mardi 9 juillet 2013

Billets- Entretien avec Fréderic Lordon-Emmanuel Todd

Entretien avec Fréderic Lordon-Emmanuel Todd



Les intellectuels vont devoir parler au peuple
Face au naufrage de l'Union européenne, Emmanuel Todd et Frédéric Lordon, deux grands adversaires de l'euro débattent d'une possible sortie de crise et en appellent à la souveraineté populaire contre le pouvoir des banques.
  • Marianne : Pourquoi prendre la parole ensemble ?
Emmanuel Todd : En France est en train de naître une foisonnante pensée économique contestataire, ainsi que le remarquait Perry Anderson il y a deux semaines dans les pages de Marianne. Mais, évidemment, les chercheurs qui ont résisté au conformisme de la pensée zéro sont de fortes têtes, de vrais individualistes. Cent penseurs originaux divisés n'auront jamais la force de frappe politique de 100 inspecteurs des finances récitant sans relâche des recettes apprises sans être comprises il y a trente ans.

L'urgence, pour la contestation, est donc une unification minimale, un débat entre dissidents qui aboutisse à un programme commun de sortie de l'impasse. Et puis les citoyens doivent savoir que Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Paul Jorion, Pierre-Noël Giraud, Gaël Giraud, Christophe Ramaux, et Frédéric Lordon, pour n'en citer que quelques-uns, sont des types compétents et raisonnables, pas seulement des rebelles, et que réciproquement Moscovici, Sapin et tant d'autres énarques sont des incompétents déraisonnables. Avec Lordon, nous ne sommes pas particulièrement proches idéologiquement, mais nous donnons l'exemple.

Frédéric Lordon : L'erreur de la mondialisation et de l'Europe libérales est maintenant écrasante. Commençons par l'euro. Peut-on sauver cette monnaie ? L'euro n'est pas une réponse monétaire à une question économique, mais une réponse à un problème politique : le mur de Berlin vient de tomber, il faut réancrer l'Allemagne dans l'Europe pour l'empêcher de dériver à l'Est. Pour faire faire un progrès à l'intégration, après le grand marché, la suite logique, c'est la monnaie unique.

L'Allemagne est décisive à tous les titres dans cette affaire : elle est la cause de la manœuvre d'ensemble... et elle en impose la forme ! Car il faut lui faire lâcher son deutsche Mark chéri. La contrepartie de ce sacrifice est un coup de force inouï : l'Allemagne impose à toute la zone euro son propre modèle de politique économique, tel quel. D'où la banque centrale indépendante, l'orthodoxie budgétaire, l'obsession de l'inflation, et plus généralement un modèle inédit de soumission des politiques économiques nationales à des règles constitutionnelles... renforcées par la surveillance constante des marchés financiers !

La chose très étonnante dans la construction européenne, c'est cette attraction pour le pire : car le modèle européen des politiques économiques mises «en pilotage automatique» par les règles allie la perte de toute possibilité de réaction discrétionnaire à des événements exceptionnels (comme la crise financière) et la disparition de toute souveraineté politique.

Au contraire des allégations grotesques de «l'euro, bouclier contre la mondialisation», je pense qu'il faut dire que l'euro est la réalisation régionale de la mondialisation libérale. L'euro n'est pas réformable pour une raison qui prend presque la forme d'un syllogisme : l'euro actuel consacre l'empire des marchés financiers sur les politiques économiques et leur primat sur les souverainetés politiques ; un projet de transformation significative de l'euro n'a donc pas d'autre sens que de briser cette emprise et de remettre les marchés à leur place ; par conséquent, comment peut-on imaginer une seule seconde que ces derniers laisseront faire une chose pareille ! Une tempête spéculative se déchaînerait aussitôt qu'un tel projet prendrait quelque consistance politique.

Or, on ne refait pas une architecture institutionnelle de l'euro en un week-end de fermeture des marchés. Il s'en suivra donc nécessairement un retour aux monnaies nationales. Que faire à partir de là ? On peut très bien en rester aux monnaies nationales qui constituent des formes économiques parfaitement viables, au surplus respectueuses du principe de souveraineté populaire. On peut aussi, et c'est ma position, ne pas renoncer à reconstruire quelque chose d'autre. Une monnaie commune par exemple - ce qui est très différent d'une monnaie unique. Avec un petit groupe de pays, dont l'Allemagne ne ferait pas partie, en tout cas initialement, car elle n'est pas prête à renoncer à son exceptionnalité monétaire.

Emmanuel Todd : Je sens, moi, dans l'euro, un accident historique, un ajout suicidaire original à la folie financière mondiale. Nous sommes dans un moment historique tout à fait particulier. Le libre-échange permet dans un premier temps des taux de profit élevés, mais il crée une pression sur les salaires qui comprime la demande et conduit le monde à une longue oscillation entre stagnation et dépression.

Les gouvernements, pour contrer la dépression, n'ont pas officiellement renoncé au dogme de la suprématie du marché, mais ils ont, en pratique, sans le dire, renoncé au libéralisme. Ils tentent de fabriquer de la demande en distribuant, par la création monétaire, de l' argent frais aux banques, phénomène qui exprime en fait la toute-puissance de l'Etat - un Etat dominé par les riches, par la droite, par lui-même, on peut en discuter, mais certainement pas par idéal libéral, même si les banques peuvent simuler une activité de marché en faisant joujou avec les signes monétaires distribués par les Etats.

Cette mutation du capitalisme en un système de distribution d'argent frais par l'Etat a pris l'Europe par surprise. L'euro avait été conçu comme une monnaie à l' ancienne, avec un objectif banal et d'ailleurs insuffisant de stabilité monétaire. Mais l'euro a de fait placé le pouvoir de création monétaire - devenu aux Etats-Unis, en Angleterre et au Japon l'instrument ultime de lutte contre la dépression - hors de portée des Etats européens, ou plutôt sous le contrôle du plus puissant d'entre eux, l'Allemagne. Actuellement, l'Allemagne admet en partie le jeu de la création monétaire par Mario Draghi [président de la Banque centrale européenne], mais elle en fait l'instrument d'un chantage permanent sur ses partenaires plus faibles, exigeant austérité, privatisations, imposant en fait un rituel sadomaso aux Etats faibles s'ils veulent pouvoir emprunter aux banques - qui ont elles-mêmes reçu de l’argent de la Banque centrale européenne !

La banque centrale est un organe d'Etat, contrôlé par l'Allemagne, et d'ailleurs situé sur son territoire. Nous ne sommes pas ici simplement dans la dérégulation financière, nous sommes dans une utilisation politique autoritaire et néocolonialiste de la dérégulation financière : un système violent, destructeur de la démocratie, mais loufoque et né accidentellement, pas un système cohérent comme le suggère Lordon. Le vrai drame, pour moi, est que cet accident historique réenclenche une dérive autoritaire de l'Allemagne, et la haine de l'Allemagne qui ne peut manquer d'en résulter. Dans le sud de l'Europe, nous en sommes déjà là.

