samedi 7 décembre 2013

Billets-Le bitcoin pour les nuls


Le bitcoin pour les nuls

La presse en parle de plus en plus souvent. Mais qu’est-ce donc que le bitcoin ? Sera-t-elle la monnaie du futur ?
Par Daniel Benbassat.

Depuis quelques mois, les médias économiques de tous les pays parlent beaucoup du bitcoin. Vous pouvez trouver des articles sur le bitcoin dans : Le Monde, Les Échos, La Tribune, L’Express, Le Nouvel Obs, Le Point, etc., souvent datés du début avril 2013. Mais ils en parlent quasiment tous pour évoquer une bulle gigantesque. Alors, qu’est-ce donc que ce Bitcoin ?

Le bitcoin, une crypto-devise
En fait, c’est une monnaie électronique basée sur des algorithmes mathématiques du domaine de la cryptographie (l’art de coder et de décoder des messages secrets), née en 2009 et conçue par un génie inconnu et qui depuis a complètement disparu ! Elle n’a aucun support physique, sauf les disques durs des ordinateurs, et elle est donc constituée de 0 et de 1, comme tous les fichiers informatiques.
Malgré tout, pour qu’elle puisse être considérée comme une monnaie, il faut qu’elle ait plusieurs propriétés en commun avec les pièces et les billets en euros que vous connaissez bien :
  • Elle doit avoir un possesseur (les euros qui sont dans mon porte-monnaie sont à moi, et pas à mon voisin).
  • Elle doit pouvoir être échangée avec quelqu’un d’autre pour un besoin de paiement (par exemple le boulanger à qui j’achète mon pain).
  • Elle doit comporter des décimales si elle a une valeur suffisante. Mon pain ne vaut pas 1 ou 2 euros, mais 1,14 euros. Il faut donc qu’il existe aussi des centimes.
  • Et évidemment, il ne faut pas qu’elle puisse être fabriquée facilement, ni dupliquée. Si j’essaie de faire un faux billet de 10 euros en utilisant une photocopieuse, il sera refusé car le papier n’aura pas la bonne qualité, il n’y aura pas de filigrane, etc. Un fichier informatique, par contre est particulièrement facile à dupliquer, car en principe avec un copier/coller, j’obtiens un deuxième fichier identique au premier.
Le bitcoin a bien toutes ces propriétés :
  • Je peux avoir un ou plusieurs porte-monnaie qui m’indiquent combien de bitcoins je possède, et qui peuvent être sur mon ordinateur, sur une clé USB ou sur un serveur informatique quelque part dans le monde, pourvu que je me souvienne du mot de passe pour y accéder.
  • Comme il voyage par internet, il peut être échangé entre 2 personnes d’un bout à l’autre de la planète en quelques minutes.
  • Un bitcoin peut être divisé, non seulement en centimes, mais en fraction jusqu’au 100 millionième. C’est nécessaire, car sa valeur peut devenir très élevée comme on le verra plus tard.
  • Et il ne peut être contrefait ni dupliqué. En effet, par un processus informatique assez complexe, mais très fiable, l’historique complet de tous les échanges d’un bitcoin est enregistré dans un bloc de données informatique et transmis sur tout le réseau internet, à tous les ordinateurs gérant des bitcoins, d’une manière telle qu’il ne puisse être modifiée sans qu’une erreur n’apparaisse.
  • Quand un certain nombre de bitcoins ou une partie de bitcoin est transmis à quelqu’un d’autre, ce bloc est complété du nouvel échange, se propage sur le réseau, et au bout de quelques minutes devient irréversible. Il est alors impossible d’annuler ce transfert. Je ne peux plus récupérer mes bitcoins envoyés, sauf à demander à mon partenaire de refaire un transfert dans l’autre sens.
Il a encore d’autres propriétés intéressantes :
  • Contrairement aux paiements par paypal, western union ou par carte visa, mastercard, il est sans frais, aucun intermédiaire ne prélève quelques pour cent au passage.
  • Les transactions de paiement sont anonymes. À chaque nouvel échange, on peut donner à son correspondant une nouvelle adresse fabriquée par le système, et automatiquement le paiement viendra atterrir dans le porte-monnaie que l’on aura choisi.

Quelle est la valeur d’un bitcoin ?
C’est la grande question que se posent tous les journaux que j’ai cités.
Quelle est la valeur d’une monnaie en général ? Cela dépend bien sûr de ce que je peux acheter grâce à elle. Avec un euro, je peux acheter par exemple une baguette, un café au bar du coin, 4 cigarettes, un peu moins d’un litre de diesel, 100 grammes de steack, etc. Avec une autre monnaie, livre sterling, franc suisse, dollar, cela va être un peu différent, ce qui va permettre d’établir une comparaison entre monnaies. Mais tout ceci varie dans le temps, généralement une unité d’une monnaie permet d’acheter de moins en moins de choses dans le temps, c’est ce que l’on appelle l’inflation. Les monnaies entre elles ont aussi des rapports changeants, c’est ce que l’on appelle le cours. Par exemple, le cours entre le dollar et l’euro change toutes les secondes, et même toutes les millisecondes sur des places de marché électroniques, où se confrontent des acheteurs et des vendeurs et le cours est le résultat d’un équilibre qui évolue sans arrêt.
Qu’en est-il du bitcoin ? C’est le même principe, mais avec moins de places de marché et des volumes beaucoup plus petits. Il y a essentiellement des places de marché qui échangent le bitcoin contre le dollar, et quelques-unes qui échangent le bitcoin contre l’euro. Il y en a une en France, https://bitcoin-central.net. Vous pouvez y ouvrir un compte en euros, que vous alimenterez par un transfert SEPA à partir de votre banque habituelle. Vous pourrez alors acheter des bitcoins à un cours que vous choisirez ou au mieux, c’est-à-dire en prenant le cours de l’offre la plus intéressante.
Actuellement (vers le 20 avril 2013), le bitcoin vaut un peu moins d’une centaine d’euros, mais les fluctuations de cours sont très fortes depuis le début de l’année 2013. En effet, en début d’année, le bitcoin valait une dizaine d’euros, puis il a augmenté sans interruption, et vers mi-avril il valait quasiment 200 euros. Alors tout à coup, la place de marché la plus importante en dollar a été bloquée plus d’une journée par des problèmes informatiques (trop de nouveaux comptes et trop de transactions d’achat/vente, aggravés d’une tentative d’attaque de hackers). Ceci a déclenché une panique avec des milliers d’ordre de vente, qui ont fait redescendre le cours à une cinquantaine d’euros en quelques jours.
C’est pourquoi les médias ont parlé de bulle et d’éclatement de la bulle. Mais il faut bien voir que malgré tout, on est toujours à un cours 10 fois plus élevé qu’en début d’année, mais beaucoup plus stable pour l’instant.

Que peut-on faire avec des bitcoins ?
Pour l’instant, on ne peut pas encore acheter son pain avec, mais beaucoup de services internet, et même des e-commerces peuvent être payés en bitcoin. Il est vrai que peu de sites francophones jouent encore le jeu. Vous pouvez trouver cette liste de sites en français ici : http://www.bitcoin.fr/post/2010/12/30/Que-faire-avec-mes-bitcoins
Une nouvelle étape est prévue, qui consiste à installer des DAB (distributeurs de billets) en bitcoins. On pourra retirer des billets en euros à partir d’un porte-monnaie en bitcoins, et à l’inverse, créditer son porte-monnaie bitcoin en insérant dans la machine des billets en euros. En 2013, une centaine de distributeurs sont prévus dans 30 pays.

