mercredi 4 juin 2014

Billets-Place Tian’anmen 1987


Place Tian’anmen 1987

15 avril: Mort de l’ex-secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) Hu Yaobang écarté en 1987 pour «déviance bourgeoise». Début des rassemblements d’étudiants à Tiananmen pour célébrer son deuil.

18 avril: Pétition des étudiants au parlement pour des réformes et une plus grande ouverture.

21 avril: Après les ouvriers, les intellectuels se joignent au mouvement. 100 000 manifestants.

26 avril: Le Quotidien du peuple publie un éditorial citant Deng Xiaoping qui qualifie le mouvement étudiant d’«anti-parti» et d’«anti-socialiste» et déclare les manifestations illégales.

4 mai: Célébration du 70e anniversaire du mouvement démocratique du 4 mai 1919. Les journalistes rejoignent le mouvement.

13 mai: Début de la première grève de la faim des étudiants.

15 mai: Visite officielle à Pékin de Mikhaïl Gorbatchev.

17 mai: Marche de plus d’un million de personnes dans Pékin avec des représentants du syndicat unique et les médecins.

18 mai: Les 8 «immortels», la vieille garde dirigeante du PCC dominée par Deng Xiaoping, forcent le Bureau politique du Comité central à imposer la loi martiale qui sera effective le 20 mai.


19 mai: Le secrétaire général du PCC, Zhao Ziyang, parle avec les étudiants: «Excusez-moi, je suis venu trop tard.» Fin de la première grève de la faim.

21 mai: Purge de Zhao Ziyang qui sera remplacé par Jiang Zemin. Li Peng, tenant de la ligne dure, reste premier ministre.

23 mai: Trois personnes jettent de la peinture sur le grand portrait de Mao ornant Tiananmen. Les étudiants les remettent à la police.


29 mai: Une réplique de la statue de la liberté est érigée sur Tiananmen aux côtés du monument des martyrs révolutionnaires.

2 juin: Alors que la majorité des étudiants de la capitale est de retour dans les universités, un dernier noyau dur décide d’une nouvelle grève de la faim.

3 juin: Deng Xiaoping donne l’ordre à l’armée de déblayer la place «sans bain de sang». Dans la soirée, l’avancée de l’armée provoque les premiers affrontements avec les civils.



4 juin: La place Tiananmen est nettoyée. On dénombre 200 morts, selon les chiffres donnés plus tard par le pouvoir, 2400 selon une source de la Croix-Rouge de Pékin, plus de 2000 dans toute la Chine selon un autre document interne cité par Human Rights in China. 

Billets-Place Tian'anmen


Place Tian'anmen

Il y a 25 ans, se déroulait le massacre de Tian’anmen. Grâce à une image forte, cet évènement reste encore dans toutes les mémoires. Mais pour le peuple chinois, elle est toujours interdite. À l’heure où des velléités de contrôle de l’internet se font jour jusque dans nos plus belles démocraties, il peut-être utile de s’en souvenir.


Photo Charlie Cole

Après la mort de Mao, en 1976, la Chine est sujette à divers errements politiques. Le pouvoir tente le grand écart : libéraliser l’économie tout en conservant la dictature du parti communiste. Dès la fin des années 70, le gouvernement met en place des réformes économiques qui vont bouleverser la vie de millions de Chinois. Il y aura de nombreux nouveaux pauvres et quelques nouveaux riches. À plusieurs reprises durant les années 80, les étudiants manifestent pour obtenir plus de libertés démocratiques. Dès 1987, à la suite de l’interruption de certains processus de réforme, divers troubles sociaux se font jour. En avril 1989, après la mort de Hu Yaobang - un « libéral » limogé - les étudiants se rassemblent spontanément à la place Tian’anmen. Plusieurs manifestations ont lieu durant tout le mois. Le 26 avril, toute nouvelle manifestation est interdite par le pouvoir, mais le 27, ils sont 50’000 à manifester à Pékin et le mouvement se développe dans tout le pays.

Dès ce moment, la place Tian’anmen est occupée en permanence par des manifestants. Le 12 mai, commence une grève de la faim qui finira par être suivie par un millier d’étudiants. La population manifeste massivement son soutien. Certains jours, plusieurs centaines de milliers de personnes se retrouvent sur la place. La visite officielle de Mikhail Gorbatchev - qui à travers la Glasnost et la Perestroïka, tentait, lui aussi, de moderniser son pays - rend le gouvernement très nerveux. Le 17 mai, il devra annuler la visite de Gorbatchev à la Cité interdite. Chez les dirigeants chinois, les réformistes et les conservateurs s’affrontent et c’est finalement ces derniers, à la suite de Deng Xiaoping, qui auront le dernier mot. Le 19 mai, la loi martiale est proclamée.

Dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, l’armée entre dans Pékin et se heurte à des points de résistance dressés par les étudiants. L’« Armée populaire de libération » fait usage des ses armes à feu. Arrivée sur la place Tian’anmen elle écrasera de ses chars les grévistes de la faim restés dans leurs tentes. Des combats et des barricades dureront encore jusqu’au 8 juin. Les arrestations sont nombreuses et les premières condamnations à mort suivies d’exécutions sont rapportées dès la semaine suivante. Selon les sources, on estime que ces affrontements ont pu provoquer jusqu’à 3000 morts, sans compter les exécutions qui ont suivi. Aujourd’hui, 22 ans après, on ne sait combien de personnes sont toujours emprisonnées pour leur participation au printemps de Pékin.


Photo Stuart Franklin

La scène de l’Homme au tank se passe le 5 juin à 800 mètres de la place de Tian’anmen. Elle a été photographiée et filmée depuis un balcon de l’hôtel Beijing par plusieurs photographes : Charlie Cole (Newsweek), Stuart Franklin (Magnum), Jeff Widener (AP) et 2 équipes de télévision (CNN et BBC). L’image de l’homme de Tian’anmen a fait rapidement le tour du monde, occupant simultanément la une de la presse écrite et des journaux télévisés. Le courage (à ce moment, les tanks avaient déjà écrasé les manifestants de la place Tian’anmen et l’homme devait le savoir.

