lundi 24 août 2020

Billets-La liberté n’est pas le problème, elle est la solution


La liberté n’est pas le problème, elle est la solution

Dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2001, le gouvernement américain se mettait à bâtir fébrilement un formidable dispositif sécuritaire. Formidable par les moyens budgétaires dont il est doté, formidable par sa capacité en hommes. Et formidablement intrusif et négateur des libertés constitutionnelles, à commencer par le droit au respect de la vie privée. Du Patriot Act (octobre 2001) à l’inflation exponentielle de la NSA (National Security Agency), il ne se trouve plus un seul citoyen américain dont la vie ne s’inscrive par bribes et en temps réel, fût-ce par Google ou Facebook interposés, dans la mémoire d’un Léviathan administratif omni-voyant que plus personne ne maîtrise.

De nombreux gouvernements européens se sont engagés dans la même voie, pourtant sans issue. Prétendre qu’on préviendra le terrorisme en fliquant tout le monde, tout le temps, est une illusion. Les associations américaines de défense des libertés attendent toujours qu’on leur fournisse une liste convaincante d’attentats soi-disant déjoués par ce monstre voyeur sur le sol américain. D’autant que les agences administratives en question ne peuvent pas réellement communiquer sur le sujet, pour des raisons, of course, de sécurité. Ainsi l’irréfutable de leur utilité est-il parfait.

Dans un registre différent, des voix s’élèvent pour exiger la fin de l’anonymat sur Internet. On explique que les prêcheurs de haine se servent de cet anonymat pour répandre leur prose et qu’il faut donc y mettre un terme. Il faut lire les comptes Twitter et Facebook de ces islamistes en pyjama, pour mesurer l’ampleur du phénomène, qui n’est pas contestable. Mais qui prétend que l’appel au meurtre relève de la liberté d’expression ? Même les pays, tels les États-Unis, qui se font de la liberté d’expression la vision la plus large – le free speech, premier amendement à la Constitution américaine – traitent l’appel au meurtre comme un délit. Les appels au meurtre, sur Internet ou ailleurs, doivent être impitoyablement réprimés. Ce qui est déjà possible en l’état actuel du droit et de la technique ; l’anonymat sur Internet n’étant que de façade. Si l’auteur de l’appel au meurtre réside en Europe, il est pleinement justiciable des tribunaux européens.


Pour le reste, chacun doit rester libre d’exprimer ses opinions, aussi odieuses soient-elles, sur Internet ou ailleurs. C’est la définition même de la liberté d’expression. Depuis des années, les lois se multiplient, en Europe et particulièrement en France, qui restreignent la liberté d’expression, au nom du devoir de mémoire, de la lutte contre le racisme et autres. Qui ne voit l’inefficacité absolue de ces lois à endiguer la haine et le terrorisme ? Qui ne voit qu’en limitant la liberté d’expression on met le doigt dans un engrenage qui nous conduit tout droit à la criminalisation du blasphème, donc à la négation de la liberté d’expression ? Surtout, qui ne voit la tragique ironie qu’il y aurait à brider, à brimer, finalement à briser la liberté d’expression au nom même de ceux qui sont morts pour elle ?

Méfions-nous encore des polémiques recuites et purement nominales sur la question de savoir si les musulmans doivent s’intégrer, s’assimiler ou autre. La plupart de ces musulmans sont nés en Europe ; les deux terroristes qui ont décimé Charlie-Hebdo étaient des Parisiens de souche, nés et éduqués en France : on ne fait pas plus français. L’idée même qu’il faille s’intégrer dans une culture a d’ailleurs un fumet collectiviste, castrateur et autoritaire qu’on peut ne pas trouver séduisant. D’autant que cela n’est pas nécessaire. Historiquement, c’est pour vivre en commun sans esprit tribal qu’on a rédigé des constitutions : on se met d’accord sur un certain nombre de valeurs, de règles et de libertés fondamentales, et pour le reste chacun fait à sa guise, y compris dans le domaine religieux. Quant au respect de ce socle, en revanche, on n’accommode pas, on ne cherche pas constamment à composer avec je ne sais quelle frange, secte ou minorité : on se montre, tout au contraire, intraitables. C’est la méthode américaine qui, il faut l’admettre, ne leur réussit pas trop mal. Le modèle français, dont on ne sait d’ailleurs plus trop bien à quoi il correspond, entre assimilation totale (en paroles) et multiculturalisme échevelé (dans les faits), est mort dans les bureaux de Charlie, le 7 janvier 2015.


Concrètement, ce constitutionnalisme en actes implique, par exemple, que tout musulman, sur le sol européen, a le droit de renoncer à l’islam, de se convertir, de se faire athée, et de récuser bruyamment toute référence à la norme islamique. Sur le sol européen, il convient d’accepter sans barguigner que le prophète ne l’est que pour les musulmans ; les autres ayant le droit inviolable et non négociable de considérer Mahomet (570-632) comme un personnage historique, de le figurer, de le caricaturer, de l’injurier si cela leur chante. Celui qui n’accepte pas le socle constitutionnel de notre vivre en commun devrait se donner un autre lieu de vie, plus conforme à ses aspirations, comme le soulignait avec netteté Nouredinne Smaïli, président de l’Éxécutif des musulmans de Belgique (Bel-RTL, 9 janvier).

Appliquons nos lois pénales, elles sont bien suffisantes. Réaffirmons nos libertés, traitons les terroristes avec l’intransigeance joyeuse et professionnelle qui s’impose, et nous gagnerons la partie. « Il n’existe aucune raison objective de nous montrer pessimistes », me soufflait il y a deux jours ma grand-mère, qui eut 17 ans en 1940. La liberté est belle, la liberté est notre civilisation ; elle sera notre salut.


Source contrepoints.org

samedi 22 août 2020

Billets-État islamique : la stratégie du chaos


État islamique : la stratégie du chaos

La stratégie de l’organisation état islamique ? La recherche du chaos à tout prix.