Comment sont fabriqués les bitcoins ?
C’est un peu comme pour l’or, pour en extraire, il faut aller le chercher dans les mines.
Les bitcoins sont fabriqués par des mineurs d’un type spécial. Encore une fois, c’est une affaire de mathématiques. Il faut résoudre une équation de plus en plus compliquée au fil du temps pour pouvoir créer un bitcoin. Il s’en crée de moins en moins. En effet, les quatre premières années, on pouvait créer 50 bitcoins toutes les 10 minutes. Depuis fin 2012, c’est seulement 25 bitcoins toutes les 10 minutes, et tous les 4 ans ce nombre sera divisé par 2.
Ce qui fait qu’actuellement, il existe un peu plus de 11 millions de bitcoins, mais il y a une limite absolue de 21 millions qui ne sera atteint que dans plusieurs dizaines d’années.
Bien sûr, pour les mineurs, plus leurs PC sont puissants, plus ils peuvent espérer créer de nouveaux bitcoins, les programmes pour le faire étant en libre accès sur internet ; c’est essentiellement les cartes graphiques qui font le travail. Mais de nouveaux matériels sont en train de voir le jour, dont l’unique objet sera de créer des bitcoins, et qui seront donc au moins 10 fois plus rapides pour cette tâche, que les meilleurs PC actuels.

Quel avenir pour cette monnaie ?
Dans notre environnement de crise financière et monétaire toujours très vive, le bitcoin peut devenir une devise importante, car elle est indépendante de toute banque centrale, et même de tout organisme.
Ses caractéristiques d’échange gratuit et anonyme peuvent en faire un moyen de paiement adapté aux ventes illégales (drogue, prostitution, blanchiment d’argent sale), mais il peut aussi être utilisé par ceux qui veulent éviter le contrôle de certains États (liberté d’expression, mouvement anti-dictature, droits de l’homme, etc.), et par ceux qui ont peur que la politique monétaire de plus en plus laxiste n’échappe au contrôle des banques centrales.
Il a été dit que lors de la crise bancaire à Chypre de ce début de printemps, beaucoup de Chypriotes avaient transféré leurs avoirs en bitcoins, pour éviter de s’en faire prélever une partie par les banques. On a aussi noté que beaucoup d’Espagnols ouvraient des comptes en bitcoin.
Par ailleurs, le fait que le nombre total de bitcoin est limité empêche toute inflation, et donc toute réduction régulière de sa valeur. Au contraire, au fur et à mesure qu’il est de plus en plus utilisé, sa valeur devrait aller en augmentant.
La valeur totale des bitcoins en circulation à ce jour, est d’environ 1 milliard d’euros, ce qui laisse une marge de progression importante, si par exemple on compare avec les importations ou les exportations d’un seul mois de 2013, qui se montent à environ 40 milliards d’euros, uniquement pour la France.
Certains États ou organismes pourraient éventuellement être gênés par cette  nouvelle devise, quand elle sera beaucoup plus utilisée – la BCE et la Fed. s’y intéressent de près, mais seulement pour dire qu’ils continueront à la surveiller.
Iront-ils jusqu’à l’interdire, et dans l’affirmative, pourront-ils réellement le faire ?
C’est l’enjeu du futur. En tout cas, on peut dire que c’est la première monnaie libre de l’ère internet, et on lui souhaite de révolutionner la banque, comme internet a révolutionné la liberté d’expression.


Source Daniel Benbassat 
http://www.contrepoints.org/2013/04/25/122559-le-bitcoin-pour-les-nuls

vendredi 6 décembre 2013

Billets-La monnaie virtuelle Bitcoin dépasse le cours de l’or


La monnaie virtuelle Bitcoin dépasse le cours de l’or

Le cours de la monnaie électronique a dépassé celui de l’once d'or en cours de journée avant de se stabiliser. La bulle Bitcoin semble irrésistible.
Tout un symbole, la devise électronique Bitcoin a dépassé le cours de l’once d’or avant de se stabiliser. A près de 1250 dollars, la bulle continue d’enfler autour de la monnaie digitale créée en 2009, et qui valait à peine 1 dollar 3 ans plus tôt et 100 dollars en mars dernier.
Elle a déjà connu des baisses de 20% à 30% en cours de journée, mais rien n’y fait, son ascension semble irrésistible. Trop peu de Bitcoins sont en circulation au regard de la demande massive, en provenance notamment de la Chine. Dès que son cours a franchi les 400 dollars, les investisseurs et spéculateurs chinois sont entrés dans la partie. Certains estiment que leur prochain objectif est la barre des 8888 dollars, le 8 étant un chiffre porte-bonheur très prisé dans le pays... Aujourd’hui, la spéculation s’est emparée comme jamais du bitcoin, qui reste pourtant une devise de l'économie souterraine . On estime que seules 5 % des transactions quotidiennes servent à acheter des biens ou services dans l’économie réelle, le reste n’est que pure spéculation. Ses propriétés de dé-corrélation avec les autres marchés traditionnels en font un actif de choix à ajouter au menu de ceux qui sont prêt à tolérer ses très fortes variations et sa volatilité hors normes. Aucune valeur fondamentale objective ne la rattache à la réalité.

  • e-gold première tentative de détrôner l’or
Réservoir de valeur, actif de diversification ou devise refuge anti-crise, les avantages de cette monnaie décentralisée sans banque centrale apparaissent aux yeux de certains investisseurs bien plus importants que ses risques et défauts. De quoi la faire entrer dans « la cour des grands ». Ce rêve de concurrencer le métal précieux, une ancienne devise électronique, e-gold, avait tenté de le réaliser dans la première partie des années 2000 avant d’échouer. Devenue la monnaie d’échange de l’économie souterraine et de tous les trafics, elle disparut en 2005 et son fondateur fit un passage derrière les barreaux.

  • Devises digitales, un marché de 15 milliards de dollars
La bulle Bitcoin a provoqué dans son sillage l’envolée de la quarantaine de devises électroniques (Litecoin, Namecoin, Peercoin, Infinitecoin, Quarkcoin…), bien plus modestes et moins connues qu’elles, et qui ont été lancées pour la plupart cette année. Ce secteur des monnaies digitales pèse désormais près d’une quinzaine de milliards de dollars et grossit très vite du fait de l’engouement autour de ces nouveaux moyens de paiement. De quoi susciter la vigilance des autorités.

  • 4850 % de rendement annuel
100 personnes détiennent 20% des Bitcoins en circulation, soit autour de 2,2 millions d’unités, d’après le site zero hedge. Parmi eux, un investisseur détient déjà un magot estimé à près 140 millions de dollars. Les jumeaux Winkloss qui veulent lancer un fonds coté en bourse (ETF) indexé sur le Bitcoin en sont des détenteurs importants tout comme le hedge fund Exante, spécialisé sur cette devise et qui affiche un rendement annuel époustouflant de 4850% grâce à un stock de plus de 60 000 bitcoins... Les autres fonds alternatifs sont jusqu’ici restés à l’écart de cette monnaie particulièrement volatile. Michael Novogratz, le co-responsable des investissements d’un des plus gros hedge fund au monde, Fortress (55 milliards de dollars) a annoncé qu’il avait placé de l’argent sur cette monnaie mais à titre personnel alors qu’une autre star du secteur, le très influent Ray Dalio de Bridgewater trouve le concept intéressant mais veut encore éclaircir certains points avant de songer à y investir.