Mais il faut aussi se rappeler que dans les mois qui précédèrent, l’armée ou la police s’étaient souvent montrées très proches des étudiants) de l’homme en chemise blanche arrêtant les chars sidère les spectateurs du monde entier. Plus que de longs discours et des chiffres, elle symbolise à merveille la disproportion entre la volonté de dialogue des étudiants et la brutalité de la répression. Dans cet environnement grisâtre, cette chemise blanche, couleur de l’innocence, incarne une grâce que 100 ans de répression ne pourront effacer.

« L’image se distingue surtout d’autres grandes photos du siècle, car le sujet crée lui-même l’instant. Il n’est pas pris dans le tourbillon de l’histoire, comme la jeune vietnamienne brûlée au napalm… ». L’image est certainement une des plus emblématiques de la fin du 20e siècle. Elle est dans toutes les mémoires et marquera pour longtemps les esprits, rassemblant confusément en une seule icône, toutes les turpitudes du régime autoritaire chinois. On l’a vue ressortir dans des articles sur la répression au Tibet et, bien évidemment, à propos des derniers Jeux olympiques. Elle colle au train du régime, qui s’en rend bien compte en réprouvant et en réprimant lourdement toute évocation de cet épisode historique.


Photo Jeff Widener

La diffusion simultanée de cette image en photo et en vidéo a apporté un surcroit d’intelligibilité et de mémorisation à sa force intrinsèque. Les plus de 30 ans - c’est-à-dire ceux qui ont vu le reportage de ces événements « en direct » - peuvent dire que dans leur esprit, la version animée se confond avec celle, immobile, des photos.

L’expérience, le souvenir du mouvement se mêlent aux photos qu’on a vues dans les journaux et pour une fois on a clairement l’impression qu’on a affaire à « une photo qui bouge ». On peut dire aussi, que la version vidéo agit comme une légende de la photo et qu’en retour, la photo apporte un peu de pérennité à la vidéo.
De par son symbole fort, l’image pourra occasionnellement dépasser la notion strictement chinoise comme véhicule d’un concept de non-violence, à l’instar de la célèbre photo de Marc Riboud - La fille à la fleur - dont on a un peu oublié le contexte pour ne se souvenir que de son expression.

Qu’est-il advenu de l’homme en blanc ? Les hypothèses les plus diverses ont cours. Elles vont de sa rapide arrestation, suivie d’une exécution, à une vie paisible et anonyme hors de Chine.

mardi 3 juin 2014

Billets-Syrie… élection mascarade


Syrie… élection mascarade

Cette présidentielle que Bachar El-Assad a tenu à organiser n’est qu’une farce électorale, alors que plus de la moitié du pays échappe au régime et que 9 millions de Syriens sont réfugiés ou déplacés.
 
La décision de Bachar El-Assad d’organiser une nouvelle élection présidentielle est sans doute plus brutale pour les Syriens que la répression sauvage que son régime mène contre eux.

Car la violence déchire leur corps mais respecte leur cerveau, alors que cette farce électorale est une humiliation sans pareille. La brutalité pure suppose que les Syriens sont forts et doivent être anéantis, tandis que les prendre pour des imbéciles relève d’une volonté de les réduire à moins que rien. Ce mépris s’affiche clairement dans la candidature de Bachar El-Assad à la présidence de la République, vécue comme une blague grossière. Et le rire est en effet la seule réponse que mérite cette mascarade.

D’autant qu’Assad s’est présenté comme le septième candidat parmi 24 au total, avant que la Cour constitutionnelle n’en valide finalement que 3, dont celle de Bachar Hafez El-Assad. Il est certain que le fonctionnaire chargé de rédiger et de diffuser la liste des candidats a grincé des dents et tenté de demander à ses supérieurs de le dispenser de cette responsabilité. Car si demander l’autorisation de se présenter n’irrite pas Bachar, elle fait se retourner de colère Hafez, son père, dans sa tombe.

L’événement est donc une blague en soi, un sujet de plaisanterie exemplaire. Mais c’est devenu hélas un fait réel qu’il faut traiter avec sérieux. Avec sa nouvelle “démocratie”, Assad pousse la délicatesse jusqu’à encourager des commentateurs et des observateurs parmi ses partisans, en Syrie et au Liban, à participer à l’opération de crétinisation en se demandant en toute naïveté, dans des émissions de télévision, si [une telle élection, avec trois candidats, “démocratique”] ne constituerait pas une première en Syrie depuis cinquante ans.

La stupéfaction de ces observateurs ne serait pas plus grande s’ils assistaient à la résurrection du Christ trois jours après sa crucifixion, accompagnée d’éclairs et de coups de tonnerre, exactement telle que les chrétiens se la figurent. On suggère implicitement qu’une main obscure a empêché la tenue d’élections pendant longtemps et qu’Assad s’est rebellé contre cette force, qui pourrait être l’impérialisme et le sionisme. Toutefois, même une mémoire affaiblie se souvient que le parti Baas gouverne la Syrie depuis 1963 et que Hafez El-Assad lui-même l’a dirigée pendant trente ans à partir de 1970, avant d’offrir la présidence à son fils Bachar.

Le régime considère donc son peuple avant tout comme un imbécile facile à tromper. Sauf qu’il demande aujourd’hui à cet imbécile, qui n’a pas été consulté depuis cinquante ans, de s’exprimer en votant. Comme si le résultat du scrutin n’était pas connu d’avance. Et comme si des millions de Syriens tués, expulsés et déplacés par Assad n’étaient pas hors d’état de voter. Le fond du message n’est pas seulement le mépris pour les Syriens, mais surtout le mépris pour les principes universels. Le régime dit en substance : vous voulez des élections ? En voici, et avec des concurrents pour M. le Président.

Quant à l’idée initiée par la Grèce antique appelée “démocratie”, nous pouvons la reformuler nous-mêmes, perchés sur un pied, entre deux tueries. Tout peut être préparé comme un repas rapide, au mépris des centaines d’ouvrages sur les règles de la démocratie. Il s’agit là d’un message de profond dédain pour le monde, invité à croire que la démocratie est née en Syrie entre deux barils d’explosifs. Cet excès d’assurance rappelle le régime de la Corée du Nord. L’isolement et le délire, qui amènent un dirigeant à se moquer tout à la fois de son peuple, du reste du monde et des principes universels, conduisent finalement le chef lui-même à passer pour un crétin.