Les attentats auxquels nous assistons ne sont pas qu’un déchaînement aveugle de violence ou l’œuvre de fous d’Allah. La folie est insuffisante pour prendre la mesure de la menace. Ils s’inscrivent dans une stratégie théorisée par les dirigeants de l’EI, visant à utiliser la violence et la barbarie comme des moyens pour créer une situation de chaos, et ainsi internationaliser la situation en Irak et en Syrie.

Internationaliser le conflit
Par opposition à l’état social qui désigne l’état d’une société politique fondée sur le droit, l’état de nature désigne, dans la philosophie politique des Lumières, l’état de l’humanité avant la constitution en société politique, une situation où les relations interpersonnelles sont régies par la loi du plus fort. L’état de nature n’est pas qu’une fiction politique : la guerre civile est un retour à l’état de nature, parce qu’elle livre les individus à des rapports de domination et de violence. C’est sur cet espace à l’état de nature que s’est implanté l’EI, à partir d’une situation de décomposition politique de l’État syrien et de l’État irakien, offrant aux combattants salafistes djihadistes l’occasion de refonder une société politique à partir d’une conception fondamentaliste de l’Islam, avec comme unique constitution, comme unique source du droit positif, la charia.

Mais l’EI ne porte pas uniquement un projet politique fondamentaliste, à l’image de la doctrine wahabite de l’Arabie saoudite. Il mène une politique djihadiste, née de la guerre civile, principalement entre chiites et sunnites, animée par un esprit de revanche. Il est né du chaos, et c’est dans le chaos qu’il cherche à se constituer. En ce sens, il entretient l’état de nature ou l’état de guerre permanente pour procéder à la purification de l’oumma, et ainsi mobiliser la vengeance comme moteur de sa construction. D’autre part, le contexte de guerre sur plusieurs fronts, à l’ouest contre le gouvernement irakien, à l’est contre le gouvernement syrien, et au nord contre les combattants kurdes peshmergas notamment, renforce l’esprit de revanche comme instrument fondateur du califat. Pour autant, cet esprit de revanche n’est pas accidentel dans la constitution de l’EI. Il est l’âme même de ce dernier. En effet, la stratégie territoriale de l’EI, inhérente au projet de restauration du califat, s’accompagne du rejet de l’idée même de frontière, et donc du projet de conquête de territoires en dehors de l’Irak et de la Syrien. En ce sens, l’EI porte le projet de la guerre contre tous, ou de l’allégeance, et propage à l’échelle internationale la situation d’état de nature d’où il est né.

Dans cette situation de déstabilisation régionale, plusieurs groupes armés salafistes djihadistes ont prêté allégeance officiellement à l’EI, devenant ainsi des provinces (wilayat) revendiquées du califat en Égypte, en Libye, en Algérie, au Yémen, en Arabie Saoudite ou encore au Nigéria.

La guerre contre ceux qui ne prêtent pas allégeance concerne à la fois les non-musulmans, qualifiés de mécréants (kâfir), mais aussi les musulmans qui ne partagent pas la vision salafiste et djihadiste de l’islam, considérée par l’EI comme l’islam authentique. Ces derniers sont qualifiés d’apostats dans la doctrine takfiriste, idéologie violente dérivée du wahabisme dont se réclamait par exemple Chérif Kouachi, et sont donc par la suite sujets de l’excommunication (takfiri), puis des cibles légitimes de la guerre sainte (djihad).

Détruire la « zone grise » 
Pour comprendre le sens des attaques terroristes revendiquées par l’EI, il faut les relier à sa stratégie territoriale. Le projet expansionniste, inhérent à l’idée de restauration d’un califat salafiste djihadiste, repose sur une assise territoriale en Irak et en Syrie. Mais il s’accompagne par ailleurs d’une politique de déstabilisation des sociétés politiques extérieures aux territoires sous son contrôle. Les relations internationales entre l’EI et le reste du monde sont réduites à un rapport de violence, qui provient, comme on l’a vu, de la négation de l’idée même de frontière.

Dans cette perspective, la pensée géopolitique de l’EI se réduit à un corpus de textes qui traitent de la manière de mener efficacement le djihad, avec en toile de fond un sentiment de haine et de revanche comme carburant de la construction califale. Ces corpus de textes, qui renseignent sur la politique menée par l’EI, sont le plus souvent l’œuvre de djihadistes expérimentés, qui cherchent à réorienter la stratégie d’un djihadisme global de type Al-Qaida, jugé inefficace, vers un djihadisme repensé sur la base d’une implantation territoriale, avec pour finalité la construction d’un califat vengeur.

L’un des principaux théoriciens de cet art de la guerre est Abou Moussab Al-Souri, un ancien compagnon de Ben Laden. Il publie en décembre 2004  L’Appel à la Résistance islamique globale. L’ouvrage de 1600 pages devient rapidement le manuel stratégique des terroristes de tous horizons, des dirigeants salafistes djihadistes comme Abou Moussab al-Zarqaoui en passant par les hommes de main subalternes du terrorisme comme Mohammed Merah ou Medhi Nemmouch. Abu Bakr al-Naji, un membre du réseau Al-Qaida, publie la même année sur internet un texte intitulé L’administration de la sauvagerie : l’étape la plus critique à franchir par la Oumma. L’agence de multimédia Al-Hayat, organe de la communication du califat créé en mai 2014, a lancé le magasine Dabiq en juillet 2014. Dans le numéro de février 2015, l’article intitulé «La zone grise» décrit la vision géopolitique bipolaire de l’EI où l’on peut voir un renversement du discours de George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, parlant de « l’Axe du mal ». À présent, le bien et le mal changent de camp, dans le discours de l’EI, avec d’un côté les « croisés », et de l’autre ceux qui sont du côté de « l’islam ». La « zone grise » désigne les musulmans dans l’incertitude, ceux qui sont encore dans un entre deux. Par conséquent, la stratégie pour l’EI consiste à essayer « d’accroître la division et de détruire la zone grise ». Il enjoint les «croyants» à faire leur exil (hijrah) vers la terre des musulmans (Dar al islam), et à prendre les armes contre leur pays de résidence au cas contraire.

