mardi 20 janvier 2026

Dessins de presse

 


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Billets-Une intelligence artificielle peut-elle devenir présidente des Etats-Unis ?

  


Une intelligence artificielle peut-elle devenir présidente des Etats-Unis ?

Une campagne en ligne, Watson 2016, vante les mérites d’une intelligence artificielle à la Maison blanche. Une manière de critiquer le système politique actuel.

Il ressemble à tous les autres sites des candidats à la présidentielle américaine. Un drapeau étoilé flotte au vent, le design est soigné, agrémenté de vidéos, le propos est clair, argumenté, direct. A la différence près que ce candidat-là n’est pas humain : il s’agit de Watson, le programme d’intelligence artificielle phare d’IBM, l’un des plus avancés au monde.

« Nous pensons que les capacités uniques de Watson pour analyser l’information, et prendre des décisions éclairées et transparentes, en font un candidat idéal pour le poste à responsabilités que représente celui de président », peut-on lire sur le site de la campagne Watson 2016. Sur un ton on ne peut plus sérieux, le site déroule son argumentaire :

« Plus Watson intègre d’informations, plus ses capacités de prise de décision sont efficaces. Il est capable d’analyser des informations venant de n’importe quelle source, il peut donc prendre en compte différentes perspectives et opinions sur tous les sujets. […] C’est une tâche que doivent effectuer quotidiennement les politiques, y compris le président, et qui pourrait être effectuée de façon plus appropriée et efficace par une intelligence artificielle. »

Selon ce site, Watson pourrait analyser, en prenant en compte de nombreux paramètres, les qualités et défauts de chaque décision, en évaluant « son impact sur l’économie, l’environnement, l’éducation, la santé, la diplomatie et les libertés publiques ».


« Frustration et désillusion »
D’où vient ce site ? S’agit-il d’une campagne de communication d’IBM ? L’entreprise a répondu au Monde qu’elle n’avait rien à voir avec ce projet, et refuse de le commenter. Peut-être vient-il alors de l’Electronic Frontier Foundation, une importante association de défense des libertés numériques, à laquelle le site propose de faire des dons ? Non plus.

Cette initiative vient en réalité de l’artiste et designer Aaron Siegel, professeur de design à l’université de Californie du Sud, qui se présente comme le « directeur de campagne » de Watson 2016. Comme il l’explique au Monde, ce projet est issu « de la frustration et de la désillusion vis-à-vis du processus de l’élection présidentielle américaine ». Il fustige la façon dont les candidats s’en tiennent à la vision de leur parti « au lieu d’aborder les problèmes de façon objective », le coût démesuré des campagnes qui, selon lui, oblige les candidats à se soumettre aux puissances de l’argent, et évoque un « besoin de transparence en politique ».

« Je me suis demandé quelle personne pouvait être le politicien le plus objectif, efficace et non partisan, et je me suis rendu compte que cette personne était un ordinateur. » Dans son rôle de directeur de campagne, il assure que Watson représente une solution viable :

« Nous pensons qu’une intelligence artificielle telle que Watson peut apporter les capacités de prise de décision objectives dont nous avons besoin chez un dirigeant, ainsi que la transparence nécessaire pour analyser comment ces décisions ont été prises et pourquoi. Le système n’est lié à aucun parti, ses décisions sont donc fondées uniquement sur l’information dont il dispose, et non sur des idéologies. »

« Réponses immédiates à une large gamme de sujets »
Est-il vraiment sérieux ? « Au vu des problèmes listés sur le site de la campagne, je suis assez sérieux », assure-t-il, tout en précisant que « le but de cette campagne est de présenter une alternative à la façon dont le gouvernement fonctionne, pour faire en sorte que les gens réagissent à cette idée. »


Voilà donc l’objectif réel de Watson 2016 : interroger le système politique actuel, mais aussi la place de l’intelligence artificielle dans notre monde. « J’espère que cela poussera les gens à discuter du potentiel de l’intelligence artificielle dans la politique. »
Aujourd’hui, le programme d’IBM est déjà utilisé à des fins médicales, puisque, en analysant les données d’un patient, elle est capable d’aider les médecins à établir un diagnostic. Sur le site d’IBM, l’entreprise vante aussi l’utilité de Watson dans le secteur public :

« Il est parfois difficile pour les organismes du secteur public de répondre aux questions qui leur sont posées, et ce, du fait de la difficulté à s’y retrouver dans l’immense masse de données qu’ils possèdent. Les capacités analytiques de Watson peuvent permettre d’apporter une réponse immédiate à des questions touchant une large gamme de sujets : “Quelles sont les règles de plan d’occupation des sols pour construire un porche ?” ; “Cette taxe s’applique-t-elle à moi ?” ; “Quelle est la meilleure façon d’obtenir un visa ?” »

« Rendre Watson open source »
On est encore loin de la capacité de prise de décision politique fantasmée par Aaron Siegel, malgré les prouesses dont est déjà capable son candidat. Watson avait notamment occupé le devant de la scène en 2011 en battant ses adversaires humains au jeu télévisé américain « Jeopardy! ». Dans ce classique de la télévision américaine, le présentateur lit une réponse et les participants doivent deviner la question qui s’y rapporte. Après deux jours de compétition, Watson avait écrasé ses concurrents — une étape symbolique dans l’histoire de l’intelligence artificielle. « Si vous voulez devenir président, il vaut mieux être déjà un peu connu », plaisante Aaron Siegel quand on lui demande pourquoi il a choisi ce programme plutôt qu’un autre.

Quand bien même Watson serait un jour capable de prendre des décisions politiques, s’agirait-il réellement de décisions objectives ? La façon dont est codé un programme serait-elle vraiment exempte de tout biais politique ?