Dali, œuvre de la série “The Syrian Museum”, de l’artiste syrien Tammam Azzam, actuellement exposé à l’Institut des cultures d’Islam.

Source Courrier International

Billets-Les super-riches de 1987 et leur fortune


Les super-riches de 1987 et leur fortune

Les super-riches ne deviennent pas automatiquement encore plus riches avec le temps. Contrairement à ce que Thomas Piketty prétend, il n’est pas facile de conserver son patrimoine dans une économie de marché. Démonstration.

Nombreux sont ceux qui ont une vision statique de la richesse et font l’erreur de croire que si une personne devient riche, elle et ses héritiers seront riches – et chaque fois plus riches – pour toujours. Sans aller plus loin, l’économiste à la mode, Thomas Piketty, essaie de démontrer dans son ouvrage, Le Capital au XXIe siècle, qu’il est très probable qu’existe une tendance au sein du capitalisme plaçant la rentabilité du capital au-dessus du taux de croissance de l’économie, de sorte que la classe capitaliste accumulerait chaque fois plus une portion croissante du revenu national, aggravant ainsi les inégalités sociales.

Piketty pense également probable que les plus riches au sein de la classe capitaliste ont de plus grandes facilités pour obtenir un taux de rendement supérieur que celui des capitalistes de moindre dimension, ce qui fait que la tendance naturelle du capitalisme serait que les super-riches (et leurs héritiers) s’emparent de portions croissantes de la richesse totale. Afin de démontrer ce point, Piketty passe en revue la liste des milliardaires élaborée annuellement par Forbes : si on agrège la richesse de la cent millionième partie de la population mondiale adulte en 1987 (les 30 personnes les plus riches du monde) et si on la compare à la richesse de la cent millionième partie de la population mondiale adulte en 2010 (les 45 personnes les plus riches du monde), on arrive à la conclusion que celle-ci a grandi à un taux moyen réel de 6,8% (en décomptant l’inflation) : le triple de la croissance annuelle moyenne de l’ensemble de l’économie mondiale (2,1%).

Les super-riches, donc, sont chaque fois plus super-riches selon Piketty, et non pas parce qu’ils le mériteraient grâce à leur bonne gestion en tant qu’entrepreneur, mais simplement pour avoir accumulé une énorme quantité de richesse capable de se reproduire en pilote automatique. Comme le dit Piketty : « Une des leçons les plus frappantes du classement de Forbes est que, dépassé un certain seuil de richesse, toutes les grandes fortunes, qu’elles aient eu leur origine dans l’héritage ou l’entreprise, croissent à des taux extrêmement élevés, indépendamment du fait que leur propriétaire travaille ou non. »

Cependant, Piketty fait un saut logique inadmissible : que la richesse de la strate la plus riche de la société ait augmenté à un taux de rendement annuel moyen de 6,8% entre 1987 et 2010 ne signifie pas que les personnes riches de 1987 soient les mêmes qu’en 2010. Par exemple, si l’individu A est en 1987 la personne la plus riche du monde avec 20 milliards de dollars, il pourrait arriver qu’en 2010 cette personne A soit complètement ruinée et qu’un autre individu B devienne, à ce moment, la personne la plus riche du monde avec 40 milliards. À partir de ce fait, conclurons-nous que la conservation et l’accroissement de la richesse est un processus simple et automatique qui ne requiert aucune adresse personnelle de la part du propriétaire ? Évidemment non.

Par chance, il n’est nul besoin de se lancer dans des hypothèses théoriques sur la croissance de la richesse des super-riches entre 1987 et aujourd’hui puisque nous pouvons, simplement, étudier ce qu’il est advenu des super-riches de 1987. Leur richesse a-t-elle augmenté depuis lors à un rythme de 6,8% annuel, comme l’affirme Piketty, est-elle restée stationnaire, ou a-t-elle diminué, ces super-riches étant remplacés par d’autres créateurs de richesse ?

Les dix hommes les plus riches du monde en 1987
En 1987, la revue Forbes commença a élaborer sa liste de milliardaires. Si on y jetait un coup d’œil trois décennies plus tard, on serait probablement surpris de ne connaître pratiquement personne. Et non, la raison principale n’est pas que nombre d’entre eux seraient morts, mais bien que pratiquement tous ont vu leur patrimoine s’épuiser d’une façon très considérable.

  • Commençons par l’homme le plus riche du monde en 1987 : le Japonais Yoshiaki Tsutsumi, avec une fortune estimée à 20 milliards de dollars. La dernière fois qu’il fit son apparition dans la liste de Forbes date de 2006 et sa richesse avait fondu à 1,2 milliard de dollars, ce qui, en comptant l’inflation, équivalait à 678 millions. Depuis lors sa fortune a continué sa chute et il ne figure même plus dans la liste de Forbes. Mais en prenant comme référence la dernière valeur connue (678 millions de pouvoir d’achat similaire à celui de 1987), nous nous trouvons devant le fait que sa richesse aurait fondu de 96% depuis 1987 : selon Piketty, elle aurait dû être multipliée par six.

  • Continuons avec un autre Japonais, Taikichiro Mori, le deuxième homme le plus riche du monde en 1987. À l’époque, il amassait une fortune de 15 milliards qui le rendit en 1991 l’homme le plus riche du monde, dépassant Tsutsumi. Taikichiro Mori décéda en 1993 et légua sa fortune à deux de ses fils : Minoru Mori et Akira Mori. Le patrimoine aujourd’hui combiné de ses deux fils est de 6,3 milliards de dollars, équivalents à 3,075 milliards de dollars de 1987 : un effondrement de 80% de leur richesse.

  • Je n’ai pas été en mesure de trouver les chiffres correspondant à la fortune actuelle des hommes (ou de leurs héritiers) des troisième et quatrième places de la liste, Shigeru Kobayashi et Haruhiko Yoshimoto, avec une fortune de 7,5 et 7 milliards de dollars respectivement. Mais le fait qu’ils aient pleinement investi dans le secteur immobilier japonais en 1987 et qu’il n’existe aucune trace d’eux (ou de leurs familles) sur Internet, laisse suggérer qu’ils n’ont pas connu un meilleur sort que Tsutsumi et Mori.