Pour mener à bien cette stratégie d’effacement de cette « zone grise » pour accroître ses effectifs, l’EI tente d’exporter la guerre civile au moyen d’attentats, notamment en France où la communauté musulmane représente 7,5% de la population totale, soit environ 4 710 000 personnes. Ainsi, l’EI espère attiser les conflits intercommunautaires, et accélérer le processus de djihadisation. Il est intéressant de remarquer que les attentats touchent en premier lieu les pays à forte communauté musulmane. L’Égypte, le Yémen et la Lybie sont les trois pays les plus touchés en nombre de victimes d’attentats revendiqués par l’EI. En provoquant des attentats, l’EI tue pour choquer, et in fine développer les sentiments de désunion nationaux : en particulier l’islamophobie. La cruauté n’est pas une fin en soi mais un moyen dans la stratégie de l’EI pour détruire l’esprit républicain, et propager la haine qui alimente l’esprit de revanche dont se nourri l’EI. D’autre part, en provoquant une réaction sécuritaire et liberticide des gouvernements contre le terrorisme, l’EI espère créer des vocations chez les déçus de ces sociétés politiques, et ainsi renforcer l’attractivité de son projet califal, dans un monde qu’il tente de bipolariser. Provoquer l’amalgame dans l’opinion entre musulmans et terroristes s’inscrit dans cette optique de disparition de la « zone grise ». La suspicion à l’égard des musulmans est en effet propice au développement d’un sentiment de rejet mutuel, terreau fertile pour détruire l’unité républicaine, affaiblir l’adversaire et in fine construire la légitimité du califat dans la vengeance.

La gestion de la vengeance
La haine est donc la principale ressource de l’EI : c’est sur l’esprit de vengeance que s’est constitué l’État islamique, et c’est par lui qu’il continuera de prospérer. Sa puissance repose sur sa capacité à convaincre le monde musulman de sa légitimité en tant que califat. Or il ne peut y parvenir qu’en déployant le sentiment de vengeance contre un nouvel « Axe du mal », en mobilisant le djihad comme moteur de sa construction.

L’esprit de vengeance est une spirale infernale et destructrice : la fable grecque des Atrides nous le montre.

La tragédie qui touche la famille prend sa source avec la haine qu’éprouvent réciproquement les deux frères, Atrée et Thyeste, et la surenchère d’actes barbares qu’ils commettent l’un envers l’autre pour laver les humiliations vécues. Entraînés dans un cercle vicieux de vengeances sans fin, qui se propagent de génération en génération, les membres de cette famille maudite par les dieux s’entretuent : Égisthe, le fils de Thyeste, tue son oncle Atrée pour venger son père ; les deux fils d’Atrée, Agamemnon et Ménélas, chassent Thyeste du trône de Mycènes ; Egisthe assassine Agamemnon à son retour de la guerre de Troie ; Oreste tue sa propre mère Clytemnestre et son amant Egisthe. Poursuivie par les Érinyes, déesses de la vengeance, il se réfugie auprès d’Athéna, où il est jugé par le Tribunal de l’Aréopage, dont la sentence met fin au cercle vicieux de la vengeance et de la barbarie. Dès lors, les Érinyes se transformèrent en Euménides : les Bienveillantes.

Photo : grenade terrorisme credits Israel defense forces (licence creative commons)
Source contrepoints.org

Billets-“Gauche prolo” contre “gauche bobo”

“Gauche prolo” contre “gauche bobo”

La guerre des gauches
“Gauche prolo” contre “gauche bobo” ? Trois essayistes dénoncent les dérives culturelles et modernistes de leur camp. Un réquisitoire parfois emprunté à la droite…

Les mains en l'air, la gauche ! Une salve de critiques vient de s'abattre sur elle, ne laissant même pas le temps aux socialistes de savourer le succès de leurs primaires. Un feu nourri qui vient... de son propre camp. Chef du peloton d'exécution : Jean-Claude Michéa, qui, dans son essai Le Complexe d'Orphée, voue aux gémonies le libéralisme politique et culturel de la majorité des penseurs et de tous les candidats de gauche comme d'extrême gauche.


Philosophe radicalement anticapitaliste et antilibéral, inspiré par le socialisme de George Orwell, Michéa critique cette « religion du progrès » qui a perdu sa famille politique, attirée comme une mouche par tous les mirages de la modernité. Cette fuite en avant n'est que la traduction du complexe d'Orphée dont elle est victime : un infernal Hadès lui interdirait aussi de se retourner. Incapable de regarder en arrière, la gauche considère tout ce qui vient du passé comme ringard et se délecte de sa « fascination béate pour tout ce qui est nouveau ».
Les élites de gauche, “ses artistes, ses
journalistes et ses intellectuels bien-pensants”
n'auront jamais, estime Jean-Claude
Michéa, la “décence ordinaire” du peuple.

Faisant en contrepoint l'« éloge du rétroviseur », Michéa veut retrouver un usage positif du terme « conservateur », ce mot que la gauche diabolise à tout-va, elle qui a toujours peur de « devenir un peu réac sur les bords, voire limite facho »... Lui préfère le sens des limites à la célébration de la transgression, et l'enracinement dans des particularismes aux nouvelles technologies, déréalisantes et mondialisées.
A L'Auberge espagnole, qui exalte le « mode de vie bohème des étudiants issus de la bourgeoisie européenne » – bref, le nomadisme généralisé –, il préfère encore l'esprit « anarchiste tory » (anarchiste conservateur) des films de Jacques Tati, John Ford, Robert Altman ou Clint Eastwood. Et donnerait tous les branchés du monde pour un seul « employé amateur de pêche à la ligne » ou « une petite veuve qui promène son teckel ». Les élites de gauche, « ses artistes, ses journalistes et ses intellectuels bien-pensants » – en première ligne se trouvent Libération, Les Inrockuptibles, Canal+ –, n'auront jamais, selon lui, la « décence ordinaire » du peuple, cette qualité morale naturelle, doublée d'un comportement social, qui consiste à savoir donner, recevoir et rendre...
“La gauche a indubitablement abandonné
les couches populaires traditionnelles issues du
monde ouvrier au profit des couches moyennes.”
Jean-Pierre Le Goff

La critique est virulente. A la lire, on peut parfois se demander si elle n'est pas la version déguisée, « gauchisée », d'un populisme de droite en pleine effervescence. Attaquer la Fête de la musique pour défendre les manifestations du 1er Mai, ironiser sur la drag-queen en vue de réhabiliter l'ouvrier, est-ce vraiment efficace, et constructif ? Michéa esquive le coup, raillant les petits soldats de la « croisade antipopuliste (ou démophobe) », celle-là même que mène « l'ensemble des médias officiels »...