  • Il ne nous reste donc plus qu'à sortir de l'euro, alors ?
Frédéric Lordon : A la différence de l'euro actuel, une monnaie commune laisserait exister des dénominations nationales, mais dont la convertibilité entre elles ou avec l'extérieur ne s'effectuerait que par le truchement d'une (nouvelle !) BCE. Plus de marché des changes intraeuropéens donc plus de crises spéculatives façon SME des années 80 ; effet d'amortissement des fluctuations de change externes par la monnaie commune ; possibilité de réviser les parités intraeuropéennes dans le calme, c'est-à-dire par des processus de négociation politique : la monnaie commune combinerait en quelque sorte le meilleur des deux mondes.

Emmanuel Todd : Sur la sortie nécessaire de l'euro, je ne peux qu'approuver Frédéric. Et, sur le plan technique, il a évidemment raison, la monnaie commune serait le bon concept. Mais je crois que, politiquement, il est trop tard. L'Europe a une image catastrophique, elle est perçue comme une machine à ne pas gouverner. Ce dont la France et les autres pays ont besoin, c'est de se recentrer - comme l’a fait Allemagne depuis sa réunification - sur l'idée de nation pendant un bout de temps. Nous, Français, avons besoin de nous retrouver entre nous, avec nos bonnes vieilles luttes des classes, avec notre fantastique diversité culturelle, avec notre Etat, et notre monnaie. Nous devons tirer de nos traditions et de notre histoire ce qu'il faut pour nous en sortir.

Frédéric Lordon : J'ai peur que vous n'ayez raison : c'est peu dire que, revenus aux monnaies nationales, l'énergie politique manquerait pour repartir vers une nouvelle construction monétaire collective. Mais, personnellement, je ne veux pas abandonner l'idée de penser quelque chose qui dépasse le périmètre des nations présentes, même si c'est pour des horizons temporels éloignés. Je pense qu'il y a de nombreux bons arguments de puissance qui justifient qu'on n'abandonne pas cette idée. Le premier est géopolitique bien sûr, mais il y en a d'autres qui tiennent aux bénéfices culturels des brassages de populations, surtout quand elles ont déjà autant en commun.

Une chose est sûre en tout cas : c'est un problème qui ne s'aborde qu'à partir de la pierre angulaire de la souveraineté populaire, seule manière qu'une communauté politique digne de ce nom se construise au-delà des frontières nationales présentes. Ce qui, en passant, signifie bien plus que les institutions formelles du suffrage. On pourrait dire qu'il y a des conditions passionnelles de possibilité d'une démocratie supranationale : en particulier l'existence d'un affectio societatis européen qui l'emporte sur les sentiments d'appartenance nationaux, et qui rende acceptable pour tous une «loi de la majorité» européenne. Si une majorité européenne venait à décider, par exemple, la reprise en main de la BCE et l’autorisation de monétiser les dettes publiques, les Allemands s'y plieraient-ils ? Pour l'heure, poser la question, c'est y répondre...

De même, on peut penser que les Français n'accepteraient pas une loi européenne de privatisation intégrale de la Sécu, reposerait-elle sur une majorité formelle. Tant que ces conditions affectives d'une possible «loi de la majorité» européenne ne sont pas remplies, il est évident que nos ambitions doivent être plus modestes.

Emmanuel Todd : Je le dirais en anthropologue. Les nations européennes sont très différentes, et elles sont même en train de diverger. L'Europe latine n'existe d'ailleurs pas plus que l'Europe globale. La famille italienne, ou espagnole, produit aussi peu d'enfants que la famille allemande, au contraire de ce qui se passe en France où la fécondité est raisonnable.

  • Qui serait capable de remobiliser autour d'un tel programme collectif ?
Frédéric Lordon : Evidemment pas la droite, dont les résidus de pensée de la souveraineté ont été écrasés par sa vocation à servir les puissants du capital mondialisé. Evidemment pas la chose que, par un abus de langage caractérisé, on appelle la «gauche», je veux dire le Parti «socialiste»... dont le néolibéralisme est plus forcené encore. Il faudra bien se résoudre un jour à constater qu'il n'y a plus aucun titre auquel apparenter le PS à la gauche. La formidable continuité de la politique économique après Sarkozy en témoigne assez. Europe, TSCG, non-réforme bancaire, rapport Gallois : dans le meilleur des cas, c'est pareil, et le plus souvent, c'est pis.

Je plaide pour une conversion du regard et une rectification des mots qui priveraient enfin le PS de ses prétentions fallacieuses à se dire de gauche, et à le voir comme ce qu'il est : la fraction modérée de la droite. Plus exactement, je dirais que le PS, c'est la droite complexée. Des fausses alternances entre droite décomplexée et droite complexée, c'est le FN, bien sûr, qui tire tous les profits. Sauf si une vraie gauche parvenait à se faire entendre.

Emmanuel Todd : Je partage ces points de vue. En ajoutant cependant que je ne perçois pas le Parti de gauche comme tellement plus à gauche que le PS. Mélenchon n'a pas de programme économique, il amuse les journalistes et ne convainc pas les électeurs. La priorité pour la gauche française, c'est de construire un discours fort sur la nation, de réinventer une vision de gauche de la nation qui balaye la nation ratatinée du FN.

Nous devons comprendre ce que l'Europe est devenue pour les politiques et pourquoi ils n'osent pas sortir de l'euro. L'Europe leur permet de fuir leurs responsabilités, de ne pas gouverner. Un exemple : les hommes politiques français n'ont aucune envie de gérer les crises de change qui vont avec la liberté monétaire. Dévaluer de temps en temps, pourtant dans l'intérêt de la nation, était vécu à chaque fois comme une défaite. Ruse de l'histoire : la crise de change a été remplacée par les crises de l'euro, aboutissant à des bouffonneries comme le contrôle des changes et le pillage de l'épargne à Chypre. L'Europe est devenue une machine à déresponsabiliser les politiques. La liberté de la nation les obligerait à gouverner, à travailler : comprendre la monnaie, définir une politique industrielle, des protections tarifaires...

Il revient aux intellectuels de construire un projet politique, indépendamment des politiques, je dirais même contre les politiques. Nous ne devons plus les conseiller, nous devons les juger. Nous devons surtout proposer à la nation, en nous concertant entre nous, un nouveau paradigme historique et économique. Les intellectuels vont devoir parler au peuple directement.