Source lesechos.fr

Billets-Nelson Mandela


Nelson Mandela 18 juillet 1918-5 décembre 2013
Nelson Rolihlahla Mandela, dit Nelson Mandela, est né le 18 juillet 1918 à Mvezo, un petit village du Transkei (actuel Cap-Oriental, Afrique du Sud).
Son père Ngubengcuka, chef de la tribu Xhosa et membre de la maison royale des Thembus, part bientôt vivre avec sa famille dans un autre petit village situé à quelques km de Mvezo, Qunu, où Rolihlahla passera toute sa prime enfance. À l'âge de sept ans il entre à l'école méthodiste de Healdtown, où son institutrice lui donne le prénom anglais de Nelson, pratique habituelle à l'époque lorsqu'un noir africain entamait des études.
Après le décès de son père en 1927, Nelson Mandela, âgé de neuf ans, est confié par sa mère au régent du peuple Thembu, Jongintaba Dalindyebo, qui devient son tuteur. Il vit dès lors dans la résidence royale de Mqhekezweni, capitale provisoire du Thembuland.
À seize ans, Nelson Mandela est initié pour devenir un homme selon la coutume Xhosa. Il part ensuite poursuivre ses études dans un établissement anglais renommé, le Clarkebury Institute. Élève doué, il obtient son brevet scolaire en deux ans au lieu de trois. En 1937, il intègre le lycée de Fort Beaufort puis l'année suivante la très élitiste université anglaise de Fort Hare, sorte de Cambridge local destiné à former les futurs cadres administratifs d'Afrique du Sud. C'est ici que Nelson Mandela prend véritablement conscience de la situation faite aux noirs dans leur propre pays. Désigné représentant du Conseil des étudiants, il y commence ses premiers combats contre l'administration blanche toute puissante, ce qui lui vaut d'être exclu de l'université.
Son tuteur le fait revenir à Mqhekezweni pour un mariage arrangé mais Nelson Mandela s'enfuit avec son frère Justice. Retrouvé, il est envoyé chez un agent immobilier, Walter Sisulu, qui le fait engager comme stagiaire au bureau de l'avocat Lazar Sidelsky. Nelson Mandela y travaillera tout en poursuivant ses études à l'université de Witwatersrand jusqu'à l'obtention d'une Licence de Droit en 1942. Pendant cette période, il fait la connaissance de deux militants du Congrès National Africain (ANC, membre de l'Internationale Socialiste) et du Parti Communiste Sud-Africain (SACP), Gaur Radebe et Nat Bregman, qui l'introduisent dans la mouvance anti-apartheid.

Nelson Mandela ne cessera dès lors de lutter pour la libération de son peuple. En 1943, il participe à sa première manifestation, puis adhère à l'ANC et co-fonde en 1944 la Ligue de la Jeunesse de l'ANC en compagnie de Walter Sisulu, Oliver Tambo et Anton Lembede. La même année, il épouse aussi Evelyn Ntoko Mase, qui lui donnera un fils (Madiba Thembekile) et une fille (Makaziwedem), et déménage à Soweto.
En 1948, le Parti National Afrikaner remporte les élections. Daniel Malan, nommé premier ministre, s'engage dans une intense politique d'apartheid. L'ANC risposte et se transforme en grande organisation politique. Walter Sisulu est élu secrétaire général, Oliver Tambo et Nelson Mandela deviennent membres de la direction nationale. Après le vote d'une loi interdisant le communisme, l'ANC et le SACP feront alliance, modifiant ainsi le rapport des forces politiques en Afrique du Sud.
En 1952, la campagne de désobéissance civile incitant les noirs à ne pas respecter les lois racistes connaît un grand succès. Nelson Mandela, devenu avocat des Noirs en butte à l'injustice des règles administratives, est arrêté par la police le 30 juillet 1952 et condamné à neuf mois de travaux forcés, mais la sentence reste suspendue. En 1955, il participe à la rédaction de la Charte de la liberté dont l'objectif est de lutter contre la ségrégation raciale et l'apartheid. Il voyage en Afrique et au Royaume-Uni. En décembre 1956, il est arrêté avec 150 militants de l'ANC et accusé de trahison mais tous seront acquités après un long procès en 1961. Entre-temps, Nelson Mandela a divorcé et épousé en 1958 Winnie Madikizela, qui lui donnera deux filles, Zenani et Zindziswa.

Winnie Mandela

Après le massacre de Sharpeville en 1960 qui voit la police sud-africaine tirer sur la foule et tuer 69 manifestants, le Congrès National Africain est officiellement interdit en Afrique du Sud. Nelson Mandela crée alors un mouvement armé clandestin baptisé "Umkhonto we Sizwe" (Lance de la Nation), dont il devient le commandant en chef. Il est arrêté en 1962 et condamné à cinq ans de prison pour avoir quitté le territoire sans autorisation et incité à la grève. L'année suivante, il est inculpé de sabotage et haute trahison, condamné en 1964 avec sept autres militants à la prison à perpétuité et incarcéré sur l'îlot-bagne de Robben Island, au large du Cap.
Le détenu numéro 46664 croupit en prison pendant plus de 26 ans, jusqu'en février 1990, après avoir toutefois bénéficié d'un régime de résidence surveillée à partir de 1988. Il devient au fil des ans le prisonnier politique le plus célèbre du monde. À sa libération, il prend la tête de l'ANC (redevenu en 1990 parti politique autorisé) et entreprend des négociations avec le gouvernement blanc de Frederik de Klerk qui aboutissent à la fin de la politique d'apartheid et à des élections générales au suffrage universel. Ce travail commun contre le racisme et pour l'établissement de la démocratie dans le pays, malgré les oppositions et les violences, vaudra au deux hommes le Prix Nobel de la Paix 1993.


Nelson Mandela est élu le 27 avril 1994, après la victoire de l'ANC qui obtient 62,65% des voix. Sa prestation de serment le 10 mai 1994, devant 180 délégations étrangères et de nombreux chefs d'Etat du monde entier (Al Gore et Hillary Clinton, Fidel Castro, le prince Philip pour Elizabeth II, etc), marque le retour de l'Afrique du Sud dans le concert des nations. La date du 27 avril devient le "Jour de la Liberté", désormais jour férié national.
Nelson Mandela devient le premier président noir d'Afrique du Sud, fonction qu'il occupe jusqu'en 1999 avec deux vice-présidents à ses côtés, le noir Thabo Mbeki et le blanc Frederik de Klerk, et un gouvernement d'union nationale composé de l'ANC, du Parti National Afrikaner et du parti zoulou Inkhata. Son but est de bâtir une "nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et le monde". Il crée la commission "Vérité et réconciliation", présidée par l'archevêque anglican et prix Nobel de la Paix Desmond Tutu, afin de juger des exactions et des crimes commis pendant l'apartheid.

Desmond Tutu

Thabo Mbeki, Nelson Mandela, Frederik de Klerk

Frederik de Klerk, Nelson Mandela

En 1996, il divorce de Winnie, dont il était séparé depuis 1992. Il épouse en 1998 Graça Machel, veuve de l'ancien président mozambicain Samora Machel. En 1999, il ne se représente pas pour un second mandat et laisse Thabo Mbeki, déjà président de l'ANC depuis 1997, lui succéder à la présidence de l'Afrique du Sud.
Il crée à Johannesburg la Fondation Nelson Mandela afin de continuer le combat pour les valeurs qui lui tiennent à cœur mais abandonne la vie politique, se contentant d'être médiateur dans diverses négociations internationales de paix, comme entre autres au Burundi en 2000. Personnalité écoutée, notamment par les chefs d'Etat africains, il se consacre également à la lutte contre le Sida. En 2003, il prend toutefois publiquement et fermement position contre la guerre en Irak menée par les Etats-Unis et s'en prend sévèrement à George W. Bush qu'il accuse de vouloir "plonger le monde dans l'holocauste" et de "commettre des atrocités indescriptibles".