Et il trouve un soutien en Jean-Pierre Le Goff : « Dire, comme Michéa, qu'il existe une fracture entre les couches populaires et l'élite sociale et politique n'est pas populiste, nous confie le sociologue. La gauche a indubitablement abandonné les couches populaires traditionnelles issues du monde ouvrier au profit des couches moyennes. Elle a trop souvent méprisé le peuple. »


Michéa, en tout cas, n'est pas un cas isolé. L'anthropologue marxiste Jean-Loup Amselle s'en prend, lui, à la gauche postcoloniale et multiculturelle, responsable de L'Ethnicisation de la France, titre de son dernier livre. Par ethnicisation, ce spécialiste de l'Afrique désigne le processus issu du multiculturalisme qui, en reconnaissant les identités singulières, fragmente la République universelle : « La découpe d'entailles verticales au sein du corps social a eu pour effet de mettre au rancart et de ringardiser la lutte des classes et les combats syndicaux. Il est devenu beaucoup plus chic pour les couches ethno-éco-bobo, ainsi que pour leurs représentants médiatiques, de promouvoir les identités culturelles et de genre (gay, lesbien, queer) [...]. Les identités fragmentaires ainsi dégagées ont constitué autant de niches de consommateurs traquées par les agences de publicité et de marketing. »

En vantant la diversité, dans une position
symétriquement inverse à celle de l'extrême droite,
la gauche enferme les individus dans des
“ghettos géographiques et identitaires”,
dénonce Jean-Loup Amselle.

Un réquisitoire massif : en préférant toujours la diversité, dans une position symétriquement inverse à celle de l'extrême droite, la gauche a enfermé les individus dans des « ghettos géographiques et identitaires », dénonce Amselle, devenant complice de la stigmatisation et du climat raciste ambiants. L'essor du multiculturalisme n'a pas suivi le modèle américain : il s'est accompagné en France d'une hausse de la xénophobie, d'un renforcement de l'identité blanche et du « repli frileux » sur les « petites patries » – le syndrome Bienvenue chez les Ch'tis.

D'un côté, Amselle critique ces particularismes que Michéa défend. De l'autre, il trouve en l'auteur du Complexe d'Orphée un frère d'armes dans la bataille contre l'idéologie libérale globalisée et consommatrice. Les deux partagent en outre la nostalgie d'une vision du monde plus sociale, moins culturalisée, qui a peut-être de beaux lendemains.

« Il est temps de clore le tournant moderniste et culturel de la gauche, ouvert dans le sillage de Mai 68, précise pour nous Jean-Pierre Le Goff, qui vient de publier La Gauche à l'épreuve, cartographie de la période 1968-2011. La gauche a trop cherché à surfer sur les modes ; elle a glissé de la question sociale vers la question culturelle quand elle s'est avérée impuissante à lutter contre la désindustrialisation et le chômage de masse. La question sociale revient aujourd'hui en force à cause de la crise. La gauche doit entreprendre un vrai questionnement critique. »


Salutaire critique ? En prenant pour cible le progrès et le multiculturalisme, en se réappropriant des questions laissées à l'extrême droite (l'origine, la nation, etc.), Amselle et Michéa remettent en question les valeurs d'ouverture et de tolérance prônées par cette gauche bobo et consensuelle qui nous promet « l'unification du genre humain sous la double enseigne des droits de l'homme et du marché mondialisé ». Mais en voulant nous sortir de cet angélisme, ils tombent eux aussi, bien souvent, dans la caricature.
En quoi la défense des paysans du Larzac
devrait-elle passer par le mépris des clandestins ?
En quoi la volonté de délivrer le peuple de son image
négative devrait-elle discréditer le combat antiraciste ?

Echantillon : Michéa épingle « le temps de SOS Racisme » et la « médiatique et décorative » défense de la lutte citoyenne contre toutes les formes de discrimination. Amselle s'en prend à la pensée de la négritude d'Aimé Césaire ou à la créolisation d'Edouard Glissant. En quoi, par ailleurs, la défense des paysans du Larzac devrait-elle passer par le mépris des clandestins de l'église Saint-Bernard ? En quoi la volonté de délivrer le peuple de son image négative (Beaufs, Deschiens, Groseille, Bidochon ou Dupont Lajoie, inventorie Michéa) devrait-elle discréditer le combat antiraciste ?


Une telle logique substitutive culmine dans un troisième assaut, mené par Hervé Algalarrondo, journaliste au Nouvel Observateur. Dans La Gauche et la Préférence immigrée, il pousse à l'extrême la réflexion de Michéa et d'Amselle : à l'ouvrier, auquel elle a tourné le dos, la gauche ­intellectuelle aurait tout bonnement substitué l'immigré. Prolophobe et xénophile, la gauche... Et sa « préférence immigrée » serait – rebelote – le pendant de la préférence nationale du FN : « En privilégiant les immigrés sur les autres catégories ­populaires, la "gauche bobo" suggère que les "petits Blancs" constituent la lie de la société française. »
“L'argument de la pente glissante fait le jeu de la
droite. ll faut être capable d'aborder les questions
qui fâchent, de mener un débat argumenté,
fondé sur la raison et non sur l'idéologie.”
Jean-Pierre Le Goff

L'au­teur fait son miel du rapport de Terra ­Nova publié en mai 2011, dans lequel le think tank socialiste conseillait à la gauche d'abandonner électoralement les couches populaires, « pessimistes » et « conservatrices » (ses valeurs : « ordre et sécurité, refus de l'immigration et de l'islam, rejet de l'Europe, défense des traditions »), au profit de catégories plus ouvertes, comme les urbains, les diplômés, les minorités des quartiers populaires les jeunes. Autant de conseils cyniques qui ne feraient que « théoriser la pratique quotidienne de la gauche, aussi bien communiste que socialiste »...

