samedi 31 janvier 2026

Billets-Dieu : Une Question de Foi ou de Preuve ?

  


Dieu : Une Question de Foi ou de Preuve ?

La question de l'existence de Dieu est l'une des plus anciennes et des plus débattues dans l'histoire de l'humanité. Elle a traversé les siècles, les civilisations, et continue d'alimenter les discussions philosophiques, théologiques, et scientifiques. Pourtant, il existe une position intéressante qui mérite d'être explorée : l'idée que l'on ne peut ni prouver l'existence de Dieu, ni prouver sa non-existence. Mais que signifie cela réellement ? Et quelles en sont les implications pour notre compréhension du monde ?

La Nature de la Preuve

Pour commencer, il est essentiel de comprendre ce que signifie "prouver" quelque chose. En science, une preuve repose sur des données empiriques, des observations reproductibles, et des modèles théoriques qui expliquent ces observations. Cependant, Dieu, tel qu'il est généralement conçu dans les grandes religions, est souvent décrit comme transcendant, immatériel, et hors de portée de notre compréhension humaine. Cela place Dieu dans une catégorie à part, où les outils traditionnels de la science et de la raison ont peu de prise.

L'Argument de l'Inaccessibilité

Si Dieu existe, selon cette perspective, il n'est pas soumis aux lois de la nature que nous pouvons observer et mesurer. Par conséquent, il n'est pas surprenant que nous ne puissions pas prouver son existence de la même manière que nous prouvons la gravité ou la structure de l'ADN. De même, l'absence de preuve n'est pas nécessairement la preuve de l'absence. Le fait que nous ne puissions pas prouver que Dieu existe ne signifie pas automatiquement que Dieu n'existe pas.

L'Inconnue du Non-Être

D'un autre côté, prouver la non-existence de quelque chose est notoirement difficile, voire impossible, surtout quand il s'agit de concepts abstraits ou d'entités immatérielles. Par exemple, comment prouver que les licornes, les fées, ou les dragons n'existent pas quelque part dans l'univers ou dans une autre dimension que nous ne pouvons pas observer ? De la même manière, prouver que Dieu n'existe pas relève d'un défi insurmontable, car cela demanderait de démontrer l'absence totale de quelque chose dans un contexte infiniment vaste et potentiellement inconnu.

Foi vs Raison

Ce double constat — l'impossibilité de prouver l'existence ou la non-existence de Dieu — nous ramène à la nature même de la croyance. La foi, par définition, n'a pas besoin de preuves. Elle repose sur des convictions personnelles, des expériences subjectives, et parfois des traditions culturelles profondément ancrées. Pour ceux qui croient en Dieu, l'absence de preuve scientifique n'est pas un obstacle, mais plutôt une confirmation que Dieu est au-delà du monde matériel.

À l'inverse, pour les athées ou les agnostiques, l'absence de preuve peut être interprétée comme un signe de l'inexistence de Dieu, ou du moins de son absence de pertinence dans notre monde observable. Ils pourraient soutenir que, faute de preuves, il est plus rationnel de ne pas croire en l'existence de Dieu, ou du moins de rester dans le doute.

Conclusion : Un Choix Personnel

En fin de compte, la question de l'existence de Dieu pourrait ne jamais trouver de réponse définitive. Le débat restera probablement ouvert aussi longtemps que l'humanité existera. Ce qui importe, ce n'est peut-être pas tant la preuve ou l'absence de preuve, mais la manière dont chacun choisit de vivre avec cette incertitude. Que l'on soit croyant, athée ou agnostique, il est crucial de reconnaître la complexité de la question et de respecter les choix et les convictions des autres.

Ainsi, dans un monde où l'on ne peut ni prouver ni réfuter l'existence de Dieu, il revient à chacun de décider ce en quoi il souhaite croire — ou de choisir de ne pas croire — et de vivre en conséquence.

Billets-Entretien avec Jeremy Rifkin

 


Entretien avec Jeremy Rifkin

“Ce qui a permis le succès inouï du capitalisme va se retourner contre lui”
Pour l’économiste américain Jeremy Rifkin, l’heure de la troisième révolution industrielle a sonné. La société va devoir s’adapter.

Il y a vingt-cinq ans, c'était la star du ring, le « boss », vainqueur du communisme par K-O ! Aujourd'hui, le capitalisme est un champion usé par la crise, miné par les contradictions et politiquement à bout de souffle. Pour l'économiste américain Jeremy Rifkin, nous assistons, tout simplement, à son éclipse. Dans un livre passionnant – La Nouvelle Société du coût marginal zéro – en librairie le 24 septembre 2014, il raconte le basculement, inévitable, que nous avons déjà commencé à opérer vers un nouveau système de production et de consommation : les « communaux collaboratifs ». Cette troisième voie (au-delà du sempiternel binôme « capitalisme ou socialisme ») est une forme d'organisation sociale fondée sur l'intérêt de la communauté plutôt que sur la seule satisfaction des désirs individuels, et rendue possible par la troisième révolution industrielle, dans laquelle Internet nous a fait entrer. Un nouveau monde émerge, dynamisé par les réseaux sociaux, l'innovation et la culture du partage. Utopie, encore ? Pour Jeremy Rifkin, c'est déjà une réalité.

  • Nous nous éveillons, dites-vous, à « une nouvelle réalité – celle des communaux collaboratifs ». Ce réveil ne risque-t-il pas d'être difficile pour les entreprises ?
L'économie des communaux collaboratifs est le premier système global à émerger depuis l'avènement du capitalisme et du socialisme au début du XIXe siècle. C'est dire comme l'événement que nous traversons est historique. Au début, le marché capitaliste et les communaux s'épanouiront côte à côte. Mais au fur et à mesure que les communaux gagneront du terrain, un combat terrible va s'engager. Pour survivre, le capitalisme devra se « reconditionner », retoquer son approche du monde et tenter de profiter de la montée en puissance des communaux plutôt que de s'y opposer.

  • Qu'est ce qui provoque ce changement de paradigme ?
C'est le coût marginal zéro. Le coût marginal, c'est le coût de production d'un objet ou d'un service additionnel une fois les coûts fixes absorbés. Or, j'ai découvert l'existence d'un paradoxe profondément enfoui au cœur du capitalisme, et qui n'avait pas encore été mis au jour : ce qui a permis le succès inouï du système va finalement se retourner contre lui.

Chaque entrepreneur, comme nous le savons, est en chasse de nouvelles technologies pour améliorer la productivité de son entreprise, réduire les coûts marginaux, mettre sur le marché des produits moins chers, attirer plus de consommateurs, gagner des parts de marché, et satisfaire les investisseurs.