Retiré de la vie publique depuis 2004, Nelson Mandela est aujourd'hui devenu comme le Mahatma Gandhi ou Martin Luther King une conscience universelle et une icône mondiale de la liberté et de la paix. Mais, déjà opéré d'un cancer de la prostate en 2001, sa santé décline progressivement et il apparaît moins en public. Son 90e anniversaire, le 18 juillet 2008, est célébré dans toute l'Afrique du Sud par une série de concerts baptisés "46664", son numéro de détenu lorsqu'il était en prison. L'année suivante, l'Assemblée générale des Nations Unies déclare le 18 juillet "Journée internationale Nelson Mandela".
Il apparaît brièvement devant les caméras du monde entier en juillet 2010, lors de la Coupe du monde de football organisée à Durban (Afrique du Sud). Fin janvier 2011, son hospitalisation de deux jours pour une infection pulmonaire suscite une vague de rumeurs alarmistes qui conduit le président Jacob Zuma à lancer un appel au calme à la population. Le 18 juillet 2011, plus de 12 millions d'enfants chantent à 08h05 (06h05 GMT) précises un "joyeux anniversaire" au père de la nation arc-en-ciel. Le président des Etats-Unis, Barack Obama, tient également à lui rendre hommage en saluant "l'exemple de sa vie" et "sa vision pour un monde meilleur".

Depuis les ennuis de santé de l'ancien président sud-africain -- liés à son âge et aux séquelles de ses années d'incarcération (tuberculose contractée pendant son séjour dans l'île-bagne de Robben Island, cancer de la prostate, etc) -- ne cessent de s'aggraver et il a du être hospitalisé à plusieurs reprises, notamment en décembre 2012 et mars 2013.
L'autobiographie de Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, publiée en 1995, raconte en détail tout son parcours, de son enfance à son accession au pouvoir en passant par son engagement politique et ses longues années de prison. Le cinéaste britannique Peter Kosminsky prépare par ailleurs un film sur les jeunes années du président sud-africain, particulièrement la période où il fut membre de la branche militaire, souvent qualifiée de terrorriste, de l'ANC.

jeudi 5 décembre 2013

Billets-Le bitcoin : une monnaie très surévaluée


Le bitcoin : une monnaie très surévaluée

“Le bitcoin s’envole. Les investisseurs se précipitent sur cette monnaie virtuelle qui n’est pas émise par une banque centrale”, constate The Economist, en indiquant qu’un bitcoin s’échangeait à 15 dollars en janvier dernier et à plus de 1 000 fin novembre.

Cette monnaie, hier favorite des dealers de drogue, a désormais des soutiens plus respectables. “L’Allemagne la reconnaît comme ‘unité de compte’ ; Ben Bernanke, président de la FED, a récemment estimé que les monnaies de ce type étaient prometteuses à long terme. Des boutiques et entreprises toujours plus nombreuses l’acceptent comme moyen de paiement”, note l’hebdomadaire économique.

Il prévient néanmoins que tout cela ressemble fort à une bulle, et que le bitcoin, plus qu’une réelle monnaie, reste aujourd’hui un outil de spéculation.


Source Courrier International

Billets-DSK, du FMI à LSK


DSK, du FMI à LSK

Définitivement grillé en politique, Dominique Strauss-Kahn a réussi sa reconversion professionnelle, notamment via la compagnie Leyne, Strauss-Kahn & Partners.

Le revoilà. Touché mais pas coulé par le scandale du Sofitel, Dominique Strauss-Kahn est de nouveau en piste. Avec discrétion, évidemment, et loin du monde politique, où il est définitivement grillé. Mais il lui reste le monde influent (et rémunérateur) du conseil dans les pays émergents, qui se disputent les services d’un homme qui, s’il a perdu la face, n’a rien perdu de son talent.

Dix-huit mois plus tôt, au Sofitel de New York, Strauss-Kahn a tout perdu en une matinée. Son poste de directeur général du Fonds monétaire international, pour commencer. Et puis la possibilité très concrète de devenir le candidat socialiste à la présidence de la République : sans cet “incident de parcours” avec la femme de chambre Nafissatou Diallo, c’est lui qui serait aujourd’hui à l’Elysée à la place de François Hollande. Enfin, sa femme, Anne Sinclair, l’a quitté et mis dehors après l’avoir loyalement soutenu tout au long de sa bataille judiciaire. Elle a ainsi mis fin à un mariage qui était aussi une affaire d’intérêts communs, chacun des conjoints soutenant la carrière de l’autre.

DSK a traversé une période difficile et n’est d’ailleurs pas encore sorti du tunnel, puisqu’il devra affronter un énième procès l’année prochaine, en France cette fois-ci, dans l’affaire du Carlton de Lille, pour proxénétisme aggravé : une autre accusation grave. Mais l’ancien patron du FMI a su rebondir. Il a changé de vie, ou plutôt s’en est inventé une autre. Un symbole : son changement de look. DSK arbore aujourd’hui une soyeuse barbe blanche qui lui donne de faux airs de Père Noël (se laisser pousser la barbe est décidément une spécialité des hommes politiques français déchus. Nicolas Sarkozy lui aussi en arbore une de trois jours, qui lui donne un faux air négligé. Carla adore, paraît-il…).

DSK s’est lancé dans les conférences, refuge de tous les damnés de la politique. L’homme, intelligent, polyglotte et bien informé, remporte un franc succès. Le Nouvel Observateur a calculé que ses bla-bla autour du monde lui rapportent à peine moins de 2 millions d’euros par an. Mais Strauss-Kahn s’est également taillé un rôle, aussi rémunérateur mais autrement plus stratégique, de grand conseiller, d’éminence grise, d’homme de l’ombre. En juillet, le gouvernement serbe, non sans quelques polémiques à Belgrade et quelque embarras à Paris, a reconnu l’avoir engagé comme consultant. La rencontre avec le Franco-Bulgare Wladimir Mollof, financier et président de la banque Arjil, a été déterminante, écrit Le Figaro. Pour cet homme bien introduit dans les milieux économiques internationaux, DSK est “une personnalité économique qui valait la peine d’être contactée”. Aussitôt dit, aussitôt fait.

L’autre personnage clef de la résurrection de DSK s’appelle Thierry Leyne, banquier d’affaires et propriétaire du groupe Anatevka. C’est lui qui a mis en lien DSK avec le gouvernement du tout nouveau Soudan du Sud qui a reçu comme un chef d’Etat l’ex-directeur du FMI le 14 mai dernier à Djouba. Idem en Russie, où DSK siège au conseil d’administration de deux colosses bancaires.

Le 25 septembre dernier, le groupe Anatevka de Leyne est devenu la compagnie financière Leyne, Strauss-Kahn & Partners, dont le siège est basé au Luxembourg. En abrégé : LSK. Depuis, Strauss-Kahn dispense conseils et conférences à travers le monde avec une frénésie qui rappelle l’époque du FMI. De DSK à LSK, il suffit parfois d’un changement de consonne pour refaire sa vie.

Dessin de Cajas paru dans El Comercio, Quito.
Source Courrier International

mercredi 4 décembre 2013

Billets-Pauvre François Hollande !


Pauvre François Hollande !