Le corps criblé de la gauche bougera-t-il encore après ces tirs croisés ? Ces critiques redynamiseront-elles la réflexion ? Quand ils agitent l'épouvantail du racisme anti-Blancs, lorsqu'ils dressent l'un contre l'autre drapeau bleu-blanc-rouge et peuple black et beur, nos auteurs ne s'engagent-ils pas sur une pente glissante, douteuse ?

« Cet argument de la pente glissante a souvent fait le jeu de la droite, rétorque Jean-Pierre Le Goff. ll faut aujourd'hui être capable d'aborder toutes les questions qui fâchent, de sortir de la logique des camps, des étiquettes. Il faut mener un débat argumenté, fondé sur la raison et non sur l'idéologie. » Orphée s'en remettra-t-il ? La séquence qui s'ouvre, jusqu'à l'élection présidentielle, nous dira en tout cas si la gauche a su retrouver son Eurydice...


Source Juliette Cerf (Télérama)

Billets-Petites leçons de népotisme


Petites leçons de népotisme
Entré il y a bien longtemps dans la politique pour assouvir ce besoin de résoudre les problèmes des autres même quand ils n’en avaient pas, vous y êtes resté suffisamment longtemps pour en connaître tous les rouages, tous les coups fourrés et les manigances sordides. Ayant sacrifié votre vie à votre carrière, vos rejetons, de solides bons-à-rien glandouilleurs, doivent maintenant être casés rapidement ou risquer de devenir d’encombrants fardeaux. Ferez-vous l’erreur d’un népotisme trop visible ?
Pour éviter ce piège, voilà quelques conseils que vous devrez suivre impérativement pour éviter l’écueil de ce favoritisme risqué qui pourrait vous coûter cher médiatiquement.


Leçon n° 1
Le premier conseil est d’évidence mais il fait partie de ces banalités qui doivent être rappelées régulièrement : pour placer votre progéniture aux sommets, attendez tout de même qu’elle ait fini ses études. Si la valeur n’attend certes pas le nombre des années, pour certains postes, il faut tout de même avoir un diplôme ou au moins pouvoir prétendre avoir accompli un cycle d’études complet. On se souviendra des déboires d’un certain Jean Sarkozy lorsqu’il fut subitement propulsé à la tête de l’EPAD (établissement public en charge de l’aménagement du quartier La Défense) alors que son diplôme de droit n’était pas encore tout à fait acquis et qui avait légèrement fait rire dans les journaux, au point de forcer le pouvoir en place à ne pas valider l’option prise et renvoyer le cher enfant à ses études.

Leçon n° 2
Le second conseil sera plus subtil : si népotisme il y a, ne l’accompagnez pas d’une juteuse subvention qui finira par se voir dans les comptes de l’institution publique que vous pilotez ! Bien sûr, placer un fils ou une fille quelque part nécessite parfois un petit encouragement financier envers cette institution qui subira accueillera votre descendance mais la somme doit rester modeste. Et non, 400.000 euros n’est pas une somme modeste, monsieur Huchon, même s’il s’agit de votre fils et de votre belle-fille, et qu’un musée du Chili se trouvera ragaillardi par cette arrivée pratique d’argent du contribuable français (et francilien, en l’occurrence). Quelques discrètes enveloppes, quelques milliers d’euros et une bonne bouteille, ça passe encore, mais plusieurs centaines de milliers d’euros, non. La démesure peut vous perdre, éloignez-vous en !


Leçon n° 3
Le troisième conseil vous imposera la discipline de népotiser avec jugeote : si vous devez pistonner votre enfant, assurez-vous qu’il ne soit pas trop ostensiblement mauvais ou trop en décalage avec le niveau requis. Par exemple, Amin Khiari, le fils de la vice-présidente socialiste du Sénat, a été viré du Pôle Léonard de Vinci parce qu’il manquait cruellement de compétences, mais touchait tout de même 165.000 euros par an. Le pompon, bien sûr, fut lorsque sa délicieuse maman tenta de récupérer pour lui … la présidence de l’EPAD, celle-là même qui avait vu exploser Jean Sarkozy en vol quelques années plus tôt !
En tout cas, retenez que vos lardons devront avoir un niveau minimum sauf à se faire repérer. Et n’essayez pas l’EPAD, c’est mort de chez mort, vérolé autant par l’UMP que par le PS.

Leçon n° 4
Le quatrième conseil vous concernera plus directement : si vous tentez le népotisme, c’est bien parce que vos enfants, aussi peu capables soient-ils, comptent un peu pour vous. Dans ce cas, épargnez-les des querelles internes de votre parti, qui pourraient rejaillir à mauvais escient lorsque vous aurez enfin réussi à placer vos rejetons. Ceci vous évitera les sueurs froides qu’on devine sur l’échine courbée par le labeur d’un Jean-Yves le Drian auquel sera revenu la lourde tâche de déminer les bisbilles intestines dans les différentes ailes du Parti Socialiste, bisbilles ressorties à la suite de l’embauche de son fils Thomas en qualité de chargé de mission auprès du président du directoire de la SNI, une boutique de gestion de parc HLM…