Mais nous n'avions jamais anticipé la possibilité d'une révolution technologique tellement extrême qu'elle pourrait réduire ce coût marginal, pour un ensemble important de biens et de services, à presque zéro, rendant ces biens et services virtuellement gratuits et abondants. Et sapant au passage les bases mêmes du capitalisme.

  • C'est pourtant ce qu'il se passe ?
Nous avons déjà vu le coût marginal se réduire dans les économies traditionnelles, de façon phénoménale, dans les trente ou quarante dernières années. Et les dix dernières années ont encore vu le phénomène s'accélérer. Voyez l'industrie musicale : des centaines de millions de jeunes produisent et échangent de la musique sur Internet, à des coûts marginaux proches de zéro.

Une fois que vous possédez un téléphone mobile ou un ordinateur, échanger de la musique ne vous coûte plus rien, à part votre abonnement au service. La presse, l'édition, les films et bientôt la télévision, attaquée par Youtube, connaissent le même destin. Des millions d'internautes créent aujourd'hui leurs propres vidéos pour pas grand-chose et les postent gratuitement sur le Web.

L'industrie du savoir aussi est touchée : avec Wikipedia, des millions d'individus produisent de la connaissance et la diffusent à un coût marginal proche de zéro. Et je ne parle pas des Moocs : en deux ans, 6 millions d'étudiants se sont mis à suivre gratuitement des cours online, issus des meilleures universités du monde.

  • Mais il ne s'agit là que de biens et services « numériques »…
Le vrai virage est là : nous avions toujours pensé qu'il y aurait un « pare-feu », que la réduction à zéro du coût marginal ne toucherait pas les industries traditionnelles. Que le feu, si vous voulez, ne passerait pas des « bits » au monde physique des objets. Ce mur est tombé. Les grandes mutations économiques – et il n'y en a pas eu des centaines dans l'histoire de l'humanité – se produisent quand trois révolutions technologiques convergent au même moment pour construire une plateforme d'opération unique pour l'économie.

Si vous remontez à la révolution hydraulique, puis aux révolutions de la vapeur et de l'électricité, vous vous rendez compte que l'on assiste à chaque fois à la conjonction d'une révolution des communications (facilitation des échanges), d'une révolution énergétique (le « moteur » de l'économie) et d'une révolution des transports et de la logistique (fluidification de la circulation des biens à l'intérieur de cette économie). A chaque grande mutation, ces trois domaines convergent dans une nouvelle structure.
Exemple : au XIXe siècle, l'impression (de journaux, notamment) par des presses à vapeur remplace l'impression manuelle. Arrive le télégraphe. Ces deux moyens de communication profitent de la profusion de charbon à coût modéré, et l'invention de la locomotive permet d'élargir le marché et de fluidifier le commerce. Au XXe siècle, une nouvelle révolution se produit avec le téléphone et la radio, qui convergent avec l'arrivée du pétrole et de la voiture, et provoquent, couplées avec la construction du réseau routier, le boom de la grande mutation urbaine et « suburbaine ».


 Illustration : Richard Niessen pour Télérama

  • Et aujourd'hui ?
Nous voyons émerger un nouveau complexe communications-énergie-transports, qui donne naissance à l'économie du partage. L'Internet de l'information, déjà largement répandue, commence à converger avec un très jeune Internet de l'énergie, et un début d'Internet des logistiques : trois Internets en un, dans un super « Internet des objets » !
Des compagnies comme Cisco, IBM, General Electric, ont anticipé cette connexion tous azimuts de tous les objets, et commencent à mettre des capteurs partout. Des capteurs, il y en a déjà dans les champs, pour suivre l'évolution de la récolte ; sur la route pour calculer le trafic en temps réel ; dans les entrepôts et centres de distribution, pour mesurer les problèmes de logistique à la seconde près ; dans les magasins de détail, de sorte que quand un client prend un article en main, le capteur peut dire s'il l'a essayé, reposé, au bout de combien de temps, etc. Et maintenant les capteurs connectent tous les objets de la maison, thermostats, machines à laver… Aux alentours de 2030, il y aura quelque chose comme cent trillions de capteurs qui connecteront tout et tous dans un gigantesque réseau « neuronal », construit un peu comme votre cerveau. Et ce Big Data sera disponible à tous.

A supposer que la structure du réseau reste neutre – j'ai conscience que c'est un très grand « si », car rien ne l'assure – et que tout le monde soit traité également, cela veut dire que n'importe qui pourra se connecter sur cet Internet des objets, depuis son mobile, comme il le fait sur l'Internet de l'information, et échanger l'énergie renouvelable qu'il aura lui-même produite…

  • Car chacun, demain, produira l'énergie dont il aura besoin ?
Des milliers de personnes produisent déjà leur énergie pour un coût marginal proche de zéro. En Allemagne, 27% de l'électricité est verte, et la chancelière Merkel avec qui je travaille sur ces questions, vise les 35%. Il faut savoir que les coûts fixes de production de ce type d'énergie vont suivre la même courbe que ceux des ordinateurs : une chute libre.

La source d'énergie, elle, n'est pas un problème : le soleil et le vent sont gratuits, il suffit de les capturer – et nous y arrivons de mieux en mieux. Quant au transport de l'énergie, nous avons vu ces dernières années le début de la transformation de la « grille » de l'énergie en Internet de l'énergie. Des millions de « prosumers » (à la fois producteurs et consommateurs) vont pouvoir vendre, ou échanger, l'énergie dont ils n'ont pas besoin, sur une plateforme internet, à travers tous les continents.

  • Et les objets physiques sont aussi concernés par la révolution de l'abondance…
Oui, grâce aux Fablabs et à l'impression 3D. Les logiciels d'imprimerie sont dans leur majorité en opensource, si bien que ça ne coûtera bientôt plus rien de les télécharger, éventuellement de les améliorer, et de fabriquer soit même de nombreux produits. Le prix du matériau de construction va lui aussi baisser, car il est de plus en plus souvent issu du recyclage de métaux, de plastiques, de bois, etc. Dans deux ou trois ans, il y aura des Fablabs partout.

Maintenant, conjuguez tous les atouts dont je viens de parler : nous parlons alors d'un monde où vous pourrez alimenter votre petite entreprise de production 3D par de l'énergie gratuite que vous aurez produite vous-même ou échangée sur Internet. Un monde dans lequel vous pourrez transporter votre produit 3D dans des véhicules électriques, qui eux-mêmes ont été alimentés par de l'énergie renouvelable. Et dans dix ans maximum, ces voitures seront sans chauffeur. Vous les réserverez sur votre mobile et elle vous localiseront toutes seules avec leur GPS…

  • Quid du bouleversement de la société et des comportements individuels ?
Deux phénomènes majeurs permettent de comprendre comment cette troisième révolution industrielle a déjà commencé à transformer les comportements. D'une part, les jeunes semblent de moins en moins obsédés par l'idée de posséder, d'être propriétaires. Une entreprise comme General Motors, aux Etats-Unis, peut légitimement s'interroger sur son avenir quand elle découvre que l'achat de voitures chez les 18-25 ans aux Etats-Unis est en chute libre.