Un éditorialiste britannique prend en pitié le président français. A son sens, François Hollande paie avant tout la haine des Français contre le monde moderne et le libéralisme anglo-saxon. 
François Hollande est la cible de tant de reproches qu'on ne peut qu'éprouver de la commisération pour cet aimable second couteau socialiste qui, d'après ses amis, n'en serait toujours pas revenu d'avoir eu la chance d'être élu l'an dernier. On le tient pour responsable d'à peu près tout ce qui reflète le marasme dans lequel baigne le pays. Le Onze national, autrefois auréolé de gloire, semble voué à se faire rapidement éjecter de la prochaine Coupe du Monde [les Bleus se sont finalement qualifiés pour le Brésil le 19 novembre, contre toute attente] ? C'est la faute à Hollande. Un tueur fou terrorise les Parisiens ? Un symptôme de plus de son règne mortifère.

La France ne manque jamais de détester ses monarques élus, mais le désamour* avec Hollande, désormais le président le plus impopulaire depuis la mise en place du suffrage universel en 1958, s'est manifesté à une vitesse spectaculaire. Il tient à son style maladroit, sa passion pour les impôts et son incapacité à endiguer le chômage et le déclin économique.

Plus généralement, Hollande et Jean-Marc Ayrault, son Premier ministre qui n'a rien de galvanisant, paient le prix du fait que la France n'aime pas le monde moderne. Si les grandes entreprises du pays prospèrent dans l'économie mondialisée, les présidents successifs, y compris le réformateur qu'était censé être Nicolas Sarkozy, ont protégé leur population de la nouvelle mentalité qui prévaut, celle d'une compétitivité affirmée. L'ennemi est toujours le libéralisme anglo-saxon, cette foi étrangère que tous semblent vouloir imposer à la France, des Chinois à la Commission européenne.

Les tabous de la gauche intouchables
Un peu tard, Hollande a expliqué que le déclin du pays était lié à une baisse de sa compétitivité au fil des années, mais il ne peut guère aller plus loin sans risquer de toucher aux tabous de la gauche, trahissant ainsi sa promesse de renforcer le modèle social français. En privé, les ministres reconnaissent qu'il faudrait réduire les dépenses publiques, qui représentent 56 % du PIB, et assouplir le droit du travail, mais ils redoutent la révolte que cela déclencherait.

Hollande s'efforce de surmonter le ridicule dans lequel sa présidence s'enlise. Il profite le plus possible de la force dont la France a fait preuve au Moyen-Orient, en particulier sur la question iranienne et lors de son succès militaire contre les islamistes au Sahel. Pourtant, dans son propre cercle, certaines personnalités craignent qu'il n'ait pas pleinement pris la mesure du catastrophisme ambiant, et qu'il ne suffira pas d'espérer en un avenir meilleur pour se tirer d'affaire.

A sa décharge, il ne faut pas oublier que, contrairement à David Cameron ou Angela Merkel, il n'est pas qu'un chef de gouvernement, qui peut être destitué par le Parlement ou contraint d'organiser des élections. Il dispose des pouvoirs presque absolus d'un président de la Ve République, et s'appuie sur une Assemblée servile qu'il est le seul à pouvoir dissoudre. D'ailleurs, Hollande, ces derniers temps, rappelait à ses visiteurs inquiets un des dictons préférés de son défunt mentor, François Mitterrand : "Il faut laisser du temps au temps."

 Dessin de Sondron. 
Source Courrier International

mardi 3 décembre 2013

Billets-Influence des séries sur nos vies


Influence des séries sur nos vies

Quand tout le monde, ou presque, suit au moins une ou deux séries, notamment en politique. Difficile d'échapper à leur empreinte quotidienne dans les médias, dans l'actualité, dans nos vies.

Homeland», c'est l'une des dernières séries à la mode. On y suit le retour au pays d'un marine américain, ex-prisonnier d'Al-Qaida, que tout le monde croyait mort depuis huit ans. Un retour qui éveille la suspicion d'une agente de la CIA, persuadée que celui-ci a été «retourné» durant sa détention. La paranoïa «Homeland» aurait-elle gagné Marine Le Pen ?

Au lendemain de la libération des quatre otages français détenus au Niger depuis 2010, la présidente du FN, interrogée par Europe 1, fait cette déclaration... «étonnante» : «Ces images m'ont laissée dubitative. [...] Les deux qui portaient la barbe taillée d'une manière qui était tout de même assez étonnante... L'habillement était étrange... Cet otage avec le chèche sur le visage, tout ça... Ça mérite peut-être quelques explications de leur part. Ça a laissé, je crois, une impression étrange aux Français...»

S'ensuivront une flopée d'articles sur les sites d'information avançant tous plus ou moins la même question : Marine Le Pen a-t-elle trop regardé «Homeland» ? La présidente du Front national s'en défend, nie connaître la série. Serions-nous à ce point intoxiqués par les séries télévisées pour que la fiction s'invite ainsi dans l'actualité ?

Depuis quelque temps déjà, le phénomène est devenu difficile à ignorer. On peut à la rigueur choisir de ne pas en regarder, mais, à moins de vivre en ermite et de réduire ses interactions sociales au strict minimum, les séries surgiront fatalement au détour d'une conversation. On en parle entre amis, entre collègues à la machine à café... Les références «sériesques» se multiplient. «Franchement, c'est dur de survivre dans un monde où tout le monde suit au moins une ou deux séries», confesse un internaute en commentaire d'un article sur le sujet.


Si ce qu'on appelait autrefois un feuilleton n'a, en soi, rien de nouveau, l'engouement généralisé que suscitent les séries télévisées, lui, n'est pas plus vieux que les plates-formes de streaming qui permettent leur visionnage en quelques clics seulement. L'accessibilité a été indéniablement vecteur de popularisation puisque télécharger sa série sur Internet ou la regarder en streaming permet de s'affranchir des contraintes que représentent un horaire fixe de diffusion, des pages de publicité et un doublage des voix originales. Mais il convient aussi de souligner une offre de qualité. La chaîne américaine HBO représente cette caste de séries haut de gamme, excellemment écrites et réalisées au point de rivaliser avec les standards en vigueur dans les salles de cinéma. Grâce à «Band Of Brothers», «Sex And The City», «Six Feet Under», «The Wire» ou encore «Game Of Thrones», la chaîne payante a su acquérir une renommée prestigieuse en matière de production de fictions télévisuelles. Dans son sillon, toute une nouvelle génération de séries télévisées a vu le jour. Une offre sur mesure, permettant à chacun de trouver chaussure à son pied.

"Saisons" politiques

A tel point que nos dirigeants ont eux aussi succombé à la fièvre des séries. On l'a oublié, mais, avant Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy lui-même y était allé de son petit clin d'œil. En octobre 2011, alors que, depuis l'Elysée, il est interrogé en direct sur TF1 et France 2, il se lance dans une leçon de géopolitique pour les nuls : «Il s'est passé un phénomène depuis trente ans : les grands pays émergents - Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Mexique - ont des populations à nourrir, et il est bien normal qu'ils veuillent leur part du progrès. Quand vous regardez la série récente, "Borgia", là, on voit que le concert des nations du monde au XVIe siècle, c'était quatre, cinq pays : ça se discutait entre l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, l'Angleterre et la France. Aujourd'hui, nous sommes au XXIe siècle, et donc tous les pays veulent leur part du progrès.» Braudel est loin... Aujourd'hui, nous sommes au XXIe siècle, et donc nos dirigeants politiques ne se réfèrent plus à une histoire qu'ils sont pourtant censés connaître, mais illustrent leurs analyses grâce à... des séries télé. On peut se demander s'il s'agissait pour Sarkozy, en citant «Borgia», de «faire peuple». Mais il semble que notre homme se soit vraiment découvert une passion pour les séries.