Leçon n° 5
Enfin et surtout, quoi qu’il arrive, partez du principe qu’à l’heure d’internet, qu’en cette période où tout finit par se savoir, se twitter, se partager sur Facebook, votre népotisme ressortira à un moment ou un autre. Dans ce cas, et même si c’est évident, niez toute tentative de favoritisme, niez farouchement comme jadis certains ministres le firent, « les yeux dans les yeux » s’il le faut. N’admettez rien, et mieux, contrattaquez vertement en traitant vos adversaires de fachos ou d’extrémistes sans foi ni loi. Et c’est ainsi que même lorsque l’évidence crève les yeux, même lorsque l’ambassade de France elle-même corrobore l’information, vous pourrez largement éparpiller la critique et faire oublier votre coup de piston royal sous les tombereaux d’accusations ridicules que vous userez contre ceux qui nuisent à vos intérêts.
Si vous respectez bien ces différents conseils, et si, de façon générale, vous jouez discrètement et profil bas, vos enfants jouirons eux aussi des deniers de la République, des effets de réseau et des petits arrangements et autres renvois d’ascenseur que la vie politique vous aura aménagés au cours du temps. Vous m’objecterez à raison que ces conseils ne garantissent pas, même respectés, que vos manœuvres resteront discrètes ; bien sûr, il faudra toujours s’arranger avec les journalistes, et ce sera d’autant plus vrai que tous ne peuvent pas être subventionnés, et que tous ne sont pas de votre bord politique.
Mais rassurez-vous : la France est un tel fromage qu’un petit trou de plus pour vos enfants y passera probablement inaperçu !


Source contrepoints.org

Billets-Oser prendre des risques


Oser prendre des risques 

Comment puis-je atteindre la confiance en moi si je veux toujours une main supérieure qui me soutient ?


La confiance en soi peut souvent être d’une grande aide pour atteindre le bien-être. Elle permet d’éprouver moins d’inquiétude, d’envisager davantage de solutions aux problèmes que nous rencontrons, puisque nous nous faisons alors confiance pour les expérimenter, et même de mieux réussir dans les tentatives que nous choisissons. Avec elle, nous passons moins de temps à nous en faire, et davantage à nous attaquer aux causes mêmes de nos soucis.

Ainsi, s’il est vrai qu’il ne s’agit pas tant de stress d’origine externe que de nos propres réactions internes, alors la confiance en soi est l’un de nos meilleurs outils anti-stress. Or le stress, et son hormone le cortisol, présents de façon chronique,  sont mauvais pour la santé, et donc à éviter.

Plus facile à dire qu’à faire car, si je manque de confiance en moi, alors, à l’inverse, je ressens davantage le stress et j’ai moins de capacité à régler facilement mes problèmes, ce qui alimente ma faible confiance en moi, générant ainsi un cercle vicieux, ou, comme le diraient les anglophones, de catch 22 (ou situation de double contrainte).

Difficile de prétendre pouvoir, en un court billet, donner la recette miracle pour acquérir de la confiance en soi. Toutefois, il semble qu’elle puisse être approchée par divers chemins, comme par exemple :

  • voir dans toute situation une opportunité d’apprendre, comme le propose Dr Carol Dweck

  • la niaque, addition de la passion et de la persévérance, comme le propose le Dr Angela Duckworth


  • appréhender le monde dans son abondance plutôt que dans sa rareté, comme le propose Raj Raghunathan.

Ce ne sont là bien entendu que quelques pistes n’ayant point vocation à être La Voie de La Solution.

Il semble aussi illusoire d’espérer atteindre la confiance en soi en faisant l’économie d’une question centrale : puis-je y parvenir entièrement si je souhaite toujours une main supérieure qui me soutient ?

LE VÉLO SANS LES PETITES ROULETTES LATÉRALES
Pour comprendre la question, prenons un exemple qui nous est à tous familiers,  l’apprentissage du vélo pour un petit enfant. D’abord, on commence avec des roulettes latérales qui nous empêchent de tomber. Plus on va vite, plus l’effet gyroscopique des grandes roues permet au vélo de se tenir droit, sans l’aide des roulettes qui, alors, parfois, ne touchent même plus le sol. Vient alors le grand moment.

Papa ou maman enlève les roulettes latérales et nous voici face à l’un de nos moments à la fois le plus angoissant et le plus excitant, la perspective de jouir de la vitesse et de la joie de la bicyclette sans ces roulettes qui la restreignent. Se lance-t-on d’abord seul ? Non, rendons-nous dans n’importe quel jardin public, et nous assisterons, avec le sourire aux lèvres, à cette belle scène si familière, les premiers tours de pédale d’un enfant sans les roulettes de sécurité. Plus souvent qu’à son tour, on remarque, sur l’épaule de cet enfant, une main forte et rassurante, celle du parent qui encourage cette tentative.

Pensons-y quelques secondes, le petit cycliste est alors face à un dilemme : soit il ne va pas trop vite et cette main peut rester sur son épaule, et il ne risque rien, soit il pédale pour de bon, et atteint la vitesse qui rend le vélo si marrant ; mais alors la main sur son épaule ne peut plus suivre, et il risque de tomber et de s’écorcher non seulement le genou et le coude mais, pire encore, son amour propre. Ce risque est même garanti : c’est à peu près sûr que, tôt ou tard, il va se ramasser. Et alors il se relèvera et recommencera. À la fin, il saura faire du vélo, et peu de sensations sont plus agréables que celle là.

Derrière cette scénette, nous avons vu le petit bond en avant qui se produit quand nous laissons la confiance en soi prendre les commandes.

Or, dans nos vies actuelles, nous acceptons, et en fait nous appelons souvent de nos voeux, d’avoir toujours une main supérieure sur notre épaule supposée nous empêcher de tomber : dans la maladie, le chômage, l’ignorance, la vieillesse, et fondamentalement, pour nous protéger de tout risque. Notre société a évolué jusqu’au point où, pour faire face à toute incertitude, nous n’enlevons plus jamais les petites roulettes latérales. Plutôt que de le faire, nous exigeons que le pouvoir, les autorités, c’est-à-dire une administration, des politiciens, nous soutiennent en toutes circonstances, contre tout risque.

C’est parfois dommage, car dans chaque domaine, si l’on comptait avant tout sur nous-mêmes, nous trouverions souvent de meilleures solutions, nous offrant davantage de plénitude.
Pourquoi envisager sa santé ponctuellement, via un médecin ou un médicament, alors qu’avec un bon gros effort de recherche personnelle, nous pouvons prévenir la plupart des maux ?