« C’est exactement le type de questions que j’espérais que cela soulève, répond Aaron Siegel. Un des principaux problèmes que les gens ont soulevés concernant Watson est qu’il est développé par IBM. Ne pas savoir exactement comment il fonctionne les met mal à l’aise. Cela pourrait être réglé en rendant Watson open source », c’est-à-dire en rendant son code source accessible à tous, et donc transparent.


Source lemonde.fr

Billets-Entretien avec Christophe Guilluy

 


Entretien avec Christophe Guilluy

“La bipolarisation droite-gauche n’existe plus en milieu populaire”
Christophe Guilluy est un géographe qui travaille à l’élaboration d’une nouvelle géographie sociale. Spécialiste des classes populaires, il a théorisé la coexistence des deux France : la France des métropoles et la France périphérique. Il est notamment l’auteur d’un ouvrage très remarqué : Fractures françaises.

  • Le Figaro-Vous êtes classé à gauche mais vous êtes adulé par la droite. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Christophe Guilluy-Je ne suis pas un chercheur classique. Ma ligne de conduite depuis quinze ans a toujours été de penser la société par le bas et de prendre au sérieux ce que font, disent et pensent les catégories populaires. Je ne juge pas. Je ne crois pas non plus à la posture de l’intellectuel qui influence l’opinion publique. Je ne crois pas non plus à l’influence du discours politique sur l’opinion. C’est même l’inverse qui se passe. Ce que j’appelle la nouvelle géographie sociale a pour ambition de décrire l’émergence de nouvelles catégories sociales sur l’ensemble des territoires.

  • Selon vous, la mondialisation joue un rôle fondamental dans les fractures françaises. Pourquoi ?
Christophe Guilluy-La mondialisation a un impact énorme sur la recomposition des classes sociales en restructurant socialement et économiquement les territoires. Les politiques, les intellectuels et les chercheurs ont la vue faussée. Ils chaussent les lunettes des années 1980 pour analyser une situation qui n’a aujourd’hui plus rien à voir. Par exemple, beaucoup sont encore dans la mythologie des classes moyennes façon Trente Glorieuses. Mais à partir des années 1980, un élément semble dysfonctionner : les banlieues. Dans les années 1970, on avait assisté à l’émergence d’une classe moyenne, c’est la France pavillonnaire.

  • Vous avez théorisé la coexistence de deux France avec, d’une part, la France des métropoles et de l’autre la France périphérique.
Christophe Guilluy-On peut en effet diviser schématiquement la France en deux : la France périphérique, que certains ont dénommée mal à propos France périurbaine, est cette zone qui regroupe aussi bien des petites villes que des campagnes. De l’autre côté, il y a les métropoles, complètement branchées sur la mondialisation, sur les secteurs économiques de pointe avec de l’emploi très qualifié.
Ces métropoles se retrouvent dans toutes régions de France. Bien évidemment, cela induit une recomposition sociale et démographique de tous ces espaces. En se désindustrialisant, les villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, avec un embourgeoisement à grande vitesse.

  • Mais en même temps que cet embourgeoisement, il y a aussi dans les métropoles un renforcement des populations immigrées.
Christophe Guilluy-Au moment même où l’ensemble du parc immobilier des grandes villes est en train de se « gentrifier », l’immobilier social, les HLM, le dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. On assiste à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se regroupent avec d’un côté des cadres, et de l’autre des catégories précaires issues de l’immigration. Dans ces espaces, les gens sont tous mobiles, aussi bien les cadres que les immigrés. Surtout, ils sont là où tout se passe, où se crée l’emploi. Tout le monde dans ces métropoles en profite, y compris les banlieues et les immigrés. Bien sûr cela va à l’encontre de la mythologie de la banlieue ghetto où tout est figé. Dans les zones urbaines sensibles, il y a une vraie mobilité : les gens arrivent et partent.

  • Pourtant le parc immobilier social se veut universel ?
Christophe Guilluy-La fonction du parc social n’est plus la même que dans les années 1970. Aujourd’hui, les HLM servent de sas entre le Nord et le Sud. C’est une chose fondamentale que beaucoup ont voulu, consciemment ou non, occulter : il y a une vraie mobilité dans les banlieues. Alors qu’on nous explique que tout est catastrophique dans ces quartiers, on s’aperçoit que les dernières phases d’ascension économique dans les milieux populaires se produisent dans les catégories immigrées des grandes métropoles. Si elles réussissent, ce n’est pas parce qu’elles ont bénéficié d’une discrimination positive, mais d’abord parce qu’elles sont là où tout se passe.

  • La France se dirige-t-elle vers le multiculturalisme ?
Christophe Guilluy-La France a un immense problème où l’on passe d’un modèle assimilationniste républicain à un modèle multiculturel de fait, et donc pas assumé. Or, les politiques parlent républicain mais pensent multiculturel. Dans la réalité, les politiques ne pilotent plus vraiment les choses. Quel que soit le discours venu d’en haut, qu’il soit de gauche ou de droite, les gens d’en bas agissent. La bipolarisation droite-gauche n’existe plus en milieu populaire. Elle est surjouée par les politiques et les catégories supérieures bien intégrées mais ne correspond plus à grand-chose pour les classes populaires.

  • Les classes populaires ne sont donc plus ce qu’elles étaient…
Christophe Guilluy-Dans les nouvelles classes populaires on retrouve les ouvriers, les employés, mais aussi les petits paysans, les petits indépendants. Il existe une France de la fragilité sociale. On a eu l’idée d’en faire un indicateur en croisant plusieurs critères comme le chômage, les temps partiel, les propriétaires précaires, etc. Ce nouvel indicateur mesure la réalité de la France qui a du mal à boucler les fins de mois, cette population qui vit avec environ 1 000 euros par mois. Et si on y ajoute les retraités et les jeunes, cela forme un ensemble qui représente près de 65 % de la population française. La majorité de ce pays est donc structurée sociologiquement autour de ces catégories modestes. Le gros problème, c’est que pour la première fois dans l’histoire, les catégories populaires ne vivent plus là où se crée la richesse.