Frédéric Lordon : A part nos questions de fond, c'est probablement là où j'ai un point de différence avec Emmanuel Todd. J'ai toujours eu de grandes réserves vis-à-vis de l'idée du pouvoir des intellectuels. Je crois d'abord qu'ils en ont infiniment moins qu'ils imaginent. C'est une illusion propre aux intellectuels d'imaginer que les idées, ou plutôt leurs idées, vont changer la face du monde. Ca n'est évidemment pas que les idées ne jouent aucun rôle dans l'histoire ! Mais, comme disait Marx, la théorie ne devient une arme que si elle s'empare des masses.

Formulation que je modifierais d'ailleurs pour dire "... que si les masses s'en emparent". Pour en faire ce qu'elles veulent ! Je ne crois pas que les intellectuels puissent revendiquer un magistère politique, et je me méfie des révolutions sous la conduite des intellectuels -- en vérité il n'y en a pas, et c'est tant mieux. C'est le peuple, ou comme dit Spinoza, la multitude, qui est le sujet de l'histoire, et qui se moque bien de recevoir ses directives des intellectuels. Que les intellectuels cependant prennent la parole et contribuent, à leur place propre, au grand travail que fait sur soi la communauté politique, ça me paraît la moindre des choses.

  • Ne craignez vous pas que ces projets de sortie de l'euro ne vous conduisent à être taxés de "repli national" ?
Frédéric Lordon : Avez-vous lu l'Etat commercial fermé, de Fichte ? Au début du XVIIIe siècle, ce philosophe invite les Allemands à être autosuffisants économiquement : on ferme tout. Evidemment, la chose ne serait plus ni possible ni souhaitable maintenant. Mais l'intérêt de le lire, c'est de voir que sa position strictement autarcique en économie ne s'accompagne pas moins du désir de la plus grande ouverture internationale sous tous les autres rapports : circulation des intellectuels, des artistes, des étudiants, des voyageurs de toutes sortes.

Pour tout ça, oui, libre circulation maximale ! C'est une lecture qui, en creux, en dit long sur l'état présent de colonisation de nos esprits par l'économicisme. Autant les internationalistes que les européistes n'envisagent plus «les échanges» qu'à travers la circulation des conteneurs et des capitaux, et ils sont incapables de penser un régime d'échanges internationaux qui se déploie dans un autre plan. Si on arrête un conteneur aux frontières ou qu'on met un contrôle des capitaux, c'est donc l' abomination obsidionale. Voilà leur unique critère pour juger de l'internationalisme.

Emmanuel Todd : Le véritable internationalisme aujourd'hui, ce serait d'accepter l'existence de toutes les nations et d'assurer leur égalité dans un système européen et mondial équilibré. Mais l'Europe a changé de nature. C'était un beau projet : des nations libres et égales acceptant le lepadership franco-allemand. La concurrence généralisée du libre-échange en a fait le champ d'un affrontement silencieux mais féroce entre nations. L'euro a fait muter le continent en un système de domination hiérarchique, avec ses inférieurs grecs, portugais, espagnols ou italiens, et un hegemon allemand.

Face à cette mutation, la France, sans en être consciente, se déshonore. Les européistes au pouvoir dénoncent la germanophobie de ceux qui décrivent la réalité. Ils se présentent comme de bons universalistes en défendant la fiction du couple franco-allemand. La vérité est que, sans la complaisance de la France, dans sa posture de brillant second qui cherche à passer à travers les gouttes, l'Allemagne ne pourrait pas imposer aux pays faibles du Sud des politiques de destruction de l'Etat social et de la démocratie. Le Parti socialiste au pouvoir devrait avoir honte.
Source marianne.net (Propos recueillis par Bertrand Rothé)

lundi 8 juillet 2013

Billets-Indignation latine contre l'Europe


Indignation latine contre l'Europe

Humiliation, délit, manque de respect. La presse sud-américaine se montre solidaire du président de la Bolivie, interdit le 2 juillet de survoler l'espace aérien de quatre pays européens. Les journaux affirment que l'incident ouvre une crise diplomatique entre les deux rives de l'Atlantique.

La plupart des présidents d'Amérique latine ont réagi de la même manière au blocage de l'avion d'Evo Morales : ils se sont montrés solidaires avec leur homologue bolivien et ont critiqué l'attitude des quatre pays européens concernés. C'est également le cas de la plupart des journaux latinos qui montrent leur colère et leur indignation dans les éditos et les analyses.

Pour le journal bolivien Página Siete, ce qui s'est passé le 2 juillet est "grave" et "humiliant". Le fait que quatre pays européens cèdent aux pressions de Washington met en évidence "le pouvoir incommensurable des Etats-Unis, ainsi que le manque de dignité de certains gouvernements européens". D'après le quotidien, cet incident va améliorer l'image d'Evo Morales, dont le "gouvernement est très habile dans la gestion politique de ce genre de crise".

La Prensa, quant à elle, assure ne pouvoir qualifier cet acte que comme "sauvage et barbare" et maintient qu'il s'agit d'"un attentat inacceptable pour l'ensemble du peuple bolivien".

"Attention, les masques tombent et les dents s'aiguisent", titre le journal équatorien El Telégrafo dans l'une de ses colonnes d'analyse. "Avec des pistolets à la main, comme des gangsters, ils [ces pays européens] prétendent humilier les peuples qui ouvrent les portes à la redistribution en démocratie", écrit le quotidien.

"C'est l'heure de la dignité continentale", souligne de son côté le journal uruguayen La República. "On aurait dit un film de science-fiction. Mais non, c'est la réalité. C'est une attaque contre un pays frère mais aussi contre toute l'Amérique, celle du sud du Río Bravo del Norté [ou Rio Grande, qui sépare les Etats-Unis et le Mexique]. C'est un acte criminel qui doit être condamné par tous les gouvernements latinos et ceux des Caraïbes."

Le journal péruvien La República qualifie cet épisode de "gaffe diplomatique. Le président de la Bolivie doit recevoir des excuses, avant que cet incident ne se transforme en manifestation latino-américaine. Il est d'ailleurs peut-être déjà trop tard ?"

Enfin, en Argentine, La Nación revient sur l'attitude de l'Union européenne, qui est passée de la colère – face aux révélations d'espionnage des Etats-Unis – au ridicule. "La lamentable odyssée vécue par le président de la Bolivie oblige à se demander si l'indignation des dirigeants européens quelques jours auparavant n'était pas juste une manipulation diplomatique pour calmer l'opinion publique et si les gouvernements n'étaient pas soumis au diktat de Washington." De son côté, Página 12 titre : "Cinq siècles semblables", en référence aux déclarations de Cristina Kirchner qui a affirmé, à propos de l'incident, que la "Vieille Europe conserve encore des vestiges d'un colonialisme qui humilie le continent sud-américain".
  • Les chefs d'Etat sud-américains solidaires de la Bolivie
Le quotidien bolivien Página Siete rapporte les réactions de plusieurs chefs d'Etat de la région. Pour la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, c'est toute l'Amérique latine qui est affectée et pas seulement la Bolivie, et cela met en danger le dialogue entre les deux continents. Son homologue argentine Cristina Kirchner a choisi Twitter, comme elle en a l'habitude, pour s'exprimer : "Définitivement, ils sont tous fous. Un chef d'Etat et son avion ont une immunité totale." L'Equatorien Rafael Correa a aussi choisi ce réseau social : "Ce qui est contre la Bolivie est contre tous." Le Péruvien Ollanta Humala a assuré que l'Amérique latine attendait une explication de la part de l'Europe. Enfin, le gouvernement vénézuélien a parlé d'une "agression grossière et brutale". 