Pourquoi vivre dans la crainte de l’inactivité alors que, si nous apprenons chaque jour de nouveaux savoir-faire, et nouons de nouveaux contacts de qualité, nous pouvons franchement parvenir à avoir toujours quelque chose à faire ? Pourquoi dépendre d’un monopole centralisé, un rien inhumain, pour l’école de nos enfants, alors que nous pouvons la créer, ou explorer toutes les options de la scolarité hors contrat ; alors que les ressources dans ce domaine, sur le web, déjà riches, vont exploser sous peu ? Pourquoi souhaiter une retraite qui menace de fondre comme neige au soleil et une maison de repos, alors que les possibilités de partage, avec la famille, des amis, des inconnus partageant nos passions, et une activité plus longue, que l’on adore, ont la possibilité de rendre nos vieux jours bien plus excitants qu’on ne le pense ?

Nous pourrions continuer sans fin ce questionnement, mais c’est sans intérêt, car ce sont là en fait une infinité de questions entièrement personnelles, sur la façon dont chacun, comme bon lui semble, pourrait être le meilleur, tout en ayant une vie la plus satisfaisante possible.

À chaque instant de notre vie nous revivons ce dilemme des petites roues latérales : est-ce que je veux garder la main des autorités sur mon épaule, et ne pas atteindre la plénitude de ce que je suis en train de vivre, ou bien est-ce que je veux laisser s’épanouir mon assurance, même s’il doit m’en coûter des écorchures ?

Si je veux pleinement atteindre ma confiance en moi, alors dois-je laisser un État-providence être impliqué dans chaque aspect de ma vie ? La réponse s’impose d’elle même.

Source contrepoints.org
Par Charles Boyer.

Ancien président de l'association liberaux.org et membre de l'équipe Contrepoints, C. Boyer est aussi un coureur de fond fin diététicien, amateur de bonnes bières et de gros cubes (automobiles).

mercredi 19 août 2020

Recettes Japonaises-Cuisine Japonaise


Cuisine Japonaise

La cuisine japonaise, abstraite et singulière, n’en a pas moins fait le tour du monde s’imposant partout comme un modèle de raffinement et d’équilibre diététique. Toutefois, il ne faudrait pas la voir comme totalement minimaliste. Dans les repas fins, la petite dimension des plats est compensée par le grand nombre de services. Cette cuisine est faite de secrets, simples et évidents : d’abord, le respect des saveurs offertes par la nature – poissons et fruits de mer crus, cuissons courtes, arômes bruts, nourritures très peu transformées. Deuxième secret : le respect des saisons et de l’ordre naturel des choses, exprimé dans la présentation visuelle, aussi importante que le goût. Troisième secret : une exploitation minutieuse des produits de la mer, des algues aux coquillages en passant par toutes les espèces de poissons. Nécessité fait loi : le Japon est un archipel pourvu d’un immense littoral dentelé ; il vit avec le flux et le reflux de la mer, et aucun repas ne se conçoit sans saveur marine. Ensuite, le bouddhisme a laissé sa marque : poisson, riz, légumes et soja, jusqu’à une époque récente, ont toujours été préférés à la viande. Enfin, l’ingéniosité japonaise, en variant sur des thèmes de base et une gamme d’ingrédients limitée, a produit une cuisine qui se déguste dans une ambiance joyeuse, arrosée de saké, bière ou thé. Bien que née de la méditation et de la poésie, elle est en harmonie avec le sens de la fête.


Le Bouillon
Celui-ci est l’auxiliaire obligatoire du repas ; il peut aussi en former l’élément principal. A la base de consommé japonais, le dashi, infusion d’algues laminaire et de poisson séché, ou d’un simple bouillon de poulet, on ajoute les éléments solides qui composent le plat. Comme toute la cuisine nippone, le bouillon, qu’il soit limpide ou troublé d’un nuage de miso (pâte de soja), est une architecture.


Le Riz
Pâtes et riz forment la base de l’alimentation, mais le riz évoque un accent plus solennel, religieux. On offre le saké, vin de riz, aux dieux shintos en remerciement de l’abondance qu’ils prodiguent, et le riz blanc est synonyme de pureté. Légumes et algues l’accompagnent, à l’état frais ou sous forme de condiments vinaigrés et légèrement sucrés qui jouent un grand rôle dans l’alimentation quotidienne.


Les pâtes
Les nouilles, dans l’alimentation japonaise, n’occupent pas une place inférieure à celle du riz. La quantité de ramen, de somen et d’udon consommée au déjeuner par les travailleurs nippons, dans des restaurants spécialisés ou dans de simples gargotes, est phénoménale. Vite préparées, vite avalées, nouilles de blé, blanches ou aux œufs, avec ou sans bouillon, elles symbolisent la cuisine populaire.


Le Poisson
L’archipel nippon a toujours vécu au rythme du flux et du reflux de la mer. Le Japonais fait corps avec son littoral. Nul autre peuple ne tire si bien parti des richesses marines, des algues aux poissons en passant par les coquillages. Cru ou cuit ? On dit au Japon que si un poisson peut se consommer cuit, il peut se consommer cru, mais la réalité est plus complexe, et cette cuisine marine réserve à chaque espèce sa préparation idéale.


La Viande
Dans le Japon ancestral, on consommait peu de viande ; poulet, porc et canard sont des mets plus répandus, mais certaines recettes de bœuf, cuites à table autour d’une marmite collective, ont fait le tour du monde ; par exemple le savoureux sukiyaki préparé avec de fines tranches du célèbre bœuf de Kobé (que l’on masse et que l’on nourrit de bière pendant sa bienheureuse et brève existence), ou le shabu-shabu, chaleureuse potée hivernale.


Le Dessert
Le Japon n’est pas un pays de desserts, ce qui ne signifie nullement que ce n’est pas un pays de douceurs. D’adorables gâteaux façonnés en forme de fruits, de fleurs ou d’autres éléments naturels accompagnent le service du thé. Les ingrédients de base sont un peu inattendus pour nos goûts occidentaux : haricots rouges azuki sucrés, pâtes d’algues ou riz gluant, thé vert ou patate douce.