  • Avec 65 % de la population en périphérie, peut-on parler de ségrégation ?
Christophe Guilluy-Avant, les ouvriers étaient intégrés économiquement donc culturellement et politiquement. Aujourd’hui, le projet économique des élites n’intègre plus l’ensemble de ces catégories modestes. Ce qui ne veut pas dire non plus que le pays ne fonctionne pas mais le paradoxe est que la France fonctionne sans eux puisque deux tiers du PIB est réalisé dans les grandes métropoles dont ils sont exclus. C’est sans doute le problème social, démocratique, culturel et donc politique majeur : on ne comprend rien ni à la montée du Front national ni de l’abstention si on ne comprend pas cette évolution.

  • Selon vous, le Front national est donc le premier parti populaire de France ?
Christophe Guilluy-La sociologie du FN est une sociologie de gauche. Le socle électoral du PS repose sur les fonctionnaires tandis que celui de l’UMP repose sur les retraités, soit deux blocs sociaux qui sont plutôt protégés de la mondialisation. La sociologie du FN est composée à l’inverse de jeunes, d’actifs et de très peu de retraités. Le regard porté sur les électeurs du FN est scandaleux. On les pointe toujours du doigt en rappelant qu’ils sont peu diplômés. Il y a derrière l’idée que ces électeurs frontistes sont idiots, racistes et que s’ils avaient été diplômés, ils n’auraient pas voté FN.

  • Les électeurs seraient donc plus subtils que les sociologues et les politologues… ?
Christophe Guilluy-Les Français, contrairement à ce que disent les élites, ont une analyse très fine de ce qu’est devenue la société française parce qu’ils la vivent dans leur chair. Cela fait trente ans qu’on leur dit qu’ils vont bénéficier, eux aussi, de la mondialisation et du multiculturalisme alors même qu’ils en sont exclus. Le diagnostic des classes populaires est rationnel, pertinent et surtout, c’est celui de la majorité. Bien évidemment, le FN ne capte pas toutes les classes populaires. La majorité se réfugie dans l’abstention.

  • Vous avancez aussi l’idée que la question culturelle et identitaire prend une place prépondérante.
Christophe Guilluy-Les Français se sont rendu compte que la question sociale a été abandonnée par les classes dirigeantes de droite et de gauche. Cette intuition les amène à penser que dans ce modèle qui ne les intègre plus ni économiquement ni socialement, la question culturelle et identitaire leur apparaît désormais comme essentielle. Cette question chez les électeurs FN est rarement connectée à ce qu’il se passe en banlieue. Or il y a un lien absolu entre la montée de la question identitaire dans les classes populaires « blanches » et l’islamisation des banlieues.

  • Vaut-il parfois mieux habiter une cité de La Courneuve qu’en Picardie ?
Christophe Guilluy-Le paradoxe est qu’une bonne partie des banlieues sensibles est située dans les métropoles, ces zones qui fonctionnent bien mieux que la France périphérique, là où se trouvent les vrais territoires fragiles. Les élites, qui habitent elles dans les métropoles considèrent que la France se résume à des cadres et des jeunes immigrés de banlieue.
Ce qui émerge dans cette France périphérique, c’est une contre-société, avec d’autres valeurs, d’autres rapports au travail ou à l’État-providence. Même s’il y a beaucoup de redistribution des métropoles vers la périphérie, le champ des possibles est beaucoup plus restreint avec une mobilité sociale et géographique très faible. C’est pour cette raison que perdre son emploi dans la France périphérique est une catastrophe.

  • Pourquoi alors l’immigration pose-t-elle problème ?
Christophe Guilluy-Ce qui est fascinant, c’est la technicité culturelle des classes populaires et la nullité des élites qui se réduit souvent à raciste/pas raciste. Or, une personne peut être raciste le matin, fraternelle le soir. Tout est ambivalent. La question du rapport à l’autre est la question du village et comment celui-ci sera légué à ses enfants. Il est passé le temps où on présentait l’immigration comme « une chance pour la France ». Ne pas savoir comment va évoluer son village est très anxiogène. La question du rapport à l’autre est totalement universelle et les classes populaires le savent, pas parce qu’elles seraient plus intelligentes mais parce qu’elles en ont le vécu.

  • Marine Le Pen qui défend la France des invisibles, vous la voyez comme une récupération de vos thèses ?
Christophe Guilluy-Je ne me suis jamais posé la question de la récupération. Un chercheur doit rester froid même si je vois très bien à qui mes travaux peuvent servir. Mais après c’est faire de la politique, ce que je ne veux pas. Dans la France périphérique, les concurrents sont aujourd’hui l’UMP et le FN. Pour la gauche, c’est plus compliqué. Les deux vainqueurs de l’élection présidentielle de 2012 sont en réalité Patrick Buisson et Terra Nova, ce think-tank de gauche qui avait théorisé pour la gauche la nécessité de miser d’abord sur le vote immigré comme réservoir de voix potentielles pour le PS.
La présidentielle, c’est le seul scrutin où les classes populaires se déplacent encore et où la question identitaire est la plus forte. Sarkozy a joué le « petit Blanc », la peur de l’arrivée de la gauche qui signifierait davantage d’islamisation et d’immigration. Mais la gauche a joué en parallèle le même jeu en misant sur le « petit Noir » ou le « petit Arabe ». Le jeu de la gauche a été d’affoler les minorités ethniques contre le danger fascisant du maintien au pouvoir de Sarkozy et Buisson.
On a pu croire un temps que Hollande a joué les classes populaires alors qu’en fait c’est la note Terra Nova qui leur servait de stratégie. Dans les deux camps, les stratégies se sont révélées payantes même si c’est Hollande qui a gagné. Le discours Terra Nova en banlieue s’est révélé très efficace quand on voit les scores obtenus. Près de 90 % des Français musulmans ont voté Hollande au second tour.

