame une grande banderole rouge portée par un bénévole autrichien. « Ahlan wa sahlan » (« bienvenue ») dit un écriteau en arabe disposé sur une table qui déborde de bananes, de pommes, de pêches, de friandises locales et arabes et de jouets en peluche pour les enfants.


Un réfugié et son enfant traversent la frontière austro-hongroise près du village de Nickelsdorf, le 5 septembre 2015 (AFP / Vladimir Simicek)

Un accueil infiniment plus humain et chaleureux que celui auquel ils ont eu droit tout au long de leur voyage sur la route des Balkans. Dans les campements de fortune où ils étaient parqués par les autorités, ils recevaient au mieux une bouteille d’eau et des biscuits bon marché. Alors qu’ici, à Vienne, il y a des couches pour les bébés, du lait maternisé et de la nourriture digne de ce nom. Et la crainte de l’arrestation et du transfèrement dans un camp, permanente en Hongrie, s’est enfin évanouie pour de bon.

Cette bouffée de liberté et de solidarité aide les réfugiés à reconstruire un peu leur dignité bafouée sans merci depuis le début de leur parcours. Quand ils ont quitté la Syrie, l’Irak, l’Afghanistan ou d’autre pays misérables et ravagés par la guerre, ils ne pensaient qu’à fuir. Entre la Grèce et la Hongrie, ils étaient obsédés par l’idée de franchir les obstacles suivants, d’avancer le plus vite possible. Comme les personnages d’un sinistre jeu vidéo, ils étaient engagés dans une course contre la montre, dopés au Red Bull pour déjouer les gardes-frontières et les détrousseurs de la mafia tout en luttant contre l’épuisement, ne pensant qu’à atteindre le prochain niveau pour ne pas se retrouver à la case départ. Et maintenant qu’ils ne sont plus obligés d’être perpétuellement sur leurs gardes, ils peuvent enfin réfléchir sérieusement à leur avenir.


Une volontaire autrichienne joue avec une enfant afghane de 3 ans en gare de Vienne-Westbanhof, le 6 septembre 2015 (AFP / Joe Klamar)

A Vienne, la grande interrogation pour les réfugiés fraîchement arrivés est : « où allons-nous maintenant ? »

En Allemagne ? Aux Pays-Bas ? En Suède ? En Belgique ? En France ou en Finlande ? Le hall de l’hôtel viennois où de nombreux Syriens et Irakiens sont descendus pour la nuit bruisse de mille questions. « Vous pensez que c’est sympa, la Belgique ? » me demande un Irakien. « Ou peut-être que la Hollande, c’est mieux ? J’ai entendu dire qu’il sera plus facile de faire venir ma famille en Hollande qu’en Allemagne ? Vous savez si c’est vrai ? »

Bien sûr, je n’ai pas les réponses. Je n’ai aucune idée de l’endroit vers où cet homme et les autres réfugiés devraient se diriger. Non seulement je n’ai pas à influencer leurs décisions, mais en plus les politiques en matière d’asile en Europe changent si rapidement en ce moment que ce qui est vrai un jour ne le sera plus nécessairement le lendemain.


Manifestation pro-réfugiés à Vienne, le 31 août 2015 (AFP / Patrick Domingo)

Voir ces milliers de personnes avancer ensemble sans avoir, pour la plupart, la moindre idée de leur destination finale nous enseigne une chose : personne n’encourage ces gens à venir en Europe, contrairement à ce que certains affirment. Ils se sont mis en route parce qu’ils n’avaient d’autre choix que de chercher à vivre loin des bombes et de la misère. Le choix du pays d’accueil est secondaire, du moment qu’on les y accueille dans la dignité.

Pour beaucoup, la terre promise, c’est l’Allemagne. La famille de réfugiés irakiens que nous sommes en train de suivre y est presque, même si elle n’écarte pas encore la possibilité de repartir le lendemain pour les Pays-Bas, où vivent des parents à eux.