Recettes Japonaises-Sablés aux flocons d’avoine


Sablés aux flocons d’avoine

Préparation : 15 mn
Cuisson : 15 mn
Pour 8 personnes
2 poignées de flocons d’avoine
250 g de farine à pain de campagne
150 g de sucre
2 œufs
6 cuillerées à soupe d’huile (ou d’arachide plus neutre)
3 cuillerées à soupe d’eau de fleur d’oranger
1. Préchauffez le four à 175°C (th. 6).
2. Dans une jatte, battez les œufs et le sucre, puis ajoutez l’huile. Graissez une plaque en étalant l’huile avec du papier absorbant.
3. Fouettez le mélange œufs-huile. Ajoutez la farine, les flocons d’avoine et l’eau de fleur d’oranger. Remuez avec une cuillère en bois afin de bien amalgamer les éléments. Rajoutez un peu d’eau de fleur d’oranger si besoin.
4. Prélevez de petites boules de pâte, posez-les sur la plaque en les espaçant.
5. Glissez la plaque au four et faites cuire de 8 à 10 minutes selon la grosseur des biscuits. Décollez-les au sortir du four et attendez qu’ils aient totalement refroidi avant de les déguster. Ces biscuits se conservent très bien quelque temps.

En Equateur et à Okinawa, les céréales sont largement consommées. Elles sont sources de protéines végétales, de bons acides gras et de glucides lents (encore appelés index glycémique bas). Les flocons d’avoine sont peu raffinés, et donc riches en vitamines B et E.

L'avoine a été consommée par l'homme depuis des milliers d'années. L'intérêt pour l'avoine comme aliment bénéfique pour la santé s'est accru depuis les années 1990. En effet, de nombreuses études ont démontré qu'une fibre particulière de l'avoine - le bêta-glucane - a des propriétés régulatrices sur la glycémie et également sur le taux de cholestérol sanguin. De plus les protéines de l'avoine, riches en tryptophane, participent à la production de sérotonine et mélatonine chez l'humain. Les lipides possèdent un taux important de galactolipides, qui pourraient avoir un effet bénéfique sur notre système nerveux. Enfin, l'avoine contient de nombreux antioxydants comme les avénanthramides, les tocophérols et les tocotriénols.

Recettes Japonaises-Dashi bouillon nature


Dashi bouillon nature

Préparation : 10 mn
Cuisson : 30 mn
Trempage : 30 mn
Pour 4 personnes
3 morceaux de laminaire « Konbu »
5 g de bonite séchée « katsuobushi »
1. Placez les morceaux de laminaire dans un grand récipient rempli d’eau froide et laissez-les se réhydrater 15 minutes environ. Egouttez-les puis essuyez-les délicatement avec un linge propre. Placez-les ensuite dans une casserole et couvrez de 1 litre d’eau froide. Faites chauffer lentement et laissez frémir 30 minutes.
2. Avec une écumoire, éliminez le « konbu ». Dans le liquide frémissant, ajoutez les miettes de bonite en mélangeant avec une cuillère métalique. Laissez reposer 10 minutes environ : les miettes de bonite vont progressivement de déposer au fond du récipient et libérer toute leur saveur. Ne faites surtout pas bouillir le bouillon, qui perdrait ainsi toute sa délicatesse.
3. Filtrez le bouillon louche après louche à travers une passoire très fine ou un morceau de tissu bien propre. Servir bien chaud, ce bouillon accompagne de nombreux plats viande et de poisson.

La cuisine traditionnelle d'Okinawa utilise beaucoup le konbu depuis la période Edo, c'est la préfecture du Japon qui en consomme le plus par habitant. Au XXe siècle, une méthode de culture du konbu fut découverte et le konbu devint alors moins cher et son utilisation encore plus fréquente.
Le konbu est utilisé dans la cuisine japonaise comme l'un des trois ingrédients du dashi. Le konbu est généralement vendu séché entier ou coupé en lamelles, il est alors appelé Oboro konbu. Il peut aussi être consommé frais en sashimi.
Il est aussi important dans la cuisine chinoise et la cuisine coréenne.

Recettes Japonaises-Gratin de myrtilles


Gratin de myrtilles

Préparation : 15 mn
Cuisson : 25 mn
Pour 4 personnes
300 g de myrtilles
150 g de farine à pain de campagne
75 g de beurre tempéré
50 g de sucre roux
1. Préchauffez le four à 175°C (th. 6).
2. Rincez rapidement les myrtilles et mettez-les dans un plat à clafoutis.
3. Mettez la farine dans un saladier, ajoutez le beurre en copeaux et le sucre. Frottez les ingrédients entre vos mains pour réaliser une pâte un peu « granuleuse ». Versez la pâte sur les fruits.
4. Glissez au four et faites cuire 25 minutes, le temps que le dessus du gratin soit doré. Attendez qu’il tiédisse pour le déguster.

Des chercheurs japonais ont prouvé que les anthocyanines qui donnent la couleur violette aux fruits et légumes sont plus antioxydantes que les autres pigments. Joseph James, qui travaille au Centre de recherche sur la nutrition humaine de Boston, a publié en 2003 The Color Code, dans lequel il insiste sur l’importance qu’ont les myrtilles sur la mémoire. De plus les anthocyanines, contrairement aux caroténoïdes qui colorent en rouge et en orange les fruits et les légumes, n’ont pas besoin de matière grasse pour être absorbées.
C'est une des baies les plus légères en sucres et en calories, sa richesse en fibres et en antioxydant lui confère des vertus coupe-faim, et elle est très diurétique.

Riche en vitamines hydrosolubles, acides citrique et malique, alcaloïdes indoliques, anthocyanosides (glucosides du delphininol, du cyanidol, du malvidol et du pétunidol), bases quinolizidiniques et tanins, elle possède des propriétés antiseptiques, antidiarrhéiques, antihémorragiques et antihéméralopiques.

C'est un des fruits les plus riches en antioxydants, avec la framboise et le cassis.

La preuve scientifique de l'action des myrtilles sur les pathologies oculaires remonte aux années 1980. Les pouvoirs antioxydants de la myrtille sont à l'origine des effets protecteurs et bénéfiques sur la cataracte.