Le second changement, c'est que, demain, dans une société d'abondance, le capital social deviendra beaucoup plus important que le capital économique ou financier. Et cette mutation radicale commencera dès le plus jeune âge. Prenez les jouets. Aujourd'hui, ils représentent le premier contact de l'être humain avec la propriété, donc avec le capitalisme. Ce jouet que ses parents lui ont offert, l'enfant découvre que c'est le sien, pas celui de son petit copain. Et personne ne le lui conteste. Mais demain – et en fait aujourd'hui déjà dans de nombreuses familles – les parents emprunteront des jouets pour leurs enfants sur un site internet dédié ; l'enfant l'utilisera pendant quelques semaines ou quelques mois en sachant pertinemment qu'il n'en est pas le propriétaire ; et quand il s'en lassera ses parents renverront le jouet au site web pour que d'autres l'utilisent. A quoi bon garder des dizaines de jouets au grenier, n'est-ce pas ?

Mais le grand bouleversement à l'œuvre dans cet exemple tout simple, ce n'est pas tant que l'enfant pourra, pendant toute sa jeunesse, profiter d'autres jouets mieux adaptés à son âge : c'est le changement qui se produit dans sa tête par rapport à ce que les générations qui l'ont précédé ont connu. Il apprend en effet « naturellement » que les jouets ne sont pas des objets que l'on possède mais des expériences auxquelles on accède pour un temps donné, et que l'on partage avec les autres. Il se prépare en fait, dès son plus jeune âge, à l'économie du partage qui l'attend. C'est une mutation complète de la société. J'ai presque 70 ans et je n'avais jamais, jamais anticipé qu'une chose pareille se produirait.


Illustration : Richard Niessen pour Télérama

  • Mais la société occidentale – aujourd'hui attachée à un modèle vertical et hiérarchique – peut-elle s'adapter rapidement à ce modèle « horizontal » ?
Certains s'y mettent, en particulier dans le domaine de l'énergie. Et mieux vaut ne pas trop tarder. Car, comme je l'ai dit aux cinq plus gros groupes énergétiques allemands devant la chancelière Angela Merkel, et aux dirigeants d'EDF : « vous allez changer de métier ? ».

Quand des millions d'individus produiront leur propre énergie gratuitement et l'échangeront sur Internet, ne comptez pas gagner de l'argent en fabriquant du courant électrique : votre job, ce sera de gérer le Big Data de l'énergie pour faciliter la circulation des flux entre particuliers et entreprises. En Allemagne, le message est passé. En France, il fait son chemin… même si l'on n'est pas encore prêt à quitter la seconde révolution industrielle et son parc nucléaire.

En fait, le changement de génération met beaucoup plus rapidement en branle ces mutations que nos systèmes politiques et économiques. Deux tiers de la génération du Millenium (celle qui a eu environ 18 ans en l'an 2000) se dit favorable à l'économie du partage et la pratique déjà. Et les pays d'Asie et du Pacifique sont encore plus ouverts que les pays occidentaux sur le sujet. La révolution est mondiale, et on ne mesure pas toujours l'ampleur de ses conséquences.

N'oubliez pas, par exemple, que pour chaque voiture partagée, quinze voitures sont éliminées de la chaîne de production. Or, une étude que je cite dans mon livre a montré que dans une petite ville américaine, en gérant bien le partage de voitures, vous pouvez garantir à chacun à la fois mobilité et fluidité tout en réduisant de 80% le nombre de véhicules sur la route. Il y a 1 milliard de véhicules en circulation dans le monde. Retirez 80% d'entre eux, et faites vous-mêmes le calcul.

Croyez-moi, l'industrie sent déjà le vent du boulet, et elle se prépare. Et d'autres le font aussi, bien avertis de ce qu'on appelle « l'effet 10% » : si les géants de l'industrie classique semblent invincibles, beaucoup d'entre eux ont en effet des marges très étroites. Si 10% de leurs clients quittent le navire et basculent dans l'économie du partage, cela peut suffire à faire tomber ces industries.

  • La société du coût marginal zéro, c'est un bienfait pour l'écologie ?
C'est la meilleure arme pour aller dans le sens d'une société durable. Pour reprendre l'exemple de l'automobile, le fait que les 20% de véhicules qui resteront en usage ne brûlent qu'une énergie non polluante, gratuite et renouvelable est une excellente nouvelle pour la planète.

Si on peut produire des biens et des services pour rien, cela veut dire que l'exploitation de ce que la planète peut encore nous offrir est faite avec une efficacité maximale, sans gâchis. En produisant à un coût marginal zéro et en le partageant dans une économie circulaire – outils, voitures, jouets, vêtements – nous obtenons des avantages immenses en termes de pollution et de dégradation de l'environnement !

Le changement est à la porte. Et la route la plus rapide pour basculer dans la société de l'après-gaz carbonique est sans doute l'introduction, aussi vite que possible, de l'Internet des objets. Je ne sais pas si nous y arriverons, mais je crois que si nous y allons, l'expérience qui attend l'humanité dans le siècle à venir sera beaucoup moins pénible que ce que nous voyons se profiler si nous continuons avec le système actuel.

  • A l'avenir, la gestion des flux sera donc le nerf de la guerre ?
Absolument. Et la grande question politique des années à venir devra porter sur le problème, essentiel, de la neutralité du Web – soit un accès libre et une gestion collective de ce dernier. Disons le clairement : les grandes compagnies du câble et des télécoms, et certains géants d'Internet, remettent en question cette neutralité, voulue par l'« inventeur » de la toile, Tim Berners-Lee. Quand ce dernier a imaginé le World Wide Web en 1990, il a souhaité que le système soit aussi simple d'utilisation que possible, pour que tout le monde puisse en profiter et que personne ne soit abandonné en chemin. Il a réussi, d'ailleurs : que vous soyez patron ou collégien, sur le Net, tout le monde est à égalité.

Mais aujourd'hui, les compagnies du câble rouspètent. Elles disent : « Nous avons mis beaucoup d'argent dans la mise en place des tuyaux, nous voulons gérer les flux autrement en faisant payer des tarifs différents en fonction de la qualité et des volumes des fichiers échangés. Pour nous rembourser de nos investissements, nous devrions pouvoir contrôler les données que nous récupérons, et les commercialiser ». Les cablo-opérateurs ne sont pas les seuls à vouloir le gâteau. En installant des capteurs intelligents sur leurs compteurs, par exemple, les fournisseurs d'énergie aimeraient bien faire remonter toutes les infos utiles sur les habitudes de consommation de leurs clients, et les commercialiser.