Aux Etats-Unis, Barack Obama ne cache pas son admiration pour «The Wire», alias «Sur écoute» dans la langue de Molière. En pleine affaire Snowden, voilà une confession qui ne manque pas de sel (lire l'encadré ci-dessous) !

Même la manière de relater l'actualité politique dans les médias s'inspire ouvertement des codes en vigueur dans la narration des séries télévisées. Il suffit pour s'en convaincre de relire les traitements des affaires DSK ou Cahuzac : teasing, mise en scène de personnages secondaires, révélations en cascade... Les «saisons» se succèdent à un rythme endiablé. Et si la tempête se calme, on simule de l'agitation, en s'inspirant du petit écran : prise de vues caméra à l'épaule, tout en décadrages/recadrages violents dans un épisode de «Vingt-quatre heures chrono», titres tonitruants et montée en épingle de faits mineurs en version papier... Tout est bon pour maintenir le public en haleine, la tension (l'attention) ne doit jamais retomber.

Drama ou telenovelas ?

Les séries policières type «Les Experts» ont également eu une double influence sur la réalité. Si, d'une part, les citoyens ont développé quelques bons réflexes qui sont utiles à la police dans son travail de tous les jours (par exemple, ne pas «salir» une scène de crime), ils réclament aussi des résultats immédiats. «Nous ne sommes pas dans une série américaine, s'est énervé mercredi 20 novembre un des commissaires de police traquant le tireur recherché dans tout Paris. On ne peut pas visionner des milliers d'heures d'enregistrement vidéo en cinq minutes.» La police aura quand même mis moins de trois jours pour arrêter le suspect.

Une expression a même été trouvée pour définir l'influence qu'exercent les «NCIS» et autres sigles judiciaires : «The "CSI" Effect» («l'effet "Les Experts"»). Les policiers ne sont pas en reste puisqu'une vingtaine de fonctionnaires du Mans ont suivi cette année une journée de formation en synergologie, science qui étudie le langage corporel à laquelle a recours le héros de la série «Mentalist». La tentation est grande de corréler cette initiation avec la diffusion de cette série sur TF1 depuis quelques années. Dans d'autres registres, les thèses conspirationnistes qui irriguent tout un pan d'Internet doivent beaucoup à la mythologie développée durant une décennie par la série «X-Files». Quant à la colocation, ce mode de vie souvent imposé est devenu sympathique à la suite de la diffusion de 10 saisons de «Friends». Enfin, certains shows télévisés à succès ont influencé le choix de prénoms d'enfants : il y a eu, par exemple, une explosion du nombre de Brandon, Brendan, Kelly et Dylan après la diffusion française, en 1992, de «Beverly Hills 90210». Plus proche de nous, des petits veinards vont devoir supporter une vie durant les prénoms de Daemon à cause de «Vampire Diaries», et Khaleesi, la faute revenant cette fois à «Game Of Thrones».

Il ne faut pourtant pas imaginer que les scénaristes des séries télévisées sont désormais les architectes du monde. Frédéric Martel, auteur du livre Mainstream, ne voit pas dans les séries américaines le bras armé de la globalisation culturelle qui viendrait façonner insidieusement nos comportements. Certes, «Game Of Thrones» est très prisé par le public occidental, mais ne demandez pas à un Japonais, un Africain ou un Chilien de se reconnaître dans nos héros médiévaux. Ils ont leurs productions locales, drama pour les uns, telenovelas pour les autres, et ce sont les pérégrinations des acteurs aux modes de vie similaires aux leurs qui intéressent les autres populations. Voilà pourquoi la révélation du passé nazi de Horst Tappert, acteur qui jouait Derrick, a été prise comme une tragédie nationale en Allemagne.

«Plus belle la vie», un bel exemple de série populaire française, a sans conteste plus d'impact que l'existence des prisonniers d'«Oz» ou des bikers de «Sons Of Anarchy». La veille du premier tour de l'élection présidentielle, lors d'un meeting à Marseille, le staff de François Hollande avait tenu à faire savoir que des acteurs de la série s'afficheraient avec le candidat. Récemment encore, un animateur filait la métaphore entre la primaire socialiste sur la Canebière et les rebondissements de la sitcom phocéenne. Ce qui est franchement exagéré. Même sortis du Cours Florent, les acteurs de «Plus belle la vie» jouent plus justes.

Les séries nous façonnent-elles ou utilisons-nous leurs archétypes pour nous présenter ? C'est ainsi que l'on apprend sans surprise qu'Anne Hidalgo dévore «House Of Cards», série sur les jeux de pouvoir à Washington, et que Frédéric Beigbeder, romancier et patron de Lui, cite «Californication», déboires d'un écrivain obsédé sexuel. Pour le moment, à notre connaissance, aucun revenant en politique n'a pourtant proclamé être un fan de «Walking Dead». 


Obama et « vint-quatre heures chrono »
Barack Obama a-t-il gagné la présidentielle américaine de 2008 grâce aux personnages de David Palmer («Vingt-quatre heures chrono») et de Matt Santos («The West Wing») ? Certes, le résultat du scrutin étatsunien relève sans doute d'une chimie un brin plus complexe. Mais il est difficile de ne pas penser que certaines séries télévisées ont au moins participé à la préparation des esprits à l'avènement d'un président afro-américain au pays de l'Oncle Sam. Diffusée entre 1999 et 2006 aux Etats-Unis, «The West Wing» narre, entre autres, la campagne victorieuse de Matt Santos, un presque inconnu au charisme ravageur. Premier président hispanique, démocrate, le fictif Santos rappelle à de nombreux observateurs le bien réel Obama.

En 2008, les similitudes entre ce personnage inventé et le candidat Obama ne tardent pas à être pointées de la plume par de nombreux journalistes outre-Atlantique. Certains s'amusent même à poster sur la Toile des vidéos montrant tour à tour les discours prononcés par Obama et ceux prononcés par Santos dans la série. Et les ressemblances sont flagrantes. Maurice Ronai, scénariste du documentaire Mister President - qui dévoile les liens d'influence réciproque entre la représentation fictive du président américain dans les films et les séries et la politique américaine, la vraie -, parle de «rétroaction». Comprenez : des allers-retours permanents entre fiction et réalité. Dans «Vingt-quatre heures chrono», l'acteur Dennis Haysbert incarne le premier locataire noir de la Maison-Blanche. Un Barack Obama avant l'heure, en somme. Or, les scénaristes ont avoué s'être inspirés pour le rôle de l'ancien secrétaire d'Etat Colin Powell. La «rétroaction» est parfaite : la réalité a influencé la fiction qui, à son tour, quelques années plus tard, a influencé la réalité.


L’effet « Borgen »
Au Danemark, il y a clairement un avant- et un après-«Borgen». Cette série télévisée, produite par la chaîne publique danoise, met en scène l'ascension au pouvoir, les combats politiques, médiatiques et personnels d'une femme charismatique, Birgitte Nyborg (incarnée par Sidse Babett Knudsen). Dans le pays scandinave, la série a eu un impact inédit.

Ainsi, la sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt, première femme à devenir Première ministre au Danemark, a réussi à se hisser au pouvoir en 2011, quelques mois seulement après la diffusion de la première saison de «Borgen». Lorsque l'on sait qu'à cette époque près de 2 millions de téléspectateurs (pour 5,5 millions d'habitants) regardaient, tous les dimanches soir, la série télévisée, difficile de ne pas faire le lien : «Borgen», de par son réalisme et sa justesse, a changé l'image des femmes en politique au Danemark.