Des réfugiés quittent Vienne pour l'Allemagne, le 6 septembre 2015 (AFP / Joe Klamar)

Après leur première bonne nuit de sommeil en une semaine, ils ne semblent pas trop inquiets face à leur avenir incertain. Ils sont presque arrivés « au bon endroit », peu importe lequel. Plutôt que de s’angoisser, ils rêvent de ce que sera leur avenir et accumulent les vivres, certaines plus utiles que d’autres : du lait en poudre pour Adam, leur bébé de quatre mois ; de nouvelles boucles d’oreilles pour Alia, sa maman de 26 ans, enchantée de se sentir à nouveau normale. Après avoir bravé la mort sur la mer, affronté les dangers de la route des Balkans et échappé de peu à l’arrestation en Hongrie, personne ne mérite plus qu’eux ce moment de paix.


6ème jour : Munich, la séparation


Les réfugiés irakiens Ahmad, Alia et leur bébé Adam attendent leur train pour l'Allemagne en gare de Vienne, le 3 septembre 2015 (AFP / Aris Messinis)

MUNICH (Allemagne), 9 septembre 2015
A Vienne, la famille irakienne que nous sommes en train de suivre depuis la Macédoine – Ahmad l’optimiste, la belle Alia et leur bébé de quatre mois Adam – décide au dernier moment d’acheter des billets de train pour Cologne, en Allemagne. Pendant leur course effrénée, ils ont à peine eu le temps de réfléchir à leur destination finale. Et maintenant ils prennent en quelques secondes une décision qui changera le cours de leur existence.

Leur plan est de rendre visite la sœur d’Ahmad, qui habite Cologne, et de décider ensuite soit de demander l’asile en Allemagne, soit de poursuivre leur voyage jusqu’aux Pays-Bas où tant Ahmad qu’Alia ont de la famille.

« L’Allemagne est très encombrée maintenant », dit Ahmad, en parlant des dizaines de milliers de réfugiés et de migrants qui affluent dans le pays. « Mais mon frère dit que la vie en Hollande est très difficile. Nous allons d’abord aller voir ma sœur et prendre le temps de nous décider ».

Donc ce sera Cologne. Le billet coûte 185 euros par personne, encore une petite fortune pour une famille qui a déjà déboursé plus de 9.000 euros pour payer des passeurs, des hôtels, des repas et des moyens de transport pour arriver si loin depuis la Turquie. Après un kebab-frites, c’est l’heure du départ.

Comme il n’y a pas de trains directs entre Vienne et Cologne, il faut changer à Munich. C’est une bonne nouvelle pour les fumeurs du groupe, qui disposeront d’une pause-cigarette de vingt minutes fort bienvenue au milieu des onze heures de voyage.

Les réfugiés partagent leur train avec des hommes d’affaires et des touristes venus de France ou d’Espagne. Parmi les autres réfugiés à bord, il y a un vieil homme qui vient de Damas et qui porte une élégante chemise Nehru en lin blanc. « Dès que je serai en Allemagne, je demanderai l’asile politique avec ma femme et mes enfants », dit-il, les yeux pétillants d’excitation.

Par deux fois, les contrôleurs vérifient nos billets, mais personne ne demande les passeports. Quand le train dépasse Salzbourg, la dernière ville avant la frontière allemande, tout le monde pousse un soupir de soulagement. Sauf le photographe de l’AFP Aris Messinis. «Attendez, c’est trop tôt pour célébrer », prévient-il.


« Bienvenue en Allemagne ! »


Dans le train qui les emmène en Allemagne, Ahmad et Alia tentent de communiquer avec leur famille par téléphone portable (AFP / Aris Messinis)

Nous avons tous vu les belles images de gens acclamant les réfugiés à leur arrivée en Allemagne. Nous pensions vivre un « happy end » de ce genre après ce voyage depuis l’enfer.  

Mais, alors que je suis en train d’écrire mon article sur cette famille pour l’AFP, aucune foule n’est là pour accueillir Alia, Ahmad et Adam. Il est onze heures du soir, et à la gare de Munich, il n’y a que la police. Les agents interceptent la famille en douceur et la conduisent jusqu'à un bureau d’accueil improvisé pour procéder à leur enregistrement et à des examens médicaux. Le train pour Cologne partira sans Alia, Ahmad et Adam... Le vieil homme de Damas est avec eux. Il marche les yeux rivés au sol.