  • La notion même de classe populaire a donc fortement évolué.
Christophe Guilluy-Il y a un commun des classes populaires qui fait exploser les définitions existantes du peuple. Symboliquement, il s’est produit un retour en arrière de deux siècles. Avec la révolution industrielle, on a fait venir des paysans pour travailler en usines. Aujourd’hui, on leur demande de repartir à la campagne. Toutes ces raisons expliquent cette fragilisation d’une majorité des habitants et pour laquelle, il n’y a pas réellement de solutions. C’est par le bas qu’on peut désamorcer les conflits identitaires et culturels car c’est là qu’on trouve le diagnostic le plus intelligent. Quand on vit dans ces territoires, on comprend leur complexité. Ce que le bobo qui arrive dans les quartiers populaires ne saisit pas forcément.

lundi 19 janvier 2026

Recettes Tartes-Tarte à la rhubarbe d’Eric Kayser

  


Tarte à la rhubarbe d’Eric Kayser

Pour la pâte
Préparation : 10 mn
Temps de réfrigération de la pâte : 1 nuit
Pour 3 tartes
300 g de beurre ramolli
60 g de sucre en poudre
125 g de sucre glace
60 g de poudre d’amandes
5 g de sel
2 œufs entiers
500 g de farine

Pour la garniture
Préparation : 45 mn
Temps de cuisson : 50 mn
Pour 1 tarte rectangulaire de 20x30 cm
300 g de pâte sablée aux amandes
1 kg de rhubarbe
2 oranges
450 g de sucre en poudre
125 g de beurre ramolli
150 g de poudre d’amandes
20 g de farine
3 œufs entiers
2 cl de Grand Marnier
Sucre glace
Préparation de la pâte
1. Dans le bol d’un robot, malaxez le beurre en pommade. Mêlez le sucre en poudre, le sucre glace, la poudre d’amandes et le sel.
2. Incorporez les œufs un à un. Versez la farine et mélangez bien le tout.
3. Roulez la pâte en boule, enveloppez-la d’un film alimentaire et gardez-la au réfrigérateur une nuit.
Préparation de la garniture
4. Préchauffez le four à 160° C (th. 5-6).
5. Lavez, épluchez et coupez la rhubarbe en petits tronçons de 2 cm. Prélevez finement le zeste des oranges.
6. Faites bouillir 1 litre d’eau et ajoutez la rhubarbe avec 300 g de sucre en poudre. Attendez la reprise de l’ébullition. Laissez s’égoutter la rhubarbe dans une passoire pendant 30 minutes environ.
7. Dans une jatte, fouettez le beurre en pommade. Ajoutez 150 g de sucre, la poudre d’amande et la farine puis les œufs un à un. Mélangez jusqu’à l’obtention d’un mélange homogène. Incorporez les zestes d’orange et le Grand Marnier.
8. Foncez le moule avec la pâte sablée aux amandes. Tapissez-en le fond avec la rhubarbe. Versez la préparation dessus et enfournez 30 minutes.

Servez froid saupoudré de sucre glace.

Conseil
Cette recette de pâte sablée vous permet de réaliser 3 tartes. Prélevez un tiers de la pâte pour faire votre tarte et filmez le reste en deux parts égales à réservez au congélateur pour une utilisation ultérieure.

Lorsque vous en avez besoin, placez la pâte congelée au réfrigérateur la veille pour la laisser décongeler en douceur. Sortez-la du réfrigérateur 15 minutes avant utilisation.

Recettes Tartes-Tarte normande d’Eric Kayser

 


Tarte normande d’Eric Kayser

Pour la pâte
Préparation : 10 mn
Temps de réfrigération de la pâte : 1 nuit
Pour 3 tartes carrées de 24x24 cm
300 g de beurre ramolli
60 g de sucre en poudre
125 g de sucre glace
5 g de sel
2 œufs entiers
560 g de farine

Pour la garniture
Préparation : 30 mn
Temps de cuisson : 50 mn
Pour 1 tarte rectangulaire de 20x30 cm
300 g de pâte sablée
600 g de pommes
30 g de beurre
250 g de sucre en poudre
3 g de cannelle en poudre
2 œufs entiers
4 jaunes d’œufs
60 g de poudre d’amandes
60 g de farine
20 cl de lait entier
400 g de crème fraîche épaisse
8 g d’extrait de vanille
Sucre glace
Préparation de la pâte
1. Dans le bol d’un robot, malaxez le beurre en pommade. Mêlez le sucre en poudre, le sucre glace et le sel.
2. Incorporez les œufs un à un. Versez la farine et mélangez bien le tout.
3. Roulez la pâte en boule, enveloppez-la d’un film alimentaire et gardez-la au réfrigérateur une nuit.
Préparation de la garniture
4. Préchauffez le four à 160° C (th. 5-6).
5. Épluchez les pommes et coupez-les en tranches.
6. Dans une poêle à revêtement antiadhésif, faites fondre le beurre. Ajoutez les pommes et saupoudrez de 50 g de sucre et de cannelle. Faites cuire jusqu’à ce que les pommes soient tendres et dorées.
7. Dans une jatte, fouettez les œufs entiers et les jaunes avec 200 g sucre en poudre. Ajoutez la poudre d’amandes et la farine sans cesser de remuer, puis versez le lait. Fouettez énergiquement pour éviter les grumeaux. Incorporez ensuite la crème fraîche et la vanille.
8. Foncez le moule avec la pâte sablée. Disposez les pommes, versez la préparation et enfournez 40 minutes.

Laissez refroidir et servez saupoudré de sucre glace.