Et ce n'est pas tout. «Borgen» a aussi influencé les questions à l'agenda du vrai gouvernement danois. Dans la troisième et dernière saison de la série (attention, spoilers), diffusée début 2013, la rédaction d'une loi protégeant les droits des prostituées est à l'étude. Conséquence, une députée conservatrice, bien réelle cette fois, s'est emparée de la question pour provoquer un vrai débat dans le pays. Ses opposants l'ont accusée de rebondir sur la popularité de «Borgen» pour se faire connaître à son tour.

Signe de l'influence de «Borgen» sur la politique au Danemark, la plupart des journaux danois ont titré de la même manière, au lendemain de la diffusion de l'épisode final de la série, le 10 mars 2013 : «Tak, Birgitte !» («Merci, Birgitte !») Reste à savoir si cette influence va durer : réponse en 2015, lors des élections législatives.


Source marianne.net

lundi 2 décembre 2013

Billets-La fluidité sexuelle


La fluidité sexuelle

Expériences lesbiennes de plus en plus fréquentes: qu’est-ce que la fluidité sexuelle?
16% des femmes britanniques interrogées déclarent avoir eu des relations homosexuelles, sans pour autant se qualifier de “lesbiennes”. Cette fluidité de la sexualité se généralise, portée par des discours tels que celui de Chirlane McCray, épouse du nouveau maire de New York Bill de Blasio.

De 1,8% à 8%. L’écart est flagrant. En 20 ans, le pourcentage de femmes britanniques déclarant avoir eu des relations sexuelles avec une autre femme a plus que quadruplé. Ces chiffres proviennent de l’étude National Survey of Sexual Attitude ans Lifestyles (Nastal) réalisée sur trois périodes : 1990-1991, 1999-2001, 2010-2012, avec plus de 45 000 participants.
Et cette proportion augmente encore plus lorsque l’on considère la catégorie plus large “avoir une expérience avec une personne du même sexe”, sans forcément de “contact génital”. Dans cette catégorie, elles sont 16% à admettre en 2010-12 avoir eu des expériences homosexuelles, contre 4% en 1990 et 10% en 1999-2000.
A l’inverse, le pourcentage chez les hommes est quasiment le même depuis 20 ans : 6% en 1990-91, 7% en 2010-2012. La professeure Kaye Wellings, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, qui a participé à l’étude, explique cette différence au International Business Times :
“Ces tendances doivent être appréciées à la lumière des profonds changements concernant la position des femmes dans la société, les normes qui gouvernent leur mode de vie et la représentation de la sexualité féminine.”



S’il y a peu de chances que les comportements aient changé au cours de ces vingt dernières années, c’est ainsi plutôt la parole des femmes qui a tendance à se libérer. Toutefois, affirmer avoir eu des relations sexuelles avec au moins une personne du même sexe ne revient pas forcément à accepter l’étiquette “homosexuel”. On appelle ça la fluidité sexuelle.
  • Le cas Chirlane McCray, “l’ancienne lesbienne”
Le 5 novembre dernier, le monde découvrait Chirlane McCray, la femme du nouveau maire démocrate de New York Bill de Blasio. Aux Etats-Unis comme de l’autre côté de l’Atlantique, les médias ne se sont pas privés pour la qualifier “d’ancienne lesbienne”, une expression surprenante qui éveille naturellement la curiosité du badaud.
Cette information sur le passé de cette New-Yorkaise de 59 ans a été publiée en décembre 2012 par un journaliste de The Observer, qui avait retrouvé une tribune de sept pages de Chirlane McCray, dans le magazine Essence daté de 1979, intitulée “Je suis une lesbienne”. Elle y expliquait clairement “qu’accepter [sa] vie en tant que lesbienne a été plus facile pour [elle] que pour beaucoup d’autres“.
Le papier, rapidement repris par d’autres médias, n’a pas tardé à être utilisé contre Bill de Blasio pendant la campagne pour la municipalité de New York. “On présentait le passé de sa femme comme une faiblesse“, explique aux Inrocks le sociologue Arnaud Alessandrin. “Une manière d’attaquer Bill de Blasio et le délégitimer. Sauf que c’est en fait devenu une force.”
Chirlane McCray a en effet immédiatement répondu à The Observer en des termes particulièrement simples :
“Dans les années 1970, je m’identifiais comme lesbienne, et en tant que lesbienne j’ai écrit sur ça. En 1991, j’ai rencontré l’amour de ma vie, et je l’ai épousé.”
  • “Je suis plus qu’une étiquette”
S’identifier en tant lesbienne en 1979 et tomber amoureuse d’un homme en 1991 : voilà qui semble simple, mais a en fait généré de nombreuses questions. Dans le but, probablement, de “simplifier” les choses, certains médias se sont contentés de la qualifier “d’ancienne lesbienne“, voire de lesbienne tout court.
Sauf que Chirlane McCray l’a clairement expliqué, dans une interview au magazine Essence en mai 2013 :
“Je suis plus qu’une simple étiquette. Pourquoi les gens veulent-ils tellement mettre des labels sur le degré où l’on se trouve sur le spectre de la sexualité ? Les étiquettes mettent les gens dans des boîtes, et ces boîtes ont la forme de cercueils. (…) Comme le dit mon amie Vanessa : ‘ce n’est pas qui tu aimes qui importe, c’est que tu aimes’.”
  • La frontière poreuse entre hétérosexualité et homosexualité
Cette notion de fluidité sexuelle résume l’idée selon laquelle “l’orientation sexuelle est une construction multidimensionnelle et multifactorielle“, comme l’a résumé la sexologue Véronique Vincelli au site Canoe.ca. “Cette fluidité pouvant exister, elle montre bien comment une personne peut découvrir son orientation à travers un continuum d’expériences.
Est-il vraiment plus simple d’utiliser des étiquettes toutes faites, qui ne correspondent pas toujours à la réalité, que de se contenter de la formulation: “la sexualité est fluide” ?
Pour Shiri Eisner, auteure du livre “Bi : Notes for a Bisexual Revolution” contactée par les Inrocks, parler de Chirlane McCray comme d’une “ancienne lesbienne”, revient “à vouloir marquer la limite entre l’hétérosexualité et l’homosexualité”. Et la chercheuse en gender studies de continuer :
“Pourtant, la vie de McCray montre que cette frontière n’est pas aussi clairement tracée que ce que la culture de masse laisse à penser. Cela montre une peur : que les hétérosexuels aient le potentiel de tomber amoureux de personnes de genres différents. Ce nouveau concept crée de l’anxiété. Et pour calmer cette anxiété, les médias utilisent des termes binaires, pour essayer de découper la vie et les expériences de McCray en deux termes distincts et clairs : ‘lesbienne’ pour le passé, ‘hétérosexuel’ pour sa relation actuelle.”
Attention tout de même : la notion de fluidité sexuelle ne signifie pas que tout le monde peut, et va être attiré par des personnes de genres différents au cours de sa vie. Elle a toutefois de plus en plus tendance à se généraliser et à être acceptée, surtout chez les femmes, qui hésitent moins à parler de leurs expériences homosexuelles, tout en n’acceptant pas l’étiquette “homosexuelle” ou “bisexuelle”. A quand l’équivalent chez les hommes ?

