
L'ayatollah Khomeiny
L'ayatollah Khomeiny promettait la liberté. Il a fait fusiller ceux qui l'avaient porté au pouvoir.
En 1978, la révolution iranienne n'est pas l'œuvre des mollahs seuls.
Trois forces de gauche combattent le Shah à ses côtés.
Les Moudjahidine du peuple mêlent un islam chiite réinterprété et des idées marxistes : lutte des classes, société sans classes, guérilla. On les appelle souvent islamo-marxistes.
Les Fedayin sont des marxistes-léninistes classiques, partisans de la lutte armée.
Le Tudeh est le parti communiste pro-soviétique, orthodoxe, qui voit dans Khomeiny un allié anti-impérialiste.
Tous ont déjà payé sous le Shah. Prisons, torture, exécutions.
Le 1er février 1979, ils accueillent Khomeiny à Téhéran comme le visage de la rupture.
L'islamiste et la gauche se sont alliés contre l'ennemi commun. Le vieil ayatollah parle de fin du despotisme et d'un gouvernement du peuple. Le Tudeh le soutient ouvertement.
Puis il fait adopter le velayat-e faqih. Le pouvoir absolu du juriste religieux, au-dessus du Parlement et de la justice.
Les alliés de la veille deviennent des obstacles.
Le 20 juin 1981, alors que le Parlement s'apprête à destituer le président Bani-Sadr, des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue. Des responsables du régime qualifient les manifestants d'ennemis de Dieu. L'âge n'entre pas en ligne de compte.
Le lendemain, le poète Saeed Soltanpour est passé par les armes avec quatorze autres opposants de gauche. Le motif : inimitié envers Dieu et corruption sur terre.
Huit jours plus tard, un attentat ravage le siège du Parti de la république islamique et tue l'ayatollah Beheshti avec des dizaines de cadres. Le régime désigne les Moudjahidine et transforme la réplique en campagne d'extermination.
Les pelotons tournent chaque nuit à Evin.
À la mi-août 1981, la radio de Téhéran a déjà annoncé environ 500 exécutions depuis la chute de Bani-Sadr. En décembre, les bilans officiels évoquent près de 1 800 guérilleros de gauche fusillés. Le collectif de chercheurs Rastyad a depuis identifié plus de 3 500 victimes entre juin 1981 et mars 1982, dans 85 villes, à partir des communiqués du régime lui-même.
Le parti communiste Tudeh, qui avait soutenu Khomeiny plus longtemps que les autres au nom de la lutte anti-impérialiste, croit être épargné.
En 1983, ses dirigeants sont arrêtés et forcés à des aveux filmés. Une partie de ses cadres est ensuite exécutée.
Ceux qui avaient cru renverser un tyran ont été alignés contre un mur par le suivant. Khomeiny n'a pas trahi la révolution en chemin. Il l'a terminée le jour où ses alliés sont devenus inutiles.
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