Conseil
Cette recette de pâte sablée vous permet de réaliser 3 tartes. Prélevez un tiers de la pâte pour faire votre tarte et filmez le reste en deux parts égales à réservez au congélateur pour une utilisation ultérieure.
Lorsque vous en avez besoin, placez la pâte congelée au réfrigérateur la veille pour la laisser décongeler en douceur. Sortez-la du réfrigérateur 15 minutes avant utilisation.

  

Recettes Tartes-Tarte aux poires

     


Tarte aux poires


Préparation : 10 mn
Cuisson : 20 mn
Pour 4 personnes
1 rouleau de pâte sablée pré étalée de 230 g
250 g de chocolat noir
3 cuillerées à soupe de crème fraîche épaisse
800 g de poires au sirop en conserve
1. Préchauffez le four à 210 °C (th.7).
2. Garnissez un moule à tarte de pâte sablée, piquez le fond avec une fourchette, garnissez la pâte d’une feuille de papier sulfurisé et de billes de cuisson (ou de haricots secs), et faites cuire à blanc pendant 20 minutes.
3. Pendant ce temps, faites fondre le chocolat à feu doux avec la crème fraîche, en remuant sans arrêt. Égouttez les poires.
4. Lorsque la pâte est cuite, sortez-la du four, mettez-la sur un plat de service.
5. Versez le chocolat chaud sur le fond de tarte. Coupez chaque poire en lamelles et posez celles-ci sur le dessus en formant une fleur. Laissez refroidir avant de servir.

Cette tarte vite prête est vraiment trop bonne.

Variante
Saupoudrez la tarte d’amandes effilées au moment de servir.

Conseil
Préparez des poires au sirop : faites cuire des poires épluchées et coupées en lamelles dans un sirop composé de 50 cl d’eau, de 4 cuillerées à soupe de sucre et de jus de ½ citron, pendant 20 minutes.

 

Billets-“Gauche prolo” contre “gauche bobo”

 

“Gauche prolo” contre “gauche bobo”

La guerre des gauches “Gauche prolo” contre “gauche bobo” ? Trois essayistes dénoncent les dérives culturelles et modernistes de leur camp. Un réquisitoire parfois emprunté à la droite…

Les mains en l'air, la gauche ! Une salve de critiques vient de s'abattre sur elle, ne laissant même pas le temps aux socialistes de savourer le succès de leurs primaires. Un feu nourri qui vient... de son propre camp. Chef du peloton d'exécution : Jean-Claude Michéa, qui, dans son essai Le Complexe d'Orphée, voue aux gémonies le libéralisme politique et culturel de la majorité des penseurs et de tous les candidats de gauche comme d'extrême gauche.


Philosophe radicalement anticapitaliste et antilibéral, inspiré par le socialisme de George Orwell, Michéa critique cette « religion du progrès » qui a perdu sa famille politique, attirée comme une mouche par tous les mirages de la modernité. Cette fuite en avant n'est que la traduction du complexe d'Orphée dont elle est victime : un infernal Hadès lui interdirait aussi de se retourner. Incapable de regarder en arrière, la gauche considère tout ce qui vient du passé comme ringard et se délecte de sa « fascination béate pour tout ce qui est nouveau ».

Les élites de gauche, “ses artistes, ses
journalistes et ses intellectuels bien-pensants”
n'auront jamais, estime Jean-Claude
Michéa, la “décence ordinaire” du peuple.

Faisant en contrepoint l'« éloge du rétroviseur », Michéa veut retrouver un usage positif du terme « conservateur », ce mot que la gauche diabolise à tout-va, elle qui a toujours peur de « devenir un peu réac sur les bords, voire limite facho »... Lui préfère le sens des limites à la célébration de la transgression, et l'enracinement dans des particularismes aux nouvelles technologies, déréalisantes et mondialisées.
L'Auberge espagnole, qui exalte le « mode de vie bohème des étudiants issus de la bourgeoisie européenne » – bref, le nomadisme généralisé –, il préfère encore l'esprit « anarchiste tory » (anarchiste conservateur) des films de Jacques Tati, John Ford, Robert Altman ou Clint Eastwood. Et donnerait tous les branchés du monde pour un seul « employé amateur de pêche à la ligne » ou « une petite veuve qui promène son teckel ». Les élites de gauche, « ses artistes, ses journalistes et ses intellectuels bien-pensants » – en première ligne se trouvent LibérationLes Inrockuptibles, Canal+ –, n'auront jamais, selon lui, la « décence ordinaire » du peuple, cette qualité morale naturelle, doublée d'un comportement social, qui consiste à savoir donner, recevoir et rendre...

“La gauche a indubitablement abandonné
les couches populaires traditionnelles issues du
monde ouvrier au profit des couches moyennes.”
Jean-Pierre Le Goff

La critique est virulente. A la lire, on peut parfois se demander si elle n'est pas la version déguisée, « gauchisée », d'un populisme de droite en pleine effervescence. Attaquer la Fête de la musique pour défendre les manifestations du 1er Mai, ironiser sur la drag-queen en vue de réhabiliter l'ouvrier, est-ce vraiment efficace, et constructif ? Michéa esquive le coup, raillant les petits soldats de la « croisade antipopuliste (ou démophobe) », celle-là même que mène « l'ensemble des médias officiels »...