 Dessin de Martirena, Cuba.

Source Courrier International

dimanche 7 juillet 2013

Recettes Légumes-Asperges aux morilles


Asperges aux morilles

Préparation : 15 mn
Cuisson : 1 h 35 mn
Pour 4 personnes
400 g de morilles fraîches
2 bottes d’asperges vertes
2 petites oranges non traitées
1 échalote
25 cl de crème liquide
10 cl de bouillon de volaille
1 cuillerée à soupe d’huile d’olive
Sel
Poivre
1. Préchauffez le four à 90 °C (th. 3).
2. Rincez les oranges, essuyez-les. Prélevez les zestes avec un économe. Faites-les sécher 1 h 15 dans le four sur une plaque recouverte de papier de cuisson. Après refroidissement, mixez-les pour les réduire en poudre.
3. Coupez le pied des morilles. Rincez les chapeaux à grande eau, égouttez-les. Pelez les asperges. Coupez les pointes à 10 cm (gardez les tiges pour une soupe). Hachez l’échalote.
4. Chauffez l’huile dans une sauteuse. Faites-y fondre l’échalote 2 à 3 minutes à feu doux. Ajoutez les morilles et les asperges. Mélangez 2 minutes, puis versez le bouillon. Salez, poivrez. Laissez cuire 10 minutes à feu doux. Ajoutez la crème. Poursuivez la cuisson 5 minutes. Hors du feu, mélangez-y quatre bonnes pincées de poudre d’orange.
5. Servez chaud.


Billets-Le Tour de France


Le Tour de France est l’emblème du dopage

Courrier international – Quelle place occupe le Tour de France en Italie, où existe aussi un grand tour, le Giro ?
Alberto Toscano – Le vélo est un sport extrêmement populaire en Italie et le Tour est une épreuve très regardée. Il a un rôle particulier dans l’histoire du cyclisme national. Beaucoup d’Italiens y ont brillé, d’Ottavio Butecchia, qui l’a remporté en 1924 et 1925, à Marco Pantani en 1998, en passant par Fausto Coppi et Gino Bartali. La chaîne de télévision Rai 3 le diffuse tous les après-midi.

Courrier international – L’image du Tour a-t-elle été ternie par toutes les affaires de dopage ?
Alberto Toscano – L’image du cyclisme a été ternie dans son ensemble, mais celle du Tour de France tout particulièrement. Le Tour est le symbole du dopage : c’est la course qui suscite toutes les convoitises et, partant, qui encourage toutes les prises de risques. Il est un laboratoire où s’invente tout ce qu’il y a de plus sophistiqué pour se doper – et pour contrôler les coureurs.

Courrier international – En France, l’engouement a-t-il diminué avec les scandales ?
Alberto Toscano – Je ne crois pas. L’engouement des Français est toujours aussi fort, notamment parce que les médias se mettent en quatre pour le nourrir. Cet empressement limite la discussion indispensable sur le dopage, sur la nécessité pour ce sport de se réinventer pour revenir à ses valeurs premières. La lutte contre le dopage doit acquérir une dimension populaire qui fait encore défaut.

Courrier international – Au-delà de sa dimension sportive, le Tour est-il apprécié chez vous en tant que vitrine des paysages de France ?
Alberto Toscano – Absolument. J’ai remarqué que le Tour de France faisait suite au Giro et qu’il y avait une continuité entre les paysages d’Italie et ceux de France, liée à l’homogénéité de nos territoires. Le petit village, le clocher, la façon de cultiver la terre, les liens du terroir avec la gastronomie, tout cela est présent dans nos deux pays et donné à voir à d’autres peuples, comme en Chine, où le Tour d’Italie est désormais diffusé.


 Dessin de Dilem paru dans Liberté, Alger
Source Courrier International


Billets-Au Royaume-Uni, on fait des bébés à trois parents


Au Royaume-Uni, on fait des bébés à trois parents

Pour prévenir l’apparition de certaines maladies génétiques, le gouvernement britannique soutient le recours à une technique médicale controversée : le transfert mitochondrial, annonce le quotidien The Guardian. Les mitochondries sont les petites usines qui fournissent l’énergie de la cellule. Le transfert mitochondrial est une forme de fécondation in vitro (FIV) consistant à injecter du cytoplasme – le contenu d’une cellule sans son noyau d’ADN – de l’ovule d’une donneuse saine dans l’ovule de la future maman, ovule dont les mitochondries seraient déficientes.

Cette affection héréditaire, qui touche 1 personne sur 6 500, peut entraîner de graves maladies chez l’enfant : diabète, surdité, Parkinson… En transférant le cytoplasme d’une donneuse, on transfère aussi des mitochondries saines. L’ovule est ensuite fécondé. Comme les mitochondries contiennent de l’ADN (différent de celui du noyau qui définit quasiment toutes nos caractéristiques), le bébé à naître présentera de l’ADN de trois personnes : celui de ses parents et celui de la donneuse.

Le sujet devrait être débattu au Parlement britannique l’an prochain et, si le feu vert est donné, les médecins pourront pratiquer cette technique avant fin 2014. Selon les opposants au transfert mitochondrial, cette procédure médicale enfreint des limites éthiques : il s’agit de modifier génétiquement (même s’il ne s’agit que de l’ADN mitochondrial) un embryon, modifications qui seront transmissibles aux générations ultérieures.

Dessin de Kopelnitsky, Etats-Unis.
Source Courrier International

samedi 6 juillet 2013

Billets-Pistés par des capteurs


Pistés par des capteurs

A l’heure où le Big Data [la gestion des masses de données] devient monnaie courante dans les entreprises, certaines collectent des informations en temps réel sur la manière dont leur personnel travaille et interagit.

L’année dernière, Cubist Pharmaceuticals a ainsi pisté 30 employés du service vente et marketing dans ses bureaux de Lexington (Massachusetts). L’objectif était d’en savoir plus sur les échanges entre les membres d’une équipe et entre les services. Pendant quatre semaines, les salariés ont porté un appareil de la taille d’un iPhone fourni par la société Sociometric Solutions. Ce boîtier a collecté des informations sur leurs déplacements, le volume de leur voix et le type de leurs conversations, qui ont ensuite été combinées à des données concernant les flux de courriels ainsi qu’aux résultats de questionnaires hebdomadaires via lesquels les employés devaient évaluer leur énergie et leur productivité.