C'est donc bien autour du Big Data que se joueront les profits – et les grands débats politiques – dans les prochaines décennies. Songez que Google enregistre chaque jour 6 milliards de recherches, qu'un habitant sur trois ou quatre de la planète est sur Facebook, que Twitter a 160 millions d'utilisateurs, qu'Amazon est le supermarché du monde… Comment s'assurer que ces compagnies ne séquestrent pas les infos qu'elles récupèrent à chacune de nos opérations sur le Net, comment faire en sorte qu'elles n'occupent pas de position de monopole dans leur activité ? Personne ne doit dominer outrageusement la plateforme technologique de l'Internet des objets.

Les centaines de millions d'internautes que nous sommes devenus doivent s'organiser. Rien d'impossible ! Les syndicats sont bien apparus avec le début du capitalisme, parce que les individus isolés ne parvenaient pas à exiger leur part de la production… Je suspecte que, demain, de nouveaux mécanismes émergeront afin que chacun ait un droit de regard sur la façon dont les informations qu'il laisse sur le Web sont utilisées.


 Jeremy Rifkin - Photo : Arnaud Meyer

Source telerama.fr

Billets-Les rues les plus insolites de Paris

  


Les rues les plus insolites de Paris

Paris est une mine d’or,  même pour les plus parisiens d’entre nous. On ne sait jamais sur quoi on va tomber au détour d’une promenade ou en changeant de quartier. La preuve avec ces 10 rues insolites, planquées, fleuries, champêtres… Elles transportent les visiteurs dans un autre monde, loin de la capitale agitée et stressée que l’on connaît. Petite balade autour des plus belles ruelles secrètes de Paris.

1. Notting Hill à Paris : rue Crémieux (12ème)
Les aficionados de la capitale britannique trouveront sûrement à cette rue pavée des faux airs de Portobello Road, dans le quartier pastel de Notting Hill. Murs peinturlurés, façades arc-en-ciel et fresques en trompe l’œil. C’est un peu l’excentricité londonienne qui déboule à Paris.

Métro : Quai de la Rapée / Gare de Lyon



2. Jungle urbaine : rue des Thermopyles (14ème)
Des maisons de poche qui ne dépassent pas les 3 étages, de la vigne vierge qui n’en fait qu’à sa branche et des façades où la glycine est reine. La Rue des Thermopyles c’est un p’tit bout de campagne à Paris. 280 mètres d’air pur et de tranquillité.

Métro : Pernety



3. Repère d’artistes : Cité Durmar, Cité du Figuer (11ème)
Ancienne impasse maraîchère, la Cité Durmar en a vu défiler du monde : les maisons de cultivateurs ont peu à peu laissé la place à des ateliers d’artisans et d’artistes. A deux pas de là, la Cité du Figuier, plus verdoyante, mixe devantures colorées, lofts arty et parterres bourgeonnants.
La Cité Durmar, 154 rue Oberkampf, 75011 Paris
La Cité du Figuier, 104-106 rue Oberkampf, 75011 Paris

Métro : Ménilmontant




4. Labyrinthe d’impasses : rue des Vignoles (20ème)
La Rue des Vignoles abrite une quinzaine d’impasses datant du 19ème siècle où étaient originalement installés des logements ouvriers. Perdez-vous dans cette enfilade de ruelles plus étriquées les unes que les autres. L’impasse Poule affiche 60 mètres de long et 2 mètres de large au compteur.

Métro : Buzenval



5. Maisonnettes bucoliques: Villa Daviel (13ème)
Ouverte en 1912, la Villa Daviel est postée dans le quartier paisible et (street) arty de la Butte-aux-Cailles. Enfoncez-vous dans cette impasse pour zyeuter les maisons qui bordent le chemin pavé, leurs plantes qui se font la malle à travers les portails colorés. Derrière vous, découvrez les résidences à colombages de la Petite Alsace.
7 rue Daviel, 75013 Paris

Métro : Corvisart, Glacière



6. Passage dérobé : 52 rue Mouffetard (5ème)
C’est dans l’une des plus anciennes rues de Paris que s’est réfugié un passage endormi. Entre une boutique de souvenirs bariolée et un distributeur, poussez la porte du numéro 52. Là, des appartements tranquilles, des murs blancs et des volets assortis aux plantes grimpantes vous feront oublier le bouillonnement de la ville pendant un instant.

Métro : Place Monge



7. Balade champêtre : square des Peupliers (13ème)
Encore un petit îlot de maisons pittoresques perdues dans une végétation foisonnante. Derrière les portes presque étouffées par la nature, on imagine bien une vie calme, loin de la folie parisienne, enfoncé dans un fauteuil confortable, un bouquin corné à la main, le chant des oiseaux en guise de réveil.
72 rue Moulin-des-Prés, 75013 Paris

Métro : Tolbiac



8. Traversée poétique : passage Molière (3ème)
C’est depuis 1871 que les Parisiens battent le pavé dans ce joli passage. Anciennement passage des Sans-Culottes puis passage des Nourrices, son nom actuel vient de l’ancien théâtre Molière, aujourd’hui transformé en Maison de la Poésie. Reliant la rue Saint Martin à la rue Quincampoix, c’est un doux refuge abritant quelques petites boutiques, restaurants et troquets au charme désuet.
82 rue Quincampoix, 75003 Paris

Métro : Beaubourg



9. Repère de villas : rue de Mouzaïa (19ème)
Avant de vous poser sur l’herbe fraîche très prisée du parc des Buttes Chaumont, flânez du côté de la rue de Mouzaïa, tenant son nom du col de Mouzaïa en Algérie. Ouverte en 1879, c’est le QG des petites « villas », des jardins coquets et des ruelles verdoyantes.

Métro : Botzaris



10. Planque rétro : passage L’homme (11ème)
A deux foulées du quartier grouillant de Bastille, se planque ce passage aux allures rétro. Reliant la rue de Charonne à l’avenue Ledru-Rollin, ce sont 122 mètres de chemin pavé flanqué d’ateliers et d’apparts’ cosy. Côté nature, des campanules, de la glycine et de la vigne qui a mis le grappin sur toute une façade. Mais qui a arrêté le temps ?
26 rue de Charonne, 75011 Paris

Métro : Ledru-Rollin

Billets-Nous sommes des chatons géants.

 


Nous sommes des chatons géants.