Et il trouve un soutien en Jean-Pierre Le Goff : « Dire, comme Michéa, qu'il existe une fracture entre les couches populaires et l'élite sociale et politique n'est pas populiste, nous confie le sociologue. La gauche a indubitablement abandonné les couches populaires traditionnelles issues du monde ouvrier au profit des couches moyennes. Elle a trop souvent méprisé le peuple. »


Michéa, en tout cas, n'est pas un cas isolé. L'anthropologue marxiste Jean-Loup Amselle s'en prend, lui, à la gauche postcoloniale et multiculturelle, responsable de L'Ethnicisation de la France, titre de son dernier livre. Par ethnicisation, ce spécialiste de l'Afrique désigne le processus issu du multiculturalisme qui, en reconnaissant les identités singulières, fragmente la République universelle : « La découpe d'entailles verticales au sein du corps social a eu pour effet de mettre au rancart et de ringardiser la lutte des classes et les combats syndicaux. Il est devenu beaucoup plus chic pour les couches ethno-éco-bobo, ainsi que pour leurs représentants médiatiques, de promouvoir les identités culturelles et de genre (gay, lesbien, queer) [...]. Les identités fragmentaires ainsi dégagées ont constitué autant de niches de consommateurs traquées par les agences de publicité et de marketing. »

En vantant la diversité, dans une position
symétriquement inverse à celle de l'extrême droite,
la gauche enferme les individus dans des
“ghettos géographiques et identitaires”,
dénonce Jean-Loup Amselle.

Un réquisitoire massif : en préférant toujours la diversité, dans une position symétriquement inverse à celle de l'extrême droite, la gauche a enfermé les individus dans des « ghettos géographiques et identitaires », dénonce Amselle, devenant complice de la stigmatisation et du climat raciste ambiants. L'essor du multiculturalisme n'a pas suivi le modèle américain : il s'est accompagné en France d'une hausse de la xénophobie, d'un renforcement de l'identité blanche et du « repli frileux » sur les « petites patries » – le syndrome Bienvenue chez les Ch'tis.

D'un côté, Amselle critique ces particularismes que Michéa défend. De l'autre, il trouve en l'auteur du Complexe d'Orphée un frère d'armes dans la bataille contre l'idéologie libérale globalisée et consommatrice. Les deux partagent en outre la nostalgie d'une vision du monde plus sociale, moins culturalisée, qui a peut-être de beaux lendemains.

« Il est temps de clore le tournant moderniste et culturel de la gauche, ouvert dans le sillage de Mai 68, précise pour nous Jean-Pierre Le Goff, qui vient de publier La Gauche à l'épreuve, cartographie de la période 1968-2011. La gauche a trop cherché à surfer sur les modes ; elle a glissé de la question sociale vers la question culturelle quand elle s'est avérée impuissante à lutter contre la désindustrialisation et le chômage de masse. La question sociale revient aujourd'hui en force à cause de la crise. La gauche doit entreprendre un vrai questionnement critique. »


Salutaire critique ? En prenant pour cible le progrès et le multiculturalisme, en se réappropriant des questions laissées à l'extrême droite (l'origine, la nation, etc.), Amselle et Michéa remettent en question les valeurs d'ouverture et de tolérance prônées par cette gauche bobo et consensuelle qui nous promet « l'unification du genre humain sous la double enseigne des droits de l'homme et du marché mondialisé ». Mais en voulant nous sortir de cet angélisme, ils tombent eux aussi, bien souvent, dans la caricature.

En quoi la défense des paysans du Larzac
devrait-elle passer par le mépris des clandestins ?
En quoi la volonté de délivrer le peuple de son image
négative devrait-elle discréditer le combat antiraciste ?

Echantillon : Michéa épingle « le temps de SOS Racisme » et la « médiatique et décorative » défense de la lutte citoyenne contre toutes les formes de discrimination. Amselle s'en prend à la pensée de la négritude d'Aimé Césaire ou à la créolisation d'Edouard Glissant. En quoi, par ailleurs, la défense des paysans du Larzac devrait-elle passer par le mépris des clandestins de l'église Saint-Bernard ? En quoi la volonté de délivrer le peuple de son image négative (Beaufs, Deschiens, Groseille, Bidochon ou Dupont Lajoie, inventorie Michéa) devrait-elle discréditer le combat antiraciste ?


Une telle logique substitutive culmine dans un troisième assaut, mené par Hervé Algalarrondo, journaliste au Nouvel Observateur. Dans La Gauche et la Préférence immigrée, il pousse à l'extrême la réflexion de Michéa et d'Amselle : à l'ouvrier, auquel elle a tourné le dos, la gauche ­intellectuelle aurait tout bonnement substitué l'immigré. Prolophobe et xénophile, la gauche... Et sa « préférence immigrée » serait – rebelote – le pendant de la préférence nationale du FN : « En privilégiant les immigrés sur les autres catégories ­populaires, la "gauche bobo" suggère que les "petits Blancs" constituent la lie de la société française. »

“L'argument de la pente glissante fait le jeu de la
droite. ll faut être capable d'aborder les questions
qui fâchent, de mener un débat argumenté,
fondé sur la raison et non sur l'idéologie.”
Jean-Pierre Le Goff

L'au­teur fait son miel du rapport de Terra ­Nova publié en mai 2011, dans lequel le think tank socialiste conseillait à la gauche d'abandonner électoralement les couches populaires, « pessimistes » et « conservatrices » (ses valeurs : « ordre et sécurité, refus de l'immigration et de l'islam, rejet de l'Europe, défense des traditions »), au profit de catégories plus ouvertes, comme les urbains, les diplômés, les minorités des quartiers populaires les jeunes. Autant de conseils cyniques qui ne feraient que « théoriser la pratique quotidienne de la gauche, aussi bien communiste que socialiste »...

Le corps criblé de la gauche bougera-t-il encore après ces tirs croisés ? Ces critiques redynamiseront-elles la réflexion ? Quand ils agitent l'épouvantail du racisme anti-Blancs, lorsqu'ils dressent l'un contre l'autre drapeau bleu-blanc-rouge et peuple black et beur, nos auteurs ne s'engagent-ils pas sur une pente glissante, douteuse ?