  • Le cinquième rang de la liste était occupé en 1987 par Salim Ahmed Bin Mahfouz, agent de change professionnel et créateur de la plus grande banque d’Arabie Saoudite (National Commercial Bank of Arabia Saudi). En ce temps, il jouissait d’une fortune de 6,2 milliards de dollars. En 2009 décéda son héritier, Khalid bin Mahfouz, avec une richesse de 3,2 milliards, équivalents à 1,7 milliards de 1987 ; c’est-à-dire un appauvrissement de 72,5%

  • Au sixième rang, nous trouvions les frères Hans et Gad Rausing, maîtres de la multinationale suédoise Tetra Pak : ensemble, ils pouvaient compter sur un patrimoine de 6 milliards de dollars. Actuellement, Hans Rausing, âgé de 92 ans, possède un patrimoine de 12 milliards de dollars (et occupe la place 92 parmi les plus riches du monde) ; Gad est mort en 2000, mais on estime que ses héritiers accumulent une fortune de 13 milliards de dollars. Au total donc, ils sont passés de 6 milliards de dollars à 25. Cependant, en éliminant l’inflation, il se trouve que l’enrichissement a été bien moindre : de 6 milliards à 12,2, ce qui équivaut à un taux de rendement annuel moyen de 2,7%, Très éloigné du 6,8% que suggère Piketty.

  • En septième place, il y avait un trio de frères : les frères Reichmann, propriétaires de Olympia and York, un des plus grands promoteurs immobiliers du monde. Leur richesse était elle aussi estimée à 6 milliards de dollars, mais cinq ans plus tard ils furent les protagonistes d’une des banqueroutes les plus fameuses de l’histoire, ce qui réduit leur patrimoine à 100 millions de dollars. Un des frères arriva à renaître de ses cendres et aujourd’hui la richesse de ses héritiers est estimée à quelques 2 milliards de dollars, équivalents à 975 millions de 1987 : c’est-à-dire une perte de 84%.

  • Le huitième rang était occupé par un Japonais, Yohachiro Iwasaki, avec une fortune de 5,6 milliards. Son héritier, Fukuzo Iwasaki, mourut en 2012 avec un patrimoine de 5,7 milliards, équivalents à 2,8 milliards de 1987 ; c’est-à-dire des pertes patrimoniales de 50%.

  • Un meilleur sort fut réservé au neuvième homme le plus riche du monde en 1987, le Canadien Kenneth Roy Thomson, propriétaire de Thomson Corporation (faisant partie aujourd’hui du groupe Thomson Reuters). En ce temps, il disposait d’un patrimoine de 5,4 milliards de dollars et, quand il mourut en 2006, il avait réussi à l’augmenter jusqu’à 17,9 milliards, équivalents à 9,3 milliards de 1987. Dans ce cas, son taux de rendement annuel moyen grimpa à 2,9% ; de nouveau, très éloigné des 6,8% garantis par Piketty.

  • En dernier, nous trouvons Keizo Saji, avec un patrimoine de 4 milliards de dollars. Saji mourut en 1999 avec une fortune de 6,7 milliards de dollars, ce qui en décomptant l’inflation de la période le laissait avec 4,6 milliards ; autrement dit, un rendement annuel moyen de 1,1%.

Conserver son capital est très difficile
Au contraire de ce que beaucoup imaginent et de ce que Thomas Piketty prétend démontrer, il n’est pas facile du tout de conserver son patrimoine dans une économie de marché ; il est toujours à la merci des préférences changeantes des consommateurs, de l’apparition de nouveaux concurrents qui peuvent finir par nous évincer ou de la possible surévaluation (et de l’effondrement ultérieur) du prix des actifs. Il est faux de dire qu’il existe un seuil à partir duquel l’accumulation du capital s’opère d’une manière presque automatique.

Au contraire, plus grand est le patrimoine personnel d’un individu plus il est compliqué de le rentabiliser ; les opportunités pour réinvestir tout son capital à de hauts taux de rendement sont très rares à moins de faire le saut vers d’autres marchés où normalement on n’a aucun avantage compétitif. Les mêmes raisons qui conduisent les États à être de piètres gestionnaires de capitaux servent à expliquer pourquoi les milliardaires restent sans idées et facultés pour gérer leur fortune… au point qu’ils puissent se trouver dans l’incapacité de se réinventer et finissent en voyant leurs propriétés décimées. Ce n’est pas pour rien que la sagesse populaire à ce sujet vaut plus que les élucubrations de nombre d’économistes myopes : from shirtsleeves to shirtsleeves in three generations. De fait, aujourd’hui, il ne faut même pas trois générations, il suffit de trois décennies pour perdre presque tout.

En 2013, les noms Tsutsumi, Mori, Reichmann, Iwasaki ou Saji sont presque sans importance. De même, en 1987, beaucoup des hommes les plus riches du monde actuel – Bill Gates, Amancio Ortega, Larry Ellison, Jeff Bezos, Larry Page, Sergey Brin ou Mark Zuckerberg – travaillaient dans un garage, ou étudiaient au lycée, ou jouaient dans un jardin d’enfants. Nous verrons combien d’entre eux resteront sur la liste dans trois décennies et quels autres créateurs de richesse géniaux y seront entrés.


Source contrepoints.org

lundi 2 juin 2014

Billets-Agnès Bun reporter vidéo en Ukraine


La journaliste Agnès Bun dans l'est de l'Ukraine (photo: Roman Pilipey)
Agnès Bun est une reporter vidéo de l'AFP basée à Hong Kong.

Agnès Bun reporter vidéo en Ukraine

Slaviansk (Ukraine), 19 mai 2014 - Avant de partir trois semaines couvrir les tensions dans l'Est de l'Ukraine entre l'armée et les rebelles pro-russes, je n'avais jamais couvert de conflit.
Etrangement, les explosions qui font trembler les murs de ma chambre d'hôtel en pleine nuit, le poids du casque et du gilet pare-balles, le bruit assourdissant des balles qui sifflent près de mes oreilles, la tension, la violence… Rien ne me surprend vraiment.