Selon une étude récente, beaucoup de chats ne considèrent pas leurs humains comme des “chefs”… mais plutôt comme des chatons géants. Oui, pour eux, c’est vous le bébé de la maison ! Les chercheurs expliquent que cela pourrait justifier plusieurs comportements adorables : lorsqu’ils vous lèchent ou vous “toilettent”, lorsqu’ils vous donnent des coups de tête affectueux, lorsqu’ils vous suivent partout, ou encore lorsqu’ils vous surveillent comme si vous étiez fragile. Dans leur esprit, ils endossent tout simplement le rôle de parent protecteur. Une vision qui change tout… et qui prouve encore plus à quel point nos chats nous aiment à leur manière.

Recettes Ados-Petits soufflés

    


Petits soufflés

Préparation : 10 mn
Cuisson : 20 mn
Pour 4 personnes
2 œufs
25 cl de crème fleurette (crème liquide)
1 tranche de jambon
50 g de gruyère râpé
Sel et poivre
1. Préchauffez le four à 210 °C (th. 7).
2. Dans un saladier, battez les œufs avec la crème fleurette, salez et poivrez.
3. Coupez la tranche de jambon en lamelles. Répartissez-les dans les ramequins. Versez dessus la crème préparée aux trois quarts de la hauteur des ramequins (ne les remplissez pas jusqu’en haut, car les soufflés vont gonfler, et ils déborderaient). Parsemez de gruyère râpé.
4. Enfournez les ramequins pendant 20 minutes sans ouvrir le four. Les soufflés doivent être bien gonflés et dorés.

Info santé :
Cette entrée riche en protéines (jambon, œufs) est intéressante pour les ados qui ne consomment pas beaucoup de viande. En doublant les portions cela devient un plat principal à compléter simplement d’une salade verte.


Recettes Ados-Tarte alsacienne

    


Tarte alsacienne

Préparation : 15 mn
Cuisson : 15 mn
Pour 2 personnes
1 pâte à pizza prête à l’emploi
1 demi-oignon
50 g de lardons
100 g de fromage blanc
1 cuillerée à soupe de crème fraîche
Sel et poivre
1. Préchauffez le four à 210 °C (th. 7).
2. Pelez et émincez l’oignon. Déroulez la pâte sur la plaque du four avec la feuille de cuisson.
3. Chauffez une petite poêle antiadhésive. Dès qu’elle est chaude, jetez-y les lardons avec les oignons. Faites-les dorer, puis égouttez-les dans une passoire (pour retirer l’excédent de gras).
4. Dans un bol, mélangez le fromage blanc avec la crème fraîche, salez et poivrez. Étaler sur la pâte la préparation obtenue précédemment, puis les lardons et les oignons, et enfournez pour 10 à 15 minutes. Servez avec une salade.

Info santé :
La pâte à pizza est beaucoup moins grasse que les pâtes feuilletées ou brisées, utilisées pour les tartes salées. Elle présente l’avantage d’apporter des glucides complexes (amidon de la farine), nécessaires au fonctionnement musculaire et cérébral des ados.


 

Recettes Ados-Tarte au chèvre frais

  


Tarte au chèvre frais

Préparation : 10 mn
Cuisson : 30 mn
Pour 4 personnes
1 pâte brisée prête à l’emploi
200 g de fromage de chèvre frais
2 œufs
10 cl de crème fraîche
Menthe fraîche
Poivre
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Dans un saladier, écrasez le fromage de chèvre à la fourchette, ajoutez les œufs entiers et la crème fraîche. Poivrez (ne salez pas, le fromage l’est suffisamment), et mélangez le tout.
3. Déroulez la pâte dans le moule avec le papier de cuisson. Piquez-la à l’aide d’une fourchette. Versez la préparation dessus. Passez la menthe sous un filet d’eau. Ciselez-la et parsemez-en sur la tarte (la valeur d’une cuillerée à soupe).
4. Enfournez pendant 30 minutes. La tarte est bien cuite quand elle est bien dorée.

Info santé :
Le fromage de chèvre, comme les fromages de lait de vache, contient du calcium et des protéines de bonne qualité nutritionnelle. Consommé frais, il est peu calorique et sa saveur douce est appréciée des ados.

Recettes Ados-Tartelettes courgette et mozzarella

   


Tartelettes courgette et mozzarella

Préparation : 15 mn
Cuisson : 25 mn
Pour 4 personnes
1 pâte brisée prête à l’emploi
3 petites courgettes
1 paquet de mozzarella
1 échalote
10 tomates cerises
Huile d’olive
Sel et poivre
1. Préchauffez le four à 180 °C (th. 6).
2. Étalez la pâte et découpez 4 ronds à la dimension des moules à tartelette. Badigeonnez les moules d’huile d’olive. Déposez la pâte dans les moules. Piquez-la et déposez une feuille de papier sulfurisé avec des haricots secs. Enfournez 15 minutes.
3. Pendant ce temps, pelez et émincez l’échalote. Lavez les courgettes et les tomates cerises. Coupez les courgettes en lamelles à l’aide d’un couteau économe.
4. Chauffez l’huile d’olive dans une poêle, puis faites revenir légumes pendant 10 minutes. Salez et poivrez.
5. Versez sur les fonds de tarte. Émiettez une partie de la mozzarella sur les légumes. Cuisez 5 minutes position grill. Servez dès que le fromage est doré.

Info santé :
La courgette présente l’avantage d’avoir une saveur douce et une texture agréable (non filandreuses). Peu calorique, elle contribue à la couverture des besoins en fibres et en minéraux de l’organisme.

Recettes Ados-Tartines de saumon fumé

   


Tartines de saumon fumé

Préparation : 10 mn
Cuisson : 1 mn
Pour 4 personnes
Pain complet « spécial grandes tranches »
4 tranches de saumon fumé
1 sachet de feuilles de mâche
4 cuillerées à soupe de fromage blanc
1 citron
Sel et poivre
1. Mettez le fromage blanc dans un saladier, salez très légèrement et poivrez.
2. Coupez le citron en tranches fines.
3. Faites dorer les tranches de pain dans un toaster.
4. Couvrez de quelques feuilles de mâche et du saumon, tartinez de fromage blanc, posez une rondelle de citron.

Info santé :
Le saumon (frais ou fumé) est une bonne source de vitamines A et D, indispensables à la croissance. Bien adapté aux besoins des adolescents, on peut en prévoir régulièrement dans les menus.