« Bienvenue en Allemagne », dit une pancarte solitaire écrite à la main, affichée à l’entrée du bureau.

Un policier nous assure que nos amis seront encore là le lendemain matin. Mais lorsque nous venons les retrouver à huit heures, ils n'y a plus personne.

Plus tard, nous avons de leurs nouvelles via une application pour smartphone. Ils ont été conduits jusqu’à un refuge temporaire, où ils partagent une chambre avec une autre famille. Ils n’ont pas d’habits chauds. On leur a dit qu’ils changeraient encore d’endroit plusieurs fois pendant que leur demande d’asile est examinée.


Ahmad, Alia et Adam sont pris en charge par la police allemande à leur arrivée à Munich (AFP / Aris Messinis)

Les autorités allemandes, confrontées à la marée humaine des réfugiés, ont fait plus que tout autre gouvernement pour accueillir ces gens. Mais accompagner de si près l’épopée d’Alia, d’Ahmad et d’Adam m’aide à réaliser à quel point il est difficile d’être un demandeur d’asile où que ce soit, même dans le meilleur des cas.

Qu’ils soient applaudis par la foule ou non, les réfugiés doivent s’en remettre à la police pour être enregistrés. Ils doivent raconter leur histoire un nombre incalculable de fois à des fonctionnaires différents, qui vérifieront si elle tient debout. Du point de vue de la sécurité, c’est logique. Mais j’imagine à quel point il doit être douloureux de raconter encore et encore à des inconnus en uniforme comment on a été torturé en Syrie, ou comment on a survécu à un bombardement en Irak. Il leur faudra ensuite attendre des mois pour savoir si leur demande est acceptée. La réponse dépendra autant de l’authenticité de leurs récits que des quotas de réfugiés que chaque pays est disposé à accepter.

Pour Alia et Ahdmad, de nouvelles questions surgissent. Comment géreront-ils le souvenir de leurs souffrances ? Comment maintiendront-ils la mémoire du pays dans l’esprit d’Adam ? Lui raconteront-ils un jour tout ce qu’ils ont risqué pour lui ? Et surtout, quand trouveront-ils enfin un chez eux, un endroit où ils cesseront d’être considérés comme des numéros dans une vague migratoire ?

Avec le photographe Aris Messinis et la journaliste vidéo Céline Jankowiak, nous avons le projet de rendre visite à la famille dans quelques mois. Nous vous raconterons la suite de l’histoire.


Serene Assir est une journaliste de l’AFP basée à Paris. Suivez-la sur Twitter. Cet article a été édité par Yana Dlugy, Elizaveta Malykhina et Fiachra Gibbons, et traduit par Roland de Courson à Paris (lisez la version originale en anglais).


(AFP / Aris Messinis)


Source blogs.afp.com

dimanche 13 septembre 2015

Billets-Longue marche vers l’incertitude (1)

Longue marche vers l’incertitude (1)


Des réfugiés syriens traversent la frontière serbo-hongroise le long d'une voie de chemin de fer, le 1er septembre 2015 (AFP / Aris Messinis)

Plus de 350.000 personnes fuyant la guerre et la misère ont frappé aux portes de l’Union européenne depuis le début de 2015 après avoir souvent mis leurs vies en danger à bord d’embarcations de fortune en Méditerranée ou en mer Egée.

Beaucoup se sont endettés auprès de leurs proches ou ont vendu tous leurs biens pour se lancer dans ce dangereux périple. Ils ont dû affronter escrocs et passeurs sans vergogne ; ils ont marché des jours entiers sous un soleil harassant, ont passé de courtes nuits dans le froid, se sont heurtés aux barbelés et parfois aux brutalités policières avant d’atteindre l’Autriche, l’Allemagne ou un autre pays d’Europe du nord où un avenir incertain les attend.