Comme tout le monde, j'ai vu des films, lu des livres sur le sujet. Et avant de partir, des amis plus expérimentés, reporters de guerre pour certains, m'ont abreuvé de conseils. L'AFP m'a également fait suivre, en février, une solide formation pour journaliste en environnement hostile. Elle m'a appris les bases, les réflexes à adopter lorsque je suis en reportage en milieu à risques. Tout cela n’enlève rien au poids des choses. Mais du coup, lorsqu'elles me tombent dessus, je l’accepte, presque avec résignation: je m'y attendais.


Un soldat des forces spéciales ukrainiennes prend position sur une barricade pro-russe abandonnée près de Slavyansk, le 24 avril 2014 (AFP / Kirill Kudryavtsev)

Mais ce à quoi rien ni personne ne m'a préparée, ce sont ces moments de grâce qui triomphent, entre deux épisodes de violence.
Comme ce moment à un poste de contrôle où la tension est à son comble: des habitants pro-russes hurlent sur des soldats ukrainiens qui montent la garde. « Traîtres! »
Les soldats, visage impassible, maintiennent leur position.
Avec mes collègues, le vidéaste Paul Gypteau et le reporter texte Max Delany, nous allons les voir, nous nous faisons discrets; nous savons que nous marchons sur des œufs, les soldats sont nerveux.
Et là, un soldat s'avance vers moi. Je me dis que c'est fichu, que nous devons arrêter de filmer et qu'il va nous demander de partir.
En réalité, il vient déposer un chaste baiser sur ma joue, comme un collégien: il veut seulement pouvoir dire à sa mère qu'il a « embrassé une fille française »...

Quelques minutes plus tard, des véhicules de l'armée ukrainienne arrivent. Les habitants, des personnes âgées pour la plupart, tentent de les arrêter à mains nues. Des coups de feu sont tirés en l'air, à quelques mètres de nous. La magie est rompue.
Je pensais qu'être sur un terrain de conflit, c'était vivre dans une tension permanente, sept jours sur sept. En réalité, aux brefs moments de violence succèdent de longues plages d'accalmie. Chacun reprend ses habitudes, la vie continue.
Parfois, hostilité et normalité se côtoient, dans un curieux mélange.
Comme à ce poste de contrôle où des rebelles tentent de nous confisquer un gilet pare-balles. Nous parvenons finalement à les convaincre de nous le laisser. Tout au long des négociations, les insurgés me proposent du thé, du café, m'offrent des chocolats. Ils ont beau tenter de me détrousser, ils restent civilisés.


Un rebelle pro-russe monte la garde à un poste de contrôle à Slaviansk, le 15 mai 2014 (AFP / Vasily Maximov)

D'ailleurs aux points de contrôle, côté insurgés comme côté soldats, je reçois souvent des friandises, des mains même des hommes armés jusqu'aux dents qui vérifient mes papiers, fouillent le coffre de la voiture. Des gestes candides qui font un peu baisser la tension.

Autre présent inattendu: lors de mon premier jour à Slaviansk, bastion des insurgés encerclé par l'armée où je passe une semaine en compagnie de mon collègue du texte Bertrand de Saisset et du photographe Vasily Maximov, un habitant m'offre une douille d'AK47. « Souvenir », me dit-il en souriant.

Mais hélas, parfois la violence se rappelle brutalement à nous.
Je me souviens, le jour de la Fête de la Victoire le 9 mai, avoir été émerveillée de voir tous ces gamins gambader à Slaviansk, au milieu des chars paradés par les insurgés, fleurs et fusils à la main. Je me suis rendue compte que j'en croisais assez peu d'ordinaire. Les enfants sont une vision rare en zone de conflit. Les écoles sont fermées, les parents les ont envoient ailleurs pour les protéger.


Un rebelle pro-russe pose avec un enfant à Kostyantynivka, dans l'est de l'Ukraine, le 28 avril 2014 (AFP / Vasily Maximov)

L'après-midi même, après la parade militaire, mon collègue Bertrand de Saisset et moi faisons un tour dans la ville, pour voir s’il y a quelque chose à couvrir, une histoire à raconter. Nous tombons sur des gens du coin, près d’un bac à sable. Ils nous invitent à partager une bière, des chips avec eux, leurs enfants jouent à côté.
Je ne parlais pas un mot de russe avant de venir, et je ne baragouine que les quelques mots et gros mots d’usage après quelques semaines. Mais je me sens acceptée, nous discutons avec les mains, avec l'aide de mon collègue qui parle couramment russe. Nous échangeons des tranches de nos vies respectives, si différentes.

Et puis l’une des femmes reçoit un coup de fil.
Son visage s'assombrit, le rideau tombe: un garçon d’environ 12 ans s’est fait tirer dessus, à quelques pas de mon hôtel, au beau milieu de l'après-midi.


Funérailles d'un activiste pro-russe tué pat balles à Krasnoarmeysk, le 13 mai 2014 (AFP / Fabio Bucciarelli)

Alors nous repartons, la mort dans l’âme. Il faut nous rapprocher, vérifier l’histoire.
Nous avions presque oublié que nous étions dans une ville assiégée; le conflit a fini par nous rattraper. On ne court pas plus vite que les balles, par moments.
Pour ma part, la chance ne m’abandonne pas. Un beau jour, Avec mon collègue Max Delany, nous sommes pris dans un échange de tirs croisés entre l'armée ukrainienne et des insurgés, près d'un poste de contrôle à la sortie de Slaviansk. Les balles sifflent près de nous. Ils nous faut courir, en dépit du poids du gilet pare-balles, de la caméra pour moi, nous abriter derrière des murets, nous jeter par terre à chaque détonation, tenter de sortir de là.

Pendant que je cours, mon micro se débranche, sans que je le remarque, trop occupée à trouver un endroit où me réfugier. Ce n'est qu'en visionnant mes images, plus tard, que je découvre qu'elles sont muettes. Frustrant.
Mais sur le coup, je n'ai pas le temps de m'en rendre compte. Des personnes ont été touchées à quelques mètres de nous à peine.