Recettes Ados-Crêpes au chocolat

 


Crêpes au chocolat

Préparation : 5 mn
Cuisson : 2 mn
Pour 15 crêpes
100 g de farine
1 cuillerée à soupe de cacao non sucré
0,5 l de lait
2 cuillerées à soupe d’huile
2 œufs
Beurre ou huile (pour la cuisson des crêpes)
Sel
1. Dans un grand saladier, mélangez la farine et le cacao. Incorporez le lait petit à petit en fouettant. Versez le sucre, puis l’huile, tout en continuant de battre. Ajoutez les œufs l’un après l’autre en remuant bien et enfin 1 pincée de sel.
2. Chauffez légèrement une poêle, graissez-la avec une goutte d’huile. Versez une petite louche de pâte et étalez-la en inclinant la poêle. Attendez environ 1 minute et retournez la crêpe. Cuisez l’autre côté 1 minute environ ; la crêpe doit être bien dorée.

Info santé :
Les crêpes sont un dessert parfait pour les ados. Elles contiennent du calcium et des glucides complexes, mais également des protéines (œufs et lait). Limitez la matière grasse de cuisson (poêle légèrement huilée) pour ne pas alourdir inutilement vos crêpes.

vendredi 30 janvier 2026

Billets-Entretien avec Yann Moulier Boutang



Taxons toutes les transactions financières !


Propos recueillis par Vincent Remy (Télérama)


Impôt sur le revenu, TVA... Notre fiscalité est obsolète parce que le capitalisme a muté, affirme l'économiste Yann Moulier Boutang. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle de la “pollinisation”. Explications.


Et si la gauche se trompait de combat en se focalisant sur l'impôt sur le revenu ? Et si les mutations du capitalisme rendaient cet impôt obsolète ? Normalien, philosophe, proche du penseur d'extrême gauche Toni Negri, Yann Moulier Boutang, qui a rejoint les Verts en 1999, est l'économiste français le plus hétérodoxe du moment. Dans L'Abeille et l'Economiste, paru l'an dernier, il développe une thèse audacieuse et féconde : en se tournant vers l'intelligence, l'immatériel, le numérique, le capitalisme a engendré une finance hypertrophiée. En plein débat sur la fiscalité, ce fédéraliste européen, « mondialiste écologiste », affirme donc que seule une taxe sur les transactions financières permettrait à l'Europe de mener une politique d'avenir, tout en protégeant ses citoyens de la pauvreté. De Rio de Janeiro, c'est évidemment sur Skype que cet admirateur de Lula a choisi de nous parler...


Que vous inspirent les derniers soubresauts de la crise que nous vivons depuis 2008 ?

Prenons l'exemple de la Grèce. En 2001, ce pays ayant rejoint la zone euro, une brillante économiste de la Goldman Sachs, formée à la London School, gratin du gratin, a proposé les services de sa banque au gouvernement grec pour qu'il trouve de quoi se financer sur les marchés. La banque a touché une commission ; ensuite elle a produit des chiffres truqués pour que la Grèce obtienne une bonne note auprès des agences de notation ; enfin, elle a pris ce qu'on appelle des « positions », c'est-à-dire a parié sur le fait que la Grèce se casserait la figure. Et quand ça a été le cas, la Goldman Sachs a gagné beaucoup d'argent...


Pourtant, vous refusez de faire le procès de la finance de marché. Vous dites même être son « avocat du diable »...

Dire « la finance, c'est pas bien, c'est immoral » n'avance à rien. Si l'on ajoute « c'est toujours les mêmes, des protestants ! » (ce qui est à la mode dans les pays catholiques), « des juifs ! » (à la mode dans les pays protestants), des « Occidentaux ! » (à la mode dans les pays arabes), on crée un populisme idiot. J'aimerais que l'on comprenne que ce n'est pas la finance en elle-même qui est scandaleuse, mais un certain nombre de pratiques que l'on peut combattre par des stratégies intelligentes.


En quoi la finance est-elle indispensable ?

Elle détermine le prix immédiat de la valeur du futur. C'est une opération fondamentale, sans laquelle les projets ne peuvent se faire. Sans la finance, seuls les gens qui ont déjà de l'argent pourraient faire quelque chose. Dès le XIVe siècle, elle a été le repère des économies en croissance, contre les économies stagnantes. Le problème est qu'en ayant créé une interdépendance généralisée la finance contemporaine a acquis une impunité vis-à-vis des Etats.


Pourquoi la sphère financière a-t-elle pris une telle ampleur ?

C'est le résultat d'une mutation économique. Pendant ce qu'on a appelé les Trente Glorieuses, les Etats-Unis et l'Europe ont connu une croissance jamais vue sur une si longue période de 5 % par an, ce qui signifiait un doublement de la richesse tous les quinze ans. L'Etat avait pénétré le capitalisme et y jouait un rôle central, par la planification industrielle. Mais on oublie que cette croissance s'est faite avec une énergie à bas coût et l'exploitation de la main-d'œuvre immigrée. En 1973, le coût du pétrole a brutalement remonté, et les migrants qu'on faisait venir ont commencé à coûter un peu plus cher. On a connu une décennie de stagnation économique et une violente instabilité monétaire.


Quelle a été la réponse du système à cette stagnation ?

Elle a été double. La mondialisation, tout d'abord, qui est passée par des délocalisations. Avec la chute du communisme, le capitalisme a reçu un coup de fouet en investissant dans les pays d'Europe centrale et en Chine. Les emplois industriels les moins qualifiés ont disparu en Occident, au bénéfice des ingénieurs, de la conception, des métiers qui créent la valeur ajoutée. La déréglementation, ensuite, sous l'influence des économistes néolibéraux, qui ont « inspiré » Thatcher et Reagan. Jusque dans les années 1970, les augmentations de salaire étaient régulières. A partir de 1980, ils ont dit : c'est terminé, épargnez de l'argent, et cet argent, vous le ferez travailler et cela vous rapportera plus que votre travail. Un nombre incalculable de gens se sont retrouvés dépendants des marchés financiers. En France, le nombre de détenteurs d'actions et d'obligations est passé de un million en 1978 à douze millions en 2007.


Vous refusez pourtant de condamner la mondialisation ?

Elle a sorti 400 millions de Chinois et 300 millions d'Indiens de la misère... Bien sûr, aujourd'hui, les Bourses sont inquiètes de l'endettement américain, mais pas seulement. Elles sont inquiètes parce que la valeur du futur n'est pas facile à déterminer. Le futur, ce sont les investissements écologiques. Mais que vaut le réchauffement climatique ? Combien va-t-il falloir investir ? Le rapport Stern a dit 1 % du PIB par an. Pour des pays qui font péniblement 2 % de croissance comme le nôtre, c'est colossal. L'Europe traîne une croissance anémiée, donc dispose de peu d'argent pour investir, car avec la crise financière de 2008 elle a chargé la barque de l'endettement. La Chine voit s'achever le cycle de la main-d'œuvre pas chère et inépuisable. Les marchés observent un monde de plus en plus instable : révolutions arabes, émeutes anglaises, révoltes en Espagne, en Grèce. Donc, la nervosité gagne...