Après avoir couvert l’arrivée des réfugiés dans les îles grecques depuis les côtes turques, l’AFP a envoyé une équipe de trois journalistes suivre la suite de leur périple, le long de la route des Balkans. Ceci est le journal de notre voyage qui a démarré à la frontière gréco-macédonienne et qui, nous l’espérons, nous conduira jusqu’en Allemagne.


1er jour : l'arrivée en Macédoine


Un groupe de migrants se dirige vers la gare du village macédonien de Gevgelija après avoir traversé la frontière grecque, le 29 août 2015 (AFP / Aris Messinis)

IDOMENI (Grèce), 2 septembre 2015
Depuis la levée du jour, nous voyons d’importants groupes de personnes qui marchent sur la route, puis sur la voie ferrée, en direction du poste-frontière improvisé surveillé par la police grecque. Le paysage est éblouissant : un petit ruisseau coule sous un pont et les champs de tournesols s’étendent à perte de vue dans la douce lumière matinale.
Mais cet instant de clémence est de courte durée.

Une heure plus tard, un soleil de plomb s’acharne impitoyablement sur les centaines de malheureux qui attendent d’entrer en Macédoine. Tous sont impatients de franchir la frontière, mais ils doivent attendre pour accomplir cette nouvelle formalité dans le labyrinthe administratif dans lequel ils se sont engouffrés à l’instant où ils ont posé le pied en Grèce. Ils voyagent presque sans bagage. Pour venir à bout d’une si longue marche, il leur faut économiser de l’énergie.

Je commence à parler avec les gens qui se pressent vers la frontière. Une Syrienne, Falak-al-Khaled, me raconte qu’elle est journaliste. Je suis sûre d’avoir entendu son nom avant. Elle me rafraîchit la mémoire : récemment, elle a écrit un article sur les difficultés des jeunes Syriennes exilées en Turquie, où les écoles pour réfugiés sont financées principalement par les islamistes. Maintenant, elle est devenue une réfugiée aussi.


(AFP / Aris Messinis)

« Mon mari a eu un problème cardiaque et se soigner en Turquie est trop cher. Alors nous avons dû prendre la route, juste pour espérer pouvoir vivre quelque part dans la dignité », explique-t-elle.

Un homme qui se présente sous le prénom de Danny, qui attend lui aussi d’entrer en Macédoine et qui dit venir de la ville côtière de Tartous, près de la frontière libanaise, affirme qu’il veut vivre en Europe parce qu’il ne croit pas à la guerre. « Ce n’est pas seulement parce que vivre en Syrie est dangereux », dit-il. « Maintenant le pays appartient aux seigneurs de guerre et aux criminels. Nous n’avons plus notre place là-bas. Nous avons besoin d’un nouvel endroit où vivre ».

Même s’il sait que le chemin qui l’attend sera long et difficile, il assure qu’il ne regrette pas sa décision d’être parti. « Je fais ce voyage de mon propre gré, je suis libre de choisir mon chemin, et cela me suffit ».


Un couple de Syriens attend le train dans le village macédonien de Gevgelija, le 29 août 2015 (AFP / Aris Messinis)

Mark, un Camerounais de 33 ans, est en colère. Il vivait en Grèce depuis 2009. Il est marié à une Grecque depuis 2010. Mais il affirme que les autorités locales ont refusé de lui accorder un permis de résidence. « Ma femme a pleuré pendant une semaine, mais je savais que je devais partir », dit-il. « Je veux vivre comme un être humain. Je parle anglais et français, mais le seul travail que je pouvais décrocher à Athènes, c’était celui d’ouvrier clandestin du bâtiment. Je devais partir ».

Trois fourgonnettes sont stationnées près de la voie ferrée où patientent les migrants. L’une d’elles est celle d’un vendeur de glaces pour les enfants.
- Les affaires, c’est les affaires, dit le propriétaire.