Cubist a alors observé un lien entre l’existence d’échanges en face-à-face et une forte productivité. Il a également noté une baisse significative de l’activité sociale pendant la pause-déjeuner, que de nombreuses personnes ont consacrée à la consultation de leur messagerie. L’entreprise a réagi en rendant sa cafétéria plus attrayante : l’éclairage et les menus ont été améliorés afin d’inciter les gens à déjeuner ensemble. Une pause-café a été instaurée à 15 heures pour redonner du tonus et favoriser les contacts.

Dans ce type d’étude, les participants reçoivent normalement un rapport de synthèse et peuvent avoir accès aux informations qui les concernent. Certains cadres veulent consulter des données individuelles, reconnaît Ben Waber, directeur général de Sociometric Solutions, mais le client doit signer un contrat qui le lui interdit. Dans la cinquantaine de moyennes et grandes entreprises qui ont déjà fait appel à ses services, 90 % des collaborateurs ont accepté de participer et de porter le capteur pendant toute la journée de travail (sauf dans les toilettes). Les autres pouvaient choisir d’arborer un badge inactif.

“Il n’est pas illégal de pister ses propres employés dans ses propres locaux”, commente Lewis Maltby, président du National Workrights Institute, qui défend les droits des salariés. Le problème, c’est que les entreprises vont probablement réclamer des données nominatives. “Là encore, ce n’est pas illégal. Mais voulez-vous vraiment que votre employeur vous suive à la trace ? Ça donne la chair de poule.”


Source Courrier International

Billets-Le Big Brother français


Le Big Brother français

Si les révélations sur le programme d'espionnage américain Prism ont provoqué un concert d'indignation en Europe, la France, elle, n'a que faiblement protesté. Pour deux excellentes raisons : Paris était déjà au courant. Et fait la même chose.
Le Monde est en mesure de révéler que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE, les services spéciaux) collecte systématiquement les signaux électromagnétiques émis par les ordinateurs ou les téléphones en France, tout comme les flux entre les Français et l'étranger : la totalité de nos communications sont espionnées. L'ensemble des mails, des SMS, des relevés d'appels téléphoniques, des accès à Facebook, Twitter, sont ensuite stockés pendant des années.
Si cette immense base de données n'était utilisée que par la DGSE qui n'officie que hors des frontières françaises, l'affaire serait déjà illégale. Mais les six autres services de renseignement, dont la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), les douanes ou Tracfin, le service de lutte contre le blanchiment, y puisent quotidiennement les données qui les intéressent. En toute discrétion, en marge de la légalité et hors de tout contrôle sérieux. Les politiques le savent parfaitement, mais le secret est la règle.

  • Dispositif clandestin
Ce Big Brother français, petit frère des services américains, est clandestin. Pourtant, son existence figure discrètement dans des documents parlementaires. Les huit députés et sénateurs de la délégation parlementaire au renseignement rappellent, dans leur rapport du 30 avril, que "depuis 2008, des progrès ont été réalisés en matière de mutualisation des capacités, notamment en ce qui concerne le renseignement d'origine électromagnétique, opéré par la DGSE au profit de l'ensemble de la communauté du renseignement".
Les parlementaires proposent même d'aller plus loin, de "renforcer les capacités exploitées par la DGSE" et de "consolider l'accès des autres services aux capacités mutualisées de la DGSE".

  • La cible : les "métadonnées"
Les services de renseignement cherchent non pas le contenu des messages, mais leur contenant. Il est plus intéressant de savoir qui parle et à qui que d'enregistrer ce que disent les gens. Plus que les écoutes, ce sont ces données techniques, les "métadonnées", qu'il s'agit d'éplucher.
La DGSE collecte ainsi les relevés téléphoniques de millions d'abonnés – l'identifiant des appelants et des appelés, le lieu, la date, la durée, le poids du message. Même chose pour les mails (avec possibilité de lire l'objet du courrier), les SMS, les fax... Et toute l'activité Internet, qui passe par Google, Facebook, Microsoft, Apple, Yahoo!... C'est ce que la délégation parlementaire au renseignement appelle très justement "le renseignement d'origine électromagnétique" (ROEM), traduction du Sigint (signal intelligence) de la NSA.
Ces métadonnées permettent de dessiner d'immenses graphes de liaisons entre personnes à partir de leur activité numérique, et ce depuis des années. De dessiner une sorte de journal intime de l'activité de chacun, tant sur son téléphone que sur son ordinateur. A charge ensuite pour les services de renseignement, lorsqu'un groupe intéressant a été identifié, d'utiliser des techniques plus intrusives, comme les écoutes ou les filatures.

  • Un supercalculateur boulevard Mortier
Le dispositif est évidemment précieux pour lutter contre le terrorisme. Mais il permet d'espionner n'importe qui, n'importe quand. La DGSE collecte ainsi des milliards de milliards de données, compressées et stockées, à Paris, sur trois niveaux, boulevard Mortier, dans les sous-sols du siège de la DGSE.
Le directeur technique de la DGSE depuis 2006, Bernard Barbier, a évoqué le dispositif en public à deux reprises, en 2010, lors du Symposium sur la sécurité des technologies de l'information et des communications, puis devant l'Association des réservistes du chiffre et de la sécurité de l'information, des propos rapportés sur de rares sites spécialisés, dont Bug Brother, le blog de Jean-Marc Manach hébergé par Le Monde.
Bernard Barbier a alors parlé du "développement d'un calculateur à base de FPGA" (des circuits logiques programmables), qui est "probablement le plus gros centre informatique d'Europe après les Anglais", capable de gérer des dizaines de pétaoctets de données, – c'est-à-dire des dizaines de millions de gigaoctets. La chaleur dégagée par les ordinateurs suffit à chauffer les bâtiments de la DGSE...
La France est dans le top 5 en matière de capacité informatique, derrière les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, Israël et la Chine. M. Barbier estimait à 4 milliards le nombre d'objets connectés en 2013, avec un débit de l'ordre de 1 milliard de communications simultanées. "Aujourd'hui, nos cibles sont les réseaux du grand public, indiquait le directeur, parce qu'utilisés par les terroristes."
La DGSE, à la tête de "la plus forte équipe de crypto-mathématiciens" de France, pénètre les systèmes informatiques – et collecte évidemment des millions de données personnelles.