D'autant que l'économie s'est extraordinairement financiarisée...

Il y a surtout interdépendance de tout, tout est imbriqué, la dette grecque a fait la fortune de la BNP et de la Société Générale. L'endettement de l'Irlande a impliqué les banques anglaises jusqu'au cou. Alors, cette finance hypertrophiée, pourquoi ne peut-on s'en débarrasser, la jeter ? Parce qu'il y a un bébé dans l'eau du bain. Ce bébé, c'est la « pollinisation ». L'interdépendance mondiale est comparable à l'opération qu'effectuent les abeilles, qui ne se contentent pas de produire du miel et de la cire, mais fécondent la nature en transportant le pollen de fleur en fleur. Or, on a calculé que la pollinisation des abeilles représentait entre 790 fois et 1 000 fois la valeur de leur production en miel et cire. La vraie richesse produite dans la société est cette pollinisation, née d'Internet et des réseaux.


L'extension du domaine de la finance ne serait que le symptôme d'une nouvelle économie ?

Oui, à l'évidence. Les grandes banques étaient nées avec le capitalisme industriel, qui va de la machine à vapeur jusqu'à l'invention de l'électricité. Une autre finance est née des transformations profondes de l'économie, que j'appelle le capitalisme cognitif : alors que le système industriel reposait sur un ordre militaire – on vous paye tant par mois et vous obéissez aux ordres –, ce qui a de la valeur désormais, ce sont les opérations d'interaction complexe entre les gens, l'intelligence, la capacité à réagir, à créer des éléments de coopération et de confiance. L'économie d'innovation repose sur cette « pollinisation » humaine.


Comment l'évalue-t-on ?

Il s'est passé le mois dernier un événement qui restera dans les livres d'histoire : une entreprise d'informatique, Apple, avec 330 milliards de dollars, a dépassé la capitalisation boursière d'Exxon, première compagnie pétrolière mondiale. Apple l'a fait avec des ordinateurs, mais aussi avec le développement d'« éco-systèmes ». Ce qu'il y a dans l'univers Apple, ce sont des développeurs, des valeurs d'entreprise, de la marque, de l'organisation sociale, de la Californie...


Les entreprises qui innovent ne feraient que capter notre activité de pollinisation ?

Les premiers à avoir fait ça, c'est Google, puis les réseaux sociaux qui offrent un service gratuit à des gens et à leurs amis, et aux amis de leurs amis... Grâce aux traces qu'ils recueillent, ils sont en mesure de créer de nouveaux modèles économiques, qui pulvérisent en rentabilité les vieux modèles.


Comment évalue-t-on cette richesse ?

La Bourse le fait. Quand Microsoft a voulu racheter Facebook, cela a donné une évaluation de 15 milliards de dollars.


Quelle justesse accorder à cette évaluation ?

Apple vaut-il ses 330 milliards de dollars ? Dans l'évaluation d'une capitalisation boursière, il n'y a pas que les actifs matériels, il y a la compétence de la main-d'œuvre, les réseaux de clients, le futur de l'entreprise. Des choses pas toujours faciles à évaluer.


L'évaluation comptable ne serait donc pas suffisante ?

Lorsqu'une entreprise est évaluée par ses comptables à un million de dollars, et qu'elle est achetée deux millions, le sens commun veut que ce soit de la spéculation. Et si cette entreprise avait des actifs cachés, des « immatériels » qui n'apparaissent pas dans les livres de comptes ? Autrement dit, quand la finance « surévalue » une entreprise comme Apple, c'est qu'elle repère un potentiel d'innovation et de captation de nouveaux marchés. Et elle le fait en bousculant les règles : quand vous aviez en fonds propres un million, la finance classique proposait cinq en crédit. La finance de marché, depuis le milieu des années 1980, a dit : chiche, on fait trente-deux de crédit, et vous allez voir que ça va marcher. Elle a senti qu'il y avait du pollen dans l'air ! Elle a procuré les crédits qui ont développé les nouvelles technologies et la Chine.


Il y a tout de même des bulles spéculatives...

Les économistes traditionnels qui évoquent une grande crise systémique se trompent, parce que la base de l'économie a changé. Cette économie de pollinisation qui émerge est un continent nouveau, et nous ne le comprenons pas mieux que Christophe Colomb lorsqu'il a atteint l'Amérique. Bien sûr, je partage l'indignation éthique, politique, face à la cupidité des requins de la finance, mais je vois aussi qu'émerge un continent, et que ce continent, il faut s'en occuper.


Justement, que faut-il faire pour que le coût humain et social soit moins élevé, notamment en Occident ?

Je reconnais qu'on ne peut opposer à quelqu'un qui va tomber dans la misère en Occident le fait qu'il y ait moins de miséreux en Inde et en Chine. Le problème majeur, c'est l'attitude de nos Etats, qui ont laissé s'installer complaisamment depuis quarante ans un mode de gouvernance où l'on traite tout comme des actifs financiers, l'université, l'éducation, la recherche, la santé. Et qui ont laissé s'installer des degrés d'endettement importants sans oser affirmer qu'ils ne sont pas un problème si l'économie est porteuse de valeur. Avant même la crise de 2008, le rapport Pébereau disait : la dette de la France, c'est épouvantable, 14 000 euros par Français ! Si un Français vaut 100 000 euros, 14 000 euros à la naissance, effectivement ça fait beaucoup. Mais si la valeur d'un Français, c'est un million d'euros, c'est ridicule. Quel était en 1945 le taux d'endettement des Etats-Unis, puissance qui allait tirer pendant trente ans la croissance mondiale ? Entre 250 % et 300 % du PIB. Donc, il faut arrêter d'avoir ces réflexes stupides...


Pourquoi les Etats sont-ils paralysés par la question de l'endettement ?

Parce qu'ils sont entre les mains de financiers qui leur ouvrent ou leur ferment les portes du crédit ! D'où l'inaction de Nicolas Sarkozy depuis son discours de Toulon : qu'a-t-il fait contre la finance ? Pas grand-chose. Je ne dis pas que la gauche aurait fait beaucoup mieux. Il faudrait commencer par restaurer des disponibilités financières. Cela peut passer par une réforme de l'impôt sur le revenu comme le pense une partie de la gauche, avec le fameux bouquin de Thomas Piketty sur la révolution fiscale, « on va taxer davantage les riches », ou comme Warren Buffett l'a proposé...


... ainsi que nos seize riches...