Un Syrien qui a perdu ses deux jambes dans un bombardement près de Damas est aidé par d'autres migrants pendant la traversée de la frontière gréco-macédonienne près du village de Gevgelija, le 29 août 2015 (AFP / Aris Messinis)

Quelques heures plus tard, nous sommes du côté macédonien de la frontière. Tout est différent ici. C’est l’armée qui est déployée, pas la police. Nous marchons sur des sentiers de terre battue particulièrement difficiles pour les femmes avec de jeunes enfants et les gens en chaise roulante ou en béquilles, et il y en a, tous en provenance de Syrie.

« Que Dieu prenne pitié de nous », halète Umm Mohammad, une femme dans la cinquantaine qui voyage avec son mari âgé et cloué sur une chaise roulante par une blessure à la colonne vertébrale. Sans les jeunes syriens qui les accompagnent depuis qu’ils ont pris place dans le canot pneumatique entre la Turquie et la Grèce, ils ne seraient certainement pas arrivés si loin.

Des centaines de personnes patientent assises à même le sol dans le sinistre camp improvisé près des rails, sans aucune infrastructure à leur disposition. Elles attendent le train pour la Serbie, leur prochaine destination. Beaucoup passeront la nuit dans le froid. Il n’y a tout simplement aucun abri où dormir. La pleine lune qui nous contemple, impassible, est le seul élément qui nous rappelle qu’il existe encore de la beauté en ce monde.


2ème jour : dans le train-fantôme de Macédoine


(AFP / Nom du photographe)

A BORD D’UN TRAIN VERS LA FRONTIERE SERBE, 3 septembre 2015
Il est sept heures et demie du matin du côté macédonien de la frontière avec la Grèce quand nous entendons dire que le prochain train pour la frontière serbe partira à huit heures. Dans le camp de fortune, les réfugiés et les migrants sont assis en rangs à même le sol poussiéreux, surveillés par un garde macédonien qui ordonne à quiconque ose se mettre debout de se rasseoir jusqu’à l’heure du départ. Parmi les voyageurs, il y a des femmes enceintes, des mutilés de guerre et des personnes âgées.

Quand les gens commencent à embarquer dans les wagons rouillés et maculés de graffitis, il devient vite évident qu’il n’y aura pas assez de place pour tout le monde à bord. Chaque voiture est divisée en une dizaine de compartiments qui peuvent accueillir six personnes chacun. Le couloir est bondé de passagers assis ou dormant par terre. Le train est clairement en surcharge.

Mais qui s’en soucie ? Les voyageurs sont des Syriens, des Irakiens, des Afghans, de tous les âges depuis le nouveau-né jusqu’au vieillard, tous à la recherche d’une vie que leurs pays dévastés par la guerre ne peuvent leur offrir. Pour eux, les droits les plus élémentaires, ceux que les gens qui ont la chance de résider légalement quelque part tiennent pour acquis, n’existent tout simplement pas.
Quand la semaine dernière, j’ai vu ces réfugiés débarquer de leurs canots pneumatiques sur l’île grecque de Kos, ils étaient en état de choc mais encore pleins d’espoirs. Alors qu’à bord de ce train, ils ont l’impression d’être invisibles dans leur misère. Et cette invisibilité est peut-être encore pire que la misère elle-même.


A bord d'un train entre la Macédoine et la frontière serbe, le 30 août 2015 (AFP / Aris Messinis)

Depuis le train, pendant les quatre heures que dure le voyage jusqu’à la frontière serbe, nous voyons passer des arbres, des villages, le soleil qui brille et des gens qui ont l’air de vaquer à leurs occupations normales. Le contraste entre le monde paisible du dehors et la noire réalité de l’intérieur du wagon est accablant. Ce que nous apercevons par les fenêtres nous fait l’effet de scènes piochées au hasard dans un film. Et plus il y a des gens qui tombent endormis dans le couloir, moins il y a de place pour le reste des passagers.

Je passe une grande partie du voyage à parler avec Alia et Ahmad, un jeune couple irakien qui a tout risqué pour gagner l’Europe avec leur bébé de quatre mois. Depuis cette rencontre dans le train, le photographe Aris Messinis, la reporter vidéo Celine Jankowiak et moi-même n’avons d’ailleurs plus quitté cette famille.