  • Un renseignement "mutualisé"
Les autres services de renseignement français ont accès en toute discrétion à cette gigantesque base de données, sobrement baptisée "infrastructure de mutualisation". Il s'agit de la direction du renseignement militaire (DRM), la direction de la protection et de la sécurité de la défense (DPSD), la direction centrale de la sécurité intérieure (DCRI), la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), de Tracfin et même du petit service de renseignement de la préfecture de police de Paris.
Selon le Sénat, 80 % des moyens de la direction technique de la DGSE sont utilisés par ces autres services. Chacun donne le nom de la cible visée à son interlocuteur de la DGSE, qui répond "hit" (touché) ou "no hit" selon qu'elle figure ou non dans la base de données. Puis les services de la DGSE rendent intelligibles les métadonnées, en y ajoutant du renseignement classique.
Les demandes de consultations sont loin de se limiter au seul terrorisme ou à la défense du patrimoine économique. Le libellé très flou de la protection de la sécurité nationale permet notamment d'identifier les entourages de personnalités au plus haut niveau de l'Etat, quelles que soient leur qualité et la nature des liens espionnés.

  • Absence de contrôle
Le dispositif est parfaitement illégal – "a-légal", corrige l'un des patrons d'une des agences de renseignement. "Le régime juridique des interceptions de sécurité interdit la mise en œuvre par les services de renseignement, d'une procédure telle que Prism, assure la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Chaque demande de réquisition de données ou d'interception est ciblée et ne peut pas être réalisée de manière massive, aussi quantitativement que temporellement. De telles pratiques ne seraient donc pas fondées légalement." La CNIL ne peut infirmer ou confirmer l'existence du système français – elle n'a d'ailleurs pas accès aux fichiers de la DGSE ou de la DCRI.
La loi encadre certes strictement les interceptions de sécurité, autorisées par le premier ministre, sur avis de la Commission nationale consultative des interceptions de sécurité (CNCIS), mais n'a en rien prévu un stockage massif de données techniques par les services secrets. "Voilà des années que nous sommes dans l'autorisation virtuelle, confie l'un des anciens patrons des services. Et chaque agence se satisfait bien de cette liberté permise grâce au flou juridique qui existe autour de la métadonnée."
Un parlementaire confirme "qu'une grande part des connexions électroniques en France est effectivement interceptée et stockée par la DGSE". Mais officiellement, "l'infrastructure de mutualisation" n'existe pas.



Source www.lemonde.fr Par Jacques Follorou et Franck Johannès

jeudi 4 juillet 2013

Billets-Écoutes… Les Européens font leur cinéma


Écoutes… Les Européens font leur cinéma

L’indignation des dirigeants européens dans l’affaire des écoutes américaines est surfaite, assure le New York Times dans son éditorial, tout comme leur menace de geler leurs négociations commerciales avec les Etats-Unis. Ce type de surveillance est en effet légal aux Etats-Unis, et Washington n’aura pas manqué d’en communiquer les résultats à ses partenaires européens.

Il semble y avoir une part de comédie dans le tollé qui fait rage en France, en Allemagne et dans d’autres pays européens après les révélations de l’édition Web du magazine d’information allemand Spiegel le week-end dernier, selon lesquelles la NSA a mis des représentations diplomatiques sur écoute et surveillé leurs intranets.
Espionner ses alliés fait mauvais genre, et le sujet est rarement débattu sur la place publique sauf lorsque, comme aujourd’hui, des documents émanant d’agences de renseignements fuitent et sont publiés dans la presse. Pourtant, il y a bien longtemps que les gouvernements des deux rives de l’Atlantique (et presque partout ailleurs) espionnent indifféremment leurs ennemis et leurs alliés.

  • L’apport de la technologie informatique
Elle est loin, l’époque où le Secrétaire d’Etat Henry Stimson, justifiant en 1929 sa décision de dissoudre les services de déchiffrement du Département d’Etat, déclarait : "Les gentlemen ne lisent pas le courrier des autres". La NSA a vu le jour en catimini en 1952, avec pour mission d’intercepter tout type de communication en provenance de l’étranger, usant pour ce faire de tous les outils de surveillance imaginables.
La nouveauté, c’est l’apparition de la technologie informatique, grâce à laquelle le stockage d’informations est si peu coûteux et l’analyse des données si rapide que l’agence n’est désormais plus confrontée à aucune contrainte technique pour ce qui est du volume de données qu’elle est capable de réunir et d’utiliser. La modération politique n’en apparaît que plus importante. Or, il est difficile de parler de sagesse politique lorsque le moindre détail est soustrait au regard de l’opinion.
La plupart des gouvernements européens sont sans doute conscients depuis belle lurette des capacités de la NSA. L’Européen de la rue, en revanche, n’en savait rien, jusqu’à ce que le Spiegel publie cette semaine le nombre d’appels téléphoniques, de courriers électroniques et de SMS privés que la NSA surveille actuellement chaque mois en Europe. Le magazine cite le chiffre de 500 millions par mois pour la seule Allemagne. Devant un tel chiffre, on se prend à penser qu’une bonne partie des activités d’espionnage de la NSA n’ont sans doute aucun lien avec la sécurité nationale des Etats-Unis ou la lutte contre le terrorisme.

  • L’accord de libre-échange dans l'intérêt de tous
L’espionnage de citoyens européens par la NSA est parfaitement légal au regard de la législation américaine ; l’agence a seulement l’interdiction d’espionner des Américains sans y avoir été autorisée par un tribunal. Tout comme les agences de renseignements allemandes n’ont pas le droit d’espionner les Allemands. Il est naïf de croire que des agences de renseignements alliées se gardent d’échanger des informations lorsque certaines y ont accès et pas les autres.
C’est pourquoi l’indignation des dirigeants politiques européens paraît surfaite, tout comme leurs menaces de geler les négociations sur l’accord de libre-échange transatlantique (les écoutes de la NSA auraient pu avoir pour objectif de mettre au jour des stratégies de négociation). Il ne serait pas surprenant d’apprendre que les Européens tentent également de glaner des renseignements sur la stratégie de négociations des Etats-Unis. Quoi qu’il en soit, la signature d’un accord demeure dans l’intérêt de toutes les parties.
Ces récentes divulgations pourraient avoir une retombée positive en renforçant les exigences de l’Union européenne en faveur d’un durcissement des règles relatives à la compilation de données sur les particuliers, par les Etats comme par les entreprises. Ces règles ne seront sans doute pas perçues comme des entraves aux activités clandestines de la NSA, mais pourraient contraindre l’agence à se montrer plus prudente et plus sélective dans ses pratiques. Il y a plus prometteur, comme stratégie de renforcement de la sécurité internationale, que de se mettre à dos les citoyens de certains de nos plus proches alliés.


Traduction : Jean-Baptiste Bor

Billets-Un ministre, ça ferme sa gueule


Un ministre, ça ferme sa gueule ou c'est limogé

Le quotidien suisse Le Courrier qualifie par ce titre l'éviction, mardi 2 juillet, de Delphine Batho du poste de ministre de l'Ecologie. Une décision qui révèle un gouvernement pas très "classe" et surtout peu soucieux de la transition écologique.