« Cet argument de la pente glissante a souvent fait le jeu de la droite, rétorque Jean-Pierre Le Goff. ll faut aujourd'hui être capable d'aborder toutes les questions qui fâchent, de sortir de la logique des camps, des étiquettes. Il faut mener un débat argumenté, fondé sur la raison et non sur l'idéologie. » Orphée s'en remettra-t-il ? La séquence qui s'ouvre, jusqu'à l'élection présidentielle, nous dira en tout cas si la gauche a su retrouver son Eurydice...


Source Juliette Cerf (Télérama)  

Billets-Pourquoi perdre son temps à voter ?

  


Traduction : Votez pour Personne ! Personne ne tiendra ses promesses, n’écoutera vos problèmes, n’aidera les pauvres et les chômeurs. Personne ne se soucie de vous ! Si Personne est élue, les choses iront mieux pour tout le monde. Personne ne dit la vérité !

Pourquoi perdre son temps à voter ?

Le seul moyen de soustraire sa vie au pouvoir des politiciens est l’abstention.

Les régionales sont enfin passées. Une nouvelle pantalonnade s’est jouée sous nos yeux et je peux maintenant vous en parler comme l’émotion commence à retomber.

Les chiffres sont catastrophiques pour la « droite » qui ne profite pas des errements du gouvernement en place. La « gauche » s’en sort plutôt bien avec un bilan toutefois catastrophique. La véritable inquiétude provient des scores du Front National et surtout de sa progression entre les deux tours, gagnant des voix dans toutes les régions, ce qui laisse présager une réserve de voix. Le scoop de la soirée : les étatistes de tous bords ont gagné et ils pourront se partager les sièges.

Je ne vais pas vous parler des résultats aujourd’hui. Je vais vous parler du vote en lui-même car, s’il y a bien un débat qui a retenu mon attention pendant ces diverses joutes, jérémiades et autres sorties réussies de M. Bartolone, c’est bien la légitimité de l’élection. Les abstentionnistes – dont je fais partie – ont été traités au soir du premier tour et pendant la semaine d’entre deux tours des pires noms, allant jusqu’aux insultes de M. Enthoven.

Qu’est ce que le vote ?

Nous sommes en France dans une démocratie représentative où une oligarchie (la « classe politique ») est élue au pouvoir. Le vote doit permettre au citoyen de choisir parmi ces candidats celui qu’il veut porter au pouvoir. Le politicien serait le représentant élu par les votants pour s’exprimer en leur nom. En conséquence, il serait le représentant de l’intérêt général de ses électeurs.

Kenneth Arrow, économiste américain qui fut prix Nobel d’économie en 1972, développa un théorème reprenant un précédent énoncé de Condorcet selon lequel :
« Il est impossible de définir l’intérêt général à partir des choix individuels. On ne peut définir de façon cohérente une préférence collective en agrégeant des préférences individuelles. Les décisions d’un état (même démocratique) ne peuvent donc pas être légitimes. Ce « théorème d’impossibilité » s’énonce ainsi (en simplifiant, car il s’agit d’un théorème mathématique de théorie des ensembles qui réclame une démonstration élaborée) :
Il n’existe pas de fonction de choix social (un système de vote) qui puisse convertir des préférences individuelles en une décision agrégée cohérente, hormis dans le cas où la fonction de choix social coïncide avec les choix d’un seul individu (« dictateur »), indépendamment du reste de la population. »

Le théorème d’Arrow affirme qu’une collectivité ne peut procéder à un choix social indiscutable. Je vous invite à consulter les articles en liens pour la démonstration ou la vidéo sur le paradoxe de Condorcet ici. (3 min 30)

Le vote en soi n’est pas toujours représentatif de la majorité – et ce ne sont pas les socialistes qui ont voté Estrosi dans le Sud-Est qui me contrediront – mais le politicien élu par la suite est-il un juste représentant de l’intérêt de ses électeurs ?

Le mythe de l’intérêt général

Il est essentiel de nous poser cette question : comment un politicien peut-il représenter l’ensemble des électeurs ? Nous entendons souvent après une élection la personne élue déclarer qu’elle va représenter « l’ensemble des citoyens », mais comment est-ce possible ? Peut-elle représenter ceux qui n’ont pas voté pour elle, ceux qui ont voté contre elle et ceux qui ont voté pour elle ? Sur un thème donné, une décision précise à prendre, comment peut-elle connaître, sans le consulter, l’avis de ceux qu’elle représente ? Quand bien même elle le connaîtrait, l’ensemble des citoyens représentés ne peut être unanime sur la question : le représentant ira donc contre une partie des individus qu’il est censé représenter.

Prenons un exemple extrême : si une majorité d’électeurs décident de voter pour tuer la minorité, devons-nous en conclure que c’est un suicide démocratique, puisque c’est l’expression de l’intérêt général ? Cela prouve que les électeurs ne sont pas le gouvernement et que celui-ci ne représente en aucun cas le peuple. Car dans ce cas extrême, il s’agit, et tout le monde en sera d’accord, d’un meurtre de masse. Voir la citation de Rothbard dans cet article, que je n’ai volontairement pas mise dans ce billet pour éviter tout point Godwin et que j’ai donc paraphrasé.


La démocratie, c’est deux loups et un agneau votant ce qu’il y aura au dîner. La liberté, c’est un agneau bien armé qui conteste le scrutin.

L’école du choix public a également traité cette question de l’intérêt général : la politique est un marché comme un autre, avec ses offreurs (les politiciens par le biais des lois et plus généralement toutes réglementations) et ses demandeurs (les électeurs, entreprises). Offre et demande s’appuyant l’une sur l’autre, chaque partie réclame une augmentation constante du rôle de l’État. Le but est évidemment d’augmenter la rapine publique et de s’en partager les gains :
  • aux politiciens : le pouvoir, l’influence et les rentes.
  • aux électeurs : les subventions, « cadeaux fiscaux », augmentation des prestations sociales, niches, barrières à l’entrée, marchés publics …

La démocratie n’a donc pas évité l’émergence des oligarques qui, par ce mythe de l’intérêt général, s’accordent des largesses. Pour se maintenir au pouvoir, ceux-ci ont recours à des « mesurettes » et ne réforment donc jamais, suivant le théorème de l’électeur médian, permettant l’émergence de mouvances extrêmes lorsque la situation se dégrade.