Mais cette philosophie, dépassée, ne résoudra pas nos problèmes. Nos impôts restent assis sur une conception de l'économie qui date de David Ricardo, économiste du XIXe siècle, où la richesse est un produit et uniquement un produit. C'est la somme des valeurs ajoutées de ces produits qui définit le produit national brut et sur laquelle est calculée la TVA, impôt injuste puisqu'il touche proportionnellement davantage les pauvres. Mais ce qui compte aujourd'hui, ce n'est plus la production, mais la circulation, et notamment la distribution du crédit : alors qu'on évalue la richesse productive quotidienne à 150 milliards, il y a dans le même temps 1 500 milliards de transactions financières destinées à se protéger des variations des taux de change, et 3 700 milliards en échanges de produits dérivés...


Que faudrait-il faire ?

Taxer toutes les transactions financières ! Plutôt que de débattre d'un niveau d'impôt applicable à ces 150 milliards d'euros, on prélèverait 2 % sur toutes les transactions, du retrait par carte bancaire à l'achat d'actions – et pas uniquement sur les transactions entre pays, comme le proposait la taxe Tobin. Imaginez : 2 % sur les 3 700 milliards de produits dérivés qui font la fortune de la Bourse, de Soros, d'Exxon, des fonds de pension ! Non seulement vous résolvez le problème de la dette, mais vous permettez le fonctionnement normal de l'Etat en supprimant la TVA et l'impôt sur le revenu !


Vous supprimez du même coup la progressivité de l'impôt...

Dans une société démocratique, tout le monde doit contribuer, de façon proportionnelle. Vous savez très bien que, quand on exempte les pauvres d'impôt, les riches les traitent d'assistés, de mendiants. Deuxième avantage : vous dites aux banques, vous vous gavez sur les transactions financières, eh bien vous allez désormais jouer un rôle civique, et on ne vous accusera plus d'être des spéculateurs. Et on aura ainsi un vrai budget de la recherche, un vrai budget social, un vrai budget de l'éducation...


Ce système, je pense qu'on va y venir. Comme on va venir à la réforme de la protection sociale, qui brinquebale parce que le nombre de gens qui ont un emploi salarié diminue. La seule façon d'y remédier, c'est de considérer que tout le monde fait de la pollinisation, activité qui doit donner droit à un « revenu d'existence », pas très éloigné du smic.


Vous ne parlez pas de redistribution, mais de rétribution de la pollinisation...

Oui, il est important de déculpabiliser des gens qu'on a tendance à traiter de cigales, alors que ce sont des abeilles. Le « revenu d'existence » ne serait pas de l'argent pris dans la poche des fourmis qui travaillent et donné à des gens qui ne feraient rien entrer dans la fourmilière. Aujourd'hui, en France, le seul élément de pollinisation reconnu, c'est le statut des intermittents du spectacle. Au Brésil, Lula a donné mensuellement un revenu aux familles, sans autre condition qu'elles envoient les enfants à l'école, ce qui a sorti des millions de Brésiliens de la pauvreté.


Votre système de taxation ne peut fonctionner à l'échelle d'un pays...

L'Europe a le premier marché du monde en termes de production, d'importations, d'exportations, de patrimoine, de tourisme... commençons par l'Europe ! Nous ne nous en sortirons qu'avec une vision fédérale. Dotons-nous enfin d'un vrai budget européen, donnons-nous la possibilité de faire du déficit pour lancer des plans d'équipement écologiques, par des emprunts, libellés en euro, monnaie qui bénéficie du triple A... Et mettons en place cette taxe sur les transactions, en diminuant progressivement le poids des impôts internes...


C'est un peu ce que viennent de proposer Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ?

On y vient, mais leur taxe serait perçue nationalement, et d'un niveau très faible, car ils refusent un Trésor européen. Pourtant, je ne trace pas des plans sur la comète ! La Banque centrale européenne a soutenu la livre sterling en achetant des obligations britanniques et en les prenant en pension durant la crise anglaise, qui a été la plus profonde et la plus grave – les émeutes en sont le reflet. Elle a assuré la liquidité des banques. Le message de Trichet était que l'Europe se donne les moyens institutionnels d'avoir une vraie banque centrale, avec les attributs d'un Trésor, et des obligations européennes, des eurobonds.


Mais Merkel n'en veut pas...

Merkel ne voulait pas du premier sauvetage des banques, lors du sommet de 2008. Elle a changé d'avis in extremis lorsqu'un de ses conseillers est venu lui souffler à l'oreille qu'une banque allemande s'effondrait... Elle a refait le coup à propos de la Grèce, elle y va à reculons, mais elle y va, car il n'y a pas d'autre solution. Soit l'Europe fait un saut fédéral, soit l'on se dirige vers un démantèlement de l'euro. Les marchés ont compris, ils font une analyse politique précise. Que disent-ils ? Faites-le, et tant que vous ne le faites pas, on se fera du fric sur votre dos...


Votre taxe, n'est-ce pas une utopie ?

Quand une utopie est reprise par des tas d'hommes politiques y compris des ministres de l'Economie et des Finances, j'ai tendance à penser qu'on est sorti du domaine de l'utopie, qui d'ailleurs est une chose noble car elle prépare les réalités de demain. Je pense au contraire qu'on est dans le futur immédiat que simplement beaucoup de gens ne voient pas émerger. La droite reste dans l'idée de bricoler la machine et de ne presque rien changer ; la gauche propose simplement de s'attaquer à la structure actuelle, bien sûr pas satisfaisante, de l'impôt sur le revenu. Mais quid de la TVA, et des ressources nécessaires à la révolution écologique et à l'amélioration de la protection sociale ?


Vous savez que renoncer à un prélèvement fiscal progressif, du point de vue des socialistes, ce n'est pas acceptable ?

Ça, c'est de l'idéologie. Les socialistes savent bien que si l'on veut maintenir et renforcer un haut niveau de protection sociale tout en continuant à exempter d'impôt sur le revenu la moitié des foyers fiscaux, il ne leur faudra pas seulement augmenter l'imposition des très riches... On a le droit d'être de gauche et dire que cette solution ne permettra pas à la fois de financer le revenu des plus pauvres et de mener des politiques ambitieuses.


Les Etats européens lourdement endettés peuvent-ils investir massivement sur la transition écologique ? 

Avec les dettes, le problème n'est jamais de savoir qui est le financier, mais si le financier vit avec vous. Prenons la dette japonaise : 200 % du PIB d'endettement. Aucune agence de notation n'a déclassé le Japon, parce que la dette du Japon est détenue à 95 % par les ménages japonais. Si un emprunt européen était fait à hauteur de la richesse de l'Europe, autour de 700 milliards d'euros, si l'affectation de cet emprunt était connue à l'avance, je ne doute pas que l'investissement populaire sera là. Car le seul endettement fondamental est celui des traites que nous avons tirées sur la Terre. Tous les autres peuvent se régler...