A bord d'un train entre la Macédoine et la frontière serbe, le 30 août 2015 (AFP / Aris Messinis)

C’est Aris qui les a vus en premier et qui nous a suggéré d’aller leur parler. Ahmad, 27 ans, a de grands yeux marron pleins d’éclat et d’espoir. Il transporte son fils, Adam, dans une poussette. Alia, 26 ans, a réussi à rester extrêmement jolie malgré l’éprouvant voyage accompli jusqu’alors. Elle porte un jean Levis et a ramené ses cheveux couleur caramel en chignon. Les deux parents se relaient pour nourrir leur bébé.

Autour de nous, ceux qui sont encore éveillés comparent les nombreuses façons dont ils se sont retrouvés en Macédoine. Ils parlent de la guerre en Syrie et en Irak, de leurs espoirs perdus à l’égard de leurs patries. Ils partagent des histoires d’horreur à propos de la traversée entre la Turquie et la Grèce. Ils essayent de comprendre le labyrinthe de procédures administratives qui les a happés à l’instant même où ils ont débarqué en Europe.

Le train arrive à destination, mais il faut encore marcher deux kilomètres, sur un chemin difficile, avant d’arriver au poste-frontière serbe. C’est comme si les réfugiés n’avaient jamais vraiment posé le pied en Macédoine.


En Serbie : la fin des Balkans


Des réfugiés arrivent dans le village macédonien de Tabanovce, près de la frontière serbe, le 30 août 2015 (AFP / Aris Messinis)

Nous traversons la frontière et nous dirigeons vers le camp de Presevo, où les nouveaux arrivants doivent s’enregistrer auprès des autorités serbes.

Un vieil homme avec une jambe dans le plâtre boîte lentement vers le camp au milieu d’un paysage de sable rouge et d’oliviers, sous un ciel parfaitement bleu. « Dites à tout le monde : nous étions descendus dans la rue pour protester contre Bashar et exiger qu’il parte. Mais au final il est resté, et c’est nous tous qui sommes partis », dit-il en s’asseyant à l’ombre d’un arbre pour se reposer.

« C’est un voyage très dur », poursuit ce Damascène, qui refuse de nous dire son nom. « Mais laissez-moi vous dire : j’aurais préféré me noyer en mer plutôt que de passer ma vie dans les geôles d’Assad ».


3ème jour : A Belgrade, le calme avant la Hongrie


Une famille de réfugiés dans le camp de Presevo, en Serbie, le 30 août 2015
(AFP / Aris Messinis)

BELGRADE, 4 septembre 2015
Après onze heures d’autobus depuis le camp de Presevo, dont cinq heures bloqués à un contrôle de police en raison d’une histoire de faux papiers d’identité, nous atteignons Belgrade. La Serbie est le troisième pays traversé en trois jours pour les réfugiés dont nous suivons la marche à travers les Balkans.

Il est cinq heures du matin et le soleil ne s’est pas encore levé. Les nouveaux arrivants sans argent ni papiers en sont réduits à dormir dans un parc. En cette fin de nuit, la scène est glauque. « Les frontières tuent », peut-on lire sur une pancarte clouée sur un arbre. Des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants se reposent comme ils peuvent, allongés dans des tentes ou à la belle étoile, avant de poursuivre leur périple vers l’Allemagne ou d’autres pays d’Europe du nord où ils espèrent retrouver enfin un peu de dignité.

Le groupe de réfugiés que nous accompagnons a de la chance : ils disposent tous d’un permis de séjour de 72 heures en Serbie. Avec ce document, ils peuvent circuler à leur guise dans le pays et dormir à l’hôtel. Mais quel établissement sera disposé à les accueillir à une heure pareille ? Ils sont épuisés, ils sont atteints dans leur dignité, et par-dessus tout ils se sentent totalement déboussolés, aliénés.