Photo Penélope Cruz et Scarlett Johansson dans "Vicky Cristina Barcelona" de Woody Allen
Source lesinrocks.com

Billets-Les comptes des associations


Les comptes des associations

Jacques Bompard, le député du Vaucluse, maire d’Orange et président de la Ligue du Sud, de­mande la constitution d’une commission d’enquête parlementaire sur les associations antiracis­tes vivant des subventions publiques.
Face au développement du racisme anti-Blanc et au déni de réalité de certaines associations antiracistes, le député Bompard estime qu’il devient nécessaire de se pencher sur le fonctionnement de la lutte contre le racisme en France.

  • Les associations antiracistes profitent-elles de subventions publiques ?
Jacques Bompard : Oui, et dans une large mesure.
Une commission d’enquête parlementaire devrait faire la lumière à ce sujet.
Je vais vous citer quelques exemples : en 2012, les associations dépendant de la mission « Intégration et accès à la nationalité française » ont vu leurs subventions passer de 11,5 millions à 42 millions €, celles affectées aux associations dépendant de la mission « Développement solidaire et immigration » ont progressé de 50% en passant de 6,9 millions à 9,3 millions €.
Il est temps de se pencher sur le fonctionnement de la lutte contre le racisme en France et notamment sur le finance­ment d’associations de type SOS Racisme qui ne font, par ailleurs, rien pour lutter contre le racisme antifrançais.
De plus, SOS Racisme et d’autres ne publient pas leurs comptes. C’est anormal. Les Français ont le droit de savoir qui vit de quoi et comment on utilise l’argent public.

  • Quelle est l’attitude des collectivités locales quant au financement d’associations comme SOS Racisme ?
Jacques Bompard : Elles les subventionnent largement. Chaque année, il se crée de nouvelles associations de défense de ceci, de cela. Beaucoup d’entre elles vont chercher des subsides locaux et les obtiennent. Les élus préfèrent les financer pour éviter d’être mis en cause et y voient aussi le moyen de s’assurer un réservoir de voix.

  • Pensez vous que les subsides publics devraient être réservés aux associations bénéficiant d’une « certification » ?
Jacques Bompard : Je pense que la bureaucratie française est déjà très lourde et que l’obtention d’une certification se­rait aussi une occasion de tricher.
La meilleure formule consisterait plutôt à ce que les associations comme le DAL, SOS Racisme… n’emploient pas de salariés mais uniquement des bé­névoles. Ainsi, elles n’entretiendraient pas de permanents qui sont souvent grassement payés.
On l’ignore, mais les salaires que les associations versent à leurs permanents, à fonction équivalente, sont généralement plus élevés que dans le privé !

  • Historiquement, qu’est-ce qui explique que ces associations aient pris un tel pouvoir ?
Jacques Bompard : Beaucoup d’associations sont des structures politisées qui militent en faveur du politiquement cor­rect. Peu à peu, leur rôle s’est institutionnalisé et certaines revendiquent aujourd’hui une sorte de magistère moral.
Certaines ont même obtenu le droit de défendre et d’aider les hors-la-loi sans qu’elles puissent être incriminées pour cela, notamment dans le cas de l’assistance aux clandestins. Ces associations se sont placées en état d’impunité avec l’appui de députés pourtant chargés de faire appliquer les lois de la République.
Le pire est que quand on parle avec ces députés en pri­vé, ils ne sont pas dupes. Mais, la plupart votent ces textes comme un seul homme, qu’ils soient de droite ou de gauche. Si le discours diffère entre le PS et l’UMP, dans les faits, la politique qu’ils mè­nent, une fois au pouvoir, est la même.

  • Pourquoi les médias ne critiquent-ils pas ce système ?
Jacques Bompard : Parce que les médias, les politiques et les associations font partie du même ensemble. Du même système. Il y des intérêts communs, des collusions idéologiques.
Un de vos confrères a récemment indiqué que 85 % des journalistes se disent de gauche et que les 15% restants, se cachent. Ces chif­fres expliquent pas mal de choses, non ?

Source Le Cri du Contribuable

dimanche 1 décembre 2013

Infos santé-Trop de sel dans les médicaments !


Trop de sel dans les médicaments !

Gare au sel des médicaments effervescents !
Les comprimés effervescents, dispersibles ou solubles augmentent les risques d'hypertension artérielle et d'accident vasculaire cérébral.

Qu'ils soient effervescents, dispersibles ou simplement solubles, certains médicaments renferment de grandes quantités de sel (à la différence des mêmes molécules présentées sous forme de comprimé enrobé). Une notion que n'ont pas toujours en tête les malades quand ils choisissent leur type d'aspirine, de paracétamol, d'anti-inflammatoire, de complément en calcium ou en vitamine C chez le pharmacien. D'où l'intérêt de la mise en garde de spécialistes britanniques, dans le British Medical Journal, notamment pour les patients à risque de maladie cardiovasculaire.
On sait depuis longtemps que l'excès de sel dans l'alimentation augmente le risque d'hypertension artérielle et d'événement cardiovasculaire. C'est d'ailleurs pourquoi les industriels de l'agroalimentaire ont revu à la baisse la quantité de cette substance dans leurs préparations. Le pain n'a pas échappé à cette restriction. En revanche, la question du sel dans les médicaments n'avait guère été abordée jusqu'à présent. Or, certains médicaments effervescents, dispersibles ou solubles en contiennent des quantités significatives.

  • Surdosage en sodium
Grâce aux travaux menés par le Dr Jacob George et ses collègues du Ninewells Hospital à Dundee (Royaume-Uni), on sait maintenant, par exemple, qu'un comprimé de paracétamol de 500 mg effervescent peut contenir 18,6 mmol/l de sodium. Tout individu qui en prend huit par jour (soit la posologie maximale autorisée) dépasse largement la quantité de sodium recommandée quotidiennement (qui est de 104 mmol/l), avant même d'avoir ingéré le moindre aliment...
Pour tenter de mesurer l'effet du sodium provenant des médicaments, les chercheurs ont étudié, au sein d'une cohorte de près de 1,3 million de personnes suivies pendant sept ans, les 61 000 patients ayant eu un événement cardiovasculaire. Puis ils les ont comparés à autant de personnes n'ayant pas connu ce type de problème de santé. Ils se sont notamment intéressés à la consommation de 24 médicaments contenant beaucoup de sodium (des formulations de paracétamol, d'aspirine, d'ibuprofène, de calcium...).

  • Affichage de la teneur en sodium sur les étiquettes
Leur constat est sans équivoque : parmi les individus ayant présenté un événement cardiovasculaire, la proportion de consommateurs de médicaments contenant du sodium est supérieure de 16 % à la moyenne. Et si l'on ne s'intéresse qu'aux accidents vasculaires cérébraux, la proportion passe à 22 %. Quant à la survenue d'une hypertension, elle était multipliée par sept en cas d'absorption de médicaments contenant du sodium. Enfin, la mortalité, toutes causes vasculaires confondues, était accrue de plus d'un quart chez les personnes prenant des médicaments contenant du sodium, par rapport au reste de la population étudiée.
Ces résultats ont des implications importantes en pratique. Les auteurs estiment que "les médecins devraient prescrire les formulations contenant du sodium avec prudence et seulement s'il y a des raisons valables de le faire". De plus, ces médicaments effervescents, dispersibles ou solubles "devraient être évités chez les patients à risque d'hypertension". Et ceux auxquels on a prescrit ces médicaments "devraient être surveillés de près pour l'émergence d'une hypertension". Les auteurs estiment, enfin, que le contenu en sodium de ces traitements devrait clairement apparaître sur les étiquettes, comme c'est le cas pour les produits alimentaires.