« L’État, ou pour rendre les choses plus concrètes, le gouvernement, se compose d’une bande de types exactement comme vous et moi. Ils n’ont, tout bien considéré, aucun talent particulier pour les affaires du gouvernement ; ils n’en ont que pour accéder à une fonction et la garder. Dans ce but, leur principal procédé consiste à chercher des groupes de gens qui courent désespérément après quelque chose qu’ils ne peuvent pas se procurer, et à promettre de le leur donner. Neuf fois sur dix, cette promesse ne vaut rien. La dixième fois, elle est tenue en pillant A afin de satisfaire B. En d’autres termes, le gouvernement est un courtier en pillage, et chaque élection est une sorte de vente aux enchères par avance de biens à voler. » H.L. Mencken.

« Abstention piège à con ! » ou la démocratie est elle une servitude ?

Les non votants ne sont pas responsables des incompétents que les votants choisissent. L’argument « si tu n’as pas voté tu ne peux pas te plaindre » ne tient pas.

Il va falloir arrêter de culpabiliser ceux qui ne sont en rien responsables du chantier que les votants créent seul. Qu’ils assument donc leurs erreurs ! Même si ce n’est pas leur candidat qui est élu, ils sont coupables dans le sens où ils ont voulu un maître en participant à ce jeu stupide que l’on appelle « élection » et ils en ont eu un. Le votant essaye d’imposer sa vision de la société aux autres et surtout à ceux qui ne votent pas.

« L’égoïste n’est pas celui qui vit comme il lui plaît, c’est celui qui demande aux autres de vivre comme il lui plaît ; l’altruiste est celui qui laisse les autres vivre leur vie, sans intervenir. » Oscar Wilde.


Les haineux vont haïr, les étatistes vont étatiser.

L’abstentionniste est donc une personne qui n’a pas ou plus envie de participer à ce jeu de pouvoir, qui n’a pas ou plus le désir de spolier son voisin, qui veut laisser vivre autrui dans le respect mutuel de ses droits. Quelle plus belle preuve de civisme que celle-là ?

Dernier point que j’aimerais aborder : L’histoire d’un esclave de Robert Nozick, qui enseigna la philosophie à Harvard – extrait de son livre Anarchie, État et Utopie.

Dans cet exposé, Nozick nous conte l’histoire d’un esclave en 9 étapes. Cet esclave, c’est vous. (Vous pouvez les retrouver en vidéo ici)

  • Étape 1 : vous travaillez totalement pour un maître brutal et tyrannique qui vous bat selon son bon vouloir.
  • Étape 2 : le maître établit des règles et ne vous bat que lorsque vous les enfreignez et vous accorde un peu de temps libre.
  • Étape 3 : vous avez le droit de rejoindre un groupe d’esclaves et le maître, en se basant sur des principes acceptés par vous tous, décide de la répartition des biens entre vous.
  • Étape 4 : le maître vous accorde du temps de repos et vous ne travaillez pour lui plus que 3 jours sur 7, les 4 jours restant sont à votre disposition.
  • Étape 5 : vous pouvez travailler où vous le désirez mais vous devez verser au maître 3/7 de votre revenu (qui correspondent au 3 jours sur 7 que vous travailliez pour lui précédemment). Il peut également vous rappeler à n’importe quel moment pour son service sans que vous puissiez refuser et d’augmenter à tout moment la part de votre travail que vous lui devrez.
  • Étape 6 : le maître donne le droit de vote à tous sauf à vous. Ils peuvent décider démocratiquement de ce qui est autorisé ou non, la partie de votre revenu qui sera prise et dans quel programme ce revenu sera dépensé.
  • Etape 7 : le maître ne vous accorde toujours pas le droit de vote mais vous avez le droit d’essayer de convaincre ceux qui ont ce droit afin de tenter de les influencer.
  • Étape 8 : vous avez le droit de vote ! Mais seulement pour trancher en cas d’égalité. Votre vote ne sera dépouillé que si une égalité parfaite est constatée. Nozick précise qu’aucune égalité lors d’un vote n’a jamais été constatée.
  • Étape 9 : vous avez le droit de vote sans restriction ! Mais dans la pratique, votre vote n’est utile que s’il y a égalité parfaite faisant que votre vote fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre, revenant donc à l’étape 8. Et il n’y a jamais eu d’égalité.

La question est la suivante : à quelle étape, entre la première et la neuvième, cette histoire est devenue autre chose que l’histoire d’un esclave ?


Peut être devrais tu voter pour un autre maître esclavagiste ?

Pour terminer, en quoi voter pour un parti autoproclamé « républicain », qu’il soit socialiste de droite ou de gauche, est aujourd’hui différent du Front national, qui est socialiste national ? Il est d’ailleurs assez drôle de noter que la vie politique de notre pays se résume à front républicain contre front national. On voit comment le gouvernement actuel prépare la dictature de demain, vous pouvez consulter cette liste de perquisitions et autres joyeusetés mise en ligne par la Quadrature du net.

Oui, ne pas empêcher le Front national d’accéder au pouvoir peut être une erreur. Mais l’erreur n’est-elle pas plutôt de lui donner la capacité d’avoir du pouvoir en légitimant l’emprise des politiciens sur vos vies, et ça, chers votants, c’est vous seuls qui leur accordez. Les abstentionnistes, au contraire, ont bien compris que le seul moyen de soustraire à ce pouvoir est de ne plus participer.

Par Nicolas Bruel.

Source contrepoints.org