« On parle quelle langue ici ? Quel jour on est aujourd’hui ? » demande Bilal, un Syrien de 25 ans originaire de la ville dévastée de Homs. « Comment s’appelle la monnaie de ce pays ? Comment va-t-on trouver un hôtel ? »

Depuis leur arrivée en Grèce, tous les migrants et réfugiés qui empruntent la route des Balkans sont passés régulièrement par ces moments de désarroi. Mais la prochaine étape de leur voyage, l’entrée en Hongrie, est encore plus effrayante.

Certes, jusqu’à présent personne ne les a beaucoup aidés. Mais au moins, chacun savait qu’il devait faire la queue avec les autres pour obtenir les mêmes papiers, qui lui permettraient d’arriver sans trop d’encombres jusqu’au pays suivant.


Mais après Belgrade, les formalités administratives et le parcours relativement balisé sont terminés. Désormais, il s’agit de pénétrer dans l’Union européenne par ses propres moyens et de faire en sorte d’y rester. Ce sera chacun pour soi. Et il y a beaucoup, beaucoup de candidats au passage.

« Taxi ! Taxi ! » Un groupe de chauffeurs fond sur les réfugiés, leur promettant de les conduire jusqu’à un hôtel propre et pas trop cher qui dispose de beaucoup de chambres libres et où l’on peut manger halal.

Le hall de l’hôtel Sribja est noir de monde. A la réception, on exige des nouveaux clients qu’ils paient plein pot pour la chambre, même s’il ne reste plus que six heures avant le check-out. Tout le monde est trop exténué pour marchander. Chacun part s’écrouler sur son lit. Quatre ou cinq heures passent, à la vitesse de l’éclair. On se réveille, les batteries rechargées, et une nouvelle journée au sein de la journée commence.


L’exil


Juste devant l’hôtel, un médecin syrien qui vit en Serbie depuis trente-deux ans est au bord des larmes en parlant à ses compatriotes et aux Irakiens qu’il rencontre. Il offre généreusement son aide à quiconque n’a pas les moyens de payer son hébergement. « Qu’est-ce qui arrive à la Syrie ? Tout ça parce que le président refuse de quitter son trône ? Il n’a plus rien à gouverner, à part un tas de ruines », tempête-t-il en chiffonnant un journal serbe dans son poing.

« J’ai vécu ici, dans les Balkans, tout au long des différentes guerres et je peux vous assurer que ce qui se passe en Syrie en ce moment, c’est encore pire que tout ce qu’a subi cette région », soupire le docteur. « J’ai le cœur brisé, je n’aurais jamais pensé que mon peuple aurait à vivre des moments pareils ».

Passeurs et habits neufs.
Les douches de l’hôtel et les pizzas du restaurant aident les réfugiés épuisés à refaire le plein d’énergie. C’est le moment de penser à la nouvelle épreuve qui les attend. A la Hongrie.


Pour essayer de contenir le flux de migrants hors de leur territoire, les autorités hongroises ont dressé des clôtures barbelées et sont en train de construire un mur à la frontière avec la Serbie. Les réfugiés voient dans la Hongrie le principal obstacle sur leur route depuis qu’ils ont traversé la mer Egée, car les autorités y enregistrent systématiquement et conduisent dans des camps les réfugiés qui tombent entre leurs mains. « Je dois arriver en Hollande à tout prix », affirme Ahmed, un Syrien de 23 ans qui porte une petite barbe. « Il paraît que là-bas la procédure de regroupement familial est simple et rapide. Je n’ai pas fait tout ce chemin pour me retrouver bloqué en Hongrie où je ne pourrai pas faire venir ma famille ».

Si l’Allemagne semble se montrer accueillante pour les réfugiés syriens même lorsqu’ils ont entamé leur procédure de demande d’asile dans un autre pays, la situation est beaucoup plus incertaine pour les Irakiens et les Afghans. Les Syriens qui essayent de se rendre dans un autre pays que l’Allemagne ont également du souci à se faire. Le risque est réel d'être renvoyé en Hongrie si l'on s'est fait précédemment enregistrer dans ce pays, en application des accords de Dublin qui régissent la prise en charge des réfugiés dans l'Union européenne.