Convoquée. Sèchement. Et virée. Les deux nouvelles ont été annoncées hier, à quelques heures d’intervalle, via Twitter... Quelle classe ! Delphine Batho, ministre française de l’Ecologie, avait osé critiquer, le matin même, le "mauvais" budget – doux euphémisme – du gouvernement. Budget qui prévoit 14 milliards d’euros d’économies en 2014, dont 500 millions rien que pour son ministère. L’écologie est-elle "bien une priorité?" s’est-elle interrogée sur les ondes de RTL. "Il y a une déception à l’égard du gouvernement, il y a un doute sur notre volonté de changement", a-t-elle encore déclaré.

C’était oublier un peu vite la maxime de l’un de ses illustres prédécesseurs, Jean-Pierre Chevènement, alors en charge de la Recherche: "Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne." Mme Batho a donc été promptement... débarquée. Tout comme sa prédécesseure Nicole Bricq, dont la décision de suspendre les permis de forage pétrolier de Shell en Guyane avait signifié son déplacement abrupt vers le Ministère du commerce extérieur.

C’était il y a un an à peine. François Hollande choisit-il vraiment si mal ses ministres de l’Environnement ? Hélas, ces évictions successives constituent plutôt la preuve du peu d’intérêt que porte le président de la République française aux questions écologiques et à la transition énergétique. Force est de constater qu’il préfère soutenir la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes ou baisser le prix de l’essence que remettre en question la filière nucléaire ou freiner la consommation électrique.

Ironie de l’histoire, Delphine Batho avait été choisie à ce poste car, justement, on attendait d’elle qu’elle ne fasse pas de vagues. De fait, un an durant, la modestie de ses interventions a été remarquable. Absente sur les gros dossiers en matière d’énergie comme de transports, la ministre avait jusqu’ici su se montrer transparente et parfaitement inoffensive. Trop sans doute pour cette ancienne fidèle de Ségolène Royal.

Ce remaniement ministériel contraint également les Verts à repenser leur participation au gouvernement. Yves Cochet, ancien candidat à la candidature pour la présidentielle de 2007, a appelé ses camarades Cécile Duflot (ministre en charge du Logement) et Pascal Canfin (au Développement) à démissionner. Car eux aussi ont avalé des couleuvres. Que reste-t-il du volet programmatique de l’accord conclu fin 2011 entre le PS et Europe-Ecologie Les Verts, qui prévoyait notamment une réduction drastique de la production nucléaire, la fermeture progressive de vingt-quatre réacteurs et l’arrêt immédiat de Fessenheim ? Pas grand-chose. Mais pendant ce temps, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, continue d’affirmer, sans rire, que ”la transition énergétique reste une priorité”.


 Dessin de Burki, Suisse.
Source Courrier International

mercredi 3 juillet 2013

Billets-Protéger la liberté à l’ère numérique


Protéger la liberté à l’ère numérique

Pour Lawrence Lessig, fondateur des “licences libres”, face aux gouvernements et à leurs mercenaires, il est possible de mieux crypter les données pour sauvegarder la vie privée.

On m’appelle Supergeek”. Illustration d’Andy Scullion, Grande-Bretagne.
“Le gouvernement des Etats-Unis espionne ses citoyens.” Qu’est-ce que cela veut dire ?

Il y a près de quinze ans, alors que j’étais en train de finir un livre sur les relations entre le Net et les libertés civiles, quelques idées semblaient tellement évidentes qu’elles en étaient banales. Premièrement, la vie se transférerait vers le Net. Deuxièmement, cela ferait changer le Net : adieu la vie privée, l’anonymat relatif des communications non surveillées – remplacé par un système surveillé en permanence, parfaitement traçable, allié à la fois du commerce et de l’Etat.

On pouvait aussi imaginer un autre avenir – c’était mon troisième point et le seul qui comptait. Après avoir identifié ces tendances évidentes, on pouvait commencer à réfléchir à la façon dont le “code” (l’ensemble des technologies du Net : logiciels, protocoles, encryptage des donnés) nous régit et songer à la façon d’inscrire dans ce code les protections garanties par la Constitution.

Voyons les choses d’un point de vue pratique. Même en 1999, il était clair que le cyberespace serait réglementé et surveillé – comme la vraie vie. La différence, c’est que ces mesures pouvaient être plus efficaces, non pas pour repérer les escrocs, mais pour protéger la vie privée. Un agent du FBI qui écoute une communication téléphonique est toujours tenté de se laisser distraire ou de faire un mauvais usage des informations qu’il entend. Il est humain, donc le mal est en lui. Un ordinateur qui cherche les traces d’une infraction ne s’égare que dans les limites fixées par le code. L’important, c’est donc de déterminer comment – et si – on définit jusqu’où peut aller le code, et ce à la fois dans la loi et dans le code. Voici le passage de l’interview d’Edward Snowden qui est le plus stupéfiant pour moi. L’analyste confie [au journaliste] Glenn Greenwald :

“La NSA cible en particulier les communications de tout le monde. Elle les ingère par défaut. Elle les collecte dans son système, les filtre, les analyse, les mesure et les stocke pendant un certain temps simplement parce que c’est le moyen le plus facile, le plus efficace et le plus valable de parvenir à ces objectifs… Tous les analystes n’ont pas le pouvoir de tout cibler, mais, quand j’étais à mon bureau, j’avais le pouvoir de mettre tout le monde sur écoute – vous, votre comptable, un juge fédéral et même le président si j’avais un courriel personnel.”

Nous ne savons pas si Snowden dit la vérité. Mais ce que nous savons, c’est que ses déclarations soulèvent des questions qui méritent d’être posées. Et en particulier ceci : est-il vrai que le gouvernement ait confié notre vie privée au jugement d’analystes privés ? N’a-t-on donc instauré aucun contrôle dans le code du Net pour s’assurer qu’une telle surveillance soit justifiée ? Et quelle technologie nous assure que des voyous payés par notre gouvernement n’utilisent pas les données collectées par notre gouvernement pour des objectifs que personne dans notre gouvernement ne défendrait ouvertement et publiquement ?

Le fait est qu’il existe une technologie qui pourrait restaurer notre confiance. “Faites-nous confiance”, ça ne colle pas. Mais “faites-nous confiance et vérifiez grâce à un encodage de haute qualité”, si. Il existe des sociétés qui mettent au point des technologies susceptibles de nous donner – à nous et, plus important, aux tribunaux – la quasi-certitude que les données collectées ou surveillées n’ont pas été collectées ou utilisées de façon incorrecte. Il est possible de coder le Net pour assurer une meilleure protection de notre vie privée et une meilleure sécurité.