Dans ces moments-là, le temps s'accélère et ralentit tout à la fois, juste assez longtemps pour que des scènes d'une violence extrême se gravent dans mon cerveau. Un homme touché aux jambes gisant dans son sang, au beau milieu des tirs. Il lève les bras, sans doute pour appeler à l'aide, mais impossible de le secourir sans se prendre une balle soi-même.
Le sentiment d'impuissance est terrible. J’apprendrai plus tard qu'il a succombé à ses blessures.
Un autre homme a été touché dans sa voiture. Mon collègue et moi aidons à le traîner à l'abri sur le bas-côté. Mais il décède quelques minutes plus tard, à moins qu'il n’ait déjà été mort.


Poste de contrôle de l'armée ukrainienne près d'Izum, dans la région de Donestsk, le 15 mai 2014 (AFP / Genya Savilov)

Plus tard, je discute avec une journaliste qui a également côtoyé des tirs d'un peu trop près. Elle m’explique que ce moment a été décisif pour elle. Qu'elle ne repartira plus jamais faire ce genre de reportage.
De mon côté, même lorsque je cours pour éviter les balles, pas un moment je ne remets en question ma présence dans ce pays, ma profession. J'ignore pourquoi.
Dans ma tête, au beau milieu du chaos, mes pensées sont étonnamment claires, calmes. Je crois qu'avant même de partir, j'avais accepté la possibilité d'être blessée ou pire.
Au fond, le plus dur pour moi n’est pas de risquer ma vie. Bien sûr, je suis tendue quand je me rends sur le front des combats, quasi quotidiennement à Slaviansk. Un jour, nous passons près d'une roquette tombée au sol qui, miraculeusement, n'a pas explosé.
Mais le plus éprouvant, ce n'est pas cela.


Un rebelle pro-russe guette à un poste de contrôle près de Slavyansk, le 30 avril 2014 (AFP / Vasily Maximov)

Avec mes collègues, nous rencontrons des personnages attachants. Un rebelle surnommé « le Tchétchène », arborant un tatouage de Sioux sur l’épaule. Un soldat ukrainien au sourire tellement juvénile. Un insurgé avec qui nous partageons un fou rire improbable au beau milieu d'une interview. Un autre au physique imposant, kalachnikov à la main, qui jure qu'il ne me tirera jamais dessus.
Et puis parfois nous apprenons le lendemain, ou quelques jours plus tard, que leur poste a été attaqué, qu’il y a eu des morts, des blessés. On se prend à se demander s’ils en font partie.
D’un coup la mort a potentiellement un visage, un sourire disparu pour toujours. Ça fait réfléchir.

Avec mes collègues, nous nous efforçons de ne pas juger, de ne pas prendre partie. A force de côtoyer rebelles et soldats, j'ai souvent l’impression qu’ils ne savent pas toujours ce qu’ils font, ni pourquoi ils se battent. La situation en serait presque comique, si tous ces gens n’avaient pas une kalachnikov en bandoulière.
Dans ce genre de mission, l'entente avec les autres reporters avec qui nous travaillons est essentielle. Je garde de très beaux souvenirs de complicité partagée avec des collègues et confrères, de tous âges, de tous pays. Une fraternité naturelle dans l’adversité. Notamment ce moment où, rentrés de Slaviansk avec le reporter Bertrand de Saisset, nous dînons à Donetsk. Des feux d'artifice explosent soudain dans le ciel. Nous sursautons tous les deux, tendus, puis nous nous regardons, sourire aux lèvres.


Un rebelle pro-russe pendant la parade du Jour de la victoire à Donetsk, le 9 mai 2014 (AFP / Genya Savilov)

Il faudra sans doute un moment avant que nous arrêtions de prendre pétards et feux d'artifice pour des explosions de mortiers.
Bien sûr, il y a des scènes, des visions violentes qui me hantent et ne partiront jamais.
Avant cette mission, j'avais déjà couvert le typhon Haiyan aux Philippines, qui avait fait plusieurs milliers de morts. En tant que reporter, on avance, on accumule des souvenirs. Chacun a sa limite, et il faut être assez fort pour avoir la sagesse de sentir quand on la frôle.
La puissance des souvenirs heureux, de ces moments de grâce… Pour moi, malgré la mort, la violence, c’est la preuve que la vie triomphe, malgré tout. Pour l'instant, plus que jamais, je veux continuer à aller témoigner du courage de ceux qui se battent au quotidien pour mener une vie normale, dans des circonstances qui ne le sont pas.


 Un rebelle pro-russe pose à un poste de contrôle à Slaviansk, le 10 mai 2014 (AFP / Vasily Maximov)


Source blogs.afp.com

Billets-Construction de l'empire Google


Construction de l'empire Google

  • Septembre 1998
Naissance de Google.
Larry Page et Sergueï Brin présentent une version expérimentale de leur moteur de recherche.

  • Octobre 2000
> Arrivée de la publicité. AdWords sélectionne des textes publicitaires en fonction des résultats d’une recherche.

  • Juin 2003
> Lancement d’AdSense.
Cette régie publicitaire en ligne sélectionne et publie les annonces en fonction du contenu d’une page.

  • Octobre 2006
> Google acquiert la plateforme vidéo YouTube pour 1,8 milliard de dollars. Aujourd’hui, plus de cent heures de vidéos sont chargées chaque minute.

  • mai 2007
> Street View. Des appareils photo spéciaux installés sur des voitures prennent des clichés à 360 degrés pour les services Google Maps et Google Earth.

  • Septembre 2008
> Lancement de Chrome, qui fait concurrence à Internet Explorer (Microsoft) et à Firefox (Mozilla) pour occuper la place de leader des navigateurs Internet.

> Riposte au système d’exploitation iOS 6 d’Apple, Google Android 4.1 équipe près de 80 % des smartphones.

  • novembre 2011
> The New York Times évoque les recherches de Google en matière d’intelligence artificielle. Le projet prendra plus tard le nom de Google Brain.

  • septembre 2012
> La Californie autorise des tests avec des voitures sans conducteur.


  • février 2013
> Présentation des Google Glass. Cette paire de lunettes suscite une vive opposition : certains considèrent sa caméra intégrée comme une atteinte à la vie privée.