Sur la terrasse du café de l’hôtel, les réfugiés racontent ce qu’ils ont l’intention de faire une fois parvenus à la frontière. Certains comptent prendre un « taxi » censé les conduire jusqu’en Allemagne. Ils échangent les numéros de portable des passeurs, avec des indicatifs de Turquie, de France, de Syrie et de Serbie. Des jeunes hommes partagent des notes indiquant comment trouver des sentiers à travers-champs qui permettent, soi-disant, d’entrer en Hongrie sans devoir payer quiconque.
Tout ce qu’ils espèrent, c’est réussir à traverser la Hongrie « sans empreintes digitales », à savoir sans se faire enregistrer par les autorités.

Aux tables voisines, les Serbes boivent et échangent des plaisanteries, sans comprendre ce que les réfugiés autour d’eux sont en train de raconter.

A Belgrade, de nombreux réfugiés profitent de ces rares moments de répit pour acheter de nouveaux vêtements dans les magasins et centres commerciaux. Après un long voyage sans avoir de quoi se changer, il est temps de s’acheter un nouveau T-shirt. Ou, dans le cas de Bilal, une montre et des lunettes de soleil jaune et rose…

Serene Assir est une journaliste de l’AFP basée à Paris. Suivez-la sur Twitter. Cet article a été traduit par Roland de Courson à Paris (lisez la version originale en anglais).


Source blogs.afp.com

samedi 12 septembre 2015

Dessins de presse


Dessins de presse

vendredi 11 septembre 2015

mardi 8 septembre 2015

Billets-Une œuvre de Banksy détruite


Une œuvre de Banksy détruite

La mairie de la station balnéaire de Clacton-on-Sea, dans le sud-est de l'Angleterre, a décidé d'effacer un graffiti jugé trop "offensant", avant de réaliser qu'il s'agissait d'une œuvre du célèbre street artiste Banksy. Trop tard.

Une récente œuvre de l'artiste Banksy, sur un mur de la ville de Clacton-on-Sea, représente un groupe de pigeons qui tient des panneaux contre l'immigration, en s'adressant à une hirondelle qui se trouve à côté d'eux. "Les migrants ne sont pas les bienvenus", "Retourne en Afrique" et "Laissez-nous nos vers de terre", peut-on lire sur les pancartes des quatres pigeons.

Problème : la mairie de la station balnéaire a fait détruire cette œuvre murale après avoir reçu des plaintes accusant ce travail d'être "offensant" et "raciste", rapporte The Daily Telegraph. "Les responsables de la mairie qui l'ont retiré du mur ont expliqué qu'ils ne savaient pas qu'il s'agissait d'une œuvre de Banksy ; ils ont reconnu que l'aspect satire politique de l'œuvre leur avait échappé", rapporte le quotidien. Des élections locales doivent avoir lieu dans la ville, à la suite du ralliement du maire au parti eurosceptique Ukip après avoir quitté le parti conservateur.

Une œuvre estimée à 400 000 livres
Après avoir reconnu leur erreur, les services de la mairie "ont invité Banksy à revenir à Clacton pour peindre une autre œuvre murale, réalisant trop tard les bénéfices en termes de tourisme d'avoir une œuvre de Banksy dans la ville", poursuit le journal, qui note que la valeur de ce graffiti effacé était estimé à 400 000 livres (511 000 euros). Plusieurs œuvres de l'artiste ont déjà été détachées de leur support, et vendues plusieurs centaines de milliers d'euros.

D'après The Telegraph, une porte-parole de Banksy a indiqué que l'artiste ne souhaitait pas réagir à propos de cette affaire. Il n'est peut-être pas prêt, en tous cas, de revenir œuvrer à Clacton...


L'œuvre de Banksy à Clacton-on-sea, effacée de son support par les services de la mairie car jugée "offensante" et "raciste" - Crédit : Banksy


Source courrierinternational.com

lundi 7 septembre 2015

dimanche 6 septembre 2015

samedi 5 septembre 2015

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mercredi 2 septembre 2015

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mardi 1 septembre 2015