Mais on ne le fait pas ou on ne l’a pas fait. Peut-être par bêtise : combien de parlementaires sont capables de décrire comment fonctionne l’encodage ? Peut-être par cupidité : qui, au sein de notre système, peut résister à de gros contrats lucratifs avec des sociétés privées, surtout s’ils sont associés à de généreux financements de campagne électorale ? Ou peut-être que la “guerre permanente” dont Obama nie l’existence a en fait convaincu tous les membres du gouvernement que les vieilles idées étaient mortes et qu’il fallait simplement “se faire une raison” – des idées comme le respect de la vie privée, celui des procédures judiciaires et l’adéquation des moyens avec le but recherché.

Ces idées sont peut-être mortes, maintenant. Et elles le resteront. Au moins jusqu’à ce que nous sachions comment préserver la liberté à l’âge numérique.


 Source Courrier International

mardi 2 juillet 2013

Infos santé-Fibromyalgie


Fibromyalgie

  • Qu'est-ce que la fibromyalgie ?
La fibromyalgie est une maladie qui associe des symptômes physiques de type douloureux et des symptômes psychiques :
Des douleurs musculaires ou articulaires permanentes qui sont le plus souvent aggravées par le stress, le froid, l’humidité et les émotions. Le patient se plaint d’avoir mal partout sans interruption pendant des mois.
De la fatigue chronique, en particulier le matin. Cette fatigue peut être le symptôme principal de la maladie. Dans ce cas, on parle plutôt de syndrome de fatigue chronique.
Des troubles du sommeil parfois liés à un syndrome des jambes sans repos.
Des symptômes dépressifs ou des troubles anxieux. Ce type de symptômes est quatre fois plus fréquent chez les personnes qui souffrent de fibromyalgie que dans la population générale.
Une incapacité à effectuer une tâche ou un exercice physique du fait de la douleur musculaire.
La fibromyalgie touche essentiellement les femmes (80 % des cas) entre 30 et 50 ans. Elle apparaît plus fréquemment autour de la ménopause. Elle semble affecter préférentiellement les personnes de tempérament pessimiste.
Même s’il ne s’agit pas d’une maladie grave ou mortelle, la fibromyalgie peut être à l’origine d’un handicap sérieux qui limite les activités quotidiennes et professionnelles. Les personnes qui en souffrent tendent à s’isoler socialement et à développer une dépression sévère.

  • Les causes de la fibromyalgie
À ce jour, les causes de la fibromyalgie ne sont pas élucidées. Plusieurs hypothèses ont été évoquées, mais elles demandent à être validées expérimentalement.
La fibromyalgie pourrait être le signe d’un dysfonctionnement au niveau des zones du cerveau chargées de percevoir et d’analyser la douleur. Des chercheurs ont également suggéré qu’elle pourrait trouver son origine dans une activation permanente du système qui nous permet de réagir au stress.
D’autres scientifiques pensent que les troubles du sommeil observés dans ce syndrome sont présents avant l’apparition des symptômes douloureux et pourraient en être la cause. En effet, le manque de sommeil réparateur entraîne des troubles dépressifs et une plus grande sensibilité à la douleur.
Enfin, il semble que la fibromyalgie puisse apparaître à la suite d’un traumatisme psychique ou d’une infection sévère.

  • Comment diagnostique-t-on la fibromyalgie ?
Lorsqu’il suspecte une fibromyalgie, le médecin recherche un ensemble de symptômes qui doivent être présents pour confirmer ce diagnostic :
Une douleur diffuse répartie sur l’ensemble du corps (à droite et à gauche, au-dessus et en dessous des hanches) et qui dure depuis plus de trois mois ;
Une douleur au niveau de la colonne vertébrale ;
Une douleur à la pression de dix-huit points du corps bien définis (au niveau du cou, des épaules, du dos, des hanches, du creux des reins, du creux des coudes, etc.). Pour pouvoir poser un diagnostic de fibromyalgie, onze ou plus de ces dix-huit points doivent être anormalement sensibles à la pression d’un doigt.

  • Les médicaments de la fibromyalgie
Il n’existe pas de traitements propres à la fibromyalgie. Les médicaments qui sont parfois prescrits sont destinés à soulager les symptômes sans agir sur la cause de la maladie qui demeure inconnue. Parmi ces médicaments, on trouve :
Certains médicaments antalgiques : la plupart des médicaments contre la douleur restent sans effet pour soulager la fibromyalgie. Seul le tramadol semble parfois diminuer la douleur, mais ses effets indésirables en limitent l’usage.
Certains médicaments antidépresseurs : les médicaments contre la dépression de la famille des imipraminiques soulagent la douleur chez certains patients, mais leurs effets semblent s’estomper après quelques mois.
Certains médicaments antiépileptiques : la gabapentine et la prégabaline sont les substances destinées à soigner l’épilepsie qui ont montré le plus d’intérêt dans le traitement de la fibromyalgie. Leurs effets indésirables sont néanmoins parfois difficiles à supporter à long terme.
Les médicaments des troubles du sommeil : le manque de sommeil réparateur étant un élément caractéristique de la fibromyalgie, ces médicaments peuvent apporter un soulagement et une amélioration des symptômes. Certains médecins prescrivent également des médicaments à base de magnésium pour améliorer le sommeil et la relaxation musculaire.

  • Les autres types de traitement de la fibromyalgie
Certaines études cliniques ont montré que certains traitements non-médicamenteux pourraient aider les personnes atteintes de fibromyalgie : l’hypnothérapie, les psychothérapies comportementales et cognitives ainsi que le biofeedback (une technique où le patient apprend à reconnaître les indicateurs de la relaxation, à en prendre conscience et à influer mentalement sur l’état de son corps).
L’exercice physique, lorsqu’il est toléré, semble également pouvoir soulager la fatigue : gymnastique aquatique et tai chi chuan ont été étudiés avec un relatif succès.



Source : Vidal

lundi 1 juillet 2013

Recettes Desserts-Brochettes d’abricots


Brochettes d’abricots

Préparation : 15 mn
Cuisson : 15 mn
Pour 6 personnes
9 abricots
6 branches de romarin (ou 1 cuillerée à soupe de romarin déshydraté)
2 gousses de vanille
4 cuillerées à soupe de cassonade
6 cuillerées à soupe de rhum
60 g d’amandes effilées
1. Préchauffez le four à 210 °C (th. 7).
2. Lavez et séchez les abricots. Coupez-les en 2 et enlevez le noyau. Lavez et séchez les branches de romarin. Pour embrocher plus facilement les fruits, taillez la base des branches en biseau.
3. Enfilez délicatement 3 demi-abricots sur chaque branche de romarin. Disposez les « brochettes » dans un plat à four.
4. Fendez les gousses de vanille en 2 et grattez l’intérieur pour récupérer les graines. Mélangez-les avec le sucre. Arrosez les abricots de rhum et saupoudrez-les avec le sucre à la vanille.
5. Faites caraméliser sous le gril du four 10 à 15 minutes et sortez-les.
6. Faites dorer les amandes dans une poêle sur feu vif et parsemez-en les abricots pour décorer. Servez accompagné de glace à la vanille.