  • mai 2013
> Google achète Makani Power : la start-up développe des sortes de dragons volants qui, à faible altitude, génèrent de l’électricité éolienne et la transmettent au sol via un câble.

  • juin 2013
> Présentation du projet Loon. Un réseau de ballons doit relier à Internet les régions les plus reculées de la planète.

  • septembre 2013
> Création de Calico. Le laboratoire de bio­technologie mène des recherches sur la santé et l’allongement de la vie.

  • décembre 2013
> Google collectionne les entreprises robotiques, dont Boston Dynamics, spécialisée dans les robots qui marchent et sont capables de porter des charges. Les robots de Google grimpent sur des échelles et courent comme des guépards.

  • janvier 2014
> Pour 3,2 milliards de dollars, Google rachète Nest, un fabricant de thermostats intelligents. Il souhaite faire son entrée dans l’“Internet des objets”.


> Google X Lab planche sur une lentille de contact pour diabétiques qui mesure la glycémie dans le liquide lacrymal

dimanche 1 juin 2014

Billets-L’affaire Bygmalion


L’affaire Bygmalion

L’affaire Bygmalion a suscité un véritablement bouleversement à l’UMP et Jean-François Copé a été contraint de renoncer à la présidence du parti. Personne n’ignorait que le compte de campagne de Nicolas Sarkozy était frauduleux, depuis qu’il avait été rejeté par la Commission nationale des comptes de campagnes (CNCC) en décembre 2012, puis invalidé par le Conseil constitutionnel le 5 juillet 2013.


L’ampleur de la fraude
La surprise ne réside pas dans la fraude, mais dans son ampleur. Le Conseil constitutionnel a invalidé le compte de campagne pour un dépassement de 466 118 €, soit 2,1 % au delà du montant autorisé de 22 500 000 €. A la suite de cette invalidation, Nicolas Sarkozy a donc dû rembourser l’avance forfaitaire que l’Etat accorde aux candidats pour financer leur campagne. Heureusement pour lui, les militants UMP, finalement peu touchés par la crise, ont payé les onze millions nécessaires. La restitution de ces fonds à l’Etat est d’ailleurs finalement demeurée partielle, puisque les militants qui ont fait un don au Sarkothon pour renflouer leur parti bénéficiaient d’un avantage fiscal leur permettant de déduire 66 % des sommes versées dans la limite de 20 % du revenu imposable, avec un plafond de 7 500 €.
Les chiffres avancés aujourd’hui sont d’une autre nature. Le Point assure que l’UMP a payé 21 millions d’euros pour l’organisation de soixante-dix évènements par la société Bygmalion, dont les dirigeants sont des proches de Jean-François Copé.

Surfacturation et/ou fausses factures
S’il s’agit uniquement d’une fraude électorale, l’UMP a été sollicité pour payer la campagne de Nicolas Sarkozy, au-delà des seuils légaux. Dans ce cas, le plafond n’est plus dépassé mais véritablement pulvérisé et le candidat Sarkozy a dépensé presque deux fois plus d’argent que son opposant socialiste. On ne peut que se réjouir qu’il n’ait pas été élu, car une fraude d’une telle ampleur est évidemment de nature à vicier la sincérité du scrutin. Ceux-là même qui considèrent aujourd’hui que le Président Hollande devrait démissionner parce que sa popularité est faible estimeraient-ils qu’un Nicolas Sarkozy élu grâce à une fraude électorale sans précédent devrait rester aux affaires ? Heureusement pour la fonction présidentielle, l’histoire en a décidé autrement et les juges n’ont pas eu à se prononcer sur une fraude énorme commise par un Président en exercice.
Mais s’agit-il uniquement d’une fraude électorale ? Les factures adressées par Bygmalion à l’UMP sont peut-être, en tout ou partie, des fausses factures ne correspondant à aucune prestation. Quelques indices le laissent penser, notamment la plainte déposée par Pierre Lellouche pour usurpation d’identité, son nom apparaissant sur une facture pour l’organisation d’une réunion dont il n’a, affirme t-il, jamais entendu parler. Dans ce cas, nous sommes en présence d’une technique visant à l’enrichissement personnel de quelques uns, ou à la création d’une « caisse noire » au sein de l’UMP, deux pratiques qui relèvent également du tribunal correctionnel.

Le fusible
Devant une telle situation, la première tentation de l’UMP est de chercher des fusibles, Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé étant présenté comme le coupable idéal, coupable d’autant plus idéal qu’élu la veille au parlement européen, il bénéficie d’une immunité. Il est donc envoyé sur les plateaux de télévision, en chemise, pieds nus et la corde au cou, pour battre sa coulpe, reconnaître la fraude, verser quelques larmes qui suscitent l’attendrissement des compères, et surtout affirmer haut et fort que Nicolas Sarkozy ignorait tout de ces pratiques.
Le problème est que la technique du fusible, bien connue de toutes les mafias, n’a guère de chance de succès en l’espèce, tout simplement parce qu’elle se heurte au droit positif.

La loi ne connait que le candidat
La loi du 6 novembre 1962 relative à l’élection du Président de la République ignore les partis politiques. Elle ne connaît que les candidats. Son article 3 § 2 énonce ainsi que le plafond des dépenses électorales prévu par l’article L 52-11 du code électoral s’applique à « chacun des candidats » présents au second tour. Il ajoute que l’obligation de dépôt du compte de campagne s’impose à « tous les candidats ». Cette terminologie est parfaitement logique, car le droit français n’impose pas d’avoir le soutien d’un parti politique pour se présenter aux élections présidentielles. Un citoyen isolé, mû par sa seule conviction, peut parfaitement se porter candidat.
Dans l’affaire des comptes de campagne de l’UMP, c’est Nicolas Sarkozy qui a déposé et signé son compte de campagne. La décision de la CNCC du 19 décembre 2012 est relative « au compte de campagne de Monsieur Nicolas Sarkozy« , compte dont elle prononce le rejet. Et c’est ce même Nicolas Sarkozy qui dépose finalement un recours au Conseil constitutionnel, qui est lui même rejeté en juillet 2013. On le voit, le responsable du compte de campagne est le candidat, et lui seul. S’il est vrai que Nicolas Sarkozy n’est pas directement impliqué dans les finances de l’UMP, il lui appartenait néanmoins de s’assurer de la régularité du financement de sa campagne.
L’affaire Bygmalion ne fait que commencer et les juges ont commencé leur enquête, visant à établir la réalité des faits. S’ils sont avérés, les fusibles sauteront, les uns après les autres. Et à un moment donné, dans quelques semaines ou dans quelques mois, c’est la responsabilité personnelle de Nicolas Sarkozy qui sera engagée. Du moins peut-on l’espérer, au nom de l’État de droit.


Billets-Pour un système de retraite qui marche


Pour un système de retraite qui marche

On reproche parfois aux libéraux d’être dans les nuages, d’être trop théoriques et utopistes. José Piñera est de ceux qui nous prouvent qu’il n’y a rien de plus réaliste que les solutions libérales. Face à l’absence de débat sur le système de retraite, à l’inertie des opinions en faveur de la retraite par répartition, l’initiative de la publication, par Liberté Chérie, d’un court texte sur le sujet est la bienvenue.

Le « petit livre rouge de José Piñera » est véritablement révolutionnaire : il avance des solutions pratiquement inconnues ou ignorées en France. Ce texte sur la réforme des retraites chilienne est concis mais lucide et captivant par sa clarté. Il offre de véritables pistes de réflexion face au conservatisme de l’ensemble de la classe politique. Nous invitons chacun à consacrer un peu de temps à la lecture de ce livret d’une vingtaine de pages qui ne manque pas d’être instructif.

Ce petit livre rouge de José Piñera raconte l’histoire de la réforme intégrale d’un régime de retraite dégénérescent, gangrené par l’irresponsabilité des hommes politiques et ruiné par l’influence des intérêts catégoriels. Un régime par répartition vicié à la base car reposant sur des hypothèses statistiques planifiées et donc irréalistes. Le système de retraite par capitalisation mis en place au Chili est flexible et adapté, juste socialement ; il favorise la prospérité de tous, permet aux travailleurs de maitriser leur vie librement ainsi que de devenir propriétaires.

Face au succès du système de retraite par capitalisation, il est temps de se poser la question de la viabilité du système de retraite français et de proposer une véritable alternative. Mais la retraite par capitalisation n’est-elle pas un moyen d’engraisser les patrons ? N’est-elle pas chroniquement instable ? Ces objections sont en réalité largement des mythes ! Pour le découvrir, il suffit de lire ce nouveau petit livre rouge. Les faits parlent d’eux-mêmes. Depuis la réforme des retraites au Chili en 1980, les pensions du nouveau système par capitalisation ont augmenté de 300%. L’augmentation de l’épargne a permis de faciliter l’investissement. Les travailleurs sont devenus propriétaires. Ce système résout les problèmes liés à la démographie. Il est stable et résiste aux crises financières qui ne sont jamais que passagères à l’échelle d’une vie active de quarante ans. Après trente-quatre ans, aucun des sept gouvernements, y compris socialistes, n’a voulu mettre un terme à ce système qui marche. Personne n’a perdu au Chili l’argent de sa retraite. Plus exactement, chacun se retrouve avec un pécule augmenté, ayant dans le même temps contribué à financer l’innovation et l’emploi. La retraite par capitalisation, c’est la solidarité autrement et librement.

Il est de notre devoir de faire cesser les réactions épidermiques et irrationnelles à chaque évocation du mot « capitalisation ». La retraite par capitalisation n’est pas l’œuvre du diable capitaliste, mais un principe naturel qui en plus d’être juste et efficace fait appel au bon sens. Tous les jours, nous capitalisons tous nos connaissances, nos rencontres, l’information, pour les mettre à profit dans le futur, que ce soit dans un but altruiste ou non. Notre richesse fait celle des autres. Centraliser le système de retraite comme c’est le cas aujourd’hui, c’est confisquer à chacun son pouvoir de choisir sa meilleure solution. C’est comme si l’on décrétait que l’État devait collecter les connaissances, pour les distribuer arbitrairement, détruisant ainsi les interactions spontanées fructueuses. Les hommes de l’État, par arrogance, pensent pouvoir mieux décider que vous ! Mais pourquoi ? Ce ne sont pas des Dieux, ce ne sont que des hommes ! Vous savez mieux gérer votre retraite qu’un obscur fonctionnaire dans ses bureaux. Centraliser la connaissance diffuse dans la société n’est jamais efficace !

Nous sommes arrivés au point où la retraite par répartition, minée par les déficits, les gaspillages et les injustices, devient chaque jour un système plus dangereux et risqué. Comme le demande José Piñera : «voulez-vous confier les prélèvements sociaux à un programme gouvernemental semblable à un trou noir dans l’univers, puisqu’on ne sait pas exactement comment l’argent est utilisé et où il va, ou préféreriez-vous avoir cet argent dans un livret d’épargne, un « livret de retraite » qui resterait votre propriété, que personne ne pourrait s’approprier ? »

Grâce à ce petit pamphlet, José Piñera, que nous avons rencontré, nous montre un chemin : nous libéraux, nous pouvons révolutionner le logiciel intellectuel et la société pour la rendre plus libre dans l’intérêt de chacun. Oui, le système par répartition est un faux système solidaire, qui utilise de façon opaque, centralisée et immédiate un argent qui pour une part n’existe même pas. Oui, le système par répartition endette les générations à venir, et va opposer les générations entre-elles. Ce que l’on voit, c’est l’ensemble des pensions distribuées aujourd’hui, ce que l’on ne voit pas, c’est les pertes liées à ce système que nous devrons payer demain.

La réforme des retraites chilienne démontre une chose : on peut sortir de ce système s’apparentant à une pyramide de Ponzi, à une expérience digne de Bernard Madoff. Le pouvoir de la société est supérieur à celui de la spéculation politique qui nous fait prendre des risques sans en rendre compte, avec l’argent des autres, au détriment de nos futures retraites. Les décisions que prennent chaque individus composant le peuple sont supérieures tant sur le plan de la justice que sur le plan de l’efficacité.


Ce livre est un appel à chacun, la voie de l’espoir pour nos générations : des hommes politiques ont volé notre avenir, vous pouvez le reprendre !